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Anglais

Clémens, 1840 : Créancier.

Delvau, 1864 : Noble étranger, fils de la perfide Albion ou de la rêveuse Allemagne, qui consent à protéger de ses guinées une femme faible — de vertu — pendant toute la durée de son séjour à Paris.

Amélie ne te recevra pas, Polyte : elle est avec son Anglais.

(Watripon)

Larchey, 1865 : Créancier. — Le mot est ancien, et nous sommes d’autant plus porté à y voir, selon Pasquier, une allusion ironique aux Anglais (nos créanciers après la captivité du roi Jean) que les Français se moquaient volontiers autrefois de leur redoutable ennemi. C’est ainsi que milord est employé ironiquement aussi. Nous en trouvons trace dans Rabelais.

Assure-toi que ce n’est point un anglais.

(Montépin)

Et aujourd’hui je faictz solliciter tous mes angloys, pour les restes parfaire et le payement entier leur satisfaire.

(Crétin)

Les anglais sont débarqués. — Dans une bouche féminine, ces mots sont un équivalent de : J’ai mes affaires V. ce mot. — L’allusion est sanglante pour ceux qui connaissent la couleur favorite de l’uniforme britannique.

Il est aussi brave
Que sensible amant,
Des Anglais il brave
Le débarquement.

(Chansons, impr. Chastaignon, Paris, 1851)

Delvau, 1866 : s. m. Créancier, — dans l’argot des filles et des bohèmes, pour qui tout homme à qui l’on doit est un ennemi.
Le mot est du XVe siècle, très évidemment, puisqu’il se trouve dans Marot ; mais très évidemment aussi, il a fait le plongeon dans l’oubli pendant près de trois cents ans, puisqu’il ne parait être en usage à Paris que depuis une trentaine d’années.

Delvau, 1866 : s. m. Entreteneur, — dans l’argot des petites dames, qui donnent ce nom à tout galant homme tombé dans leurs filets, qu’il soit né sur les bords de la Tamise ou sur les bords du Danube. Elles ajoutent à leur manière des pages nombreuses à notre livre des Victoires et Conquêtes.

Rigaud, 1881 : Créancier. Avoir un tas d’anglais à ses trousses. Par suite d’une vieille antipathie de race, le débiteur a octroyé au créancier le surnom d’anglais, ennemi.

Rigaud, 1881 : Menstrues. Allusion à l’uniforme rouge des soldats anglais. — Avoir ses anglais. Les anglais sont débarqués.

Fustier, 1889 : Terme de sport. On dit qu’un cheval a de l’anglais lorsque sa conformation se rapproche de celle du cheval anglais de pur sang.

Virmaître, 1894 : Créancier. Cette expression se trouve dans Marot, elle était tombée en désuétude lorsqu’elle revit le jour vers 1804. Napoléon Ier avait plusieurs commis attachés à un cabinet spécial. Il remarqua à différentes reprises que l’un d’eux arrivait depuis quelques matins, deux heures au moins avant ses collègues. L’empereur intrigué lui en demanda les motifs.
— Sire, répondit le commis c’est à cause des anglais.
— Je ne vous comprends pas.
— Sire, les anglais sont vos ennemis, mes créanciers sont les miens.
— Bien, fit l’Empereur, donnez m’en la liste, je vous en débarrasserai, comme moi des autres.
Le mot est resté et est employé fréquemment (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Créancier.

Ne passons pas devant ce troquet, c’est un Anglais, je lui ai planté un drapeau.

France, 1907 : Ce nom est employé dans le sens de créancier. Est-ce parce que, comme le dit Alfred Delvau, tout individu à qui l’on doit est considéré comme un ennemi ? Ce serait alors un signe de la vieille haine contre nos voisins d’Outre-Manche, haine d’ailleurs partagée par eux, car le mot remonte fort loin. Suivant Pasquier, il viendrait des réclamations continuelles des Anglais qui prétendaient que la rançon du roi Jean fait prisonnier à la bataille de Poitiers, en 1356, et fixée à trois millions d’écus d’or par le traité de Brétigny, n’avait pas été entièrement payée. Oudin, dans ses Curiositez françoises cite ce proverbe : « Il y a des Anglois dans cette rue, je n’y veux pas aller », c’est-à-dire des créanciers. Enfin on trouve dans Clément Marot :

Oncques ne vis Anglois de votre taille,
Car a tout coup, vous criez baille, baille !

— Menstrues, argot des filles ; allusion à la couleur de l’uniforme des fantassins anglais qui ont, à l’inverse des nôtres, la tunique rouge et le pantalon bleu : Les Anglais ont débarqué, les menstrues sont venues.

Anglais (avoir ses)

Delvau, 1864 : Avoir ses menstrues, à cause de la couleur rouge de cet écoulement, qui est aussi la couleur de l’uniforme anglais.

Puis de son corps couvrant ma mère,
Dans le sang des Anglais baigné,
Que de coups a tirés mon père
Dans la montagne où je suis né.

(Chanson anonyme moderne)

Delvau, 1866 : Avoir ses menses, — dans l’argot des filles, qui font ainsi allusion à la couleur de l’uniforme des soldats d’Albion. Elles disent aussi : Les Anglais ont débarqué.

As de carreau

Larchey, 1865 : Havre-sac d’infanterie. — Allusion à sa forme carrée.

Troquer mon carnier culotté contre l’as de carreau ou l’azor du troupier.

(La Cassagne)

Delvau, 1866 : s. m. Le ruban de la Légion d’honneur, — dans l’argot des voleurs, qui font allusion à la couleur de cette décoration.

Delvau, 1866 : s. m. Le sac du troupier, à cause de sa forme. On l’appelle aussi Azor, — à cause de la peau de chien qui le recouvre.

Rigaud, 1881 : Ruban de la Légion d’honneur. — Sac de soldat d’infanterie.

Merlin, 1888 : Havresac ; placé dans un certain sens, il affecte la forme d’un losange, qui est aussi celle de l’as de carreau. Il en avait également jadis la couleur, alors qu’il était fait d’une peau de veau garnie de son poil.

Virmaître, 1894 : Sac du fantassin (Argot du troupier). V. Armoire à glace.

Hayard, 1907 : Sac de soldat.

France, 1907 : Le sac du troupier, à cause de sa forme carrée et de sa couleur. On dit aussi Azor, parce qu’il est en peau de chien. Le ruban de la Légion d’honneur, qu’on appelait aussi autrefois tablette de chocolat.

Beurre noir (œil au)

Rigaud, 1881 : Œil poché. Allusion à la couleur d’un œuf au beurre noir.

Blanc

d’Hautel, 1808 : Un mangeur de blanc. Libertin, lâche et parresseux, qui n’a pas honte de se laisser entretenir par les femmes.
Il a mangé son pain blanc le premier. Pour dire que dans un travail quelconque, on a commencé par celui qui étoit le plus agréable, et que l’on a gardé le plus pénible pour la fin.
Se manger le blanc des yeux. Pour se quereller continuellement ; être en grande intimité avec quelqu’un.
Quereller quelqu’un de but en blanc. C’est chercher dispute à quelqu’un sans motif, sans sujet, lui faire une mauvaise querelle.
On dit à quelqu’un en lui ordonnant une chose impossible, que s’il en vient à bout, On lui donnera un merle blanc.
Rouge au soir, blanc au matin ; c’est la journée du pèlerin.
Voyez Pélerin.
S’en aller le bâton blanc à la main. Voyez Bâton.
Il faut faire cette chose à bis ou à blanc. C’est-à-dire, de gré ou de force.

M.D., 1844 : Connu.

Delvau, 1866 : s. m. Légitimiste, — dans l’argot du peuple, par allusion au drapeau fleurdelisé de nos anciens rois.

Delvau, 1866 : s. m. Vin blanc, — dans le même argot [du peuple].

Rigaud, 1881 : Partisan de la monarchie héréditaire. Allusion à la couleur du drapeau des anciens rois de France.

Dans les trois jours de baccanal !
Les blancs n’étaient pas à la noce
Tandis que moi j’étais t’au bal.

(L. Festeau, Le Tapageur)

Rigaud, 1881 : Terme de libraire : livre en feuille non encore broché.

Hayard, 1907 : Argent.

