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Lanti-bardaner

France, 1907 : Se promener sans but ; errer l’âme en peine. Argot des canuts.

Fanchon, du haut de ta banquette,
Écoute la voix de l’amour,
Car tout en passant ma navette,
Je pensons à toi chaque jour,
Oui, je t’aimons,
Je te l’disons.
Je souhaitons ben que t’en fasses de même :
Ah ! quand on s’aime,
C’est si canant,
L’on va toujours se lanti-bardanant.

(Le Canut amoureux)

Pigeon

d’Hautel, 1808 : Un niais, un sot, un homme simple et crédule, que les fripons attirent dans un piège pour le duper ; l’escroquer.
Plumer le pigeon. Filouter, duper, tromper un homme simple et naturel.
Il ne faut pas laisser de semer, par la crainte des pigeons. Signifie qu’il ne faut abandonner une affaire, pour quelque léger inconvénient qu’on y rencontre ; ni se laisser décourager par les clameurs des sots et des ignorans.

Clémens, 1840 : Facile à gagner au jeu.

Delvau, 1864 : Jeune homme innocent, ou vieillard crédule, dont les filles se moquent volontiers, prenant son argent et ne lui laissant pas prendre leur cul, et le renvoyant, plumé a vif, au colombier paternel ou conjugal.

Près de là je vois un pigeon,
Qui se tenait droit comme un jonc,
Le nez au vent et l’âme en peine,
Il regardait d’un air vainqueur,
Ma nymphe qu’avait mal au cœur :
Pour un cœur vierge, quelle aubaine !

(Ant. Watripon)

J’lui dit : Ma fille, allons, n’fais pas d’ manière. Et j’ la conduit moi-même au pigeonnier.

(Chanson nouvelle)

J’ai ma colombe.
— Moi, je tiens mon pigeon.

(les Bohémiens de Paris)

Delvau, 1866 : s. m. Acompte sur une pièce à moitié faite, — dans l’argot des vaudevillistes.

Delvau, 1866 : s. m. Homme qui se laisse volontiers duper par les hommes au jeu et par les femmes en amour. Avoir son pigeon. Avoir fait un amant, — dans l’argot des petites dames. Plumer un pigeon. Voler ou ruiner un homme assez candide pour croire à l’honnêteté des hommes et à celle des femmes. On dit aussi Pigeonneau. Le mot est vieux, — comme le vice. Sarrazin (Testament d’une fille d’amour mourante, 1768), dit à propos des amants de son héroïne, Rose Belvue :

…De mes pigeonneaux
Conduisant l’inexpérience,
Je sus, dans le feu des désirs,
Gagner par mes supercheries
Montres, bijoux et pierreries,
Monuments de leurs repentirs.

Rigaud, 1881 : Avance sur un livre, sur une pièce de théâtre, — dans le jargon des libraires.

La Rue, 1894 : Dupe. Acompte. Pigeon voyageur, prostituée exploitant les trains de banlieue.

Virmaître, 1894 : Homme facile à plumer. Plumer un pigeon, c’est plumer un individu qui a un béguin pour une fille.
— Je tiens mon pigeon, il laissera sa dernière plume dans mon alcôve (Argot des filles).

France, 1907 :

Qui veut tenir nette sa maison
N’y mette prêtre ni pigeon.

(Vieux dicton)

France, 1907 : Dupe, simple, naïf, facile à attraper. Élever des pigeons, engager des dupes à jouer pour les tricher et leur vider les poches.

Il est malheureusement avéré qu’une partie de la population des grandes villes sert de pâture a l’autre, mais il faut avouer aussi que l’étourderie et la distraction de certains pigeons font la partie trop belle aux exploiteurs.

(Charles Reboux, Les Ficelles de Paris)

Au salon — quelques bambins absorbés par l’innocent jeu de « pigeon vole », les yeux fixés sur la jeune fille qui parle :
— Hanneton vole !
Une douzaine de petits doigts montrent le plafond.
— Mon oncle Charles vole !
Personne ne bouge.
— Tout le monde un gage, dit Bébé.
Récriminations sur toute la ligne ; intervention de l’oncle Charles qui demande une explication.
— Mais oui, que tu voles, faut l’espiègle, parce que petite mère a dit que pour te faire plumer comme ça tous les jours à la Bourse, il fallait que tu sois un fameux pigeon.

(Aladin, Germinal)

France, 1907 : Part des recettes dues à un auteur par un directeur de théâtre ou acompte que reçoit l’auteur sur une pièce à l’étude.

Plat d’affiches (prendre un)

Rigaud, 1881 : Ne pas avoir de quoi déjeuner, — dans le jargon des ouvriers. À l’heure du déjeuner, celui qui n’a ni argent, ni crédit, flâne comme une âme en peine et fait des stations devant les affiches des théâtres.

France, 1907 : Jeûner, errer par les rues en lisant les affiches à l’heure du repas.

Traîner

France, 1907 : Terme de courses, anglicisme pour entraîneur. Le trainer est presque toujours un ancien jockey devenu trop lourd pour continuer à monter. Son rôle est plus important que celui du jockey, car sa mission consiste à faire arriver le cheval au plus complet développement de ses forces. Il est la cheville ouvrière d’une écurie de courses.

Les trainers sont de véritables artistes en chevaux. Ils font de la science pratique, de l’histoire naturelle en action. Aussi se passionnent-ils et la spéculation se concilie-t-elle très bien, chez eux, avec l’enthousiasme.
Un trainer avait été charge d’instruire, pour le Derby, un cheval momme Éléonor.
À mesure que le jour de la course approchait, cet homme devenait inquiet, distrait, hagard. Il ne mangeait plus, ne dormait plus. Il finit par tomber tout à fait malade.
Ses parents, le voyant alité pour la première fois de sa vie, crurent qu’il touchait à ses derniers moments, et appelèrent le vicaire de la paroisse pour le consoler.
Le moribond n’entendait rien, s’agitait sur son lit et gémissait comme une âme en peine.
— Mon ami, lui dit le vicaire, n’avez-vous point quelque chose sur la conscience qui vous tourmente ? S’il en est ainsi, je vous engage à me le confier.
— Oui, répondit le jockey, et je le dirai, mais à vous seul.
Le vicaire se baissa vers le mourant, et celui-ci lui murmura dans l’oreille :
— Éléonor est un cheval douteux.
À quelques jours de là, le cheval douteux gagna deux grands prix, celui du Derby et celui des Oaks.
Le trainer se releva guéri.

(Tony Révillon)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique