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Ça (cela)

Delvau, 1864 : Ça, c’est le vit ; ça, c’est le con ; — ça, c’est tous les agréments de la fouterie qu’on n’osa nommer, parce qu’ils s’appellent comme ça. — Faire ça, ou cela, c’est faire l’amour. Faire ci et ça, c’est faire ça… et autre chose.

Quand je suis sur ça,
Mon plaisir ne se peut comprendre,
Et, ma foi, sans ça.
Que pourrais-je faire de ça ?
J’aime assez m’y reprendre,
Pour arriver encore à ça.
Afin de mieux m’étendre
Sur ce beau sujet-là
Ah ! que j’aime ça !
Ce mot me plaît à la folie ;
Il semble déjà
Que je suis à même de ça.

(Gaudriole de 1884)

Casse-cou

d’Hautel, 1808 : On appelle ainsi un escalier roide et étroit, un lieu obscur, où l’on risque de tomber à chaque pas que l’on fait.
On donne aussi ce nom dans les manèges aux gens employés à monter les chevaux jeunes et vicieux.
Casse-cou ! Cri d’avertissement au jeu de colin-maillard, lorsque la personne qui a les yeux bandés est sur le point de se heurter contre un corps quelconque.

Delvau, 1866 : s. m. Homme hardi jusqu’à l’audace, audacieux jusqu’à l’imprudence, jusqu’à la folie. Argot du peuple.

France, 1907 : Homme téméraire qui se jette sans réfléchir dans les aventures les plus périlleuses.

Charenton

d’Hautel, 1808 : Village près Paris, où il y a une école vétérinaire, et un lieu de retraite pour les fous de distinction. Le peuple prononce Chalenton.

Rigaud, 1881 : Absinthe. — Un Charenton, un train direct pour Charenton, un verre d’absinthe, — dans le jargon du peuple qui sait que l’absinthe conduit à la folie, et qui en boit quand même.

France, 1907 : Absinthe, parce qu’elle conduit à la célèbre maison d’aliénés.

Crevé, petit-crevé

Rigaud, 1881 : Jeune efféminé d’une maigre élégance.

À plusieurs époques on a observé qu’une certaine partie de la jeunesse affectait des airs d’épuisement, s’efféminait dans le langage et se livrait à la folie en toussant… Les petits-crevés n’affectent rien. Ils sont bien réellement crevés… Leur voix est nasillarde, leurs muqueuses sont pâles, signes de constitution épuisée et refaite par l’iode.

(Nestor Roqueplan)

Crève-faim. Engagé militaire. On dit communément au régiment en parlant d’un engagé volontaire : La planche à pain était trop haute.

Folie

d’Hautel, 1808 : Les plus courtes folies sont les meilleures. Signifie que le temps des folies dure toujours trop.
Aimer quelqu’un à la folie. En être éperdument amoureux ; l’aimer à en perdre la tête.

Hayard, 1907 : Poche.

Nez (avoir du)

Rigaud, 1881 : Pressentir les bonnes occasions, arriver aux bons moments. On dit également : Avoir le nez creux.

France, 1907 : Être habile, avoir de l’intuition, de la prévoyance. On dit aussi : avoir bon nez. « Avoir bon nez, dit l’auteur anonyme des lestres proverbes, parus à Lyon en 1654, c’est être prévoyant, prudent, judicieux, ou doué de quelque autre vertu… Les physionomistes qui jugent des passions et affections de l’âme par l’apparence des traits extérieurs, tirent de grands indices de la forme du nez. Ils disent que ceux que ont le bout du nez grêle sont prompts et colères ; ceux qui l’ont plein et retroussé comme les lions et les dogues sont forts et présomptueux ; ceux qui ont le nez long, grêle et aigu, de même ; ceux qui l’ont gros et plat sont réputés méchants ; les nez penchants sont indice d’honnêteté ; les droits, de basserie et de babil ; les aigus, de colère ; les gros, de volupté ; les camus, de paillardise et d’impudence ; les courts, de dol et de rapine ; les ronds et estoupés, de stupidité, de bêtise et de fureur ; les tortus de confusion, de trouble d’esprit ; les aquilins, de magnificence et d’une nature excellente, etc. Par allégorie, tons ceux qui par prudence prévoyent les choses et y pourvoient sagement soit dits avoir bon nez par comparaison avec les chiens qui conjecturent et connaissent par le moyen de l’odorat où ils doivent tirer. »
Il faut avoir du nez pour estre pape, dit un proverbe du XVIe siècle.
Lavater a depuis longtemps apporté de nouvelles éclaircies et condensé ce fatras. « Un beau nez ne s’associe jamais avec un visage difforme, dit-il : on peut être laid et avoir de beaux yeux, mais un nez régulier exige une heureuse analogie des autres traits. Aussi voit-on mille beaux yeux contre un seul nez parfait. Un beau nez suppose toujours un caractère excellent et distingué. » Aquilin, en bec d’aigle, il dénote la force et le courage ; évasé, refrogné au bout, l’ironie et l’hilarité.
Le gros nez est très répandu parmi les épiciers, les bourgeois, les boursiers et les maquignons.
Le gros nez finissant en poire appartient aux marchands heureux et aux hommes en place.
Le gros nez boursouflé, aux limonadiers, aux maitres d’hôtel et aux valets de chambre.
Le gros nez bourgeonné, aux campagnards et aux ivrognes.
Le nez mince, sec, difforme, dénote la peur ou la lâcheté.
La narine étroite, nacrée, diaphane indique a volupté.
Chez les femmes, cette narine accompagne une tête mutine, un minois provocant.
La narine large dénonce le travail acharné dès l’enfance.
Celui qui a des excroissances de chair sur le nez est de caractère sanguin ou lymphatique, mais, dans les deux cas, s’emporte facilement.
Enfin, celui dont le nez s’attache au front par une ligne très courbe est presque toujours excentrique et tant soit peu disposé à la folie.

Train direct (un)

Rigaud, 1881 : Un verre d’absinthe ; c’est-à-dire un train direct pour Charenton. On dit encore grande vitesse pour Charenton. (La petite vitesse sert à désigner l’absinthe panachée.) Le peuple n’ignore pas que l’absinthe mène à la folie, mais il en boit tout de même, riant et de l’absinthe et de la folie.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique