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D

D’occasion

De mince valeur. — Allusion. — On dit : une vertu, un héros d’occasion.

Ces Desgrieux de carton, ces Lucien de Rubempré d’occasion.

Delvau.

Maria, qui se case, Au mois, Fait sa tête d’occase, Parfois.

Ce couplet, extrait du Prado, de Privat d’Anglemont, 1846, peut se traduire ainsi en langue vulgaire : Maria, à laquelle un amant paie chaque mois son entretien, fait parfois sa tête d’occasion, c’est-à-dire sans avoir de quoi légitimer cet orgueil.

Dab

s. m. Roi, et, plus particulièrement Père, — dans l’argot des voleurs. Les Anglais ont le même mot pour signaler un homme consommé dans le vice : A rum dabe, disent-ils.

Dab

s. m. Maître, dans l’argot des domestiques ; Patron, — dans l’argot des faubouriens.

Dab

Dieu, père, maître, roi.

Dab

Père, patron.

Dab de la cigogne

Procureur général.

On vient me chercher de la part du dab de la cigogne.

Balzac.

Dab de la cigogne

Procureur général, procureur de la République. D’après M. L. Larchey le mot dab et ses composés viennent de l’ancien damp, seigneur.

Dab des renifleurs

Préfet de police (Argot des voleurs).

Dab ou dabe

Père (Argot du peuple).

Dab, Dabe

Dieu, père, maître, roi. — Frangin dab, oncle.

Dabe

Maître, père, roi.

Dabe

Maître, père, roi.

Dabe

Père.

Dabe

Père, maître.

Dabe

Dieu.

Mercure seul tu adoreras comme dabe de l’entrollement.

Vidocq.

Dabe

Père. — Dabuche : Mère. — Dabuchette : Jeune mère, belle-mère.

Dabe

« C’est notre dabe, notre maître. »

Balzac.

L’étymologie de dabe est incertaine. il est à noter que dam avait au moyen âge la même signification.

Dabe

Maîtresse, amante, — dans le jargon des souteneurs.

Ma dabe vient m’assister et me voir deux fois par semaine.

(Max. Du Camp, Paris, la Prostitution, t. m, 1875.)

Dàbe

Père.

Dâbe

Père. Mon père, mon dâbe ; son père, son dâbe.

Dabe d’argent

Speculum, — dans le jargon des filles. — Cramper avec le dab d’argent, passer à la visite ; mot à mot faire l’amour avec le speculum.

Dabe, dabesse

Reine. Femme de souteneur.

Dabérage

Bavardage, commérage. — Dabérer, bavarder, raconter, — dans le jargon des marchands juifs.

Dabesse

s. f. Reine.

Dabesse

Reine.

Dabesse

Mère.

Dabichonne

Jeune mère.

Dabicule

s. m. Fils du patron.

Dabicule, Dabmuche

Petit patron, fils de patron.

Dabier

Père (Argot du peuple).

Dâbier

Synonyme de dâbe.

Dabin

Tambour.

Dabot

Préfet de police.

Dabot

s. m. Préfet de police.

Dabot

Préfet de police.

Dabucal

Royal.

Dabuche

Maîtresse, mère.

Dabuche

Maîtresse, mère, reine.

Dabuche

Mère.

Dabuche

Mère, maîtresse.

Dabuche

s. f. Mère, nourrice.

Dabuche

Patronne, maîtresse, mère. — Dabuchette, belle-mère, jeune mère. — Dabuge, dame, bourgeoise. — Frangine dabuche, tante.

Dabuche

Patronne, maîtresse, mère, nourrice. Bourgeoise.

Dabuche

Bourgeoise, mère.

Dabuchette

Jeune mère ou belle-mère.

Dâbuje

Mère.

Dachar

Acharnement.

Dache

s. m. Diable, — dans l’argot des voleurs, qui pourtant ne croient ni à Dieu ni à diable. Envoyer à dache. Envoyer promener, envoyer au diable. Les ouvriers emploient aussi cette expression.

Dache

Diable. — Envoyer à dache, envoyer au diable.

Dache

Diable. À dache ! au diable.

Dache

Dire à quelqu’un : Allez raconter çà à Dache, le perruquier des zouaves, c’est lui dire : je ne vous crois pas.

Dache, perruquier des zouaves

Personnage imaginaire (d’aucuns prétendent pourtant qu’il a réellement existé) à qui l’on renvoie les hâbleurs, les raseurs, les importuns : Allez donc raconter cela à Dache !

Dada

s. m. Cheval, — dans l’argot des enfants. Fantaisie, manie, — dans l’argot des grandes personnes, plus enfants que les enfants.

Dada (à)

À cheval.

V’là z’une belle amazone à dada.

1810, Désaugiers.

Dada (aller à)

Sacrifier à Vénus.

Dada (avoir un)

V. Marotte.

Dadais

s. m. Imbécile, homme qui fait l’enfant, — dans l’argot du peuple, qui ne se doute pas que le mot a trois cents ans de noblesse.

Dague

Couteau.

Daim

Niais, Niaise.

Daim

Le monsieur qui paie les filles pour être trompé par elles avec leurs amants de cœur ; le mâle naturel de la biche.

Des daims ! J’ôte jamais mes frusques, moi.

Lemercier de Neuville.

Daim

Niais, dupe.

L’une des grandes finesses des garçons de restaurant, quand ils servent un homme et une femme dans un cabinet, est de pousser à la consommation… persuadés que le daim n’osera refuser aucune dépense en présence de celle à qui il veut plaire.

La Fizelière.

V. cocodès. — Il est possible que Daim soit une abréviation de dindon. V. ce mot.

Daim

s. m. Monsieur bien mis, et garni d’un porte-monnaie mieux mis encore, qui se fait gloire et plaisir d’être le mâle de la biche, — dans l’argot des faubouriens, dont la ménagerie s’augmente tous les jours d’une bête curieuse. Daim huppé. Daim tout à fait riche. Signifie aussi : imbécile, nigaud.

Daim

Personnage dont le rôle, dans la comédie humaine, consiste à jouer les grandes premières dupes auprès des femmes. Le daim est généralement riche, bien mis et stupide.

Daim

Imbécile (Argot du peuple). V. Couillon.

Daim

Synonyme de pante. Daim veut aussi dire bête, imbécile.

Daim hupé

Homme riche et d’une exploitation facile.

Daims huppés

Gens riches.

Daims huppés

Bourgeois riches. — V. Coup.

Il y a de l’argent à gagner, c’est des daims huppés.

E. Sue.

Dal

Rien.

Dale

Argent. — Abrév. de rixdale, ancienne monnaie allemande.

Faut pas aller chez Paul Niquet, Ça vous consume tout vot’ pauv’dale.

P. Durand, vaudeville, 1836.

Dalège

Omnibus.

Dalle

Bouche. — Comparaison de la bouche à la pierre d’évier (appelée dalle en beaucoup de cuisines). Cette pierre est percée d’un trou qui sert comme le gosier à l’écoulement des liquides. V. Rincer.

Dalle

s. f. Pièce de six francs, — dans l’argot des voleurs, dont l’existence est pavée de ces écus-la.

Dalle

s. f. Gosier, gorge, — dans l’argot des faubouriens. S’arroser ou Se rincer la dalle. Boire. On dit aussi la Dalle du cou.

Dalle

Gosier, bouche. — Se rincer la dalle, boire.

Dalle

La bouche.

Tu as soif, viens que je te rince la dalle.

Dalle

La gorge ; (se rincer la) boire.

Dalle en pente

Solide appétit. Mot à mot : gosier en pente.

Que ceux qui ont un vaste estomac, de gros boyaux, la dalle en pente, engloutissent des platées énormes et vident des brocs, rien de plus juste.

(La Petite Lune, janvier 1879.)

La variante est : Gargouenne en vente.

Dalzar

Pantalon, — dans le jargon des ouvriers ; par abréviation de pantalzar.

Dalzar, falzar

Pantalon.

Dame aux camélias

Femme entretenue, qui joue quelquefois à la ville le rôle de Marguerite Gautier (Marie Duplessis) avec un coiffeur de son quartier, qu’elle aime ou fait semblant d’aimer, dans un accès de vertu — heureusement très court.

Quand la lorette arrive à la prospérité, elle change de nom et s’appelle Dame aux Camélias.

Edmond Texier.

Dame du lac

s. f. Femme entretenue, ou qui, désirant l’être, va tous les jours au Bois de Boulogne, autour du lac principal, où abondent les promeneurs élégants et riches. Argot des gens de lettres.

Damer

Rendre femme une jeune fille.

Damer le pion à quelqu’un

Le supplanter, lui jouer un tour quelconque pour se venger de lui, lui répondre vertement. Argot des bourgeois.

Damer une fille

v. a. La séduire, — ce qui, du rang de demoiselle, la fait passer à celui de dame, de petite dame.

Dames (ces)

On appelle ainsi un groupe de femmes, célibataires ou non, qui vivent, travaillent ou se divertissent ensemble : Ces dames du corps de ballet, ces dames au théâtre, ces dames les étudiantes, ces dames du Casino, de Mabille, etc., etc. — En famille, le fils sortant avec sa mère et ses sœurs dit : Je vais au théâtre avec ces dames. — Dans les ateliers de femmes, chez les couturières, les modistes, les lingères, etc., on dit mesdemoiselles… ces demoiselles. — Au bordel, on dit : « Toutes ces dames au salon ! » — Être dame est le rêve que caresse toute jeune fille sage qui désire sa liberté.

Danaïdes (faire jouer les)

Battre une femme, — dans le jargon des voleurs. (L. Paillet.)

Dandée

Coup, frottée. (V. Delvau : Dandinette.)

Qui a composé cette chanson ?
C’est un Cotric tourangeau
Par joie et satisfaction
D’ la dandée de ce Morvandiau.

(Chanson, 1884.)

Dandillante

La cloche. Dans les usines, la cloche sonne les heures d’entrées et de sorties et aussi l’heure des repas.
— Si je suis en retard c’est parce que tu as foutu un coup de pouce à la tocante du singe.
Mot à mot : la cloche dandille (Argot du peuple).

Dandillante

Cloche.

Dandiller

Sonner.

Dandiller

v. n. Sonner, — dans l’argot des faubouriens.

Dandiller

Sonner. — Le carme dandille dans la fouilleuse, l’argent sonne dans la poche.

Dandiller

Sonner. Dandillon, cloche.

Dandiller

Sonner. Les faubouriens en ont fait dardiller de dard.
— Je dardille pour une belle fille (Argot du peuple). N.

Dandillon

Cloche.

Dandillon

s. m. Cloche.

Dandillon

Sonnette. Taquiner le dandillon, pincer le dandillon, tirer la sonnette.

Dandinage

Raclée soignée, — dans le jargon des voleurs. Il va y avoir du dandinage.

Dandiner

Balancer.

Dandiner (se)

Se balancer en marchant.

Dandiner un pante

Battre, maltraiter quelqu’un qui vous déplaît, — dans le jargon des voleurs.

Dandiner un pante

Battre quelqu’un.

Dandines (coller des)

Porter des coups. — Encaisser des dandines, recevoir des coups. — Une grêle de coups de poing fait dandiner celui qui les reçoit ; d’où le mot dandines.

Dandinette

s. f. Correction, — dans l’argot du peuple, qui corrige ses enfants en les faisant danser.

Dandinette

Diminutif de danse, battre légèrement. Dandinette est une correction infligée à un enfant désobéissant (Argot du peuple).

Dandinette

Petit poisson en étain garni d’un hameçon double que l’on descend et remonte du fond de l’eau pour prendre des perches ou brochets.

Dandysme

« Cette fatuité commune à tous les peuples chez lesquels la femme est quelque chose n’est point cette autre espèce qui, sous le nom de dandysme, cherche depuis quelque temps à s’acclimater à Paris. L’une est la forme de la vanité humaine, universelle ; l’autre d’une vanité particulière et très-particulière : de la vanité anglaise… Voilà pourquoi le mot dandysme n’est pas français. Il restera étranger comme la chose qu’il exprime… Bolingbroke seul est avancé, complet, un vrai dandy des derniers temps. Il en a la hardiesse dans la conduite, l’impertinence somptueuse, la préoccupation de l’effet extérieur et la vanité incessamment présente. Enfin, il inventa la devise même du dandysme, le nil mirari de ces hommes qui veulent toujours produire la surprise en gardant l’impassibilité. »

B. d’Aurevilly.

Dans le dos, le lac, le seau, le sciau

Être dupé.

Dans le goût de pantin

À la mode de Paris, et, par extension, très bien.

Là ! v’là qu’est arrangé dans le goût de Pantin.

Zombach, Chansons.

Dans le trou

En prison.

Danse

Grêle de coups. — allusion ironique aux piétinements forcés de la lutte.

je prends le sabre. — c’est dit, et à quand la danse ?

about.

Danse

s. f. Coups donnés ou reçus, — dans le même argot [du peuple]. Danse soignée. Batterie acharnée.

Danse

s. f. Combat, — dans l’argot des troupiers.

Danse

Batterie, bataille. — Étape militaire, marche forcée, — dans le jargon des troupiers.

Danse

Puanteur. (V. Delvau, Danser.)

Danse

Coup. Combat. Infection.

Danse (donner une)

Battre quelqu’un.

Danse (en donner une)

Battre un individu. Entrer en danse, entrer dans une affaire, apparaître (Argot du peuple).

Danse (la) à plat, la basse danse, la danse du loup

L’acte vénérien, pendant lequel les deux acteurs se trémoussent en cadence, coups de cul de ci, coups de queue de là, — ce qui les échauffe bien plus que n’importe quelle varsoviana.

L’époux remonte, et Guillot recommence.
Pour cette fois, le mari vit la danse
Sans se fâcher.

La Fontaine.

Il lui enseigna la danse du loup, la queue entre les jambes.

(Moyen de parvenir.)

Je crois que tu ne te ferais point prier de danser le branle de un dedans et deux dehors.

Tournebu.

La danse est pour les jeunes filles ce qu’est la classe pour les adolescents, une école protectrice de la sagesse, un préservatif des passions naissantes. Le célébre Locke recommande expressément d’enseigner aux enfants à danser dès qu’ils sont en état de l’apprendre. La danse porte en soi une qualité éminemment réfrigérante et, sur tout le globe, les tempêtes du cœur attendent, pour éclater, le repos des jambes.

Lemontey.

A quinze ans, la danse est un plaisir, à vingt-cinq ans un prétexte, à quarante ans une fatigue.

Ad. Ricard.

Danse (recevoir une)

Recevoir des coups. Veut aussi dire sentir mauvais, puer : ça danse, ça pue.

Danse du panier

s. f. Bénéfice illicite de la cuisinière. Argot du peuple. On dit aussi : Faire danser l’anse du panier. Quand une cuisinière, revenue du marché, a vidé les provisions que contenait tout à l’heure son panier, elle prend celui-ci par l’anse et le secoue joyeusement pour faire sauter l’argent épargné par elle à son profit, et non à celui de sa maîtresse.

Danse du panier

Bénéfices illicites de la cuisinière.

Danser

Payer. — Mot à mot : danser de ses écus.

C’étaient d’assez bons pantres. Enfin ils savaient danser.

De Lynol.

Danser

v. n. Exhaler une insupportable odeur, — dans l’argot des faubouriens. Danser du bec. Avoir une haleine douteuse. Danser des arpions. Avoir des chaussettes sales.

Danser

v. n. Perdre de l’argent ; payer ce qu’on ne doit pas. On dit aussi, à propos d’une somme perdue, volée, ou donnée : La danser de tant. Faire danser quelqu’un. Se faire offrir quelque chose par lui.

Danser

Sentir mauvais ; principalement en parlant du fromage.

Danser

Payer. Mourir.

Danser

Faire danser quelqu’un. Synonyme de faire payer (Argot du peuple).

Danser

Payer pour les amis.

Voilà plusieurs fois que je règle les dépenses, c’est toujours moi qui danse.

Danser (faire)

Battre, donner des coups. Faire danser ses écus. Dépenser joyeusement sa fortune.

Danser (faire)

Donner des coups. — La danser, recevoir des coups. — Être congédié, perdre sa place. — Payer pour un autre.

Danser (la)

v. n. Perdre son emploi, et, par extension, la vie. Signifie aussi : Être battu.

Danser de

Se mettre en frais de…

Je dansais pour c’te reine d’un joli châle tartan.

A. Cahen, Chansons.

Danser de

Payer ; généralement employé dans le sens de payer pour un autre. — Danser d’une demi-douzaine de consommes au cafemar, payer une demi-douzaine de consommations au café.

Danser devant le buffet

N’avoir rien à manger.

Tu bois et négliges ta besogne, Tu me fais danser devant le buffet.

Aubry, Chansons.

Nous faudra danser sans musique devant le buffet, aux heures des repas.

Chansons, Clermont, 1835.

Danser devant le buffet

v. n. N’avoir pas de quoi manger, — dans l’argot du peuple.

Danser devant le buffet

N’avoir rien à se mettre sous la dent. — Pour égayer la situation on danse devant le buffet, comme David dansait devant l’arche.

Danser devant le buffet

Ne rien avoir à manger.

Danser du bec

Puer de la bouche (Argot du peuple). V. Trouillotter de la hurlette.

Danser l’anse de panier (la faire)

Domestique qui majore les denrées qu’elle achète et fait payer cent sous à la patronne ce qui en vaut quarante (Argot du peuple).

Danseur

Dinde.

Danseur

s. m. Dindon, — dans l’argot des voyous.

Danseur

Dindon. — Par allusion, sans doute, à la danse des dindons, danse obtenue à l’aide d’une plaque de tôle qu’on chauffe par degrés et surlaquelle un imprésario a préalablement posé les Taglioni à plumes.

Dar-dar

Tout courant.

Qu’il vienne tout de suite ! — Oui, dar-dar…

Labiche.

Même racine que le mot suivant. Dar (dare) serait l’impératif de darer.

Dard

Le membre viril — avec lequel on pique les femmes, qui aiment toutes à être ainsi piquées.

… Il devient dard avec le pioupiou.

Louis Protat.

Ce brutal, ce Maure arrogant,
Dans son amoureuse-tempête,
S’élance au cul, le dard en main.

B. de Maurice.

Dard

Glaive qui ne donne pas la mort, au contraire.

Dard ou Dardillon

Voir bogue.

Dardant

L’Amour.

Dardant

Amour.

Dardant

L’amour.

Dardant

L’amour.

Dardant

L’amour. — C’est l’archerot de nos anciens poètes, c’est Cupidon dardant son trait. — V. Coquer.

Icicaille est le théâtre Du petit Dardant ; Fonçons à ce mion folâtre Notre palpitant.

Grandval, 1723.

Dardant

s. m. L’amour, — dans l’argot des voleurs, qui aiment la femme avec excès.

Dardant

L’amour. Liaison amoureuse.

Dardant

Soleil.

Dardant (le)

L’amour.

Dardant, le petit dardant

L’amour, — dans le jargon des voleurs.

Dardants

Mes amours (Argot des voleurs).

Dardelle

s. f. Gros sou, — dans l’argot des gamins, qui s’en servent pour jouer au bouchon.

Dardelle

Pièce de deux sous.

Dardunne

Cinq francs (Argot des voleurs). V. Tune.

Dare-dare

interj. À la hâte, — dans l’argot du peuple, qui a eu l’honneur de prêter cette expression à Diderot, qui s’en est servi dans son Neveu de Rameau.

Dare-Dare

Vite, tout de suite. — Décaniller dare-dare, partir au plus vite.

Dariole

Coup. — De l’ancien verbe darer : lancer vivement. V. Roquefort.

V’là que je vous y allonge une dariole Qu’i r’pare avec son nazaret ; Le raisinet Coulait D’son nez comm’ une rigole.

Le Casse-Gueule, ch., 1841.

Dariole

s. f. Soufflet, coup de poing, — dans le même argot [du peuple].

Dariole

Coup, contusion.

Dariole

Pâtisserie commune. Darioleur : pâtissier.

Dariole

Coup de poing.

Dariole

Soufflet, coup de poing. A. D. La dariole est une pâtisserie commune qui se vend dans les fêtes publiques. Le pâtissier se nomme darioleur (Argot du peuple). N.

Dariole

Coup.

Daron

Maître, père.

Daron

Maître, père.

Daron

Le père.

Daron

Maître, père.

Daron

s. m. Père, — dans l’argot des voleurs, qui ont emprunté ce mot au vieux langage des honnêtes gens. Daron de la raille ou de la rousse. Préfet de police.

Daron

V. Dabe.

Daron

Père.

Daron ou dabe

Maître d’une maison où l’on reçoit les voleurs.

Daron, daronne

Père, mère. — Daron de la rousse : Préfet de police. — Daronne du mec des mec. Mère de Dieu. V. Rebâtir.

Daron, Daronne

Maître, maîtresse. — Père, mère. — Daron de la raille, de la rousse, préfet de police. — Daronne du Mec des Mecs, daronne du grand Avre ou Havre, la mère de Dieu, — dans l’ancien argot.

Daron, daronne

Maître, maîtresse. Père, mère.

Daron, onne

Père, mère.

Darone

La mère.

Daronne

Maîtresse, mère.

Daronne

Maîtresse, mère.

Daronne

Maîtresse, mère.

Daronne

s. f. Mère. Daronne du Dardant. Vénus, mère de l’Amour. Daronne du grand Aure. la Sainte Vierge, mère de Dieu.

Daronne

Mère ; dans le peuple on dit la dabuche (Argot du peuple).

Daronne

Mère.

Daronne du dardant

La déesse Vénus. Daronne, mère ; dardant, amour. Mot à mot : la mère des amours (Argot des voleurs).

Daronne du grand aure

La Sainte Vierge. Je n’ai pu trouver nulle part la signification du mot aure (Argot des voleurs).

Daronne ou dabuche

Maîtresse d’une maison où l’on reçoit les voleurs.

Daronne, davonne

Prune.

Daube

Cuisinière, souillon de cuisine, par allusion au ragoût désigné sous le nom de daube.

Daubeur

Forgeron qui bat le fer.

Dauche, Doche

Père, mère. Mon doche, mon père. Ma doche, ma mère, — dans le jargon des voyous. C’est le mot moderne.

Daudée

Recevoir une daudée, c’est recevoir des coups.

Il pleurait pour rien, je lui ai flanqué une daudée, afin qu’il pleure pour quelque chose.

Daudée

Volée.

Daudée (passer à la)

Souteneur qui floppe sa marmite quand elle ne rapporte pas de pognon (Argot des souteneurs). N.

Dauf

V. Paf.

Dauf

Voir bogue.

Daufe

Verge.

Dauffe

s. f. Pince de voleur, dont l’extrémité est en queue de dauphin.

Dauffe, Dauffin

Pince, ciseau à froid, fausse clé, — dans l’ancien argot.

Dauffe, dauphin

Pince d’effraction.

Dauffer

Il y a des gens qui prétendent qu’en mettant un fût en perce, poser la cannelle devant ou derrière, le vin a le même goût : c’est affaire d’appréciation.

Dauphin

Souteneur ; le dos vert d’autrefois, — dans l’ancien argot.

Dauphin

Souteneur.

Dauphin ou Dos fin

s. m. Souteneur de filles ; homme-poisson ad usum Delphinæ, ou toute autre sainte de même farine ou de même charbon.

Daussière

Femme publique.

David

Casquette de soie. Du nom du bon faiseur.

Parlant argot, portant les rouflaquettes bien cirées, la blouse de fil tirée aux épaules, le David crânement oosé sur le front…

(Humbert : Mon bagne.)

Davone

Prune.

Davone

s. f. Prune, — dans l’argot des voleurs.

adv. Oui, — dans l’argot des marbriers de cimetière.

Oui, — dans l’argot des marbriers de cimetière. (A. Delvau)

Oui. Verre à boire.

Dé (être de la)

Être malheureux.

De (se pousser du)

Faire sonner avec ostentation la particule nobiliaire qu’on tient de ses aïeux ou qu’on s’est octroyée à soi-même.

De carton

De petite valeur. V. Occasion (D’), Michet.

De la bourrache !

Exclamation de l’argot des faubouriens, dont il n’est pas difficile de deviner le sens quand on connaît les propriétés sudorifiques de la borrago officinalis. C’est une expression elliptique très raffinée : Ah ! delà bourrache ! c’est-à-dire : «Tu me fais suer ! »

De la haute

Être riche.

De quoi

s. m. Fortune, aisance, — dans le même argot [du peuple]. Avoir de quoi. Être assuré contre la soif, la faim et les autres fléaux qui sont le lot ordinaire des pauvres gens. On dit aussi Avoir du de quoi.

De quoi (avoir)

Avoir de quoi vivre.

De riffe

Autorité.

Quoiqu’il ne soit pas le patron, il m’a renvoyé de riffe.

Dé, Dé à coudre

Verre à boire. — Locution employée par les ivrognes pour désigner un verre de petite capacité. Est-ce que vous vous fichez de nous, que vous nous donnez des dés à coudre ?

Débacher

Se lever.

Débâcher la roulotte

Changer la voiture de place. Les forains emploient cette expression pour indiquer qu’ils vont d’une ville à une autre. (Argot des saltimbanques).

Débâcle

Accouchement, — dans le jargon des voleurs.

Débâcle

Accouchement.

Débacler

Ouvrir.

Débacler

Ouvrir (Vidocq).

Débacler

v. a. Ouvrir, — dans l’argot des voleurs.

Débâcler

Ouvrir.

Débâcler

Ouvrir.

Débâcler

Accoucher.

Débâcler

Ouvrir. — Débâcler la guimbarde, ouvrir la porte.

Débâcler ou débrider

Ouvrir. Débâcler la roulante, ouvrir la voiture.

Débacler son chouan

Ouvrir son cœur.

Débâcleuse de mômes

Sage-femme.

Débagouler

v. a. Parler, — dans l’argot du peuple.

Débagouler

Cette expression est usitée dans les laubourgs pour qualifier un orateur de réunion publique qui débagoule son boniment (Argot du peuple).

Débagouler

Parler avec abondance.

Débagouliner

Raconter avec volubilité tout ce qu’on a sur le cœur. — Se répandre en injures, injurier avec bagou. C’est une variante de débagouler.

Déballage

Le déshabillé des femmes. Telle qui, sur le boulevard, avec sa crinoline et les tromperies ouatées de son corsage, a un aspect très appétissant, n’a plus, une fois nue, que des séductions de manche à balai.

Faut voir ça au déballage… y a p’t-être plus d’ réjouissance que d’ viande là-dessous.

Lemercier de Neuville.

Déballage

s. m. Déshabillé de l’homme ou de la femme, — dans l’argot des faubouriens. Être volé au déballage. S’apercevoir avec une surprise mêlée de mauvaise humeur, que la femme qu’on s’était imaginée idéalement belle, d’après les exagérations de sa crinoline et les exubérances de son corsage, n’a aucun rapport, même éloigné, avec la Vénus de Milo.

Déballage

Opération qui, pour une femme, consiste à s’affranchir de ses appas d’emprunt et à se montrer sous un jour plus naturel. — Perdre au déballage, perdre à être vue dans le simple appareil. — Gagner au déballage, tenir plus qu’on ne promet. — Être volé au déballage, c’est mettre la main sur un Ary Schelfer alors qu’on croyait trouver un Rubens.

Déballage

Linge de femme.

Tout ce coin où traînait le déballage des dames du quartier.

(E. Zola.)

Déballage

Étalage par les camelots de marchandise sur la voie publique ou dans des boutiques louées au mois. Déballage se dit aussi dans le peuple d’une femme avec qui on couche pour la première fois.
— Tu la crois dodue, bien faite tu vas la voir au déballage ; elle a été moulée dans un cor de chasse (Argot du peuple).

Déballage

Sortir du lit.

C’est une belle fille le soir, mais si tu la voyais au déballage, elle est rudement moche.

Déballage (être volé au)

Reconnaître dans les charmes d’une femme aimée autant d’emprunts décevants faits aux ressources de la toilette.

Il est accablé de rhumatismes ce qui le fait ressembler, au déballage, à ces statuettes que vous avez sans doute remarquées dans la vitrine des bandagistes.

Monselet.

Déballer

Déshabiller, enlever l’arsenal des faux-chignons, tournures, soutien des faibles, faux râteliers, et tous les trompe-l’œil de la toilette féminine.

Déballer

Sacrifier à Domange, — dans le jargon des voleurs.

Déballer

Soulager ses entrailles pour quinze centimes, ce que ne pouvait digérer Villemessant qui trouvait exorbitant d’être forcé de donner trois sous pour restituer un petit pain qui n’en coûtait qu’un et encore en laissant la marchandise (Argot du peuple).

Déballer

Personne n’en est exempt.

Déballer

Soulager ses entrailles.

Déballer des fonds de chapeaux (faire)

Ennuyer, obséder quelqu’un, dans l’argot des placiers et des commis voyageurs.

Déballer, déshabiller

Aller à la selle.

Déballonner

Sortir de prison, du ballon.

Déballonner

S’évader.

Déballonner (se)

S’évader. Mot à mot : se sauver du ballon (prison). Déballonner : accoucher. Se défaire de son ballon ou mieux du lève-jupes (Argot des voleurs).

Débander

Sentir son membre devenir mou, de dur qu’il était auparavant, soit parce qu’on a tiré un coup et qu’on est fatigué, soit parce qu’on ne se sent pas inspiré.

Tu ne me serres pas le vit comme tantôt… je sens que je débande.

La Popelinière.

Débarbouiller

v. a. Éclaircir une chose, une situation, — dans l’argot du peuple. Se débarbouiller. Se retirer tant bien que mal d’une affaire délicate, d’un péril quelconque. Se dit aussi du temps lorsque de couvert il devient serein.

Débarbouiller (se)

Se tirer d’affaire. — Se sauver, quitter une société à la bâte.

Débarbouiller à la potasse

Frapper au visage. — Avoir l’avantage sur son adversaire, soit dans une scène de pugilat, soit à un jeu quelconque.

Débarbouiller à la potasse

Frapper au visage.

Débardeur

s. m. Type du carnaval parisien, inventé il y a une trentaine d’années, et dont il ne reste plus rien aujourd’hui que ce léger fusain :

Qu’est-ce qu’un débardeur ? Un jeune front qu’incline
Sous un chapeau coquet l’allure masculine,
Un corset dans un pantalon.
Un masque de velours aux prunelles ardentes,
Sous des plis transparents des formes irritantes,
Un ange doublé d’un démon.

Débardeur

Personnage carnavalesque à la mode en 1840. Le costume du débardeur mâle, comme celui du débardeur femelle, consistait en un large pantalon de toile ou de velours, serré à la taille par une ceinture, chemise bouffante, perruque et chapeau gris haute forme. Le débardeur femelle remplaçait le chapeau par le bonnet de police, et naturellement la chemise était aussi échancrée que le permettait l’indécence.

Débarquer

Se débarrasser de quoiqu’un. Se débarquer, renoncer, se retirer.

Débarquer (se)

Renoncer à.

Débarquer, déporter

Renvoyer, congédier.

Débaucher

v. a. Congédier, renvoyer. Il a été débauché, on l’a remercié, on l’a renvoyé de l’atelier.

Débaucher

Congédier. Par opposition à embaucher, — dans le jargon des typographes. — Se débaucher, s’octroyer son congé.

Débaucher une fille

Lui prendre son pucelage et lui donner le goût de la pine — qu’elle ne perdra plus désormais qu’en perdant le goût du pain.

Débecqueter

Vomir.

Débecqueter

Dégoûter. — « Tu me dégoûtes, tu me débectes. » Une chose écœurante est débectante. — « Je suis passé à la morgue, c’était débectant. »

Débectant

Ennuyeux, désagréable.

Mentor qui connaissait tout le fourbi, dit alors à Télémaque : C’est débectant, mais au fond, ça ne fait rien…

(A. Leroy : Les mistouf’s de Télémaque.)

Débecter

Vomir. Ennuyer.

Débinage

Médisance.

Compliments désagréables, indiscrétions et débinages.

Commerson.

Débinage

s. m. Médisance, et même calomnie, — dans l’argot des faubouriens.

Débinage

Propos malveillant. — Fuite.

Débinage

Médisance. Débiner, médire, nuire à quelqu’un en parlant mal sur son compte.

Débinance

s. f. Action de débiner, de dire du mal de quelqu’un.

Débinance

Médisance. C’est une forme nouvelle de débinage. Mince de débinance.

Débine

Dispute.

Débine

Misère, indigence.

Débine

Mot qui signifie déchéance, misère, pauvreté (d’Hautel, 1808).

La débine est générale, je suis enfoncé sur toute la ligne.

Montépin.

Débine

s. f. État de gêne, misère, — dans le même argot [des faubouriens]. J’ai entendu dire Dibène (pour malaise, dépérissement) sur les bords de la Meuse, où l’on parle le wallon, c’est-à-dire le vieux français. Tomber dans la débine. Devenir pauvre.

Débine

Grande misère, misère noire.

Débine

Misère. Se débiner, tomber dans la misère ou s’affaiblir, devenir malade.

Débine

Se prend de manières différentes. Être dans la misère la plus complète.
— Je suis dans la débine.
— Je m’en vais, je me sauve, je me débine (Argot du peuple).

Débine

Misère.

Débine

Misère.

Débiné (être)

Être salle.

Débiner

Parler contre.

Débiner

Parler contre un confrère, le dénoncer.

Débiner

Parler contre.

Débiner

Mépriser.

Débiner

Parler mal d’autrui.

Débiner

Médire.

On le débine, on le nie, on veut le tuer.

A. Scholl.

Débiner

v. a. Médire, — et même calomnier. En wallon, on dit : Dibiner, pour être mal à l’aise, en langueur. Se débiner. S’injurier mutuellement.

Débiner

v. Dénigrer, dire du mal de quelqu’un. N’est pas particulier au langage typographique.

Débiner

Dire du mal. — Déprécier. Mot à mot : mettre quelqu’un ou quelque chose dans la débine, l’appauvrir moralement.

Débiner

Dire du mal de quelqu’un.
— Nous l’avons tellement débiné qu’il n’a pu réussir (Argot du peuple).

Débiner

Dire du mal de quelqu’un c’est le débiner.

Débiner

Critiquer, (se), partir.

Débiner (se)

S’en aller, s’enfuir. En wallon, on dit Biner pour Fuir.

Débiner (se)

Se sauver.

Débiner (se)

S’affaiblir, se sentir malade, perdre ses forces, — dans le jargon du peuple. — Se débiner des fumerons, ne pas être solide sur ses jambes. (L. Larchey)

Débiner (se)

S’en aller, se sauver. « Je suis presse, je me débine. » — « Je me suis débiné des agents. »

Débiner le pante

Voler l’homme qu’un autre s’était réservé de voler.

Débiner le truc

v. a. Vendre le secret d’une affaire, révéler les ficelles d’un tour. Argot des saltimbanques.

Débiner le truc

Compère mécontent qui révèle le secret de son associé (Argot des voleurs).

Débineur

Celui qui débine. Les amis sont des débineurs par excellence.

Débloquer

Lever une consigne. V. Bloquer.

Débonder

v. n. Alvum deponere, — dans l’argot du peuple.

Débonder (se)

Sacrifier à la compagnie Lesage.

Déborder

v. n. Rejeter hors de l’estomac le liquide ou la nourriture ingérés en excès, — dans le même argot [du peuple]. Se faire déborder. Se faire vomir.

Déboucher une rue

Payer les dettes qu’on a dans une rue. Les dettes bouchent la rue et empêchent le débiteur timide d’y passer.

Déboucler

Ouvrir.

Déboucler

Faire sortir de prison (Vidocq).

Déboucler

v. a. Mettre un prisonnier en liberté, — dans l’argot des voleurs.

Déboucler

Rendre un prisonnier à la liberté. — Ouvrir. — Déboucler une guimbarde à coups de sorlots, ouvrir une porte à coups de pied.

Déboucler

Ouvrir. Rendre à la liberté. Accoucher.

Déboucler

Ouvrir.

J’étais enfermé, on vient de me déboucler.

Déboucler sa valise

Mourir. On devrait plutôt dire boucler car le voyage est assez long (Argot des commis voyageurs).

Déboucleur de lourdes

Voleur qui a la spécialité de fracturer les portes.

Débouler

Accoucher.

Débouler

Arrivée subite de quelqu’un que l’on n’attendait pas.
— Il déboule subito (Argot du peuple).

Débouler

Femme qui accouche. Allusion de forme ; enceinte à pleines ceintures, elle est ronde comme une boule ; accouchant elle déboule (Argot du peuple).

Déboulonnage

Action de déboulonner.

Déboulonner

Enlever les plaques de métal qui recouvrent la maçonnerie de certains monuments. — Le peintre Courbet voulait seulement déboulonner la colonne Vendôme. Sa pensée, paraît-il, fut mal interprétée, et la colonne fut renversée.

Déboulonner

Vendre, écouler, — dans le jargon des libraires. — Déboulonner dix mille exemplaires d’un ouvrage.

Déboulonner sa colonne

Mourir. Cette expression n’est employée que depuis 1871, lorsque les communards jetèrent la colonne Vendôme par terre parce qu’elle gênait Courbet (Argot du peuple).

Déboulonneur

Amateur du déboulonnage, individu qui a pris part au renversement de la Colonne. — Longtemps, sur les murs de Paris, le nom de « Courbet » fut accolé à l’épithète de « déboulonneur. »

Débourrer

v. a. Déniaiser quelqu’un, — dans l’argot du peuple. Se débourrer. S’émanciper, se dégourdir.

Débourrer

Jargon des maquignons. Cheval débourré, cheval qui a perdu l’embonpoint factice qu’on lui avait donné pour le vendre.

Au bout de quelque temps, les fraudes se découvrent, l’embonpoint factice s’affaisse, les côtes reparaissent, et la bête est ce qu’on appelle débourrée…

(Siècle, 1867. Cité par Littré.)

Débourrer

L’empereur n’y allait pas à cheval.

Débourrer

Aller aux water-closets.

Débourrer sa pipe

Faire ses nécessités, — dans le jargon des ouvriers.

Débourrer sa pipe

V. Déballer.

Débouscailler

v. a. Décrotter, — dans l’argot des voyous.

Débouscailler

Décrotter. — Débouscailleur, décrotteur.

Débouscailleur

s. m. Décrotteur.

Déboutancher

Déboutonner.

Déboutonner

Parler, avouer.
— Tu peux te déboutonner mon vieux, il faut que nous sachions ce que tu as dans le ventre. On dit aussi : Déculotte ta pensée (Argot du peuple).

Déboutonner

Dire la vérité, se décider à avouer une chose. On dit aussi : il s’est déboutonné, il m’a donné ce que je lui demandais.

Il nous a offert une bouteille, ce n’est cependant pas son habitude de se déboutonner.

Déboutonner (se)

Parler franchement, dire ce qu’on a sur le cœur ou dans le ventre. Argot des bourgeois.

Débricabraqué

Un bric-à-brac monte sa boutique de bric et de broque, ric-à-rac (petit à petit). On construit une pièce avec différents morceaux, un béquet par-ci, un béquet par-là. Si elle ne plaît pas au directeur, il faut que l’auteur la retape, qu’il la débricabraque. Mot à mot : qu’il la démolisse pour la rebricabraquer (Argot du peuple).

Débrider

Ouvrir.

Débrider

Ouvrir.

Débrider

Ouvrir.

Débrider

Ouvrir. Débrider une carrouble ; ouvrir une porte.

Débrider

Ouvrir (Vidocq).Débrider les chasses : Ouvrir l’œil. V. Temps. — Débridoir : Clef.

Débrider

v. n. Ouvrir, — dans l’argot des voleurs.

Débrider

v. n. Manger avec appétit, — dans l’argot du peuple, qui assimile l’homme an cheval.

Débrider

Crocheter une serrure, ouvrir. — Débrider la margoulette, manger. — Débrider les chasses, ouvrir l’œil, faire attention.

Débrider

Autoriser, permettre. Argot des forains. (V. supra, Brider.)

Débrider

Ouvrir Manger. Crocheter une serrure. Autoriser.

Débrider la lourde

Ouvrir la porte.

Débridoir

s. m. Clef.

Débridoir

Clé, — dans le jargon des voleurs.

Débridoire

Outil de malfaiteurs (Argot des voleurs). V. Tâteuse.

Débris (vieux)

Homme vieux, cassé, femme vieille, cassée.

Débrouillard

Celui que rien n’embarrasse, qui sait toujours se tirer d’affaire.

Un grand garçon, ancien militaire, excuirassier de Reischoffen, très honnête et très débrouillard, comme on dit au régiment.

(Figaro du 17 juillet 1877.)

Ils étaient jeunes, bien tournés, débrouillards.

(Vicomte Richard, Les Femmes des autres.)

Débrouillard

Individu qui sait se débrouiller au milieu des ennuis de la vie et qui en sort victorieux. On emploie, dans les ateliers, cette image caractéristique, mais peu parfumée :
— Il sortirait de cent pieds de merde (Argot du peuple).

Débrouillard

Celui qui sait se débrouiller pour sortir des mauvaises passes de la vie.

Débrouillard

Arriviste.

Débrouille

Argot des enfants. Débarras. S’emploie surtout dans le jeu de billes. Quand devant une bille visée se trouve un obstacle quelconque, un caillou, du sable, l’enfant qui vise s’écrie : débrouille ! et aussitôt il ôte l’objet qui le gênait, à moins que son camarade n’ait crié avant lui : sans débrouille !

Débrouiller

« Je me suis trouvé dans une mauvaise affaire, il m’a fallu me débrouiller pour en sortir. »

Débrouiller (se)

Vaincre les obstacles. — Usité dans la marine, où un homme qui se débrouille est un homme aguerri qui sait son métier.

Débuter

v. n. Viser un but quelconque et s’en approcher le plus possible, afin de savoir qui jouera le premier aux billes, à la marelle, etc. Argot des enfants.

Décadener

v. a. Déchaîner, débarrasser de ses liens, — dans l’argot des voleurs.

Décadener

Retirer les menottes à un voleur.

Décadener

Quand le gendarme ôte le cabriolet d’un prisonnier, il le décadène. Mot à mot : il le dechaîne. On dit également dédurailler (Argot des voleurs).

Décalitre

s. m. Chapeau rond, en forme de boisseau, — dans l’argot des faubouriens.

Décalitre

Chapeau haute forme.

Décalitre

Chapeau. Il a, en effet, la forme d’un boisseau (Argot du peuple).

Décalotter

Découvrir le prépuce qui recouvre le gland du phallus, soit en bandant trop fort, soit en jouant avec, pour examiner son état sanitaire. — J’aime cette habitude de politesse du membre viril, ôtant respectueusement sa calotte devant la femme — quelle qu’elle soit. Il est vrai qu’en l’ôtant ainsi sans précaution, il s’expose à s’enrhumer — et à couler : mais il a été poli, mais il a été galant, l’honneur est sauf.

Un vit, sur la place Vendôme,
Gamahuché par l’aquilon,
Décalotte son large dôme
Ayant pour gland… Napoléon !

(Parnasse satyrique.)

Décamper

v. n. S’en aller, s’enfuir, — dans l’argot du peuple. Décamper sans tambour ni trompette. S’en aller discrètement ou honteusement, selon qu’on est bien élevé ou qu’on a été inconvenant. On dit aussi Décampiller.

Décamper

S’en aller.

Veux-tu décamper d’ici.

Décamper sans tambour ni trompette

Lâcher une femme ou un patron sans les prévenir. Fausser compagnie à quelqu’un. Laisser une affaire en plan (Argot du peuple).

Décanailler (se)

v. a. Sortir de l’obscurité, de la misère, de l’abjection, — dans le même argot [du peuple].

Decaniller

Se lever de sa chaise ou de son lit.
— Allons, paresseux, décanille plus vite que ça (Argot du peuple).

Décaniller

Décamper. — Mot à mot : sortir du chenil (canil). V. Roquefort.

Ils ont tous décanillé dès le patron-jacquette.

Balzac.

Décaniller

v. n. Déguerpir, partir comme un chien, — dans le même argot [du peuple]. On demande pourquoi, ayant sous la main une étymologie si simple et si rationnelle (canis), M. Francisque Michel a été jusqu’en Picardie chercher une chenille.

Décaniller

Partir.

Décanillons et presto !

(G. Marot, l’Enfant de la Morgue 1880.)

Décaniller

Quitter sa chaise ou son lit.

Décapité parlant

Imposteur. — Petit homme à grosse tête. — Le décapité parlant est un tour d’escamotage qui consiste à présenter au public une tête humaine sur une table recouverte d’une draperie. La tête répond aux questions qu’on lui adresse. Le tour s’exécute au moyen d’un système de miroirs combinés.

Décarade

S’en aller au plus vite. En un mot, décarrer, partir (Argot du peuple). Une vieille chanson dit :

Allons, Flipote,
Met ta capote,
Et puis, décarrons-nous.

Décarade, carrement

Départ. — Jour du décarement : Jour de la mort. V. Bachasse.

Décarcassé

Sans charpente, sans solidité, en parlant d’une pièce dramatique. (L. Larchey)

Décarcasser (se)

Agir activement. — Mot à mot : remuer sa carcasse.

Décarcasser (se)

v. réfl. Se démener, s’agiter bruyamment, — dans le même argot [du peuple].

Décarcasser (se)

Se donner beaucoup de mal ; se démener. — Se décarcasser le boisseau, se tourmenter.

Décarcasser (se)

S’échiner à faire un travail qui produit peu. Se décarcasser à courir pour arriver à l’heure de la cloche.
— J’ai beau me décarcasser, je ne suis pas plus avancé une année que l’autre (Argot du peuple).

Décarcasser (se)

Faire tout son possible pour arriver a quelque chose que l’on désire. On se presse, on se décarcasse, pour terminer un travail.

Décaré

Sortir de prison.

Décarer

Se sauver.

Décarer

Partir. Mot à mot : se faire voiturer dehors. V. Car, Roquefort.

Faut décarer. Ces gens la veulent m’assommer.

Dialogue entre Charles X et le duc de Bordeaux, chanson, 1832.

Décarer de belle

Être sûr de se sauver.

Décarler

Sans le sol.

Décarpiller

Partager.

Décarrade

Sortie de prison.

Décarrade

s. f. Sortie, départ, fuite, — dans l’argot des voleurs.

Décarrade

Fuite précipitée, fuite du voleur qui a la police à ses trousses. — La grande décarrade, la décarrade de la fin, la mort.

Décarrant

Sortant.

Décarre

Acquittement.

Décarre, décarrade

Acquittement. Fuite. Liberté.

Décarrement

Évasion. (V. Delvau : Décarrade.)

Décarrer

Se sauver.

Décarrer

Prendre la fuite.

Décarrer

v. n. S’en aller de Quelque part, s’enfuir. — dans l’argot des voleurs et du peuple.

Décarrer

Acquitter en justice. — Se sauver. — Décarrer à la bate, s’évader. — Décarrer cher, avoir fait son temps de prison.

Décarrer

Sortir. Celui qui sort de prison décarre. Lorsque les ouvriers sortent de l’usine, c’est la décarrade.

Décarrer

Être libéré, sortir.

Décarrer de belle

Sortir de prison sans avoir passé en jugement. Argot des voleurs.

Décarrer de belle

Sortir de prison à la suite d’une ordonnance de non-lieu. Mot à mot : Je l’échappe belle (Argot des voleurs).

Décarrer de l’avant

Se presser de courir.

Décartonner

Mourir de consomption. Les commères disent : mourir à petit feu. Décartonner est synonyme de décoller (Argot du peuple).

Décartonner (se)

v. réfl. Vieillir, ou être atteint de maladie mortelle, — dans l’argot des faubouriens.

Décartonner (se)

v. pr. S’affaiblir, devenir poitrinaire. Terme emprunté aux relieurs.

Décartonner (se)

Vieillir ; se dit principalement des femmes. Bien des femmes sont comme certains livres qui, à force d’avoir passé de main en main, finissent par perdre le cartonnage.

Décartonner (se)

S’affaiblir, tomber malade.

Décartonner (se)

Être malade, dépérir.

Décati

adj. et s. Qui n’a plus ni jeunesse, ni beauté, qui sont le cati, le lustre de l’homme et de la femme.

Décati

Usé, vieilli, flétri, en parlant des personnes. Allusion aux étoffes décaties, c’est-à-dire qui ont perdu leur apprêt.

Décatir (se)

S’user, s’enlaidir. — Allusion au décatissage des tissus.

Elle sentait la pane venir, elle se décatissait.

Les Étudiants, 1860.

Décatir (se)

v. réfl. Vieillir, enlaidir, se faner.

Décatissement

Mot plus trivial qu’argotique et synonyme de décrépitude, d’affaiblissement.

De là, — toujours style des jolis gommeux, — ce décatissement inouï, accompagné de phénomènes comateux…

(De Montépin : Sa Majesté l’Argent.)

Décavage

Misère, ruine.

Décavé

Homme ruiné, qui n’a plus de quoi caver à la roulette.

A Bade, les décavés vivent sur l’espérance aussi somptueusement que les princes de la série gagnante.

Villemot.

Décavé

s. m. Homme ruiné, soit par le jeu, soit par les femmes, — dans l’argot de Breda-Street.

Décavé

Ruiné. Allusion aux joueurs de bouillotte décavés.

Décavé

Ruiné.

Décembraillard

Partisan du coup d’état du 2 décembre 1801. Nom donné aux partisans de la dynastie napoléonienne par leurs adversaires politiques.

Déchanter

v. n. Revenir d’une erreur ; perdre une illusion ; rabattre de ses prétentions, — dans l’argot du peuple, fidèle sans le savoir à l’étymologie (décantare).

Déchanter

Être désenchanté, par abréviation.

Déchard

Pauvre, misérable ; celui qui est en proie à la dèche, — dans le jargon du peuple.

Eh bien, ces déchards-là, s’ils ne payent pas leur terme… on les fout sur le pavé sans pitié.

(Le Père Duchêne, 1879.)

Déchard

Qui est dans la dèche (Argot du peuple).

Déchard

Celui qui dépense beaucoup.

Déchard

Misérable.

Décharge

Éjaculation.

Il faut que la femme, dans le point de la décharge, si elle veut que le coup porte, tienne les fesses serrées l’une contre l’autre et ne se remue en façon quelconque que tout ne soit fait et achevé !

Mililot.

L’éclair brille, Jupiter tonne,
Son vit n’en est point démonté ;
Contre le ciel sa tête altière,
Au bout d’une courte carrière,
Décharge avec tranquillité.

Piron.

Ah ! tu ne t’en iras pas que je n’aie déchargé.

La Popelinière.

Les capotes mélancoliques
Qui pendent chez le gros Millan,
S’enflent d’elles-mêmes, lubriques,
Et déchargent en se gonflant.

(Parnasse Satyrique.)

Dechasse

Yeux.

Déche

Synonyme de débine. Cette expression est due à une circonstance curieuse : Un colosse, nommé Hache, marchand de ribouis au marché du Temple, avait la passion du théâtre ; il figurait au cirque de l’ancien boulevard du Temple. Il occupait l’emploi de tambour-major de la garde ; c’était insuffisant pour son ambition : il voulait parler. À force d’obsessions, il obtint de Laloue de dire un mot dans une pièce. Il devait dire à Napoléon :
— Quel échec, mon Empereur !
La langue lui fourcha, il avait oublié sa phrase. Alors, à tout hasard, il s’écria :
— Sire, ah ! quelle dèche !
L’expression est restée, et, dans le peuple, quand on veut indiquer un grand, malheur elle est employée (Argot du peuple).

Dèche

Voleurdans la débine.

Dèche

Perte, misère.

Dèche

Ruine, misère. — Abrév. de déchet.

Elles se présentent chez les courtisanes dans la dèche.

Paillet.

Sans argent dans l’ gousset, C’est un fameux déchet.

Chansons. Avignon, 1813.

Dèche

s. f. Pauvreté, déchet de fortune ou de position, — dans le même argot [du peuple]. Ce mot, des plus employés, est tout à fait moderne. Privat d’Anglemont en attribue l’invention à un pauvre cabotin du Cirque, qui, chargé de dire à Napoléon dans une pièce de Ferdinand Laloue : « Quel échec, mon empereur ! » se troubla et ne sut dire autre chose, dans son émotion, que : « Quelle dèche, mon empereur ! »
Être en dèche. Être en perte d’une somme quelconque.

Dèche

s. f. Dénuement absolu. Employé dans d’autres argots.

Dèche

Misère momentanée. La dèche est moins forte, moins soutenue que la débine, et surtout que la panne. — Dans une pièce militaire de Ferdinand Laloue, l’acteur chargé de donner la réplique à l’Empereur et de répondre : « Hélas ! quel échec, mon Empereur ! » se troubla. Destiné aux rôles muets, il parlait pour la première fois ; son émotion fut si grande que, bredouillant, ilrépondit : « Quelle déche, mon Empereur ! » Le mot fît fortune, la presse s’en empara, et, lors de l’impression de sa pièce, Ferdinand Laloue le substitua au mot primitif. (Rapporté par Privat-d’Anglemont, Paris-Inconnu.)

Dèche

Misère. Battre la dèche.

Dèche

Dépense. Celui qui paye la dépense, paye la dèche.

Dèche

Misère.

Dèche (être en)

Être malheureux, ne plus rien posséder.

Décheur

Celui qui dépense dèche ; c’est un décheur. Déclarer ballon, avoir faim.

Décheux

adj. et s. Homme pauvre, misérable.

Déchiré (pas trop)

Pas trop mal, assez gentil. — Se dit du physique d’une personne. Cette femme n’est pas trop déchirée.

Déchirée (n’être pas trop)

Se dit — dans l’argot du peuple — d’une femme qui est encore jeune, jolie et appétissante. On dit aussi N’être pas trop égratignée.

Déchirer (ne pas se)

Se faire des compliments ; se vanter.

Déchirer de la toile

Faire un feu de peloton, — dans l’argot des troupiers.

Déchirer de la toile

Faire du bruit avec l’antipode de la bouche. — Tirer un feu de peloton.

Déchirer la cartouche

v. a. Manger, — dans l’argot des soldats et des ouvriers qui se souviennent de leurs sept ans.

Déchirer la cartouche

Manger, — dans le jargon des troupiers.

Déchirer sa toile

Pester. Allusion au bruit qui souvent ressemble à un déchirement (Argot du peuple). V. Peau courte.

Déchirer son habit

v. a. Mourir, — dans l’argot des tailleurs.

Déchirer son tablier

v. a. Mourir, — dans l’argot des domestiques.

Déchirer son tablier

Mourir.

Décimadorès

Cigare de dix centimes.

— Cochon de cigare ! — En voulez-vous un autre ? — Volontiers. Les miens sont pourtant d’une bonne marque ; des décimadorès de choix !

(Charivari, juillet 1884.)

Déclancher (se)

v. réfl. Se démettre l’épaule, — dans l’argot des faubouriens, qui assimilent l’homme au mouton.

Déclaquer

Dire ce qu’on a sur le cœur.

Déclouer

v. a. Dégager des effets du mont-de-piété, du clou.

Déclouer, Décrocher

Dégager un objet du Mont-de-Piété.

Décognoir

s. m. Morceau de bois dur, long de 18 à 20 centimètres, aminci par un bout, employé pour chasser les coins avec lesquels on serre les formes. Au fig. Nez. Pourquoi appelle-t-on un gros nez un décognoir ? Sans doute à cause de l’analogie de forme.

Décognoir

Nez de forte taille, — dans le jargon des typographes. Au propre, en terme de métier, on nomme « décognoir » le morceau de bois dont on fait usage pour chasser les coins avec lesquels on serre les formes.

Décoller

v. n. S’en aller de quelque part ; quitter une place, — dans l’argot des ouvriers.

Décoller

Quitter un endroit où l’on se trouve depuis longtemps.

Décoller

S’en aller, quitter.

Décoller (se)

Manquer, ne pas réussir, ne pas avoir lieu.

Voilà que le banquet du 13 se décolle !

(Bataille, 1882.)

Décoller le billard

Mourir. On dit aussi Dévisser son billard.

Décompte

s. m. Blessure mortelle, — dans l’argot des troupiers, qui savent qu’en la touchant il faut quitter le service et la vie.

Décompte

Moitié de ce que gagne un condamné pendant sa détention et qui lui est remise à sa sortie de prison.

Décompte (recevoir son)

Mourir. — Dans l’armée, on ne quitte pas le service sans toucher son décompte.

Tué raide sur le champ de bataille, le beau tambour-major avait, pour parler en style de bivouac, reçu son décompte.

Ricard.

Déconfiture

s. f. Faillite, — dans l’argot des bourgeois. Être en déconfiture. Avoir déposé son bilan.

Déconner

Sortir du con de la femme, soit parce qu’on a fini, soit parce qu’elle remue trop les fesses. Il y a des gens qui peuvent, comme l’Ascylte de Pétrone, rester deux jours sur une femme. Heureux Ascylte ! Plus heureuse femme !

Ah ! me voilà déconné !

La Popelinière.

Le vit alors, bien convaincu
Qu’on ne peut voir un con vaincu,
Renonce à la victoire :
Il déconne et s’adresse au cu.

(Chanson anonyme moderne.)

Avec cet outil-là, je puis, sans me gêner
Fournir mes douze coups, dont six sans déconner.

Piron.

Décors

s. m. pl. Cordons, tabliers, bijoux, — dans l’argot des francs-maçons.

Décors

Bijoux. L’expression est jolie. On dit dans le peuple, d’une femme chargée de bijoux : Elle est décorative (Argot du peuple).

Découcher

Aller passer la nuit au bordel quand on est homme, hors du bordel quand on est fille.

Excusez-moi, mais, fidèle à mes devoirs de mari, je n’ai jamais découché et ne découcherai jamais.

Lireux.

Découdre (en)

v. n. Se battre en duel ou à coups de poing, — dans l’argot du peuple et des troupiers.

Découdre (en)

Se battre à l’arme blanche. Mot à mot : découdre la peau. Il faudra en découdre.

Découvrir la peau

Faire avouer.

Découvrir la peau de quelqu’un

v. a. Lui faire dire ce qu’il aurait voulu cacher, — dans l’argot du peuple.

Découvrir saint Pierre pour couvrir saint Paul

Contracter une dette pour en payer une autre. (Oudin, Curiosités françaises.) L’expression est encore fort de mise.

Décrasser

Les filles décrassent un homme en le débauchant d’abord, en le ruinant ensuite. Les voleurs décrassent un pante en le volant. Décrasser, dans un autre sens, est synonyme de déniaiser (Argot du peuple).

Décrasser un homme

v. a. Lui enlever sa timidité, sa pudeur, sa dignité, sa conscience, — dans l’argot des faubouriens, qui ont des idées particulières sur la propreté. Pour les filles, Décrasser un homme, c’est le ruiner, et pour les voleurs, c’est le voler, — c’est-à-dire exactement la même chose.

Décroche-moi ça

Fripier. — Terme générique donné à toutes les friperies dont des spécimens sont accrochés au-dessus de la porte du revendeur à la toilette : chapeaux pour les deux sexes, souliers, bottines, habits, vestes, culottes et robes, autant de décroche-moi ça, de décrochez-moi ça.

Décroche-moi-ça

Fripier.

Décrocher

Retirer du Mont-de-Piété. V. Clou — On dit aussi Déclouer.

Les révolutions m’ont réduite à mettre au clou les diamants de ma famille… faudra que tu me décroches ça, mon chéri.

Lefils.

M. Auguste s’habille au décroche moi cela ce qui veut dire en français chez le fripier.

Privat d’Anglemont

Au Temple, un Décrochez-moi ça est un chapeau de femme d’occasion. — J’ai vu au carré du Palais-Royal (du Temple) des Décrochez-moi ça qu’on eût pu facilement accrocher au passage du Saumon.

Mornand.

Décrocher

Faire tomber d’un coup de fusil.

Décrocher

v. a. Dégager un objet du mont-de-piété, — dans l’argot des ouvriers.

Décrocher

v. a. Tuer d’un coup de fusil, — dans l’argot des troupiers. Ils disent aussi Descendre.

Décrocher la lune avec les dents

Vouloir accomplir une chose impossible. Expression employée par ironie (Argot du peuple).

Décrocher la timbale

Arriver bon premier, réussir. Allusion au mât de cocagne, où le premier arrivé au sommet décroche le premier prix qui est généralement une timbale. Cette expression est populaire depuis la représentation de la pièce intitulée la Timbale (Argot du peuple). N.

Décrocher les tableaux

Pratiquer des fouilles dans l’édifice nasal.

Décrocher ses cymbales

Mourir dans l’exercice des fonctions notariales, — dans le jargon des ouvriers. Les clercs de notaires et les clercs d’huissiers disent, dans une langue plus relevée, pour exprimer la même idée : Décrocher ses panonceaux.

Décrocher ses tableaux

v. a. Opérer des fouilles dans ses propres narines et en extraire les mucosités sèches qui peuvent s’y trouver. Argot des rapins.

Décrocher ses tableaux

Mettre les doigts dans son nez.

Décrocher ses tableaux

Individu qui sans cesse se fourre les doigts dans le nez pour en retirer les ordures.
— Tu reçois donc du monde que tu décroches tes tableaux ? (Argot du peuple).

Décrocher ses tableaux

Se mettre un doigt dans le nez.

Décrocher un enfant

v. a. Faire avorter une femme, — dans l’argot du peuple. Se faire décrocher. Employer des médicaments abortifs.

Décrocher un lardon

Faire avorter une femme. Les spécialistes qui se livrent à ce genre de travail se nomment des faiseuses d’anges (Argot du peuple). N.

Décrochez-moi ça

s. m. Chapeau de femme, — dans l’argot des revendeuses du Temple.

Décrochez-moi ça

s. m. Boutique de fripier, — dans l’argot du peuple. Acheter une chose au décrochez-moi ça. L’acheter d’occasion, au Temple ou chez les revendeurs.

Décrochez-moi ça

Vêtements fripés que vendent les marchandes à la toilette. Comme les vêtements sont accrochés et étiquetés, inutile de marchander ; on n’a qu’à dire à la vendeuse : Décrochez-moi ça. Toute personne mal habillée sent le décrochez-moi ça (Argot du peuple).

Décrochez-moi ça

Le carreau du Temple.

Décrotter un gigot

v. a. N’en rien laisser que l’os, — dans l’argot des ouvriers, qui ont bon appétit une fois à table.

Décrotter une femme

La brosser vigoureusement avec son vit, de façon à lui désobstruer le con, si par hasard il était embarrassé et embroussaillé de restants de sperme ou de sang menstruel.

Il me répond : Ne te fâche, Babeau,
Avant partir tu seras décrottée.

(Recueil de poésies françaises.)

Déculotté

Homme qui a mis son mobilier ou son commerce au nom de sa femme. Il ne porte plus la culotte. Déculotté aussi quand la femme est maîtresse au logis : elle porte les culottes (Argot du peuple).

Déculotter

Faire faillite.

Dédale

La nature de la femme, où le membre viril s’égare souvent, lorsqu’elle est trop large ou qu’il est trop petit, — bien qu’il ait la main d’Ariane pour le conduire au bonheur.

Ce beau dédale qu’il contemple
Avec des yeux étincelants,
Fait naître et couler dans ses sens
Une ardeur qui n’a point d’exemple.

Grécourt.

Dedans (mettre)

mettre en prison (d’Hautel, 1808).

Dedans (mettre)

Tromper. — Emprisonner.

Dédire (se) cher

Être à l’agonie.

Dédire cher (se)

Être à l’agonie, — dans le jargon des voleurs.

Déduit

L’acte amoureux, — du verbe latin deducere, tirer, faire sortir, c’est-à-dire, en vieux français, se divertir en tirant — un coup.

Qu’il ne manquait ou de jour, ou de nuit,
Sous prétexte de voir son ingrate maîtresse,
De faire naître avec adresse
Un rendez-vous pour l’amoureux déduit.

La Fontaine.

L’homme noir, friand du déduit,
De dire : l’aventure est bonne.

Grécourt.

Il est minuit,
C’est l’instant du mystère,
Il nous invite à l’amoureux déduit.

Pebraux.

Dédurailler

v. a. Oter les fers d’un forçat ou les liens d’un prisonnier.

Défaits

Ce sont, en terme de libraire, les feuilles d’un livre qui ne sont pas suivies et qui servent à compléter celles qui peuvent manquer.

Défalquer

Ch.

Défalquer

Ch….

Défalquer

Ch…. DÉPONNER. Id.

Défalquer

Faire ses nécessités, — dans l’ancien argot.

Défardeur

Voleur.

Défardeur

Voleur.

Défardeur

s. m. Voleur, — dans l’argot des voyous. On dit aussi Doubleur.

Défargué

Déchargé.

Défarguer

Se débarrasser d’objets suspects.

Défarguer

v. n. Pâlir. — dans l’argot des voleurs, pour qui farguer c’est rougir.

Défarguer

Pâlir. Céder. Se débarrasser. Défargueur, plaideur. Témoin à décharge.

Défarguer

Pâlir.

Le parrain fargue,
Le bêcheur défargue.

dit une vieille chanson (Argot des voleurs).

Défarguer

Les joueurs disent cela d’une carte qui les gêne. Au polignac il se défarguent du valet de pique (Argot des voleurs). N.

Défarguer

Décharger quelqu’un d’un fardeau ou de charges qui pèsent contre lui, c’est le défarguer. Le contraire de farguer. Le ministère public fargue et l’avocat défargue son client des faits compromettants. Décharger quelqu’un d’un colis est le défarguer. Celui qui se débarrasse d’objets compromettants se défargue. Un voleur qui reconnaît être seul l’auteur de vols qu’on lui reproche défargue son complice.

Défarguer (se)

Déposer les objets dont on est porteur.

Défarguer (se)

Se décharger au détriment d’un complice.

Défargueur

Témoin à décharge. — Du vieux mot fardage : fardeau. V. Roquefort.

Défargueur

s. m. Témoin à décharge, assez maître de lui pour mentir sans rougir.

Défarquer

Ôter quelque chose d’un endroit.

Défendre sa queue

v. a. se défendre quand on est attaqué, — dans l’argot du peuple, qui prend l’homme pour un chien.

Défendre sa queue

Défendre sa peau dans une bataille. Quand deux chiens se battent dans la rue, les spectateurs crient :
— Toto, dé fend ta queue.
Défendre sa queue, c’est défendre ses intérêts de toutes manières (Argot du peuple).

Deffardeur

Voleur.

Defflourer la picouze

Voler le linge étendu sur les haies.

Défiger

v. a. Réchauffer, — dans le même argot [du peuple].

Défiler la parade

v. n. Mourir, — dans l’argot des troupiers, qui blessés en pleine poitrine par un éclat d’obus, trouvent encore le temps de faire le salut militaire à leur chef comme pour lui dire : Ave, Cæsar, morituri te salutant.

Défiler la parade

Mourir, — dans le jargon des troupiers.

Défiler la parade

Se dit à quelqu’un que l’on chasse.
— Allons, défilez la parade, et plus vite que ça (Argot du peuple).

Défiler son chapelet

Quand deux commères se disputent, c’est un déluge de paroles et d’épithètes interminable.
— As-tu vu comme je lui ai défilé mon chapelet ?
Allusion au chapelet qu’une dévote fait tourner toute sa vie dans ses mains sans en trouver la fin (Argot du peuple). N.

Déflaque

Excrément. (Richepin.)

Défleurir la picoure

v. a. Voler le linge étendu dans les prés ou sur les haies. Argot des prisons.

Défleurir la picouse

Voler du linge qui sèche sur une haie. — Allusion à la couleur tranchante des objets étendus et aux épines de la haie.

Défleurir ou déflouer la picouse

Voler le linge qui sèche dans les campagnes, sur des haies (Argot des voleurs). V. Batousier.

Déflorer une fille

Lui enlever son pucelage, — une rose diablement épineuse.

Si fut-il admiré pour masle très-puissant
D’en avoir une nuit défloré demi-cent.

J. De Schélandre.

Déflouer la picouse

Voler chez un blanchisseur le linge étendu.

Déflourer la picouze

Prendre le linge qui est étendu sur des perches dans les prés.

Défourager

S’en aller, quitter un endroit pour un autre.
— Je défourage de la Centrousse pour renquiller à Pantin (Argot des voleurs).

Défourailler

Tomber.

Défourailler

Courir.

Défourailler

Sortir de. prison. — Du vieux mot defors : dehors. V. Babillard.

Défourailler

v. n. Courir, — dans l’argot des voyous.

Défourailler

Courir. — Tomber. — Sortir de prison.

Défourailler

Courir. Sortir de prison. Tomber.

Defourayer

Retirer, Sortir.

Defourrailler

Sortir d’un endroit, d’une prison.

Défoux

Casquette de soie haute de forme que portent les bouchers et dont le prix est de cinq à six francs. Le créateur de cette casquette est le chapelier Défoux. Il y a quarante ans, il y avait une casquette qui se portait que l’on nommait la David, également du nom du fabricant.

Défrimousser

Dévisager. V. Frime.

Défrimousser

v. a. Défigurer quelqu’un, — dans le même argot [des voyous].

Défringué

Débraillé.

Défringuer

Déshabiller, du contraire de fringuer. En se levant on se fringue, et pour se coucher on se défringue.

Défringuer, défrusquer

Prendre des vêtements.

Défriser

Désappointer.

Ce qui nous défrise, c’est que je suis retenu.

P. Lacroix.

Défriser

v. a. Désappointer, contrarier quelqu’un, — dans l’argot du peuple.

Défrusquer

Déshabiller. V. Frusque.

Défrusquer

v. a. Dépouiller quelqu’un de ses vêtements, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Défrusquiner. Se défrusquer. Se déshabiller.

Défrusquer

Se dévêtir, retirer ses frusques.

Défrusquer, Défrusquiner

Déshabiller. — Voler des vêtements.

Défrusquiné

Déshabillé.

Défrusquiner

Déshabiller.

Défrusquiner

Déshabiller. Défrusquiner les momes, voler les habits des enfants.

Défrusquiner

Déshabiller.

Dégaine

s. f. Allures du corps, fourreau de l’âme. — dans l’argot du peuple, qui n’emploie ordinairement ce mot qu’en mauvaise part. Avoir une belle dégaine. Se dit ironiquement des gens qui n’ont pas de tenue, ou des choses qui sont mal faites.

Dégauchir

v. n. Voler.

Dégauchir

Voler.

Dégazonner (se)

Perdre ses cheveux.

Dégel

Mortalité.

Il y aura un rude dégel.

Watripon.

On connaît les effets dissolvants du dégel.

Dégel

Mort. — Dégelé, cadavre. — Dégeler, mourir. — Se dégeler, se suicider.

Dégelée

Volée de coups. — Il y a une chanson de V. Gaucher intitulée la dégelée de 1854, ou la Prise de Bomarsund. — Une volée dégèle ordinairement ce lui qui la reçoit.

Dégelée

s. f. — Coups donnés ou reçus, — dans l’argot des faubouriens.

Dégelée

Série de coups. — Flanquer une dégelée soignée.

Dégeler

v. n. Se déniaiser, se remettre de son émotion, — dans le même argot [des faubouriens]. Signifie aussi : Mourir.

Dégeler

Mourir.

Dégeler

Assassiner.

Dégéler

Mourir par violence en prison.

Dégeler (se)

Se déniaiser, se dégourdir.

Dégeler son membre

L’introduire à moitié roide dans le vagin d’une femme dont la chaleur le force à grossir et à brûler lui-même.

Un jour d’hiver Collas tout éperdu
Vint à Catin présenter sa requête
Pour dégeler son chose morfondu.

Cl. Marot.

Déger

Mort. Dégelé, cadavre.

Dégingandé

adj. s. Qui a mauvaise grâce, au propre et au figuré, — dans l’argot du peuple.

Dégingander (se)

v. réfl. Se donner des allures excentriques et de mauvais goût.

Déglingue (tomber dans la)

Être tout à fait par terre. Plus misérable que les misérables (Argot du peuple). N.

Déglinguer

Détériorer.

Déglinguer

Détériorer. Arracher.

Déglinguer

Déchirer.

Tu viens de nu déglinguer les baguenaudes de mon serouel.

Déglinguer

Abîmer, déchirer.

Dégobillade

s. f. Résultat d’une indigestion, — dans l’argot du peuple.

Dégobillage

Matières rejetées hors de l’estomac. — Dégobiller, vomir. — Pratiquer sa cambrure dans un fort dégobillage escrabouillé sur le trot. Mettre le pied dans un fort dégobillage aplati sur le trottoir.

Dégobiller

v. a. et n. Avoir une indigestion.

Dégobiller

Vomir (Argot du peuple). V. Mettre du cœur sur le carreau.

Dégobiller

Vomir.

Dégobiller

Vomir.

Dégoiser

Parler, causer, dire.

As-tu bientôt fini de dégoiser sur tout le monde. — Je le sais, on me la dégoisé.

Dégommade

s. f. Vieillesse, décrépitude naturelle ou précoce, — dans l’argot du peuple.

Dégommage

Perte d’emploi. — Misère. Allusion aux timbres-poste qui, faute de gomme, ne tiennent pas.

Dégommé

Fané, terni.

Je me rouille, je me dégomme.

Labiche.

Dégommé

Usé, vieilli, flétri. — Comme elle est dégommée. — Infortuné qui a perdu sa place. — Préfet dégommé.

C’est moi qui du coin d’la rue,
J’ta l’premier trognon de laitue
A c’ pouvoir qu’est dégommé.

(L. Festeau, Le Gamin 1834.)

Dégommer

Mourir, cesser de vivre.

Dégommer

Destituer.

Réélu ! — Dégommé !

Gavarni.

Dégommer

v. a. Destituer, casser d’un grade, — dans l’argot des troupiers. Se dégommer. S’entre-tuer.

Dégommer

Surpasser. — Destituer.

Dégommer

Mourir. Dégommé, mort. Quart des dégommés, commissaire des morts.

Dégommer (se)

v. réfl. Vieillir, perdre de ses cheveux, de son élégance, de sa fraîcheur, — au propre et au figuré.

Dégorger

Avouer.

Il devait en jauger plus qu’il n’avait voulu certainement en dégorger.

(L. Cladel, Ompdrailles, Le Tombeau des lutteurs.)

Dégoter

Prendre. Apercevoir. Découvrir. Destituer. Surpasser.

Dégoter

Trouver, voir.

Il y a un mois que je cherchais mon chien, j’ai fini par le dégoter. — J’ai dégoté la femme à Jules au bras d’un amoureux.

Dégoter veut aussi dire faire mieux qu’un autre. On dit encore de quelqu’un qui est mal vêtu : il la dégote mal.

Dégottage

s. m. Action de surpasser quelqu’un en force ou en talent, en esprit ou en beauté. Argot des faubouriens. Signifie aussi : Recherche couronnée de succès.

Dégottage

Supériorité morale ou physique.

Dégottage

Trouvaille.

Dégotter

Trouver quelqu’un ; piller, prendre, enlever.

Dégotter

Surpasser. On disait en 1808 dégoutter, c’est-à-dire : être placé au-dessus de quelqu’un, dégoutter sur lui. V. d’Hautel.

Quel style ! Ça dégotte Mm’ de Sévigné.

Labiche.

Dégotter

v. a. Surpasser, faire mieux ou pis ; étonner, par sa force ou par son esprit, des gens malingres ou niais. Signifie aussi : Trouver ce que l’on cherche.

Dégotter

Surpasser. — Prendre la place d’un autre — Trouver. Dégotter une roue de derrière, trouver une pièce de cinq francs.

D’ailleurs, l’affaire est à moi. Je l’ai dégottée et, de plus, j’ai donné le coup.

(G. Marot, l’Enfant de la Morgue.)

Dégotter

Surpasser.

Dégotter

Se dit de quelqu’un mal habillé.
— Tu la dégottes mal.
Dégotter, signifie également trouver.
— Il y a deux mois que je la cherche, j’ai fini par la dégotter.
Dégotter quelqu’un : faire quelque chose mieux que lui. Victor-Hugo, par exemple dégotte Sarrazin, le poète aux olives (Argot du peuple).

Dégotter (la)

Faire figure, représenter. Il la dégotte mal, il a mauvaise tournure, argot du peuple.

Dégouler

Baisser, diminuer, ralentir, s’en aller. « Le travail dégoule, » — dans le jargon des ouvriers. C’est l’opposé Rabouter.

Dégoulinage

Larmes silencieuses ; eau qui tombe goutte à goutte.

Dégouliner

Couler doucement. — Onomatopée.

V’là au moins la vingtième (larme) qui dégouline sur ma joue.

Ricard.

Dégouliner

v. n. Couler, tomber goutte à goutte des yeux et surtout de la bouche, — dans l’argot du peuple.

Dégouliner

Couler doucement goutte à goutte. Les larmes dégoulinent le long des joues. — Dégouliner ce qu’on a sur le cœur, dire sa façon de penser, se soulager par l’aveu d’un secret. Le mot date de la fin du XVIIIe siècle.

Céline baissa la tête, alors l’autre baissa aussi la tête et une grosse larme lui dégoulina des cils.

(Huysmans, les Sœurs Vatard.)

Dégourdi

Se dit par ironie d’un homme lourd et pâteux.
— J’ai froid, je vais marcher vite pour me dégourdir les jambes.
On dit d’une gamine qui connaît à six ans ce qu’elle devrait ignorer à quinze : elle est dégourdie pour son âge (Argot du peuple).

Dégourdi

Malin. On dit aussi de celui qui est leste : c’est un dégourdi.

Dégourdir

v. a. Émanciper l’esprit ou les sens de quelqu’un, — dans le même argot [du peuple]. Se dégourdir. Se débourrer, se débarrasser de ses allures gauches, de la timidité naturelle à la jeunesse. Signifie aussi : S’amuser.

Dégourdir

Lorsqu’il fait froid, on marche vite pour se dégourdir les membres. On dit aussi à celui qui est mou, mollasse :

Je vais te dégourdir.

Dégoutation

Personnification dégoûtante. (L. Larchey) Une dégoutation d’homme.

Dégoûté (n’être pas)

Prendre le meilleur morceau, choisir la plus jolie femme, — dans le même argot [du peuple].

Dégoûté (n’être pas)

Savoir apprécier, montrer du goût. — Vous aimez les jolies femmes, vous n’êtes pas dégoûté.

Dégouté (pas)

Ambitieux.

Se dit en plaisantant d’un homme qui sans avoir l’air de choisir, prend le meilleur morceau.

d’Hautel, 1808.

« Belle dame, vous êtes joliment jolie ce soir ! je souperais fièrement avec vous. » — « Tu n’es fichtre pas dégoûté. » — Gavarni.

Dégrafée

Prostituée élégante.

Dégraisser

Faire perdre de l’argent. — Dégraisser le hausse, faire perdre de l’argent au patron.

Dégraisser

Voler.

Dégraisser (se)

Maigrir, — dans l’argot du peuple.

Dégraisser un homme

v. a. Le ruiner, — dans l’argot des petites dames, qui trouvent alors qu’il n’y a pas gras dans ses poches.

Dégraisseur

Filou, usurier, — dans le jargon des voyous. Envoyer une bobine chez le dêgraisseur voler une montre.

Dégraisseur

Le garçon de banque qui à chaque échéance vient dégraisser les débiteurs (Argot du peuple). N.

Dégraisseur

Garçon de recettes.

Dégraisseurs

Garçons de recette.

Dégrimonner

S’agiter, se tourmenter, — dans l’argot des bourgeois. (L. Larchey)

Dégringolade

s. f. Ruine, débâcle de fortune, — dans l’argot des bourgeois, témoins des croulements fréquents des parvenus d’aujourd’hui.

Dégringolade

Vol. — Dégringolade à la flûte, vol commis par une fille publique sur la personne d’un client.

Dégringolade

Vol ou assassinat. Mort.

Dégringolade

V. Dégringoler.

Dégringolade

Lorsque les affaires vont en périclitant, c’est de la dégringolade.

Dégringolade à la flûte

Vol commis par une prostituée sur son client.

Dégringolade à la flûte

Vol commis par une fille sur un miché de passage. L’expression flûte est assez significative (Argot des voleurs).

Dégringolé du c. de Marie la salope

Enfant de père inconnu.

Dégringoler

Voler. Dégringoler un aminche, voler un camarade.

Dégringoler

Tomber d’une haute situation dans la misère. Dégringoler un pante : tuer un bourgeois. Dégringoler des hauteurs d’un succès pour tomber dans la médiocrité (Argot du peuple).

Dégringoler

Voler. Si en entrant chez soi on trouve son logement dévalisé, c’est que l’on a été dégringolé.

Dégringoler

Glisser, tomber.

Dégringoler de la mansarde

Sentir mauvais de la bouche.

Dégringoleur, euse

Voleur, euse.

Malgré la réputation de dégringoleuse de la prévenue, le vol du chronomètre n’a pas été suffisamment établi à sa charge.

(Gazette des Tribunaux, août 1884.)

Dégringoleuse

Prostituée qui dévalise.

Dégrossir

v. a. Découper des viandes, — dans l’argot des francs-maçons.

Dégrouper (se)

Se retirer d’un endroit, quitter une société, — dans le jargon du peuple. Dégroupons, faut aller pioncer.

T vas te fair’ dégrouper et p’us vite que ça, vadrouilleux.

Déguelindo

Rot, roter.

Dégueulade, dégueulage, dégueulis

Vomissement. Dégueulage a aussi, dans le peuple, le sens de cravate.

Dégueulas

adj. Dégoûtant, — dans l’argot des faubouriens, qui disent cela à propos des gens et des choses.

Dégueulas

Dégoûtant.

Dégueulas

Chose écœurante à voir.

Dégueulas, dégueulatif, dégueuldif, dégoutatif et emmerdatoire

Individu à l’aspect tellement dégoûtant que sa vue soulève le cœur et donne envie de vomir (Argot du peuple). N.

Dégueulasse

Dégoûtant.

Dégueulatif

Être, objet dégoûtant, dont la vue fait vomir.

Vos pareils ont l’habitude vraiment dégueulative d’attendre les filles du peuple à la sortie des ateliers.

(L’art de se conduire dans la société des pauvres bougres, 1879.)

Dégueulatoire

Repoussant, dégoûtant, qui donne envie de dégueuler.

Dégueulbite, Dégueulboche

Dégoûtant, — dans le jargon des voyous. Dérivés de dégueulis.

Dégueuler

v. a. et n. Avoir une indigestion, — dans l’argot du peuple.

Dégueuler

Dénoncer ses complices.

Dégueulis

s. m. Résultat d’une indigestion.

Dégueulis

Matières rejetées hors de l’estomac. Mot à mot : au-delà de la gueule.

Dégui

s. m. Déguisement — dans l’argot des voleurs.

Dégui

Déguisement. Signalement.

Dégui

Abréviation de déguisement (Argot des voleurs).

Déguiser (se) en cerf

Fuir.

Déguiser en cerf

Prendre la fuite.

Déguiser en cerf (se)

v. réfl. Se retirer avec plus ou moins d’empressement, — dans l’argot des faubouriens.

Déguiser en cerf (se)

Se sauver le plus rapidement possible.
— Je t’invite à un bal masqué, quel costume prendras-tu ?
— Je me déguise en cerf.
Mot à mot : Je n’y vais pas (Argot du peuple). N.

Déguismar

Déguisement. Variantes : Déguis, déguisemuche, déguisemince.

Déhotter

Partir.

Deïe

Foule, monde, attroupement.

Déjeté

adj. Individu mal fait, laid, maigre, dégingandé, — dans l’argot des ouvriers. N’être pas trop déjeté. Être bien conservé.

Déjeté

Homme courbé par le malheur ou la maladie, affaissé moralement ou physiquement. Femme déjetée, femme sur le retour.

Déjeté

Laid. Mal venu. Ne pas être déjeté, avoir bonne mine, être joli, bien fait.

Déjeté

Décrépit.

Déjeter

Mal, vilain. Une femme d’un certain âge, bien conservée, n’est pas toujours à déjeter.

Déjeuner à la fourchette

Se battre en duel. C’est le matin qu’on se rend, en effet, généralement sur le terrain ; mais comme dans le métier militaire on se bat parfois pour des motifs futiles et qu’avec les précautions prises, le duel n’a, la plupart du temps, aucun résultat fâcheux, il n’est pas rare que l’incident soit suivi d’un véritable déjeuner à la fourchette.

Déjeuner de perroquet

s. m. Biscuit trempé dans du vin, qui permet d’attendre un repas plus substantiel. Argot des bourgeois.

Déjeuner de soleil

Objet de peu de durée : s’emploie surtout en parlant d’une étoffe mauvais teint.

C’est un déjeuner de soleil.

Delader

Ne pas être heureux.

Deleatur

s. m. Signe ayant à peu près la forme d’un delta grec, et par lequel on indique, dans la correction des épreuves, ce qui est à retrancher. Ce mot qui est la troisième personne sing. du présent du subjonctif passif du verbe latin delere, effacer, signifie : qu’il soit effacé.

Délibérable (un)

Pour libérable.

Délicat et blond

adj. Se dit ironiquement d’un gandin, d’un homme douillet, quelles que soient la couleur de ses cheveux et la vigueur de son corps. L’expression date d’un siècle.

Délicoquentieusement

Délicieusement. — V. Supercoquelicantieux.

Pour y retrouver un Arthur delicoquentieusement séducteur.

Ed. Lemoine.

Délicoquentieusement

adv. Merveilleusement, — dans l’argot des coulisses.

Delige

Voiture publique (Vidocq). — Abrév. de diligence.

Délige

s. f. Diligence, — dans l’argot des voyous, qui ne parlent pas toujours diligentissimè.

Délirant

Charmant.

Je ne vous connaissais pas ce bracelet, Cydalise ; il est délirant.

(Al. Karr, Les Femmes.)

Déluber

Commencer, débuter. C’est la dislocation de ce dernier mot.

Demain

Jamais. — Terme ironique. — Demain ne sera jamais aujourd’hui.

Démancher (se)

Se donner grand mouvement.

Et d’la façon dont j’me démanche, On nous verra requinqués à la papa.

Duverny, Chanson, 1813.

Démancher (se)

Se remuer beaucoup, se donner beaucoup de mal, souvent inutilement. Argot du peuple.

Démantibuler

v. a. Briser, disjoindre. Même argot [du peuple]. C’est démandibuler qu’il faudrait dire ; la première application de ce verbe a dû être faite à propos de la mâchoire, qui se désarticule facilement. Se démantibuler. Se séparer, se briser, — au propre et au figuré.

Démantibuler (se)

Se battre, chercher à se casser un ou plusieurs membres.

Démaquiller

Défaire. V. Maquiller.

Démaquiller

v. a. Défaire une chose faite ou convenue, — dans l’argot des voleurs.

Démaquiller

Décommander, défaire, renoncer à, — dans le jargon des voleurs.

Démaquiller

Défaire une chose convenue ou faite.

Demarcouser

Démarquer.

Démarger

v. a. S’en aller, disparaître, s’enfuir, — dans le même argot [des voleurs]. On disait autrefois Démurger.

Démarquage de linge

« Il s’est adonné tout bonnement à un genre d’exercice qu’en argot du métier (de journaliste) nous appelons un démarquage de linge. Il a taillé, coupé, rogné dans notre article sans nous citer. » (H. de Villemessant, Figaro du 6 août 1877.)

Démarquer le linge

Se parer des plumes, non, de la plume d’un confrère en journalisme.

Démarqueur de linge

Journaliste qui s’approprie l’article d’un confrère en changeant quelquefois un peu la rédaction. Par laconisme on dit démarqueur.

M. de P. est ce qu’on peut appeler un de nos bons démarqueurs.

(H. de Villemessant, Figaro du 6 août 1877.)

Dans une autre acception, démarqueur sert à désigner celui qui ôte les marques d’un objet dans un but de tromperie ou de vol. (Littré, Supplément au Dict. franc.)

Démarqueur de linge

Homme de lettres qui pille ses confrères sans façon. Démarquer un article de journal : changer simplement les phrases. Allusion aux voleurs qui démarquent le linge avant de le bazarder au fourgat (Argot du peuple).

Démarrer

v. n. S’en aller ; quitter une place pour une autre, — dans l’argot du peuple, qui a emprunté ce mot au vocabulaire des marins.

Démarrer

Quitter un lieu après une longue station. Les soûlots démarrent péniblement de chez le mastroc, les ivrognes s’en vont avec peine de chez le marchand de vin.

Dématé

Jeter quelqu’un par terre.

Déménager

Faire des extravagances, agoniser. — Ces deux sens étaient connus de d’Hautel.

Déménager

v. n. Perdre la raison, le bon sens, le sang-froid, — dans le même argot [du peuple]. Signifie aussi : Être vieux, être sur le point de partir pour l’autre monde.

Déménager

Déraisonner.

Je craignais que dans le changement de domicile sa tête n’eût déménagé la première.

(E. Pelletan, La Nouvelle Babylone.)

Déménager à la ficelle

Déloger clandestinement par la fenêtre en descendant certains objets à l’aide d’une ficelle. — Mettre les ficelles : Garrotter.

Déménager à la ficelle

v. n. À l’insu du propriétaire, la nuit, avec ou sans cordes, par la fenêtre ou par la porte, — dans l’argot des bohèmes, pour qui le dieu Terme est le diable. On dit aussi Déménager à la cloche de bois.

Déménager avant le terme

Faire un Lapsus linguæ, « mettre la charrue devant les bœufs ». Argot du peuple.

Déménager par la cheminée

v. n. Brûler ses meubles lorsqu’on a reçu congé, — dans le même argot [du peuple].

Demi stroc

Demi-setier (Vidocq). — Diminutif corrompu du même mot.

Demi-aune

« Il y avait deux heures que je tendais ma demi-aune sans pincer un radis. »

Luc Bardas.

Demi-aune

s. f. Bras, — dans l’argot des faubouriens. Tendre la demi-aune. — Mendier.

Demi-aune

Le bras. Les mendiants disent :
— Je tends la demi-aune.
C’est une façon de ne pas avoir l’air que l’on tend la main (Argot des mendiants).

Demi-cachemire

s. m. Fille ou femme qui est encore dans les limbes de la richesse et de la galanterie, et qui attend quelque protection secourable pour briller au premier rang des drôlesses. Au XVIIIe siècle, en appelait ça Demi-castor. Les mots changent, mais les vices restent.

Demi-castor

Femme de moyenne vertu.

Deux de ces filles qu’on appelle dans le monde demi-castors, se trouvèrent, par hasard, assises près de moi l’autre jour au jardin des Tuileries.

(Correspondance secrète.)

Demi-Castor

« Demi-castor est devenu un terme courant sous lequel on désigne une personne suspecte, équivoque, sous des dehors soignés ; mais en grattant le castor on trouverait le lapin. »

(Figaro, janvier 1887.)

Demi-castor, demi-poil

Demi-vertu.

Demi-jetée, demi-pile

Cinquante francs.

Demi-mondaine

s. f. Femme du demi-monde, — dans l’argot des gens de lettres.

Demi-monde

Une femme demi-monde est celle qu’on appelait en 1841 une femme déchue, — née dans un monde distingué dont elle conserve les manières sans respecter les lois. Le succès d’une pièce de Dumas fils a créé le nouveau mot. On a créé par analogie ceux de meilleur monde, et de quart de monde.

On écrit en toutes lettres que vous régnez sur le demi-monde. — C’est fort désagréable pour moi.

A. Second.

Demi-monde

s. m. Sphère galante de la société parisienne, dans l’argot de M. Alexandre Dumas fils, qui a fait une pièce là-dessus.

Demi-poil

Demi-vertu.

Allez donc établir une distinction quelconque entre une marquise célébrée par les reporters de salon et une fille de demi-poil.

(L. Chapron.)

Demi-récolte

Personne petite, naine, chétive. On dit dans le peuple :
— Sa mère devait être concierge, un locataire aura demandé le cordon au bon moment (Argot du peuple). V. Bas du cul.

Demi-stroc

Demi-setier.

Demi-stroc

Demi-setier.

Demi-supe, demi-supérieure

Demi-bouteille de vin de qualité supérieure, vin d’extra.

Demi-tour

Jargon des élèves de l’école de Saint-Cyr. Le demi-tour est une sorte de brimade qui consiste à jeter bas de leurs lits les nouveaux élèves et à renverser leur literie.

Le soir, les élèves se livrèrent à ce qu’ils appellent le demi-tour.

(Événement, juillet 1884.)

Demi-vertu

Femme qui n’est pas encore fille.

Et ces d’mi-vertus à panache,
Tendres à cent êcus par mois.

E. Debraux.

Demi-vertu

s. f. Demoiselle qui est devenue dame de son propre chef, sans passer par l’église ni par la mairie : la chrysalide d’une fille.

Demi-vertu

Personne du sexe faible dont la vertu a subi, une fois au moins, le feu des enchères de l’amour.

Démoc

s. m. Apocope de Démocrate, — dans l’argot du peuple. Démoc-soc. Démocrate socialiste.

Démoc-soc

Démocrate socialiste. — Abréviation.

Messieurs les Démocs-socs, vous voyez si vos menaces m’ont effrayé.

Chenu.

Démoc-soc

Démocrate socialiste. En 1848, les démocs-socs étaient ce que sont aujourd’hui les radicaux, l’épouvantail de la bourgeoisie.

Demoiselle

Fille, dirait le portier de Prud’homme — qui est encore garçon, — parce qu’elle n’est pas mariée. — Se dit aussi pour pucelle.

Par hasard la trouvant d’moiselle,
A son pèr’ je d’mandai la belle.

E. Debraux.

Demoiselle

Bouteille. Foutre un soufflet à la demoiselle, qu’on lui en voit le derrière, vider une bouteille d’un coup en buvant à la régalade.

Demoiselle

Bouteille de vin. La petite fille est la demi-bouteille.

Demoiselle

Demi-bouteille de vin rouge.

Demoiselle de paveur

Sorte de pilon en bois garni à sa base d’un fort morceau de fer. Il sert à enfoncer les pavés pour égaliser la rue. Ce pilon a deux anses en forme de bras ; pour le soulever, les paveurs le prennent par les bras. Allusion au bras que l’on donne aux demoiselles. Elles sont généralement moins dures à soulever que la demoiselle du paveur (Argot du peuple). N.

Demoiselle de paveur

Outil à l’usage des paveurs pour enfoncer les pavés. La femme qui tient les bras en cerceau a les bras comme une demoiselle de paveur.

Demoiselle des tuileries

Vieille fille en quête d’un mari.

La demoiselle des Tuileries appartient aux Tuileries à titre de meuble, comme la statue de Méléagre ou comme celle de Spartacus. — Elle avoue vingt-cinq ans et en a trente bien sonnés. Elle est arrivée à cette époque fatale de la vie ou l’on dit : Voilà une femme qui a dû être fort bien. De trente à trente-cinq ans, elle dissimule la tristesse qui la gagne, elle s’efforce de sourire. Quand elle voit passer à sa portée un bel enfant avec des cheveux blonds, elle l’attire a elle, l’embrasse tendrement et pousse un profond soupir qui veut dire : J’aurais été si bonne mère ! — Les trente-cinq ans arrivent : oh ! alors, c’est l’énergie du désespoir, c’est la rage, une fureur. La demoiselle des Tuileries s’accroche à tout ; elle est prête à tout ; elle épousera, si on le veut, avec un égal empressement, un jeune homme de dix-huit ans qui veut s’émanciper, ou un vieillard qui cherche une garde-malade… — À quarante ans, le rôle de la demoiselle des Tuileries est fini ; elle prend le mariage en horreur, elle est vieille fille et restera vieille fille…

E. Glorieux.

Demoiselle du pont-neuf

Fille ou femme sur le ventre de qui tout le monde passe, a passé, ou passera.

Demoiselle du Pont-Neuf

s. f. Femme banale dans le cœur de laquelle tout le Paris galant a le droit de circuler.

Demoiselles (ces)

Nom générique donné à toutes les femmes qui, de près ou de loin, touchent au métier ou à l’art de la prostitution. « Ces demoiselles ont été successivement appelées : Lorettes, Filles de marbre, Dames aux camélias, Biches, Cocottes, autant de mots que l’on chercherait en vain dans le dictionnaire de l’Académie. » (G. Claudin, Paris et l’Exposition.) Le succès de la Dame aux camélias, pièce de M. A. Dumas fils, valut à ces demoiselles l’honneur d’un nouveau baptême. En souvenir de l’héroïne de la pièce — qui méritait mieux — elles furent sacrées : dames aux camélias. Le prototype a existé sous le nom de Marie Duplessis « Remarquablement jolie, grande, médiocrement faite, ignorante, sans esprit, mais riche d’instinct. Ex-paysanne normande, elle s’était composé une généalogie nobiliaire, et, de son autorité, rapprochait d’un nom historique son nom légèrement modifié. » (N. Roqueplan, Purisme.)

Démolir

Maltraiter quelqu’un en actes, en paroles, en écrits.

Deux champions prononçant la phrase sacramentelle : Numérote tes os que je les démolisse.

Th. Gautier, 1845.

Ruffard la dansera, c’est un raille à démolir.

Balzac.

On démolissait Voltaire, on enfonçait Racine.

L. Reybaud.

Démolir

v. a. Critiquer âprement et injustement, — dans l’argot des gens de lettres, qui oublient trop qu’il faut quelquefois dix ans pour bâtir un livre.

Démolir

v. a. Tuer, — dans l’argot des faubouriens, qui oublient trop qu’il faut vingt ans pour construire un homme.

Démolir

Assassiner.

Démonétiser

v. a. Attaquer la réputation de quelqu’un et le ruiner, — dans l’argot du peuple. Se démonétiser. Se discréditer, s’amoindrir, se ruiner moralement.

Démonétiser

Perdre quelqu’un de réputation. — Se démonétiser, ne laisser à personne autre qu’à soi-même le soin de se perdre de réputation.

Démonter son chouberski

Mourir. L’expression n’est pas juste, on devrait plutôt dire : monter son chouberski, car chacun sait que ce poêle n’a rien de commun avec l’elixir de longue vie (Argot du peuple). N.

Démorfillage

Action de démarquer une carte, c’est-à-dire enlever les signes, traits d’ongles, points de repère que les grecs font aux cartes qu’ils veulent reconnaître.

Je vas leur z’y en coller du démorfillage.

(A. de Caston, Les Tricheurs.)

Démorfiller

Démarquer une carte, — dans le jargon des grecs.

Démorganer

Se rendre à une observation. — Mot à mot : perdre de sa morgue.

Démorganer

v. n. Se ranger à un avis, se rendre à une observation, — dans l’argot des voleurs.

Démorganer

Accepter une observation. Comprendre que la morgue est inutile (Argot du peuple).

Demorre

Homme (Argot des voleurs).

Demurger

Fuir. Cette expression est fréquemenent employée par les souteneurs au cours d’une bataille :
— Voilà la rousse, demurge ou y vont te faire chouette. La copaille va rendre l’affe, il est saigné au bon coin (Argot des voleurs).

Démurger

S’en aller.

Démurger

S’en aller.

Démurger

S’en aller.

Démurger

S’en aller.

Démurger

Sortir de prison. — Démurger sans caserne, sortir de prison sans savoir où aller coucher.

Démurger

Sortir, s’en aller.

Je ne veux pas de clients comme vous, il faut démurger de chez moi. — Allez, démurgez !

Démurger

S’enfuir.

Denaille (Saint)

Saint-Denis.

Dénicheur de fauvettes

Libertin, dont l’unique occupation est de faire la chasse aux connins, de dénicher les pucelages pour son propre compte.

Dénicheur de fauvettes

s. m. Coureur de filles, — dans l’argot du peuple.

Dénicheur de fauvettes

Terme ironique employé pour se moquer d’un individu qui se vante de prendre la virginité des filles (Argot du peuple). V. Dépuceleur de nourrices.

Dent (avoir de la)

Être encore beau cavalier ou jolie femme, — dans l’argot de Breda-Street. Les petites dames de ce pays cythéréen qui veulent donner a rêver aux hommes disent aussi : Seize ans, toutes ses dents et pas de corset.
Mal de dents. Mal d’amour. N’avoir plus mal aux dents. Être mort.

Dent creuse (ne pas en avoir pour sa)

Avoir très peu de chose à manger ; avoir une très petite portion sur son assiette. (Oudin.) Un pilon de volaille, merci, j’en ai seulement pas pour ma dent creuse. N’a pas cessé d’être usité.

Dentelle

Billet de banque.

Dentelle (de la)

Billets de banque. — C’est un girondin calé qu’a de la dentelle à faire péter son porte-mince.

Dentelle de milled

Billet de 1.000 fr.

Dents (avoir toutes ses)

Être à l’âge de raison, à cet âge où l’on peut mordre son voisin et au besoin sa voisine.

Dents ne lui font plus mal (les)

Il est mort depuis longtemps.

Dépagnotter (se)

Se quitter.

Dépailler

Jusqu’ici cette expression élait employée pour dire qu’une chaise n’avait plus de paille : elle était dépaillée. Dans les quartiers pauvres, les ouvriers n’ont généralement pas de sommiers ; ils couchent sur des paillasses garnies de paille de seigle ; quand un propriétaire, un vautour impitoyable, veut les faire expulser, ils disent :
— Tu peux aller chercher le quart et tous ses sergots. tu ne me feras pas dépailler.
Mot à mot : abandonner ma paille (Argot du peuple). N.

Déparier

Avoir le délire, — dans le jargon des garde-malades.

Déparler

v. n. Cesser de parler, — dans l’argot du peuple. Ne pas déparler. Bavarder fort et longtemps.

Déparler

v. n. Ne pas savoir ce que l’on dit, parler d’une chose que l’on ne connaît pas. Argot des faubouriens.

Département du bas-rein

s. m. La partie du corps sur laquelle on s’assied, et qui depuis des siècles a le privilège de servir d’aliment à ce qu’on est convenu d’appeler « la vieille gaieté gauloise ». L’expression appartient à l’argot des ouvriers, loustics de leur nature.

Département du bas-rein

Partie de l’être humain qui a quelquefois besoin de ronds hygiéniques comme certains yeux ont besoin de lunettes. — La cible à tant de plaisanteries surannées.

Dépendeur d’andouilles

s. m. Homme d’une taille exagérée, — dans l’argot du peuple.

Dépendeur d’andouilles

Homme grand comme une perche à houblon. Allusion à ce qu’il pourrait sans échelle dépendre les andouilles suspendues au plafond (Argot du peuple).

Dépendeur d’andouilles

Imbécile.

Dépenser sa salive

v. a. Parler, — dans le même argot [du peuple]. On dit aussi Perdre sa salive, dans le sens de : Parler inutilement.

Dépenser sa salive

Parler-On dit de quelqu’un de taciturne : En voilà un qui a peur de dépenser sa salive.

Dépenser sa salive

Orateur qui parle à un auditoire distrait ; il parle en pure perte et dépense sa salive inutilement. On dépense sa salive à vouloir convaincre quelqu’un qui ne veut rien savoir (Argot du peuple). N.

Dépenser ses côtelettes

Tirer un coup, parce que le sperme est le résultat de la nourriture absorbée. — Cette expression a été employée pour la première fois dans une nouvelle à la main du Figaro, dont le parquet a ri — sans la poursuivre comme outrage à la morale publique. Une dame avait un amant pauvre, qu’elle invitait souvent à dîner chez elle, afin de lui confectionner un sperme de bonne qualité et de le forcer à bander en temps utile. Un jour elle s’aperçut qu’il la trompait pour une autre femme ; elle s’en plaignit amèrement à une de ses amies, en disant : « Il va dépenser ailleurs les côtelettes qu’il mange chez moi ! »

Dépiauler

Découvrir le domicile.

Dépiauter

v. a. Enlever la peau, l’écorce, — dans le même argot [du peuple]. Se dépiauter. S’écorcher. Signifie aussi Se déshabiller.

Dépiauter

Battre fortement. Mot à mot : enlever la peau comme à un lapin ; faute de mieux, se contenter d’enlever les vêtements.

Dépiauter

Synonyme de dépouiller. Terme commun.
— Je me déshabille, je me dépiaute.
Quand les voleurs s’en veulent pour un motif quelconque, ils tentent de s’arracher la peau. Mot à mot : se dépiauter comme un lapin (Argot des souteneurs).

Dépieuter

Sortir du lit, du pieu.

Dépioter

Enlever la peau.

Si monsieur croit que c’est commode… on se dépiote les pouces.

P. de Kock.

Dépiotter

Ôter, enlever, priver quelqu’un de quelque chose.

Dépité

Ennuyé, éprouver du dépit, dans le sens de déception. Dans le peuple on applique cette expression aux députés non réélus. Le mot français est devenu un mot d’argot.
— C’est un dépité de la Seine ou d’ailleurs.
On dit encore qu’il a été dépoté, prenant la Chambre pour un pot. Ou bien :
— Les électeurs l’ont enfin déporté (Argot du peuple). N.

Déplanquer

Ôter, découvrir, dégager du Mont-de-Piété.

Déplanquer

Déterrer.

Déplanquer

Exhiber (Vidocq). V. Vague.

Déplanquer

v. a. Retirer des objets d’une cachette ou du plan, — dans l’argot des voleurs.

Déplanquer

Retirer un objet caché, — dans le jargon des voleurs.

Déplanquer

Quand un voleur est en prison, il est en planque. Il est également en planque quand il est filé par un agent ; quand il sort de prison ou quand il grille l’agent, il se déplanque (Argot des voleurs). V. Déplanqueur.

Déplanquer

Sortir de prison.

Déplanquer son faux centre

Être condamné sous un nom d’emprunt.

Déplanqueur

Complice qui déterre les objets volés pendant que son camarade subit sa peine. C’est un usage chez les voleurs d’enterrer pour les soustraire à la justice, les objets volés ; au moins s’ils subissent une peine ils ne font pas du plan de couillé (Argot des voleurs).

Déplceleur de femme enceinte

V. Enfonceur de porte ouverte.

Déplumé

s. m. et a. Homme chauve, — dans l’argot des faubouriens.

Déplumé

Sénateur. La cambuse aux déplumés, le sénat, — dans le jargon du peuple.

Déplumé

Celui qui n’a plus ou peu de cheveux.

Déplumé

Chauve.

Déplumer (se)

v. réfl. Perdre ses cheveux.

Déplumer (se)

Perdre ses cheveux. — Déplumé, chauve.

Déponer

v. n. Levare ventris onus, — dans l’argot du peuple, pour qui le derrière est le ponant du corps.

Déponer

Levare ventris onus. A. D. Nous voilà suffisamment renseigné si on ajoute pour comprendre que déponer vient de ponant, derrière, et que déponer est synonyme de débourrer. Quand un individu vous cramponne par trop, on l’envoie… déponer sur la planche où il met son pain (Argot du peuple).

Déponner, Dépousser

Sacrifier à Domange, — dans l’ancien argot.

Déporter

Renvoyer, — dans le jargon des ouvriers. — Être déporté, être renvoyé de l’atelier.

Déporter

Renvoyer quelqu’un de chez soi ou le mettre à la porte, c’est le déporter.

Déposer un kilo

Faire ses nécessités, — dans le jargon des ouvriers qui disent encore, sans respect pour le suffrage universel : Déposer son bulletin, déposer un bulletin dans l’urne.

Déposer une pêche

v. a. Levare ventris onus, — dans l’argot des ouvriers. Ils disent aussi Déposer un kilo.

Dépôt

Dépôt de la préfecture de police.

Dans le siècle dernier, ce dépôt (spécialement affecté aux prostituées) portait le nom de salle ou de maison Saint-Martin ; il était situé rue du Verbois, au coin de la rue Saint-Martin.

(Parent-Duchatelet.)

En 1785 les prostituées furent dirigées sur l’hôtel de Brienne dit la Petite-Force. Depuis 1798 elles sont consignées au dépôt général de la préfecture de police. — On envoie au Dépôt les individus mis en état d’arrestation par ordre du commissaire de police. On les transporte du violon au Dépôt dans le panier à salade. Ils y restent jusqu’à ce que le juge d’instruction ait statué sur leur sort.

Dépôt

Prison située sous le Palais de Justice, où l’on conduit par le panier à salade tous les individus arrêtés par les agents. C’est un lieu infect, indigne de notre époque, en raison de la promiscuité des détenus et de l’absence d’air et de lumière. Ce n’est pas dépôt que l’on devrait dire, mais bien dépotoir, car il y passe annuellement 67 000 individus. Environ 13 000 vagabonds et 22 000 filles publiques. Je ne compte pas les voleurs qui ont horreur de ce lieu de détention surnommé la Cigogne (Argot des voleurs). N.

Dépoter

Accoucher.

Une tante qui, sans être sage-femme, était experte en ce genre d’ouvrage, dépota l’enfant.

(Huysmans : À vau-l’eau.)

Dépotoir

s. m. Confessionnal, — dans l’argot des voleurs, qui ont de rares occasions d’y décharger leur conscience, pourtant bien remplie d’impuretés.

Dépotoir

s. m. « Pot qu’en chambre on demande », — dans l’argot des faubouriens. Signifie aussi Coffre-fort.

Dépotoir

s. m. Prostibulum, — dans l’argot des voyous.

Dépotoir

Confessionnal, — dans le jargon des voleurs.

Dépotoir

Pot de chambre.

Dépotoir

Confessionnal. C’est bien en effet un dépotoir, puisque l’on y laisse ses ordures, une fois l’absolution reçue. (Argot des voleurs). V. Comberge.

Dépôts " consignations (caisse des)

Lieux d’aisances, en style d’employés des grandes compagnies financières.

Dépousser

Faire ses nécessités.

Dépuceler une fille

La débarrasser, à coups de pine, du fardeau de sa virginité ; briser la cloison de l’hymen pour entrer dans son divin retrait, — où déjà, peut-être, est entré l’indiscret médium.

Il trouve son écolière sur le lit, qui l’attendait, dont il jouit à son souhait, et la dépucelle.

Mililot.

Il vaut mieux dépuceler une garce que d’avoir les restes d’un roi.

Brantôme.

Çà donc, mon cœur et ma rebelle,
Çà mon âme, çà mes amours,
Qu’à ce coup je vous dépucelle.

(Cabinet Satyrique.)

La nouvelle mariée fit pourtant si bien qu’elle dépucela son mari.

Tallemant des Réaux.

Dépuceleur de femmes enceintes

Fanfaron en fait de galanterie, don Juan grotesque.

Dépuceleur de nourrice

Fanfaron qui s’imagine avoir trouvé la pie au nid et qui y trouve souvent une chose désagréable. (Argot du peuple).

Dépuceleur de nourrices

Fat qui joue au don Juan, qui prétend avoir mis à mal une infinité de pauvres innocentes, et qui n’a jamais baisé que des gourgandines.

Dépuceleur de nourrices

s. m. Fat ridicule, cousin germain de l’amoureux des onze mille vierges, — dans l’argot du peuple, qui n’aime pas les Gascons.

Der

s. m. Apocope de dernier, — dans l’argot des écoliers.

Dérailler

Sortir de son sujet, perdre le fil d’un discours — Dans le vocabulaire de l’amour, c’est… dame, c’est difficile à dire, quoique le sens soit le même.

Dérailler

Divaguer.

Déralinguer

Mourir. — Terme de marine.

Déralinguer

v. n. Mourir, — dans l’argot des marins d’eau salée et d’eau douce.

Dernier (avoir le)

Avoir le dernier mot. V. Double.

Dernier de M. de Kock

« Ce mot a signifié cocu pendant quinze jours. En ce temps, il venait de paraître un roman de M. Paul de Kock intitulé le Cocu. Ce fut un scandale merveilleux… Il fallait bien pourtant se tenir au courant et demander le fameux roman. Alors (admirez l’escobarderie !) fut trouvée cette honnête périphrase : Avez-vous le dernier de M. de Kock ? » — Th. Gautier. — « Le mari. — Et de cette façon je serais le dernier de M. de Kock, minotaure, comme dit M. de Balzac. » — Id.

Dernière faveur (la)

Ainsi appelait-on, au XVIIIe siècle, la complaisance qu’une femme avait de prêter son derrière à un homme après lui avoir prêté son devant. Cela résulte clairement de ce passage des Tableaux des mœurs du temps, de La Popelinière :

— Comment donc, comtesse, vous ne lui avez pas encore accordé la dernière faveur ! — Non certes, je m’y suis toujours opposée. — Cela vous tourmentera et lui aussi, ma petite reine ; il faut bien que vous fassiez comme les autres.. Les hommes sont intraitables avec nous jusqu’à ce qu’ils en soient venus là.

(Dialogue XVII.)

Aujourd’hui, la Dernière faveur, dans le langage de la galanterie décente, c’est la coucherie pure et simple — et c’est déjà bien joli.

Dérober

Argot de turf. Un cheval se dérobe quand il s’écarte de la piste.

Dérondiner

Payer.

Dérondiner

Payer, — dans l’ancien argot.

Dérondiner

Un sou se nommant un rond, de là l’expression pour indiquer que l’on s’en sépare en payant :
— Je me dérondine tous les jours pour sorguer (Argot du peuple).

Dérondiner

Payer. De celui qui est avare, qui ne sort pas ses ronds (sous) de son porte-monnaie on dit qu’il n’est pas facile de le faire dérondiner.

Dérouiller

Recouvrer sa souplesse, se mettre au fait d’un service L. L. Dérouiller : enlever la rouille d’une pièce de fer ou d’acier. Dérouiller : perdre ses habitudes casanières pour reprendre ses relations. Dérouiller a dans le peuple une autre signification. Pour dérouiller, ce n’est pas le papier émeri qui est employé, mais la première femme venue (Argot du peuple). N.

Dérouiller

Il paraît que c’est pour avoir dérouillé que Adam et Eve furent chassés du Paradis.

Dérouiller

Vendre.

Déroyaliser

v. a. Détrôner un roi, enlever à un pays la forme monarchique et la remplacer par la forme républicaine. L’expression date de la première Révolution et a pour père le conventionnel Peysard.

Déroyaliser

Renverser un souverain de son trône. Enlever à un roi la couronne de dessus la tête, et quelquefois la tête, avec la couronne.

Derrière (enlever le)

Donner un coup de pied au derrière.

Derrière (le)

Le cul, soit de la femme, soit de l’homme.

Et pour peu que, d’un air tendre,
On dirige un doigt savant,
On les voit se laisser prendre
Le derrière et le devant.

Charles Monselet.

Phœbus, au bout de sa carrière,
Put les apercevoir tous deux,
Le brigadier dans le derrière
Agitant son membre nerveux.

(Parnasse satyrique.)

Pour offrir
Son devant aux madames,
Son derrièr’ ferme et doux
Aux époux.

(Chanson anonyme moderne.)

Derrière le poêle

V. Il n’y en a pas !

Derrière le premier (se lever le)

Se lever de mauvaise humeur. — Être de mauvaise humeur dès le matin.

Des dattes

Celui qui vous répond des dattes à une demande que vous lui faites, oppose un refus.

Tu offres un vermouth ? Oh ! des dattes. — On t’a promis telle chose, si tu comptes dessus, c’est comme des dattes.

Désarçonné (être)

Ne plus bander, pour avoir trop bandé ; — femme, faire déconner son fouteur.

L’étudiant qui n’est pas encore désarçonné.

Henry Monnier.

Je désarçonnai mon cavalier, qui n’avait pas encore fini sa course.

(Meursius.)

Désargoter

Faire le malin.

Désargoter

Déniaiser, — s’ingénier, — dans le jargon des voleurs. — Désargoté, malin.

Désargoter

Déniaiser. Désargoté, malin.

Désarrer

S’enfuir.

Désatiller

Châtrer.

Désatiller

v. a. Châtrer, — dans l’argot des voleurs.

Désatiller

Châtrer (Argot des voleurs).

Désatiller

Châtrer.

Desbrouf

Vivement.

Descendre

Aller faire la rue, dans l’argot des filles de bordel, qui descendent le plus souvent qu’elles peuvent, afin d’être montées d’autant.

Va t’êt’ onze heures, j’ descends pus… Nous allons nous coucher, dis, veux-tu ?

Henry Monnier.

Descendre

Tuer, faire tomber.

J’ajuste le Prussien et je le descends.

M. Saint-Hilaire.

Descendre

v. a. Tuer, abattre d’un coup de fusil, — dans l’argot des soldats et des chasseurs.

Descendre

Faire tomber ; tuer d’un coup de fusil. — Descendre la garde, mourir.

Descendre

Expression théâtrale en usage dans les répétitions. C’est aller dans la direction de la rampe. — Terme de turf ; quand un cheval appelé à courir acquiert une plus value, on dit qu’il descend, parce qu’en effet la proportion dans laquelle on pariait contre lui tombe. Ainsi, un cheval qui hier était coté à 7 contre — 1, et qui est aujourd’hui à 5 contre — 1 est un cheval qui descend (Littré.)

Descendre

Mourir. Mettre hors de combat. Tuer.

Descendre

Assassiner.

Descendre à la cave

Il y a des gens qui n’aiment pas y descendre, ils prétendent que c’est une cave qui est située trop près de la fosse d’aisances.

Descendre à la crémerie

Cette expression est employée par les filles qui n’aiment pas les hommes ; elle est suffisamment claire. Par la satisfaction qu’elles éprouvent, elles boivent du lait non écrémé (Argot des filles). V. Accouplée. N.

Descendre des travaux

Argot ouvrier. Travailler d’arraché pied.

Le patron avec qui nous avons traité… était étonné de la façon dont nous avons descendu les travaux…

(Enquête de la Commission extraparlementaire des associations ouvrières.)

Descendre la garde

Mourir. — Mot à mot : n’être plus de service.

Amis, quand la camarde
M’fera descendre la garde.

Festeau.

Descendre la garde

v. n. Mourir,-— dans l’argot du peuple.

Descendre la garde

Mourir (Argot du peuple).

Descendre son crayon sur la colonne

Administrer une volée de coups de canne, — dans le jargon des voyous.

Descente de gosier

Avoir une soif perpétuelle. Pochard jamais rassasié (Argot du peuple).

Descente de lit

s. f. Lion que l’esclavage a abruti et qui se laisse donner des coups de cravache par son dompteur sans protester par des coups de griffes.

Descente de lit

Femme facile, qui se couche au moindre signe. Synonyme de paillasse (Argot du peuple). N.

Désenbonnetdecotonner

v. a. Débourgeoiser, donner de l’élégance à quelqu’un ou à quelque chose. Le mot est de Balzac.

Désenflaquer

Se tirer d’une situation difficile. Mot à mot : se tirer d’une flaque.

Désenflaquer

Se tirer d’un mauvais pas. Mot à mot : sortir de la merde. Un prisonnier est enflaqué ; le désenflaquer, c’est lui rendre la liberté (Argot des voleurs).

Désenflaquer (se)

Se désem…nuyer, — dans l’argot des faubouriens.

Désenflaquer (se)

Se tirer de peine, et aussi de prison, — dans l’argot des voleurs.

Désenfrusquiner (se)

Se déshabiller, — dans l’argot des faubouriens.

Désennuyeur

Terme réservé qu’emploient les souteneurs de filles pour se désigner. Ils désennuient ces dames.

Desentiflage

Séparation entre époux. — Être désentiflé, vivre séparé de sa femme.

Désentiflage

s. m. Rupture, divorce, — dans l’argot des voleurs.

Désentiflage

Rompre avec quelqu’un avec qui on était lié. Mot à mot : se désentifler, se quitter, se séparer. C’est l’opération contraire à celle d’entifler (Argot du peuple).

Désentifler

Divorcer. V. Antifler.

Désentifler (se)

v. réfl. Se quitter, divorcer.

Desfoux

Enorme casquette de soie, bouffante, casquette à triple étage, casquette à trois ponts, particulière aux Desgrieux de barrière. Vient du nom du fournisseur. On dit une desfoux, comme dans un autre monde, un gibus. Je viens de me fendre d’une desfoux un peu chouette, cinq balles !

Desgenais en chambre

Moraliste qui entend la plaisanterie et la noce. Moraliste bon enfant. — Allusion au type d’un des personnages des Filles de marbre. Expression un peu démodée comme la pièce. Faire son Desgenais, faire de la morale.

Desgrieux

Maquereau, amant de cœur d’une femme galante. — Tout le monde a lu le roman de l’abbé Prévost d’Exiles, intitulé Manon Lescaut, et, l’ayant lu, sait que dans ce roman — qui a l’air d’être une histoire arrivée — le chevalier Desgrieux joue le rôle de maquereau, et même un peu d’escroc.

Desgrieux

s. m. Chevalier d’industrie et souteneur de Manons, — dans l’argot des gens de lettres, qui, avec raison, ne peuvent pardonner à l’abbé Prévost d’avoir poétisé le vice et le vol.

Desgrieux

Aimable et joli souteneur de filles, le frère aîné de M. Alphonse. En souvenir du nom du héros du roman de Manon Lescaut.

Déshabiller

v. a. Donner des coups, battre quelqu’un à lui en déchirer ses vêtements, — dans l’argot des faubouriens.

Désoler

Jeter.

Désoler un saint

Jeter quelqu’un à l’eau.

Désosse

Misère, ruine, — dans le jargon des barrières. — Jouer la désosse, être ruiné.

Désossé

adj. et s. Homme extrêmement maigre, — dans l’argot du peuple.

Désossé

Qui est sans argent, — dans le jargon des voyous. Os veut dire argent ; désossé, c’est donc celui qui n’a pas d’os.

Désosser

Tomber sur quelqu’un à grands coups de poing. — Je t’vas désosser.

Désosser

Battre.

Dessalé

Noyé que l’on retire de l’eau, Allusion à la morue que les ménagères font dessaler avant de la manger (Argot du peuple).

Dessalé

Dégourdi, malin. Un intelligent est un dessalé. Un noye, un dessalé. Tomber à l’eau c’est se dessaler.

Dessalé (être)

Être dégourdi, à la coule.

Dessalée

s. f. Fille ou femme de mauvaise vie, — dans le même argot [du peuple]. Cette expression, qui a plus d’un siècle, signifie aussi femme rusée, roublarde.

Dessalée

Femme rusée, coquine délurée, femme sans moralité ni tenue. La dessalée était la gourgandine de nos pères. Ce n’était primitivement qu’une épithète accrochée au vocable « morue. » On disait sous Louis XV « morue dessalée » pour donner plus de force à l’injure. Aujourd’hui tout est si cher, même les mots du bas langage, que d’mie injure on en a fait deux, et voilà pourquoi l’on dit « morue » pour désigner une femme sale, repoussante, et pourquoi « dessalée » dans le sens de fille de joie.

Vous paraissez toutes deux assez dessalées.

(Les Souffleurs.)

Dessalée

Femme rusée ou sans moralité ni tenue.

Dessaler

Noyer. Dessaler le client à la faux, noyer quelqu’un après l’avoir volé.

Dessaler (se)

Boire.

Dessaler (se)

v. Boire le vin blanc du matin, — dans l’argot des faubouriens, qui dorment volontiers salé, comme Gargantua.

Dessaler (se)

v. pr. S’acquitter, se mettre au pair, quand on a compté par avance une composition qui n’était pas faite. V. Salé.

Dessaler (se)

Boire, — dans le jargon des voyous. — Viens-tu nous dessaler ?

Dessaler (se)

S’acquitter d’une avance faite, — dans le jargon des typographes. C’est mot à mot : restituer son salé. Les avances d’argent ont reçu le nom de salé, par abréviation de salaire.

Dessaler (se)

Tomber malade, — dans le jargon des voleurs. Allusion aux conserves qui s’amollissent lorsqu’elles perdent leur sel.

Dessaler, désoler

Noyer. Dessaler le client à la faux. Noyer l’homme que l’on a volé.

Dessaleurs

C’était une compagnie d’assasins qui attendaient sur les quais déserts du canal Saint-Martin les passants attardés. Ils les dépouillaient d’abord et les jetaient ensuite à l’eau. Le lendemain matin ils arrivaient comme par, hasard sur la berge, armés d’un croc et repêchaient le dessalé pour avoir la prime. L’opération était doublement fructueuse. La bande fut arrêtée et condamnée. L’expression est restée dans le peuple ; tout noyé pour lui est un dessalé (Argot du peuple). N.

Desserrer les genoux

Consentir à se laisser baiser. Ouvrir les cuisses pour recevoir un homme, de même qu’on ouvre la bouche et desserre les dents pour recevoir un vit.

Un cordelier d’une riche encolure,
Large de quarrure,
Fier de son pouvoir,
Prodigue du mouchoir,
Au coin d’un bois rencontra sœur Julie,
Lui dit : Je vous prie,
Çà, dépêchez-vous,
Desserrez les genoux.

Haguenier.

Dessinandier

Dessinateur.

Dessous

Amant supplémentaire.

Dessous (tomber dans le troisième)

Être complètement ruiné, tomber dans la misère. — Au théâtre on entend par dessous les étages pratiqués sous la scène pour les besoins des décors. On dit d’une pièce qui a échoué qu’elle est tombée dans le troisième dessous.

Dessus

Amant en titre.

Dessus du panier des amours (le)

Le pucelage des jeunes filles, auquel personne n’a encore touché du bout de la queue.

Ces messieurs du faubourg ont le dessus du panier des amours, et, comme ils ont l’appétit et les dents de la jeunesse, ils mordent aux grappes lorsqu’elles ont précisément toute leur fraîcheur, toute leur saveur, tout leur parfum.

A. Delvau.

Destrier

s. m. Cheval. — dans l’argot des académiciens, qui ont horreur du mot propre. Ils disent aussi Palefroi, — dans les grandes circonstances.

Destuc

De moitié.

Détaché

Argot de sport. Qui est en avant des autres chevaux. Tel cheval est arrivé second, mais il était complètement détaché du reste du champ, c’est-à-dire qu’à l’exception du vainqueur, tous ses rivaux étaient loin derrière lui.

Détacher

Couper (Voyez Cosser).

Détacher

Couper.

Détacher

v. a. Donner, — dans l’argot du peuple. Détacher un soufflet. Souffleter quelqu’un. Détacher un coup de pied. Donner un coup de pied.

Détacher le bouchon

Couper la bourse.

Détacher le bouchon

Couper la bourse.

Détacher le bouchon

v. a. Couper la bourse ou la chaîne de montre, — dans l’argot des voleurs.

Détacher le bouchon

Aller à la selle. — Les anciens tireurs employaient cette expression dans le sens de voler la bourse.

Détacher le douchon

Vider ses intestins. Allusion à la bouteille qui se vide le bouchon retiré (Argot du peuple). V. Débourrer sa pipe.

Détacher un transfert, un transferrement

Détacher un solide coup de pied.

Je détache un transferrement au cab avec mon rigodon à clous.

(La Petite Lune, 1879.)

Détaffer

Aguerrir. V. Taffe.

Détaffer

v. a. Aguerrir quelqu’un, l’assurer contre le taf, — dans l’argot des voyous.

Détaffer

Remonter le moral ; donner du courage. Mot à mot : enlever le taf, enlever la peur.

Détail

s. m. Chose grave que l’on traite en riant, — dans l’argot du peuple. L’est un détail ! signifie : Cela n’est rien ! — même lorsque c’est quelque chose d’important, d’excessivement important, fortune perdue ou coups reçus.

Détail (c’est un)

C’est un accident grave. — Ironie parisienne… Annoncez qu’un tel s’est cassé le bras, a perdu cinquante mille francs, etc., on vous répondra toujours : C’est un détail !

Détail (c’est un)

Ce n’est rien. Mot que le scepticisme moderne devait appliquer aux événements les plus graves et qu’ordinairement on souligne par un rire. — Vous êtes en deuil ? — Ma femme est morte. — C’est un détail. Un tel a fait faillite et ruine plus de cent familles. — C’est un détail, je n’avais pas un sou chez lui.

Détail (faire le)

Couper sa victime en morceaux d’après la méthode Billoir, — dans le jargon des voyous.

Détaler

Courir.

Détaler

v. n. S’enfuir, s’en aller sans bruit, — dans le même argot [du peuple].

Détar

Veston. Argot du peuple.

Détaroquer

Démarquer (Vidocq). — Du vieux mot taroter : marquer. V. Roquefort.

Détaroquer

v. a. Démarquer du linge, — dans l’argot des voleurs, qui ont bien le droit de faire ce que certains vaudevillistes font de certaines pièces.

Détaroquer

Démarquer, — dans l’ancien argot des grecs ; c’est, mot à mot : effacer les marques des tarots.

Détaroquer

Démarquer le linge.

Détectant

Dégoûtant.

Dételer

v. n. Renoncer aux jeux de l’amour et du hasard, — dans l’argot des bourgeois, qui connaissent le Solve senescentem d’Horace, mais qui ont de la peine à y obéir. On dit aussi Enrayer.

Dételer

Dételer le char de l’amour, pour parler la langue académique. Se retirer des joies de ce monde, parce qu’on est vieux, infirme et désillusionné.

A cette heure il avait dételé, mais il aimait encore la société des femmes folles de leur corps.

(E. de Goncourt, La Fille Ëlisa.)

Dételer, enrayer

Renoncer à la vie Joyeuse, à l’amour.

Détente (avoir de la)

Avoir de l’énergie.

Détente (dur, dure à la)

Celui, celle qui ne délie pas facilement les cordons de sa bourse.

Leur famille est riche, mais elle est également dure à la détente, ce qui est l’expression consacrée.

(Adrien Paul, Floueurs et Floués.)

Détoce

Détresse, misère. Quand les aminches n’ont plus d’os, ils sont dans la détoce (Argot du peuple).

Detoce ou Détosse

s. f. Détresse, guignon, — dans l’argot des prisons.

Détorce

Appauvrissement, misère.

Détorse (la)

Système pénitentiaire.

Detosse

Misère.

Détosse

Misère.

Détosse

Misère.

Détosse (être de la)

Être ruiné.

Détourne (vol à la)

s. m. Vol dans l’intérieur des magasins ou à la devanture des boutiques. On dit aussi Grinchissage à la détourne.

Détourne (vol à la)

Vol qui se pratique dans l’intérieur des magasins.

Détourner

Voler dans l’intérieur d’une boutique.

Parmi les détourneurs, on distingue : 1) les grinchisseuses à la mitaine, assez adroites de leur pied pour saisir et cacher dans de larges pantoufles les dentelles et les bijoux qu’elles font tomber (on appelle mitaine leur bas qui est coupe pour laisser aux doigts leur liberté d’action) ; 2) les enquilleuses, femmes cachant des objets entre leurs cuisses (quilles) ; 3) les avale tout cru, cachant les bijoux dans leur bouche ; 4) les aumôniers, jetant le produit de leur vol à de faux mendiants.

Vidocq.

Ces genres de vol constituent le vol à la détourne.

Détourneur

Voleur à la détourne.

Il y a des voleurs à la détourne de trois classes : les aristos, les bourgeois et les voyous. Les premiers ne travaillent qu’en équipage et ne font que la pièce de soie, de velours, ou le cachemire des Indes ; ils ont des laquais avec des galons d’argent et des jambes torses comme les colonnes d’un lit Louis XIII.

(L. Paillet, Voleurs et Volés.)

Détourneur

Voleur à la détourne dans intérieur des magasins.

Détourneur

Voleur. Détourner un objet de sa destination (Argot des voleurs).

Détourneur, euse

s. Individu qui pratique le grinchissage à la détourne.

Détourneuse

Voleuse qui opère spécialement dans les grands magasins de nouveautés. Il y a bien des manières de pratiquer ce vol, elles sont expliquées à leur place (Argot des voleurs).

Détourneuse au momignard

V. Abéqueuse.

Dette (payer une)

Être en prison.

Dette de cœur (payer une)

Faire honneur à un engagement souscrit par le cœur au profit des sens, — dans l’argot des grandes dames. Dans le monde faubourien, où l’on n’enguirlande pas les expressions, les femmes disent : « S’exécuter à la bonne franquette. »

Deuil (grand)

Café avec cognac. — Demi-deuil, café sans cognac. (L. Larchey)

Deuil (il y a du)

Ça marche mal dans le ménage.

Deuil (Il y a du)

Ça va mal ; il y a du danger.

Deuil (ongle en)

Ongle cerné d’une crasse noire.

J’aurai l’air d’être en deuil depuis la cravate jusqu’aux ongles, inclusivement.

A. Second.

Deuil (très)

Homme du monde ou mieux voulant se faire passer comme tel. Le mot, d’usage boulevardier, n’a fait qu’une courte apparition en 1886. Il faisait allusion au deuil porté avec ostentation par certaines personnes à l’occasion de la mort de la comtesse de Chambord.

Deuil de sa blanchisseuse (porter le)

Porter du linge très sale.

Deux adjoints (les)

Les testicules, qui accompagnent partout le membre viril, — le maire naturel de Confoutu.

Ses deux adjoints lui font escorte ;
Mais, par un caprice nouveau,
Tous les deux restent à la porte :
Il entre seul à son… bureau.

Eugène Vachette.

Deux bibelots (les)

Les testicules, avec lesquels les femmes se plaisent à jouer.

Donne-moi tes deux bibelots, mon chéri, que je les pelote.

Jean Du Boys.

Deux cocottes (les)

Le numéro 22, — dans l’argot des joueurs de loto.

Deux d’amour

s. m. Le numéro 2, — dans le même argot [des joueurs de loto].

Deux fois

Expression très usitée dans les régiments de cavalerie et qui équivaut à une négation. Le sous-off de garde dit : Tiens, tiens, tiens ! vous avez des bretelles deux fois demi-tour sur les hanches. — J’ai planché non pas deux fois, mais une bonne. — Quelquefois cette expression s’emploie dans le sens de « plus souvent : » Veux-tu me prêter cinq ronds ? — Deux fois.

Deux galons

Lieutenant. Argot militaire.

Comment, disait-on, un médecin de deuxième classe qui n’a que le grade de lieutenant dans l’armée, un deux galons va commander des amiraux !

(Événement, juin 1884.)

Deux oreilles

Les deux couilles.

Tu ronfles, tu sommeilles,
Tu mérit’rais, dans c’cas,
Puisque tu n’t’en sers pas,
Que j’te coup’ les deux oreilles.
Adrien, c’n’est pas bien, etc.

(Anonyme moderne.)

Deux sœurs

s. f. pl. Les nates de Martial, — dans l’argot des faubouriens.

Deux sœurs (les)

Les deux fesses, inséparables.

Deux sœurs (mes)

Dans le peuple, par abréviation, on dit : mes deux pour te faire une paire de lunettes. Ce n’est pas des fesses qu’il s’agit, comme le dit Delvau, mais des testicules. On appelle aussi deux sœurs, les deux nattes de cheveux que les femmes portent sur leurs épaules (Argot du peuple).

Deux sous du garçon

s. m. pl. Le pourboire que chaque consommateur est forcé — sous peine d’être « mal servi » — de donner aux garçons de café, qui s’achètent des établissements avec le produit capitalisé de cet impôt direct.

Deux trous (les)

L’anus et le con.

Le trou du cul, le trou du con,
Sont deux trous qui me semblent farces :
Par l’un, on jouit d’un garçon
Et par l’autre on jouît des garces.
Tous les deux me sont défendus ;
Mais puisqu’il faut que je me perde…
Je préfère le trou du cul,
Malgré mon dégoût pour la merde.

Bing.

Devant (le)

Les parties sexuelles de l’homme et de la femme.

Le p’tit gueux, près des femmes,
Bientôt s’mit à courir,
Pour offrir
Son devant aux mesdames.

(Chanson anonyme moderne.)

On pourra désormais avoir confiance en moi, car on dit communément qu’il faut se défier du devant d’une femme, du derrière d’une mule, et d’un moine de tous les côtés.

(Le Moine sécularisé.)

Ah ! mon Dieu, quelle injustice que l’honneur d’un homme dépende du devant d’une femme !

Ch. Sorel.

Devant de gilet

s. m. Gorge de femme, — dans l’argot des faubouriens.

Déveine

Malheur constant. V. Veine.

Il paraît que la banque est en déveine.

About.

Déveine

s. f. Malheur constant dans une série d’opérations constantes. Être en déveine. Perdre constamment au jeu.

Dévergondée

s. f. Fille ou femme qui a toute vergogne bue, — dans l’argot des bourgeoises, qui quelquefois donnent ce nom à une pauvre fille dont le seul crime est de n’avoir qu’un amant.

Dévidage

Discours aussi long que le dévidage d’un écheveau.

Dévidage

s. m. Long discours, bavardage interminable, — dans l’argot des voleurs. Dévidage à l’estorgue. Accusation.

Dévidage

Promenade dans le préau d’une prison. (L. Larchey)

Dévidage

Long discours.

Dévidage

Bavardage.

Dévidage à l’estorgue

Acte d’accusation.

Dévidage à l’estorgue

Mensonge. — Acte d’accusation.

Dévidage à l’estorgue

Acte d’accusation lu en cours d’assises par le greffier. Dévider : parler : à l’estorgue, faussement (Argot des voleurs). Dévider : promenade en dévidoir que font les prisonniers sur le préau (Argot des voleurs). V. Queue de cervelas.

Dévider

Avouer. V. Bayafe. — On dit communément dévider son chapelet. — Dévider à l’estorgue : Mentir. — Dévideur : Bavard (Vidocq).

Dévider

v. a. et n. Parler, et, naturellement, bavarder. Dévider à l’estorgue. Mentir. Dévider le jar. Parler argot. On dit aussi Entraver le jar.

Dévider

Parler. C’est dévider le fil d’un discours dans le langage métaphorique et précieux. — Dévider le jars, parler argot.

Dévider

Parler. Dévidage à Veslorgue, mensonge, acte d’accusation. Dévidage d’amiches, dénonciation d’amis.

Dévider

Parler.

Dévider le jars

Parler argot.

Dévider le jars

Parler argot.

Dévider son chapelet

Les portières se chargent de cette opération en cancanant sur les locataires (Argot du peuple).

Dévideur

s. m. Bavard.

Dévierger

v. a. Séduire une jeune fille et la rendre mère, — dans l’argot du peuple.

Dévierger

Enlever la fleur de l’innocence à une jeune fille, ainsi qu’on s’exprime sous la coupole de l’Institut les jours où il n’y a pas de prix de vertu à décerner. — C’est, en bon français, peut-être, faire une femme avant la lettre… de faire part du mariage.

Dévirginer

Ôter la virginité.

Ceux-ci ne trouvèrent pas d’autres moyens que de les dévirginer eux-mêmes avant qu’elles pussent tenter personne.

Pigault-Lebrun

Oui, tout semblait m’annoncer qu’enfin j’allais être, et même très agréablement, dévirginée.

(Mon noviciat.)

Extasiée, fendue par l’énorme grosseur du vigoureux bourdon de mon dévirgineur,… je restai quelque temps accablée par la fatigue et le plaisir.

(Mémoires de miss Fanny.)

Dévisager

v. a. Égratigner le visage, le meurtrir de coups, — dans le même argot [du peuple]. Signifie aussi : Regarder quelqu’un avec attention.

Dévisser

Estropier, casser un ou plusieurs membres.

Tu veux donc te faire dévisser ?

(L. Cladel, Ompdrailles, le Tombeau des lutteurs.)

Dévisser

Estropier. Dévisser son billard, mourir.

Dévisser (se)

« C’était l’école préparatoire de Sainte-Barbe qui dévissait. Et pourquoi dévissait-elle l’école préparatoire ? Parce que beaucoup d’élèves étaient mécontents de ce que quelques-uns de leurs camaraaes avaient été renvoyés… »

(Constitutionnel, février 1883.)

Dévisser la pétronille (se.)

Se mettre en frais d’imagination, se creuser la cervelle, — dans le jargon des voyous.

Dévisser le coco

Tordre le cou, étrangler.

Dévisser son billard

v. a. Mourir, — dans l’argot des faubouriens.

Dévisser son billard

Mourir, — dans le jargon des piliers de café. Et par abréviation : dévisser. — Que devient, Machin ? Il a dévissé.

Dévisser son billard

Mourir. Quand le billard est dévissé, adieu la partie. Un à peu près dit qu’il n’y a plus Moyaux de faire une partie de Billoir quand on joue Troppmann (Argot du peuple).

Dévisser son billard

Mourir.

Dévisser son billard

Mourir.

Dévisseur

s. m. et adj. Médisant, débineur, — dans l’argot des gens de lettres et des faubouriens.

Devoir (le)

La fouterie, qui est en effet le premier des devoirs, le plus sacré, celui auquel on manque le moins tant qu’on est jeune et qu’on sait jouer des reins.

Allons ! rentre chez toi, père de famille ! et fais ton devoir près de ta femme, cela dût-il te valoir un enfant !

Lemercier de Neuville.

Puis quand on vint au naturel devoir,
Ah ! dit Catin, le grand dégel s’approche.
Vrai, dit-il, car il va pleuvoir.

Cl. Marot.

Devoir une dette

v. a. Avoir promis un rendez-vous d’amour, — dans l’argot des filles, qui sont brouillées avec la grammaire comme avec la vertu, et qui redoutent moins un pléonasme qu’un agent de police.

Dévorant

Compagnon.

Je ne suis pas un dévorant, je suis un compagnon du devoir de liberté, un gavot.

Biéville.

Dévorant

s. m. Compagnon du Tour de France, — dans l’argot des ouvriers.

Dévorant

Pour dévoirant, compagnon du devoir.

Terme du compagnonnage qui nous a légué une petite ménagerie assez intéressante ; il y avait le singe, le lapin, le renard de liberté, le loup, etc… c’est-assez logique d’avoir le dévorant.

(Le Sublime.)

Dévoyé

Acquitté ; renvoyé des fins de la plainte, — dans le jargon des voleurs.

Diable

s. m. Agent provocateur, — dans l’argot des voleurs, qui sont tentes devant lui du péché de colère.

Diable

s. m. L’attelabe, — dans l’argot des enfants, qui ont été frappés de la couleur noire de cet insecte et de ses deux mandibules cornées.

Diable

Agent provocateur. (Moreau-Christophe.)

Diable

Agent provocateur. Coffre-fort.

Diable

Agent provocateur. Malgré que ce mot fasse partie du vocabulaire des voleurs, il n’est pas d’usage que les agents de la sûreté provoquent les voleurs à commettre un vol ; ils n’ont pas besoin d’être stimulés pour cela. En politique c’est un fait constant, car, sous l’Empire, jamais il n’y a eu un complot sans que, parmi les pseudo-conspirateurs, il n’y se soient trouvés plusieurs agents de la préfecture de police. Il y en eut même un du service du fameux Lagrange dans l’affaire des bombes d’Orsini. Dans le peuple on dit simplement mouchard (Argot du peuple).

Diable

Agent qui provoque le vol ou l’assassinat.

Diable (à la)

adv. Avec précipitation, sans soin, sans précaution, — dans l’argot du peuple.

Diable au vert (au)

Très loin, — dans le même argot [du peuple]. Un grand nombre de savantes personnes veulent que cette expression populaire vienne du château de Vauvert, sur l’emplacement duquel fut jadis bâti le couvent des Chartreux, lui-même depuis longtemps remplacé par le bal de la Grande Chartreuse ou Bal Bullier : je le veux bien, n’ayant pas assez d’autorité pour vouloir le contraire, pour prétendre surtout être seul de mon avis contre tant de inonde. Cependant je dois dire d’abord que je ne comprends guère comment les Parisiens du XIVe siècle pouvaient trouver si grande la distance qu’il y avait alors comme aujourd’hui entre la Seine et le carrefour de l’Observatoire ; ensuite, j’ai entendu souvent, en province, des gens qui n’étaient jamais venus à Paris, employer cette expression, que l’on dit exclusivement parisienne.

Diable bat sa femme et marie sa fille (le)

Il pleut et fait soleil tout à la fois, — même argot [du peuple].

Diable en prendrait les armes ! (le)

Expression de l’argot du peuple, qui l’emploie pour renforcer une menace, pour donner plus de poids à un ultimatum. Se dit aussi à propos d’un grand vacarme « où l’on n’entendrait pas Dieu tonner ». Quand on n’entend pas Dieu tonner, c’est qu’en effet le « diable en a pris les armes ».

Diable en prendrait les armes (que le)

Exorbitant. Dire, faire une chose étonnante, tenir un propos tellement extravagant, donner de telles preuves de courage… en paroles, que le diable, effrayé, en prendrait les armes, s’il les entendait.

Diamant

s. m. Voix de la plus belle eau, — dans l’argot des coulisses.

Diamant

Clou de soulier, — dans le jargon des troupiers. Prends garde d’user les diamants de tes godillots, prends garde de trop marcher.

Diamant

Pavé. (L. Larchey)

Diamants

Pavés.

Dictionnaire Verdier

s. m. Lexique fantastique, — dans l’argot des typographes, qui y font allusion chaque fois qu’un de leurs compagnons parle mal ou orthographie défectueusement.

Dieu (il n’y a pas de bon)

Mot à mot : il n’y a pas de bon Dieu qui puisse m’empêcher de faire ce que je veux faire.

Dieu (manger le bon)

Communier. — Mangeur, mangeuse de bon Dieu, celui, celle qui s’approche souvent de la Sainte Table.

Dieu bat ses matelas

Se dit, — dans l’argot du peuple, — lorsqu’il tombe de la neige.

Dieu Terme (le)

Les 8 janvier, 8 avril, 8 juillet et 8 octobre de chaque année, — dans l’argot des bonèmes.

Difficulté

Argot de sport. Être en difficulté, se dit d’un cheval qui a de la peine à garder son avance.

Au dernier tournant Gladius était en difficulté pour conserver son rang à côté de Bivouac qui prenait le dessus.

(Journal officiel.)

Dig-dig

Épilepsie. Batteur de dig-dig, escroc qui simule l’épilepsie pour exploiter la charité publique.

Digelettes

Bagues.

Digelettes ou dégelettes

Ragues (Argot du peuple).

Digue

Femme, dans l’ancien argot du Temple.

Vieux mot fort usité parmi les pitres et les queues rouges du XVIIe siècle.

(V. Hugo.)

Digue

Femme, prostituée.

Digue

Rien. Celui qui ne possède rien n’a que l’digue.

Digue-digue

Attaque d’épilepsie. — De dinguer : tomber. V. Camboler.

Digue-Digue

s. f. Attaque d’épilepsie, — dans l’argot des voyous.

Digue-Digue

Attaque d’épilepsie, — dans le jargon des voleurs.

Diguedigue

Épilepsie. Tomber de cette maladie, c’est tomber du diguedigue.

Dijonnier

Moutardier (Vidocq). — Dijon est la capitale de la moutarde.

Dijonnier

s. m. Moutardier, — dans l’argot des faubouriens.

Diligence (la) de lyon

C’est une des postures (voir ce mot) les plus curieuses et les plus rares. Nombre de grands amateurs de Vénus sont morts sans la connaître ; c’est que, pour l’exécuter, il faut trouver une femme qui réunisse deux qualités rares : l’ardeur, d’abord. Nombre de femmes feignent d’être ardentes pour plaire à l’homme qu’elles veulent séduire, mais ne sont au fond que de simples patients et non des agents, et ici il faut que la femme soit agent et que l’homme soit patient. Ensuite, il faut qu’elle ne soit pas neutralisée par une sotte pudeur, résultat de la tyrannie des hommes exercée continuellement jusqu’ici sur les femmes. Quand une femme donc est ardente et libre, elle prend un homme qui lui plaise sous tous les rapports ; elle le met nu comme un ver, l’étend sur un lit en lui mettant des coussins sous la tête et sous les reins, et toute nue elle-même, elle se met à cheval à cru sur lui, s’embrochant sur le pivot naturel, c’est-à-dire sur son vit. Alors, elle fait comme le postillon sur un des chevaux des anciennes diligences de Lyon. S’appuyant un peu sur les épaules de son amant, elle s’avance en chevauchant et le vit se relève près du ventre de l’homme. Elle recule et le vit se renfonce dans son con jusqu’à la garde. Elle s’anime ; elle va de plus fort en plus fort, comme si la diligence parcourait un chemin raboteux. Ses yeux s’égarent, ses cheveux se dénouent. Elle jouit, elle jouit, mais elle va toujours ; elle va jusqu’à ce qu’elle soit tout à fait exténuée de décharge spermatique ; car il faut remarquer que l’homme, étendu sur ses coussins, ne pouvant pas bouger, bande de plus en plus, jusqu’à la fin, mais ne décharge pas. La femme tombe alors comme morte dans les bras de son amant, lequel, tout enflammé, finit de son côté comme il peut.

“ Je serai bien aimable, je me mettrai toute nue, dit-elle insidieusement. — Passe ton chemin, répond le fidèle époux, ayant encore présente à la pensée l’image des charmes de sa jeune moitié. — Je te ferai le grand jeu ! — Non — Feuille de rose ! — Non. — Le tire-bouchon américain ? — Connu… tu m’ennuies. — Eh bien, tiens, tu me plais, viens, tu ne payeras pas et nous ferons la diligence de Lyon… ”

(Fantaisiste, I, 177.)

Diligence de lyon (la promettre)

Chose invraisemblable que promit un jour une fille à un client de hasard. Elle mourut subitement avant d’avoir réalisé sa promesse. C’était, à ce qu’il paraît, vraiment fantastique : il fallait cinquante mètres de cable, une ancre de marine en acier fondu, cinq kilos de chandelles-des-six, un tonneau de mélasse, un kilo d’essence de géranium, trente éponges, la graisse d’un guillotiné, un fémur de fille vierge, dix litres de pétrole, deux cartouches de dynamite… Le client parcourut le monde entier à la recherche de la diligence de Lyon, il mourut à son tour sans la rencontrer (Argot des filles). N.

Diligence de Rome

s. f. La langue, — dans l’argot du peuple, qui sait qu’on va partout quand on sait demander son chemin.

Diligence de Rome

La langue.

Dimanche

adv. Jamais, — dans le même argot [du peuple]. On dit aussi Dimanche après la grand’ messe.

Dimanche

s. m. Endroit d’un navire ou d’une maison qu’on a oublié de nettoyer, — dans l’argot des marins.

Dimasine

s. f. Chemisette, — dans l’argot des voleurs.

Dimasine

Chemisette.

Dinde

s. f. Femme sotte, maladroite, sans aucun des charmants défauts de son sexe, — dans l’argot du peuple, qui a, du reste, l’honneur de se rencontrer avec Shakespeare : Goose (oie), dit celui-ci en deux ou trois endroits de ses comédies.

Dinde

Femme sotte.

Dindon

Niais, dupe. — V. Gogo.

J’ne veux pas être le dindon de vos attrapes.

Vadé, 1788.

Mari dindon : Mari trompé.

Il est le dindon de la farce ; il est seul dupe dans cette affaire.

d’Hautel, 1808.

Dindon

s. m. Imbécile, dupe. Être le dindon de la farce. Être la victime choisie, payer pour les autres.

Dindonner

Duper.

Je n’ai jamais été chiche avec les femmes, mais je n’aime pas à être dindonné.

E. Sue.

Dindonner

v. a. Tromper, duper.

Dindonner

Duper.

Je lui ai démontré qu’il était dindonné, ce que nous appelons refait au môme.

(Balzac.)

Dindonner

Duper.

Dindornier

s. m. Infirmier, — dans l’argot des voleurs.

Dindornier de castu

Infirmier. Prisonnier employé comme auxiliaire pour remplir ces fonctions dans les infirmeries des prisons (Argot des voleurs). N.

Dîner en ville

v. n. Manger un peut pain en marchant à travers les rues ; — dans l’argot parfois navrant des bohèmes.

Dîner par cœur

v. n. Ne pas dîner du tout, — dans l’argot du peuple.

Dinguer

Tomber. — Envoyer dinguer : Jeter à terre.

Dinguer

v. n. N’être pas d’aplomb, — dans l’argot des coulisses, — où l’on emploie ce verbe à propos des décors et des machinistes.

Dinguer

v. n. Flâner, se promener, — dans l’argot des faubouriens. Envoyer quelqu’un dinguer. Le congédier brusquement, s’en débarrasser en le mettant à la porte.

Dinguer

Lancer, frapper, laisser tomber, onomatopée du bruit d’un objet qui tombe à terre. — Envoyer dinguer, envoyer promener. — En terme de théâtre un objet qui dingue est un objet mal équilibré, qui menace de tomber.

Dinguer

Envoyer dinguer quelqu’un, c’est l’envoyer promener. Quand deux hommes se battent et que l’un tombe sur le pavé, sa tête dingue. Synonyme de sonner (Argot du peuple).

Dinguer

Jeter, renvoyer. Une chose qui ne plait pas ou plus, on l’envoie dinguer. Un patron envoie dinguer un ouvrier qui ne fait pas son affaire.

Dinguer (envoyer)

Envoyer promener.

Dire

v. n. Plaire, agréer, convenir, — dans l’argot du peuple. Cela ne me dit pas. Je n’ai pas d’appétit, de goût pour cela.

Dire la sienne

v. a. Raconter son histoire ou chanter sa romance après que les autres ont chanté ou raconté. Même argot [du peuple].

Dire quelque chose

Éveiller la sensualité, — dans le jargon des libertins. — Ne rien dire, laisser froid, indifférent. Cette femme ne me dit rien.

Diridornier

Infirmier.

Discrétion

Pari.

Des paris gagnés ou perdus qui, le plus souvent, prennent la forme compromettante et le titre étrange de discrétion.

(Indépendance belge, 1868.)

Discussion avec les pavés (avoir une)

Tomber sur les pavés et s’y égratigner le visage, soit en état d’ivresse, soit par accident, — dans l’argot des ouvriers, qui ont de ces discussions-là presque tous les lundis, en revenant de la barrière.

Dispensaire

Endroit spécial, à la préfecture de police, où sont obligées de se rendre une fois par semaine les filles en carte, afin d’y subir de la part des médecins qui s’y trouvent, une visite minutieuse de santé.

Disqualifié

Argot de turf. Cheval disqualifié, cheval mis hors concours par suite d’une infraction au règlement commise par son propriétaire ou par son jockey. (Littré.)

Distingué

Verre de bière.

Distribuer

v. intr. Mettre chaque lettre dans le cassetin qui lui est propre Distribuer à la Belge. Distribuer cran dessus.

District

Maison de tolérance. Ces maisons sont parquées dans des quartiers spéciaux. C’est un restant des vieilles coutumes du moyen-âge, où les ribaudes étaient parquées dans les clapiers de la Cité. Mot à mot : maison dans un district (Argot des souteneurs). V. Bocard.

Divertir (se)

Baiser ferme et dru, ce qui est encore le moins trompeur de tous les plaisirs humains.

Il s’en allait, contre son gré, voir quelque fille pour se divertir, et, étant là, s’efforçait si fort sur elle qu’il en était allégé.

Mililot.

Et cherche un ami jeune et beau,
Par qui tu sois mieux divertie.

Maynard.

Au lit, le divertissement
Qui se donne entre deux courtines,
Tient un peu trop du sacrement.

Chapelle.

Dix-huit

« Le fabricant de dix-huit s’appelle le riboui… Le dix-huit n’est pas un soulier remonté ou ressemelé, c’est plutôt un soulier redevenu neuf : de là lui vient son nom grotesque de Dix-huit ou deux fois neuf. Le dix-huit se fait avec les vieilles empeignes et les vieilles tiges de bottes qu’on remet sur de vieilles semelles retournées, assorties, et qui, au moyen de beaucoup de gros clous, finissent par figurer une chaussure. »

Privat d’Anglemont.

Dix-huit

s. m. Soulier ressemelé, c’est-à-dire deux fois neuf (9), — dans l’argot calembourique du peuple.

Dix-huit

Soulier remis à neuf avec de vieux cuirs provenant de vieux souliers. Jeu de mot sur deux fois neuf — Dans l’argot des tailleurs un dix-huit est un vêtement retourné. — Dans le supplément à son dictionnaire français, M. Littré donne à « se mettre sur son dix-huit » le sens de « mettre ses plus beaux habits. » Je n’ai jamais entendu à Paris cette expression. M. Littré n’aurait-il pas confondu avec « se mettre sur son trente-et-un ? »

Dix-huit

Souliers ressemelles (deux fois neufs).

Dix-huit

Ce mot est né d’un calembourg. Un soulier ressemelé est deux fois neuf. 2 fois 9 18 (Argot du peuple).

Dixième (passer au)

Devenir fou. — Terme usité parmi les officiers d’artillerie. Frappés du nombre des camarades que leur enlevaient des attaques subites d’aliénation mentale, ils disent : Il est passé au dixième (régiment), pour montrer combien ils sont décimés par des pertes sur lesquelles l’étude des sciences exactes n’est pas, dit-on, sans influence.

Doche

Mère. Ma doche, ma mère.

Doche

Mère.

Doctes pucelles (Les)

Les neuf Muses, — dans l’argot des Académiciens, qui devraient pourtant se rappeler le

…casta quam nemo rogavit

de Martial. Si les Muses avaient des amants plus platoniques, tout le monde y gagnerait, — et surtout la littérature française.

Docteur (le)

Le vit, — qui sert en même temps de remède.

Vieilles, jeunes, laides, belles,
Toutes aiment le docteur,
Et toutes lui sont fidèles…
Toutes ? non, c’est une erreur :
On dit qu’il en est entre elles,
Dans la crainte d’un malheur,
Qui se passent du docteur.

Doctrinaire

« On donne ce nom à une secte de gens bilieux, mais enchantés d’eux-mêmes, qui avouent que rien n’est plus raisonnable que leur propre raison. »

Ch. Blanc, 1844.

Dodo

Lit. — Redoublement de la première syllabe de Dormir.

Dans le dodo jusqu’à midi, Je reste en attendant l’appétit.

La Femme comme on en voit peu, chanson, 1789.

Dodo

s. m. Lit, — dans l’argot des enfants et des filles. Faire dodo. Dormir.

Dog-cart

s. m. Sorte de voiture de maître, d’invention anglaise, et maintenant à la mode française. Argot des gandins et des carrossiers.

Doigt

Le membre viril, que nous insinuons si volontiers dans le dé de la femme.

Et moy d’un seul petit coup
J’ay gagné la chaude-pisse,
Et du doigt de quoy je pisse
On m’en a coupé le bout.

(Chansons folâtres.)

Il cherche le temps et le lieu
Pour mettre le doigt du milieu
Dans la bague de ta nature.

Théophile.

Sans y réfléchir j’enfonçai
Ce pauvre doigt jusqu’à la gard

E. Debraux

Ma seringue, sans nul obstacle,
Peut seule opérer un miracle :
Pour guérir radicalement.
Prenez un doigt de lavement.

J. Cabassol.

Ce passe-temps partout d’usage
Favorise plus d’un amant :
La fillette innocente et sage,
Par là s’engage très souvent.
L’amour qui toujours nous partage
A soin que tout soit débrouillé,
Il dissipe plus d’un nuage
En conduisant le doigt mouillé.

(La Goguette du bon vieux temps.)

Doigt dans l’œil (se fourrer le)

S’abuser, ne pas bien voir les choses. Le nom de la cause est donné à l’effet.

Il s’est un peu fourré le doigt dans l’œil, le brave garçon.

De Goncourt.

Se fourrer le doigt dans l’œil jusqu’au coude : Se faire de grandes illusions.

Doigt dans l’œil (se fourrer le)

Se tromper. — Se fourrer le doigt dans l’œil jusqu’au coude, se tromper grossièrement, s’abuser au dernier point. — Faire partie de la société du doigt dans l’œil, s’illusionner sur son propre compte.

Doigt dans l’œil (se fourrer le)

Prendre ses désirs pour la réalité, croire que s’est arrivé. S’imaginer être aimé pour soi-même. Se figurer avoir du talent (Argot du peuple).

Doigt dans l’œil (se mettre le)

Se tromper.

Je croyais vous connaître, je nie suis mis le doigt dans l’œil. — Je pensais que vous auriez fait mon affaire, je me suis mis le doigt dans l’œil.

Doigt de cour

Le médium de la main droite, qui sert à branler les femmes.

Savez-vous pourquoi nos belles
Sont si froides en amour ?
Ces dames se font entre elles,
Par un ingénieux retour,
Ce qu’on nomme un doigt de cour.

De Champcenetz.

Doigts de mort

Salsifis, — dans le jargon du peuple. Allusion à la ressemblance entre des doigts de mort et des salsifis épluchés.

Dombeur

Pince qui sert aux voleurs pour fracturer les portes (Argot des voleurs). V. Monseigneur.

Dombeur

Pince-monseigneur.

Domino

Dent. — Allusion de forme et de couleur. Pris en mauvaise part. — Quel jeu de dominos se dit de dents longues et jaunes. — Les jolis petites dents sont des quenottes ou des loulouttes.

Jouer des dominos signifie manger.

Balzac.

Domino

(V. Retaper le domino.)

Domino-culotte

s. m. Le domino restant dans la main du joueur.

Dominos

Dents.

Dominos

Dents.

Dominos

s. m. pl. Les dents, — dans l’argot du peuple, qui emploie là, sans s’en douter, une expression du slang anglais. Avoir le jeu complet. Avoir toutes ses dents. Jouer des dominos. Manger.

Dominos

Dents. — Jouer des dominos, manger.

Dominos

Dents.

Dominos

Dents.

Don d’amour

Employé dans un sens obscène pour désigner l’acte vénérien.

Oui, mais aussi nous gagnons quelque chose,
Dit la jeune Ève, et son souris propose
Le don d’amour.

Parny.

Je ne fais que requérir,
Sans acquérir,
Le don d’amoureuse liesse.

Cl. Marot.

Conclusion, que Renaud sur la place
Obtint le don d’amoureuse merci.

La Fontaine.

Dondon

Femme facile, qui se laisse prendre le cul par le premier venu, et, au besoin, se laisse baiser par lui.

Toinette, fraîche dondon,
Chantait ainsi son martyre.

Jules Poincloud.

Dondon

s. f. Femme chargée d’embonpoint ; servante de cabaret — dans le même argot [du peuple].

Dondon

s. f. Maîtresse, — dans l’argot dédaigneux des bourgeoises.

Donne

Regard. La donne souffle mal, le regard est mauvais.

Donner

v. a. Dénoncer, — dans l’argot des voleurs. Être donné. Être dénoncé.

Donner

Pour donner dans le piège ; abonder, — dans le jargon des filles.

Vous les retrouverez, si les hommes ne donnent pas, arpentant le terrain jusqu’à deux heures du matin.

(F. d’Urville, Les Ordures de Paris, 1874.)

Donner

Dénoncer.

Donner

Dénoncer. Les nonneurs en dénonçant, mot à mot : donnent (livrent) leurs complices à la justice (Argot des voleurs).

Donner

Dénoncer.

Donner (la)

Regarder, dans le jargon des voleurs. — Le roublard la donne sur nos fioles, l’agent regarde nos physionomies. — La donne souffle mal, le regard d’un tel n’est pas franc, locution employée par les voleurs lorsqu’ils se sentent devinés soit par un agent, soit par n’importe qui. — La donner sur la croustille, n’avoir que du pain à manger ; c’est-à-dire tomber sur le pain.

Donner (la)

Chanter, — dans l’argot des barrières. C’est-à-dire : donner de la voix. — Entends-tu comme le gossier la donne ? entends-tu comme le particulier chante ?

Donner (la)

Penser, croire, juger. Argot des voyous.

Donner (la)

Regarder. Le roublard la donne sur nos fioles. L’agent regarde nos visages. Signifie aussi comprendre.

Donner (s’en)

v. réfl. Prendre d’un plaisir avec excès, — dans l’argot du peuple.

Donner (s’en)

S’amuser beaucoup. — Donner du cambouis, railler, tromper.

Donner (se la)

v. S’en aller, s’enfuir, — dans l’argot elliptique des faubouriens.

Donner (se la)

Se battre. Mot à mot : se donner la volée de coups.

Donner (se la)

Se battre. S’en aller, s’enfuir.

Donner à la bourbonnaise (la)

Regarder quelqu’un d’un mauvais œil, — dans l’argot des voleurs.

Donner à la bourbonnaise (la)

Vouloir du mal à un individu, n’oser lui en faire, ne lui rien dire, mais le regarder d’un mauvais œil.
— Qu’est-ce que tu as donc que tu la donnes à la Bourbonnaise sur le barbauttier ?
— Y m’a foutu huit jornes de franc carreau (Argot des voleurs).

Donner cinq et quatre

v. a. Donner deux soufflets, l’un de la paume de la main, où les cinq doigts assemblés frappent ensemble ; l’autre du revers de la main, le pouce demeurant alors sans action. Argot du peuple. On dit aussi Donner dix-huit.

Donner dans

Fréquenter : Donner dans la canaille. — Avoir du goût pour : Elle donne dans le militaire.

Donner dans l’œil

v. n. Plaire, — dans l’argot des petites dames, qui l’emploient aussi bien à propos des gens que des choses dont elles ont envie. Les faubouriens disent : Taper dans l’œil. C’est plus expressif, — parce que c’est plus brutal. Molière a employé Donner dans la vue avec la même signification, j’ai trouvé dans le Tempérament, tragédie parade de 1755 : Il m’a donné dans l’œil, employé dans le même sens.

Donner dans l’œil à un homme ou à une femme

Donner envie à un homme de coucher avec une femme, ou à une femme de coucher avec un homme.

Il m’a dit que votre chienne de mine lui avait donné dans l’œil.

La Popelinière.

Donner de coups de pied (ne pas se)

Faire son propre éloge, se dire des choses aimables, s’avantager dans un récit. Argot du peuple.

Donner de l’air

Se sauver.

Donner de l’air (se)

Se sauver.

Donner de l’air (se)

v. réfl. S’en aller de quelque part, non parce qu’on y étouffe, mais parce qu’on s’y ennuie, ou parce qu’il est l’heure de se retirer.

Donner de l’air (se)

Partir, s’enfuir. Donner un pont à faucher, tendre un piège. Donner un redoublement de fièvre, charger un accusé d’un nouveau méfait.

Donner de l’œil dans la perspective

Avoir l’œil au guet, — dans le jargon des truqueurs.

En ce moment arrivent deux agents, que les associés de Mi-chon n’avaient pas vus, bien que donnant de l’œil dans la perspective.

(Paris-Vivant, le Truqueur, 1858.)

Donner de la grosse caisse

Faire des réclames à un livre ou à un médicament, — dans l’argot des journaux.

Donner de la salade

Battre, secouer quelqu’un, — dans l’argot des faubouriens, qui ne se doutent pas que cette expression est une corruption de Donner la salle, c’est-à-dire fouetter un écolier en public. Ils disent aussi Donner une chicorée.

Donner des idées

Inspirer d’amoureux désirs.

Donner du balai

Chasser quelqu’un, remercier un employé, congédier un domestique, — dans l’argot des bourgeois.

Donner du bon temps (se)

Passer sa jeunesse a baiser les filles, quand on est homme, et à se faire baiser par les hommes, quand on est fille. C’est le Aimons ! aimons ! de M. Alphonse de Lamartine.

Où qu’est le mal après tout ? On béquille, on s’amuse, on s’donne du bon temps, on oublie sa misère : c’est toujours ça d’gagné.

Henry Monnier.

Not’ vivandière
S’en donna tant,
Qu’il survint un enfant.

H. Debraux.

Se donner à crédit pendant qu’on est si belle,
Et pendant qu’on pourrait amasser des trésors,
Ma fille, proprement c’est là ce qu’on appelle
Faire folie de son corps.

Montreuil.

Donner du bon temps (se)

Se divertir, « cueillir le jour » et la nuit, — dans le même argot [des bourgeois].

Donner du cambouis

Se moquer de quelqu’un, lui jouer un tour, le duper, — dans l’argot du peuple, qui emploie cette expression depuis trois cents ans : « Ah ! très orde vieille truande ! vous me baillez du cambouys ! » s’écrie le Diable dans la Farce du meunier.

Donner du chasse à la rousse

Faire le guet.

Tu donneras du chasse a la rousse, au moment
Où le patron fera son petit boniment.

(De Caston : Le Voyou et le Gamin.)

Donner du contentement aux hommes

Savoir les faire jouir comme il faut, par des moyens que réprouve la morale et qu’autorise le bonheur.

Il dit qu’il me veut rendre une des plus habiles qui soient capables de donner du contentement aux hommes.

Mililot.

Donner du fil à retordre

Embarrasser quelqu’un, lui rendre une affaire épineuse, une question difficile à résoudre.

Donner du flan, de la galette

Argot des grecs. Jouer honnêtement.

Donner du mal

Communiquer la maladie vénérienne par le coït.

Elle est belle, ma Joséphine… et elle connaît son affaire !…
Mais, pas d’bêtises, ô mon père ! elle vous donnerait du mal…

Tisserand.

Donner du mal (se)

Dans l’argot des filles publiques, c’est raccrocher fréquemment sur le trottoir, c’est monter souvent avec de nouveaux michés.

Mais, va, c’est égal,
Je m’ donnerai du mal,
Je veux c’ soir, bravant Saint-Lazare.
Labourer l’ persil.

Dumoulin.

Donner du plaisir

Faire jouir un homme à coups de cul, ou une femme à coups de queue.

Il faut de tous ces dons savoir bien se servir,
Savoir les employer à donner du plaisir
A ceux qui dans nos bras cherchent la jouissance.

Louis Protat.

Donner du tabac

Battre. — V. Esbrouffe.

Si tu m’échauffes la bile, je te f… du tabac pour la semaine !

Vidal, 1833.

Donner du vague

Chercher pratique.

Donner du vague

Chercher fortune, vagabonder.

Donner du vent

Brimer, — dans l’argot des Saint-Cyriens.

Donner du vinaigre

Tourner très vite, — dans l’argot des enfants, lorsqu’ils jouent à la corde.

Donner l’assaut

Baiser une femme, monter sur elle et entrer par la brèche que vous savez.

Dames, dansez, et que l’on se déporte,
Si m’en croyez, d’écouter à la porte,
S’il donnera l’assaut sur le minuit.

Cl. Marot.

Donner l’aubaine

Baiser une femme, qui s’en trémousse beaucoup — de joie.

Aussi la dernière du bout
Se pâmant, cria : Le roi fout
Et chanta : Bon !
Le roi Salomon
M’en et donné l’aubaine !

Collé.

Donner la migraine à une tête de bois

v. a. Être excessivement ennuyeux, — dans l’argot des gens de lettres. L’expression appartient à Hippolyte Babou.

Donner la sauce

Donner la vérole.

Présent le plus funeste
Que puisse faire aux vits la colère céleste.

Donner le coup de pouce

Étrangler.

Donner le picotin

Baiser une femme — qui mourrait d’inanition sans cette ration d’amour quotidien.

Un dimanche matin, il cuidait lui donner le picotin.

(Moyen de parvenir.)

Donner le plaisir à une femme

Besogner du membre dans son vagin.

Témoin son père, qui a donné le plaisir à Marguerite, la servante que vous avez chassée.

Mililot.

Donner le sac

Mettre à la porte. — Mot à mot : Forcer quelqu’un à faire sa malle, son sac.

Donner ou recevoir un clystère

Faire l’acte vénérien, — par allusion a la forme de la seringue que l’on introduit dans le cul. Aussi trouve-t on dans les vieux auteurs, et notamment dans Rabelais, cette expression : Clystère barbarin dans le sens d’enculement. La seringue disparaît de jour en jour devant le clyso-pompe et autres irrigateurs : dans cinquante ans, nos petits-neveux ne sauront plus ce que c’est que de donner ou recevoir un clystère — barbarin ou non.

Donner sa langue aux chiens, aux chats

Renoncer à deviner.

Je donne ma langue aux chiens, dit Jérôme, je renonce.

E. Sue.

Donner sa rose

Offrir son pucelage sur l’autel du dieu Priape.

Ma fille, avant d’ céder ta rose,
Retiens bien ce précepte-là.

E. Debraux.

Donner son bout

v. a. Congédier un ouvrier, — dans l’argot des tailleurs. On dit aussi donner son bout de ficelle.

Donner sur le biffeton

Lire l’acte d’accusation et dévoiler les antécédents de l’accusé.

Donner un branle

Faire l’acte vénérien.

Mais quand quelqu’un lui donne un branle,
En l’absence de son cocu,
Vous diriez, comme elle se branle,
Qu’elle a des épines au cu.

Théophile.

Donner un coup de cul

Se remuer sous l’homme, de façon à le faire jouir lorsque cela tarde trop.

En baisant, à propos donner un coup de cul.

Louis Protat.

Donner un coup de pied jusque…

Aller jusqu’à tel endroit désigné, — dans l’argot du peuple.

Donner un coup de pilon

Les mendiants qui ont une jambe de bois nomment cette jambe un pilon. L’allusion de forme est juste. Quand ils vont mendier à une porte, ils ont soin de faire voir leur infirmité, de là l’expression donner un coup de pilon (Argot des mendiants). N.

Donner un coup de poing dont on ne voit que la fumée

v. a. L’appliquer sur le visage avec une grande violence, — même argot [du peuple]. J’ai entendu la phrase, et j’ai frémi pour celui a qui elle s’adressait : « Je te donnerai un coup de poing au nez, que tu n’en verras que la fumée ! » disait un robuste Auvergnat à un ouvrier d’apparence médiocre.

Donner un pont à faucher

Tendre un piége.

Donner un pont à faucher

v. a. Tendre un piège, — dans l’argot des voleurs.

Donner un redoublement de fièvre

v. a. Révéler un nouveau méfait à la charge d’un accusé, — dans le même argot [des voleurs].

Donner une affaire

Céder les renseignements propres à commettre un vol.

Donner une danse

Casser les épaules à coup de bâton.

d’Hautel, 1808.

Donneur d’affaires

s. m. Celui qui indique les vols à faire.

Donnez-la

Prenez garde, il y a du danger. Mot d’avertissement pour prévenir de l’arrivée de la police. Synonyme d’acrée (Argot des voleurs).

Donnez-la !

Méfiez-vous, — dans le même argot [des voleurs].

Dont auquel

Auquel rien n’est comparable.

Car moi je suis un militaire dont auquel.

Vadé, 1756.

Dont auquel

adj. À qui rien n’est comparable, — dans l’argot du peuple. Il y a plus d’un siècle déjà que ce barbarisme court les rues.

Donzelle

Fille ou femme légère — comme chausson.

Tu veilleras à ce que la donzelle n’essaye pas de nous faire voir le tour.

X. De Montepin.

Donzelle

s. f. Fille qui préfère la compagnie des hommes à celle des femmes, — dans le même argot [du peuple]. Signifie aussi Maîtresse.
Comme les mots déchoient ! La donzelle du Moyen Âge était la demoiselle de la maison, — dominicella, ou domina ; la donzelle du XIXe siècle est une demoiselle de maison.

Dor

s. m. Or, du dor, — dans l’argot des enfants.

Dorancher

v. a. Dorer, — dans l’argot des voleurs.

Dorancher

Dorer.

Dorancher

Pour dorer, par extension comme billancher pour biller. On trouve fréquemment dans l’argot du peuple un changement de finale pour exprimer un mot (Argot du peuple).

Dorée (petite)

Femme de mœurs légères. Ce mot lancé vers l’année 1884 n’a point été adopté et a duré autant que la mode qui, à cette époque aussi bien pour les femmes honnêtes que pour celles qui ne le sont pas, était de porter des vêtements brodés, soutachés, pailletés d’or.

On a déjà débaptisé certaines parisiennes qu’on appelait hier encore des horizontales ; le nom qu’elles portent est les petites dorées.

(Temps, octobre 1885.)

Le Soir a pris pour des ouvrières les petites dorées, autrement dit : les cocottes.

(Bataille, novembre 1884.)

Dormir à la corde

Avant l’invention des refuges municipaux (les haras de la vermine) il existait, rue des Trois-Bornes, un bouge tenu par le père Jean. L’unique salle avait à peu près vingt mètres de long sur trois mètres de largeur. Dans toute la longueur, une grosse corde était tendue ; elle était terminée par deux forts anneaux qui la fixaient à chaque extrémité. Les clients, la plupart des giverneurs, payaient trois sous d’entrée ; cette somme leur donnait le droit de s’accroupir les bras sur la corde et de dormir. Cinquante environ pouvaient y trouver place. À cinq heures du matin le père Jean sonnait le réveil en tapant avec un morceau de fer sur une vieille casserole. Parmi les dormeurs il y en avait dont le sommeil était dur : ils ne se levaient pas. Alors le père Jean décrochait la corde et les dormeurs tombaient sur les dalles. Dormir à la corde est resté légendaire (Argot du peuple). N.

Dormir d’un œil

Faire semblant de dormir, avoir l’œil ouvert et l’oreille aux aguets. Le prévenu enfermé dans sa cellule avec un mouton ne dort que d’un œil pour ne pas, pendant son sommeil, laisser échapper des révélations. On dit aussi dormir en gendarme (être en éveil) (Argot du peuple).

Dormir dans l’auge

Paresseux pour qui le travail est un supplice. Allusion au cochon, qui, lorsqu’il est gavé, s’endort dans son auge (Argot du peuple). N.

Dormir debout (pied à)

Pied démesurément large et long.

Votre général qui a des pieds à dormir debout.

Gavarni.

Dormir en chien de fusil

v. n. C’est, — dans l’argot du peuple, — prendre en dormant une posture qui donne au corps la forme d’une S ou du morceau de fer qu’on abat sur le bassinet de certaines armes à feu lorsqu’on veut tirer.

Dormir en chien de fusil

Dormir en cerceau. Allusion à la forme de l’ancien chien de fusil à piston (Argot du peuple).

Dormir en chien de fusil

Les jambes raccourcies.

Dormir en gendarme

Ne dormir que d’un œil.

Dormir sur le pan de la chemise de sa femme

Quand un ouvrier arrive en retard à l’atelier, les camarades le plaisantent et le saluent par cette phrase, qui a un sens caché.
— Tu as dormi sur le pan de la chemise de ta femme (Argot du peuple). N.

Dormir sur le roti

Être couché avec sa femme et s’endormir au moment psychologique. S’endormir sur son travail (Argot du peuple). N.

Dorsay

s. m. Petite jaquette élégante, — dans l’argot des tailleurs et des gandins.

Dort en chiant

Ouvrier qui va fréquemment au cabinet et y reste longtemps : pendant ce temps-là il ne travaille pas. Cette expression s’applique surtout aux maçons qui restent accroupis jusqu’à ce que les jambes leur fassent mal. Dans le peuple on dit :
— Tu chies comme les maçons (Argot du peuple). N.

Dort-dans-l’auge

s. m. Paresseux, homme qui s’endort sur la besogne, — dans l’argot du peuple.

Dort-en-chiant

s. m. Homme mou, paresseux, lambin.

Dos

Souteneur. On dit aussi donner du dos ou du rein, cela regarde les chattes.

Dos (scier le)

Importuner. V. Scier.

Moi, ça me scie le dos.

Rétif, 1782.

Dos (scier le)

Ennuyer. — En avoir plein le dos, manière d’exprimer son mécontentement, lorsque quelqu’un ou quelque chose vous ennuie énormément.

Dos d’azur

s. m. Souteneur de filles. (V. Dauphin.) On dit aussi Dos vert.

Dos vert

Souteneur.

Dos vert

Maquereau. Ce poisson, en effet, est mélangé de plusieurs couleurs sur le dos. L’allusion est transparente. (Argot du peuple).

Dos vert ou dos d’azur

Maquereau, souteneur de filles, parce que le scombre dont on a emprunté le nom pour flétrir ces sortes de gens a le dos d’un beau bleu métallique, changeant en vert irisé, et rayé de noir.

Écoute-moi, dos vert de ces putains sans nombre,
Ombre du grand Thomas qui de Priape est l’ombre.

Dumoulin

Je ne suis pas un miché, je suis un dos d’azur.

Lemercier de Neuville.

Dos vert, Dos d’azur

Souteneur de filles. Allusion aux écailles vertes d’un poisson sous le nom duquel les souteneurs sont généralement désignés.

C’est aussi un dos vert de la plus belle espèce.

(Vast-Ricouard, Le Tripot.)

Dos, dos vert

Souteneur.

Dossière

s. f. Fille publique, — dans l’argot des voleurs, qui n’ont certainement pas voulu dire, comme le prétend un étymologiste, « femme sur laquelle tout le monde peut s’asseoir ». Quelle étymologie alors ? Ah ! voilà ! Difficile dictu. Une dossière, c’est une femme qui joue souvent le rôle de supin.

Dossière

Poche assujétie dans toute la longueur du dos d’un paletot et particulière aux voleurs à la détourne qui s’en servent comme d’une besace.

Tous ces objets (un coupon de soie, un portefeuille, une tabatière en argent, une douzaine de mouchoirs) étaient dissimulés dans une poche pratiquée dans le dos du pardessus.

(Petit Journal du 30 juin 1880.)

Dossière

Prostituée qui gagne sa vie à genoux. Fellatrix.

Dossière

Chaise (Argot du peuple). N.

Dossière de satte

Chaise de bois. — Dossière : Prostituée de dernier ordre. — Mot à mot : femme sur laquelle tout le monde peut s’asseoir. V. Calège.

Dossière de satte

s. f. Chaise, fauteuil, — dans le même argot [des voleurs].

Dossière de satte

Chaise.

Dossière de satte

Chaise.

Dossières

Filles qui font le commerce honteux.

Douanier

Absinthe. — Allusion à la couleur verte du costume des douaniers.

Doublage

Larcin, larronage.

Doublage

Vol.

Doublage

Larcin.

Doublage

Larcin, larronnage.

Doublage

s. m. Vol, — dans l’argot des voyous, qui appellent les voleurs Doubleurs, probablement parce qu’ils témoignent une grande duplicité.

Doublage, Doublé

Vol ; mensonge. — Monter un doublé, en imposer.

Doublage, doublé

Vol, mensonge.

Double

Sergent-major, maréchal des logis chef. L’insigne de ce sous-officier est un double galon.

Si son double un soir pris d’humeur noire veut tempêter… il n’a pas le dernier.

Wado.

Double

s. m. Sergent-major, — dans l’argot des soldats, qui l’appellent ainsi probablement à cause de ses deux galons dorés.

Double

Gardien-chef, — dans le jargon des prisons. Le mot est également en usage au régiment pour désigner un sergent-major. Allusion aux doubles galons.

Doublé

Volé.

Double (le)

Le sergent-major, — par allusion à son double galon.

Double cholette

Litre (Vidocq). — Double vanterne : Lunettes. — Mot à mot : double vitre.

Double six

s. m. Nègre, — dans l’argot des voleurs.

Double six

s. m. Les deux dents au milieu de la mâchoire supérieure. Argot des faubouriens.

Double-face

Armoire à glace.

Double-six

Poseur. Fat sans cesse occupé à étudier ses poses, à faire valoir ses avantages. Au jeu de dominos la première pose est au joueur qui a le double-six ; d’où le surnom donné au poseur, au fat.

Double-six

Nègre (Argot des voleurs).

Double-six

Nègre.

Doubler

v. a. Voler.

Doubler

Tromper ; voler.

Doubler le cap

Faire un détour. On double le cap lorsqu’on prend le chemin le plus long afin d’éviter de passer devant la porte d’un créancier.

Doubler un cap

« Doubler un cap dans Paris, c’est faire un détour, soit pour ne pas passer devant un créancier, soit pour éviter l’endroit où il peut être rencontré. »

Balzac.

Doubler un cap

v. a. Passer heureusement une échéance, un 1er ou un 15, sans avoir un billet protesté, — dans l’argot des commerçants, qui connaissent les écueils de la Fortune. Henry Murger, dans sa Vie de Bohème, appelle ce 1er et ce 15 de chaque mois le Cap des Tempêtes, à cause des créanciers qui font rage à ce moment-là pour être payés.

Doublette

Escroc.

Doubleur

Larron.

Doubleur

Larron.

Doubleur

Voleur.

Doubleur

s. m. Voleur. Doubleur de sorgue. Voleur de nuit.

Doubleur

Menteur.

Doubleur de sorgue

Larron de nuit.

Doubleur de sorgue

Voleur de nuit. Il double la journée (Argot des voleurs). V. Attristé.

Doubleur de Sorgue

Voleur de nuit.

Doubleur, Doubleuse

Menteur, menteuse ; voleur, voleuse.

Doubleuse

Voleuse.

Doubleux

Voleur. Doubleux de sorgue, voleur de nuit.

Doubleux de sorgue

Larron de nuit.

Doubleux de sorgue ou sorgne

Larron de nuit.

Doublon

s. m. Répétition du même mot, du même membre de phrase ou de la même phrase de la copie. Cette répétition, due au manque d’attention de l’ouvrier, a pour lui les mêmes inconvénients que le bourdon et exige souvent un remaniement.

Doublon

Répétition dumême mot ou de la même phrase, — dans le jargon des typographes.

Doublonniste

s. m. Compositeur qui fait habituellement des doublons.

Doublure

s. f. Acteur secondaire, chargé de remplacer, de doubler son chef d’emploi malade ou absent. Argot des coulisses.

Doublure de la pièce

s. f. « Ce qu’il y a sous le corsage d’une robe de femme », — dans l’argot des bourgeois, qui, quoique très Orgon, sont parfois de la famille de Tartufe.

Douce

Soie (Vidocq). — Elle est douce au toucher.

Douce

s. f. Étoffe de soie ou de satin, — dans l’argot des voleurs.

Douce

s. f. Fièvre, — dans le même argot [des voleurs].

Douce

Soie, — dans le jargon des voleurs.

Douce

Soie. Fièvre.

Douce (à la)

adv. Doucement, — dans l’argot du peuple. On dit quelquefois : À la douce, comme les marchands de cerises.

Douce (aller à la)

Aller doucement, se porter assez bien.

ALINE : Et mon oncle comment va-t-il ?
L’HOMME : À la douce, à la douce.

(Jean Rousseau, Paris-Dansant.)

Faire quelque chose à la douce, ne pas se presser.

Douce (s’en offrir une)

V. Bataille des Jésuites. N.

Douce affaire

L’affaire de cœur, c’est-à-dire du cul, douce à faire, en effet, bien que ses suites soient quelquefois amères. — Se donner, ou se coller une douce : se masturber.

Le portrait ravissant, l’image enchanteresse
Qu’en tout temps je me fais de ton con, de ta fesse,
De ta motte, des poils, blonds ou noirs, mais soyeux,
Qui viennent mollement frisotter auteur d’eux,
A mon organe cause une telle secousse,
Que j’ai beau tous les jours me coller une douce,
Dans mes rêves ton con m’agace et me poursuit.
Et me fait dans mes draps décharger chaque nuit…
Cette agitation me fatigue et me pèse :
Aussi, sans plus tarder, faut-il que je te baise.

Louis Protat. (Serrefesse.)

Doucette

Lime (Vidocq). — Allusion au travail de la lime qui opère tout doucement.

Doucette

s. f. Lime, — dans l’argot des voleurs.

Doucette

Lime.

Doucette

V. Mordante.

Douceur

Mettre quelqu’un en douceur, c’est le tromper ou le voler en le flattant.

Douceur (le mettre en)

Tromper quelqu’un avec de douces paroles ; voler quelqu’un en le flattant.

Douceurs

s. f. pl. Choses de diverse nature qu’on porte aux malades ou aux prisonniers, — aux uns des oranges, aux autres du tabac.

Douches (les)

Les mains.

Douillard

s. m. Homme riche, fourni de douille. Se dit aussi de quiconque a une chevelure absalonienne.

Douillard

Peut s’entendre de deux manières. Clovis Hugues a beaucoup de douilles (cheveux). Rothschild a beaucoup de douilles (argent) (Argot du peuple).

Douillard

Celui qui a des douilles (cheveux).

Douillard

Ennuyeux (arg. typo).

Douillard

Riche ; personne, travail ennuyeux.

Douillard, Douillarde

Homme riche, femme riche.

Douille

Cheveux.

Douille

Argent.

Il y a de la douille à grinchir.

Paillet.

Du vieux mot double : monnaie. V. Roquefort. — Douiller : Donner de l’argent. — Douillard : Homme qui a de la douille.

Oh ! oh ! fit-il, un public ficelé ! rien que des hommes et des douillards.

De Pène.

Douille

Cheveux. — Du vieux mot doille : mou, délicat. V. Roquefort. — Douilles savonnés : Cheveux blancs. — Douillure : Chevelure. — Douillette : Crin (Vidocq).

Douille

s. f. Argent, monnaie, — dans l’argot des voleurs et des faubouriens.

Douille

Argent. — Douille fraîche, argent qu’on vient de recevoir.

Douille

(Voyez Galette).

Douille

Argent. Cheveux. Douiller du carme, payer. Douilles savonnées, cheveux blancs.

Douiller

Payer.

Je n’ai pas d’argent, douille pour moi, je te rembourserai.

Un individu qui a déjà été condamne a douillé (payé).

Douiller, Douiller du carme

Donner de l’argent, payer, — dans le jargon des voleurs. Encore un qui ne douille pas souvent avec les aminches : faut toujours lui rincer le bec !

Douilles

Cheveux.

Douilles

Cheveux.

Douilles

Cheveux.

Douilles

Cheveux.

Douilles

s. f. pl. Cheveux,. — dans le même argot [des voleurs et des faubouriens]. Douilles savonnées. Cheveux blancs.

Douilles

Cheveux.

Douilles

Cheveux (Argot du peuple). V. Alfa.

Douilles

Cheveux ; celui qui en a beaucoup est riche en douilles.

Douilles

Cheveux.

Douilles (les)

Les cheveux.

Douilles (les)

Les cheveux.

Douilles savonnées

Cheveux blancs. Lorsque les cheveux commencent à grisonner, la chevelure est poivre et sel (Argot du peuple). N.

Douilles, Douillets

Cheveux. La partie de la tête que recouvrent les cheveux est très sensible ; d’où le mot douillet.

Y veut s’ garantir les douillets.

(Le Parfait catéchisme poissard.)

Douilles savonnés, cheveux blancs. Piger les douilles, prendre aux cheveux, tirer les cheveux.

Douillet

s. m. Crin, crinière.

Douillet

Innocent. Crin.

Douillet, Douille-mince (jamais)

Innocent, — dans le jargon des voleurs.

Douillet, Douillette

Crin, — dans le jargon des voleurs.

Douillettes

Figues, en terme des halles.

Douillure

s. f. Chevelure.

Douleur (étrangler la)

Boire un verre d’eau-de-vie.

Douleur (papier à)

Papier timbré, protêt, congé par huissier, — dans le jargon du peuple.

Douliet (les)

La barbe.

Douloureuse

Dans le « pittoresque argot parisien de bas étage, la douloureuse est tout simplement la carte à payer, autrement dit l’addition. » (X. de Montépin, Le Fiacre no 13.)

Douloureuse

La carte à payer.

Douloureuse

Note à payer.

Douloureuse (la)

La carte à payer. Quand on paye c’est toujours douloureux, c’est l’éternel quart d’heure de Rabelais (Argot du peuple).

Douloureuse (la)

Note de restaurant.

Dousse

Fièvre, attouchement personnel.

Dousse

Fièvre, — dans l’ancien argot.

Doussin

Plomb.

Doussin

s. m. Plomb, — dans l’argot des voleurs.

Doussin

Plomb. Doussiner, plomber, — dans l’ancien argot.

Doussin

Plomb.

Doussin

Plomb (Argot des voleurs). V. Gras double.

Doussin

Plomb.

Doussiné, ée

Plombé, plombée.

Doux

s. m. Crème de menthe, anisette, vespétro, etc., — dans l’argot des bourgeoises.

Doux (du)

Liqueur douce. Un verre de doux.

Doux (un verre de)

« Un verre de liqueur sucrée, par opposition à un verre de liqueur forte ou de rude. »

d’Hautel, 1808.

Doux larcin

s. m. Baiser, — dans l’argot des académiciens, qui traitent l’Amour d’« aimable voleur de cœurs ».

Dragée

Balle. — Allusion à la forme.

Il a reçu la dragée : Il a été atteint d’une balle.

d’Hautel, 1808.

Dragée

s. f. Balle, — dans l’argot des troupiers. Recevoir une dragée. Être atteint d’une balle. On dit aussi Gober la dragée.

Dragée

Nez, — dans le jargon des voyous. Se piquer la dragée, se griser.

Y li a foutu un va-te-laver sur le mufle qui lui a escarbouillé la dragée et dévissé trois dominos.

Dragée

Balle, — dans le jargon des troupiers. Des dragées qu’on distribue aux baptêmes de feu.

Dragée

Balle.

Drageoires

Les joues (Argot des voleurs). V. Jaffles.

Dragiste

Ouvrier confiseur spécialement chargé de la fabrication des dragées.

Dragons (aller voir défiler les)

Jeûner forcément. À l’heure du déjeuner, les ouvriers qui n’ont ni argent ni crédit chez le miarchand de vin disent :

Nous allons les voir défiler.

Drague

Médecin.

Drague

Chirurgien, drille.

Drague

s. f. Attirail d’escamoteur, tréteaux de charlatan, — dans l’argot des faubouriens, qui savent avec quelle facilité les badauds se laissent nettoyer les poches.

Drague

Fonds de commerce de saltimbanque ; le métier de banquiste lui-même.

Il avait pris des associés et monté une drague.

(J. Vallès.)

Drague

Le médecin. Allusion à la drague qui nettoye la Seine. Le médecin de prison qui a le purgatif facile, drague les intestins des malades qui sont au castu (Argot des voleurs).

Drague

Médecin, charlatan, marchand d’onguent.

Dragueur

Banquiste (Vidocq).

Dragueur

s. m. Charlatan, escamoteur, saltimbanque.

Dragueur

Saltimbanque.

Drainer

Ruiner. Le mot est expressif et fait image.

— Il se fera remisier ou il vendra des lorgnettes. — À moins qu’il n’épouse Coralie quand elle aura drainé le planteur et le fils du fabricant.

(Du Boisgobey : Paris-Bandit.)

Drap mortuaire

Filet. Argot des braconniers.

La perdrix grise est ensevelie chaque jour dans le drap mortuaire.

(France, octobre 1885.)

Drapeau

s. m. Serviette, — dans l’argot des francs-maçons. Grand drapeau. Nappe.

Drapeau

Serviette, — dans le jargon des francs-maçons. — Grand drapeau, nappe.

Drapeau

Drap de lit. Être sous les drapeaux, être couché.

Drapeau (être de garde au)

« Dans le jargon pittoresque des garnisons, on a donné à cette expression une acception que les règlements militaires n’avaient point prévue. Un officier est de garde au drapeau quand il est aux arrêts. On dit aussi qu’un camarade est de garde au. drapeau lorsqu’il ne paraît pas le soir à la pension, et qu’il y envoie chercher par son ordonnance un dîner pour deux. » (Fr. de Reifienberg, La Vie de garnison.) Dans le monde de la bourgeoisie, on dit du mari qui est obligé d’accompagner sa femme en soirée ou de rester à la maison auprès de madame, qu’il est de garde au drapeau.

Drapeau, drap de lit (planter un)

Ne pas payer ses dettes.

Drapeaux

s. m. pl. Couches, langes de nouveau-né, — dans l’argot du peuple, qui emploie ce mot depuis quelques siècles.

Dresser

Venir en érection.

Enfin tant que nous sommes,
Combien de membres d’hommes
Nous avons fait dresser.

(Cabinet satyrique.)

Drille

Soldat.

Drille

Soldat.

Dringue

s. f. Ventris fluxus, — dans l’argot des faubouriens.

Dringue

Pièce de cinq francs, — dans le jargon des voleurs. Une dringue tarte refroidie sur le zinc du mastroc, une fausse pièce de cinq francs clouée sur le comptoir du marchand de vin.

Dringue

Vêtement, redingote.

Dringue

Pièce de 5 francs. Diarrhée. Peur.

Dringue

Pièce de cinq francs en argent (Argot des voleurs). V. Tune.

Dringue

Pièce de 5 francs.

Drive (être en)

Tirer une bordée, prolonger de son autorité une permission, — dans l’argot de la marine. Drive est par altération pour dérive.

Drogue

Mauvaise femme. — On dit souvent drogue pour une chose de mauvaise qualité.

Drogue

s. f. Chose de mauvaise qualité, étoffe inférieure, camelote, — dans l’argot des bourgeois, qui se rappellent le droguet de leurs pères.

Drogue

s. f. Femme acariâtre, et, de plus, laide, — dans l’argot du peuple, qui a de la peine à avaler ces créatures-là. Se dit aussi d’un Homme difficile à vivre.

Drogue

s. f. Jeu de cartes, — dans l’argot des troupiers, qui condamnent le perdant à porter sur le nez un petit morceau de bois fendu. Faire une drogue. Jouer cette partie de cartes.

Drogue

Coquine, méchante femme. — Petite drogue, petite-coureuse.

Drogué

Demander.

Droguer

Mendier.

Droguer

Demander.

Droguer

Attendre infructueusement : — Métaphore empruntée au jeu de la drogue.

Vous droguez nuit et jour autour de sa maison.

G. Sand.

Il m’a fait droguer plus d’une heure dans la rue.

d’Hautel, 1808.

Droguer

Dire. V. Girofle.

Droguer

v. n. Attendre, faire le pied de grue, — dans l’argot du peuple.

Droguer

v. n. Demander, — dans l’argot des voleurs, qui savent qu’on attend toujours, et quelquefois longtemps, une réponse.

Droguer

Mendier. (1829.)

Droguer

Attendre depuis longtemps, faire le pied de grue. — Faire droguer, faire attendre.

Droguer

Dire. Demander. Attendre.

Droguer

Demander. Allusion à droguer, attendre.
— Voilà deux heures que ce pierrot-là me fait droguer pour la peau (Argot du peuple et des voleurs).

Droguer

Attendre.

Droguerie

s. f. Demande.

Drogueur

Mendiant.

Drogueur de bretelles

Mendiant de naissance.

Drogueur de la haute

s. m. Escroc habile, qui sait battre monnaie avec des histoires.

Drogueur de la haute

Escroc qui exploite la crédulité publique au moyen de prétendues souscriptions financières ou patriotiques, de quêtes, de loteries, d’indulgences, de fausses eaux de Lourdes, etc., etc…

Drogueur de la haute

Voleur du grand monde (Argot des voleurs).

Droguiste

Escroc, filou qui exerce à domicile en cherchant à apitoyer les âmes aussi sensibles que crédules. C’est une forme nouvelle de drogueur.

Droguiste

Escroc qui exploite la charité au moyen de fausses souscriptions, etc.

Droite (aller à, être à)

Aller aux cabinets d’aisances, être aux cabinets d’aisances, — dans le jargon des employés de commerce.

Drôle (pas ou peu)

adj. Expression de l’argot du peuple, qui l’emploie à propos de tout et de rien, d’un événement qui l’afflige ou d’une histoire qui l’ennuie, d’une bretelle qui se rompt ou d’une tuile qui tombe sur la tête d’un passant, etc., etc.

Drôle (pas)

Très-malheureux. — Expression singulière, dont le peuple de Paris connaît seul la valeur saisissante. Si quelqu’un est frappe par un accident grave, on le plaint par ces mots : « Le pauvre homme ! ça n’est pas drôle ! » Un homme sans ressources dira : « Je ne sais si je mangerai ce soir, et ça n’est pas drôle. »

Et ça vous fiche des coups… — Ça c’est peu drôle.

Gavarni.

Drôlesse

Fille ou femme de mœurs plus que légères — qui souvent n’est pas drôle du tout, à moins qu’on ne considère comme drôleries les chansons ordurières qu’elle chante au dessert.

Mais tout n’est pas rose et billets de mille francs dans l’existence phosphorescente, fulgurante, abracadabrante de ces adorables drôlesses, qui portent leurs vingt ans sans le moindre corset.

A Delvau.

Drôlesse

s. f. Habitante de Breda-Street, ou de toute autre Cythère, — dans l’argot des bourgeois, qui ont la bonté de les trouver drôles quand elles ne sont que dévergondées.

Drôlesse

s. f. Maltresse, concubine, — dans l’implacable argot des bourgeoises, jalouses de l’empire que ces créatures prennent sur leurs maris, avec leur fortune.

Drôlichon, ne

adj. Amusant, drôle, — dans l’argot du peuple.

Dromadaire

Femme de mauvaise vie, c’est une variante pour ne pas toujours dire : chameau.

Du même tonneau

La même chose. Un homme politique veut tout réformer, il fait de belles promesse à ses électeurs et ne fait pas mieux que ses devanciers. C’est du même tonneau. Du vin à douze ou du vin à seize, Bordeaux ou Bourgogne : C’est du même tonneau (Argot du peuple). N.

Du vent ! De la mousse !

Rien pour toi ! — Vent signifie ici vesse. — V. Mousse.

Du vent ! de la mousse !

Phrase de l’argot des faubouriens, qui l’emploient fréquemment en réponse à quelque chose qui leur déplaît ou ne leur va pas. Ils disent aussi, soit : De l’anis ! soit : Des navets ! soit : Des nèfles ! soit : Du flan !
Qu’on ne croie pas l’expression moderne, car elle a des chevrons : « Si on la loue en toutes sortes de langues, elle n’aura que du vent en diverses façons, » dit La Serre, historiographe de France, dans un livre adressé à mademoiselle d’Arsy, fille d’honneur de la reine (1638).

Duc

Grande voiture se rapprochant de la Victoria. Le duc est à deux places avec un siège par derrière et un par devant pour deux domestiques sur chaque. — Petit chapeau rond, de la forme du melon et que portent les souteneurs qui ont des prétentions à l’élégance.

Duc de Guiche

s. m. Guichetier, — dans l’argot des faubouriens.

Duc de guiche

Guichetier. À l’instar des anciens ducs féodaux, il règne sur ses vassaux : — les prisonniers (Argot des voleurs).

Duc de Guiche

Guichetier.

Duce

Signes conventionnels et indicatifs que pratiquent au jeu les grecs entre eux. C’est ce qu’ils nomment encore la télégraphie. Vient de dux, ducere conducteur, conduire. Le duce règle la conduite du grec au jeu.

Le dusse (sic) se varie à l’infini, et les grecs qui, dans une partie, craignent d’avoir été remarqués, changent de système pour le lendemain.

(A. Cavaillé, Les Filouteries du jeu.)

Duce (envoyer le)

Signe. Le complice d’un escroc au jeu de cartes en voie le duce à son compère, pour lui dire la carte qu’il doit jouer.

Duce (le)

L’ensemble des signes conventionnels et indicatifs que se font les grecs associés pour tricher.

Duchêne (passer à)

Payer, — dans le jargon des barrières. C’est-à-dire se faire arracher une dent. Duchêne est le nom d’un très populaire et très habile dentiste, le Calvin de la mâchoire. Maintenant que nous avons bouffé, faut passer à Duchêne ; garçon ! la craie.

Duchesse

Chef femelle d’une bande de voleurs.

Duchesse

Femme d’un chef de bande.

Duconneau

Être niais.
— Tu es plus bête que celui d’où tu sors (Argot du peuple). N.

Dulcinée

Maîtresse ; femme entretenue ; fille publique.

Ma dulcinée est-elle venue ?

Auguste Ricard.

Dulcinée

Maîtresse. — Dû à la vogue du roman de Cervantes.

Une mijaurée qui s’en fait accroire fait la Dulcinée du Toloso. — Dulcinée veut dire aussi une femme galante, une donzelle.

d’Hautel, 1808.

Dulcinée

s. f. Maîtresse, — dans l’argot des bourgeois, qui cependant se garderaient bien de se battre pour la leur, même contre des moulins.

Dumanet

s. m. Soldat crédule à l’excès, — dans l’argot du peuple, qui a conservé le souvenir de ce type de vaudeville, né le jour de la prise d’Alger.

Duo d’amour

Yeux pochés.

Duo d’amour

Yeux pochés (Argot des voleurs). N.

Duo d’amour

Les deux yeux pochés.

Duo sans musique

L’acte vénérien, qu’on accomplit à deux sans faire aucun bruit, sans sonner un seul mot, en se contentant de soupirer.

Dur

Fer (Vidocq).

Dur

Eau-de-vie. V. Chenique.

Pour faire place aux petits verres de dur.

Th. Gautier.

Dur

s. m. Eau-de-vie, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Raide.

Dur

s. m. Fer, — dans l’argot des voleurs. Ils disent aussi Durin.

Dur

Vente difficile d’un livre, — en terme de libraire. Ce n’est pas un mauvais ouvrage, mais c’est dur.

Dur

Fer, — dans le jargon des voleurs.

Dur

Eau-de-vie.

Dur

Fer. Eau-de-vie. Travaux forcés. Travailler sur le dur. Voler en chemin de fer.

Dur

Il est au dur : en prison. C’est dur : pénible, difficile. C’est dur à digérer : grosse sottise ou blague impossible à avaler. Dur à cuire : vieux troupier qui ne ressent rien. Dur (être dans son) : être ce jour-là plus courageux qu’à l’ordinaire (Argot des voleurs).

Dur (au)

Travaux forcés.

Dur (être au)

En réclusion ; (être dans son), travailler avec énergie.

Dur (être dans son)

v. Travailler avec une ardeur sans pareille. En général, c’est dans la semaine du batiau, quelques jours avant la remise du bordereau, que les ouvriers sont dans leur dur.

Dur (être dans son)

Être très assidu à l’ouvrage, être dans le feu du travail. (Argot des typographes).

Dur (le)

Travaux forcés. Celui qui est condamné à cette peine est envoyé au dur, à la Nouvelle-Calédonie ou la Guyane.

Dur à avaler

adj. Se dit — dans l’argot du peuple — d’une histoire invraisemblable à laquelle on se refuse à croire, ou d’un accident dont on a de la peine à prendre son parti. On dit aussi, dans le même sens : Dur à digérer.

Dur à cuire

Homme solide, sévère, ne mollissant pas. V. d’Hautel.

En voilà un qui ne plaisante pas, en voilà un de dur à cuire.

L. Reybaud.

Dur à cuire

Individu qui ne se laisse ni attendrir, ni intimider facilement. — Vieux dur à cuire ; par allusion aux légumes secs qui ne cuisent pas facilement.

Dur-à-cuire

s. m. Homme insensible à la douleur, physique ou morale.

Dur-à-la-détente

adj. et s. Homme avare, qui ne lâche pas volontiers les ressorts de la bienfaisance ou du crédit, — dans l’argot du peuple, pour qui ces sortes de gens sont de « singuliers pistolets ». On dit aussi Dur à la desserre.

Duraille

s. f. Pierre, — dans l’argot des voleurs. Ils disent aussi Dure. Dure à briquemon. Pierre à briquet. Ils disent aussi Dure à riffle. Duraille sur mince. Diamant sur papier.

Duraille

Pierre. Duraille sur mince, diamants sur papier.

Duraille

Pierre (Argot des voleurs).

Duraille sur mince

Diamant sur carte (Argot des voleurs). N.

Durailles d’orphelins

Pierreries.

Dure

Pierre en terre.

Dure

Terre (Vidocq). — On dit classiquement coucher sur la dure. dans ces quatre acceptions du mot dur, l’effet est pris pour la cause.

Dure

s. f. La terre, — dans l’argot des voleurs et du peuple. Coucher sur la dure. Coucher à la belle étoile.

Dure

La terre. La grande langue a l’expression « coucher sur la dure, » c’est le nuda humo cubat de Virgile.

Dure

La terre. La maison centrale. Voler à la dure, étourdir d’un coup de bâton un homme pour le voler.

Dure (la)

La terre.

Dure (la)

La terre.

Dure (la)

Maison centrale de force et de correction.

Dure (la)

Terre. Les vagabonds, qui y couchent souvent, savent par expérience qu elle n’a pas la mollesse d’un lit de plume (Argot des voleurs).

Dure (la)

Terre.

Dure (la)

La terre.

Dure (une)

Une pierre.

Dure (vol à la)

Vol qui consiste à étourdir d’un coup de poing ou d’un coup de bâton celui qu’on veut dépouiller. La variante est : Vol à la rencontre. Faire le client à la dure, étourdir d’un coup de bâton un homme et le voler.

Durème

Fromage (Vidocq).

Durème

Fromage blanc (Argot des voleurs).

Durême

s. m. Fromage blanc, — dans l’argot des voleurs.

Durême

Fromage, — dans l’ancien argot. Eau de moule. Absinthe très claire coupée avec beaucoup d’eau ; elle arbore la couleur vert-clair de l’eau dans laquelle nagent les moules cuites.

Duret (du)

Du cuivre.

Durillon

s. m. Gibbosité humaine, — dans l’argot des faubouriens, que les bossus feront toujours rire. Ils disent aussi Loupe.

Durillon

Avare. — « Il est tellement durillon qu’il se sert des règles de sa femme pour ne pas en acheter, » On dit aussi dur à la détente.

Duriner

v. a. Ferrer, — dans l’argot des voleurs.

Duriner

Ferrer. Allusion à la dureté des chaînes avec lesquelles autrefois on ferrait les forçats (Argot des voleurs).

Durs (Durs)

Fers.

Duval

Argot des filles. On désigne ainsi les petites mendiantes, bouquetières ou autres qui, arrêtées par les agents, sont depuis le préfectorat de M. Ferdinand Duval placées à Saint-Lazare, dans un local spécial bien entendu, et cela jusqu’à leur majorité à moins que leurs parents ne les viennent réclamer.


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