D
(Larchey, 1865)
D’occasion
De mince valeur. — Allusion. — On dit : une vertu, un héros d’occasion.
Ces Desgrieux de carton, ces Lucien de Rubempré d’occasion.
Delvau.
Maria, qui se case, Au mois, Fait sa tête d’occase, Parfois.
Ce couplet, extrait du Prado, de Privat d’Anglemont, 1846, peut se traduire ainsi en langue vulgaire : Maria, à laquelle un amant paie chaque mois son entretien, fait parfois sa tête d’occasion, c’est-à-dire sans avoir de quoi légitimer cet orgueil.
(Larchey, 1865)
Dab de la cigogne
Procureur général.
On vient me chercher de la part du dab de la cigogne.
Balzac.
(Rigaud, 1888)
Dab de la cigogne
Procureur général, procureur de la République. D’après M. L. Larchey le mot dab et ses composés viennent de l’ancien damp, seigneur.
(Virmaître, 1894)
Dab des renifleurs
Préfet de police (Argot des voleurs).
(Virmaître, 1894)
Dab ou dabe
(Rigaud, 1888)
Dab, Dabe
Dieu, père, maître, roi. — Frangin dab, oncle.
(Larchey, 1865)
Dabe
Dieu.
Mercure seul tu adoreras comme dabe de l’entrollement.
Vidocq.
(Larchey, 1865)
Dabe
Père. — Dabuche : Mère. — Dabuchette : Jeune mère, belle-mère.
(Larchey, 1865)
Dabe
« C’est notre dabe, notre maître. »
Balzac.
L’étymologie de dabe est incertaine. il est à noter que dam avait au moyen âge la même signification.
(Rigaud, 1888)
Dabe
Maîtresse, amante, — dans le jargon des souteneurs.
Ma dabe vient m’assister et me voir deux fois par semaine.
(Max. Du Camp, Paris, la Prostitution, t. m, 1875.)
(Rossignol, 1901)
Dâbe
Père. Mon père, mon dâbe ; son père, son dâbe.
(Rigaud, 1888)
Dabe d’argent
Speculum, — dans le jargon des filles. — Cramper avec le dab d’argent, passer à la visite ; mot à mot faire l’amour avec le speculum.
(La Rue, 1894)
Dabe, dabesse
Reine. Femme de souteneur.
(Rigaud, 1888)
Dabérage
Bavardage, commérage. — Dabérer, bavarder, raconter, — dans le jargon des marchands juifs.
(Rigaud, 1888)
Dabicule, Dabmuche
Petit patron, fils de patron.
(Bras-de-Fer, 1829)
Dabuche
(Rigaud, 1888)
Dabuche
Patronne, maîtresse, mère. — Dabuchette, belle-mère, jeune mère. — Dabuge, dame, bourgeoise. — Frangine dabuche, tante.
(La Rue, 1894)
Dabuche
Patronne, maîtresse, mère, nourrice. Bourgeoise.
(Halbert, 1849)
Dabuchette
Jeune mère ou belle-mère.
(Rigaud, 1888)
Dache
Diable. — Envoyer à dache, envoyer au diable.
(La Rue, 1894)
Dache
Diable. À dache ! au diable.
(Rossignol, 1901)
Dache
Dire à quelqu’un : Allez raconter çà à Dache, le perruquier des zouaves, c’est lui dire : je ne vous crois pas.
(Merlin, 1888)
Dache, perruquier des zouaves
Personnage imaginaire (d’aucuns prétendent pourtant qu’il a réellement existé) à qui l’on renvoie les hâbleurs, les raseurs, les importuns : Allez donc raconter cela à Dache !
(Larchey, 1865)
Dada (à)
À cheval.
V’là z’une belle amazone à dada.
1810, Désaugiers.
(Merlin, 1888)
Dada (aller à)
(Virmaître, 1894)
Dada (avoir un)
(Delvau, 1864)
Daim
Le monsieur qui paie les filles pour être trompé par elles avec leurs amants de cœur ; le mâle naturel de la biche.
Des daims ! J’ôte jamais mes frusques, moi.
Lemercier de Neuville.
(Larchey, 1865)
Daim
Niais, dupe.
L’une des grandes finesses des garçons de restaurant, quand ils servent un homme et une femme dans un cabinet, est de pousser à 1 consommation… persuadés que le daim n’osera refuser aucune dépense en présence de celle à qui il veut plaire.
La Fizelière.
V. cocodès. — Il est possible que Daim soit une abréviation de dindon. V. ce mot.
(Rigaud, 1888)
Daim
Personnage dont le rôle, dans la comédie humaine, consiste à jouer les grandes premières dupes auprès des femmes. Le daim est généralement riche, bien mis et stupide.
(Virmaître, 1894)
Daim
Imbécile (Argot du peuple). V. Couillon.
(Rossignol, 1901)
Daim
Synonyme de pante. Daim veut aussi dire bête, imbécile.
(Rigaud, 1888)
Daim hupé
Homme riche et d’une exploitation facile.
(Halbert, 1849)
Daims huppés
(Larchey, 1865)
Daims huppés
Bourgeois riches. — V. Coup.
Il y a de l’argent à gagner, c’est des daims huppés.
E. Sue.
(Larchey, 1865)
Dale
Argent. — Abrév. de rixdale, ancienne monnaie allemande.
Faut pas aller chez Paul Niquet, Ça vous consume tout vot’ pauv’dale.
P. Durand, vaudeville, 1836.
(Larchey, 1865)
Dalle
Bouche. — Comparaison de la bouche à la pierre d’évier (appelée dalle en beaucoup de cuisines). Cette pierre est percée d’un trou qui sert comme le gosier à l’écoulement des liquides. V. Rincer.
(Rigaud, 1888)
Dalle
Gosier, bouche. — Se rincer la dalle, boire.
(Rossignol, 1901)
Dalle
La bouche.
Tu as soif, viens que je te rince la dalle.
(Hayard, 1907)
Dalle
La gorge ; (se rincer la) boire.
(Rigaud, 1888)
Dalle en pente
Solide appétit. Mot à mot : gosier en pente.
Que ceux qui ont un vaste estomac, de gros boyaux, la dalle en pente, engloutissent des platées énormes et vident des brocs, rien de plus juste.
(La Petite Lune, janvier 1879.)
La variante est : Gargouenne en vente.
(Rigaud, 1888)
Dalzar
Pantalon, — dans le jargon des ouvriers ; par abréviation de pantalzar.
(La Rue, 1894)
Dalzar, falzar
(Delvau, 1864)
Dame aux camélias
Femme entretenue, qui joue quelquefois à la ville le rôle de Marguerite Gautier (Marie Duplessis) avec un coiffeur de son quartier, qu’elle aime ou fait semblant d’aimer, dans un accès de vertu — heureusement très court.
Quand la lorette arrive à la prospérité, elle change de nom et s’appelle Dame aux Camélias.
Edmond Texier.
(La Rue, 1894)
Damer
Rendre femme une jeune fille.
(Delvau, 1864)
Dames (ces)
On appelle ainsi un groupe de femmes, célibataires ou non, qui vivent, travaillent ou se divertissent ensemble : Ces dames du corps de ballet, ces dames au théâtre, ces dames les étudiantes, ces dames du Casino, de Mabille, etc., etc. — En famille, le fils sortant avec sa mère et ses sœurs dit : Je vais au théâtre avec ces dames. — Dans les ateliers de femmes, chez les couturières, les modistes, les lingères, etc., on dit mesdemoiselles… ces demoiselles. — Au bordel, on dit : « Toutes ces dames au salon ! » — Être dame est le rêve que caresse toute jeune fille sage qui désire sa liberté.
(Rigaud, 1888)
Danaïdes (faire jouer les)
Battre une femme, — dans le jargon des voleurs. (L. Paillet.)
(Virmaître, 1894)
Dandillante
La cloche. Dans les usines, la cloche sonne les heures d’entrées et de sorties et aussi l’heure des repas.
— Si je suis en retard c’est parce que tu as foutu un coup de pouce à la tocante du singe.
Mot à mot : la cloche dandille (Argot du peuple).
(Hayard, 1907)
Dandillante
(Rigaud, 1888)
Dandiller
Sonner. — Le carme dandille dans la fouilleuse, l’argent sonne dans la poche.
(La Rue, 1894)
Dandiller
Sonner. Dandillon, cloche.
(Virmaître, 1894)
Dandiller
Sonner. Les faubouriens en ont fait dardiller de dard.
— Je dardille pour une belle fille (Argot du peuple). N.
(Rigaud, 1888)
Dandillon
Sonnette. Taquiner le dandillon, pincer le dandillon, tirer la sonnette.
(Rigaud, 1888)
Dandinage
Raclée soignée, — dans le jargon des voleurs. Il va y avoir du dandinage.
(Rossignol, 1901)
Dandiner (se)
(Rigaud, 1888)
Dandiner un pante
Battre, maltraiter quelqu’un qui vous déplaît, — dans le jargon des voleurs.
(La Rue, 1894)
Dandiner un pante
(Rigaud, 1888)
Dandines (coller des)
Porter des coups. — Encaisser des dandines, recevoir des coups. — Une grêle de coups de poing fait dandiner celui qui les reçoit ; d’où le mot dandines.
(Virmaître, 1894)
Dandinette
Diminutif de danse, battre légèrement. Dandinette est une correction infligée à un enfant désobéissant (Argot du peuple).
(Rossignol, 1901)
Dandinette
Petit poisson en étain garni d’un hameçon double que l’on descend et remonte du fond de l’eau pour prendre des perches ou brochets.
(Larchey, 1865)
Dandysme
« Cette fatuité commune à tous les peuples chez lesquels la femme est quelque chose n’est point cette autre espèce qui, sous le nom de dandysme, cherche depuis quelque temps à s’acclimater à Paris. L’une est la forme de la vanité humaine, universelle ; l’autre d’une vanité particulière et très-particulière : de la vanité anglaise… Voilà pourquoi le mot dandysme n’est pas français. Il restera étranger comme la chose qu’il exprime… Bolingbroke seul est avancé, complet, un vrai dandy des derniers temps. Il en a la hardiesse dans la conduite, l’impertinence somptueuse, la préoccupation de l’effet extérieur et la vanité incessamment présente. Enfin, il inventa la devise même du dandysme, le nil mirari de ces hommes qui veulent toujours produire la surprise en gardant l’impassibilité. »
B. d’Aurevilly.
(Hayard, 1907)
Dans le dos, le lac, le seau, le sciau
(Larchey, 1865)
Dans le goût de pantin
À la mode de Paris, et, par extension, très bien.
Là ! v’là qu’est arrangé dans le goût de Pantin.
Zombach, Chansons.
(Halbert, 1849)
Dans le trou
(Larchey, 1865)
Danse
Grêle de coups. — allusion ironique aux piétinements forcés de la lutte.
je prends le sabre. — c’est dit, et à quand la danse ?
about.
(Rigaud, 1888)
Danse
Batterie, bataille. — Étape militaire, marche forcée, — dans le jargon des troupiers.
(Hayard, 1907)
Danse (donner une)
(Virmaître, 1894)
Danse (en donner une)
Battre un individu. Entrer en danse, entrer dans une affaire, apparaître (Argot du peuple).
(Delvau, 1864)
Danse (la) à plat, la basse danse, la danse du loup
L’acte vénérien, pendant lequel les deux acteurs se trémoussent en cadence, coups de cul de ci, coups de queue de là, — ce qui les échauffe bien plus que n’importe quelle varsoviana.
L’époux remonte, et Guillot recommence.
Pour cette fois, le mari vit la danse
Sans se fâcher.
La Fontaine.
Il lui enseigna la danse du loup, la queue entre les jambes.
(Moyen de parvenir.)
Je crois que tu ne te ferais point prier de danser le branle de un dedans et deux dehors.
Tournebu.
La danse est pour les jeunes filles ce qu’est la classe pour les adolescents, une école protectrice de la sagesse, un préservatif des passions naissantes. Le célébre Locke recommande expressément d’enseigner aux enfants à danser dès qu’ils sont en état de l’apprendre. La danse porte en soi une qualité éminemment réfrigérante et, sur tout le globe, les tempêtes du cœur attendent, pour éclater, le repos des jambes.
Lemontey.
A quinze ans, la danse est un plaisir, à vingt-cinq ans un prétexte, à quarante ans une fatigue.
Ad. Ricard.
(Rossignol, 1901)
Danse (recevoir une)
Recevoir des coups. Veut aussi dire sentir mauvais, puer : ça danse, ça pue.
(La Rue, 1894)
Danse du panier
Bénéfices illicites de la cuisinière.
(Larchey, 1865)
Danser
Payer. — Mot à mot : danser de ses écus.
C’étaient d’assez bons pantres. Enfin ils savaient danser.
De Lynol.
(Rigaud, 1888)
Danser
Sentir mauvais ; principalement en parlant du fromage.
(Virmaître, 1894)
Danser
Faire danser quelqu’un. Synonyme de faire payer (Argot du peuple).
(Rossignol, 1901)
Danser
Payer pour les amis.
Voilà plusieurs fois que je règle les dépenses, c’est toujours moi qui danse.
(Rigaud, 1888)
Danser (faire)
Donner des coups. — La danser, recevoir des coups. — Être congédié, perdre sa place. — Payer pour un autre.
(Larchey, 1865)
Danser de
Se mettre en frais de…
Je dansais pour c’te reine d’un joli châle tartan.
A. Cahen, Chansons.
(Rigaud, 1888)
Danser de
Payer ; généralement employé dans le sens de payer pour un autre. — Danser d’une demi-douzaine de consommes au cafemar, payer une demi-douzaine de consommations au café.
(Larchey, 1865)
Danser devant le buffet
N’avoir rien à manger.
Tu bois et négliges ta besogne, Tu me fais danser devant le buffet.
Aubry, Chansons.
Nous faudra danser sans musique devant le buffet, aux heures des repas.
Chansons, Clermont, 1835.
(Rigaud, 1888)
Danser devant le buffet
N’avoir rien à se mettre sous la dent. — Pour égayer la situation on danse devant le buffet, comme David dansait devant l’arche.
(Rossignol, 1901)
Danser devant le buffet
(Virmaître, 1894)
Danser du bec
(Virmaître, 1894)
Danser l’anse de panier (la faire)
Domestique qui majore les denrées qu’elle achète et fait payer cent sous à la patronne ce qui en vaut quarante (Argot du peuple).
(Rigaud, 1888)
Danseur
Dindon. — Par allusion, sans doute, à la danse des dindons, danse obtenue à l’aide d’une plaque de tôle qu’on chauffe par degrés et surlaquelle un imprésario a préalablement posé les Taglioni à plumes.
(Larchey, 1865)
Dar-dar
Tout courant.
Qu’il vienne tout de suite ! — Oui, dar-dar…
Labiche.
Même racine que le mot suivant. Dar (dare) serait l’impératif de darer.
(Delvau, 1864)
Dard
Le membre viril — avec lequel on pique les femmes, qui aiment toutes à être ainsi piquées.
… Il devient dard avec le pioupiou.
Louis Protat.
Ce brutal, ce Maure arrogant,
Dans son amoureuse-tempête,
S’élance au cul, le dard en main.
B. de Maurice.
(Rigaud, 1888)
Dard
Glaive qui ne donne pas la mort, au contraire.
(Rossignol, 1901)
Dard ou Dardillon
(Bras-de-Fer, 1829)
Dardant
(Larchey, 1865)
Dardant
L’amour. — C’est l’archerot de nos anciens poètes, c’est Cupidon dardant son trait. — V. Coquer.
Icicaille est le théâtre Du petit Dardant ; Fonçons à ce mion folâtre Notre palpitant.
Grandval, 1723.
(La Rue, 1894)
Dardant
L’amour. Liaison amoureuse.
(Hayard, 1907)
Dardant (le)
(Rigaud, 1888)
Dardant, le petit dardant
L’amour, — dans le jargon des voleurs.
(Virmaître, 1894)
Dardants
Mes amours (Argot des voleurs).
(Virmaître, 1894)
Dardunne
Cinq francs (Argot des voleurs). V. Tune.
(Rigaud, 1888)
Dare-Dare
Vite, tout de suite. — Décaniller dare-dare, partir au plus vite.
(Larchey, 1865)
Dariole
Coup. — De l’ancien verbe darer : lancer vivement. V. Roquefort.
V’là que je vous y allonge une dariole Qu’i r’pare avec son nazaret ; Le raisinet Coulait D’son nez comm’ une rigole.
Le Casse-Gueule, ch., 1841.
(Virmaître, 1894)
Dariole
Soufflet, coup de poing. A. D. La dariole est une pâtisserie commune qui se vend dans les fêtes publiques. Le pâtissier se nomme darioleur (Argot du peuple). N.
(Larchey, 1865)
Daron, daronne
Père, mère. — Daron de la rousse : Préfet de police. — Daronne du mec des mec. Mère de Dieu. V. Rebâtir.
(Rigaud, 1888)
Daron, Daronne
Maître, maîtresse. — Père, mère. — Daron de la raille, de la rousse, préfet de police. — Daronne du Mec des Mecs, daronne du grand Avre ou Havre, la mère de Dieu, — dans l’ancien argot.
(La Rue, 1894)
Daron, daronne
Maître, maîtresse. Père, mère.
(Hayard, 1907)
Daron, onne
(Bras-de-Fer, 1829)
Daronne
(Virmaître, 1894)
Daronne
Mère ; dans le peuple on dit la dabuche (Argot du peuple).
(Virmaître, 1894)
Daronne du dardant
La déesse Vénus. Daronne, mère ; dardant, amour. Mot à mot : la mère des amours (Argot des voleurs).
(Virmaître, 1894)
Daronne du grand aure
La Sainte Vierge. Je n’ai pu trouver nulle part la signification du mot aure (Argot des voleurs).
(La Rue, 1894)
Daronne, davonne
(Rigaud, 1888)
Daube
Cuisinière, souillon de cuisine, par allusion au ragoût désigné sous le nom de daube.
(Rigaud, 1888)
Dauche, Doche
Père, mère. Mon doche, mon père. Ma doche, ma mère, — dans le jargon des voyous. C’est le mot moderne.
(Rossignol, 1901)
Daudée
Recevoir une daudée, c’est recevoir des coups.
Il pleurait pour rien, je lui ai flanqué une daudée, afin qu’il pleure pour quelque chose.
(Virmaître, 1894)
Daudée (passer à la)
Souteneur qui floppe sa marmite quand elle ne rapporte pas de pognon (Argot des souteneurs). N.
(Rigaud, 1888)
Dauffe, Dauffin
Pince, ciseau à froid, fausse clé, — dans l’ancien argot.
(La Rue, 1894)
Dauffe, dauphin
(Rossignol, 1901)
Dauffer
Il y a des gens qui prétendent qu’en mettant un fût en perce, poser la cannelle devant ou derrière, le vin a le même goût : c’est affaire d’appréciation.
(Rigaud, 1888)
Dauphin
Souteneur ; le dos vert d’autrefois, — dans l’ancien argot.
(Rigaud, 1888)
Dé
Oui, — dans l’argot des marbriers de cimetière. (A. Delvau)
(La Rue, 1894)
Dé (être de la)
(Rigaud, 1888)
De (se pousser du)
Faire sonner avec ostentation la particule nobiliaire qu’on tient de ses aïeux ou qu’on s’est octroyée à soi-même.
(Larchey, 1865)
De carton
De petite valeur. V. Occasion (D’), Michet.
(Rigaud, 1888)
De quoi (avoir)
(Rossignol, 1901)
De riffe
Autorité.
Quoiqu’il ne soit pas le patron, il m’a renvoyé de riffe.
(Rigaud, 1888)
Dé, Dé à coudre
Verre à boire. — Locution employée par les ivrognes pour désigner un verre de petite capacité. Est-ce que vous vous fichez de nous, que vous nous donnez des dés à coudre ?
(Virmaître, 1894)
Débâcher la roulotte
Changer la voiture de place. Les forains emploient cette expression pour indiquer qu’il vont d’une ville à une autre. (Argot des saltimbanques).
(Rigaud, 1888)
Débâcle
Accouchement, — dans le jargon des voleurs.
(Bras-de-Fer, 1829)
Débâcler
(Rigaud, 1888)
Débâcler
Ouvrir. — Débâcler la guimbarde, ouvrir la porte.
(La Rue, 1894)
Débacler son chouan
(Rigaud, 1888)
Débâcleuse de mômes
(Virmaître, 1894)
Débagouler
Cette expression est usitée dans les laubourgs pour qualifier un orateur de réunion publique qui débagoule son boniment (Argot du peuple).
(Rigaud, 1888)
Débagouliner
Raconter avec volubilité tout ce qu’on a sur le cœur. — Se répandre en injures, injurier avec bagou. C’est une variante de débagouler.
(Delvau, 1864)
Déballage
Le déshabillé des femmes. Telle qui, sur le boulevard, avec sa crinoline et les tromperies ouatées de son corsage, a un aspect très appétissant, n’a plus, une fois nue, que des séductions de manche à balai.
Faut voir ça au déballage… y a p’t-être plus d’ réjouissance que d’ viande là-dessous.
Lemercier de Neuville.
(Rigaud, 1888)
Déballage
Opération qui, pour une femme, consiste à s’affranchir de ses appas d’emprunt et à se montrer sous un jour plus naturel. — Perdre au déballage, perdre à être vue dans le simple appareil. — Gagner au déballage, tenir plus qu’on ne promet. — Être volé au déballage, c’est mettre la main sur un Ary Schelfer alors qu’on croyait trouver un Rubens.
(Rigaud, 1888)
Déballage
Linge de femme.
Tout ce coin où traînait le déballage des dames du quartier.
(E. Zola.)
(Virmaître, 1894)
Déballage
Étalage par les camelots de marchandise sur la voie publique ou dans des boutiques louées au mois. Déballage se dit aussi dans le peuple d’une femme avec qui on couche pour la première fois.
— Tu la crois dodue, bien faite tu vas la voir au déballage ; elle a été moulée dans un cor de chasse (Argot du peuple).
(Rossignol, 1901)
Déballage
Sortir du lit.
C’est une belle fille le soir, mais si tu la voyais au déballage, elle est rudement moche.
(Larchey, 1865)
Déballage (être volé au)
Reconnaître dans les charmes d’une femme aimée autant d’emprunts décevants faits aux ressources de la toilette.
Il est accablé de rhumatismes ce qui le fait ressembler, au déballage, à ces statuettes que vous avez sans doute remarquées dans la vitrine des bandagistes.
Monselet.
(Rigaud, 1888)
Déballer
Déshabiller, enlever l’arsenal des faux-chignons, tournures, soutien des faibles, faux râteliers, et tous les trompe-l’œil de la toilette féminine.
(Rigaud, 1888)
Déballer
Sacrifier à Domange, — dans le jargon des voleurs.
(Virmaître, 1894)
Déballer
Soulager ses entrailles pour quinze centimes, ce que ne pouvait digérer Villemessant qui trouvait exorbitant d’être forcé de donner trois sous pour restituer un petit pain qui n’en coûtait qu’un et encore en laissant la marchandise (Argot du peuple).
(Rossignol, 1901)
Déballer
Personne n’en est exempt.
(La Rue, 1894)
Déballer, déshabiller
(Rossignol, 1901)
Déballonner
Sortir de prison, du ballon.
(Hayard, 1907)
Déballonner
(Virmaître, 1894)
Déballonner (se)
S’évader. Mot à mot : se sauver du ballon (prison). Déballonner : accoucher. Se défaire de son ballon ou mieux du lève-jupes (Argot des voleurs).
(Delvau, 1864)
Débander
Sentir son membre devenir mou, de dur qu’il était auparavant, soit parce qu’on a tiré un coup et qu’on est fatigué, soit parce qu’on ne se sent pas inspiré.
Tu ne me serres pas le vit comme tantôt… je sens que je débande.
La Popelinière.
(Rigaud, 1888)
Débarbouiller (se)
Se tirer d’affaire. — Se sauver, quitter une société à la bâte.
(Rigaud, 1888)
Débarbouiller à la potasse
Frapper au visage. — Avoir l’avantage sur son adversaire, soit dans une scène de pugilat, soit à un jeu quelconque.
(La Rue, 1894)
Débarbouiller à la potasse
(Rigaud, 1888)
Débardeur
Personnage carnavalesque à la mode en 1840. Le costume du débardeur mâle, comme celui du débardeur femelle, consistait en un large pantalon de toile ou de velours, serré à la taille par une ceinture, chemise bouffante, perruque et chapeau gris haute forme. Le débardeur femelle remplaçait le chapeau par le bonnet de police, et naturellement la chemise était aussi échancrée que le permettait l’indécence.
(La Rue, 1894)
Débarquer
Se débarrasser de quoiqu’un. Se débarquer, renoncer, se retirer.
(Rigaud, 1888)
Débarquer (se)
(Hayard, 1907)
Débarquer, déporter
(Boutmy, 1883)
Débaucher
v. a. Congédier, renvoyer. Il a été débauché, on l’a remercié, on l’a renvoyé de l’atelier.
(Rigaud, 1888)
Débaucher
Congédier. Par opposition à embaucher, — dans le jargon des typographes. — Se débaucher, s’octroyer son congé.
(Delvau, 1864)
Débaucher une fille
Lui prendre son pucelage et lui donner le goût de la pine — qu’elle ne perdra plus désormais qu’en perdant le goût du pain.
(Rossignol, 1901)
Débecqueter
Dégoûter. — « Tu me dégoûtes, tu me débectes. » Une chose écœurante est débectante. — « Je suis passé à la morgue, c’était débectant. »
(Larchey, 1865)
Débinage
Médisance.
Compliments désagréables, indiscrétions et débinages.
Commerson.
(Rigaud, 1888)
Débinage
Propos malveillant. — Fuite.
(La Rue, 1894)
Débinage
Médisance. Débiner, médire, nuire à quelqu’un en parlant mal sur son compte.
(Boutmy, 1883)
Débinance
s. f. Action de débiner, de dire du mal de quelqu’un.
(Rigaud, 1888)
Débinance
Médisance. C’est une forme nouvelle de débinage. Mince de débinance.
(Larchey, 1865)
Débine
Mot qui signifie déchéance, misère, pauvreté (d’Hautel, 1808).
La débine est générale, je suis enfoncé sur toute la ligne.
Montépin.
(Rigaud, 1888)
Débine
Grande misère, misère noire.
(La Rue, 1894)
Débine
Misère. Se débiner, tomber dans la misère ou s’affaiblir, devenir malade.
(Virmaître, 1894)
Débine
Se prend de manières différentes. Être dans la misère la plus complète.
— Je suis dans la débine.
— Je m’en vais, je me sauve, je me débine (Argot du peuple).
(M.D., 1844)
Débiné (être)
(Bras-de-Fer, 1829)
Débiner
(Larchey, 1865)
Débiner
Médire.
On le débine, on le nie, on veut le tuer.
A. Scholl.
(Boutmy, 1883)
Débiner
v. Dénigrer, dire du mal de quelqu’un. N’est pas particulier au langage typographique.
(Rigaud, 1888)
Débiner
Dire du mal. — Déprécier. Mot à mot : mettre quelqu’un ou quelque chose dans la débine, l’appauvrir moralement.
(Virmaître, 1894)
Débiner
Dire du mal de quelqu’un.
— Nous l’avons tellement débiné qu’il n’a pu réussir (Argot du peuple).
(Rossignol, 1901)
Débiner
Dire du mal de quelqu’un c’est le débiner.
(Rigaud, 1888)
Débiner (se)
(Rigaud, 1888)
Débiner (se)
S’affaiblir, se sentir malade, perdre ses forces, — dans le jargon du peuple. — Se débiner des fumerons, ne pas être solide sur ses jambes. (L. Larchey)
(Rossignol, 1901)
Débiner (se)
S’en aller, se sauver. « Je suis presse, je me débine. » — « Je me suis débiné des agents. »
(La Rue, 1894)
Débiner le pante
Voler l’homme qu’un autre s’était réservé de voler.
(Virmaître, 1894)
Débiner le truc
Compère mécontent qui révèle le secret de son associé (Argot des voleurs).
(Rigaud, 1888)
Débineur
Celui qui débine. Les amis sont des débineurs par excellence.
(Rigaud, 1888)
Débonder (se)
Sacrifier à la compagnie Lesage.
(Rigaud, 1888)
Déboucher une rue
Payer les dettes qu’on a dans une rue. Les dettes bouchent la rue et empêchent le débiteur timide d’y passer.
(Larchey, 1865)
Déboucler
Faire sortir de prison (Vidocq).
(Rigaud, 1888)
Déboucler
Rendre un prisonnier à la liberté. — Ouvrir. — Déboucler une guimbarde à coups de sorlots, ouvrir une porte à coups de pied.
(La Rue, 1894)
Déboucler
Ouvrir. Rendre à la liberté. Accoucher.
(Rossignol, 1901)
Déboucler
Ouvrir.
J’étais enfermé, on vient de me déboucler.
(Virmaître, 1894)
Déboucler sa valise
Mourir. On devrait plutôt dire boucler car le voyage est assez long (Argot des commis voyageurs).
(Virmaître, 1894)
Débouler
Arrivée subite de quelqu’un que l’on n’attendait pas.
— Il déboule subito (Argot du peuple).
(Virmaître, 1894)
Débouler
Femme qui accouche. Allusion de forme ; enceinte à pleines ceintures, elle est ronde comme une boule ; accouchant elle déboule (Argot du peuple).
(Rigaud, 1888)
Déboulonnage
(Rigaud, 1888)
Déboulonner
Enlever les plaques de métal qui recouvrent la maçonnerie de certains monuments. — Le peintre Courbet voulait seulement déboulonner la colonne Vendôme. Sa pensée, paraît-il, fut mal interprétée, et la colonne fut renversée.
(Rigaud, 1888)
Déboulonner
Vendre, écouler, — dans le jargon des libraires. — Déboulonner dix mille exemplaires d’un ouvrage.
(Virmaître, 1894)
Déboulonner sa colonne
Mourir. Cette expression n’est employée que depuis 1871, lorsque les communards jetèrent la colonne Vendôme par terre parce qu’elle gênait Courbet (Argot du peuple).
(Rigaud, 1888)
Déboulonneur
Amateur du déboulonnage, individu qui a pris part au renversement de la Colonne. — Longtemps, sur les murs de Paris, le nom de « Courbet » fut accolé à l’épithète de « déboulonneur. »
(Rossignol, 1901)
Débourrer
L’empereur n’y allait pas à cheval.
(Rigaud, 1888)
Débourrer sa pipe
Faire ses nécessités, — dans le jargon des ouvriers.
(Virmaître, 1894)
Débourrer sa pipe
(Rigaud, 1888)
Débouscailler
Décrotter. — Débouscailleur, décrotteur.
(Virmaître, 1894)
Déboutonner
Parler, avouer.
— Tu peux te déboutonner mon vieux, il faut que nous sachions ce que tu as dans le ventre. On dit aussi : Déculotte ta pensée (Argot du peuple).
(Rossignol, 1901)
Déboutonner
Dire la vérité, se décider à avouer une chose. On dit aussi : il s’est déboutonné, il m’a donné ce que je lui demandais.
Il nous a offert une bouteille, ce n’est cependant pas son habitude de se déboutonner.
(Virmaître, 1894)
Débricabraqué
Un bric-à-brac monte sa boutique de bric et de broque, ric-à-rac (petit à petit). On construit une pièce avec différents morceaux, un béquet par-ci, un béquet par-là. Si elle ne plaît pas au directeur, il faut que l’auteur la retape, qu’il la débricabraque. Mot à mot : qu’il la démolisse pour la rebricabraquer (Argot du peuple).
(un détenu, 1846)
Débrider
Ouvrir. Débrider une carrouble ; ouvrir une porte.
(Larchey, 1865)
Débrider
Ouvrir (Vidocq). — Débrider les chasses : Ouvrir l’œil. V. Temps. — Débridoir : Clef.
(Rigaud, 1888)
Débrider
Crocheter une serrure, ouvrir. — Débrider la margoulette, manger. — Débrider les chasses, ouvrir l’œil, faire attention.
(La Rue, 1894)
Débrider
Ouvrir Manger. Crocheter une serrure. Autoriser.
(Halbert, 1849)
Débrider la lourde
(Rigaud, 1888)
Débridoir
Clé, — dans le jargon des voleurs.
(Virmaître, 1894)
Débridoire
Outil de malfaiteurs (Argot des voleurs). V. Tâteuse.
(Rigaud, 1888)
Débris (vieux)
Homme vieux, cassé, femme vieille, cassée.
(Rigaud, 1888)
Débrouillard
Celui que rien n’embarrasse, qui sait toujours se tirer d’affaire.
Un grand garçon, ancien militaire, excuirassier de Reischoffen, très honnête et très débrouillard, comme on dit au régiment.
(Figaro du 17 juillet 1877.)
Ils étaient jeunes, bien tournés, débrouillards.
(Vicomte Richard, Les Femmes des autres.)
(Virmaître, 1894)
Débrouillard
Individu qui sait se débrouiller au milieu des ennuis de la vie et qui en sort victorieux. On emploie, dans les ateliers, cette image caractéristique, mais peu parfumée :
— Il sortirait de cent pieds de merde (Argot du peuple).
(Rossignol, 1901)
Débrouillard
Celui qui sait se débrouiller pour sortir des mauvaises passes de la vie.
(Hayard, 1907)
Débrouillard
(Rossignol, 1901)
Débrouiller
« Je me suis trouvé dans une mauvaise affaire, il m’a fallu me débrouiller pour en sortir. »
(Larchey, 1865)
Débrouiller (se)
Vaincre les obstacles. — Usité dans la marine, où un homme qui se débrouille est un homme aguerri qui sait son métier.
(Rigaud, 1888)
Décadener
Retirer les menottes à un voleur.
(Virmaître, 1894)
Décadener
Quand le gendarme ôte le cabriolet d’un prisonnier, il le décadène. Mot à mot : il le dechaîne. On dit également dédurailler (Argot des voleurs).
(Virmaître, 1894)
Décalitre
Chapeau. Il a, en effet, la forme d’un boisseau (Argot du peuple).
(Delvau, 1864)
Décalotter
Découvrir le prépuce qui recouvre le gland du phallus, soit en bandant trop fort, soit en jouant avec, pour examiner son état sanitaire. — J’aime cette habitude de politesse du membre viril, ôtant respectueusement sa calotte devant la femme — quelle qu’elle soit. Il est vrai qu’en l’ôtant ainsi sans précaution, il s’expose à s’enrhumer — et à couler : mais il a été poli, mais il a été galant, l’honneur est sauf.
Un vit, sur la place Vendôme,
Gamahuché par l’aquilon,
Décalotte son large dôme
Ayant pour gland… Napoléon !
(Parnasse satyrique.)
(Rossignol, 1901)
Décamper
S’en aller.
Veux-tu décamper d’ici.
(Virmaître, 1894)
Décamper sans tambour ni trompette
Lâcher une femme ou un patron sans les prévenir. Fausser compagnie à quelqu’un. Laisser une affaire en plan (Argot du peuple).
(Virmaître, 1894)
Decaniller
Se lever de sa chaise ou de son lit.
— Allons, paresseux, décanille plus vite que ça (Argot du peuple).
(Larchey, 1865)
Décaniller
Décamper. — Mot à mot : sortir du chenil (canil). V. Roquefort.
Ils ont tous décanillé dès le patron-jacquette.
Balzac.
(Rigaud, 1888)
Décaniller
Partir.
Décanillons et presto !
(G. Marot, l’Enfant de la Morgue 1880.)
(Hayard, 1907)
Décaniller
Quitter sa chaise ou son lit.
(Rigaud, 1888)
Décapité parlant
Imposteur. — Petit homme à grosse tête. — Le décapité parlant est un tour d’escamotage qui consiste à présenter au public une tête humaine sur une table recouverte d’une draperie. La tête répond aux questions qu’on lui adresse. Le tour s’exécute au moyen d’un système de miroirs combinés.
(Virmaître, 1894)
Décarade
S’en aller au plus vite. En un mot, décarrer, partir (Argot du peuple). Une vieille chanson dit :
Allons, Flipote,
Met ta capote,
Et puis, décarrons-nous.
(Larchey, 1865)
Décarade, carrement
Départ. — Jour du décarement : Jour de la mort. V. Bachasse.
(Rigaud, 1888)
Décarcassé
Sans charpente, sans solidité, en parlant d’une pièce dramatique. (L. Larchey)
(Larchey, 1865)
Décarcasser (se)
Agir activement. — Mot à mot : remuer sa carcasse.
(Rigaud, 1888)
Décarcasser (se)
Se donner beaucoup de mal ; se démener. — Se décarcasser le boisseau, se tourmenter.
(Virmaître, 1894)
Décarcasser (se)
S’échiner à faire un travail qui produit peu. Se décarcasser à courir pour arriver à l’heure de la cloche.
— J’ai beau me décarcasser, je ne suis pas plus avancé une année que l’autre (Argot du peuple).
(Rossignol, 1901)
Décarcasser (se)
Faire tout son possible pour arriver a quelque chose que l’on désire. On se presse, on se décarcasse, pour terminer un travail.
(Larchey, 1865)
Décarer
Partir. Mot à mot : se faire voiturer dehors. V. Car, Roquefort.
Faut décarer. Ces gens la veulent m’assommer.
Dialogue entre Charles X et le duc de Bordeaux, chanson, 1832.
(Bras-de-Fer, 1829)
Décarer de belle
(Hayard, 1907)
Décarpiller
(un détenu, 1846)
Décarrade
(Rigaud, 1888)
Décarrade
Fuite précipitée, fuite du voleur qui a la police à ses trousses. — La grande décarrade, la décarrade de la fin, la mort.
(La Rue, 1894)
Décarre, décarrade
Acquittement. Fuite. Liberté.
(un détenu, 1846)
Décarrer
(Rigaud, 1888)
Décarrer
Acquitter en justice. — Se sauver. — Décarrer à la bate, s’évader. — Décarrer cher, avoir fait son temps de prison.
(Rossignol, 1901)
Décarrer
Sortir. Celui qui sort de prison décarre. Lorsque les ouvriers sortent de l’usine, c’est la décarrade.
(Virmaître, 1894)
Décarrer de belle
Sortir de prison à la suite d’une ordonnance de non-lieu. Mot à mot : Je l’échappe belle (Argot des voleurs).
(Virmaître, 1894)
Décartonner
Mourir de consomption. Les commères disent : mourir à petit feu. Décartonner est synonyme de décoller (Argot du peuple).
(Boutmy, 1883)
Décartonner (se)
v. pr. S’affaiblir, devenir poitrinaire. Terme emprunté aux relieurs.
(Rigaud, 1888)
Décartonner (se)
Vieillir ; se dit principalement des femmes. Bien des femmes sont comme certains livres qui, à force d’avoir passé de main en main, finissent par perdre le cartonnage.
(La Rue, 1894)
Décartonner (se)
S’affaiblir, tomber malade.
(Hayard, 1907)
Décartonner (se)
(Rigaud, 1888)
Décati
Usé, vieilli, flétri, en parlant des personnes. Allusion aux étoffes décaties, c’est-à-dire qui ont perdu leur apprêt.
(Larchey, 1865)
Décatir (se)
S’user, s’enlaidir. — Allusion au décatissage des tissus.
Elle sentait la pane venir, elle se décatissait.
Les Étudiants, 1860.
(Larchey, 1865)
Décavé
Homme ruiné, qui n’a plus de quoi caver à la roulette.
A Bade, les décavés vivent sur l’espérance aussi somptueusement que les princes de la série gagnante.
Villemot.
(Rigaud, 1888)
Décavé
Ruiné. Allusion aux joueurs de bouillotte décavés.
(Rigaud, 1888)
Décembraillard
Partisan du coup d’état du 2 décembre 1801. Nom donné aux partisans de la dynastie napoléonienne par leurs adversaires politiques.
(Rigaud, 1888)
Déchanter
Être désenchanté, par abréviation.
(Rigaud, 1888)
Déchard
Pauvre, misérable ; celui qui est en proie à la dèche, — dans le jargon du peuple.
Eh bien, ces déchards-là, s’ils ne payent pas leur terme… on les fout sur le pavé sans pitié.
(Le Père Duchène, 1879.)
(Virmaître, 1894)
Déchard
Qui est dans la dèche (Argot du peuple).
(Rossignol, 1901)
Déchard
Celui qui dépense beaucoup.
(Delvau, 1864)
Décharge
Éjaculation.
Il faut que la femme, dans le point de la décharge, si elle veut que le coup porte, tienne les fesses serrées l’une contre l’autre et ne se remue en façon quelconque que tout ne soit fait et achevé !
Mililot.
L’éclair brille, Jupiter tonne,
Son vit n’en est point démonté ;
Contre le ciel sa tête altière,
Au bout d’une courte carrière,
Décharge avec tranquillité.
Piron.
Ah ! tu ne t’en iras pas que je n’aie déchargé.
La Popelinière.
Les capotes mélancoliques
Qui pendent chez le gros Millan,
S’enflent d’elles-mêmes, lubriques,
Et déchargent en se gonflant.
(Parnasse Satyrique.)
(Virmaître, 1894)
Déche
Synonyme de débine. Cette expression est due à une circonstance curieuse : Un colosse, nommé Hache, marchand de ribouis au marché du Temple, avait la passion du théâtre ; il figurait au cirque de l’ancien boulevard du Temple. Il occupait l’emploi de tambour-major de la garde ; c’était insuffisant pour son ambition : il voulait parler. À force d’obsessions, il obtint de Laloue de dire un mot dans une pièce. Il devait dire à Napoléon :
— Quel échec, mon Empereur !
La langue lui fourcha, il avait oublié sa phrase. Alors, à tout hasard, il s’écria :
— Sire, ah ! quelle dèche !
L’expression est restée, et, dans le peuple, quand on veut indiquer un grand, malheur elle est employée (Argot du peuple).
(Larchey, 1865)
Dèche
Ruine, misère. — Abrév. de déchet.
Elles se présentent chez les courtisanes dans la dèche.
Paillet.
Sans argent dans l’ gousset, C’est un fameux déchet.
Chansons. Avignon, 1813.
(Boutmy, 1883)
Dèche
s. f. Dénuement absolu. Employé dans d’autres argots.
(Rigaud, 1888)
Dèche
Misère momentanée. La dèche est moins forte, moins soutenue que la débine, et surtout que la panne. — Dans une pièce militaire de Ferdinand Laloue, l’acteur chargé de donner la réplique à l’Empereur et de répondre : « Hélas ! quel échec, mon Empereur ! » se troubla. Destiné aux rôles muets, il parlait pour la première fois ; son émotion fut si grande que, bredouillant, ilrépondit : « Quelle déche, mon Empereur ! » Le mot fît fortune, la presse s’en empara, et, lors de l’impression de sa pièce, Ferdinand Laloue le substitua au mot primitif. (Rapporté par Privat-d’Anglemont, Paris-Inconnu.)
(Rossignol, 1901)
Dèche
Dépense. Celui qui paye la dépense, paye la dèche.
(Rossignol, 1901)
Dèche (être en)
Être malheureux, ne plus rien posséder.
(Rossignol, 1901)
Décheur
Celui qui dépense dèche ; c’est un décheur. Déclarer ballon, avoir faim.
(Rigaud, 1888)
Déchiré (pas trop)
Pas trop mal, assez gentil. — Se dit du physique d’une personne. Cette femme n’est pas trop déchirée.
(Rigaud, 1888)
Déchirer de la toile
Faire du bruit avec l’antipode de la bouche. — Tirer un feu de peloton.
(Rigaud, 1888)
Déchirer la cartouche
Manger, — dans le jargon des troupiers.
(Virmaître, 1894)
Déchirer sa toile
Pester. Allusion au bruit qui souvent ressemble à un déchirement (Argot du peuple). V. Peau courte.
(La Rue, 1894)
Déchirer son tablier
(Rigaud, 1888)
Déclaquer
Dire ce qu’on a sur le cœur.
(Rigaud, 1888)
Déclouer, Décrocher
Dégager un objet du Mont-de-Piété.
(Boutmy, 1883)
Décognoir
s. m. Morceau de bois dur, long de 18 à 20 centimètres, aminci par un bout, employé pour chasser les coins avec lesquels on serre les formes. Au fig. Nez. Pourquoi appelle-t-on un gros nez un décognoir ? Sans doute à cause de l’analogie de forme.
(Rigaud, 1888)
Décognoir
Nez de forte taille, — dans le jargon des typographes. Au propre, en terme de métier, on nomme « décognoir » le morceau de bois dont on fait usage pour chasser les coins avec lesquels on serre les formes.
(Rigaud, 1888)
Décoller
Quitter un endroit où l’on se trouve depuis longtemps.
(Rossignol, 1901)
Décompte
Moitié de ce que gagne un condamné pendant sa détention et qui lui est remise à sa sortie de prison.
(Larchey, 1865)
Décompte (recevoir son)
Mourir. — Dans l’armée, on ne quitte pas le service sans toucher son décompte.
Tué raide sur le champ de bataille, le beau tambour-major avait, pour parler en style de bivouac, reçu son décompte.
Ricard.
(Delvau, 1864)
Déconner
Sortir du con de la femme, soit parce qu’on a fini, soit parce qu’elle remue trop les fesses. Il y a des gens qui peuvent, comme l’Ascylte de Pétrone, rester deux jours sur une femme. Heureux Ascylte ! Plus heureuse femme !
Ah ! me voilà déconné !
La Popelinière.
Le vit alors, bien convaincu
Qu’on ne peut voir un con vaincu,
Renonce à la victoire :
Il déconne et s’adresse au cu.
(Chanson anonyme moderne.)
Avec cet outil-là, je puis, sans me gêner
Fournir mes douze coups, dont six sans déconner.
Piron.
(Virmaître, 1894)
Décors
Bijoux. L’expression est jolie. On dit dans le peuple, d’une femme chargée de bijoux : Elle est décorative (Argot du peuple).
(Delvau, 1864)
Découcher
Aller passer la nuit au bordel quand on est homme, hors du bordel quand on est fille.
Excusez-moi, mais, fidèle à mes devoirs de mari, je n’ai jamais découché et ne découcherai jamais.
Lireux.
(Rigaud, 1888)
Découdre (en)
Se battre à l’arme blanche. Mot à mot : découdre la peau. Il faudra en découdre.
(La Rue, 1894)
Découvrir la peau
(Rigaud, 1888)
Découvrir saint Pierre pour couvrir saint Paul
Contracter une dette pour en payer une autre. (Oudin, Curiosités françaises.) L’expression est encore fort de mise.
(Virmaître, 1894)
Décrasser
Les filles décrassent un homme en le débauchant d’abord, en le ruinant ensuite. Les voleurs décrassent un pante en le volant. Décrasser, dans un autre sens, est synonyme de déniaiser (Argot du peuple).
(Rigaud, 1888)
Décroche-moi ça
Fripier. — Terme générique donné à toutes les friperies dont des spécimens sont accrochés au-dessus de la porte du revendeur à la toilette : chapeaux pour les deux sexes, souliers, bottines, habits, vestes, culottes et robes, autant de décroche-moi ça, de décrochez-moi ça.
(La Rue, 1894)
Décroche-moi-ça
(Larchey, 1865)
Décrocher
Retirer du Mont-de-Piété. V. Clou — On dit aussi Déclouer.
Les révolutions m’ont réduite à mettre au clou les diamants de ma famille… faudra que tu me décroches ça, mon chéri.
Lefils.
M. Auguste s’habille au décroche moi cela ce qui veut dire en français chez le fripier.
Privat d’Anglemont
Au Temple, un Décrochez-moi ça est un chapeau de femme d’occasion. — J’ai vu au carré du Palais-Royal (du Temple) des Décrochez-moi ça qu’on eût pu facilement accrocher au passage du Saumon.
Mornand.
(Larchey, 1865)
Décrocher
Faire tomber d’un coup de fusil.
(Virmaître, 1894)
Décrocher la lune avec les dents
Vouloir accomplir une chose impossible. Expression employée par ironie (Argot du peuple).
(Virmaître, 1894)
Décrocher la timbale
Arriver bon premier, réussir. Allusion au mât de cocagne, où le premier arrivé au sommet décroche le premier prix qui est généralement une timbale. Cette expression est populaire depuis la représentation de la pièce intitulée la Timbale (Argot du peuple). N.
(Rigaud, 1888)
Décrocher les tableaux
Pratiquer des fouilles dans l’édifice nasal.
(Rigaud, 1888)
Décrocher ses cymbales
Mourir dans l’exercice des fonctions notariales, — dans le jargon des ouvriers. Les clercs de notaires et les clercs d’huissiers disent, dans une langue plus relevée, pour exprimer la même idée : Décrocher ses panonceaux.
(La Rue, 1894)
Décrocher ses tableaux
Mettre les doigts dans son nez.
(Virmaître, 1894)
Décrocher ses tableaux
Individu qui sans cesse se fourre les doigts dans le nez pour en retirer les ordures.
— Tu reçois donc du monde que tu décroches tes tableaux ? (Argot du peuple).
(Rossignol, 1901)
Décrocher ses tableaux
Se mettre un doigt dans le nez.
(Virmaître, 1894)
Décrocher un lardon
Faire avorter une femme. Les spécialistes qui se livrent à ce genre de travail se nomment des faiseuses d’anges (Argot du peuple). N.
(Virmaître, 1894)
Décrochez-moi ça
Vêtements fripés que vendent les marchandes à la toilette. Comme les vêtements sont accrochés et étiquetés, inutile de marchander ; on n’a qu’à dire à la vendeuse : Décrochez-moi ça. Toute personne mal habillée sent le décrochez-moi ça (Argot du peuple).
(Hayard, 1907)
Décrochez-moi ça
(Delvau, 1864)
Décrotter une femme
La brosser vigoureusement avec son vit, de façon à lui désobstruer le con, si par hasard il était embarrassé et embroussaillé de restants de sperme ou de sang menstruel.
Il me répond : Ne te fâche, Babeau,
Avant partir tu seras décrottée.
(Recueil de poésies françaises.)
(Virmaître, 1894)
Déculotté
Homme qui a mis son mobilier ou son commerce au nom de sa femme. Il ne porte plus la culotte. Déculotté aussi quand la femme est maîtresse au logis : elle porte les culottes (Argot du peuple).
(Delvau, 1864)
Dédale
La nature de la femme, où le membre viril s’égare souvent, lorsqu’elle est trop large ou qu’il est trop petit, — bien qu’il ait la main d’Ariane pour le conduire au bonheur.
Ce beau dédale qu’il contemple
Avec des yeux étincelants,
Fait naître et couler dans ses sens
Une ardeur qui n’a point d’exemple.
Grécourt.
(Larchey, 1865)
Dedans (mettre)
mettre en prison (d’Hautel, 1808).
(Rigaud, 1888)
Dedans (mettre)
(La Rue, 1894)
Dédire (se) cher
(Rigaud, 1888)
Dédire cher (se)
Être à l’agonie, — dans le jargon des voleurs.
(Delvau, 1864)
Déduit
L’acte amoureux, — du verbe latin deducere, tirer, faire sortir, c’est-à-dire, en vieux français, se divertir en tirant — un coup.
Qu’il ne manquait ou de jour, ou de nuit,
Sous prétexte de voir son ingrate maîtresse,
De faire naître avec adresse
Un rendez-vous pour l’amoureux déduit.
La Fontaine.
L’homme noir, friand du déduit,
De dire : l’aventure est bonne.
Grécourt.
Il est minuit,
C’est l’instant du mystère,
Il nous invite à l’amoureux déduit.
Pebraux.
(Rigaud, 1888)
Défaits
Ce sont, en terme de libraire, les feuilles d’un livre qui ne sont pas suivies et qui servent à compléter celles qui peuvent manquer.
(Bras-de-Fer, 1829)
Défalquer
(Rigaud, 1888)
Défalquer
Faire ses nécessités, — dans l’ancien argot.
(La Rue, 1894)
Défarguer
Pâlir. Céder. Se débarrasser. Défargueur, plaideur. Témoin à décharge.
(Virmaître, 1894)
Défarguer
Pâlir.
Le parrain fargue,
Le bêcheur défargue.
dit une vieille chanson (Argot des voleurs).
(Virmaître, 1894)
Défarguer
Les joueurs disent cela d’une carte qui les gêne. Au polignac il se défarguent du valet de pique (Argot des voleurs). N.
(Rossignol, 1901)
Défarguer
Décharger quelqu’un d’un fardeau ou de charges qui pèsent contre lui, c’est le défarguer. Le contraire de farguer. Le ministère public fargue et l’avocat défargue son client des faits compromettants. Décharger quelqu’un d’un colis est le défarguer. Celui qui se débarrasse d’objets compromettants se défargue. Un voleur qui reconnaît être seul l’auteur de vols qu’on lui reproche défargue son complice.
(M.D., 1844)
Défarguer (se)
Déposer les objets dont on est porteur.
(Hayard, 1907)
Défarguer (se)
Se décharger au détriment d’un complice.
(Larchey, 1865)
Défargueur
Témoin à décharge. — Du vieux mot fardage : fardeau. V. Roquefort.
(un détenu, 1846)
Défarquer
Ôter quelque chose d’un endroit.
(Virmaître, 1894)
Défendre sa queue
Défendre sa peau dans une bataille. Quand deux chiens se battent dans la rue, les spectateurs crient :
— Toto, dé fend ta queue.
Défendre sa queue, c’est défendre ses intérêts de toutes manières (Argot du peuple).
(Rigaud, 1888)
Défiler la parade
Mourir, — dans le jargon des troupiers.
(Virmaître, 1894)
Défiler la parade
Se dit à quelqu’un que l’on chasse.
— Allons, défilez la parade, et plus vite que ça (Argot du peuple).
(Virmaître, 1894)
Défiler son chapelet
Quand deux commères se disputent, c’est un déluge de paroles et d’épithètes interminable.
— As-tu vu comme je lui ai défilé mon chapelet ?
Allusion au chapelet qu’une dévote fait tourner toute sa vie dans ses mains sans en trouver la fin (Argot du peuple). N.
(Larchey, 1865)
Défleurir la picouse
Voler du linge qui sèche sur une haie. — Allusion à la couleur tranchante des objets étendus et aux épines de la haie.
(Virmaître, 1894)
Défleurir ou déflouer la picouse
Voler le linge qui sèche dans les campagnes, sur des haies (Argot des voleurs). V. Batousier.
(Delvau, 1864)
Déflorer une fille
Lui enlever son pucelage, — une rose diablement épineuse.
Si fut-il admiré pour masle très-puissant
D’en avoir une nuit défloré demi-cent.
J. De Schélandre.
(Halbert, 1849)
Déflouer la picouse
Voler chez un blanchisseur le linge étendu.
(anon., 1827)
Déflourer la picouze
Prendre le linge qui est étendu sur des perches dans les prés.
(Virmaître, 1894)
Défourager
S’en aller, quitter un endroit pour un autre.
— Je défourage de la Centrousse pour renquiller à Pantin (Argot des voleurs).
(Halbert, 1849)
Défourailler
(Larchey, 1865)
Défourailler
Sortir de. prison. — Du vieux mot defors : dehors. V. Babillard.
(Rigaud, 1888)
Défourailler
Courir. — Tomber. — Sortir de prison.
(La Rue, 1894)
Défourailler
Courir. Sortir de prison. Tomber.
(un détenu, 1846)
Defourrailler
Sortir d’un endroit, d’une prison.
(Rossignol, 1901)
Défoux
Casquette de soie haute de forme que portent les bouchers et dont le prix est de cinq à six francs. Le créateur de cette casquette est le chapelier Défoux. Il y a quarante ans, il y avait une casquette qui se portait que l’on nommait la David, également du nom du fabricant.
(Larchey, 1865)
Défrimousser
(Rossignol, 1901)
Défringuer
Déshabiller, du contraire de fringuer. En se levant on se fringue, et pour se coucher on se défringue.
(La Rue, 1894)
Défringuer, défrusquer
(Larchey, 1865)
Défriser
Désappointer.
Ce qui nous défrise, c’est que je suis retenu.
P. Lacroix.
(Larchey, 1865)
Défrusquer
(Rossignol, 1901)
Défrusquer
Se dévêtir, retirer ses frusques.
(Rigaud, 1888)
Défrusquer, Défrusquiner
Déshabiller. — Voler des vêtements.
(Halbert, 1849)
Défrusquiné
(anon., 1827)
Défrusquiner
(Bras-de-Fer, 1829)
Défrusquiner
(Rigaud, 1888)
Dégazonner (se)
(Larchey, 1865)
Dégel
Mortalité.
Il y aura un rude dégel.
Watripon.
On connaît les effets dissolvants du dégel.
(Rigaud, 1888)
Dégel
Mort. — Dégelé, cadavre. — Dégeler, mourir. — Se dégeler, se suicider.
(Larchey, 1865)
Dégelée
Volée de coups. — Il y a une chanson de V. Gaucher intitulée la dégelée de 1854, ou la Prise de Bomarsund. — Une volée dégèle ordinairement ce lui qui la reçoit.
(Rigaud, 1888)
Dégelée
Série de coups. — Flanquer une dégelée soignée.
(un détenu, 1846)
Dégéler
Mourir par violence en prison.
(La Rue, 1894)
Dégeler (se)
Se déniaiser, se dégourdir.
(Delvau, 1864)
Dégeler son membre
L’introduire à moitié roide dans le vagin d’une femme dont la chaleur le force à grossir et à brûler lui-même.
Un jour d’hiver Collas tout éperdu
Vint à Catin présenter sa requête
Pour dégeler son chose morfondu.
Cl. Marot.
(Virmaître, 1894)
Déglingue (tomber dans la)
Être tout à fait par terre. Plus misérable que les misérables (Argot du peuple). N.
(Rossignol, 1901)
Déglinguer
Déchirer.
Tu viens de nu déglinguer les baguenaudes de mon serouel.
(Rigaud, 1888)
Dégobillage
Matières rejetées hors de l’estomac. — Dégobiller, vomir. — Pratiquer sa cambrure dans un fort dégobillage escrabouillé sur le trot. Mettre le pied dans un fort dégobillage aplati sur le trottoir.
(Virmaître, 1894)
Dégobiller
(Rossignol, 1901)
Dégobiller
(Rossignol, 1901)
Dégoiser
Parler, causer, dire.
As-tu bientôt fini de dégoiser sur tout le monde. — Je le sais, on me la dégoisé.
(Rigaud, 1888)
Dégommage
Perte d’emploi. — Misère. Allusion aux timbres-poste qui, faute de gomme, ne tiennent pas.
(Larchey, 1865)
Dégommé
Fané, terni.
Je me rouille, je me dégomme.
Labiche.
(Rigaud, 1888)
Dégommé
Usé, vieilli, flétri. — Comme elle est dégommée. — Infortuné qui a perdu sa place. — Préfet dégommé.
C’est moi qui du coin d’la rue,
J’ta l’premier trognon de laitue
A c’ pouvoir qu’est dégommé.
(L. Festeau, Le Gamin 1834.)
(un détenu, 1846)
Dégommer
(Larchey, 1865)
Dégommer
Destituer.
Réélu ! — Dégommé !
Gavarni.
(Rigaud, 1888)
Dégorger
Avouer.
Il devait en jauger plus qu’il n’avait voulu certainement en dégorger.
(L. Cladel, Ompdrailles, Le Tombeau des lutteurs.)
(La Rue, 1894)
Dégoter
Prendre. Apercevoir. Découvrir. Destituer. Surpasser.
(Rossignol, 1901)
Dégoter
Trouver, voir.
Il y a un mois que je cherchais mon chien, j’ai fini par le dégoter. — J’ai dégoté la femme à Jules au bras d’un amoureux.
Dégoter veut aussi dire faire mieux qu’un autre. On dit encore de quelqu’un qui est mal vêtu : il la dégote mal.
(Rigaud, 1888)
Dégottage
Supériorité morale ou physique.
(un détenu, 1846)
Dégotter
Trouver quelqu’un ; piller, prendre, enlever.
(Larchey, 1865)
Dégotter
Surpasser. On disait en 1808 dégoutter, c’est-à-dire : être placé au-dessus de quelqu’un, dégoutter sur lui. V. d’Hautel.
Quel style ! Ça dégotte Mm’ de Sévigné.
Labiche.
(Rigaud, 1888)
Dégotter
Surpasser. — Prendre la place d’un autre — Trouver. Dégotter une roue de derrière, trouver une pièce de cinq francs.
D’ailleurs, l’affaire est à moi. Je l’ai dégottée et, de plus, j’ai donné le coup.
(G. Marot, l’Enfant de la Morgue.)
(Virmaître, 1894)
Dégotter
Se dit de quelqu’un mal habillé.
— Tu la dégottes mal.
Dégotter, signifie également trouver.
— Il y a deux mois que je la cherche, j’ai fini par la dégotter.
Dégotter quelqu’un : faire quelque chose mieux que lui. Victor-Hugo, par exemple dégotte Sarrazin, le poète aux olives (Argot du peuple).
(Rigaud, 1888)
Dégotter (la)
Faire figure, représenter. Il la dégotte mal, il a mauvaise tournure, argot du peuple.
(Rigaud, 1888)
Dégouler
Baisser, diminuer, ralentir, s’en aller. « Le travail dégoule, » — dans le jargon des ouvriers. C’est l’opposé Rabouter.
(Rigaud, 1888)
Dégoulinage
Larmes silencieuses ; eau qui tombe goutte à goutte.
(Larchey, 1865)
Dégouliner
Couler doucement. — Onomatopée.
V’là au moins la vingtième (larme) qui dégouline sur ma joue.
Ricard.
(Rigaud, 1888)
Dégouliner
Couler doucement goutte à goutte. Les larmes dégoulinent le long des joues. — Dégouliner ce qu’on a sur le cœur, dire sa façon de penser, se soulager par l’aveu d’un secret. Le mot date de la fin du XVIIIe siècle.
Céline baissa la tête, alors l’autre baissa aussi la tête et une grosse larme lui dégoulina des cils.
(Huysmans, Les Sœurs Vatard.)
(Virmaître, 1894)
Dégourdi
Se dit par ironie d’un homme lourd et pâteux.
— J’ai froid, je vais marcher vite pour me dégourdir les jambes.
On dit d’une gamine qui connaît à six ans ce qu’elle devrait ignorer à quinze : elle est dégourdie pour son âge (Argot du peuple).
(Rossignol, 1901)
Dégourdi
Malin. On dit aussi de celui qui est leste : c’est un dégourdi.
(Rossignol, 1901)
Dégourdir
Lorsqu’il fait froid, on marche vite pour se dégourdir les membres. On dit aussi à celui qui est mou, mollasse :
Je vais te dégourdir.
(Rigaud, 1888)
Dégoutation
Personnification dégoûtante. (L. Larchey) Une dégoutation d’homme.
(Rigaud, 1888)
Dégoûté (n’être pas)
Savoir apprécier, montrer du goût. — Vous aimez les jolies femmes, vous n’êtes pas dégoûté.
(Larchey, 1865)
Dégouté (pas)
Ambitieux. — « Se dit en plaisantant d’un homme qui sans avoir l’air de choisir, prend le meilleur morceau. » — d’Hautel, 1808. — « Belle dame, vous êtes joliment jolie ce soir ! je souperais fièrement avec vous. » — « Tu n’es fichtre pas dégoûté. » — Gavarni.
(Rigaud, 1888)
Dégraisser
Faire perdre de l’argent. — Dégraisser le hausse, faire perdre de l’argent au patron.
(Rigaud, 1888)
Dégraisseur
Filou, usurier, — dans le jargon des voyous. Envoyer une bobine chez le dêgraisseur voler une montre.
(Virmaître, 1894)
Dégraisseur
Le garçon de banque qui à chaque échéance vient dégraisser les débiteurs (Argot du peuple). N.
(Hayard, 1907)
Dégraisseur
(Rossignol, 1901)
Dégraisseurs
(Rigaud, 1888)
Dégrimonner
S’agiter, se tourmenter, — dans l’argot des bourgeois. (L. Larchey)
(Rigaud, 1888)
Dégringolade
Vol. — Dégringolade à la flûte, vol commis par une fille publique sur la personne d’un client.
(La Rue, 1894)
Dégringolade
(Virmaître, 1894)
Dégringolade
(Rossignol, 1901)
Dégringolade
Lorsque les affaires vont en périclitant, c’est de la dégringolade.
(La Rue, 1894)
Dégringolade à la flûte
Vol commis par une prostituée sur son client.
(Virmaître, 1894)
Dégringolade à la flûte
Vol commis par une fille sur un miché de passage. L’expression flûte est assez significative (Argot des voleurs).
(Rigaud, 1888)
Dégringolé du c. de Marie la salope
(Rigaud, 1888)
Dégringoler
Voler. Dégringoler un aminche, voler un camarade.
(Virmaître, 1894)
Dégringoler
Tomber d’une haute situation dans la misère. Dégringoler un pante : tuer un bourgeois. Dégringoler des hauteurs d’un succès pour tomber dans la médiocrité (Argot du peuple).
(Rossignol, 1901)
Dégringoler
Voler. Si en entrant chez soi on trouve son logement dévalisé, c’est que l’on a été dégringolé.
(Hayard, 1907)
Dégringoler
(Hayard, 1907)
Dégringoleuse
(Rigaud, 1888)
Dégrouper (se)
Se retirer d’un endroit, quitter une société, — dans le jargon du peuple. Dégroupons, faut aller pioncer.
T vas te fair’ dégrouper et p’us vite que ça, vadrouilleux.
(Rossignol, 1901)
Déguelindo
(Rossignol, 1901)
Dégueulas
(Virmaître, 1894)
Dégueulas, dégueulatif, dégueuldif, dégoutatif et emmerdatoire
Individu à l’aspect tellement dégoûtant que sa vue soulève le cœur et donne envie de vomir (Argot du peuple). N.
(Hayard, 1907)
Dégueulasse
(Rigaud, 1888)
Dégueulatif
Être, objet dégoûtant, dont la vue fait vomir.
Vos pareils ont l’habitude vraiment dégueulative d’attendre les filles du peuple à la sortie des ateliers.
(L’art de se conduire dans la société des pauvres bougres, 1879.)
(Rigaud, 1888)
Dégueulbite, Dégueulboche
Dégoûtant, — dans le jargon des voyous. Dérivés de dégueulis.
(Rigaud, 1888)
Dégueulis
Matières rejetées hors de l’estomac. Mot à mot : au delà de la gueule.
(La Rue, 1894)
Dégui
Déguisement. Signalement.
(Virmaître, 1894)
Dégui
Abréviation de déguisement (Argot des voleurs).
(La Rue, 1894)
Déguiser (se) en cerf
(un détenu, 1846)
Déguiser en cerf
(Virmaître, 1894)
Déguiser en cerf (se)
Se sauver le plus rapidement possible.
— Je t’invite à un bal masqué, quel costume prendras-tu ?
— Je me déguise en cerf.
Mot à mot : Je n’y vais pas (Argot du peuple). N.
(Rigaud, 1888)
Déguismar
Déguisement. Variantes : Déguis, déguisemuche, déguisemince.
(un détenu, 1846)
Deïe
Foule, monde, attroupement.
(Rigaud, 1888)
Déjeté
Homme courbé par le malheur ou la maladie, affaissé moralement ou physiquement. Femme déjetée, femme sur le retour.
(La Rue, 1894)
Déjeté
Laid. Mal venu. Ne pas être déjeté, avoir bonne mine, être joli, bien fait.
(Rossignol, 1901)
Déjeter
Mal, vilain. Une femme d’un certain âge, bien conservée, n’est pas toujours à déjeter.
(Merlin, 1888)
Déjeuner à la fourchette
Se battre en duel. C’est le matin qu’on se rend, en effet, généralement sur le terrain ; mais comme dans le métier militaire on se bat parfois pour des motifs futiles et qu’avec les précautions prises, le duel n’a, la plupart du temps, aucun résultat fâcheux, il n’est pas rare que l’incident soit suivi d’un véritable déjeuner à la fourchette.
(Rigaud, 1888)
Déjeuner de soleil
Objet de peu de durée : s’emploie surtout en parlant d’une étoffe mauvais teint.
C’est un déjeuner de soleil.
(Boutmy, 1883)
Deleatur
s. m. Signe ayant à peu près la forme d’un delta grec, et par lequel on indique, dans la correction des épreuves, ce qui est à retrancher. Ce mot qui est la troisième personne sing. du présent du subjonctif passif du verbe latin delere, effacer, signifie : qu’il soit effacé.
(Merlin, 1888)
Délibérable (un)
(Larchey, 1865)
Délicoquentieusement
Délicieusement. — V. Supercoquelicantieux.
Pour y retrouver un Arthur delicoquentieusement séducteur.
Ed. Lemoine.
(Larchey, 1865)
Delige
Voiture publique (Vidocq). — Abrév. de diligence.
(Rigaud, 1888)
Délirant
Charmant.
Je ne vous connaissais pas ce bracelet, Cydalise ; il est délirant.
(Al. Karr, Les Femmes.)
(Rigaud, 1888)
Déluber
Commencer, débuter. C’est la dislocation de ce dernier mot.
(Larchey, 1865)
Demain
Jamais. — Terme ironique. — Demain ne sera jamais aujourd’hui.
(Larchey, 1865)
Démancher (se)
Se donner grand mouvement.
Et d’la façon dont j’me démanche, On nous verra requinqués à la papa.
Duverny, Chanson, 1813.
(Rigaud, 1888)
Démantibuler (se)
Se battre, chercher à se casser un ou plusieurs membres.
(Larchey, 1865)
Démaquiller
(Rigaud, 1888)
Démaquiller
Décommander, défaire, renoncer à, — dans le jargon des voleurs.
(La Rue, 1894)
Démaquiller
Défaire une chose convenue ou faite.
(Hayard, 1907)
Demarcouser
(Rigaud, 1888)
Démarquage de linge
« Il s’est adonné tout bonnement à un genre d’exercice qu’en argot du métier (de journaliste) nous appelons un démarquage de linge. Il a taillé, coupé, rogné dans notre article sans nous citer. » (H. de Villemessant, Figaro du 6 août 1877.)
(Rigaud, 1888)
Démarquer le linge
Se parer des plumes, non, de la plume d’un confrère en journalisme.
(Rigaud, 1888)
Démarqueur de linge
Journaliste qui s’approprie l’article d’un confrère en changeant quelquefois un peu la rédaction. Par laconisme on dit démarqueur.
M. de P. est ce qu’on peut appeler un de nos bons démarqueurs.
(H. de Villemessant, Figaro du 6 août 1877.)
Dans une autre acception, démarqueur sert à désigner celui qui ôte les marques d’un objet dans un but de tromperie ou de vol. (Littré, Supplément au Dict. franc.)
(Virmaître, 1894)
Démarqueur de linge
Homme de lettres qui pille ses confrères sans façon. Démarquer un article de journal : changer simplement les phrases. Allusion aux voleurs qui démarquent le linge avant de le bazarder au fourgat (Argot du peuple).
(Rigaud, 1888)
Démarrer
Quitter un lieu après une longue station. Les soûlots démarrent péniblement de chez le mastroc, les ivrognes s’en vont avec peine de chez le marchand de vin.
(M.D., 1844)
Dématé
Jeter quelqu’un par terre.
(Larchey, 1865)
Déménager
Faire des extravagances, agoniser. — Ces deux sens étaient connus de d’Hautel.
(Rigaud, 1888)
Déménager
Déraisonner.
Je craignais que dans le changement de domicile sa tête n’eût déménagé la première.
(E. Pelletan, La Nouvelle Babylone.)
(Larchey, 1865)
Déménager à la ficelle
Déloger clandestinement par la fenêtre en descendant certains objets à l’aide d’une ficelle. — Mettre les ficelles : Garrotter.
(Larchey, 1865)
Demi stroc
Demi-setier (Vidocq). — Diminutif corrompu du même mot.
(Larchey, 1865)
Demi-aune
« Il y avait deux heures que je tendais ma demi-aune sans pincer un radis. »
Luc Bardas.
(Virmaître, 1894)
Demi-aune
Le bras. Les mendiants disent :
— Je tends la demi-aune.
C’est une façon de ne pas avoir l’air que l’on tend la main (Argot des mendiants).
(Delvau, 1864)
Demi-castor
Femme de moyenne vertu.
Deux de ces filles qu’on appelle dans le monde demi-castors, se trouvèrent, par hasard, assises près de moi l’autre jour au jardin des Tuileries.
(Correspondance secrète.)
(La Rue, 1894)
Demi-castor, demi-poil
(La Rue, 1894)
Demi-jetée, demi-pile
(Larchey, 1865)
Demi-monde
Une femme demi-monde est celle qu’on appelait en 1841 une femme déchue, — née dans un monde distingué dont elle conserve les manières sans respecter les lois. Le succès d’une pièce de Dumas fils a créé le nouveau mot. On a créé par analogie ceux de meilleur monde, et de quart de monde.
On écrit en toutes lettres que vous régnez sur le demi-monde. — C’est fort désagréable pour moi.
A. Second.
(Virmaître, 1894)
Demi-récolte
Personne petite, naine, chétive. On dit dans le peuple :
— Sa mère devait être concierge, un locataire aura demandé le cordon au bon moment (Argot du peuple). V. Bas du cul.
(Rigaud, 1888)
Demi-supe, demi-supérieure
Demi-bouteille de vin de qualité supérieure, vin d’extra.
(Delvau, 1864)
Demi-vertu
Femme qui n’est pas encore fille.
Et ces d’mi-vertus à panache,
Tendres à cent êcus par mois.
E. Debraux.
(Rigaud, 1888)
Demi-vertu
Personne du sexe faible dont la vertu a subi, une fois au moins, le feu des enchères de l’amour.
(Larchey, 1865)
Démoc-soc
Démocrate socialiste. — Abréviation.
Messieurs les Démocs-socs, vous voyez si vos menaces m’ont effrayé.
Chenu.
(Rigaud, 1888)
Démoc-soc
Démocrate socialiste. En 1848, les démocs-socs étaient ce que sont aujourd’hui les radicaux, l’épouvantail de la bourgeoisie.
(Delvau, 1864)
Demoiselle
Fille, dirait le portier de Prud’homme — qui est encore garçon, — parce qu’elle n’est pas mariée. — Se dit aussi pour pucelle.
Par hasard la trouvant d’moiselle,
A son pèr’ je d’mandai la belle.
E. Debraux.
(Rigaud, 1888)
Demoiselle
Bouteille. Foutre un soufflet à la demoiselle, qu’on lui en voit le derrière, vider une bouteille d’un coup en buvant à la régalade.
(La Rue, 1894)
Demoiselle
Bouteille de vin. La petite fille est la demi-bouteille.
(Rossignol, 1901)
Demoiselle
Demi-bouteille de vin rouge.
(Virmaître, 1894)
Demoiselle de paveur
Sorte de pilon en bois garni à sa base d’un fort morceau de fer. Il sert à enfoncer les pavés pour égaliser la rue. Ce pilon a deux anses en forme de bras ; pour le soulever, les paveurs le prennent par les bras. Allusion au bras que l’on donne aux demoiselles. Elles sont généralement moins dures à soulever que la demoiselle du paveur (Argot du peuple). N.
(Rossignol, 1901)
Demoiselle de paveur
Outil à l’usage des paveurs pour enfoncer les pavés. La femme qui tient les bras en cerceau a les bras comme une demoiselle de paveur.
(Delvau, 1864)
Demoiselle des tuileries
Vieille fille en quête d’un mari.
La demoiselle des Tuileries appartient aux Tuileries à titre de meuble, comme la statue de Méléagre ou comme celle de Spartacus. — Elle avoue vingt-cinq ans et en a trente bien sonnés. Elle est arrivée à cette époque fatale de la vie ou l’on dit : Voilà une femme qui a dû être fort bien. De trente à trente-cinq ans, elle dissimule la tristesse qui la gagne, elle s’efforce de sourire. Quand elle voit passer à sa portée un bel enfant avec des cheveux blonds, elle l’attire a elle, l’embrasse tendrement et pousse un profond soupir qui veut dire : J’aurais été si bonne mère ! — Les trente-cinq ans arrivent : oh ! alors, c’est l’énergie du désespoir, c’est la rage, une fureur. La demoiselle des Tuileries s’accroche à tout ; elle est prête à tout ; elle épousera, si on le veut, avec un égal empressement, un jeune homme de dix-huit ans qui veut s’émanciper, ou un vieillard qui cherche une garde-malade… — À quarante ans, le rôle de la demoiselle des Tuileries est fini ; elle prend le mariage en horreur, elle est vieille fille et restera vieille fille…
E. Glorieux.
(Delvau, 1864)
Demoiselle du pont-neuf
Fille ou femme sur le ventre de qui tout le monde passe, a passé, ou passera.
(Rigaud, 1888)
Demoiselles (ces)
Nom générique donné à toutes les femmes qui, de près ou de loin, touchent au métier ou à l’art de la prostitution. « Ces demoiselles ont été successivement appelées : Lorettes, Filles de marbre, Dames aux camélias, Biches, Cocottes, autant de mots que l’on chercherait en vain dans le dictionnaire de l’Académie. » (G. Claudin, Paris et l’Exposition.) Le succès de la Dame aux camélias, pièce de M. A. Dumas fils, valut à ces demoiselles l’honneur d’un nouveau baptême. En souvenir de l’héroïne de la pièce — qui méritait mieux — elles furent sacrées : dames aux camélias. Le prototype a existé sous le nom de Marie Duplessis « Remarquablement jolie, grande, médiocrement faite, ignorante, sans esprit, mais riche d’instinct. Ex-paysanne normande, elle s’était composé une généalogie nobiliaire, et, de son autorité, rapprochait d’un nom historique son nom légèrement modifié. » (N. Roqueplan, Purisme.)
(Larchey, 1865)
Démolir
Maltraiter quelqu’un en actes, en paroles, en écrits.
Deux champions prononçant la phrase sacramentelle : Numérote tes os que je les démolisse.
Th. Gautier, 1845.
Ruffard la dansera, c’est un raille à démolir.
Balzac.
On démolissait Voltaire, on enfonçait Racine.
L. Reybaud.
(Rigaud, 1888)
Démonétiser
Perdre quelqu’un de réputation. — Se démonétiser, ne laisser à personne autre qu’à soi-même le soin de se perdre de réputation.
(Virmaître, 1894)
Démonter son chouberski
Mourir. L’expression n’est pas juste, on devrait plutôt dire : monter son chouberski, car chacun sait que ce poêle n’a rien de commun avec l’elixir de longue vie (Argot du peuple). N.
(Rigaud, 1888)
Démorfillage
Action de démarquer une carte, c’est-à-dire enlever les signes, traits d’ongles, points de repère que les grecs font aux cartes qu’ils veulent reconnaître.
Je vas leur z’y en coller du démorfillage.
(A. de Caston, Les Tricheurs.)
(Rigaud, 1888)
Démorfiller
Démarquer une carte, — dans le jargon des grecs.
(Larchey, 1865)
Démorganer
Se rendre à une observation. — Mot à mot : perdre de sa morgue.
(Virmaître, 1894)
Démorganer
Accepter une observation. Comprendre que la morgue est inutile (Argot du peuple).
(Virmaître, 1894)
Demorre
Homme (Argot des voleurs).
(Virmaître, 1894)
Demurger
Fuir. Cette expression est fréquemenent employée par les souteneurs au cours d’une bataille :
— Voilà la rousse, demurge ou y vont te faire chouette. La copaille va rendre l’affe, il est saigné au bon coin (Argot des voleurs).
(Bras-de-Fer, 1829)
Démurger
(Rigaud, 1888)
Démurger
Sortir de prison. — Démurger sans caserne, sortir de prison sans savoir où aller coucher.
(Rossignol, 1901)
Démurger
Sortir, s’en aller.
Je ne veux pas de clients comme vous, il faut démurger de chez moi. — Allez, démurgez !
(Rigaud, 1888)
Denaille (Saint)
(Delvau, 1864)
Dénicheur de fauvettes
Libertin, dont l’unique occupation est de faire la chasse aux connins, de dénicher les pucelages pour son propre compte.
(Virmaître, 1894)
Dénicheur de fauvettes
Terme ironique employé pour se moquer d’un individu qui se vante de prendre la virginité des filles (Argot du peuple). V. Dépuceleur de nourrices.
(Rigaud, 1888)
Dent creuse (ne pas en avoir pour sa)
Avoir très peu de chose à manger ; avoir une très petite portion sur son assiette. (Oudin.) Un pilon de volaille, merci, j’en ai seulement pas pour ma dent creuse. N’a pas cessé d’être usité.
(Rigaud, 1888)
Dentelle (de la)
Billets de banque. — C’est un girondin calé qu’a de la dentelle à faire péter son porte-mince.
(La Rue, 1894)
Dentelle de milled
(Rigaud, 1888)
Dents (avoir toutes ses)
Être à l’âge de raison, à cet âge où l’on peut mordre son voisin et au besoin sa voisine.
(Rigaud, 1888)
Dents ne lui font plus mal (les)
Il est mort depuis longtemps.
(La Rue, 1894)
Dépagnotter (se)
(Virmaître, 1894)
Dépailler
Jusqu’ici cette expression élait employée pour dire qu’une chaise n’avait plus de paille : elle était dépaillée. Dans les quartiers pauvres, les ouvriers n’ont généralement pas de sommiers ; ils couchent sur des paillasses garnies de paille de seigle ; quand un propriétaire, un vautour impitoyable, veut les faire expulser, ils disent :
— Tu peux aller chercher le quart et tous ses sergots. tu ne me feras pas dépailler.
Mot à mot : abandonner ma paille (Argot du peuple). N.
(Rigaud, 1888)
Déparier
Avoir le délire, — dans le jargon des garde-malades.
(Rigaud, 1888)
Département du bas-rein
Partie de l’être humain qui a quelquefois besoin de ronds hygiéniques comme certains yeux ont besoin de lunettes. — La cible à tant de plaisanteries surannées.
(Virmaître, 1894)
Dépendeur d’andouilles
Homme grand comme une perche à houblon. Allusion à ce qu’il pourrait sans échelle dépendre les andouilles suspendues au plafond (Argot du peuple).
(Rossignol, 1901)
Dépendeur d’andouilles
(Rigaud, 1888)
Dépenser sa salive
Parler-On dit de quelqu’un de taciturne : En voilà un qui a peur de dépenser sa salive.
(Virmaître, 1894)
Dépenser sa salive
Orateur qui parle à un auditoire distrait ; il parle en pure perte et dépense sa salive inutilement. On dépense sa salive à vouloir convaincre quelqu’un qui ne veut rien savoir (Argot du peuple). N.
(Delvau, 1864)
Dépenser ses côtelettes
Tirer un coup, parce que le sperme est le résultat de la nourriture absorbée. — Cette expression a été employée pour la première fois dans une nouvelle à la main du Figaro, dont le parquet a ri — sans la poursuivre comme outrage à la morale publique. Une dame avait un amant pauvre, qu’elle invitait souvent à dîner chez elle, afin de lui confectionner un sperme de bonne qualité et de le forcer à bander en temps utile. Un jour elle s’aperçut qu’il la trompait pour une autre femme ; elle s’en plaignit amèrement à une de ses amies, en disant : « Il va dépenser ailleurs les côtelettes qu’il mange chez moi ! »
(Rigaud, 1888)
Dépiauter
Battre fortement. Mot à mot : enlever la peau comme à un lapin ; faute de mieux, se contenter d’enlever les vêtements.
(Virmaître, 1894)
Dépiauter
Synonyme de dépouiller. Terme commun.
— Je me déshabille, je me dépiaute.
Quand les voleurs s’en veulent pour un motif quelconque, ils tentent de s’arracher la peau. Mot à mot : se dépiauter comme un lapin (Argot des souteneurs).
(Rossignol, 1901)
Dépieuter
(Larchey, 1865)
Dépioter
Enlever la peau.
Si monsieur croit que c’est commode… on se dépiote les pouces.
P. de Kock.
(un détenu, 1846)
Dépiotter
Ôter, enlever, priver quelqu’un de quelque chose.
(Virmaître, 1894)
Dépité
Ennuyé, éprouver du dépit, dans le sens de déception. Dans le peuple on applique cette expression aux députés non réélus. Le mot français est devenu un mot d’argot.
— C’est un dépité de la Seine ou d’ailleurs.
On dit encore qu’il a été dépoté, prenant la Chambre pour un pot. Ou bien :
— Les électeurs l’ont enfin déporté (Argot du peuple). N.
(un détenu, 1846)
Déplanquer
Ôter, découvrir, dégager du Mont-de-Piété.
(Halbert, 1849)
Déplanquer
(Larchey, 1865)
Déplanquer
Exhiber (Vidocq). V. Vague.
(Rigaud, 1888)
Déplanquer
Retirer un objet caché, — dans le jargon des voleurs.
(Virmaître, 1894)
Déplanquer
Quand un voleur est en prison, il est en planque. Il est également en planque quand il est filé par un agent ; quand il sort de prison ou quand il grille l’agent, il se déplanque (Argot des voleurs). V. Déplanqueur.
(Rigaud, 1888)
Déplanquer son faux centre
Être condamné sous un nom d’emprunt.
(Virmaître, 1894)
Déplanqueur
Complice qui déterre les objets volés pendant que son camarade subit sa peine. C’est un usage chez les voleurs d’enterrer pour les soustraire à la justice, les objets volés ; au moins s’ils subissent une peine ils ne font pas du plan de couillé (Argot des voleurs).
(Virmaître, 1894)
Déplceleur de femme enceinte
(Rigaud, 1888)
Déplumé
Sénateur. La cambuse aux déplumés, le sénat, — dans le jargon du peuple.
(Rossignol, 1901)
Déplumé
Celui qui n’a plus ou peu de cheveux.
(Rigaud, 1888)
Déplumer (se)
Perdre ses cheveux. — Déplumé, chauve.
(Virmaître, 1894)
Déponer
Levare ventris onus. A. D. Nous voilà suffisamment renseigné si on ajoute pour comprendre que déponer vient de ponant, derrière, et que déponer est synonyme de débourrer. Quand un individu vous cramponne par trop, on l’envoie... déponer sur la planche où il met son pain (Argot du peuple).
(Rigaud, 1888)
Déponner, Dépousser
Sacrifier à Domange, — dans l’ancien argot.
(Rigaud, 1888)
Déporter
Renvoyer, — dans le jargon des ouvriers. — Être déporté, être renvoyé de l’atelier.
(Rossignol, 1901)
Déporter
Renvoyer quelqu’un de chez soi ou le mettre à la porte, c’est le déporter.
(Rigaud, 1888)
Déposer un kilo
Faire ses nécessités, — dans le jargon des ouvriers qui disent encore, sans respect pour le suffrage universel : Déposer son bulletin, déposer un bulletin dans l’urne.
(Rigaud, 1888)
Dépôt
Dépôt de la préfecture de police.
Dans le siècle dernier, ce dépôt (spécialement affecté aux prostituées) portait le nom de salle ou de maison Saint-Martin ; il était situé rue du Verbois, au coin de la rue Saint-Martin.
(Parent-Duchatelet.)
En 1785 les prostituées furent dirigées sur l’hôtel de Brienne dit la Petite-Force. Depuis 1798 elles sont consignées au dépôt général de la préfecture de police. — On envoie au Dépôt les individus mis en état d’arrestation par ordre du commissaire de police. On les transporte du violon au Dépôt dans le panier à salade. Ils y restent jusqu’à ce que le juge d’instruction ait statué sur leur sort.
(Virmaître, 1894)
Dépôt
Prison située sous le Palais de Justice, où l’on conduit par le panier à salade tous les individus arrêtés par les agents. C’est un lieu infect, indigne de notre époque, en raison de la promiscuité des détenus et de l’absence d’air et de lumière. Ce n’est pas dépôt que l’on devrait dire, mais bien dépotoir, car il y passe annuellement 67,000 individus. Environ 13,000 vagabonds et 22,000 filles publiques. Je ne compte pas les voleurs qui ont horreur de ce lieu de détention surnommé la Cigogne (Argot des voleurs). N.
(Rigaud, 1888)
Dépotoir
Confessionnal, — dans le jargon des voleurs.
(Virmaître, 1894)
Dépotoir
Confessionnal. C’est bien en effet un dépotoir, puisque l’on y laisse ses ordures, une fois l’absolution reçue. (Argot des voleurs). V. Comberge.
(Rigaud, 1888)
Dépôts " consignations (caisse des)
Lieux d’aisances, en style d’employés des grandes compagnies financières.
(Delvau, 1864)
Dépuceler une fille
La débarrasser, à coups de pine, du fardeau de sa virginité ; briser la cloison de l’hymen pour entrer dans son divin retrait, — où déjà, peut-être, est entré l’indiscret médium.
Il trouve son écolière sur le lit, qui l’attendait, dont il jouit à son souhait, et la dépucelle.
Mililot.
Il vaut mieux dépuceler une garce que d’avoir les restes d’un roi.
Brantôme.
Çà donc, mon cœur et ma rebelle,
Çà mon âme, çà mes amours,
Qu’à ce coup je vous dépucelle.
(Cabinet Satyrique.)
La nouvelle mariée fit pourtant si bien qu’elle dépucela son mari.
Tallemant des Réaux.
(Rigaud, 1888)
Dépuceleur de femmes enceintes
Fanfaron en fait de galanterie, don Juan grotesque.
(Virmaître, 1894)
Dépuceleur de nourrice
Fanfaron qui s’imagine avoir trouvé la pie au nid et qui y trouve souvent une chose désagréable. (Argot du peuple).
(Delvau, 1864)
Dépuceleur de nourrices
Fat qui joue au don Juan, qui prétend avoir mis à mal une infinité de pauvres innocentes, et qui n’a jamais baisé que des gourgandines.
(Rigaud, 1888)
Dérailler
Sortir de son sujet, perdre le fil d’un discours — Dans le vocabulaire de l’amour, c’est… dame, c’est difficile à dire, quoique le sens soit le même.
(Larchey, 1865)
Déralinguer
Mourir. — Terme de marine.
(Larchey, 1865)
Dernier (avoir le)
Avoir le dernier mot. V. Double.
(Larchey, 1865)
Dernier de M. de Kock
« Ce mot a signifié cocu pendant quinze jours. En ce temps, il venait de paraître un roman de M. Paul de Kock intitulé le Cocu. Ce fut un scandale merveilleux… Il fallait bien pourtant se tenir au courant et demander le fameux roman. Alors (admirez l’escobarderie !) fut trouvée cette honnête périphrase : Avez-vous le dernier de M. de Kock ? » — Th. Gautier. — « Le mari. — Et de cette façon je serais le dernier de M. de Kock, minotaure, comme dit M. de Balzac. » — Id.
(Delvau, 1864)
Dernière faveur (la)
Ainsi appelait-on, au XVIIIe siècle, la complaisance qu’une femme avait de prêter son derrière à un homme après lui avoir prêté son devant. Cela résulte clairement de ce passage des Tableaux des mœurs du temps, de La Popelinière :
— Comment donc, comtesse, vous ne lui avez pas encore accordé la dernière faveur ! — Non certes, je m’y suis toujours opposée. — Cela vous tourmentera et lui aussi, ma petite reine ; il faut bien que vous fassiez comme les autres.. Les hommes sont intraitables avec nous jusqu’à ce qu’ils en soient venus là.
(Dialogue XVII.)
Aujourd’hui, la Dernière faveur, dans le langage de la galanterie décente, c’est la coucherie pure et simple — et c’est déjà bien joli.
(Halbert, 1849)
Dérondiner
(Rigaud, 1888)
Dérondiner
Payer, — dans l’ancien argot.
(Virmaître, 1894)
Dérondiner
Un sou se nommant un rond, de là l’expression pour indiquer que l’on s’en sépare en payant :
— Je me dérondine tous les jours pour sorguer (Argot du peuple).
(Rossignol, 1901)
Dérondiner
Payer. De celui qui est avare, qui ne sort pas ses ronds (sous) de son porte-monnaie on dit qu’il n’est pas facile de le faire dérondiner.
(Virmaître, 1894)
Dérouiller
Recouvrer sa souplesse, se mettre au fait d’un service L. L. Dérouiller : enlever la rouille d’une pièce de fer ou d’acier. Dérouiller : perdre ses habitudes casanières pour reprendre ses relations. Dérouiller a dans le peuple une autre signification. Pour dérouiller, ce n’est pas le papier émeri qui est employé, mais la première femme venue (Argot du peuple). N.
(Rossignol, 1901)
Dérouiller
Il paraît que c’est pour avoir dérouillé que Adam et Eve furent chassés du Paradis.
(Rigaud, 1888)
Déroyaliser
Renverser un souverain de son trône. Enlever à un roi la couronne de dessus la tête, et quelquefois la tête, avec la couronne.
(Rigaud, 1888)
Derrière (enlever le)
Donner un coup de pied au derrière.
(Delvau, 1864)
Derrière (le)
Le cul, soit de la femme, soit de l’homme.
Et pour peu que, d’un air tendre,
On dirige un doigt savant,
On les voit se laisser prendre
Le derrière et le devant.
Charles Monselet.
Phœbus, au bout de sa carrière,
Put les apercevoir tous deux,
Le brigadier dans le derrière
Agitant son membre nerveux.
(Parnasse satyrique.)
Pour offrir
Son devant aux madames,
Son derrièr’ ferme et doux
Aux époux.
(Chanson anonyme moderne.)
(Boutmy, 1883)
Derrière le poêle
(Rigaud, 1888)
Derrière le premier (se lever le)
Se lever de mauvaise humeur. — Être de mauvaise humeur dès le matin.
(Rossignol, 1901)
Des dattes
Celui qui vous répond des dattes à une demande que vous lui faites, oppose un refus.
Tu offres un vermouth ? Oh ! des dattes. — On t’a promis telle chose, si tu comptes dessus, c’est comme des dattes.
(Delvau, 1864)
Désarçonné (être)
Ne plus bander, pour avoir trop bandé ; — femme, faire déconner son fouteur.
L’étudiant qui n’est pas encore désarçonné.
Henry Monnier.
Je désarçonnai mon cavalier, qui n’avait pas encore fini sa course.
(Meursius.)
(Halbert, 1849)
Désargoter
(Rigaud, 1888)
Désargoter
Déniaiser, — s’ingénier, — dans le jargon des voleurs. — Désargoté, malin.
(La Rue, 1894)
Désargoter
Déniaiser. Désargoté, malin.
(Halbert, 1849)
Désatiller
(Virmaître, 1894)
Désatiller
Châtrer (Argot des voleurs).
(Delvau, 1864)
Descendre
Aller faire la rue, dans l’argot des filles de bordel, qui descendent le plus souvent qu’elles peuvent, afin d’être montées d’autant.
Va t’êt’ onze heures, j’ descends pus… Nous allons nous coucher, dis, veux-tu ?
Henry Monnier.
(Larchey, 1865)
Descendre
Tuer, faire tomber.
J’ajuste le Prussien et je le descends.
M. Saint-Hilaire.
(Rigaud, 1888)
Descendre
Faire tomber ; tuer d’un coup de fusil. — Descendre la garde, mourir.
(La Rue, 1894)
Descendre
Mourir. Mettre hors de combat. Tuer.
(Rossignol, 1901)
Descendre à la cave
Il y a des gens qui n’aiment pas y descendre, ils prétendent que c’est une cave qui est située trop près de la fosse d’aisances.
(Virmaître, 1894)
Descendre à la crémerie
Cette expression est employée par les filles qui n’aiment pas les hommes ; elle est suffisamment claire. Par la satisfaction qu’elles éprouvent, elles boivent du lait non écrémé (Argot des filles). V. Accouplée. N.
(Larchey, 1865)
Descendre la garde
Mourir. — Mot à mot : n’être plus de service.
Amis, quand la camarde
M’fera descendre la garde.
Festeau.
(Virmaître, 1894)
Descendre la garde
Mourir (Argot du peuple).
(Rigaud, 1888)
Descendre son crayon sur la colonne
Administrer une volée de coups de canne, — dans le jargon des voyous.
(Virmaître, 1894)
Descente de gosier
Avoir une soif perpétuelle. Pochard jamais rassasié (Argot du peuple).
(Virmaître, 1894)
Descente de lit
Femme facile, qui se couche au moindre signe. Synonyme de paillasse (Argot du peuple). N.
(Rigaud, 1888)
Désenflaquer
Se tirer d’une situation difficile. Mot à mot : se tirer d’une flaque.
(Virmaître, 1894)
Désenflaquer
Se tirer d’un mauvais pas. Mot à mot : sortir de la merde. Un prisonnier est enflaqué ; le désenflaquer, c’est lui rendre la liberté (Argot des voleurs).
(Rigaud, 1888)
Désennuyeur
Terme réservé qu’emploient les souteneurs de filles pour se désigner. Ils désennuient ces dames.
(Rigaud, 1888)
Desentiflage
Séparation entre époux. — Être désentiflé, vivre séparé de sa femme.
(Virmaître, 1894)
Désentiflage
Rompre avec quelqu’un avec qui on était lié. Mot à mot : se désentifler, se quitter, se séparer. C’est l’opération contraire à celle d’entifler (Argot du peuple).
(Larchey, 1865)
Désentifler
(Rigaud, 1888)
Desfoux
Enorme casquette de soie, bouffante, casquette à triple étage, casquette à trois ponts, particulière aux Desgrieux de barrière. Vient du nom du fournisseur. On dit une desfoux, comme dans un autre monde, un gibus. Je viens de me fendre d’une desfoux un peu chouette, cinq balles !
(Rigaud, 1888)
Desgenais en chambre
Moraliste qui entend la plaisanterie et la noce. Moraliste bon enfant. — Allusion au type d’un des personnages des Filles de marbre. Expression un peu démodée comme la pièce. Faire son Desgenais, faire de la morale.
(Delvau, 1864)
Desgrieux
Maquereau, amant de cœur d’une femme galante. — Tout le monde a lu le roman de l’abbé Prévost d’Exiles, intitulé Manon Lescaut, et, l’ayant lu, sait que dans ce roman — qui a l’air d’être une histoire arrivée — le chevalier Desgrieux joue le rôle de maquereau, et même un peu d’escroc.
(Rigaud, 1888)
Desgrieux
Aimable et joli souteneur de filles, le frère aîné de M. Alphonse. En souvenir du nom du héros du roman de Manon Lescaut.
(Halbert, 1849)
Désoler un saint
(Rigaud, 1888)
Désosse
Misère, ruine, — dans le jargon des barrières. — Jouer la désosse, être ruiné.
(Rigaud, 1888)
Désossé
Qui est sans argent, — dans le jargon des voyous. Os veut dire argent ; désossé, c’est donc celui qui n’a pas d’os.
(Rigaud, 1888)
Désosser
Tomber sur quelqu’un à grands coups de poing. — Je t’vas désosser.
(Virmaître, 1894)
Dessalé
Noyé que l’on retire de l’eau, Allusion à la morue que les ménagères font dessaler avant de la manger (Argot du peuple).
(Rossignol, 1901)
Dessalé
Dégourdi, malin. Un intelligent est un dessalé. Un noye, un dessalé. Tomber à l’eau c’est se dessaler.
(Hayard, 1907)
Dessalé (être)
Être dégourdi, à la coule.
(Rigaud, 1888)
Dessalée
Femme rusée, coquine délurée, femme sans moralité ni tenue. La dessalée était la gourgandine de nos pères. Ce n’était primitivement qu’une épithète accrochée au vocable « morue. » On disait sous Louis XV « morue dessalée » pour donner plus de force à l’injure. Aujourd’hui tout est si cher, même les mots du bas langage, que d’mie injure on en a fait deux, et voilà pourquoi l’on dit « morue » pour désigner une femme sale, repoussante, et pourquoi « dessalée » dans le sens de fille de joie.
Vous paraissez toutes deux assez dessalées.
(Les Souffleurs.)
(La Rue, 1894)
Dessalée
Femme rusée ou sans moralité ni tenue.
(Rigaud, 1888)
Dessaler
Noyer. Dessaler le client à la faux, noyer quelqu’un après l’avoir volé.
(Larchey, 1865)
Dessaler (se)
(Boutmy, 1883)
Dessaler (se)
v. pr. S’acquitter, se mettre au pair, quand on a compté par avance une composition qui n’était pas faite. V. SALÉ.
(Rigaud, 1888)
Dessaler (se)
Boire, — dans le jargon des voyous. — Viens-tu nous dessaler ?
(Rigaud, 1888)
Dessaler (se)
S’acquitter d’une avance faite, — dans le jargon des typographes. C’est mot à mot : restituer son salé. Les avances d’argent ont reçu le nom de salé, par abréviation de salaire.
(Rigaud, 1888)
Dessaler (se)
Tomber malade, — dans le jargon des voleurs. Allusion aux conserves qui s’amollissent lorsqu’elles perdent leur sel.
(La Rue, 1894)
Dessaler, désoler
Noyer. Dessaler le client à la faux. Noyer l’homme que l’on a volé.
(Virmaître, 1894)
Dessaleurs
C’était une compagnie d’assasins qui attendaient sur les quais déserts du canal Saint-Martin les passants attardés. Ils les dépouillaient d’abord et les jetaient ensuite à l’eau. Le lendemain matin ils arrivaient comme par, hasard sur la berge, armés d’un croc et repêchaient le dessalé pour avoir la prime. L’opération était doublement fructueuse. La bande fut arrêtée et condamnée. L’expression est restée dans le peuple ; tout noyé pour lui est un dessalé (Argot du peuple). N.
(Delvau, 1864)
Desserrer les genoux
Consentir à se laisser baiser. Ouvrir les cuisses pour recevoir un homme, de même qu’on ouvre la bouche et desserre les dents pour recevoir un vit.
Un cordelier d’une riche encolure,
Large de quarrure,
Fier de son pouvoir,
Prodigue du mouchoir,
Au coin d’un bois rencontra sœur Julie,
Lui dit : Je vous prie,
Çà, dépêchez-vous,
Desserrez les genoux.
Haguenier.
(Rigaud, 1888)
Dessinandier
(Rigaud, 1888)
Dessous (tomber dans le troisième)
Être complètement ruiné, tomber dans la misère. — Au théâtre on entend par dessous les étages pratiqués sous la scène pour les besoins des décors. On dit d’une pièce qui a échoué qu’elle est tombée dans le troisième dessous.
(Delvau, 1864)
Dessus du panier des amours (le)
Le pucelage des jeunes filles, auquel personne n’a encore touché du bout de la queue.
Ces messieurs du faubourg ont le dessus du panier des amours, et, comme ils ont l’appétit et les dents de la jeunesse, ils mordent aux grappes lorsqu’elles ont précisément toute leur fraîcheur, toute leur saveur, tout leur parfum.
A. Delvau.
(Bras-de-Fer, 1829)
Détacher
(anon., 1827)
Détacher le bouchon
(Halbert, 1849)
Détacher le bouchon
(Rigaud, 1888)
Détacher le bouchon
Aller à la selle. — Les anciens tireurs employaient cette expression dans le sens de voler la bourse.
(Virmaître, 1894)
Détacher le douchon
Vider ses intestins. Allusion à la bouteille qui se vide le bouchon retiré (Argot du peuple). V. Débourrer sa pipe.
(Rigaud, 1888)
Détacher un transfert, un transferrement
Détacher un solide coup de pied.
Je détache un transferrement au cab avec mon rigodon à clous.
(La Petite Lune, 1879.)
(Rigaud, 1888)
Détaffer
Remonter le moral ; donner du courage. Mot à mot : enlever le taf, enlever la peur.
(Larchey, 1865)
Détail (c’est un)
C’est un accident grave. — Ironie parisienne… Annoncez qu’un tel s’est cassé le bras, a perdu cinquante mille francs, etc., on vous répondra toujours : C’est un détail !
(Rigaud, 1888)
Détail (c’est un)
Ce n’est rien. Mot que le scepticisme moderne devait appliquer aux événements les plus graves et qu’ordinairement on souligne par un rire. — Vous êtes en deuil ? — Ma femme est morte. — C’est un détail. Un tel a fait faillite et ruine plus de cent familles. — C’est un détail, je n’avais pas un sou chez lui.
(Rigaud, 1888)
Détail (faire le)
Couper sa victime en morceaux d’après la méthode Billoir, — dans le jargon des voyous.
(Larchey, 1865)
Détaroquer
Démarquer (Vidocq). — Du vieux mot taroter : marquer. V. Roquefort.
(Rigaud, 1888)
Détaroquer
Démarquer, — dans l’ancien argot des grecs ; c’est, mot à mot : effacer les marques des tarots.
(Rigaud, 1888)
Dételer
Dételer le char de l’amour, pour parler la langue académique. Se retirer des joies de ce monde, parce qu’on est vieux, infirme et désillusionné.
A cette heure il avait dételé, mais il aimait encore la société des femmes folles de leur corps.
(E. de Goncourt, La Fille Ëlisa.)
(La Rue, 1894)
Dételer, enrayer
Renoncer à la vie Joyeuse, à l’amour.
(Merlin, 1888)
Détente (avoir de la)
(Rigaud, 1888)
Détente (dur, dure à la)
Celui, celle qui ne délie pas facilement les cordons de sa bourse.
Leur famille est riche, mais elle est également dure à la détente, ce qui est l’expression consacrée.
(Adrien Paul, Floueurs et Floués.)
(Virmaître, 1894)
Détoce
Détresse, misère. Quand les aminches n’ont plus d’os, ils sont dans la détoce (Argot du peuple).
(Halbert, 1849)
Détosse (être de la)
(Rigaud, 1888)
Détourne (vol à la)
Vol qui se pratique dans l’intérieur des magasins.
(Larchey, 1865)
Détourner
Voler dans l’intérieur d’une boutique.
Parmi les détourneurs, on distingue : 1) les grinchisseuses à la mitaine, assez adroites de leur pied pour saisir et cacher dans de larges pantoufles les dentelles et les bijoux qu’elles font tomber (on appelle mitaine leur bas qui est coupe pour laisser aux doigts leur liberté d’action) ; 2) les enquilleuses, femmes cachant des objets entre leurs cuisses (quilles) ; 3) les avale tout cru, cachant les bijoux dans leur bouche ; 4) les aumôniers, jetant le produit de leur vol à de faux mendiants.
Vidocq.
Ces genres de vol constituent le vol à la détourne.
(Rigaud, 1888)
Détourneur
Voleur à la détourne.
Il y a des voleurs à la détourne de trois classes : les aristos, les bourgeois et les voyous. Les premiers ne travaillent qu’en équipage et ne font que la pièce de soie, de velours, ou le cachemire des Indes ; ils ont des laquais avec des galons d’argent et des jambes torses comme les colonnes d’un lit Louis XIII.
(L. Paillet, Voleurs et Volés.)
(La Rue, 1894)
Détourneur
Voleur à la détourne dans intérieur des magasins.
(Virmaître, 1894)
Détourneur
Voleur. Détourner un objet de sa destination (Argot des voleurs).
(Virmaître, 1894)
Détourneuse
Voleuse qui opère spécialement dans les grands magasins de nouveautés. Il y a bien des manières de pratiquer ce vol, elles sont expliquées à leur place (Argot des voleurs).
(Virmaître, 1894)
Détourneuse au momignard
(Halbert, 1849)
Dette (payer une)
(Rigaud, 1888)
Dette de cœur (payer une)
Faire honneur à un engagement souscrit par le cœur au profit des sens, — dans l’argot des grandes dames. Dans le monde faubourien, où l’on n’enguirlande pas les expressions, les femmes disent : « S’exécuter à la bonne franquette. »
(Rigaud, 1888)
Deuil (grand)
Café avec cognac. — Demi-deuil, café sans cognac. (L. Larchey)
(Rigaud, 1888)
Deuil (il y a du)
Ça marche mal dans le ménage.
(La Rue, 1894)
Deuil (Il y a du)
Ça va mal ; il y a du danger.
(Larchey, 1865)
Deuil (ongle en)
Ongle cerné d’une crasse noire.
J’aurai l’air d’être en deuil depuis la cravate jusqu’aux ongles, inclusivement.
A. Second.
(Rigaud, 1888)
Deuil de sa blanchisseuse (porter le)
Porter du linge très sale.
(Delvau, 1864)
Deux adjoints (les)
Les testicules, qui accompagnent partout le membre viril, — le maire naturel de Confoutu.
Ses deux adjoints lui font escorte ;
Mais, par un caprice nouveau,
Tous les deux restent à la porte :
Il entre seul à son… bureau.
Eugène Vachette.
(Delvau, 1864)
Deux bibelots (les)
Les testicules, avec lesquels les femmes se plaisent à jouer.
Donne-moi tes deux bibelots, mon chéri, que je les pelote.
Jean Du Boys.
(Rigaud, 1888)
Deux fois
Expression très usitée dans les régiments de cavalerie et qui équivaut à une négation. Le sous-off de garde dît : Tiens, tiens, tiens ! vous avez des bretelles deux fois demi-tour sur les hanches. — J’ai planché non pas deux fois, mais une bonne. — Quelquefois cette expression s’emploie dans le sens de « plus souvent : » Veux-tu me prêter cinq ronds ? — Deux fois.
(Delvau, 1864)
Deux oreilles
Les deux couilles.
Tu ronfles, tu sommeilles,
Tu mérit’rais, dans c’cas,
Puisque tu n’t’en sers pas,
Que j’te coup’ les deux oreilles.
Adrien, c’n’est pas bien, etc.
(Anonyme moderne.)
(Delvau, 1864)
Deux sœurs (les)
Les deux fesses, inséparables.
(Virmaître, 1894)
Deux sœurs (mes)
Dans le peuple, par abréviation, on dit : mes deux pour te faire une paire de lunettes. Ce n’est pas des fesses qu’il s’agit, comme le dit Delvau, mais des testicules. On appelle aussi deux sœurs, les deux nattes de cheveux que les femmes portent sur leurs épaules (Argot du peuple).
(Delvau, 1864)
Deux trous (les)
L’anus et le con.
Le trou du cul, le trou du con,
Sont deux trous qui me semblent farces :
Par l’un, on jouit d’un garçon
Et par l’autre on jouît des garces.
Tous les deux me sont défendus ;
Mais puisqu’il faut que je me perde…
Je préfère le trou du cul,
Malgré mon dégoût pour la merde.
Bing.
(Delvau, 1864)
Devant (le)
Les parties sexuelles de l’homme et de la femme.
Le p’tit gueux, près des femmes,
Bientôt s’mit à courir,
Pour offrir
Son devant aux mesdames.
(Chanson anonyme moderne.)
On pourra désormais avoir confiance en moi, car on dit communément qu’il faut se défier du devant d’une femme, du derrière d’une mule, et d’un moine de tous les côtés.
(Le Moine sécularisé.)
Ah ! mon Dieu, quelle injustice que l’honneur d’un homme dépende du devant d’une femme !
Ch. Sorel.
(Larchey, 1865)
Déveine
Malheur constant. V. Veine.
Il paraît que la banque est en déveine.
About.
(Larchey, 1865)
Dévidage
Discours aussi long que le dévidage d’un écheveau.
(Rigaud, 1888)
Dévidage
Promenade dans le préau d’une prison. (L. Larchey)
(Larchey, 1865)
Dévidage à l’estorgue
(Rigaud, 1888)
Dévidage à l’estorgue
Mensonge. — Acte d’accusation.
(Virmaître, 1894)
Dévidage à l’estorgue
Acte d’accusation lu en cours d’assises par le greffier. Dévider : parler : à l’estorgue, faussement (Argot des voleurs). Dévider : promenade en dévidoir que font les prisonniers sur le préau (Argot des voleurs). V. Queue de cervelas.
(Larchey, 1865)
Dévider
Avouer. V. Bayafe. — On dit communément dévider son chapelet. — Dévider à l’estorgue : Mentir. — Dévideur : Bavard (Vidocq).
(Rigaud, 1888)
Dévider
Parler. C’est dévider le fil d’un discours dans le langage métaphorique et précieux. — Dévider le jars, parler argot.
(La Rue, 1894)
Dévider
Parler. Dévidage à Veslorgue, mensonge, acte d’accusation. Dévidage d’amiches, dénonciation d’amis.
(Halbert, 1849)
Dévider le jars
(Hayard, 1907)
Dévider le jars
(Virmaître, 1894)
Dévider son chapelet
Les portières se chargent de cette opération en cancanant sur les locataires (Argot du peuple).
(Rigaud, 1888)
Dévierger
Enlever la fleur de l’innocence à une jeune fille, ainsi qu’on s’exprime sous la coupole de l’Institut les jours où il n’y a pas de prix de vertu à décerner. — C’est, en bon français, peut-être, faire une femme avant la lettre… de faire part du mariage.
(Delvau, 1864)
Dévirginer
Ôter la virginité.
Ceux-ci ne trouvèrent pas d’autres moyens que de les dévirginer eux-mêmes avant qu’elles pussent tenter personne.
Pigault-Lebrun
Oui, tout semblait m’annoncer qu’enfin j’allais être, et même très agréablement, dévirginée.
(Mon noviciat.)
Extasiée, fendue par l’énorme grosseur du vigoureux bourdon de mon dévirgineur,… je restai quelque temps accablée par la fatigue et le plaisir.
(Mémoires de miss Fanny.)
(Rigaud, 1888)
Dévisser
Estropier, casser un ou plusieurs membres.
Tu veux donc te faire dévisser ?
(L. Cladel, Ompdrailles, le Tombeau des lutteurs.)
(La Rue, 1894)
Dévisser
Estropier. Dévisser son billard, mourir.
(Rigaud, 1888)
Dévisser la pétronille (se.)
Se mettre en frais d’imagination, se creuser la cervelle, — dans le jargon des voyous.
(Rigaud, 1888)
Dévisser le coco
Tordre le cou, étrangler.
(Rigaud, 1888)
Dévisser son billard
Mourir, — dans le jargon des piliers de café. Et par abréviation : dévisser. — Que devient, Machin ? Il a dévissé.
(Virmaître, 1894)
Dévisser son billard
Mourir. Quand le billard est dévissé, adieu la partie. Un à peu près dit qu’il n’y a plus Moyaux de faire une partie de Billoir quand on joue Troppmann (Argot du peuple).
(Rossignol, 1901)
Dévisser son billard
(Hayard, 1907)
Dévisser son billard
(Delvau, 1864)
Devoir (le)
La fouterie, qui est en effet le premier des devoirs, le plus sacré, celui auquel on manque le moins tant qu’on est jeune et qu’on sait jouer des reins.
Allons ! rentre chez toi, père de famille ! et fais ton devoir près de ta femme, cela dût-il te valoir un enfant !
Lemercier de Neuville.
Puis quand on vint au naturel devoir,
Ah ! dit Catin, le grand dégel s’approche.
Vrai, dit-il, car il va pleuvoir.
Cl. Marot.
(Larchey, 1865)
Dévorant
Compagnon.
Je ne suis pas un dévorant, je suis un compagnon du devoir de liberté, un gavot.
Biéville.
(Rigaud, 1888)
Dévorant
Pour dévoirant, compagnon du devoir.
Terme du compagnonnage qui nous a légué une petite ménagerie assez intéressante ; il y avait le singe, le lapin, le renard de liberté, le loup, etc… c’est-assez logique d’avoir le dévorant.
(Le Sublime.)
(Rigaud, 1888)
Dévoyé
Acquitté ; renvoyé des fins de la plainte, — dans le jargon des voleurs.
(Rigaud, 1888)
Diable
Agent provocateur. (Moreau-Christophe.)
(La Rue, 1894)
Diable
Agent provocateur. Coffre-fort.
(Virmaître, 1894)
Diable
Agent provocateur. Malgré que ce mot fasse partie du vocabulaire des voleurs, il n’est pas d’usage que les agents de la sûreté provoquent les voleurs à commettre un vol ; ils n’ont pas besoin d’être stimulés pour cela. En politique c’est un fait constant, car, sous l’Empire, jamais il n’y a eu un complot sans que, parmi les pseudo-conspirateurs, il n’y se soient trouvés plusieurs agents de la préfecture de police. Il y en eut même un du service du fameux Lagrange dans l’affaire des bombes d’Orsini. Dans le peuple on dit simplement mouchard (Argot du peuple).
(Hayard, 1907)
Diable
Agent qui provoque le vol ou l’assassinat.
(Rigaud, 1888)
Diable en prendrait les armes (que le)
Exorbitant. Dire, faire une chose étonnante, tenir un propos tellement extravagant, donner de telles preuves de courage… en paroles, que le diable, effrayé, en prendrait les armes, s’il les entendait.
(Rigaud, 1888)
Diamant
Clou de soulier, — dans le jargon des troupiers. Prends garde d’user les diamants de tes godillots, prends garde de trop marcher.
(Rigaud, 1888)
Dieu (il n’y a pas de bon)
Mot à mot : il n’y a pas de bon Dieu qui puisse m’empêcher de faire ce que je veux faire.
(Rigaud, 1888)
Dieu (manger le bon)
Communier. — Mangeur, mangeuse de bon Dieu, celui, celle qui s’approche souvent de la Sainte Table.
(La Rue, 1894)
Dig-dig
Épilepsie. Batteur de dig-dig, escroc qui simule l’épilepsie pour exploiter la charité publique.
(Virmaître, 1894)
Digelettes ou dégelettes
Ragues (Argot du peuple).
(Rigaud, 1888)
Digue
Femme, dans l’ancien argot du Temple.
Vieux mot fort usité parmi les pitres et les queues rouges du XVIIe siècle.
(V. Hugo.)
(Rossignol, 1901)
Digue
Rien. Celui qui ne possède rien n’a que l’digue.
(Larchey, 1865)
Digue-digue
Attaque d’épilepsie. — De dinguer : tomber. V. Camboler.
(Rigaud, 1888)
Digue-Digue
Attaque d’épilepsie, — dans le jargon des voleurs.
(Rossignol, 1901)
Diguedigue
Épilepsie. Tomber de cette maladie, c’est tomber du diguedigue.
(Larchey, 1865)
Dijonnier
Moutardier (Vidocq). — Dijon est la capitale de la moutarde.
(Delvau, 1864)
Diligence (la) de lyon
C’est une des postures (voir ce mot) les plus curieuses et les plus rares. Nombre de grands amateurs de Vénus sont morts sans la connaître ; c’est que, pour l’exécuter, il faut trouver une femme qui réunisse deux qualités rares : l’ardeur, d’abord. Nombre de femmes feignent d’être ardentes pour plaire à l’homme qu’elles veulent séduire, mais ne sont au fond que de simples patients et non des agents, et ici il faut que la femme soit agent et que l’homme soit patient. Ensuite, il faut qu’elle ne soit pas neutralisée par une sotte pudeur, résultat de la tyrannie des hommes exercée continuellement jusqu’ici sur les femmes. Quand une femme donc est ardente et libre, elle prend un homme qui lui plaise sous tous les rapports ; elle le met nu comme un ver, l’étend sur un lit en lui mettant des coussins sous la tête et sous les reins, et toute nue elle-même, elle se met à cheval à cru sur lui, s’embrochant sur le pivot naturel, c’est-à-dire sur son vit. Alors, elle fait comme le postillon sur un des chevaux des anciennes diligences de Lyon. S’appuyant un peu sur les épaules de son amant, elle s’avance en chevauchant et le vit se relève près du ventre de l’homme. Elle recule et le vit se renfonce dans son con jusqu’à la garde. Elle s’anime ; elle va de plus fort en plus fort, comme si la diligence parcourait un chemin raboteux. Ses yeux s’égarent, ses cheveux se dénouent. Elle jouit, elle jouit, mais elle va toujours ; elle va jusqu’à ce qu’elle soit tout à fait exténuée de décharge spermatique ; car il faut remarquer que l’homme, étendu sur ses coussins, ne pouvant pas bouger, bande de plus en plus, jusqu’à la fin, mais ne décharge pas. La femme tombe alors comme morte dans les bras de son amant, lequel, tout enflammé, finit de son côté comme il peut.
“ Je serai bien aimable, je me mettrai toute nue, dit-elle insidieusement. — Passe ton chemin, répond le fidèle époux, ayant encore présente à la pensée l’image des charmes de sa jeune moitié. — Je te ferai le grand jeu ! — Non — Feuille de rose ! —Non. — Le tire-bouchon américain ? — Connu… tu m’ennuies. — Eh bien, tiens, tu me plais, viens, tu ne payeras pas et nous ferons la diligence de Lyon… ”
(Fantaisiste, I, 177.)
(Virmaître, 1894)
Diligence de lyon (la promettre)
Chose invraisemblable que promit un jour une fille à un client de hasard. Elle mourut subitement avant d’avoir réalisé sa promesse. C’était, à ce qu’il paraît, vraiment fantastique : il fallait cinquante mètres de cable, une ancre de marine en acier fondu, cinq kilos de chandelles-des-six, un tonneau de mélasse, un kilo d’essence de géranium, trente éponges, la graisse d’un guillotiné, un fémur de fille vierge, dix litres de pétrole, deux cartouches de dynamite... Le client parcourut le monde entier à la recherche de la diligence de Lyon, il mourut à son tour sans la rencontrer (Argot des filles). N.
(La Rue, 1894)
Diligence de Rome
(Larchey, 1865)
Dindon
Niais, dupe. — V. Gogo.
J’ne veux pas être le dindon de vos attrapes.
Vadé, 1788.
Mari dindon : Mari trompé.
Il est le dindon de la farce ; il est seul dupe dans cette affaire.
d’Hautel, 1808.
(Larchey, 1865)
Dindonner
Duper.
Je n’ai jamais été chiche avec les femmes, mais je n’aime pas à être dindonné.
E. Sue.
(Rigaud, 1888)
Dindonner
Duper.
Je lui ai démontré qu’il était dindonné, ce que nous appelons refait au môme.
(Balzac.)
(Virmaître, 1894)
Dindornier de castu
Infirmier. Prisonnier employé comme auxiliaire pour remplir ces fonctions dans les infirmeries des prisons (Argot des voleurs). N.
(Larchey, 1865)
Dinguer
Tomber. — Envoyer dinguer : Jeter à terre.
(Rigaud, 1888)
Dinguer
Lancer, frapper, laisser tomber, onomatopée du bruit d’un objet qui tombe à terre. — Envoyer dinguer, envoyer promener. — En terme de théâtre un objet qui dingue est un objet mal équilibré, qui menace de tomber.
(Virmaître, 1894)
Dinguer
Envoyer dinguer quelqu’un, c’est l’envoyer promener. Quand deux hommes se battent et que l’un tombe sur le pavé, sa tête dingue. Synonyme de sonner (Argot du peuple).
(Rossignol, 1901)
Dinguer
Jeter, renvoyer. Une chose qui ne plait pas ou plus, on l’envoie dinguer. Un patron envoie dinguer un ouvrier qui ne fait pas son affaire.
(Hayard, 1907)
Dinguer (envoyer)
(Rigaud, 1888)
Dire quelque chose
Éveiller la sensualité, — dans le jargon des libertins. — Ne rien dire, laisser froid, indifférent. Cette femme ne me dit rien.
(Rigaud, 1888)
Diridornier
(Delvau, 1864)
Dispensaire
Endroit spécial, à la préfecture de police, où sont obligées de se rendre une fois par semaine les filles en carte, afin d’y subir de la part des médecins qui s’y trouvent, une visite minutieuse de santé.
(Boutmy, 1883)
Distribuer
v. intr. Mettre chaque lettre dans le cassetin qui lui est propre Distribuer à la Belge. Distribuer cran dessus.
(Virmaître, 1894)
District
Maison de tolérance. Ces maisons sont parquées dans des quartiers spéciaux. C’est un restant des vieilles coutumes du moyen-âge, où les ribaudes étaient parquées dans les clapiers de la Cité. Mot à mot : maison dans un district (Argot des souteneurs). V. Bocard.
(Delvau, 1864)
Divertir (se)
Baiser ferme et dru, ce qui est encore le moins trompeur de tous les plaisirs humains.
Il s’en allait, contre son gré, voir quelque fille pour se divertir, et, étant là, s’efforçait si fort sur elle qu’il en était allégé.
Mililot.
Et cherche un ami jeune et beau,
Par qui tu sois mieux divertie.
Maynard.
Au lit, le divertissement
Qui se donne entre deux courtines,
Tient un peu trop du sacrement.
Chapelle.
(Larchey, 1865)
Dix-huit
« Le fabricant de dix-huit s’appelle le riboui… Le dix-huit n’est pas un soulier remonté ou ressemelé, c’est plutôt un soulier redevenu neuf : de là lui vient son nom grotesque de Dix-huit ou deux fois neuf. Le dix-huit se fait avec les vieilles empeignes et les vieilles tiges de bottes qu’on remet sur de vieilles semelles retournées, assorties, et qui, au moyen de beaucoup de gros clous, finissent par figurer une chaussure. »
Privat d’Anglemont.
(Rigaud, 1888)
Dix-huit
Soulier remis à neuf avec de vieux cuirs provenant de vieux souliers. Jeu de mot sur deux fois neuf — Dans l’argot des tailleurs un dix-huit est un vêtement retourné. — Dans le supplément à son dictionnaire français, M. Littré donne à « se mettre sur son dix-huit » le sens de « mettre ses plus beaux habits. » Je n’ai jamais entendu à Paris cette expression. M. Littré n’aurait-il pas confondu avec « se mettre sur son trente-et-un ? »
(La Rue, 1894)
Dix-huit
Souliers ressemelles (deux fois neufs).
(Virmaître, 1894)
Dix-huit
Ce mot est né d’un calembourg. Un soulier ressemelé est deux fois neuf. 2 fois 9 18 (Argot du peuple).
(Larchey, 1865)
Dixième (passer au)
Devenir fou. — Terme usité parmi les officiers d’artillerie. Frappés du nombre des camarades que leur enlevaient des attaques subites d’aliénation mentale, ils disent : Il est passé au dixième (régiment), pour montrer combien ils sont décimés par des pertes sur lesquelles l’étude des sciences exactes n’est pas, dit-on, sans influence.
(Delvau, 1864)
Docteur (le)
Le vit, — qui sert en même temps de remède.
Vieilles, jeunes, laides, belles,
Toutes aiment le docteur,
Et toutes lui sont fidèles…
Toutes ? non, c’est une erreur :
On dit qu’il en est entre elles,
Dans la crainte d’un malheur,
Qui se passent du docteur.
(Larchey, 1865)
Doctrinaire
« On donne ce nom à une secte de gens bilieux, mais enchantés d’eux-mêmes, qui avouent que rien n’est plus raisonnable que leur propre raison. »
Ch. Blanc, 1844.
(Larchey, 1865)
Dodo
Lit. — Redoublement de la première syllabe de Dormir.
Dans le dodo jusqu’à midi, Je reste en attendant l’appétit.
La Femme comme on en voit peu, chanson, 1789.
(Delvau, 1864)
Doigt
Le membre viril, que nous insinuons si volontiers dans le dé de la femme.
Et moy d’un seul petit coup
J’ay gagné la chaude-pisse,
Et du doigt de quoy je pisse
On m’en a coupé le bout.
(Chansons folâtres.)
Il cherche le temps et le lieu
Pour mettre le doigt du milieu
Dans la bague de ta nature.
Théophile.
Sans y réfléchir j’enfonçai
Ce pauvre doigt jusqu’à la gard
E. Debraux
Ma seringue, sans nul obstacle,
Peut seule opérer un miracle :
Pour guérir radicalement.
Prenez un doigt de lavement.
J. Cabassol.
Ce passe-temps partout d’usage
Favorise plus d’un amant :
La fillette innocente et sage,
Par là s’engage très souvent.
L’amour qui toujours nous partage
A soin que tout soit débrouillé,
Il dissipe plus d’un nuage
En conduisant le doigt mouillé.
(La Goguette du bon vieux temps.)
(Larchey, 1865)
Doigt dans l’œil (se fourrer le)
S’abuser, ne pas bien voir les choses. Le nom de la cause est donné à l’effet.
Il s’est un peu fourré le doigt dans l’œil, le brave garçon.
De Goncourt.
Se fourrer le doigt dans l’œil jusqu’au coude : Se faire de grandes illusions.
(Rigaud, 1888)
Doigt dans l’œil (se fourrer le)
Se tromper. — Se fourrer le doigt dans l’œil jusqu’au coude, se tromper grossièrement, s’abuser au dernier point. — Faire partie de la société du doigt dans l’œil, s’illusionner sur son propre compte.
(Virmaître, 1894)
Doigt dans l’œil (se fourrer le)
Prendre ses désirs pour la réalité, croire que s’est arrivé. S’imaginer être aimé pour soi-même. Se figurer avoir du talent (Argot du peuple).
(Rossignol, 1901)
Doigt dans l’œil (se mettre le)
Se tromper.
Je croyais vous connaître, je nie suis mis le doigt dans l’œil. — Je pensais que vous auriez fait mon affaire, je me suis mis le doigt dans l’œil.
(Delvau, 1864)
Doigt de cour
Le médium de la main droite, qui sert à branler les femmes.
Savez-vous pourquoi nos belles
Sont si froides en amour ?
Ces dames se font entre elles,
Par un ingénieux retour,
Ce qu’on nomme un doigt de cour.
De Champcenetz.
(Rigaud, 1888)
Doigts de mort
Salsifis, — dans le jargon du peuple. Allusion à la ressemblance entre des doigts de mort et des salsifis épluchés.
(Larchey, 1865)
Domino
Dent. — Allusion de forme et de couleur. Pris en mauvaise part. — Quel jeu de dominos se dit de dents longues et jaunes. — Les jolis petites dents sont des quenottes ou des loulouttes.
Jouer des dominos signifie manger.
Balzac.
(Rigaud, 1888)
Dominos
Dents. — Jouer des dominos, manger.
(Virmaître, 1894)
Domreur
Pince qui sert aux voleurs pour fracturer les portes (Argot des voleurs). V. Monseigneur.
(Delvau, 1864)
Don d’amour
Employé dans un sens obscène pour désigner l’acte vénérien.
Oui, mais aussi nous gagnons quelque chose,
Dit la jeune Ève, et son souris propose
Le don d’amour.
Parny.
Je ne fais que requérir,
Sans acquérir,
Le don d’amoureuse liesse.
Cl. Marot.
Conclusion, que Renaud sur la place
Obtint le don d’amoureuse merci.
La Fontaine.
(Delvau, 1864)
Dondon
Femme facile, qui se laisse prendre le cul par le premier venu, et, au besoin, se laisse baiser par lui.
Toinette, fraîche dondon,
Chantait ainsi son martyre.
Jules Poincloud.
(La Rue, 1894)
Donne
Regard. La donne souffle mal, le regard est mauvais.
(Rigaud, 1888)
Donner
Pour donner dans le piège ; abonder, — dans le jargon des filles.
Vous les retrouverez, si les hommes ne donnent pas, arpentant le terrain jusqu’à deux heures du matin.
(F. d’Urville, Les Ordures de Paris, 1874.)
(Virmaître, 1894)
Donner
Dénoncer. Les nonneurs en dénonçant, mot à mot : donnent (livrent) leurs complices à la justice (Argot des voleurs).
(Rigaud, 1888)
Donner (la)
Regarder, dans le jargon des voleurs. — Le roublard la donne sur nos fioles, l’agent regarde nos physionomies. — La donne souffle mal, le regard d’un tel n’est pas franc, locution employée par les voleurs lorsqu’ils se sentent devinés soit par un agent, soit par n’importe qui. — La donner sur la croustille, n’avoir que du pain à manger ; c’est-à-dire tomber sur le pain.
(Rigaud, 1888)
Donner (la)
Chanter, — dans l’argot des barrières. C’est-à-dire : donner de la voix. — Entends-tu comme le gossier la donne ? entends-tu comme le particulier chante ?
(La Rue, 1894)
Donner (la)
Regarder. Le roublard la donne sur nos fioles. L’agent regarde nos visages. Signifie aussi comprendre.
(Rigaud, 1888)
Donner (s’en)
S’amuser beaucoup. — Donner du cambouis, railler, tromper.
(Rigaud, 1888)
Donner (se la)
Se battre. Mot à mot : se donner la volée de coups.
(La Rue, 1894)
Donner (se la)
Se battre. S’en aller, s’enfuir.
(Virmaître, 1894)
Donner à la bourbonnaise (la)
Vouloir du mal à un individu, n’oser lui en faire, ne lui rien dire, mais le regarder d’un mauvais œil.
— Qu’est-ce que tu as donc que tu la donnes à la Bourbonnaise sur le barbauttier ?
—Y m’a foutu huit jornes de franc carreau (Argot des voleurs).
(Rigaud, 1888)
Donner dans
Fréquenter : Donner dans la canaille. — Avoir du goût pour : Elle donne dans le militaire.
(Delvau, 1864)
Donner dans l’œil à un homme ou à une femme
Donner envie à un homme de coucher avec une femme, ou à une femme de coucher avec un homme.
Il m’a dit que votre chienne de mine lui avait donné dans l’œil.
La Popelinière.
(Bras-de-Fer, 1829)
Donner de l’air (se)
(La Rue, 1894)
Donner de l’air (se)
Partir, s’enfuir. Donner un pont à faucher, tendre un piège. Donner un redoublement de fièvre, charger un accusé d’un nouveau méfait.
(Rigaud, 1888)
Donner de l’œil dans la perspective
Avoir l’œil au guet, — dans le jargon des truqueurs.
En ce moment arrivent deux agents, que les associés de Mi-chon n’avaient pas vus, bien que donnant de l’œil dans la perspective.
(Paris-Vivant, le Truqueur, 1858.)
(Larchey, 1865)
Donner des idées
Inspirer d’amoureux désirs.
(Delvau, 1864)
Donner du bon temps (se)
Passer sa jeunesse a baiser les filles, quand on est homme, et à se faire baiser par les hommes, quand on est fille. C’est le Aimons ! aimons ! de M. Alphonse de Lamartine.
Où qu’est le mal après tout ? On béquille, on s’amuse, on s’donne du bon temps, on oublie sa misère : c’est toujours ça d’gagné.
Henry Monnier.
Not’ vivandière
S’en donna tant,
Qu’il survint un enfant.
H. Debraux.
Se donner à crédit pendant qu’on est si belle,
Et pendant qu’on pourrait amasser des trésors,
Ma fille, proprement c’est là ce qu’on appelle
Faire folie de son corps.
Montreuil.
(Delvau, 1864)
Donner du contentement aux hommes
Savoir les faire jouir comme il faut, par des moyens que réprouve la morale et qu’autorise le bonheur.
Il dit qu’il me veut rendre une des plus habiles qui soient capables de donner du contentement aux hommes.
Mililot.
(Delvau, 1864)
Donner du mal
Communiquer la maladie vénérienne par le coït.
Elle est belle, ma Joséphine… et elle connaît son affaire !…
Mais, pas d’bêtises, ô mon père ! elle vous donnerait du mal…
Tisserand.
(Delvau, 1864)
Donner du mal (se)
Dans l’argot des filles publiques, c’est raccrocher fréquemment sur le trottoir, c’est monter souvent avec de nouveaux michés.
Mais, va, c’est égal,
Je m’ donnerai du mal,
Je veux c’ soir, bravant Saint-Lazare.
Labourer l’ persil.
Dumoulin.
(Delvau, 1864)
Donner du plaisir
Faire jouir un homme à coups de cul, ou une femme à coups de queue.
Il faut de tous ces dons savoir bien se servir,
Savoir les employer à donner du plaisir
A ceux qui dans nos bras cherchent la jouissance.
Louis Protat.
(Larchey, 1865)
Donner du tabac
Battre. — V. Esbrouffe.
Si tu m’échauffes la bile, je te f… du tabac pour la semaine !
Vidal, 1833.
(Halbert, 1849)
Donner du vague
(La Rue, 1894)
Donner du vague
Chercher fortune, vagabonder.
(Delvau, 1864)
Donner l’assaut
Baiser une femme, monter sur elle et entrer par la brèche que vous savez.
Dames, dansez, et que l’on se déporte,
Si m’en croyez, d’écouter à la porte,
S’il donnera l’assaut sur le minuit.
Cl. Marot.
(Delvau, 1864)
Donner l’aubaine
Baiser une femme, qui s’en trémousse beaucoup — de joie.
Aussi la dernière du bout
Se pâmant, cria : Le roi fout
Et chanta : Bon !
Le roi Salomon
M’en et donné l’aubaine !
Collé.
(Delvau, 1864)
Donner la sauce
Donner la vérole.
Présent le plus funeste
Que puisse faire aux vits la colère céleste.
(Larchey, 1865)
Donner le coup de pouce
(Delvau, 1864)
Donner le picotin
Baiser une femme — qui mourrait d’inanition sans cette ration d’amour quotidien.
Un dimanche matin, il cuidait lui donner le picotin.
(Moyen de parvenir.)
(Delvau, 1864)
Donner le plaisir à une femme
Besogner du membre dans son vagin.
Témoin son père, qui a donné le plaisir à Marguerite, la servante que vous avez chassée.
Mililot.
(Larchey, 1865)
Donner le sac
Mettre à la porte. — Mot à mot : Forcer quelqu’un à faire sa malle, son sac.
(Delvau, 1864)
Donner ou recevoir un clystère
Faire l’acte vénérien, — par allusion a la forme de la seringue que l’on introduit dans le cul. Aussi trouve-t on dans les vieux auteurs, et notamment dans Rabelais, cette expression : Clystère barbarin dans le sens d’enculement. La seringue disparaît de jour en jour devant le clyso-pompe et autres irrigateurs : dans cinquante ans, nos petits-neveux ne sauront plus ce que c’est que de donner ou recevoir un clystère — barbarin ou non.
(Larchey, 1865)
Donner sa langue aux chiens, aux chats
Renoncer à deviner.
Je donne ma langue aux chiens, dit Jérôme, je renonce.
E. Sue.
(Delvau, 1864)
Donner sa rose
Offrir son pucelage sur l’autel du dieu Priape.
Ma fille, avant d’ céder ta rose,
Retiens bien ce précepte-là.
E. Debraux.
(Rigaud, 1888)
Donner sur le biffeton
Lire l’acte d’accusation et dévoiler les antécédents de l’accusé.
(Delvau, 1864)
Donner un branle
Faire l’acte vénérien.
Mais quand quelqu’un lui donne un branle,
En l’absence de son cocu,
Vous diriez, comme elle se branle,
Qu’elle a des épines au cu.
Théophile.
(Delvau, 1864)
Donner un coup de cul
Se remuer sous l’homme, de façon à le faire jouir lorsque cela tarde trop.
En baisant, à propos donner un coup de cul.
Louis Protat.
(Virmaître, 1894)
Donner un coup de pilon
Les mendiants qui ont une jambe de bois nomment cette jambe un pilon. L’allusion de forme est juste. Quand ils vont mendier à une porte, ils ont soin de faire voir leur infirmité, de là l’expression donner un coup de pilon (Argot des mendiants). N.
(Halbert, 1849)
Donner un pont à faucher
(Larchey, 1865)
Donner une affaire
Céder les renseignements propres à commettre un vol.
(Larchey, 1865)
Donner une danse
Casser les épaules à coup de bâton.
d’Hautel, 1808.
(Virmaître, 1894)
Donnez-la
Prenez garde, il y a du danger. Mot d’avertissement pour prévenir de l’arrivée de la police. Synonyme d’acrée (Argot des voleurs).
(Larchey, 1865)
Dont auquel
Auquel rien n’est comparable.
Car moi je suis un militaire dont auquel.
Vadé, 1756.
(Delvau, 1864)
Donzelle
Fille ou femme légère — comme chausson.
Tu veilleras à ce que la donzelle n’essaye pas de nous faire voir le tour.
X. De Montepin.
(Virmaître, 1894)
Dorancher
Pour dorer, par extension comme billancher pour biller. On trouve fréquemment dans l’argot du peuple un changement de finale pour exprimer un mot (Argot du peuple).
(Virmaître, 1894)
Dormir à la corde
Avant l’invention des refuges municipaux (les haras de la vermine) il existait, rue des Trois-Bornes, un bouge tenu par le père Jean. L’unique salle avait à peu près vingt mètres de long sur trois mètres de largeur. Dans toute la longueur, une grosse corde était tendue ; elle était terminée par deux forts anneaux qui la fixaient à chaque extrémité. Les clients, la plupart des giverneurs, payaient trois sous d’entrée ; cette somme leur donnait le droit de s’accroupir les bras sur la corde et de dormir. Cinquante environ pouvaient y trouver place. À cinq heures du matin le père Jean sonnait le réveil en tapant avec un morceau de fer sur une vieille casserole. Parmi les dormeurs il y en avait dont le sommeil était dur : ils ne se levaient pas. Alors le père Jean décrochait la corde et les dormeurs tombaient sur les dalles. Dormir à la corde est resté légendaire (Argot du peuple). N.
(Virmaître, 1894)
Dormir d’un œil
Faire semblant de dormir, avoir l’œil ouvert et l’oreille aux aguets. Le prévenu enfermé dans sa cellule avec un mouton ne dort que d’un œil pour ne pas, pendant son sommeil, laisser échapper des révélations. On dit aussi dormir en gendarme (être en éveil) (Argot du peuple).
(Virmaître, 1894)
Dormir dans l’auge
Paresseux pour qui le travail est un supplice. Allusion au cochon, qui, lorsqu’il est gavé, s’endort dans son auge (Argot du peuple). N.
(Larchey, 1865)
Dormir debout (pied à)
Pied démesurément large et long.
Votre général qui a des pieds à dormir debout.
Gavarni.
(Virmaître, 1894)
Dormir en chien de fusil
Dormir en cerceau. Allusion à la forme de l’ancien chien de fusil à piston (Argot du peuple).
(Rossignol, 1901)
Dormir en chien de fusil
(Rigaud, 1888)
Dormir en gendarme
(Virmaître, 1894)
Dormir sur le pan de la chemise de sa femme
Quand un ouvrier arrive en retard à l’atelier, les camarades le plaisantent et le saluent par cette phrase, qui a un sens caché.
— Tu as dormi sur le pan de la chemise de ta femme (Argot du peuple). N.
(Virmaître, 1894)
Dormir sur le roti
Être couché avec sa femme et s’endormir au moment psychologique. S’endormir sur son travail (Argot du peuple). N.
(Virmaître, 1894)
Dort en chiant
Ouvrier qui va fréquemment au cabinet et y reste longtemps : pendant ce temps-là il ne travaille pas. Cette expression s’applique surtout aux maçons qui restent accroupis jusqu’à ce que les jambes leur fassent mal. Dans le peuple on dit :
— Tu chies comme les maçons (Argot du peuple). N.
(Rossignol, 1901)
Dos
Souteneur. On dit aussi donner du dos ou du rein, cela regarde les chattes.
(Larchey, 1865)
Dos (scier le)
Importuner. V. Scier.
Moi, ça me scie le dos.
Rétif, 1782.
(Rigaud, 1888)
Dos (scier le)
Ennuyer. — En avoir plein le dos, manière d’exprimer son mécontentement, lorsque quelqu’un ou quelque chose vous ennuie énormément.
(Virmaître, 1894)
Dos vert
Maquereau. Ce poisson, en effet, est mélangé de plusieurs couleurs sur le dos. L’allusion est transparente. (Argot du peuple).
(Delvau, 1864)
Dos vert ou dos d’azur
Maquereau, souteneur de filles, parce que le scombre dont on a emprunté le nom pour flétrir ces sortes de gens a le dos d’un beau bleu métallique, changeant en vert irisé, et rayé de noir.
Écoute-moi, dos vert de ces putains sans nombre,
Ombre du grand Thomas qui de Priape est l’ombre.
Dumoulin
Je ne suis pas un miché, je suis un dos d’azur.
Lemercier de Neuville.
(Rigaud, 1888)
Dos vert, Dos d’azur
Souteneur de filles. Allusion aux écailles vertes d’un poisson sous le nom duquel les souteneurs sont généralement désignés.
C’est aussi un dos vert de la plus belle espèce.
(Vast-Ricouard, Le Tripot.)
(Hayard, 1907)
Dos, dos vert
(Rigaud, 1888)
Dossière
Poche assujétie dans toute la longueur du dos d’un paletot et particulière aux voleurs à la détourne qui s’en servent comme d’une besace.
Tous ces objets (un coupon de soie, un portefeuille, une tabatière en argent, une douzaine de mouchoirs) étaient dissimulés dans une poche pratiquée dans le dos du pardessus.
(Petit Journal du 30 juin 1880.)
(Rigaud, 1888)
Dossière
Prostituée qui gagne sa vie à genoux. Fellatrix.
(Virmaître, 1894)
Dossière
Chaise (Argot du peuple). N.
(Larchey, 1865)
Dossière de satte
Chaise de bois. — Dossière : Prostituée de dernier ordre. — Mot à mot : femme sur laquelle tout le monde peut s’asseoir. V. Calège.
(Rigaud, 1888)
Dossière de satte
(La Rue, 1894)
Dossière de satte
(Rigaud, 1888)
Douanier
Absinthe. — Allusion à la couleur verte du costume des douaniers.
(Bras-de-Fer, 1829)
Doublage
(Rigaud, 1888)
Doublage, Doublé
Vol ; mensonge. — Monter un doublé, en imposer.
(La Rue, 1894)
Doublage, doublé
(Larchey, 1865)
Double
Sergent-major, maréchal des logis chef. L’insigne de ce sous-officier est un double galon.
Si son double un soir pris d’humeur noire veut tempêter… il n’a pas le dernier.
Wado.
(Rigaud, 1888)
Double
Gardien-chef, — dans le jargon des prisons. Le mot est également en usage au régiment pour désigner un sergent-major. Allusion aux doubles galons.
(Merlin, 1888)
Double (le)
Le sergent-major, — par allusion à son double galon.
(Larchey, 1865)
Double cholette
Litre (Vidocq). — Double vanterne : Lunettes. — Mot à mot : double vitre.
(La Rue, 1894)
Double-face
(Rigaud, 1888)
Double-six
Poseur. Fat sans cesse occupé à étudier ses poses, à faire valoir ses avantages. Au jeu de dominos la première pose est au joueur qui a le double-six ; d’où le surnom donné au poseur, au fat.
(Virmaître, 1894)
Double-six
Nègre (Argot des voleurs).
(Rigaud, 1888)
Doubler le cap
Faire un détour. On double le cap lorsqu’on prend le chemin le plus long afin d’éviter de passer devant la porte d’un créancier.
(Larchey, 1865)
Doubler un cap
« Doubler un cap dans Paris, c’est faire un détour, soit pour ne pas passer devant un créancier, soit pour éviter l’endroit où il peut être rencontré. »
Balzac.
(Bras-de-Fer, 1829)
Doubleur
(Bras-de-Fer, 1829)
Doubleur de sorgue
(Virmaître, 1894)
Doubleur de sorgue
Voleur de nuit. Il double la journée (Argot des voleurs). V. Attristé.
(Hayard, 1907)
Doubleur de Sorgue
(Rigaud, 1888)
Doubleur, Doubleuse
Menteur, menteuse ; voleur, voleuse.
(Halbert, 1849)
Doubleux de sorgue
(anon., 1827)
Doubleux de sorgue ou sorgne
(Boutmy, 1883)
Doublon
s. m. Répétition du même mot, du même membre de phrase ou de la même phrase de la copie. Cette répétition, due au manque d’attention de l’ouvrier, a pour lui les mêmes inconvénients que le bourdon et exige souvent un remaniement.
(Rigaud, 1888)
Doublon
Répétition dumême mot ou de la même phrase, — dans le jargon des typographes.
(Boutmy, 1883)
Doublonniste
s. m. Compositeur qui fait habituellement des doublons.
(Larchey, 1865)
Douce
Soie (Vidocq). — Elle est douce au toucher.
(Rigaud, 1888)
Douce
Soie, — dans le jargon des voleurs.
(Rigaud, 1888)
Douce (aller à la)
Aller doucement, se porter assez bien.
ALINE : Et mon oncle comment va-t-il ?
L’HOMME : À la douce, à la douce.
(Jean Rousseau, Paris-Dansant.)
Faire quelque chose à la douce, ne pas se presser.
(Virmaître, 1894)
Douce (s’en offrir une)
(Delvau, 1864)
Douce affaire
L’affaire de cœur, c’est-à-dire du cul, douce à faire, en effet, bien que ses suites soient quelquefois amères. — Se donner, ou se coller une douce : se masturber.
Le portrait ravissant, l’image enchanteresse
Qu’en tout temps je me fais de ton con, de ta fesse,
De ta motte, des poils, blonds ou noirs, mais soyeux,
Qui viennent mollement frisotter auteur d’eux,
A mon organe cause une telle secousse,
Que j’ai beau tous les jours me coller une douce,
Dans mes rêves ton con m’agace et me poursuit.
Et me fait dans mes draps décharger chaque nuit…
Cette agitation me fatigue et me pèse :
Aussi, sans plus tarder, faut-il que je te baise.
Louis Protat. (Serrefesse.)
(Larchey, 1865)
Doucette
Lime (Vidocq). — Allusion au travail de la lime qui opère tout doucement.
(Virmaître, 1894)
Doucette
(La Rue, 1894)
Douceur
Mettre quelqu’un en douceur, c’est le tromper ou le voler en le flattant.
(Rigaud, 1888)
Douceur (le mettre en)
Tromper quelqu’un avec de douces paroles ; voler quelqu’un en le flattant.
(Virmaître, 1894)
Douillard
Peut s’entendre de deux manières. Clovis Hugues a beaucoup de douilles (cheveux). Rothschild a beaucoup de douilles (argent) (Argot du peuple).
(Rossignol, 1901)
Douillard
Celui qui a des douilles (cheveux).
(Hayard, 1907)
Douillard
Riche ; personne, travail ennuyeux.
(Rigaud, 1888)
Douillard, Douillarde
Homme riche, femme riche.
(Larchey, 1865)
Douille
Argent.
Il y a de la douille à grinchir.
Paillet.
Du vieux mot double : monnaie. V. Roquefort. — Douiller : Donner de l’argent. — Douillard : Homme qui a de la douille.
Oh ! oh ! fit-il, un public ficelé ! rien que des hommes et des douillards.
De Pène.
(Larchey, 1865)
Douille
Cheveux. — Du vieux mot doille : mou, délicat. V. Roquefort. — Douilles savonnés : Cheveux blancs. — Douillure : Chevelure. — Douillette : Crin (Vidocq).
(Rigaud, 1888)
Douille
Argent. — Douille fraîche, argent qu’on vient de recevoir.
(La Rue, 1894)
Douille
Argent. Cheveux. Douiller du carme, payer. Douilles savonnées, cheveux blancs.
(Rossignol, 1901)
Douiller
Payer.
Je n’ai pas d’argent, douille pour moi, je te rembourserai.
Un individu qui a déjà été condamne a douillé (payé).
(Rigaud, 1888)
Douiller, Douiller du carme
Donner de l’argent, payer, — dans le jargon des voleurs. Encore un qui ne douille pas souvent avec les aminches : faut toujours lui rincer le bec !
(Bras-de-Fer, 1829)
Douilles
(Virmaître, 1894)
Douilles
Cheveux (Argot du peuple). V. Alfa.
(Rossignol, 1901)
Douilles
Cheveux ; celui qui en a beaucoup est riche en douilles.
(M.D., 1844)
Douilles (les)
(Virmaître, 1894)
Douilles savonnées
Cheveux blancs. Lorsque les cheveux commencent à grisonner, la chevelure est poivre et sel (Argot du peuple). N.
(Rigaud, 1888)
Douilles, Douillets
Cheveux. La partie de la tête que recouvrent les cheveux est très sensible ; d’où le mot douillet.
Y veut s’ garantir les douillets.
(Le Parfait catéchisme poissard.)
Douilles savonnés, cheveux blancs. Piger les douilles, prendre aux cheveux, tirer les cheveux.
(Rigaud, 1888)
Douillet, Douille-mince (jamais)
Innocent, — dans le jargon des voleurs.
(Rigaud, 1888)
Douillet, Douillette
Crin, — dans le jargon des voleurs.
(Rigaud, 1888)
Douillettes
Figues, en terme des halles.
(La Rue, 1894)
Douleur (étrangler la)
Boire un verre d’eau-de-vie.
(Rigaud, 1888)
Douleur (papier à)
Papier timbré, protêt, congé par huissier, — dans le jargon du peuple.
(M.D., 1844)
Douliet (les)
(Rigaud, 1888)
Douloureuse
Dans le « pittoresque argot parisien de bas étage, la douloureuse est tout simplement la carte à payer, autrement dit l’addition. » (X. de Montépin, Le Fiacre n° 13.)
(La Rue, 1894)
Douloureuse
(Rossignol, 1901)
Douloureuse
(Virmaître, 1894)
Douloureuse (la)
La carte à payer. Quand on paye c’est toujours douloureux, c’est l’éternel quart d’heure de Rabelais (Argot du peuple).
(Hayard, 1907)
Douloureuse (la)
(Halbert, 1849)
Dousse
Fièvre, attouchement personnel.
(Rigaud, 1888)
Dousse
Fièvre, — dans l’ancien argot.
(Rigaud, 1888)
Doussin
Plomb. Doussiner, plomber, — dans l’ancien argot.
(Halbert, 1849)
Doussiné, ée
(Rigaud, 1888)
Doux (du)
Liqueur douce. Un verre de doux.
(Larchey, 1865)
Doux (un verre de)
« Un verre de liqueur sucrée, par opposition à un verre de liqueur forte ou de rude. »
d’Hautel, 1808.
(Larchey, 1865)
Dragée
Balle. — Allusion à la forme.
Il a reçu la dragée : Il a été atteint d’une balle.
d’Hautel, 1808.
(Rigaud, 1888)
Dragée
Nez, — dans le jargon des voyous. Se piquer la dragée, se griser.
Y li a foutu un va-te-laver sur le mufle qui lui a escarbouillé la dragée et dévissé trois dominos.
(Rigaud, 1888)
Dragée
Balle, — dans le jargon des troupiers. Des dragées qu’on distribue aux baptêmes de feu.
(Virmaître, 1894)
Drageoires
Les joues (Argot des voleurs). V. Jaffles.
(Rigaud, 1888)
Dragiste
Ouvrier confiseur spécialement chargé de la fabrication des dragées.
(Rigaud, 1888)
Dragons (aller voir défiler les)
Jeûner forcément. À l’heure du déjeuner, les ouvriers qui n’ont ni argent ni crédit chez le miarchand de vin disent :
Nous allons les voir défiler.
(Rigaud, 1888)
Drague
Fonds de commerce de saltimbanque ; le métier de banquiste lui-même.
Il avait pris des associés et monté une drague.
(J. Vallès.)
(Virmaître, 1894)
Drague
Le médecin. Allusion à la drague qui nettoye la Seine. Le médecin de prison qui a le purgatif facile, drague les intestins des malades qui sont au castu (Argot des voleurs).
(Hayard, 1907)
Drague
Médecin, charlatan, marchand d’onguent.
(Rigaud, 1888)
Drapeau
Serviette, — dans le jargon des francs-maçons. — Grand drapeau, nappe.
(Rigaud, 1888)
Drapeau
Drap de lit. Être sous les drapeaux, être couché.
(Rigaud, 1888)
Drapeau (être de garde au)
« Dans le jargon pittoresque des garnisons, on a donné à cette expression une acception que les règlements militaires n’avaient point prévue. Un officier est de garde au drapeau quand il est aux arrêts. On dit aussi qu’un camarade est de garde au. drapeau lorsqu’il ne paraît pas le soir à la pension, et qu’il y envoie chercher par son ordonnance un dîner pour deux. » (Fr. de Reifienberg, La Vie de garnison.) Dans le monde de la bourgeoisie, on dit du mari qui est obligé d’accompagner sa femme en soirée ou de rester à la maison auprès de madame, qu’il est de garde au drapeau.
(Hayard, 1907)
Drapeau, drap de lit (planter un)
(Delvau, 1864)
Dresser
Venir en érection.
Enfin tant que nous sommes,
Combien de membres d’hommes
Nous avons fait dresser.
(Cabinet satyrique.)
(Bras-de-Fer, 1829)
Drille
(Rigaud, 1888)
Dringue
Pièce de cinq francs, — dans le jargon des voleurs. Une dringue tarte refroidie sur le zinc du mastroc, une fausse pièce de cinq francs clouée sur le comptoir du marchand de vin.
(La Rue, 1894)
Dringue
Pièce de 5 francs. Diarrhée. Peur.
(Virmaître, 1894)
Dringue
Pièce de cinq francs en argent (Argot des voleurs). V. Tune.
(Rigaud, 1888)
Drive (être en)
Tirer une bordée, prolonger de son autorité une permission, — dans l’argot de la marine. Drive est par altération pour dérive.
(Larchey, 1865)
Drogue
Mauvaise femme. — On dit souvent drogue pour une chose de mauvaise qualité.
(Rigaud, 1888)
Drogue
Coquine, méchante femme. — Petite drogue, petite-coureuse.
(Larchey, 1865)
Droguer
Attendre infructueusement : — Métaphore empruntée au jeu de la drogue.
Vous droguez nuit et jour autour de sa maison.
G. Sand.
Il m’a fait droguer plus d’une heure dans la rue.
d’Hautel, 1808.
(Rigaud, 1888)
Droguer
Attendre depuis longtemps, faire le pied de grue. — Faire droguer, faire attendre.
(La Rue, 1894)
Droguer
Dire. Demander. Attendre.
(Virmaître, 1894)
Droguer
Demander. Allusion à droguer, attendre.
— Voilà deux heures que ce pierrot-là me fait droguer pour la peau (Argot du peuple et des voleurs).
(M.D., 1844)
Drogueur de bretelles
(Rigaud, 1888)
Drogueur de la haute
Escroc qui exploite la crédulité publique au moyen de prétendues souscriptions financières ou patriotiques, de quêtes, de loteries, d’indulgences, de fausses eaux de Lourdes, etc., etc…
(Virmaître, 1894)
Drogueur de la haute
Voleur du grand monde (Argot des voleurs).
(Rigaud, 1888)
Droguiste
Escroc, filou qui exerce à domicile en cherchant à apitoyer les âmes aussi sensibles que crédules. C’est une forme nouvelle de drogueur.
(La Rue, 1894)
Droguiste
Escroc qui exploite la charité au moyen de fausses souscriptions, etc.
(Rigaud, 1888)
Droite (aller à, être à)
Aller aux cabinets d’aisances, être aux cabinets d’aisances, — dans le jargon des employés de commerce.
(Larchey, 1865)
Drôle (pas)
Très-malheureux. — Expression singulière, dont le peuple de Paris connaît seul la valeur saisissante. Si quelqu’un est frappe par un accident grave, on le plaint par ces mots : « Le pauvre homme ! ça n’est pas drôle ! » Un homme sans ressources dira : « Je ne sais si je mangerai ce soir, et ça n’est pas drôle. »
Et ça vous fiche des coups… — Ça c’est peu drôle.
Gavarni.
(Delvau, 1864)
Drôlesse
Fille ou femme de mœurs plus que légères — qui souvent n’est pas drôle du tout, à moins qu’on ne considère comme drôleries les chansons ordurières qu’elle chante au dessert.
Mais tout n’est pas rose et billets de mille francs dans l’existence phosphorescente, fulgurante, abracadabrante de ces adorables drôlesses, qui portent leurs vingt ans sans le moindre corset.
A Delvau.
(Rigaud, 1888)
Dromadaire
Femme de mauvaise vie, c’est une variante pour ne pas toujours dire : chameau.
(Virmaître, 1894)
Du même tonneau
La même chose. Un homme politique veut tout réformer, il fait de belles promesse à ses électeurs et ne fait pas mieux que ses devanciers. C’est du même tonneau. Du vin à douze ou du vin à seize, Bordeaux ou Bourgogne : C’est du même tonneau (Argot du peuple). N.
(Larchey, 1865)
Du vent ! De la mousse !
Rien pour toi ! — Vent signifie ici vesse. — V. Mousse.
(Virmaître, 1894)
Duc de guiche
Guichetier. À l’instar des anciens ducs féodaux, il règne sur ses vassaux : — les prisonniers (Argot des voleurs).
(Hayard, 1907)
Duc de Guiche
(Rigaud, 1888)
Duce
Signes conventionnels et indicatifs que pratiquent au jeu les grecs entre eux. C’est ce qu’ils nomment encore la télégraphie. Vient de dux, ducere conducteur, conduire. Le duce règle la conduite du grec au jeu.
Le dusse (sic) se varie à l’infini, et les grecs qui, dans une partie, craignent d’avoir été remarqués, changent de système pour le lendemain.
(A. Cavaillé, Les Filouteries du jeu.)
(Rossignol, 1901)
Duce (envoyer le)
Signe. Le complice d’un escroc au jeu de cartes en voie le duce à son compère, pour lui dire la carte qu’il doit jouer.
(La Rue, 1894)
Duce (le)
L’ensemble des signes conventionnels et indicatifs que se font les grecs associés pour tricher.
(Rigaud, 1888)
Duchêne (passer à)
Payer, — dans le jargon des barrières. C’est-à-dire se faire arracher une dent. Duchêne est le nom d’un très populaire et très habile dentiste, le Calvin de la mâchoire. Maintenant que nous avons bouffé, faut passer à Duchêne ; garçon ! la craie.
(La Rue, 1894)
Duchesse
Femme d’un chef de bande.
(Virmaître, 1894)
Duconneau
Être niais.
— Tu es plus bête que celui d’où tu sors (Argot du peuple). N.
(Delvau, 1864)
Dulcinée
Maîtresse ; femme entretenue ; fille publique.
Ma dulcinée est-elle venue ?
Auguste Ricard.
(Larchey, 1865)
Dulcinée
Maîtresse. — Dû à la vogue du roman de Cervantes.
Une mijaurée qui s’en fait accroire fait la Dulcinée du Toloso. — Dulcinée veut dire aussi une femme galante, une donzelle.
d’Hautel, 1808.
(La Rue, 1894)
Duo d’amour
(Virmaître, 1894)
Duo d’amour
Yeux pochés (Argot des voleurs). N.
(Hayard, 1907)
Duo d’amour
(Delvau, 1864)
Duo sans musique
L’acte vénérien, qu’on accomplit à deux sans faire aucun bruit, sans sonner un seul mot, en se contentant de soupirer.
(Larchey, 1865)
Dur
Eau-de-vie. V. Chenique.
Pour faire place aux petits verres de dur.
Th. Gautier.
(Rigaud, 1888)
Dur
Vente difficile d’un livre, — en terme de libraire. Ce n’est pas un mauvais ouvrage, mais c’est dur.
(Rigaud, 1888)
Dur
Fer, — dans le jargon des voleurs.
(La Rue, 1894)
Dur
Fer. Eau-de-vie. Travaux forcés. Travailler sur le dur. Voler en chemin de fer.
(Virmaître, 1894)
Dur
Il est au dur : en prison. C’est dur : pénible, difficile. C’est dur à digérer : grosse sottise ou blague impossible à avaler. Dur à cuire : vieux troupier qui ne ressent rien. Dur (être dans son) : être ce jour-là plus courageux qu’à l’ordinaire (Argot des voleurs).
(Hayard, 1907)
Dur (être au)
En réclusion ; (être dans son), travailler avec énergie.
(Boutmy, 1883)
Dur (être dans son)
V. Travailler avec une ardeur sans pareille. En général, c’est dans la semaine du batiau, quelques jours avant la remise du bordereau, que les ouvriers sont dans leur dur.
(Rigaud, 1888)
Dur (être dans son)
Être très assidu à l’ouvrage, être dans le feu du travail. (Argot des typographes).
(Rossignol, 1901)
Dur (le)
Travaux forcés. Celui qui est condamné à cette peine est envoyé au dur, à la Nouvelle-Calédonie ou la Guyane.
(Larchey, 1865)
Dur à cuire
Homme solide, sévère, ne mollissant pas. V. d’Hautel.
En voilà un qui ne plaisante pas, en voilà un de dur à cuire.
L. Reybaud.
(Rigaud, 1888)
Dur à cuire
Individu qui ne se laisse ni attendrir, ni intimider facilement. — Vieux dur à cuire ; par allusion aux légumes secs qui ne cuisent pas facilement.
(La Rue, 1894)
Duraille
Pierre. Duraille sur mince, diamants sur papier.
(Virmaître, 1894)
Duraille
Pierre (Argot des voleurs).
(Virmaître, 1894)
Duraille sur mince
Diamant sur carte (Argot des voleurs). N.
(Halbert, 1849)
Durailles d’orphelins
(Larchey, 1865)
Dure
Terre (Vidocq). — On dit classiquement coucher sur la dure. dans ces quatre acceptions du mot dur, l’effet est pris pour la cause.
(Rigaud, 1888)
Dure
La terre. La grande langue a l’expression « coucher sur la dure, » c’est le nuda humo cubat de Virgile.
(La Rue, 1894)
Dure
La terre. La maison centrale. Voler à la dure, étourdir d’un coup de bâton un homme pour le voler.
(Bras-de-Fer, 1829)
Dure (la)
(Rigaud, 1888)
Dure (la)
Maison centrale de force et de correction.
(Virmaître, 1894)
Dure (la)
Terre. Les vagabonds, qui y couchent souvent, savent par expérience qu elle n’a pas la mollesse d’un lit de plume (Argot des voleurs).
(Rossignol, 1901)
Dure (la)
(Rigaud, 1888)
Dure (vol à la)
Vol qui consiste à étourdir d’un coup de poing ou d’un coup de bâton celui qu’on veut dépouiller. La variante est : Vol à la rencontre. Faire le client à la dure, étourdir d’un coup de bâton un homme et le voler.
(Virmaître, 1894)
Durème
Fromage blanc (Argot des voleurs).
(Rigaud, 1888)
Durême
Fromage, — dans l’ancien argot. Eau de moule. Absinthe très claire coupée avec beaucoup d’eau ; elle arbore la couleur vert-clair de l’eau dans laquelle nagent les moules cuites.
(Rossignol, 1901)
Durillon
Avare. — « Il est tellement durillon qu’il se sert des règles de sa femme pour ne pas en acheter, » On dit aussi dur à la détente.
(Virmaître, 1894)
Duriner
Ferrer. Allusion à la dureté des chaînes avec lesquelles autrefois on ferrait les forçats (Argot des voleurs).