France, 1907 : Eau-de-vie de marc ; pièce d’un franc ; légitimiste, à cause du drapeau blanc des anciens rois de France. Blancs d’Espagne, légitimistes qui considèrent Don Carlos comme l’héritier de la couronne de France. Être à blanc, avoir un faux nom ; expression qui vient de l’habitude qu’on avait autrefois d’inscrire sur les registres des actes de naissances les enfants trouvés sous le nom de « blanc », d’où l’appellation d’enfants blancs.

L’invasion des « blanc » dans l’état civil motiva une circulaire, adressée, le 30 juin 1812, aux préfets par le ministre de l’intérieur, qui blâma cet usage, en invitant les officiers d’état civil à ne plus accepter ces désignations et notamment celle de blanc : « Cette sorte de désignation vague, jointe à un nom de baptême qui lui-même peut être commun à plusieurs individus de la même classe, disait le ministre, ne suffit pas pour les distinguer ; il en résulte que les mêmes noms abondent sur la liste de circonscription, etc. »
Quelle en était l’origine ? Le mot blanc s’emploie souvent à titre négatif, spécialement on dit : « Laissez le nom en blanc », c’est-à-dire n’en mettez pas. Or, l’enfant naturel, né de père et de mère inconnus, n’a pas de nom qu’on puisse inscrire sur son acte de naissance, d’ou probablement le nom blanc qu’on a mis pour en tenir lieu, et comme exprimant l’absence de tout nom patronymique.

(L’Intermédiaire des chercheurs et curieux)

Jeter du blanc, interligner ; argot des typographes.
N’être pas blanc. Se trouver en danger, être sous le coup d’une mauvaise affaire.

France, 1907 : Rondelle de métal que les filles de maisons de prostitution reçoivent de la matrone après une passe et qui représente le tarif ; d’où mangeurs de blancs, pour désigner un individu se faisant entretenir par les prostituées.

Bleuet

La Rue, 1894 : Billet de banque.

Virmaître, 1894 : Billet de banque. Allusion à la couleur bleue des précieux papiers (Argot des voleurs). V. Talbin d’altèque.

Hayard, 1907 / France, 1907 : Billet de banque.

Boucardier

Ansiaume, 1821 : Magasinier.

J’ai picté avec le boucardier, il quimpe à la couleur.

Vidocq, 1837 : s. m. — Voleur de nuit dans les boutiques.

Delvau, 1866 : s. m. Voleur qui dévalise les boutiques.

Rigaud, 1881 : Marchand. — Boucardier gambilleur, marchand ambulant.

Rigaud, 1881 : Voleur qui exploite les boutiques. Le boucardier opère la nuit avec le concours du pégriot. Le pégriot est un gamin ou un voleur de petite taille qui s’est primitivement introduit dans la boutique, et qui, à l’heure convenue, vient ouvrir au boucardier.

Virmaître, 1894 : Le petit pégriot qui s’introduit dans la boutique pour aider son complice à voler (Argot des voleurs). V. Raton.

Caporal

Larchey, 1865 : Tabac à fumer. — Allusion à un tabac haché plus gros, dit de soldat, qui est vendu a un prix moindre.

Un fumeur très-ordinaire brûle à lui seul son kilogramme de caporal par mois, cent francs par an au bas mot, dont soixante-dix pour le Trésor.

(A. Luchet)

Delvau, 1866 : s. m. Tabac de la régie.

Rigaud, 1881 : Tabac à fumer. Ainsi désigné primitivement par les soldats pour le distinguer du tabac de cantine. Le caporal est, pour le soldat, du tabac supérieur, du tabac gradé, d’où le surnom.

France, 1907 : Coq ; argot des voleurs.

France, 1907 : Tabac à fumer.

Mon brûle-gueule à la couleur d’ébène,
De caporal, moi, j’aime ton tabac ;
De ces mignons, sous ta brûlante haleine,
Défailleraient le débile estomac.

(Le vieux Quartier Latin)

Chiffon rouge

Bras-de-Fer, 1829 : Langue.

Halbert, 1849 : La langue.

Larchey, 1865 : Langue. — Allusion à la couleur et à la souplesse de la langue. V. Balancer.

Delvau, 1866 : s. m. La langue, — dans l’argot des voleurs, qui sont parfois des néologues plus ingénieux que les gens de lettres. Balancer le chiffon rouge. Parler. Les voleurs anglais disent de même Red rag.

Rossignol, 1901 : La langue.

France, 1907 : La langue. Balancer le chiffon rouge, bavarder.

Citrouillard

Rigaud, 1881 : Dragon, par allusion à la couleur de la tunique.

France, 1907 : Dragon, à cause du casque en cuivre qu’il portait autrefois. On disait aussi citrouille.

Coco épileptique

Delvau, 1866 : s. m. Vin de Champagne, — dans l’argot des gens de lettres qui ont lu la Vie de Bohême.

France, 1907 : Vin de Champagne. Il a la couleur du coco et mousse comme les épileptiques.

Corbeau

d’Hautel, 1808 : On donne ordinairement ce nom à ceux qui ont charge d’enterrer les morts ; et généralement aux personnes qui, par état, sont obligées d’être vêtues en noir.
Les corbeaux étoient ce matin chez lui. Pour dire les huissiers, les sergens, etc.

Larchey, 1865 : Frère de la doctrine chrétienne. — Allusion aux longues robes noires de cet ordre.

Delvau, 1866 : s. m. Employé des pompes funèbres, — dans le même argot [des faubouriens].

Delvau, 1866 : s. m. Frère de la Doctrine chrétienne, — dans l’argot des faubouriens, qui ont été frappés de l’analogie d’allures qu’il y a entre ces honnêtes instituteurs de l’enfance et l’oiseau du prophète Elie.

Rigaud, 1881 : « On appelait, autrefois, de ce nom ceux qui, en temps de peste, cherchaient les corps morts pour les enterrer, qui ensuite nettoyaient les maisons infectées de cette maladie. » (Le Roux, Dict. comique.) Aujourd’hui les porteurs des pompes funèbres ont hérité de ce sobriquet.

Rigaud, 1881 : Prêtre. — Allusion à la couleur noire de la robe.

Virmaître, 1894 : Frère ignorantin. Quand les gamins rencontrent un frère, ils crient : Couac ! Couac ! imitant le croassement du corbeau (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Frère ignorantin.

France, 1907 : Frère de la Dioctrine chrétienne, prêtre, tout ce qui porte soutane. Ce sobriquet est également donné aux croque-morts.

Couleur

d’Hautel, 1808 : Il en juge comme un aveugle des couleurs. Se dit d’un homme qui décide dans une matière qu’il ne connoît pas.
Cette affaire commence à prendre couleur. Pour, commence à prendre un caractère, une tournure satisfaisante.
Des goûts et des couleurs il ne faut disputer. Signifie qu’on doit se garder de fronder les, goûts et les caprices, les fantaisies particulières, parce chacun a les siens.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Mensonge. Monter des couleurs, dire des mensonges.

Larchey, 1865 : Soufflet. — Il colore la joue.

J’bouscule l’usurpateur, Qui m’applique sur la face, Comm’on dit, une couleur.

(Le Gamin de Paris, chanson, 184…)

Delvau, 1866 : s. f. Menterie, conte en l’air, — dans l’argot du peuple, qui s’est probablement aperçu que, chaque fois que quelqu’un ment, il rougit, à moins qu’il n’ait l’habitude du mensonge. Monter une couleur. Mentir.
Au XVIIe siècle on disait : Sous couleur de, pour Sous prétexte de. Or, tout prétexte étant un mensonge, il est naturel que tout mensonge soit devenu une couleur.

Delvau, 1866 : s. f. Opinion politique. Même argot [du peuple].

Rigaud, 1881 : Ruse, mensonge.

Laissez donc, ça fait comme ça la sainte n’y touche, pour s’ faire r’garder ; on connaît ces couleurs-là.

(Mars et Raban, Les Cuisinières)

Être à la couleur, ne pas se laisser tromper ; deviner un mensonge. C’est-à-dire savoir quelle est la couleur qui retourne.

Rigaud, 1881 : Soufflet, coup de poing sur le visage. Appliquer une couleur, donner un soufflet. — Passer à la couleur, se faire administrer des claques.

La Rue, 1894 : Mensonge.

France, 1907 : Mensonge. Du couvre la vérité d’une couleur. Monter une couleur, mentir.

Au XVIIe siècle, on disait : « sous couleur de », pour « sous prétexte de ». Or, tout prétexte étant un mensonge, il est naturel que tout mensonge soit devenu une couler.

