France, 1907 : S’amuser à des puérilités. Cette expression viendrait du plaisir féroce et niais que, suivant Suétone, l’empereur Domitien prenait à tuer les mouches avec une longue aiguille.
Béer aux mouches
Chourineur
Halbert, 1849 : Tueur de chevaux.
Delvau, 1866 : s. m. Assassin, — par allusion au personnage des Mystères de Paris, qui porte ce nom, lequel avait, à ce qu’il paraît, grand plaisir à tuer. L’étymologie voudrait que l’on dit Surineur ; mais l’euphonie veut que l’on prononce Chourineur.
Rigaud, 1881 : Tueur de chevaux — dans l’ancien argot. Celui qui se sert du chourin. Type d’un des principaux personnages des Mystères de Paris.
Ainsi ce boucanier, ainsi ce chourineur
A fait d’un jour d’orgueil un jour de déshonneur.
(V. Hugo, Châtiments)
France, 1907 : Donneur de coups de couteau ; tiré du type célèbre des Mystères de Paris.
Par le meurtre de la rue Trévise, la loge de Pipelet se colore d’un reflet sanglant. Les Parisiens ne dormiront plus leur franche nuitée sur les deux oreilles si leur ennemi familier, qui était aussi leur gardien, s’imagine de faire sa partie dans le chœur des escarpes, malandrins, chourineurs et autres pernicieux visiteurs nocturnes.
(Henry Bauër, La Ville et le Théâtre)
Crever
d’Hautel, 1808 : Mangé comme un crevé. Manger en goinfre, en glouton.
Il est crevé. Manière triviale et indécente de dire que quelqu’un est mort.
S’il pouvoit crever ! Se dit plattement et méchamment de quelqu’un dont on souhaite la mort.
Se crever de rire. Rire avec excès.
Crever d’orgueil. Avoir un orgueil insupportable.
Delvau, 1866 : v. a. Battre, — à tuer, souvent. Argot des faubouriens.
Delvau, 1866 : v. a. Congédier, renvoyer, — dans l’argot des typographes.
Rigaud, 1881 : Congédier, renvoyer, — dans le jargon des typographes. — Le prote vient de me crever.
Boutmy, 1883 : v. a. Débaucher, congédier : Il a laissé sa copie en plan pendant deux jours, le prote l’a crevé. Être crevé à balle, être débauché d’une manière tout à fait définitive, sans espoir de rentrer.
La Rue, 1894 : Mourir. Échouer alors qu’on était sur le point de réussir.
Greluchon
d’Hautel, 1808 : Terme de mépris ; nom que l’on donne à un homme qui se laisse entretenir par une femme qui a plusieurs amans.
Delvau, 1864 : Homme qui tient le milieu entre l’amant de cœur et le monsieur, entre celui qui paie et celui qui est payé.
Delvau, 1866 : s. m. Amant de cœur, — dans l’argot des gens de lettres qui ont lu le Colporteur de Chevrier, et connaissent un peu les mœurs parisiennes du XVIIIe siècle.
Rigaud, 1881 : Jeune niais, oisif ne s’occupant que de toilette et de plaisirs (1855).
Ces créatures attirent nécessairement une nuée de jeunes lions, de greluchons aimables, etc.
(Paris-Faublas)
Autrefois greluchon avait le sens de souteneur, jeune souteneur.
France, 1907 : Amant de cœur d’une fille publique ou d’une femme entretenue par un autre. De grelu, pauvre. Les femmes invoquaient jadis un saint Greluchon pour devenir fécondes, et lui brûlaient des cierges.
On dit à tort guerluchon.
Mon aimable moitié m’aimoit très tendrement,
Et me garda deux mois la foi fidèlement,
Ensuite, me planta fort proprement des cornes :
Sitôt que je le sçus, ma fureur fut sans bornes,
Je voulus la tuer, elle et son greluchon ;
Il n’étoit plus, ma foi, de charmante Michon.
(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)
D’une résurrection de plaisir, elle titilla des paupières, la lèvre moins sèche, la langue, hors des dents, retroussée. Mais, à la fois, tant de subtile expérience n’était pas sans lui causer quelque alarme ; il fallait qu’il lui parût bien homme du monde, pour qu’elle ne le soupçonnât point greluchon.
(Catulle Mendès, Gog)
Je ne sommes pas de ces grisettes
Qu’avont quantité d’amourettes,
Ni de ces donzelles à bichons
Qui soutenont des greluchons !
(Vadé, Le Déjeuner de la Râpée)
Là, chaque soir, accourent tout guillerets les Lovelaces de la garnison et les greluchons des casernes, moustache cirée, cœur en croc, képi sur l’oreille, jasmin dans le mouchoir, poing sur la hanche et l’œil en coulisse.
(Hector France, L’Homme qui tue)
Platventrer
France, 1907 : Être couché à plat ventre ; néologisme.
On grognait alentour. Il ne s’en émut pas. Sûr de sa force, la main au revolver, il était prêt à tuer ; les autres reculèrent, il restait le seul chef de la barricade ; un colonel, la peau trouée, platventrait au dehors ; le capitaine, le crâne ébréché, jurait dans un coin, délaissé, tamponnant sa blessure.
« Chacun pour soi ! »
(Maurice Montégut, Le Mur)
Pot à tabac
Virmaître, 1894 : Homme énormément gros et court, par analogie avec le cochon gras. On dit aussi dans le peuple : bon à tuer (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Homme petit et obèse.
Quasiment
d’Hautel, 1808 : A peu près, approchant, tout comme.
France, 1907 : Presque ; expression patoise.
Un paysan normand se plaint un ami de la bêtise de sa propre femme :
— Impossible de rien lui faire comprendre… et quel remède à cela ? je te le demande !… La battre ? ça ne serait point assez… la tuer ? ce serait quasiment trop.
Repousser du goulot
Fustier, 1889 : V. Delvau : Repousser du tiroir.
Virmaître, 1894 : Puer de la bouche. L’image est typique ; ceux qui sont affligés de cette infirmité repoussent en effet tous ceux qui les approchent (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Sentir mauvais de la bouche. Entre artistes de la Comédie-Française : « Dis donc, X…, vous dites toutes que je repousse du goulot à tuer les mouches à quinze pas ; en voilà une qui est sur ma glace pendant que je me maquille, elle ne bouge pas. — Oh ! oui, ma chère, ça se comprend, tu n’as sans doute pas vu que c’était une mouche à m… iel. »
Hayard, 1907 : Avoir mauvaise haleine.
France, 1907 : Avoir mauvaise haleine, On dit aussi repousser du Parlement, du tiroir.
Mon n’veu, agent qui s’enivre,
Repousse le populo ;
Ma nièce, au concert, pour vivre,
Pousse un refrain rigolo ;
Mon p’tit frèr’ repouss’ du cuivre,
Ma sœur repouss’ du goulot.
(Sulbac)
Retiration (être en)
Delvau, 1866 : Avoir plus de quarante ans, vieillir, — dans l’argot des typographes.
Rigaud, 1881 : Avoir atteint la cinquantaine, — dans le jargon des typographes. Au propre, la retiration c’est le verso de la feuille à imprimer, quand on tire en blanc. (Boutmy.)
Virmaître, 1894 : Ouvrier typographe qui commence à vieillir et qui trouve difficilement de l’ouvrage. Le progrès n’a pas encore inventé la machine à tuer ceux qui ne peuvent plus travailler après avoir fait la fortune des patrons (Argot d’imprimerie).
France, 1907 : Avoir atteint la cinquantaine et ne plus trouver de l’ouvrage nulle part ; argot des typographes.
« Le progrès, dit Virmaître, n’a pas encore inventé la machine à tuer ceux qui ne peuvent plus travailler après avoir fait la fortune des patrons » Ça viendra !
Sentir un cheveu
France, 1907 : Voir un obstacle dans une affaire, éprouver un désagrément comme quand on sent la présence d’un cheveu dans le gosier.
— Alors, tu comprends, quand je suis rentré, j’ai vu Marthe avec une figure à tuer ; j’ai senti qu’il y avait un cheveu.
(H. Lavedan, Leurs Sœurs)
Tripier
France, 1907 : Employé d’abattoir chargé spécialement des parties intestinales des animaux tués.
Ailleurs, les tripiers traversent la tuerie en portant à bout de bras d’énormes choses molles et violettes, ou d’une sanguinolence saumonée.
(Maurice Talmeyr, La Cité de Sang)
Tuer le mandarin
France, 1907 : Voir Mandarin.
Quel est celui qui, une fois dans sa vie, n’a pas pensé à tuer le mandarin ? Et qui ne profiterait pas de l’occasion ?
(Félicien Champsaur, L’Arriviste)
Tuer le temps
Delvau, 1866 : Le passer d’une façon quelconque, — mais plus en se divertissant qu’en travaillant : carpere diem. On dit volontiers, en manière de proverbe : Il vaut mieux tuer le temps que d’être tué par lui.
France, 1907 : Occuper ses loisirs, dissiper son ennui.
Ils sont heureux, bien heureux. les calmes et les assagis qui s’en vont, dans la vie, sans désirs et sans curiosités, comme en une promenade où l’on cherche à tuer de temps, sans but, insouciamment. Ils ne connaissent pas leur bonheur, les tranquilles, dont le sang ne bout pas au passage d’une belle fille rose et blonde, et qui n’ont pas sous la chair, enfoncée, l’âpreté à la fois mauvaise et charmante des concupiscences irrésistibles ou fatales. Et ils s’enferment dans le mariage comme en une oasis paisible dont les innocentes joies leur suffisent, au delà desquelles ils ne cherchent plus rien.
(Jules Monod)
Un mari surprend sa femme dans les bras d’un ami… son meilleur ami, naturellement.
— Que veux-tu ! dit la coupable, nous t’attendions depuis une heure, et, alors, pour tuer le temps…
(Le Journal)
Tuer le ver
Delvau, 1866 : v. a. Boire un verre de vin blanc en se levant, — dans l’argot des ouvriers, chez qui c’est une tradition sacrée. On dit aussi Tuer un colimaçon.
Delvau, 1866 : v. a. Étouffer ses remords, — dans l’argot des voleurs, qui ne commettent pas souvent de ces meurtres-là, le vol étant leur élément naturel.
Les Anglais ont la même expression, ainsi qu’il résulte de ce passage de Much Ado about nothing, où Shakespeare appelle la Conscience le Seigneur Ver (Don Worm).
Rigaud, 1881 : Boire la première goutte, le premier verre de vin blanc, le matin à jeun. M. Ch. Rozan fait remonter l’origine de cette expression au temps de François Ier, et cela d’après l’autorité du journal d’un bourgeois de Paris de cette époque, qui prétend qu’un ver extrait des intestins d’une noble dame passa de vie à trépas dès qu’on lui eut administré du pain trempé dans du vin.
Par quoi il en suyt qu’il est expédient de prandre du pain et du vin au matin, au moings en temps dangereux, de peur de prandre de ver.
conclut ce Prudhomme du XVIe siècle.
J’aime beaucoup moi-même à tuer le ver sur le zinc, et je me fais un plaisir de vous offrir une tournée.
(Bernadille, Esquisses et croquis parisiens, 1876)
La variante donne : Tuer le colimaçon, mais l’expression est beaucoup moins répandue ; et encore : Asphyxier le ver.
Rigaud, 1881 : S’étourdir, mettre des liqueurs fortes sur ses remords pour essayer de les éteindre, — dans le jargon des voleurs. C’est-à-dire tuer le ver qui ronge la conscience.
La Rue, 1894 : Étouffer un remords. Boire du vin blanc en se levant.
Virmaître, 1894 : Boire la goutte, le matin, ou un verre de vin blanc. Quand on suppose que le ver est solitaire (dur à tuer), les ouvriers boivent plusieurs tournées, alors ce n’est pas le ver qui est tué, mais bien le buveur. Les voleurs disent également qu’ils ont tué le ver lorsqu’ils ont des remords. Ils ne le tuent pas souvent (Argot du peuple et des voleurs).
France, 1907 : Boire le matin à jeun. Expression due à la croyance populaire qu’un verre d’eau-de-vie, pris au réveil, tue les vers intestinaux.
C’est, disent les ouvriers de Paris, un remède infaillible pour tuer le ver qui, à cette heure-là, leur pique l’estomac. Mais comme ils se l’appliquent tous les jours, il faut croire que le remède est inefficace ou que le ver est immortel. Ils ont beau doubler la dose, le résultat est le même, et chaque jour le ver, comme le phénix de ses cendres, renait de cette immersion.
(Charles Nisard)
Dans un très curieux petit roman du XVIIIe siècle, on trouve cette expression qui laisse supposer qu’on appelait ainsi le petit déjeuner du matin : « Je n’ai rien pris de tout aujourd’hui qu’au tue-ver. » On tuait aussi le ver le soir, mais avec du vin, ainsi qu’il appert d’un vau de Vire, de Jehan de Houx :
Les vers nous font mourir,
J’en prends pour m’en guarir
Et nettoyer mon ventre.
Au soir estant couché,
Suis malade et tranché
Si quelque vin n’y entre.
(La Panacée universelle)
En juillet 1519, M. de la Vernade, maître des requestes du roi, perdit sa femme. Elle fut ouverte et on lui trouva sur le cœur un ver en vie.
On prit ce ver, qui avait percé le cœur, et on crut le tuer avec du mithridate. Cet antidote n’ayant pas réussi, on essaya du pain trempé dans du vin. Le ver mourut aussitôt.
D’où les médecins conclurent qu’il est expédient de prendre du pain et du vin au matin, au moins en temps dangereux, de peur de prendre le ver.
De là le petit coup de vin blanc ou d’eau-de- vie par lequel les ouvriers commencent leur journée.
(Le Courrier de Londres)
Viande
d’Hautel, 1808 : De la viande à gens soûls. Alimens peu substantiels, peu solides : tels que les asperges, les concombres, et tout autre légume de ce genre.
On dit aussi dans un sens tout-à-fait semblable, de la viande creuse.
Montrer sa viande. Montrer des objets que la pudeur et la modestie prescrivent de dérober soigneusement aux regards.
Un mangeur de viande apprêtée. Un paresseux, un fainéant, qui aime à se divertir aux dépens des autres.
Delvau, 1864 : Femme publique.
Je vais connaître cette maison et savoir quelle viande il y a à son étal, à cette boucherie-la.
(Lemercier de Neuville)
Delvau, 1866 : s. f. La chair, — dans l’argot du peuple. Montrer sa viande. Se décolleter excessivement, comme font les demoiselles du demi-monde dans la rue et les dames du grand monde aux Italiens. Ce n’est pas d’aujourd’hui que l’on emploie cette expression froissante pour l’orgueil humain. Tabourot, parlant du choix d’une maîtresse, disait il y a trois cents ans :
Une claire brune face
Qui ne soit maigre ny grasse,
Et d’un gaillard embonpoint,
Ne put ny ne picque point :
Voilà la douce viande
Qu’en mes amours je demande.
Rigaud, 1881 : La chair humaine. Montrer sa viande, se décolleter. — Cacher sa viande, cacher un sein qu’on ne saurait voir.
Cache donc ta viande que je mange mon pain !
(É. Zola)
La Rue, 1894 : Le corps humain, la chair. Soigner sa viande, se bien nourrir, avoir soin de soi.
Virmaître, 1894 : Chair. A. Delvau trouve que cette expression est froissante pour l’orgueil humain. Pourquoi donc ? Est-ce que la chair humaine n’est pas de la viande au même titre que celle de n’importe quel animal ? Quand une femme a une belle carnation, rose, fraîche, c’est un hommage que lui rend le langage populaire en disant :
— Ah ! la belle viande, on en mangerait.
C’est assez rare en cette fin-de-siècle, pour que ce mot soit accepté comme une louange et non comme une grossièreté (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Chair humaine. Celui qui tombe ramasse sa viande.
France, 1907 : Chair. Étaler sa viande, se décolleter. Être en viande, être bien en chair. Mettre sa viande dans le torchon, se coucher. Ramasser sa viande, tomber. Basse viande, femme laide, avachie, basse prostituée. Viande de morgue, individu bon à tuer ; se dit aussi pour miséreux, vagabond.
Une claire brune face
Qui ne soit maigre ni grasse,
Et d’un gaillard embonpoint,
Ne pue ny ne pique point :
Voilà la douce viande
Qu’en mes amours je demande.
(Les Touches du Seigneur des Accords, 1583)
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