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Archi-suppôt de l’argot

Vidocq, 1837 : s. m. — (Voir Cagoux.)

Delvau, 1866 : s. m. Docteur ès filouteries.

Argotier

Vidocq, 1837 : s. m. — Celui qui parle argot, sujet du grand Coësré. (Voir ce mot.)

Delvau, 1866 : s. m. Voleur, — dont l’argot est la langue naturelle.

France, 1907 : L’antiquité nous apprend, et les docteurs de l’argot nous enseignent qu’un roi de France ayant établi des foires à Niort, Fontenay et autres lieux du Poitou, plusieurs personnes se voulurent mêler de la mercerie ; pour remédier à cela, les vieux mercies s’assemblèrent, et ordonnèrent que ceux qui voudraient, à l’avenir, être merciers, se feraient recevoir par les anciens, nommant et appelant les petits marcelots, pêchons, les autres melotiers-hure. Puis ordonnèrent un certain langage entre eux, avec quelques cérémonies pour être tenues par les professeurs de la mercerie. Il arriva que plusieurs merciers mangèrent leurs balles ; néanmoins ils ne laissèrent pas d’aller aux susdites foires, où ils trouvèrent grande quantité de pauvres gueux et de gens sans aveu, desquels ils s’accostèrent, et leur apprirent leur langage et cérémonies. Des gueux, réciproquement, leur enseignèrent charitablement à mendier. Voilà d’où sont sortis tant de braves et fameux Argotiers, qui établirent l’ordre qui suit :
Premièrement, ordonnèrent et établirent un chef ou général qu’ils nommèrent Grand-Coëre ; quelques-uns le nommèrent roi des Tunes, qui est une erreur : c’est qu’il y a eu un homme qui a été Grand-Coëre trois ans, qu’on appelait roi de Tunes, qui se faisait trainer par deux grands chiens dans une petite charrette, lequel a été exécuté dans Bordeaux pour ses méfaits. Et après ordonnèrent dans chaque province un lieutenant qu’ils nommèrent Cagou, les Archisuppôts de l’Argot, les Narquois, les Orphelins, les Milliards, les Marcandiers, les Riffodes, les Malingreux, les Capons, les Piètres, les Polissons, les Francs-Migoux, les Callots, les Sabuleux, les Hubins, les Coquillards, les Courtaux de Boutanches et les Convertis, tous sujets du Grand-Coëre, excepté les Narquois, qui ont secoué le joug de l’obéissance.

J’aime un argotier au mufle de fauve,
Aux yeux de vieil or, aux reins embrasés,
Qui seul fait craquer mon lit dans l’alcôve
Et mon petit corps sous ses grands baisers.

(Jean Richepin)

Arguche

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Argot. Jaspiner arguche, parler argot.

Vidocq, 1837 : s. m. abst. — Argot. Jargon des voleurs et des filous, qui n’est compris que par eux seuls ; telle est du moins la définition du Dictionnaire de l’Académie. Cette définition ne me paraît pas exacte ; argot, maintenant, est plutôt un terme générique destiné à exprimer tout jargon enté sur la langue nationale, qui est propre à une corporation, à une profession quelconque, à une certaine classe d’individus ; quel autre mot, en effet, employer pour exprimer sa pensée, si l’on veut désigner le langage exceptionnel de tels ou tels hommes : on dira bien, il est vrai, le jargon des petits-maîtres, des coquettes, etc., etc., parce que leur manière de parler n’a rien de fixe, d’arrêté, parce qu’elle est soumise aux caprices de la mode ; mais on dira l’argot des soldats, des marins, des voleurs, parce que, dans le langage de ces derniers, les choses sont exprimées par des mots et non par une inflexion de voix, par une manière différente de les dire ; parce qu’il faut des mots nouveaux pour exprimer des choses nouvelles.
Toutes les corporations, toutes les professions ont un jargon (je me sers de ce mot pour me conformer à l’usage général), qui sert aux hommes qui composent chacune d’elles à s’entendre entre eux ; langage animé, pittoresque, énergique comme tout ce qui est l’œuvre des masses, auquel très-souvent la langue nationale a fait des emprunts importans. Que sont les mots propres à chaque science, à chaque métier, à chaque profession, qui n’ont point de racines grecques ou latines, si ce ne sont des mots d’argot ? Ce qu’on est convenu d’appeler la langue du palais, n’est vraiment pas autre chose qu’un langage argotique.
Plus que tous les autres, les voleurs, les escrocs, les filous, continuellement en guerre avec la société, devaient éprouver le besoin d’un langage qui leur donnât la faculté de converser librement sans être compris ; aussi, dès qu’il y eut des corporations de voleurs, elles eurent un langage à elles, langage perdu comme tant d’autres choses.
Il n’existe peut-être pas une langue qui ait un point de départ connu ; le propre des langues est d’être imparfaites d’abord, de se modifier, de s’améliorer avec le temps et la civilisation ; on peut bien dire telle langue est composée, dérive de telles ou telles autres ; telle langue est plus ancienne que telle autre ; mais je crois qu’il serait difficile de remonter à la langue primitive, à la mère de toutes ; il serait difficile aussi de faire pour un jargon ce qu’on ne peut faire pour une langue ; je ne puis donc assigner une date précise à la naissance du langage argotique, mais je puis du moins constater ces diverses époques, c’est l’objet des quelques lignes qui suivent.
Le langage argotique n’est pas de création nouvelle ; il était aux quatorzième, quinzième et seizième siècles celui des mendians et gens de mauvaise vie, qui, à ces diverses époques, infestaient la bonne ville de Paris, et trouvaient dans les ruelles sombres et étroites, alors nommées Cour des Miracles, un asile assuré. Il n’est cependant pas possible d’en rien découvrir avant l’année 1427, époque de la première apparition des Bohémiens à Paris, ainsi l’on pourrait conclure de là que les premiers élémens de ce jargon ont été apportés en France par ces enfans de la basse Égypte, si des assertions d’une certaine valeur ne venaient pas détruire cette conclusion.
Sauval (Antiquités de Paris, t. 1er) assure que des écoliers et des prêtres débauchés ont jeté les premiers germes du langage argotique. (Voir Cagoux ou Archi-suppôt de l’argot.)
L’auteur inconnu du dictionnaire argotique dont il est parlé ci-dessus, (voir Abbaye ruffante), et celui de la lettre adressée à M. D***, insérée dans l’édition des poésies de Villon, 1722, exemplaire de la Bibliothèque Royale, pensent tous deux que le langage argotique est le même que celui dont convinrent entre eux les premiers merciers et marchands porte-balles qui se rendirent aux foires de Niort, de Fontenay et des autres villes du Poitou. Le docteur Fourette (Livre de la Vie des Gueux) est du même avis ; mais il ajoute que le langage argotique a été enrichi et perfectionné par les Cagoux ou Archi-Suppôts de l’Argot, et qu’il tient son nom du premier Coësré qui le mit en usage ; Coësré, qui se nommait Ragot, dont, par corruption, on aurait fait argot. L’opinion du docteur Fourette est en quelque sorte confirmée par Jacques Tahureau, gentilhomme du Mans, qui écrivait sous les règnes de François Ier et de Henri II, qui assure que de son temps le roi ou le chef d’une association de gueux qu’il nomme Belistres, s’appelait Ragot. (Voir Dialogues de Jacques Tahureau, gentilhomme du Mans. À Rouen, chez Martin Lemesgissier, près l’église Saint-Lô, 1589, exemplaire de la Bibliothèque Royale, no 1208.)
La version du docteur Fourette est, il me semble, la plus vraisemblable ; quoi qu’il en soit, je n’ai pu, malgré beaucoup de recherches, me procurer sur le langage argotique des renseignemens plus positifs que ceux qui précèdent. Quoique son origine ne soit pas parfaitement constatée, il est cependant prouvé que primitivement ce jargon était plutôt celui des mendians que celui des voleurs. Ces derniers, selon toute apparence, ne s’en emparèrent que vers le milieu du dix-septième siècle, lorsqu’une police mieux faite et une civilisation plus avancée eurent chassé de Paris les derniers sujets du dernier roi des argotiers.
La langue gagna beaucoup entre les mains de ces nouveaux grammairiens ; ils avaient d’autres besoins à exprimer ; il fallut qu’ils créassent des mots nouveaux, suivant toujours une échelle ascendante ; elle semble aujourd’hui être arrivée à son apogée ; elle n’est plus seulement celle des tavernes et des mauvais lieux, elle est aussi celle des théâtres ; encore quelques pas et l’entrée des salons lui sera permise.
Les synonymes ne manquent pas dans le langage argotique, aussi on trouvera souvent dans ce dictionnaire plusieurs mots pour exprimer le même objet, (et cela ne doit pas étonner, les voleurs étant dispersés sur toute l’étendue de la France, les mots, peuvent avoir été créés simultanément). J’ai indiqué, toutes les fois que je l’ai pu, à quelle classe appartenait l’individu qui nommait un objet de telle ou telle manière, et quelle était la contrée qu’il habitait ordinairement ; un travail semblable n’a pas encore été fait.
Quoique la syntaxe et toutes les désinences du langage argotique soient entièrement françaises, on y trouve cependant des étymologies italiennes, allemandes, espagnoles, provençales, basques et bretonnes ; je laisse le soin de les indiquer à un philologue plus instruit que moi.
Le poète Villon a écrit plusieurs ballades en langage argotique, mais elles sont à-peu-près inintelligibles ; voici, au reste, ce qu’en dit le célèbre Clément Marot, un de ses premiers éditeurs  : « Touchant le jargon, je le laisse exposer et corriger aux successeurs de Villon en l’art de la pince et du croc. »
Le lecteur trouvera marqué d’un double astérisque les mots extraits de ces ballades dont la signification m’était connue.

Delvau, 1866 : s. m. Argot. Arguche, arguce, argutie. Nous sommes bien près de l’étymologie véritable de ce mot tant controversé : nous brûlons, comme disent les enfants.

Rigaud, 1881 : Argot, avec changement de la dernière syllabe.

Rigaud, 1881 : Niais, — dans le jargon des voleurs.

France, 1907 : Argot du vieux mot argu, ruse, finesse, dont on a fait argutie.

Attrappe-minon

d’Hautel, 1808 : Hypocrite, cagot, homme fin, rusé et de mauvaise foi, qui se fait un jeu d’abuser de la simplicité des gens.

Bondieusardisme

France, 1907 : Cagotisme, hypocrisie religieuse.

On demandait à une fille en pleine maturité, atteinte, comme beaucoup, de bondieusardisme, pourquoi elle déployait pour aller à la messe un si grand luxe de jupons blancs ornés de dentelles et des bas de soie bien tirés sur le mollet…
— Que voulez-vous, répondit la dévote, par ce temps de perdition, ces précautions sont indispensables… On peut rencontrer un… insolent. Il trouverait le tout propre, le dessous comme le dessus.

Cafard

Rigaud, 1881 : Écolier rapporteur, petit espion de collège, — dans le jargon des collégiens.

Fustier, 1889 : Argot militaire. Insecte qui travaille la tête d’un officier et le rend intolérable pour ses hommes. Par extension, l’officier lui-même, atteint de cette infirmité. (Ginisty, Manuel du réserviste)

Virmaître, 1894 : Individu qui affecte des dehors religieux. Hypocrite qui n’en croit pas un traître mot et exploite la crédulité publique. Cafard est employé comme terme de mépris (Argot du peuple). N.

Virmaître, 1894 : Ouvrier qui, dans les ateliers, capte la confiance de ses camarades pour rapporter aux patrons ce qu’ils pensent et ce qu’ils disent (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Rapporteur. Celui qui rapporte au patron ce que font ou disent ses camarades.

Hayard, 1907 : Mouchard.

France, 1907 : Mouchard, terme d’atelier ; de l’arabe caphara, renégat.
Cafard s’écrivait autrefois caphards, ainsi qu’on le trouve dans Rabelais.

Ci n’entrez pas hypocrites, bigots,
Vieulx matagots, marmiteux, boursouflés…

Haires, cagots, caphards, empantouphlés…

Çago

M.D., 1844 : Cela.

Cagon

anon., 1827 : Voleur solitaire.

Cagou

Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 / Halbert, 1849 : Voleur solitaire.

Delvau, 1866 : s. m. Voleur solitaire, — dans l’argot des voleurs.

La Rue, 1894 : Chef de voleurs. Voleur se portant caution pour un nouveau venu.

France, 1907 : Professeur de vol, initiateur de jeunes filous. Le mot est vieux et exprimait un grade dans la hiérarchie des argotiers.

Les cagous sont interrogés, s’ils ont été soigneux de faire observer l’honneur dû au Grand-Coësre ; s’ils ont montré charitablement à leur sujets les tours du métier ; s’ils ont dévalisé les argotiers qui ne voulaient reconnaître le Grand-Coësre, et combien ils leur ont été…

(Le Jargon de l’argot)

Cagou engonseur

France, 1907 : Voleur, travaillant seul.

Cagou, cagoux

Rigaud, 1881 : Dignitaire à la cour du grand Coësre ; dignité disparue, dignitaire éclipsé aujourd’hui. Dans le royaume argotique, les cagoux étaient des professeurs d’argot au double point de vue de la théorie et de la pratique. Ils portaient le titre d’archi-suppôts. D’après Graudval, le cagou était un voleur qui opérait seul : misanthropie et escamotage.

Cagoux, archi-suppôt de l’argot

Vidocq, 1837 : S’il faut croire les historiens du temps, et particulièrement Sauval, le royaume argotique était mieux organisé que beaucoup d’autres, car le grand Coësré n’accordait les dignités de l’empire qu’à ceux de ses sujets qui s’en étaient montrés dignes, soit par leurs capacités, soit par les services qu’ils avaient rendus ; aussi n’était-ce que très-difficilement que les argotiers obtenaient le titre de Cagoux, ou Archi-Suppôt de l’Argot.
Les Cagoux étaient, pour la plupart, des écoliers chassés des divers collèges de Paris, des moines qui avaient jeté le froc aux orties, et des prêtres débauchés. Le nom de Cagoux vient probablement de la cagoule, espèce de capuchon adapté à leur juste-au-corps, et dont ils avaient l’habitude de se couvrir la tête lorsqu’ils ne voulaient pas être connus.
Les Cagoux se faisaient passer pour des personnes de condition ruinées par quelque malheur imprévu, et leur éloquence leur donnait les moyens d’extorquer aux bonnes âmes des aumônes quelquefois considérables.
Les Cagoux étaient chargés, par le grand Coësré, de la conduite des novices, auxquels ils devaient apprendre le langage argotique et les diverses ruses du métier d’argotier.
Ce n’était qu’après un noviciat de quelques semaines, durant lesquelles il était rudement battu, afin que son corps se fit aux coups, que le novice était admis à fournir aux argotiers réunis sous la présidence de leur monarque, le premier des deux chefs-d’œuvre qui devaient lui valoir l’accolade fraternelle ; à cet effet, une longue corde, à laquelle étaient attachées une bourse et une multitude de petites clochettes, descendait du plafond d’une vaste salle ; le novice, les yeux bandés, et se tenant seulement sur une jambe, devait tourner autour de la corde et couper la bourse, sans que les clochettes tintassent ; s’il réussissait, il était admis à faire le second chef-d’œuvre ; dans le cas contraire, il était roué de coups et remis aux Cagoux jusqu’à ce qu’il fût devenu plus adroit.
Le lendemain les Cagoux accompagnaient dans un lieu de réunion publique celui qui était sorti victorieux de la première épreuve, et lorsqu’ils avaient avisé un bourgeois portant, suivant la coutume du temps, sa bourse suspendue à sa ceinture, ils lui ordonnaient d’aller la couper ; puis, s’adressant à ceux qui se trouvaient là  : Voilà, disaient-ils, un homme qui va voler la bourse de ce bourgeois, ce qui avait lieu en effet. Le pauvre novice alors était encore battu, non-seulement par les spectateurs désintéressés, mais encore par ses compagnons, qui, cependant, trouvaient le moyen de protéger sa fuite lorsqu’à la faveur du tumulte qu’ils avaient fait naître, ils avaient fait une ample moisson dans les poches des bons habitans de Paris. (Voir le premier volume de l’excellent roman de Victor Hugo, Notre-Dame de Paris.)

Campo

Delvau, 1866 : s. m. Congé, — dans l’argot des écoliers et des employés, qui ne sont pas fâchés d’aller ad campos et de n’aller ni à leur école ni à leur bureau. Avoir campo. Être libre.

France, 1907 : Congé, argot des employés, de ad campos, aller aux champs.

Les jours où j’avais campo, j’allais, en bon père, promener mes deux mioches aux Champs-Élysées… Je ne dépensais pas un sou…

(Hogier-Grison, Le Monde où l’on triche)

Partant de Saint-Malo,
Je file à Chicago ;
L’Europe est rococo
Et dure au populo !
Tandis qu’on a campo,
Détalons subito
Vers cet Eldorado
Où fleurit le coco !

(Paul Ferrier)

Chasublard

Rigaud, 1881 : Prêtre, celui qui porte la chasuble.

Vit-on un seul royaliste, un seul cagot, un seul chasublard, prendre les armes pour la défense du trône et de l’autel ?

(G. Guillemot, le Mot d’Ordre, du 6 septembre 1877)

France, 1907 : Prêtre. Allusion à l’espère de manteau composé de deux pièces que le prêtre porte sur l’aube quand il célèbre la messe et appelé chasuble, du latin casula, petite cabane : elle était autrefois de forme ronde et couvrait tout le corps, sans manches, avec une ouverture pour passer la tête. Les gens du peuple portaient ce vêtement en temps de pluie.

Cour du roi Pétaud

France, 1907 : Réunion tumultueuse où personne ne s’entend. Lieu de désordre et de confusion où chacun veut être le maître. Molière, dans Tartufe, fait dire à madame Péronnelle, critiquant le ménage de son fils Orgon :

On n’y respecte rien, chacun y parle haut,
Et c’est tout justement la cour du roi Pétaud.

Pendant le moyen âge, tous les corps de métiers s’étaient établis en corporations. Les mendiants, qui pullulaient alors, eurent aussi leur corporation, leurs règlements, leur chef. On l’appelait le roi Péto, du mot latin peto (je mendie), qu’on changea plus tard en celui de Pétaud. Il est probable qu’au milieu de ces truands et de ces gueux, l’autorité de ce monarque fantastique étant plutôt nominale que réelle, et que les réunions qu’il présidait ne se terminaient pas sans cris, sans tumulte, sans injures et sans horions. De Pétaud on a fait pétaudière.
Littré cependant attribue à cette expression une autre origine malpropre et plus burlesque. Le roi Pétaud devait en tout cas avoir du fil à retordre avec ses sujets. Voici, d’après de curieuses recherches récentes, quelles étaient les différentes catégories de mendiants qui se partageaient la grande ville :
Les courtauds, qu’on ne voyait à Paris que pendant l’hiver ; ils passaient la belle saison à rapiner dans les environs de la capitale.
Les capons, qui ne mendiaient que dans les cabarets, tavernes et autres lieux publics.
Les francs-mitoux, dont la spécialité consistait à contrefaire les malades et à simuler des attaques de nerfs.
Les mercandiers. Vêtus d’un bon pourpoint et de très mauvaises chausses, ils allaient dans les maisons bourgeoises, disant qu’ils étaient de braves et honnêtes marchands ruinés par les guerres, par le feu ou par d’autres accidents.
Les malingreux. Ceux-la se disaient hydropiques, ou bien se couvraient les bras et les jambes d’ulcères factices. Ils se tenaient principalement sous les portes des églises.
Les drilles. Ils se recrutaient parmi les soldats licenciés et demandaient, le sabre à la ceinture, une somme qu’il pouvait être dangereux parfois de leur refuser.
Les orphelins. C’étaient de jeunes garçons presque nus ; ils n’exerçaient que l’hiver, car leur rôle consistait à paraître gelés et à trembler de froid avec art.
Les piètres. Ils marchaient toujours avec des échasses et contrefaisaient les estropiés.
Les polissons. Ils marchaient quatre par quatre, vêtus d’un pourpoint, mais sans chemise. avec un chapeau sans fond et une sébile de bois à la main.
Les coquillards. C’étaient de faux pèlerins couverts de coquilles ; ils demandaient l’aumône afin, disaient-ils, de pouvoir continuer leur voyage.
Les collots. Ils faisaient semblant d’être atteints de la teigne et demandaient des secours pour se rendre à Flavigny, en Bourgogne, où sainte Reine avait la réputation de guérir miraculeusement et instantanément ces sortes de maladies.
Les sabouleux. C’étaient de faux épileptiques. Ils se laissaient tomber sur le pavé avec des contorsions affreuses et jetaient de l’écume au moyen d’un peu de savon qu’ils avaient dans la bouche.
Les cagous. On donnait ce nom aux anciens qui instruisaient les novices dans l’art de couper les chaînes de montre, d’enlever les bourses, de tirer les mouchoirs et de se créer des plaies factices.
Il y avait aussi les millards, les hubains, les morjauds.

Crémer

France, 1907 : Incinérer, du latin cremare, brûler.

On disait jadis « crémation », mais crémation n’est plus de mode ; bien plus, on en blaguait : qui donc, à moins d’une conviction bien tenace, eût consenti à se faire crémer ?

(Georges Collet)

Ce sont les États-Unis qui ont pris la tête de ce moyen sanitaire de faire disparaitre les morts, danger croissant pour les vivants. New-York, Boston. Chicago, San-Francisco, Waterloo et nombre d’autres villes ont ouvert des crématoires depuis 1883. En 1893, l’Union des Sociétés de langue allemande pour la réforme des funérailles et la crémation facultative a fondé un prix de 500 marks pour le meilleur mémoire sur incinération, au point de vue de la médecine et de l’hygiène. Sur ce point, comme sur beaucoup d’autres, nous sommes en retard. On a fait construire à Paris deux fours à crémer.
En Angleterre, comme aux États-Unis, c’est à l’initiative privée que revient l’honneur de la mise en pratique de l’incinération dans d’excellentes conditions.
À Buenos-Ayres, la crémation des cadavres d’individus morts de maladies infectieuses est obligatoire.

Frocaille

France, 1907 : Le clergé, tout ce qui de loin ou de près touche à l’Église, porte la capuche, la guimpe ou le froc.

C’est la frocaille : moines moinillant, nonnes et nonnains, évêques, curés, vicaires, cagots et ostrogoths… au total, tout le paquet de la puante ratichonnerie.

(Almanach du Père Peinard, 1894)

Libertin

Delvau, 1864 : Homme qui prend volontiers des libertés avec les femmes, — des libertés et le cul.

Chez ce libertin cagot
Qu’ j’ai tant d’mal à satisfaire.

(Jules Poincloud)

Magne

France, 1907 : Affectation, manières. Faire des magnes, prendre des airs.

Mais la partie où l’on s’gondole,
Qu’est la plus chic et la plus drôle,
C’est un bon flambe à l’étouffoir ;
Pour le meg, c’est un assommoir !
On lui fait le neuf de campagne,
Changement, duss, coup d’ongle et magne ;
Il se tir’ final’ment chambré,
Sans bonnir à l’autorité !…

(Conseils d’un vieux cagout aux jeunes volaillons, recueillis par Hogier-Grison)

Ossian

France, 1907 : Bonnet de coton ; argot de l’École polytechnique, du nom d’un ancien directeur des études, Ossian Bonnet.

L’ossian sert ordinairement à essuyer les rasoirs ; mais son utilité principale est de servir de cagoule à ceux qui se déguisent et de masque excellent à ceux qui, le soir, veulent faire du tapage dans les corridors… Percé de deux trous à la hauteur des yeux et d’un autre pour la bouche, enfoncé jusqu’au cou, l’ossian rend absolument méconnaissable.

(Albert Lévy et G. Pinet)

Plein le dos (en avoir)

France, 1907 : En être fatigué, en avoir assez comme quelqu’un qui porte sur son dos un poids trop lourd.

Qu’en ce monde vieillot
Requière encor Bulot,
Que, de l’État, Carnot
Gouverne le canot :
Sol, dont j’ai plein le dos,
Tu n’auras pas mes os !
À moi l’air libre ! Ergo,
Je pars pour Chicago !

(Paul Ferrier)

On dit aussi dans le même sens : en avoir son sac.

Sûr que j’en ai soupé du mac !
J’en ai plein l’dos, j’en ai mon sac !
On fout pus qu’nib à la Courtille.
Et faudrait que j’me r’paye un mec,
Que je l’fringu’, que j’y empâte l’bec,
Quand ej’ fais pas pour ma croustille ?

(Aristide Bruant)

Sacristie (pou de)

France, 1907 : Dévot, cagot. Le dévot est le pou, la dévote est la punaise… quand elle est vieille, s’entend. Tant qu’elle est jeune et jolie, c’est une colombe ou une douce brebis du Seigneur.

Les poux de sacristie ont trouvé une sorte de plaisanterie extra-topique. Quand ils ont un surcroit d’absinthe sur la conscience (c’est-à-dire l’estomac), ils cultivent un brin de poésie. Ils s’amusent à fabriquer des chansons atroces, épouvantables ; puis ils prétendent les avoir reçues par la poste et les publient pour terroriser les deux douzaines de gâteux auxquels ils envoient leur journal gratis.

(L’Évènement, nov. 1877)

Satisfaire un homme

Delvau, 1864 : Le branler, ou se laissent baiser par lui — ce qui, en effet, le comble de satisfaction.

Chez ce libertin cagot
Qu’j’ai tant d’ mal à satisfaire,
Je suis entré pour tout faire ;
Aussi j’y fais mon magot.

(J. Poincloud)

Ultramontain

Delvau, 1864 : Employé pour désigner un homme adonné au péché contre nature.

L’ultramontain, à son culte fidèle,
La refusait, et même avec dédain.

(Piron)

Delvau, 1866 : s. m. et adj. Catholique plus papiste que le pape, — dans l’argot des voltairiens. Cagot, — dans l’argot des abonnés du Siècle.

France, 1907 : Pédéraste, appelé ainsi à cause des vices hors nature attribués aux habitants de l’autre côté des montagnes alpines, l’Italie.

L’ultramontain, à son culte fidèle,
La refusait, et même avec dédain.

(Piron)

Voir le monde par une fenêtre de drap

France, 1907 : Porter le capuchon. Le vieux dicton engage le peuple à se défier des gens qui ne voient de monde que par une fenêtre de drap, c’est-à-dire des ordres monastiques portant cagoule d’où l’on ne voit que par deux trous percés dans l’étoffe. « Ne vous fiez jamais en gens qui regardent par ung pertuis », disait Rabelais.


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