(Alfred Delvau)

Commerson t’a refusé dix-sept francs, et il a bien fait. Tu les aurais croqués évidemment avec le cabotin dont je te parlais tout à l’heure. Si le soleil mange les couleurs, ma chère Nini, mon rédacteur en chef les avale difficilement.

(Léon Rossignol, Lettres d’un mauvais jeune homme à sa Nini)

France, 1907 : Opinion politique. « Combien de de fois, dans leur carrière, les politiciens ne changent-ils pas de couleurs ? »

France, 1907 : Soufflet, parce qu’il donne des couleurs aux joues.

Couleur (être à la)

La Rue, 1894 : Être convenable, faire bien les choses. Ne pas être à la couleur, être naïf, ne pas voir qu’on vous en coule une.

France, 1907 : Faire les closes convenablement, c’est-à-dire se mettre de la couleur de la personne que l’on veut choyer.

Couper l’alfa

France, 1907 : Boire de l’absinthe. Allusion à la couleur de cette plante.

Curé

d’Hautel, 1808 : C’est gros Jean qui remontre à son curé. Se dit d’un ignorant, d’un étourdi qui veut donner des conseils à quelqu’un de plus expérimenté et de plus savant que lui.

Rigaud, 1881 : Sac de charbon. Allusion à la forme de la robe du prêtre et à la couleur du vêtement. — (Jargon des voyous.)

Défleurir la picouse

Vidocq, 1837 : v. a. — Voler le linge étendu sur les haies.

Larchey, 1865 : Voler du linge qui sèche sur une haie. — Allusion à la couleur tranchante des objets étendus et aux épines de la haie.

Delvau, 1866 : v. a. Voler le linge étendu dans les prés ou sur les haies. Argot des prisons.

France, 1907 : Voler du linge qui sèche au dehors des maisons. On dit aussi : déflouer la picouse.

Douanier

Rigaud, 1881 : Absinthe. — Allusion à la couleur verte du costume des douaniers.

France, 1907 : Absinthe, à cause de sa couleur verte.

Eau de savon

Fustier, 1889 : Absinthe. Argot du peuple.

Virmaître, 1894 : Absinthe. Allusion à l’eau troublée par la dissolution qui ressemble à de l’eau de savon surtout l’absinthe blanche (Argot du peuple). V. Poileuse.

France, 1907 : Absinthe. Allusion à la couleur.

Écrevisse

d’Hautel, 1808 : Rouge comme une écrevisse. Se dit par exagération d’un homme qui a le visage d’un rouge animé, par allusion avec cet insecte, quand il est cuit.
Et de quelqu’un dont les affaires reculent au lieu d’avancer, qu’Il va à reculons, comme les écrevisses.

Vidocq, 1837 : s. m. — Cardinal.

Delvau, 1866 : s. f. Cardinal, — dans l’argot des voleurs, qui ont l’honneur de se rencontrer avec Jules Janin, lequel a employé le même trope à propos du Homard, « ce cardinal de la mer ». Cardinaux sans doute, ces crustacés décapodes, — mais seulement lorsqu’ils ont subi la douloureuse épreuve du court-bouillon.

Rigaud, 1881 : Cardinal, à ce que dit M. Fr. Michel, dans son dictionnaire de l’argot comparé. C’est une aimable plaisanterie à laquelle il se sera laissé prendre, sans songer que ce cardinal-là descend en ligne directe du « cardinal des mers », dont a parlé Jules Janin et dont a tant ri Nestor Roqueplan.

France, 1907 : Cardinal, Allusion à la couleur de ce crustacé lorsqu’il est cuit.

Écume

Vidocq, 1837 : s. m. — Étain.

Rigaud, 1881 : Étain, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Étain.

France, 1907 : Étain. On dit aussi écume de terre. Allusion à la couleur de l’étain en fusion.

Emporteur

Vidocq, 1837 : s. m. — L’Emporteur, proprement dit, est le héros de la partie de billard dont nous avons ci-dessus promis les détails ; pour le truc dont nous allons parler, il faut de toute nécessité être trois : l’Emporteur, la Bête et le Bachotteur ; nous avons dit plus haut quelle était la tâche de ces deux derniers ; celle de l’Emporteur est beaucoup plus difficile, c’est lui qui doit chercher et trouver une dupe, et l’amener au lieu où elle doit être dépouillée.
Après avoir examiné si rien ne manque à son costume, qui doit être très-propre, l’Emporteur sort suivi de loin par ses deux acolytes, qui ne le perdent pas de vue, il se promène jusqu’à ce qu’il avise un individu tel qu’il le désire, c’est-à-dire qui annonce, soit par ses manières, soit par son costume, un étranger ou un provincial, et c’est ici le lieu de faire remarquer la merveilleuse perspicacité que possèdent ces hommes, et plusieurs autres espèces de fripons dont il sera parlé plus tard, qui savent tirer de la foule le seul individu propre à être dupé, ces hommes, presque toujours dépourvus d’éducation, savent cependant saisir le plus léger diagnostic ; ils jugent un homme à la coupe de ses habits, à la couleur de son teint, à celle de ses gants, et ils le jugent bien.
Lorsque l’Emporteur a rencontré ce qu’il cherche, il s’approche, et une conversation à peu-près semblable à celle-ci ne tarde pas à s’engager : « Monsieur pourrait-il m’indiquer la rue… — Cela m’est impossible, monsieur ; je suis étranger. — Eh ! parbleu, nous sommes logés à la même enseigne ; je ne suis à Paris que d’hier matin. »
L’Emporteur n’a pas cessé de marcher près du provincial. « Vous êtes étranger, ajoute-t-il après quelques instans de silence, vous devez désirer voir tout ce que la capitale renferme de curieux. » Signe affirmatif. « Si vous le voulez, nous irons ensemble voir les appartements du roi. J’allais, lorsque je vous ai rencontré, chercher ici près des billets que doit me donner un des aides-de-camp du duc d’Orléans ; c’est une occasion dont je vous engage à profiter. »
Le provincial hésite, il ne sait ce qu’il doit penser de cet inconnu si serviable ; mais, que risque-t-il ? Il n’est pas encore midi, et les rues de Paris ne sont pas dangereuses à cette heure ; et puis les appartemens du roi Louis-Philippe doivent être bien beaux ; et puis ce n’est pas lui, le plus mâdré des habitans de Landernau ou de Quimper-Corentin, qui se laisserait attraper : il accepte ; l’Emporteur fait le St-Jean à ses deux compagnons (voir ce mot), qui prennent les devans et vont s’installer au lieu convenu.
C’est un café estaminet d’assez belle apparence, dont le propriétaire est presque toujours affranchi. L’Emporteur y arrive bientôt, suivi de son compagnon ; en entrant il a demandé à la dame de comptoir si un monsieur à moustaches, et décoré, n’était pas venu le demander ; on lui a répondu que ce monsieur était venu, mais qu’il était sorti après toutefois avoir prié de faire attendre. « Eh bien, nous attendrons, » a-t-il répondu ; et il est monté au billard après avoir demandé quelques rafraichissemens qu’il partage avec son compagnon.
Le monsieur à moustaches n’arrive pas ; pour tuer le temps on regarde jouer les deux personnes qui tiennent le billard, et qui ne sont autres que la Bête et le Bachotteur. La Bête joue mal, et à chaque partie qu’elle perd elle veut augmenter son jeu, le Bachotteur ne veut plus jouer, et offre de céder sa place au premier venu, la Bête sort pour satisfaire au besoin, alors le Bachotteur s’exprime à-peu-près en ces termes, en s’adressant à l’Emporteur : « C’est une excellente occasion de gagner un bon dîner, le spectacle, et le reste, il est riche, il est entêté comme une mule ; rendez-lui quelque points, et son affaire est faite. — Si je savais seulement tenir une queue, répond l’Emporteur, j’accepterais la poposition. » Le provincial, qui a entendu cette conversation, et qui a vu jouer la Bête, trouve charmant de ce faire régaler par un parisien ; il pourra parler de cela dans son endroit. Il joue, il perd ; son adversaire raccroche toujours ; il s’échauffe, il joue de l’argent ; les enjeux sont mis entre les mains du Bachotteur ; le provincial envoie au diable l’Emporteur, qui l’engage à modérer son jeu. Somme totale, il sort du café les poches vides, mais cependant bien persuadé qu’il est beaucoup plus fort que son adversaire, qui n’est, suivant lui, qu’un heureux raccrocheur. (Voir Floueur.)

Delvau, 1866 : s. m. Filou qui a pour spécialité de raccrocher des provinciaux sous un prétexte quelconque, et de les amener dans un estaminet borgne, où ils sont plumés par le bachotteur et la bête. (Voir à propos de ce mot, le volume de Vidocq.)

Rigaud, 1881 : Filou qui vit au détriment des magasins. Après avoir fait un achat d’importance, l’emporteur se fait accompagner par un garçon de magasin, qu’il doit payer à domicile. Une fois en route, sous un prétexte quelconque, il écarte le garçon en ayant eu la précaution de se faire remettre la marchandise. Les hôtels garnis, les passages, les maisons à deux issues, favorisent beaucoup le jeu de l’emporteur.

France, 1907 : Filou qui racole des provinciaux ou des naïfs et les amène dans quelque cabaret borgne où ils sont dévalisés par des compères.

Étouffer un enfant de chœur ou une négresse

France, 1907 : Boire une bouteille de vin. Allusion, d’une part, à la calotte rouge de l’enfant de chœur, comparée au cachet d’une bouteille, et de l’autre à la couleur de la bouteille.

Étouffer un perroquet

Boutmy, 1883 : v. Expression pittoresque pour dire : Boire un verre d’absinthe, sans doute à cause de la couleur verte de ce funeste breuvage.

France, 1907 : Boire un verre d’absinthe. Allusion à la couleur verte.

Frangin

Ansiaume, 1821 : Frère.

Le frangin quimpe à la couleur, il sera le bon.

M.D., 1844 : Le frère.

Delvau, 1866 : s. m. Frère, — dans l’argot des voleurs. On dit aussi fralin. Frangin-Dab. Oncle.

Boutmy, 1883 : s. m. Altération et synonyme du mot frère, pris au sens naturel. Cette expression est usitée dans d’autres argots parisiens.

Virmaître, 1894 : Frère (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Frère.

Geffrard

Rigaud, 1881 : Double cinq d’un jeu de dominos ; par allusion à la couleur du président Geffrard.

Gouzesse

Ansiaume, 1821 : Maîtresse.

Le gouze est chaud, mais la gouzesse guimpe à la couleur.

Gris comme un cordelier

Virmaître, 1894 : Saoul à n’en plus pouvoir, incapable de retrouver sa maison et être obligé de s’asseoir sur une borne pour attendre qu’elle passe. Gris, allusion à la couleur de la robe de ces religieux (Argot du peuple).

Grisaille, la grise

Rigaud, 1881 : Sœur grise, sœur de charité ; par allusion à la couleur de la robe.

Hariadan Barbe-rousse

Rigaud, 1881 : Jésus-Christ, — dans l’ancien argot. Hariadan, pour Havriadan de Havre, Dieu, et Barbe-rousse, par allusion à la couleur que les peintres ont donnée à la barbe du Christ. — Sous le titre de Hariadan Barbe-rousse, Corse et V. Ducange ont écrit une pièce.

Jaune

d’Hautel, 1808 : Jaune. Terme métaphorique et injurieux, pour bête ; sot, imbécile.
Dire des contes jaunes ou bleus. Dire des choses incroyables, des mensonges.
Jaune comme de l’or. Se dit de toute chose qui a cette couleur.
On lui fera voir son béjaune. Signifie qu’on fera voir à quelqu’un qu’il n’est qu’un ignorant.

Halbert, 1849 : Été.

Larchey, 1865 : Eau-de-vie.

Estaminet dit poétique, espèce de paradis perdu dans le jaune et le petit bleu.

(La Maison du Lapin blanc, typ. Appert)

Lapin blanc, que me veux-tu ? Avec ton jaune et ton camphre, Tu déranges ma faible vertu.

(Id.)

Rire jaune : Rire forcément. — Aimer avec un jaune d’œuf : Tromper. — Allusion à la couleur jaune qui est celle du cocuage.

Delvau, 1866 : s. m. Eau-de-vie, — dans l’argot des chiffonniers.

Delvau, 1866 : s. m. Été, la saison mûrissante, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Eau-de-vie. — Jaunier, ivrogne.

Rigaud, 1881 : Été, — dans l’ancien argot.

La Rue, 1894 : Été. Eau-de-vie.

France, 1907 : Eau-de-vie ; argot des chiffonniers.

Lapin blanc, que me veux-tu ?
Avec ton jeune et ton camphre
Tu déranges ma vertu.

(La Maison du Lapin blanc, 1858)

France, 1907 : Été ; argot des voleurs.

France, 1907 : Or.

Jonc

d’Hautel, 1808 : Droit comme un jonc. Se dit en bonne part d’une personne qui est de grande taille, et qui a un beau maintien.
On dit aussi en mauvaise part d’un glorieux, d’un hautain qui ne s’incline jamais, qu’Il se tient droit comme un jonc. Voy. Jais.

anon., 1827 : Or.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Or. Une boc de jonc ou d’orient, une montre d’or.

Bras-de-Fer, 1829 : Or.

Vidocq, 1837 : s. m. — Or.

M.D., 1844 : De l’or.

un détenu, 1846 : Or. Une tocante de jonc : une montre en or.

Halbert, 1849 : Or.

Larchey, 1865 : Or (Vidocq). — Allusion à la couleur jaune du jonc. V. Bogue.

Delvau, 1866 : s. m. Or, — dans l’argot des voleurs, qui appellent ainsi ce métal, non, comme le veut M. Francisque Michel, par corruption de jaune, mais bien parce que c’est le nom d’une bague en or connue de tout le monde, et qui ne se porte qu’en souvenir de l’anneau de paille des gens mariés par condamnation de l’Officialité.

Rigaud, 1881 : Or, — dans l’argot des voleurs. En terme d’orfèvre c’est un anneau d’or, une bague sans chaton.

Virmaître, 1894 : Or (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Or. Tout ce qui est or est du jonc.

Hayard, 1907 : Or.

France, 1907 : Or ; argot des voleurs. Un bobe de jonc, une montre d’or.

anon., 1907 : Or.

Jonquille

La Rue, 1894 : Mari trompé par sa femme. Cocu.

Virmaître, 1894 : Cocu. Allusion à la couleur jaune qui est l’emblème des prédestinés (Argot du peuple).

France, 1907 : Mari trompé.

Jus de chique

Rigaud, 1881 : Café, — dans le jargon des troupiers. Allusion à la couleur du café. La variante est : Jus de chapeau, à cause de la couleur foncée de la transpiration militaire.

Lait à broder

Vidocq, 1837 : s. f. — Encre.

Larchey, 1865 : Encre (id.) — Allusion ironique à la couleur de l’encre. V. Broder.

Rigaud, 1881 : Encre, — dans le jargon des voleurs.

Virmaître, 1894 : Encre. Dans les prisons, quand le lazagneur écrit une lettre pour un camarade, il dit qu’il se sert du lait à brodancher pour attendrir celui à qui on écrit. Brodancher pour broder. Encre est ici une figure, car souvent c’est le lait qui en sert. Dans les prisons on sait que toutes les lettres des détenus adressées à des parents ou à des amis passent par le greffe. Le greffier ou le directeur lit la lettre et si elle ne contient rien de contraire au règlement il la vise par ce signe : V. Le plus grand souci des prisonniers est d’éviter cette formalité gênante surtout si la lettre est adressée à un complice. Alors ils emploient le lait pour écrire entre les lignes écrites à l’encre. Pour cela il faut du lait écrémé et du papier non glacé, parce que l’écriture serait grasse, brillante et la supercherie serait apparente. Pour faire apparaître l’écriture il suffit de frapper fortement la lettre avec un chausson plein de poussière ; la poussière s’attache aux caractères qui deviennent lisibles. Autrefois dans les prisons on se servait d’oignons, mais le truc fut découvert, on n’en vend plus dans les cantines, tandis que l’on y trouve du lait (Argot des voleurs). N.

Lignard

Larchey, 1865 : Officier ou soldat des troupes de ligne.

Delvau, 1866 : s. m. Soldat de la ligne, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Pêcheur à la ligne, — dans le jargon des canotiers de la Seine.

Rigaud, 1881 : Rédacteur de journal payé à la ligne.

Rigaud, 1881 : Soldat d’infanterie de ligne.

Rigaud, 1881 : Typographe chargé de la ligne courante.

Boutmy, 1883 : s. m. Compositeur qui fait spécialement la ligne courante.

Virmaître, 1894 : V. Fantaboche.

France, 1907 : Dans l’argot des typographes, c’est le compositeur chargé spécialement de la ligne courante.

France, 1907 : Peintre qui s’attache plus à la pureté du dessin, à la perfection de la ligne qu’à la couleur.

France, 1907 : Soldat d’infanterie de ligne. Les cavaliers désignent aussi les fantassins sous les sobriquets de homard, écrevisse de rempart, bigorneau, carapata, méfiant, mille-pattes, fiflot, etc.

Un dragon, de taille gigantesque, cause avec un tout petit lignard, lequel se plaint amèrement que le soleil lui tape sur la tête.
Alors le cavalier, d’un ton de supériorité dédaigneuse :
— Que dirais-tu si tu étais à ma place ? Car je crois que ma tête est infiniment plus près du soleil que la tienne !

C’est le printemps : dans sa cuisine,
Quand Madame va faire un tour,
Elle trouve avec Catherine
Un lignard jaspinant d’amour.

(Grammont)

Le petit lignard, si bon, si dévoué, si naïf, est la glorieuse personnification de notre armée. C’est un héros qui s’ignore lui-même. Dans l’âme de ce descendant des Gaulois couve le feu sacré qui fit de nous la grande nation ; au moindre choc, l’étincelle jaillit, l’odeur enivrante de la poudre éveille les instincts guerriers qui sommeillent dans sa poitrine ; quand les mâles accords du clairon retentissent, un frisson de fierté passe dans ses veines ; il s’exalte lorsque tonne la grosse voix du canon ; ses narines se dilatent en aspirant les émanations brûlantes du combat ; son sang s’échauffe, sa tête s’anime et resplendit, il pousse à pleins poumons la clameur stridente des batailles, et il s’élance avec une fougue indicible au milieu de la mêlée…
C’est alors que l’infanterie fournit ces charges fameuses, ces charges furieuses et échevelées comme les vagues de la tempête, terribles et foudroyantes comme les avalanches des Alpes.

(Dick de Lonlay, Au Tonkin)

Concluons par ces beaux vers que Geogres d’Esparbès a dédiés au 46e de ligne, à l’anniversaire de la mort du brave La Tour-d’Auvergne :

Ô lignard ! bleu soldat de France
À l’œil ferme, au cœur vivandier,
Troubade, fils du grenadier,
Pousse-caillou de l’espérance,
Coq des blés vermeils et des seigles,
Sonne l’appel des bataillons,
Arme ton ergot d’aiguillons,
Vole vers le Rhin ! sus aux aigles !
Hardi, biffin ! boucle ta hotte,
Gretchen prépare ton fricot,
Mets une aile à ton godillot,
Loge une âme sous ta capote,
Les clairons font signe aux trompettes…
Bois un quart de vieux vin gaulois,
Et comme D’Auvergne autrefois,
Vas emplir ton sac de conquêtes !

Loubete

France, 1907 : Brebis dont la toison a la couleur du poil du loup ; c’est louvet par la substitution basque et pyrénéenne du b au v.

Marron

d’Hautel, 1808 : Au propre, espèce de grosse châtaigne ; au figuré, terme d’imprimerie, libelle, ouvrage fait clandestinement, sans permission.
On a fait de ce mot, le substantif marronneur, ouvrier qui fait des marrons ; et le verbe marronner, imprimer, vendre ou colporter des marrons.
Se servir de la pate du chat pour tirer les marrons du feu. Se servir de quelqu’un pour faire une chose que l’on n’ose hasarder soi-même.

Clémens, 1840 : Pris, arrêté, reconnu.

un détenu, 1846 : Individu pris sur le fait.

Halbert, 1849 : Surpris.

Larchey, 1865 : En flagrant délit de vol ou de crime. — Du vieux mot marronner : faire le métier de pirate, de corsaire. V. Roquefort. — Marron serait en ce cas une abréviation du participe marronnant. — Paumer marron, Servir marron : Prendre sur le fait. — V. Servir, Estourbir.

J’ai été paumé marron.

(La Correctionnelle)

Delvau, 1866 : s. m. Livre imprimé clandestinement, — dans l’argot des typographes.

Delvau, 1866 : s. m. Rapport, procès-verbal des chefs de ronde, — dans l’argot des soldats.

Rigaud, 1881 : Brochure imprimée clandestinement. — Procès-verbal des chefs de ronde. (A. Delvau)

Rigaud, 1881 : Celui qui exerce illicitement un métier. — Paumer, servir marron, prendre en flagrant délit de vol. — Marron sur le tas, pris en flagrant délit de vol. Marron est une déformation de marry, ancien mot qui veut dire contrit.

Rigaud, 1881 : Contusion, coup et principalement coup qui marque le visage ; par allusion à la couleur qu’arbore la partie contusionnée. — Coller des marrons, attraper des marrons. La variante est : châtaigne qu’on prononce châtaigne.

Boutmy, 1883 : s. m. Ouvrier compositeur travaillant pour son propre compte chez un maître imprimeur, qui lui fournit le matériel et auquel il paye tant pour cent sur les étoffes.

La Rue, 1894 : Livre imprimé clandestinement. Rapport des chefs de ronde. Coup au visage. Homme qui exerce illicitement un métier. Paumé marron, pris en flagrant délit de vol.

Virmaître, 1894 : Livre imprimé clandestinement (Argot d’imprimerie).

Rossignol, 1901 : Recevoir un coup de poing, c’est recevoir un marron.

Hayard, 1907 : Livre imprimé clandestinement.

France, 1907 : Coup de poing.

— Vous voyez de quoi il retourne, les enfants, dit Nib, en reprenant son ton ironique. Monsieur se mêle de nos petites affaires… Il veut s’occuper de nos gonzesses… Il s’informe de ce que nous avons fait de la môme qu’il a vue avec nous… Il est pas mal curieux, le Monsieur !…
— Fiches-y un marron par la g… ! dit Mille-Pattes.

(Edmond Lepelletier)

France, 1907 : Ouvrier compositeur qui travaille pour son propre compte chez un maître imprimeur, qui lui fournit, moyennant au tant pour cent, le matériel.

France, 1907 : Pris. On écrit aussi maron.

Pendant qu’t’étais à la campagne
En train d’te fair’ cautériser,
Au lieur ed’rester dans mon pagne,
Moi, j’mai mis à dévaliser ;
Mais un jour, dans la ru’ d’Provence,
J’me suis fait fair’ marron su’ l’tas,
Et maint’nant j’tire d’la prévence
À Mazas.

(Aristide Bruant)

Être paumé ou pommé marron, être pris.

On la crible à la grive
Je m’la donne et m’esquive,
Elle est pommée marron.

Être servi marron, même sens.

— Que je sois servie marron au premier messière que je grincherai, si je lui en ouvre seulement la bouche.

(Mémoires de Vidocq)

Minuit

d’Hautel, 1808 : À minuit précis, sur le minuit. Ce mot est toujours singulier et masculin ; c’est à tort que l’on dit continuellement à minuit précise, sur les minuit. Voy. Midi.

Vidocq, 1837 : s. m. — Nègre.

Larchey, 1865 : Nègre (Vidocq). — Allusion à la couleur sombre de la nuit.

Delvau, 1866 : s. m. Nègre, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Nègre. — Enfant de minuit, voleur.

La Rue, 1894 : Nègre.

Montrer le béjaune à quelqu’un

France, 1907 : Lui montrer sa simplicité ou sa bêtise. Béjaune est la contraction de bec jaune, expression empruntée à la couleur du bec des oiseaux qui sortent de l’œuf ; on l’applique à un ignorant, un niais, un sot.
Il y avait aussi, au moyen âge, dans les collèges de Paris un droit établi sur les nouveaux venus qu’on appelait le béjaune, et l’argent ainsi prélevé était employé à un régal auquel tous les écoliers prennent part. Ces béjaunes donnèrent, lieu à des désordres, car une ordonnance de police de 1311 punit d’amende ceux qui acquittent le béjaune.

Moricaud

d’Hautel, 1808 : Un moricaud, une moricaude. Se dit en plaisantant de ceux qui ont la peau brune ; et notamment des femmes. On appelle aussi de ce nom une espèce de guigne noire.

Vidocq, 1837 : s. m. — Broc.

Larchey, 1865 : Broc (Vidocq). — Allusion à la couleur noire que lui donne le vin.

Delvau, 1866 : s. et adj. Nègre, mulâtre, — dans l’argot des faubouriens. Moricaude. Négresse.

Delvau, 1866 : s. m. Charbon, — dans le même argot. Signifie aussi Broc de marchand de vin, — qu’un long usage a noirci.

Rigaud, 1881 : Broc de vin, broc en bois pour le vin.

Rigaud, 1881 : Charbon, — dans l’ancien argot.

La Rue, 1894 : Broc de vin. Charbon. Nègre.

France, 1907 : Broc de vin.

France, 1907 : Charbon.

France, 1907 : Nègre, mulâtre.

Mouche

d’Hautel, 1808 : Faire d’une mouche un éléphant. Faire du bruit pour rien, faire passer quelque chose de néant pour une merveille.
Faire querelle sur un pied de mouche. Intenter un procès pour une bagatelle, pour la moindre des choses.
Il est bien tendre aux mouches. Signifie, il est sensible aux moindres incommodités, il se choque de peu de chose.
Dru comme mouche. Pour dire, tout un coup, tout à-la-fois.
Il ne faut qu’une mouche pour l’amuser. Se dit d’une personne oiseuse, d’un domestique musard.
Prendre la mouche. Se piquer, se choquer, être d’une grande susceptibilité.
Fine mouche. On appelle ainsi une personne artificieuse, fine, et rusée.
Quelle mouche vous pique ? Pour, qui a pu vous offenser, vous irriter, vous mettre en colère ?
Sentir des mouches, Se dit d’une femme enceinte que les premières atteintes du mal d’enfant tourmentent.

Halbert, 1849 : Vilain.

Larchey, 1865 : « Mouche, pour ceux qui ne comprendraient pas le langage parisien, signifie mauvais. » — Troubat. — Un volume intitulé les Mystères des théâtres, par un vieux comparse, publié en 1844, donne mouche dans le même sens. V. Toc.

Delvau, 1866 : adj. des deux g. Mauvais, laid, désagréable, embêtant comme une mouche, — dans l’argot des faubouriens.

Delvau, 1866 : s. f. Agent de police, — en général et en particulier.

Delvau, 1866 : s. f. Mousseline, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Agent de police.

Fustier, 1889 : On désigne ainsi à Paris les bateaux à vapeur qui font sur la Seine un service de transport à l’usage des voyageurs.

Malgré… les chiens et les chevaux qu’on baigne… les bateaux qu’on décharge, les mouches qui passent en fouettant l’eau de leurs ailes et en la troublant de leur fumée, la Seine largement engraissée par les détritus de la grande ville abonde en poissons.

(Bernadille)

On désigne aussi ces bateaux sous le nom d’hirondelles.

La Rue, 1894 : Mousseline. Mauvais. Laid.

Virmaître, 1894 : Laid, bête, ridicule.
— Elle est rien mouche, la môme à Poil-aux-pattes (Argot du peuple).

France, 1907 : Mauvais, vilain. Abréviation de mouchique.

France, 1907 : Petite rondelle de taffetas noir que les femmes se collaient autrefois sur le visage et même ailleurs pour rehausser la blancheur de leur teint. Voici, à titre de curiosité, le langage des mouches à l’usage des coquettes : « La femme passionnée ou qui veut paraître telle place sa mouche au coin de l’œil ; celle qui vise à la majesté la colle au milieu du front ; l’énjouée, sur le bord de la fossette formée par la joue quand on rit ; la galante, au milieu de la joue ; la sentimentale, au coin de la bouche ; la gaillarde, sur le nez ; la coquette, sur les lèvres : la discrète, au-dessous de la lèvre inférieure, vers le menton. »

France, 1907 : Petite touffe de poils sous la lèvre inférieure.

France, 1907 : Police, policier.
On a été chercher lien loin l’origine de mouche et mouchard, jusqu’à l’attribuer à un certain Mouchy qui remplissait le métier d’agent secret du cardinal de Lorraine, tandis qu’ils viennent tout simplement de l’insupportable insecte dont nous avons tous eu à souffrir. C’est, dit avec raison Charles Nisard, son impudence et son importunité qui ont fait appeler mouchards les curieux, les effrontés qui se fourrent partout, mettent le nez dans tout, et qui, sans s’arrêter à l’épiderme, vont droit aux nerfs de leur victime et la tuent moralement. D’où naturellement ces noms furent donnés à la police les mots mouche, moucher (espion, espionner) sont, observe Ch. Ferrand, très anciens dans notre langue. Le peuple en a fait mouchard, moucharder, par la simple raison que la terminaison ard implique chez nous un sens défavorable, comme on le voit par les mots bavard, vantard, cafard, soudard, pleurard, pendard, communard, etc.

— Oui, oui, il est de la mouche, gare aux coups de casserole.

(Félix Remo, La Tombeuse)

Il vit un espion qui le regardait faire ;
Il fuit ; l’autre le suit de carfour en carfour.
Ils arrivent enfin proche un certain détour ;
Alors, se retournant, l’impatient Cartouche
De la bonne façon rosse la pauvre mouche,
Et, rempli de colère, il l’étrille à souhait.

(Nicolas de Grandval, Le Vice puni, 1726)

France, 1907 : Sobriquet donné vers 1840 aux jeunes femmes que les maîtresses de table d’hôte hébergeaient gratis pour attirer les clients mâles.

Un trait caractéristique de la table d’hôte, c’est la présence d’une ou deux jolies femmes (selon l’importance de l’établissement) qui s’affranchissent régulièrement chaque jour des prosaïques tribulations du quart d’heure de Rabelais. Ces dames sont placées au centre de la table : elles ne doivent pas avoir plus de vingt-cinq ans, être à peu près jolies, mais surtout excessivement aimables. On ne tient pas précisément à la couleur des cheveux, cependant on préfère les brunes : c’est plus piquant et d’un effet plus sûr et plus général. À ces conditions, ces dames sont traitées avec toutes sortes d’égards, exposées à toutes sortes d’hommages, et dînent tous les jours pour l’amour de Dieu et du prochain. Ces parasites femelles, qu’on désigne généralement sous le nom de mouches (soit à cause de la légèreté de leur allure, soit plutôt par analogie avec le rôle qu’elles jouent dans cette circonstance), ne se trouvent néanmoins que dans les tables d’hôte du premier et du dernier degré.

(Auguste de Lacroix)

Mousquetaire gris

Delvau, 1866 : s. m. Pou, — dans l’argot du peuple, qui aime les facéties.

Rigaud, 1881 / La Rue, 1894 : Pou.

Virmaître, 1894 : Pou. Allusion à la couleur de cet horrible animal que pourtant certains adorent. Un amateur marchande un pou à un chiffonnier ; il lui offre d’un pou magnifique un prix dérisoire. L’éleveur le remet délicatement dans sa chemise en lui chantant le refrain célèbre : Tu n’en veux pas ! J’l’remets dans ma chemise. Ça n’mange pas d’pain. (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Pou.

Négresse

Vidocq, 1837 : s. m. — Paquet de marchandise enveloppé d’une toile cirée.

Halbert, 1849 : Ballot recouvert de toile cirée.

Larchey, 1865 : Paquet couvert de toile cirée (Vidocq, 1837). — La toile est noire.

Larchey, 1865 : Punaise.

Je sentis bien, quand nous étions couchés, Qu’i ne manquait pas de négresses, Et même de grenadiers.

(Lecart, Ch., 1851)

Allusion à la couleur foncée de la punaise. Quant aux grenadiers, qui représentent les poux de la plus forte taille, il faut se rappeler qu’on appelle grenadiers des soldats d’élite et garnison la vermine qui couvre une tête. Les gros poux sont donc les grenadiers de la garnison.

Delvau, 1866 : s. f. Litre ou bouteille de vin, — dans l’argot des faubouriens. Étouffer ou Éventrer une négresse. Boire une bouteille. On dit aussi Éternuer sur une négresse.

Delvau, 1866 : s. f. Punaise.

Delvau, 1866 : s. f. Toile cirée, — dans l’argot des voyous.

Rigaud, 1881 : Bouteille de vin rouge. — Étouffer, éreinter une négresse, éternuer sur une négresse, boire une bouteille de vin rouge.

Rigaud, 1881 : Ceinturon, — dans l’argot des marins.

Rigaud, 1881 : Paquet recouvert de toile cirée noire.

Rigaud, 1881 : Puce.

J’ sentis bien quand nous étions couchés
Qui n’ manquait pas d’négresses
Et même de grenadiers.

(E. Lecart, Une conquête au Prado, chans)

Qu’il s’ra content le vieux propriétaire
Quand il viendra pour toucher sonloyer,
D’voir en entrant toute la paill’par terre
Et les négress’s à ses jamb’s sautiller.

(Le Déménagement à la sonnette de bois, chans.)

La Rue, 1894 : Paquet enveloppé de toile cirée noire. Bouteille de vin. Punaise. Puce.

Virmaître, 1894 : Bouteille.
— Allons-nous étouffer une négresse de ginglard à Argenteuil ? (Argot du peuple).

Virmaître, 1894 : Puce. Allusion de couleur (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Puce.

Hayard, 1907 : Bouteille de vin.

Hayard, 1907 : Puce.

France, 1907 : Bouteille de vin rouge. Allusion à la couleur foncée de la bouteille.

— Allons, la mère, du piccolo ! et deux négresses à la fois, s’il vous plaît !

(Ch. Dubois de Gennes)

Une négresse morte, une bouteille vide.

Le tas de négresses mortes grandissait. Un cimetière de bouteilles.

(Émile Zola, L’Assommoir)

Étouffer une négresse, boire une bouteille de vin.

France, 1907 : Ceinture ; argot des marins.

France, 1907 : Paquet enveloppé d’une toile cirée.

France, 1907 : Puce, Allusion à la couleur noire.

Qu’il s’ra content le vieux propriétaire,
Quand il viendra pour toucher son loyer,
D’voir en entrant toute la paill’ par terre
Et les négress’s à ses jambes sauter !

(La Cloche de bois)

Perroquet

d’Hautel, 1808 : Un perroquet. On appelle ainsi un homme qui répète, sans comprendre, ce qu’il a entendu.
De la soupe à perroquet. Pour dire, du pain trempé dans du vin.

Delvau, 1864 : Le membre viril, qui répète toujours la même chose — sans parvenir à ennuyer les femmes.

Elle m’a prêté sa cage
Pour loger mon perroquet.

(Gautier-Garguille)

Delvau, 1866 : s. m. Homme qui ne sait que ce qu’il a appris par cœur. Argot du peuple.

Delvau, 1866 : s. m. Verre d’absinthe, — dans l’argot des troupiers et des rapins, qui font ainsi allusion à la couleur de cette boisson, que l’on devrait prononcer à l’allemande : poison. Étouffer un perroquet. Boire un verre d’absinthe. L’expression a été employée pour la première fois en littérature par Charles Monselet.

La Rue, 1894 : Verre d’absinthe. L’étrangler, le boire.

Virmaître, 1894 : Absinthe. Allusion à la couleur verte de la liqueur, qui ressemble à celle du perroquet (Argot du peuple). V. Poileuse.

Rossignol, 1901 : Verre d’absinthe pure.

Hayard, 1907 : Absinthe.

France, 1907 : Bavard, parlementaire, rabâcheur de vieilles théories ressassées, comme les orateurs de mastroquets en rabâchent dans les réunions publiques.

Le comble de l’ironie,
Quand tu crèv’s de faim,
C’est d’entendr’ la Bourgeoisie
T’app’ler Souverain.
Celui qui veut ton suffrage
T’prend pour un jobard,
Fous-lui ton poing su’l’visage,
Te dit l’pèr’ Peinard.
Ah ! nom de Dieu ! faut qu’ça change,
Assez d’perroquets !
Y faut sortir de c’tte fange,
Ouvrons les quinquets !
Gouvernant, patron, jésuite,
Tout ça sent l’mouchard ;
Faut leur foutr’ d’la dynamite !
Te dit l’pèr’ Peinard.

(François Brumel)

France, 1907 : Douanier, à cause de l’uniforme vert.

France, 1907 : Verre d’absinthe. Étouffer, étrangler ou plumer un perroquet, boire un verre d’absinthe ; allusion à la couleur verte qui est celle de beaucoup de perroquets. On dit aussi perruche.

— Tu réclames tes deux béquilles, sale boiteux, dit-il en débouchant à nouveau la bouteille, et, coup sur coup, les perroquets se suivent.
Il appelle le quatrième « l’adjudant de semaine ». Les derniers sont les « trainards », le « gibier d’arrière-garde », les « vieux carottiers. »

(René Maizeroy, Portraits parisiens)

Perroquet (étouffer un)

Larchey, 1865 : « Cette locution signifie, dans le langage des ateliers, prendre un verre d’absinthe. » — M. Bayeux. — Allusion à la couleur verte du verre à pattes dont la main du buveur semble en effet étrangler le cou.

Pissat d’âne

Rigaud, 1881 : Eau-de-vie jaune-clair ; eau-de-vie coupée d’eau. Allusion à la couleur.

Rossignol, 1901 : Bière chaude et mauvaise.

France, 1907 : Mauvaise eau-de-vie appelée en anglais crème française.

Pisseux

France, 1907 : Qui a la couleur, l’apparence de l’urine.

C’était un quidam d’assez fichue apparence ; accoutré d’un long pardessus d’été d’une couleur indéfinissable, d’un pantalon dont le bas tombait en franges boueuses sur des souliers éculés, coiffé d’un feutre pisseux aux bords rabattus.

(L.-V. Meunier, Le Masque de chair)

Pivoiner

Vidocq, 1837 : v. a. — Rougir. Terme des voleurs bretons.

Delvau, 1866 : v. n. Rougir, — dans l’argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Rougir ; par allusion à la couleur de la pivoine.

France, 1907 : Rougir ; argot populaire.

Pivois

anon., 1827 : Du vin.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Vin. Pivois savoneux, vin blanc.

Bras-de-Fer, 1829 / M.D., 1844 : Du vin.

un détenu, 1846 : Vin.

Larchey, 1865 : Vin — Allusion à la couleur rouge de la pivoine. V. Pavillonner, Solir, Tremblant, Artie.

On s’pousse du pivois à six ronds dans l’battant.

(Chansonnier. impr. Stahl, 1836)

Avons-je du vin ? — Non. — Apportez du pivois, hé vite !

(Vadé, 1788)

Peut-être aussi est-ce un diminutif du vieux mot piot : vin ? — Pivoiner : Rougir (Vidocq).

Virmaître, 1894 : Vin rouge. Je ne vois guère qu’une raison à cette expression : c’est une allusion de couleur. Pivois vient certainement de pivoine (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Vin.

France, 1907 : Vin rouge. « Un certain vin, dit Charles Nodier, se nomme pivois à cause de la ressemblance de son raisin avec la pive, nom patois du fruit appelé improprement pomme de pin. »

… Avons-nous du vin ? Non.
Parlez donc, Monsieur le garçon,
Apportez du pivois, et vite !
Aussitôt la parole dite,
On renouvelle l’abreuvoir.

(Vadé, La Pipe cassée)

Pivois citron, vinaigre ; pivois vermoisé, vin rouge ; pivois savonné, vin blanc.

Que ce soit le pétrole ou le pivois savonné, dans le godet ou dans l’entonnoir à patte, toujours les buveurs ont soin de dire : À la vôtre, patron !

(Jean Richepin)

Plumet (avoir son)

Larchey, 1865 : S’enivrer. — Comparaison de la trogne à la couleur rouge d’un plumet d’uniforme.

N’est-ce pas que j’dois vous faire l’effet D’avoir c’qui s’appelle un plumet. Messieurs, c’est le picton !

(Ch. Voizo, Ch)

M. Alphonse Duchesne a fait une chanson intitulée : J’ai mon plumet. (Paris, Roger, 1863)

Rigaud, 1881 : Être complètement ivre. C’est être complet au point de vue de l’ivresse. — Pourrait bien être une allusion au plumet des Suisses, réputés, comme on sait, buveurs intrépides.

Je pense que c’était un suisse du quartier, car il avait un plumet.

(Aventures des bals et des bois, 1745)

France, 1907 : Être ivre.

Ma sœur, qu’était en train,
Ram’nait un fantassin ;
Ma fille, qu’avait son plumet,
Sur un cuirassier s’appuyait ;
Ma femme sans façon
Embrassait un dragon,
Ma bell’-mère au p’tit trot
Galopait au bras d’un turco.

(En revenant de la Revue)

On dit aussi dans le même sens : « avoir son jeune homme. » Au sujet de cette dernière expression, Philibert Audebrand raconte cette anecdote. Alfred de Musset, qui avait, comme on le sait, l’habitude de se griser avec de l’absinthe, se présente un jour, en 1853, chez M. Empis, alors directeur du Théâtre-Français. L’employé du théâtre auquel Musset s’adresse, le voyant ivre, croit devoir prévenir, avant de le laisser entrer, le directeur, et le dialogue suivant s’engage :

— Monsieur Le directeur…
— Quoi ? qu’y a-t-il ?
— Eh bien, c’est M. Alfred de Musset.
— Bon. Faites-le entrer.
— Mais, Monsieur le directeur…
— Quoi donc ?
— C’est qu’il a son petit jeune homme.
— Son petit jeune homme ? Qu’est-ce que ça fait ? Faites-le entrer avec son petit jeune homme.

M. Empis, ignorant celle expression argotique, croyait que Musset amenait avec lui un jeune ami.

Poil de brique

Virmaître, 1894 : Femme ou homme à cheveux rouges, rouquin. On dit dans le peuple, par allusion à la couleur :
— Trois jours de plus dans le ventre de sa mère, elle était rôtie (Argot du peuple). N.

Rossignol, 1901 : Celui qui a les cheveux roux.

France, 1907 : Tête rousse.

Pompon (en avoir un)

Virmaître, 1894 : Être abominablement gris. Avoir la face rouge comme une pivoine. Allusion à la couleur rouge du pompon des grenadiers (Argot du peuple).

Pruneau

d’Hautel, 1808 : Elle est noire comme un pruneau relavé. Locution populaire qui se dit d’une personne qui a le teint extrêmement brun, et notamment d’une femme.

Delvau, 1866 : s. m. Alvi dejectio. Poser un pruneau. Levare ventris onus.

Delvau, 1866 : s. m. Chique de tabac, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Chique ; boulette de tabac que les soldats, les marins et nombre d’ouvriers promènent de l’une à l’autre joue. La chique à la couleur du pruneau, de là le surnom. — Passe-moi ton pruneau, j’ai avalé le mien.

Surtout retire le pruneau.

(A. Camus)

Rigaud, 1881 : Excrément humain. Poser son pruneau, sacrifier à Lesage. Allusion à la couleur et à l’aspect des pruneaux desséchés, lorsque le temps et l’air ont passé par là. Variante : Déposer sa pêche.

Rigaud, 1881 : Œil.

Virmaître, 1894 : Tabac en carotte qui se nomme grosse ou petite ficelle ; il se chique. Comme le morceau, une fois mâché, est noir et juteux, on le nomme un pruneau (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Chique de tabac.

Quimper à la couleur

Ansiaume, 1821 : Croire quelqu’un qui vous trompe.

Le messière quimpe à la couleur, l’affaire est sûre.

Raclure d’aubergine

France, 1907 : Le ruban académique. Allusion à la couleur.

Des hommes un peu plus âgés et portant à la boutonnière la raclure d’aubergine.

(Didier, Écho de Paris)

Roupie de singe

Larchey, 1865 : Rien. — Roupie a ici le sens de monnaie. On dit monnaie de singe pour grimace.

Delvau, 1866 : s. f. Rien, — dans l’argot des voleurs.

La Rue, 1894 : Rien, chose sans valeur.

Virmaître, 1894 : Mauvais café qui a la couleur de la roupie qui pend au nez du priseur (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Mauvais café.

France, 1907 : Chose sans valeur.

Partout tu vas êt’ invité
Va falloir te payer du linge ;
Mon vieux, c’est pas d’la roupi’ d’singe…
Entrez donc, Mossieu l’député.

(Aristide Bruant)

France, 1907 : Mauvais café. On dit aussi jus de chapeau.

Il pouvait être quatre heures du soir, et, depuis le café du matin, un quart de jus de chapeau avec lequel on était réveillé le sang, les hommes n’avaient rien mangé ni bu. Houleux, livides, entre-choquant leurs files, ils titubaient comme des ivrognes dans le petit jour sale de l’hiver. Leurs ceinturons leur tombaient sous le ventre, leurs capotes étaient crottées comme des jupes, toutes les prunelles luisaient de souffrance, et les képis, sur les têtes, étaient enfoncés comme des bonnets.

Safran

Delvau, 1866 : s. m. Jaunisse conjugale, — dans l’argot des bourgeois. Accommoder au safran. Tromper son mari en faveur d’un autre homme, ou sa femme en faveur d’une autre. On dit aussi Vouer au jaune.

Virmaître, 1894 : Mari trompé, voué au jonquille comme on voue les enfants au bleu. On dit aussi d’un mari dans ce cas :
— Il a la jaunisse toute l’année (Argot du peuple).

France, 1907 : Jaunisse. Accommoder son mari au safran, le cocufier ; allusion à la couleur jaune du safran. Avoir mangé du safran, rire souvent à propos de rien, allusions à une croyance populaire attribuant au safran la propriété de dilater le cœur et d’obliger à ouvrir la bouche pour respirer.

Soulouque

Rigaud, 1881 : Cinq et six d’un jeu de dominos. Allusion à la couleur noire de feu ce potentat.

Tartir

anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Chier.

Delvau, 1866 : v. n. Levare ventris onus, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Aller à la selle.

Virmaître, 1894 : Vider ses intestins. Quand la marchandise est molle, elle s’aplatit en rond, comme une tarte, dont, d’ailleurs, elle a la couleur. Dans le peuple, on dit :
— Je viens de faire une tarte bourbonnaise.
Encore un emprunt à Rabelais (Argot des voleurs).

France, 1907 : Voir Tarter.

Toussaint-Louverture

Rigaud, 1881 : Double six d’un jeu de dominos. Allusion à la couleur noire.

Trèfle

Larchey, 1865 : Anus. — Corruption de trou. — V. Trèpe.Vise au trèfle : Apothicaire (Vidocq).

Larchey, 1865 : Tabac. — Allusion à la couleur brune de ce fourrage, quand il est sec.

Delvau, 1866 : s. m. Le podex, — dans l’argot des faubouriens. Vise-au-trèfle. Apothicaire.

Rigaud, 1881 : Derrière.

Merlin, 1888 : Tabac.

Fustier, 1889 : Argent monnayé. Argot des gavroches.

Virmaître, 1894 : Tabac (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Tabac.

France, 1907 : Anus.

France, 1907 : Argent. Les nécromants, astrologues et sorciers du moyen âge attribuaient au trèfle de merveilleuses propriétés, entre autres, celle d’annoncer de l’argent. De là à signifier l’argent lui-même, la pente était facile. Cette propriété était surtout celle du trèfle à quatre feuilles : « Celui ou celle qui trouve le trèfle à quatre feuilles, disent les Évangiles des Quenouilles, s’il le garde en révérence, sachiez, pour aussi vray que Évangile, qu’il sera eureux et riche toute sa vie. »

France, 1907 : Tabac.

Qu’on le traitât de grand mac, feignant comme un prêtre, il en riait ; mais qu’on s’amusât à lui fourrer, ainsi qu’on le fit, des paquets de cheveux dans son trèfle, des poignées de roncés dans son pieu de goémon et des cervelas d’étron dans sa soupe, ah ! zut, alors !

(Jean Richepin)

anon., 1907 : Tabac.

Verte

Delvau, 1866 : s. f. Verre d’absinthe, — dans l’argot des absintheurs. Heure où la verte règne dans la nature. Cinq heures du soir.

Rigaud, 1881 : Absinthe. Allusion à la couleur de l’absinthe. Un verre de verte.

La Rue, 1894 : Absinthe. Gonorrhée.

France, 1907 : Absinthe.

Mais la « marmite » a beau « turbiner », la galette manque quelquefois.
Il faut bien se créer d’autres ressources pour faire honneur à ses affaires et se paver sa verte quand on a soif : justement des camarades parlent d’un coup à faire, un pante à dévaliser. Ce sont des anciens, qui n’ont encore que vingt ans et déjà cinq ou six condamnations en correctionnelle.

(Berty, La Nation)

La charmante Fleur-de-Pêché
Dont le front rêveur est penché
Sur une verte,
De ses charmes dus au pastel
Tient sur le boulevard Michel
Boutique ouverte.

(Chanson du Père Lunette)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique