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A

À Chaillot !

Exclamation populaire, passée dans l’argot des drôlesses de Breda-Street, et par laquelle on se débarrasse de quelqu’un qui gêne.

À cherche

À rien ; pas un point ; c’est-à-dire qui cherche à faire un point. Terme de joueurs d’écarté. Nous sommes trois à cherche.

À cran

Être en colère.

À l’ombre

En prison. — Le soleil n’y donne guère — V. Brûler.

Quand on aura mis à l’ombre tous les Jean-foutres.

1793, Hébert.

À la carre

Mettre de côté.

À la clé

Façon de parler explétive des comédiens, qui entendent fréquemment leur chef d’orchestre leur dire : « Il y a trois dièzes ou trois bémols à la clé, » et qui ont retenu l’expression sans en comprendre le sens exact. Ainsi : Il y a des femmes, ou des côtelettes à la clé, signifie simplement : Il y a des femmes, — ou des côtelettes.

À la douce

Doucement.

Comment qu’ça va, vous, à ce matin ? — Mais, merci, à la douce.

H. Monnier.

On dit quelquefois à la douce, comme les marchands de cerises, par allusion au cri de ce métier (à la douce ! à la douce !).

À la flanc

Au hasard.

À la ringué

Un homme à la ringué est un homme battu.

À la tarre

Voler des mouchoirs.

À la tête du can

Devant tout le monde.

À pince

Pédestrement.

J’ai fait le trajet de Paris à Marseille à pince.

À poils

Un homme à poils est un homme résolu. C’est le brave à trois poils de Molière.

Des bougres à poil, déterminés à vivre libres ou mourir.

1793, Hébert.

M’est avis qu’il faut z’être un artiste à poil (de mérite) pour ça.

Désaugiers.

À renaud (être)

Être contrarié.

À tout casser

Extrêmement, — dans l’argot du peuple.

À user le soleil

À vie.

Abadie

s. f. Foule, — dans l’argot des voleurs, qui l’appellent ainsi, avec mépris, parce qu’ils ont remarqué qu’elle se compose de badauds, de gens qui ouvrent les yeux, la bouche et les oreilles d’une façon démesurée.

Abadis

Foule, rassemblement (Vidocq). — Vient du vieux mot de langue d’oc : abadia : forêt de sapins. V. Du Cange. — L’aspect d’une multitude ressemble à celui d’une forêt. On dit : Une forêt de têtes.

Pastiquant sur la placarde, j’ai rembroqué un abadis du raboin.

Vidocq.

Abadis ou abadie

V. Trépe.

Abadouce

Toile fine, mousseline.

Abajoues

s. f. pl. La face, — dans l’argot du peuple.
Il n’est pas de mots que les hommes n’aient inventés pour se prouver le mutuel mépris dans lequel ils se tiennent. Un des premiers de ce dictionnaire est une injure, puisque jusqu’ici l’abajoue signifiait soit le sac que certains animaux ont dans la bouche, soit la partie latérale d’une tête de veau ou d’un groin de cochon. Nous sommes loin de l’os sublime dédit. Mais nous en verrons bien d’autres.

Abalourdir

v. a. Rendre balourd, niais, emprunté.

Abandonner (s’)

Se livrer complètement à un homme, lui ouvrir bras et cuisses, lui laisser faire tout ce que lui conseillent son amour et sa lubricité.

Ce n’est pas le droit naturel
À fille de s’abandonner.

(Farces et Moralités.)

Si ma femme, impatiente de ma langueur, à autrui se abandonne.

Rabelais.

Lise, qui partout s’abandonne,
Ne fait qu’en flatter son mari.

Théophile.

Abat-faim

s. m. Plat de résistance, — gigot ou roastbeef plantureux.

Abat-joues

Les joues de ce second visage qu’il n’est pas bienséant de montrer en public.

Abat-reluit

s. m. Abat-jour à l’usage des vieillards. Argot des voleurs.

Abat-reluit

Cette expression désigne la visière placée sur la casquette des vieillards ou des gens faibles de la vue pour adoucir l’intensité de la lumière (Argot des voleurs).

Abatage

Action d’abattre son jeu sur la table, en annonçant son point, — dans le jargon des joueurs de baccarat. Il y a abatage, toutes les fois qu’un joueur a d’emblée le point de neuf ou de huit. — Bel abatage, fréquence de coups de neuf et de huit. — Il y a abatage sur toute la ligne, lorsque le banquier et les deux tableaux abattent simultanément leurs jeux.

Les abatages se succédaient entre ses mains, drus comme grêle.

(Vast-Ricouard, Le Tripot.)

Abatage

Développement du bras, haute stature d’un joueur de billard. C’est un avantage qui lui permet de caramboler avec facilité et de se livrer, en été, à des effets de biceps.

Abatage

Ouvrage vivement exécuté. — Graisse d’abatage, ardeur à l’ouvrage.

Abatage

Forte réprimande. Écoper un abatage, recevoir une forte réprimande, — dans le jargon des ouvriers.

Le lendemain, tout le monde sur le tas. Avant de commencer, j’ai écopé mon abatage.

(Le Sublime).

Abatage

Réprimande, de patron à ouvrier.

Abatage (vente à l’)

Vente sur la voie publique. Aujourd’hui presque tous les grands magasins de nouveautés pratiquent la vente à l’abatage et encombrent les trottoirs avec des marchandises plus ou moins défraîchies.

Abati

Bras.

Abatis

Pieds, mains. — Allusion aux abatis d’animaux. — Abatis canailles : Gros pieds, grosses mains.

Des pieds qu’on nomme abatis.

Balzac.

Abatis

s. m. pl. Le pied et la main, — l’homme étant considéré par l’homme, son frère, comme une volaille. Avoir les abatis canailles Avoir les extrémités massives, grosses mains et larges pieds, qui témoignent éloquemment d’une origine plébéienne.

Abatis

Pieds, mains et, par extension, les autres membres. S’applique en général aux extrémités grosses et communes. Avoir les abatis canailles.

Tu peux numéroter tes abatis.

(La Caricature du 7 fév. 1880.)

Abatis

Les pieds ou les mains. Dans le peuple, on dit d’un individu mal conformé : Il a des abatis canailles, ou encore il a des abatis à la manque. Quand deux hommes se battent, la foule dit du plus faible : il peut numéroter ses abatis (Argot du peuple).

Abatis

Les membres du corps humain.

Abattage

Étalage de marchandises en plein vent. Vive réprimande.

Abattage

Celui qui est grand de taille, a de longs abattis et, par conséquent, de l’abattage.

Abattage

Recevoir des réprimandes d’un chef ou d’un patron.

Abattage (en avoir)

Être grand, fort, d’une taille à dominer. — Il a de l’abattage, il peut frapper fort (Argot du peuple). N.

Abattage (en recevoir un)

Être grondé à en être abattu. Équivalent à recevoir un gras, un suif, en un mot, à être enlevé (Argot du peuple). N.

Abatteur de bois

Fouteur, — son outil étant considéré comme une cognée, et la nature de la femme, à cause de son poil, comme une forêt.

Il n’étoit pas grand abatteur de bois, aussi étoit-il toujours cocu.

Tallemant des Réaux.

Les beaux abatteurs de bois sont, comme les rois et les poètes, des rares aves.

Baron Wodel.

Ce Jacques était un grand abatteur de bois remuant.

(Moyen de parvenir)

Il lui présenta cent mille choses que ces abatteurs de femmes savent tout courant et par cœur.

(Les Cent Nouvelles nouvelles.)

Je me connais en gens ;
Vous êtes, je le vois, grand abatteur de quilles.

Régnier.

Abatteurs de noix

Les anciens lanciers (Voyez Allumeurs de gaz).

Abattis

Nombreuses révocations dans un personnel administratif. — Hécatombes de fonctionnaires de l’État que la cognée ministérielle abat comme la cognée du bûcheron abat les arbres d’une forêt.

C’est pour affirmer… que le journal de M. Decazes a collaboré à l’abattis, en quelques semaines, de 54 préfets, de 38 secrétaires généraux et de 125 sous-préfets.

(Aug. Vacquerie, le Rappel du 23 octobre 1877.)

Abattis

Les pieds, les mains, les membres en général. Abattis canailles, extrémités grosses, rougeaudes, massives.

Abattis

Les bras et jambes sont des abattis.

Abattis (les)

Les bras.

Abattoir

Cachot des condamnés.

Abattoir

s. m. Le cachot des condamnés à mort, à la Roquette, — d’où ils ne sortent que pour être abattus devant la porte de ce Newgate parisien.

Abattoir

Cellule des condamnés à mort à la Roquette.

Abattoir

Cercle de jeu. On y immole en effet force pigeons.

Abattoir

Lieu où l’on abat les animaux ; les prisonniers ont donné ce nom au cachot des condamnés à mort (Argot des voleurs).

Abattre

Faire beaucoup d’ouvrage en peu de temps. J’en ai-t’y abattu !

Abattre

Étaler son jeu sur la table, en style de joueur de baccarat. — Méry, qui cultivait pour le moins autant ce jeu que la Muse, avait érigé en axiome le distique suivant :

Quand on a bien-dîné, qu’on est plein comme un œuf, Il faut après un huit toujours abattre un neuf.

Abattre

Faire des dettes, L. L. Abattre veut dire faire beaucoup d’ouvrage. — C’est un ouvrier habile, il en abat en un jour plus que ses compagnons en une semaine (Argot du peuple).

Abattre

Faire beaucoup de travail est en abattre.

Abattre (en)

Travailler beaucoup, — dans l’argot des ouvriers et des gens de lettres.

Abattuci

Abatage, — dans le jargon des joueurs de baccarat, par similitude de nom. Encore un abattuci ! c’est un abonnement.

Abbaye

Four.

Abbaye

Four.

Abbaye

s. f. Four, — dans l’argot des rôdeurs de nuit qui, il y a une quinzaine d’années, se domiciliaient encore volontiers dans les fours à plâtre des buttes Chaumont, où ils chantaient matines avant l’arrivée des ouvriers chaufourniers.

Abbaye

Carrière à plâtre, four à plâtre, domicile ordinaire des vagabonds de Paris.

Abbaye

Four. Four à plâtre ; il sert de domicile aux vagabonds.

Abbaye de cinq pierres

Les cinq dalles de granit placées devant la Roquette, sur lesquelles on monte l’échafaud. Lacenaire dédia ces strophes à ces cinq dalles :

Oh ! je vous connais bien, dalles qui faites place
Aux quatre pieds de l’échafaud.
Dalles de pierres blanches ou ne reste plus trace
Du sang versé par le bourreau.

Abbaye de clunis (l’)

Le cul. — de clunis, fesse, croupe, — une abbaye qui ne chômera jamais faute de moines.

Abbaye de monte à regret

Potence, guillotine.

Abbaye de Monte-à-Regret

Guillotine.

Abbaye de Monte-à-Regret

Échafaud.

Abbaye de Monte-à-Regret

L’échafaud.

Abbaye de Monte-à-Regret

Échafaud (Vidocq). — Double allusion. — Comme une abbaye, l’échafaud vous sépare de ce bas monde, et c’est à regret qu’on en monte les marches.

Abbaye de Monte-à-Regret

s. f. L’échafaud, — dans l’argot des voleurs, qui se font trop facilement moines de cette Abbaye que la Révolution a oublié de raser.

Abbaye de Monte-à-Regret

L’ancienne guillotine, — dans le langage classique de feu les pères ignobles de l’échafaud. Terrible abbaye sur le seuil de laquelle le condamné se séparait du monde et de sa tête.

Abbaye de Monte-à-Regret

L’échafaud.

Abbaye de Monte-à-Regret

La guillotine. L’expression peut se passer d’explications : ceux qui y montent le font sûrement à regret (Argot des voleurs).

Abbaye de Monte-à-Regret

La guillotine. Cette désignation n’a plus raison d’être depuis 1871, époque à laquelle les treize marches pour y monter ont été supprimées.

Abbaye de Monte-à-Regret

L’échafaud.

Abbaye de s’offre à tous

Bordel, dont les victimes cloîtrées s’offrent volontiers à tout venant qui tient à communiquer avec elles sur l’autel de leur dieu des jardins.

Abbaye de s’offre à tous

Maison de tolérance du temps jadis.

Abbaye de s’offre-à-tous

V. Bocard.

Abbaye de Saint-Pierre

Nom que donnaient à la guillotine, il y a une quinzaine d’années, les lauréats de Cour d’assises ; jeu de mots sur saint Pierre et cinq pierres, par allusion aux cinq dalles qui formaient le plancher de l’échafaud. Depuis qu’il est à ras de terre, c’est la Plaine rouge, le Glaive ou encore la Veuve Razibus.

Abbaye des s’offre à tous

Lupanar.

Abbaye des s’offre-à-tous

s. f. Maison conventuelle où sont enfermées volontairement de jolies filles qui ne pourraient jouer le rôle de vestales que dans l’opéra de Spontini.
Cette expression, qui sort du Romancero, est toujours employée par le peuple.

Abbaye ruffante

Four chaud, — de rufare, roussir.

Abbaye ruffante

Four chaud.

Abbaye ruffiante

Four chaud, dans lequel les vêtements des prisonniers sont passés au soufre pour détruire la vermine (Argot des voleurs).

Abbaye rusante

Four chaud.

Abbaye rusante

Four chaud.

Abbaye rusante

Four chaud.

Abbaye rusante

Four chaud.

Abbesse

Grosse dame qui tient un pensionnat de petites dames à qui on n’enseigne que les œuvres d’Ovide et de Gentil-Bernard : autrement dit Maîtresse de bordel, — le bordel étant une sorte de maison conventuelle habitée par d’aimables nonnains vouées, toutes au dieu de Lampsaque.

Lorsque tu vas rentrer, ton abbesse en courroux
Te recevra bien mal et te foutra des coups.

Louis Protat.

Abbesse

Maîtresse d’une maison de tolérance. On dit plus communément : Madame.

Abbesse

Maîtresse d’une maison de tolérance.

Abbesse

Maîtresse d’une maison de tolérance. Allusion aux filles qui sont cloîtrées comme dans un couvent (Argot du peuple).

Abbesse

Tenancière d’une maison à gros numéro où les pensionnaires sont cloitrées et reçoivent la visite d’hommes, le plus possible.

Abcès

s. m. Homme au visage boursouflé, au nez à bubelettes, sur lequel il semble qu’on n’oserait pas donner un coup de poing, — de peur d’une éruption purulente.
On a dit cela de Mirabeau, et on le dit tous les jours des gens dont le visage ressemble comme le sien à une tumeur.

Abeilard

Nom qu’on donne à tout homme qui se trouve dans le cas de cet abbé, dont il est question dans les Contes d’Eutrapel, lequel en ses jeunes ans « avoit perdu ses deux témoins instrumentaires. »

Abeilardiser

Rendre un homme impuissant en le châtrant, comme fit le chanoine Fulbert à l’amant d’Héloïse.

D’un colonel vous courtisez la femme ;
Surpris, il vous abeilardisera.

Pommereul.

Abélardiser

v. a. Mutiler un homme comme fut mutilé par le chanoine Fulbert le savant amant de la malheureuse Héloïse.
C’est un mot du XIIIe siècle, que quelques écrivains modernes s’imaginent avoir fabriqué ; on l’écrivait alors abaylarder, — avec la même signification, bien entendu.

Abéquer

Nourrir. — Abéqueuse : Nourrice (Vidocq). — De l’ancien mot abêcher : donner la becquée. V. Roquefort.

Abéquer

v. a. Nourrir quelqu’un, lui donner la béquée, — dans l’argot du peuple, qui prend l’homme pour un oiseau.

Abéquer

Nourrir.

Abéqueuse

s. f. Nourrice ou maîtresse d’hôtel.

Abéqueuse

Nourrice.

Abéqueuse

Maîtresse d’hôtel ou nourrice : elles donnent la becquée. Cette expression s’applique depuis peu aux voleuses qui dévalisent les magasins de nouveautés en se servant d’un enfant. Ce vol nécessite trois personnages : la mère, la nourrice et le momignard. Tous trois entrent dans un magasin. La mère se fait montrer les étoffes. Elle détourne l’attention du commis par un manège quelconque. Profilant de ce moment, elle fait tomber à terre une pièce d’étoffe. La nourrice se baisse, comme pour y déposer l’enfant un instant, et cache prestement l’objet sous la pelisse du petit. Aussitôt elle le pince fortement. L’enfant crie comme un possédé. Elle fait semblant d’essayer de le calmer, mais elle le pince encore plus fort. Ses cris redoublent. Alors la mère témoigne d’une impatience très vive.
— Te tairas-tu, lui dit-elle ; allez-vous en, nourrice. Nous reviendrons une autre fois.
Leur manière d’opérer se nomme le vol à la nourrice (Argot des voleurs). N.

Abêti

Lourd, pâteux, nonchalant. Mot à mot : abruti par des pratiques personnelles ou de naissance (Argot du peuple). N.

Abigotir (s’)

v. réfl. Devenir bigot, hanter assidûment les églises après avoir hanté non moins assidûment d’autres endroits, — moins respectables. Le mot a trois ou quatre cents ans de noblesse.

Abloquer

Acheter en tas, en bloc. Les brocanteurs bloquent un tas de marchandises les plus disparates (Argot des camelots). V. revidage.

Abloquer ou Abloquir

v. n. Acheter, — dans l’argot des voleurs, qui n’achètent cependant presque jamais, excepté en bloc, à l’étalage des marchands.

Abloquer, Ablotier

Acheter.

Abloquir

Acheter.

Abloquir

Acheter.

Abloquir

Acheter.

Abloquir

Acheter.

Abloquir

Acheter en bloc (Vidocq).Bazarder a, au point de vue de la vente, le même sens. — Du vieux mot bloquer : arrêter un marché. V. Lacombe.

Abloquire

Acheter.

Abloquiseur

Revendeur.

Abloquiseuse de verdouces

Marchande de pommes.

Abominer

v. a. Avoir de l’aversion pour quelque chose et de l’antipathie pour quelqu’un. — ce que dit clairement l’étymologie de ce mot : ab, hors de, et omen, d’omentum, estomac. Expression du vieux français et des jeunes Parisiens.

Abonné au guignon

Déveine persistante, qu’aucun effort ne peut conjurer. On dit aussi : « Il a si peu de chance qu’il se noierait dans un crachat » (Argot du peuple).

Abonné au guignon (être)

Être poursuivi avec trop de régularité par la déveine. Argot des faubouriens.

Aborgner (s’)

Regarder avec attention, ouvrir l’œil, — dans le jargon des voleurs.

Aborgner (s’)

Regarder avec attention.

Aboucher (s’)

Avoir trouvé chaussure à son pied, et mettre son pied — à moelle — dedans.

On veut chercher
À s’aboucher.

Collé.

Aboudier

Sasser.

Aboule

Viens.

Aboulée

Accouchée. Aboulement : accouchement.

Aboulement

Accouchement.

Abouler

Compter.

Abouler

Venir de suite.

Abouler

Venir.

Abouler

Venir.

Abouler

Entrer — Vient du vieux mot bouler : rouler V. Roquefort.

Maintenant, Poupardin et sa fille peuvent abouler quand bon leur semblera.

Labiche.

Notre langue a conservé éboulement. Abouler : Donner, faire bouler à quelqu’un :

Mais quant aux biscuits, aboulez.

Balzac.

Abouler de maquiller : Venir de faire. V. Momir. Aboulage : Abondance.

Abouler

v. a. Donner, remettre à quelqu’un. Argot des voyous.
Signifie encore Venir, Arriver sans délai, précipitamment, comme une boule.

Abouler

Donner, compter. Abouler de la braise, donner de l’argent.

Écoppé, ma vieille ! aboule tes cinq ronds.

(Al. Arnaud, les Zouaves, acte 1,1856.)

Aller, venir, abouler à la taule, abouler icigo, aller à la maison, venir ici. M. Ch. Nisard fait sortir abouler d’affouler, accoucher avant terme ; M. Fr. Michel le tire avec plus de raison d’advolare, bouler à, d’où ébouler dans la langue régulière.

Abouler

Donner, remettre. Venir.

Abouler

Se dit dans le peuple d’un récalcitrant qui ne veut pas payer ; abouler la monnaie.

— Aboulez donc, mon vieux, faut y passer.

On dit aussi à quelqu’un qui attend : Un peu de patience, il va abouler (Argot du peuple).

Abouler

Donner.

Veux-tu abouler ton pèze pour raquer la chopotte.

Abouler

Donner, à regret.

Abouler de braise

Payer une fille, lui donner le salaire du plaisir qu’elle va vous donner — avec la vérole ou la chaude-pisse.

Ça me semble tout drôle d’avoir à abouler d’la braise au lieu d’en recevoir.

Lemercier de Neuville.

— Ange ! murmurai-je, plein d’aise
Comme un amoureux innocent.
— Il faut abouler de la braise,
Me dit-elle en me repoussant.

A. Delvau.

Abouler le pagne

Porter à manger à un prisonnier.

Aboulez

Venez.

Abour

Sas ou tamis.

Abouter

Approcher.

Aboyeur

s. m. Crieur public ou particulier qui se tient dans les marchés ou à la porte des théâtres forains.

Aboyeur

Employé chargé, dans une prison, d’appeler les prisonniers au parloir. — Individu qui crie des imprimés dans les rues. — Crieur dans les ventes publiques, dans les bals de barrière, devant la porte de certains bazars. À l’Hôtel Drouot, le célèbre Jean, de grimaçante mémoire, est resté comme le type du parfait aboyeur. — Dans les réunions publiques, les aboyeurs sont ceux qui empêchent par leurs cris l’orateur de parler ou de continuer. (Le Sublime.)

Aboyeur

Crieur dans les bazars, les ventes publiques ou dans les rues. Dans les prisons, le détenu qui appelle les prisonniers.

Aboyeur

Nom donné dans les prisons à l’auxiliaire chargé d’appeler les détenus à voix haute pour le greffe ou pour l’instruction. Ce nom est également donné aux crieurs qui, dans les ventes publiques, aboient la mise à prix des objets à adjuger (Argot des voleurs).

Aboyeur

Détenu chargé d’appeler par un acoustique les prisonniers qui sont dans la salle commune du dépôt, pour aller soit au greffe, soit à l’instruction.

Abracadabra

adv. D’une manière bizarre, décousue, folle, — dans l’argot du peuple, qui a conservé ce mot du moyen âge en oubliant à quelle superstition il se rattache. Les gens qui avaient foi alors dans les vertus magiques de ce mot l’écrivaient en triangle sur un morceau de papier carré, qu’ils pliaient de manière à cacher l’écriture ; puis, ayant piqué ce papier en croix, ils le suspendaient à leur cou en guise d’amulette, et le portaient pendant huit jours, au bout desquels ils le jetaient derrière eux, dans la rivière, sans oser l’ouvrir. Le charme qu’on attachait à ce petit papier opérait alors, — ou n’opérait pas.
Faire une chose abracadabra. Sans méthode, sans réflexion.

Abracadabrant

Étonnant, merveilleux, cocasse. D’abracadabra, mot cabalistique auquel on attribuait des vertus magiques pour guérir la fièvre, en le portant au cou écrit d’une certaine manière.

Je n’avais jamais lu ces pièces qui m’avaient tant réjoui à la scène ; je me figurais, comme bien d’autres, qu’elles avaient besoin du jeu abracadabrant de leurs interprètes.

(E. Augier, Préface du théâtre complet de Labiche, 1878.)

Abracadabrant, -e

adj. Étonnant, extraordinaire, merveilleux, épatant, — dans l’argot des gens de lettres, qui ont emprunté cette expression à l’abracadabra du Romantisme.

Satan vous verra.
De vos mains grossières,
Parmi des poussières,
Écrivez, sorcières,
Abracadabra !

dit Victor Hugo dans la pièce des Odes et Ballades intitulée le Sabbat. Cet abracadabra était en effet assez singulier, et je comprends qu’on l’ait raillé en en faisant un adjectif, — sans se douter que depuis longtemps le peuple en avait fait un adverbe.

Abracadabrantisme

Art d’écrire, de dire des choses étonnantes, insensées.

Il faut bien que je me tienne au courant de l’abracadabrantisme.

(A. Delvau, Le Grand et le petit trottoir.)

Abreuvoir

s. m. Cabaret, — d’où l’on sort plus altéré qu’on n’y est entré. D’où l’expression proverbiale: Un bon cheval va bien tout seul à l’abreuvoir, pour dire : Un ivrogne n’a pas besoin d’y être invité pour aller au cabaret.

Abreuvoir

La boutique du marchand de vins où les ouvriers ont l’habitude chaque matin de boire la goutte. Quand la station a été trop prolongée, que l’homme rentre au logis éméché dans les grandes largeurs, la ménagère lui dit d’un ton rogne : As-tu assez abreuvé ton cochon ? (Argot du peuple).

Abricot de la jardinière (l’)

La nature de la femme, — qu’elle soit jardinière ou princesse.

Abricot fendu

La nature de la femme, qui ressemble, en effet, à ce fruit, — ce qui permet de supposer, vu l’absence de toutes preuves contraires, que le Paradis terrestre était un immense abricotier.

Abruti

s. m. Élève assidu, acharné à l’étude, — dans l’argot des Polytechniciens, dont la plupart sont encore trop jeunes pour ne pas être un peu fous.

Abrutir sur (s’)

Faire traîner un ouvrage en longueur ; même signification que s’endormir sur le rôti, mais plus courte et plus énergique.

Abrutir sur (s’)

Faire traîner un ouvrage en longueur, dit Rigaud. J’y ajouterai le sens de : étudier longuement, avec soin. Je me suis abruti sur mes math.

Abs

s. m. Apocope d’Absinthe, créée il y a quelques années par Guichardet, et aujourd’hui d’un emploi général.
Les apocopes vont se multiplier dans ce Dictionnaire. On en trouvera à chaque page, presque à chaque ligne : abs, achar, autor, aristo, eff, délass-com, démoc, poche, imper, rup, soc, liquid, bac, aff, Saint-Laz, etc., etc., etc. Il semble, en effet, que les générations modernes soient pressées de vivre qu’elles n’aient pas le temps de prononcer les mots entiers.

Abs

Absinthe, par apocope. — À son lit de mort, un vieil ivrogne, frappé de paralysie, démenait sa bouche en d’affreuses grimaces, pour arriver à expectorer de minute en minute une série de abs, abs désespérés. On crut qu’il demandait l’absolution, et on lui dépêcha un prêtre. À cette vue, la paralysie semble battre en retraite, tout le monde croit qu’un miracle va s’opérer… Le vieux biberon a poussé un grand cri, il se lève sur son séant et, par un suprême effort du gosier, il lâche un formidable « N. D. D. l’absinthe ! » retombe sur l’oreiller et meurt. C’était de l’absinthe qu’il demandait.

Absinthage

s. m. Action de boire l’absinthe, ou de la faire.

Absinthage

Habitude de boire de l’absinthe. Cultiver l’absinthage, se livrer à l’absinthage.

Absinthe (faire son)

Verser de l’eau sur l’absinthe, afin de la précipiter et de développer en elle cette odeur qui crise tant de cerveaux aujourd’hui.
Signifie aussi Cracher en parlant. On a dit à propos d’un homme de lettres connu par son bavardage et ses postillons : « X… demande son absinthe, on la lui apporte, il parle art ou politique pendant un quart d’heure, — et son absinthe est faite. »

Absinthe (faire son)

Pour les profanes, c’est verser au hasard de l’eau dans un verre contenant un ou deux doigts de liqueur d’absinthe ; pour les fidèles, c’est la laisser tomber de haut, doucement, avec conviction, tantôt au milieu, tantôt près des bords du verre. Ils appellent cela « battre l’absinthe. » C’est insulter un buveur d’absinthe que de lui offrir de « faire son absinthe. » Presque tous les dilettanti de la liqueur verte la boivent debout. Est-ce par respect, est-ce par suite d’une habitude contractée devant le comptoir du marchand de vin ?

Absinthe (heure de l’)

Le moment de la journée où les Parisiens boivent de l’absinthe dans les cafés et chez les liquoristes. C’est de quatre à six heures.

Absinthe (l’heure de l’)

Avant dîner, entre quatre et cinq heures. Heure à laquelle on se rend au café pour prendre des apéritifs. Tel donne rendez-vous à un ami, à l’heure de l’absinthe, qui n’a jamais pris d’absinthe de sa vie. Dans les cafés littéraires, c’est l’heure où l’on a coutume de se réunir pour prendre langue.

(Elle) est d’éclosion toute récente ; elle date de l’épanouissement et de la splendeur de la petite presse. L’heure de l’absinthe est la résultante logique des échos de Paris et de la chronique.

(J. Guillemot, Le Bohème, 1868.)

C’était le temps où le timbre des pendules a commencé à sonner cette heure particulière, qui en dure deux ou trois, et qu’on a appelée l’heure de l’absinthe.

(Maxime Rude.)

Absinthe en parlant (faire l’)

Lancer, en parlant, de petits jets de salive, — dans le jargon des piliers de café. L’étymologie est anecdotique.

Pelloquet est là, et demande une absinthe, qu’on lui sert, sans lui apporter en même temps la carafe d’eau. Il parle — comme il parlait toujours — la pipe à la bouche, et postillonnant dans son verre… — Eh bien ? demande-t-il tout à coup, et la carafe ? — Ne vous dérangez pas, garçon, crie une habituée : l’absinthe est faite.

(Maxime Rude, Tout Paris au café.)

Et avec cela, quand elle ouvrait la bouche pour jaser, elle faisait l’absinthe !

(Huysmans, les Sœurs Vatard.)

Absinther (s’)

v. réfl. S’adonner à l’absinthe, faire sa boisson favorite de ce poison.

Absinther (s’)

Boire de l’absinthe.

Absintheur

s. m. Buveur d’absinthe.

Absintheur

Buveur d’absinthe. Privat d’Anglemont, une autorité, donne « absinthier » dans le même sens.

Absinthier

s. m. Débitant d’absinthe, c’est-à-dire de poison.

Absinthisme

Maladie particulière aux buveurs d’absinthe. Nom donné par le docteur Lunel à l’affection chronique résultant de l’abus de cette liqueur L’absinthisme conduit ses victimes à l’hystérie, l’épilepsie, l’idiotisme et la mort.

Absorber

v. n. et a. Manger ou boire abondamment.

Absorption

Repas offert chaque année aux anciens de l’École polytechnique par la promotion nouvelle. On y absorbe assez de choses pour justifier le nom de la solennité.

Lorsque le taupin a été admis, il devient conscrit et comme tel tangent à l’Absorption. Cette cérémonie annuelle a été imaginée pour dépayser les nouveaux, les initier aux habitudes de l’École, les accoutumer au tutoiement.

La Bédollière.

Absorption

s. f. Cérémonie annuelle qui a lieu à l’École polytechnique, et « qui a été imaginée, dit Émile de la Bédollière, pour dépayser les nouveaux, les initier aux habitudes de l’École, les accoutumer au tutoiement ». Le nom a été donné à cette fête de réception, parce qu’elle précède ordinairement l’absorption réelle qui se fait dans un restaurant du Palais-Royal, aux dépens des taupins admis.

Abuser d’une femme

En jouir charnellement, soit de gré, soit de force, — mais le plus souvent de gré, les femmes se plaisant à être ainsi abusées.

Vous êtes un infâme, vous avez lâchement abusé de moi pendant mon sommeil… — Vous m’en voulez donc ?… — Oui, parce qu’il fallait attendre que je fusse réveillée.

Baron Wodel.

Acabit de la bête

s. m. Bonne ou mauvaise qualité d’une chose ou d’une personne. Argot du peuple. Être de bon acabit. Avoir un excellent caractère, ou jouir d’une excellente santé.

Académicien

Terme de profond mépris lancé par les romantiques de 1830 à la tête de tous les bourgeois qui s’habillaient à peu près comme tout le monde, pensaient et vivaient à peu près comme tout le monde.

Quelle injure, alors ! tout homme à tête chauve était académicien de droit, et, à ce titre, subissait, etc.

(J. Claretie, Pelrus Borel le Lycanthrope.)

Il lui fit voir l’échelle ascendante et descendante de l’esprit humain… Comment ensuite l’on ne comptait plus, et que l’on arrivait par la filière d’épithètes qui suivent : ci-devant, faux-toupet, aile de pigeon, perruque, étrusque, mâchoire, ganache, au dernier degré de la décrépitude, à l’épithète la plus infamante : Académicien et membre de l’Institut !

(Th. Gautier, Les Jeunes-France.)

Académie d’amour

Lieu où on va pour jouer au jeu de Vénus — et de Mercure : en bon français, Bordel. — Le mot se trouve dans le Francion de Ch. Sorel et dans les Aventures burlesques de Dassoucy.

Allons-nous à l’Académie, se soir ? — Non, je ne suis pas en queue.

J. Le Vallois.

Acagnarder (s’)

v. réfl. Se plaire dans la solitude, vivre dans son coin y comme un vieux chien las d’aboyer à la lune et de courir après les nuages, — ce gibier que nous poursuivons tous sans pouvoir même en jouir comme Ixion.
J’ai souligné à dessein coin et chien : c’est la double étymologie de ce verbe, que n’osent pas employer les gens du bel air, quoiqu’il ait eu l’honneur de monter dans les carrosses du roi Henri IV. (V. les lettres de ce prince.) S’acagnarder vient en effet du latin canis, chien, ou du vieux français cagnard, lieu retiré, solitaire, — coin. On dit aussi s’acagnarder dans un fauteuil.

Acajou

Crâne chauve. — Avoir un acajou, un bel acajou bien luisant.

Acajou

Chauve.

Acalifourchonner (s’)

v. réfl. Se mettre à califourchon sur n’importe quoi, dans l’argot du peuple, qui parle comme Cyrano de Bergerac écrivait.

Accagnardir (s’)

Être indolent qui s’amuse à des bagatelles, qui piétine sur place et dormirait, comme dit le proverbe, le cul dans la rivière par dix degrés au-dessous de zéro (Argot du peuple).

Accareuse

Commode.

Accent

Voir arçon.

Accent, Arçon

Signe d’intelligence entre voleurs. — Signal de reconnaissance. Avoir de l’accent, signifie être reconnu pour un voleur à certains signes.

Accentuer ses gestes

v. a. Donner un soufflet ou un coup de poing, — ce qui est une manière de se prononcer suivant les règles de l’accent tonique.

Accessoires

s. m. pl. Matériel servant à meubler la scène ; tous les objets dont l’usage est nécessaire à l’action d’une pièce de théâtre, depuis la berline jusqu’à la croix de ma mère. Les acteurs emploient volontiers ce mot dans un sens péjoratif et comme point de comparaison. Ainsi, du vin d’accessoires, un poulet d’accessoires, etc., sont du mauvais vin, un poulet artificiel, etc.

Accessoires

Objets de théâtre. Dans le peuple, on donne à ce mot un tout autre sens : accessoires, les testicules (Argot du peuple). N.

Accident

Manque d’haleine dans le discours amoureux ; hasard malencontreux qui fait tomber (accidere, ad cadere) le membre viril au moment même où il devrait relever le plus orgueilleusement sa tête chauve.

La malheureuse Hortense
Vient de perdre, à Paphos,
Un procès d’importance
Qu’on jugeait à huis-clos ;
Son avocat, dit-elle,
Resta court en plaidant :
Voilà ce qui s’appelle
Un accident.

Collé.

Accident féminin

Avoir ses règles. Événement prévu qui arrive juste quand une femme, ayant un ou plusieurs bons coups à tirer, donnerait tout pour qu’il y eût retard.

Nul autre que Pinange ne m’avait enfilée ; peu de jours avant de le rendre heureux, j’avais eu mon accident féminin ; il était donc bien avéré que ce qui allait se développer dans mes flancs était son paternel ouvrage.

A. de Nerciat.

Accidentier

Voleur qui profite des accidents, et sait au besoin les faire naître pour dévaliser ceux qui en sont les victimes. Le voleur s’empresse autour du blessé, et pendant que lui et un de ses complices le portent chez le pharmacien, ils dévalisent le pauvre diable en route. Ce genre de vol est nouveau (Argot des voleurs).

Accoerrer

Accommoder, arranger.

Accœurer

Accommoder de bon cœur.

Accointances (avoir des)

Commercer charnellement avec un homme lorsqu’on est femme, avec une femme lorsqu’on est homme.

Je supposai qu’elle avait eu des accointances avec le baron ou avec son laquais.

A. Lireux.

De quelque valet l’accointance
Serait-ce bien votre désir ?

Théophile.

C’est qu’à l’ombre des crucifix,
Souvent faites filles ou fils,
En accointant les belles-mères.

G. Coquillart.

Il faut que quelqu’un se soit accointé que notre ménage a ainsi renforcé.

(Les Cent Nouvelles nouvelles.)

Accolade

Baiser qui engendre l’envie de baiser, — à ce point que le même mot sert aux deux actions, la chaste et la libertine.

Une catin s’offrant à l’accolade,
À quarante ans il dit son introït.

Piron.

Accolade

s. f. C’était jadis un baiser que recevait sur la joue gauche l’homme qu’on ordonnait chevalier ; c’est aujourd’hui un soufflet que peut recevoir tout le monde sur n’importe quelle joue.

Accoler

Faire l’acte vénérien, — dont le début est presque toujours une accolade mutuelle.

Quand le jeune et charmant champion
Accola la charmante Armide,
Notre morpion se hâta
De gagner la forêt humide
Qui devant lui se présenta.

B. De Maurice.

C’était un adieu que lui disaient toutes les femmes, filles et garces qu’il avait accolées.

(Moyen de parvenir.)

Accommoder au beurre noir

Pocher l’œil d’un coup de poing.

Accommoder quelqu’un à la sauce piquante

v. a. Se moquer de lui, — et même se livrer sur sa personne à des voies de fait désagréables.

Accommoder quelqu’un à la sauce piquante

Relever les ridicules de quelqu’un avec le filet de vinaigre de la parole, comme les cuisinières relèvent une sauce avec un filet de vinaigre plus ou moins d’Orléans. Déjà au XVIIIe siècle, accommoder avait le sens de maltraiter. — Je l’ai pas mal accommodé à la sauce piquante. — Ça ne m’étonne pas, il est assez cornichon pour ça.

Accommoder quelqu’un au beurre noir

v. a. Lui pocher les yeux à coups de poing.

Accommoder une femme

La baiser convenablement de manière qu’elle ne réclame pas — à moins qu’elle ne soit trop gourmande.

Mon drôle met pied à terre, descend la demoiselle, et l’accommode de toutes pièces.

D’Ouville.

Accomplir son désir

Faire l’acte copulatif, qui est et sera l’éternelle desiderium de l’humanité — mâle et femelle.

Il disait à ses gens de la tenir par les bras, tandis que Robin accompliroit son désir.

Ch. Sorel.

Accordailles

Synonyme de fiançailles ; il y a toutefois une légère nuance : elles se font généralement sans le secours du maire ; les conjoints ne sont pas liés par l’écharpe municipale (Argot du peuple). N.

Accordéon

s. m. Chapeau Gibus, — dans l’argot des faubouriens, par allusion au soufflet placé à l’intérieur de ce chapeau. Se dit aussi d’un chapeau ordinaire sur lequel on s’est assis par mégarde.

Accordéon

Chapeau à claque, chapeau sur lequel on s’est assis avec ou sans intention.

T’es pas un frère ! tu m’as mis mon chapeau en forme d’accordéon.

(Le Triboulet du 22 fév. 1880.)

Accorder sa flûte

Se préparer à l’acte vénérien ; bander, — la pine de l’homme étant l’instrument dont les femmes connaissent le mieux l’embouchure et dont elles jouent le plus savamment, soit avec la langue, soit avec les doigts, soit avec le cul.

Allons, mon bel ami, accordez votre jolie petite flûte.

Durand

Mais Jeannot plus se délectait
D’accorder sa flûte avec elle.

Théophile.

Accorder ses faveurs

Se dit d’une femme qui ouvre son cœur, ses bras et ses cuisses à un homme pour qu’il use et abuse de cette ouverture.

Ne sera-ce qu’une déclaration de sentiment ? Faudrait-il lui accorder les faveurs ?

La Popelinière.

Accordeur de flûtes

Juge de paix.

Accordeur de flûtes

Juge de paix (Argot du peuple). V. Baton.

Accordeur de la camarde

Le bourreau, lorsqu’il procède à la toilette du condamné à mort.

Accordeur de pianos

Libertin qui prend la taille des femmes pour un clavier, et qui pince, tapote et palpe comme s’il promenait ses doigts sur les touches d’un piano.

Accoucher

v. n. Avouer, — dans l’argot du peuple.

Accoucher

Se décider à parler. — Mettre au monde une œuvre d’art, souvent d’autant plus mauvaise que l’accouchement a été plus laborieux.

Accoucher

Avouer à la Justice.

Accoucher

Avouer, parler. Quand un prévenu garde un mutisme obstiné, les agents chargés de le « cuisiner » lui disent : Accouche donc, puisque c’est le même prix (Argot des voleurs).

Accoucher

Avouer. — Un individu accouche lorsqu’on lui fait avouer une chose qu’il ne voulait pas dire.

Accoucher

Avouer.

Accoucher de quelque chose

Divulguer un secret ; faire paraître un livre ; prendre un parti.

Accouffler (s’)

v. réfl. S’accroupir, s’asseoir sur les talons, — dans l’argot du peuple, qui a emprunté ce mot aux patois du Centre, où l’on appelle couffles des balles de coton, sièges improvisés. On dit aussi s’accrouer.

Accouplée

Tribade.

Accouplées

Expression qui désigne dans un monde spécial les habituées du Rat Mort, de la Souris ou du Hanneton, deux femmes qui s’aiment avec une ardente passion et en conséquence détestent les hommes (Argot des filles). V. Gougnottes. N.

Accouplement (l’)

L’acte copulatif, qui accouple souvent un jeune homme avec une vieille femme, un vieillard avec une jeune fille, un libertin avec une presque pucelle, une bête avec un homme d’esprit.

À tout prix je voulus la renvoyer chez elle ;
Mais elle résista, — ce fut mon châtiment,
Et jusqu’au rayon bleu de l’aurore nouvelle,
J’ai dû subir l’horreur de notre accouplement.

Henri Murger.

Accoupler (s’)

Faire l’œuvre de chair, qui consiste dans une conjonction de deux créatures de sexes différents.

Il en est de certaine hommes comme des animaux ; ils n’aiment pas, ils s’accouplent aux femmes, qui pour eux ne sont que des femelles.

Baron Wodel.

Accroc au mariage (faire un)

Faire son mari cocu ; donner une rivale à sa femme.

Mais quand tu s’ras dans ton ménage,
Faut pas pour ça t’ priver d’amant,
Car les accrocs faits au mariage,
C’est du nanan.

E. Debraux.

Accroche-cœurs

Petites mèches de cheveux que les femmes se collent sur les tempes, afin de se rendre plus séduisantes aux yeux des hommes et d’accrocher ainsi le cœur qu’ils portent à gauche — dans leur pantalon.

Sur nos nombreux admirateurs
Dirigeons nos accroche-cœurs.

Louis Festeau.

Accroche-cœurs

Favoris (Vidocq). — Allusion aux accroche-cœurs féminins, petites mèches contournées et plaquées prétentieusement sous la tempe.

Accroche-cœurs

s. m. pl. Petites mèches de cheveux bouclées que les femmes fixent sur chaque tempe avec de la bandoline, pour donner du piquant à leur physionomie. Les faubouriens donnent le même nom à leurs favoris, — selon eux irrésistibles sur le beau sexe, comme les favoris temporaux du beau sexe sont irrésistibles sur nous.

Accroche-cœurs

Mèche de cheveux que les souteneurs de barrière portent plaquée sur la tempe, coiffure qu’ils affectionnent : d’où le surnom donné au souteneur lui-même.

Accrocher

Faire l’acte vénérien — pendant lequel l’homme est accroché à la femme avec son épingle, qui la pique agréablement pendant quelques minutes.

Et elle rit quand on parle d’accrocher.

(Moyen de parvenir.)

Deux minutes encore, et je l’accrochais sans vergogne sur la mousse.

Em. Durand.

Accrocher

Mettre au Mont de Piété, c’est-à-dire au clou. Ce dernier mot explique le verbe.

Ah ! les biblots sont accrochés.

De Montépin.

Accrocher : Consigner un soldat, c’est-à-dire l’accrocher à son quartier, l’empêcher d’en sortir. S’accrocher : Combattre corps à corps, en venir aux mains, ou, pour mieux dire, aux crocs. De là le mot.

Accrocher

v. a. Engager quelque chose au mont-de-piété. Argot des faubouriens.

Accrocher

Mettre un objet au Mont-de-Piété. Il est accroché au clou.

Accrocher

Mettre un objet au Mont-de-Piété.

Accrocher son paletot

Voleur qui, chez le juge d’instruction, farde la vérité. Mot à mot : Mentir (Argot des voleurs). N.

Accrocher un paletot

Mentir — dans le jargon du peuple. L’ouvrier qui a accroché son paletot au Mont-de-Piété n’annonce pas toujours bien exactement à sa ménagère le prix de l’engagement. Il escamote souvent une petite pièce au profit du marchand de vin.

Accrocher un paletot

Mentir.

Accrocher, agrafer, amarrer

Arrêter, aborder quelqu’un.

Accrocs

Mains.

Accureuse

Commode (Argot des voleurs). N.

Achar (d’)

Avec acharnement. V. Autor.

Achate

Ami.

Acheter

Se moquer de quelqu’un est l’acheter.

As-tu fini de m’acheter, sans quoi je vais me fâcher.

Acheter quelqu’un

Se moquer, lui faire croire des choses insensées, se payer sa tête. Mot à mot : prendre un individu pour un imbécile. Acheter à la course, voler en passant un objet quelconque à un étalage (Argot du peuple).

Acheter une conduite

Se ranger après avoir été très dérangée par les michés ; épouser un seul homme après avoir été mariée au genre humain.

Les filles qui ont fait des économies en suant le plus possible du con, peuvent seules s’acheter une conduite ; il y a des messieurs qui ne sont pas plus délicats que Vespasien et qui, comme cet empereur, prétendent que l’argent n’a pas d’odeur.

A. François.

Achetoires

s. m. pl. Argent, — dans le même argot [des filles].
Maurice Alhoy trouvait le mot trivial. Il est au contraire charmant et bien construit. Montaigne n’a-t-il pas écrit : « Je n’ai pas de gardoire » ? Garder, gardoire ; acheter, achetoires.

Achetoires

Monnaie. Cette expression est très usitée dans le peuple. Le père ne travaille pas, tout est au mont-de-piété, pas de feu dans le poêle, l’enfant pleure :
— Maman, maman, j’ai froid, j’ai faim.
— Mon pauvre petit, je n’ai pas d’achetoires (Argot du peuple).

Achetoirs

Argent.

Si j’avais des achetoirs je me paierais un complet.

Achever un homme

Le sucer, ou le branler, ou le faire piner tellement, dans la même soirée, qu’il tombe épuisé sur le flanc comme un lapin. — Les anciens avaient le même verbe ; ils disaient, soit : peragere viros ; soit : ex haurire crebro concubitu.

Tu l’as éreinté, ton homme ; encore un coup, et tu l’achèveras.

Lemercier de Neuville.

Acœurer

v. a. Accommoder, arranger de bon cœur. Argot des voleurs.

Acœurer

Y aller de bon cœur. Assommer un individu, l’accommoder à la sauce pavé, le frapper avec entrain (Argot des voleurs).

Acoquiner (s’)

Vivre en état de concubinage. Mot à mot : vivre avec une coquine.

Il se faisait pitié maintenant à lui-même, en pensant qu’il avait été jusque-là assez bon enfant pour rester acoquiné avec une ouvrière.

(Vast-Ricouard, Le Tripot, 1880.)

Acré

Paix ! Silence ! Exclamation lancée à l’atelier, soit pour avertir les camarades de se taire ou de se méfier, soit pour annoncer l’entrée du patron. — Quand il y a de l’acrè, ça va mal, le patron n’est pas content. C’est une abréviation de sacré nom d’un chien ou de sacré nom de n’importe quoi.

Acré

« Sauvons-nous, il y a du pet, voilà les rateaux. »

Acrée donc !

Cette interjection, qui signifie « Tais-toi ! » se jette à voix basse pour avertir qu’un nouvel arrivant est ou peut être suspect. On dit aussi Nibé donc !

Acrée ou Acrie

s. f. Méfiance, cousine germaine de l’acrimonie. Même argot [des voleurs].

Acrée ou acrier ou acré

Méfie-toi, prends garde, il y a du pet (danger), voilà la rousse (Argot des voleurs).

Acrée, Aczay !

Méfiance. Acrée donc ! Méfie-toi ! Tais-toi.

Acrès !

Méfiance ! Chut ! Gare !

Acrie ou acré

Méfiance.

Acrobate

Aide déménageur employé à l’époque du terme dans les moments de presse.

Acte

Coup tiré avec une femme, — par allusion sans doute à la chemise qu’on lève et qu’on abaisse, comme le rideau d’un théâtre, avant et après chaque acte. Plus il y a d’actes, plus le vaudeville amuse la femme — qui se garde bien de siffler.

Quand nous en arriverons à l’acte, je te prouverai, carogne, que les petits en ont plus gros que les grands.

Em. Durand.

Actéoniser

Tromper son mari.

Une marchande qui dès le lendemain de ses noces a actéonisé son mari.

(Les Caquets de l’accouchée.)

Acteur

La tournure que portent les femmes pour faire bouffer leur robe. Celle tournure est ainsi nommée parce qu’elle est au-dessus du trou du souffleur (Argot du peuple). N.

Acteur (l’)

L’homme qui joue le rôle d’amoureux dans la comédie à deux personnages dont l’auteur a désiré garder l’anonyme, et qui porte pour titre : La Fouterie.

Lui, un acteur ! dit la dame, qui savait à quoi s’en tenir sur le jeu secret du sire. C’est un cabotin vulgaire, plutôt, qui s’est usé en jouant avec des drôlesses.

Léon Sermet.

À peine fut cette scène achevée.
Que l’autre acteur par sa prompte arrivée,
Jeta la dame en quelque étonnement.

La Fontaine.

Acteur-guitare

s. m. Acteur qui ne varie pas assez ses effets et n’obtient d’applaudissements que dans certains rôles larmoyants, par exemple Bouffé et Mme Rose Chéri. Argot des coulisses.

Acteuse

« Cette petite variante me fit trouver le mot acteuse qui, depuis, a été naturalisé dans l’argot parisien. Nana n’est pas une actrice, c’est une acteuse. Elle a une ligne, du chic et non du talent. On ne l’entend pas, on la voit. L’acteuse est entière dans cette nuance. »

(Champsaur : Évènement, février 1887.)

Actif

Ne se prend pas, dans le monde où ce mot est employé, dans le sens d’activité. Il veut dire que l’actif est l’amant du passif (Argot des pédérastes). V. Passif.

Action (l’)

Le jeu de la pine et du con, — qui est l’action par excellence.

Arrivons tout de suite à l’action, veux-tu ?

La Popelinière.

Et puis l’action ordinaire
Est si sale après la façon.

Théophile.

Action fréquente (l’)

La fouterie, qui est la chose que l’on fait le plus souvent quand on est jeune, vigoureux et bien membré.

Il concède indulgence plénière à tous les religieux de l’ordre de nature, de corps véreux que la débilité de l’âge ou l’action fréquente causera.

Mililot.

Action honteuse (l’)

La fouterie, dont rougissent le plus en public les gens qui la font le plus sans vergogne en particulier.

L’œil pour regarder l’action honteuse avec une chaleur vive et représenter à la personne aimée l’image du plaisir de son âme…

Mililot.

Actionnaire

s. m. Homme crédule et simple, qui s’imagine que tout ce qu’on lui raconte est arrivé, que toutes les offres qu’on lui a faites sont sincères, etc. Argot des gens de lettres.

Addition

Carte à payer.

C’est l’addition même de l’un de ces repas-là.

Delvau.

Ce néologisme fort juste s’explique de lui-même.

Addition

s. f. Ce que nos pères appelaient la carte à payer, ce que les paysans appellent le compte, et les savants en goguettes le quantum.

Addition

Carte à payer chez le restaurateur, le total des objets de consommation.

Les gens qui suivent les modes disent l’addition.

(Eug. Wœstyn, Physiologie du dineur.)

On n’a jamais souffert que le mot addition fût prononcé au Café de Paris. C’est ce que les gens bien élevés appellent la carte.

(Nestor Roqueplan, Parisine.)

Malgré l’indignation de Nestor Roqueplan, le mot addition a prévalu ; il est généralement employé par quatre-vingt-dix-neuf consommateurs sur cent.

Adipeux

Nom donné au vétérinaire, — du tissu ainsi appelé.

Adjectiver quelqu’un

v. a. Lui adresser des injures, qui ne peuvent être en effet que des adjectifs.

Adjoint

Valet de bourreau, par euphémisme.

M. Roch (l’exécuteur des hautes œuvres) dit : Mon adjoint.

(Imbert.)

Adjudant (tremper un)

Plonger un morceau de pain dans le premier bouillon, celui qui contient le plus de graisse. Un vrai régal pour les cuisiniers en pied et le caporal de planton. Les adjudants sous-officiers sont ceux que les cantiniers ont, pour divers motifs, le plus d’intérêt à satisfaire. Aussi leur réservent-ils les meilleurs morceaux. N’est-ce pas dans ce rapprochement qu’il faut rechercher l’origine de cette expression ?

Adjudant (tremper un)

Plonger un morceau de pain dans le premier bouillon, celui qui contient le plus de graisse. Un vrai régal pour le cuisinier en pied et le caporal de planton. Les adjudants sous-officiers sont ceux que les cantiniers ont pour divers motifs le plus d’intérêt à satisfaire ; aussi leur réservent-ils les meilleurs morceaux. N’est-ce pas dans ce rapprochement qu’il faut chercher l’origine de cette expression ?

(Merlin, La langue verte du troupier.)

Adjudant de manège

Garde manège, par ironie, dans le jargon des soldats de cavalerie.

Adjuger une banque à un opérateur

Argot de cercle. Voler ou tricher au jeu. (V. Revers.)

Administrer une douche

Faire pleuvoir le sperme dans le cul brûlant de la femme, — cette adorable folle dont nous sommes tous fous.

Le dieu des jardins en ce lieu
Une heureuse douche administre.

(Le Cabinet satyrique.)

Je lui administrai une douche qui l’inonda et la fit crier comme à Panurge : Je naye, je naye, je naye !

Baron Wodel.

Adroit du coude

adj. m. Qui a plus l’habitude de boire que celle de travailler. Argot du peuple.

Adroite en amour (être)

Se dit d’une femme ou d’une fille qui connaît sur le bout du doigt et de la langue l’art de faire jouir les hommes.

Adroite en amour,
Elle y sait plus d’un tour.
C’est une aisance !
Une indécence !
L’on croit voir une femme de cour !

Collé.

Aff

Eau-de-vie.

Aff

Abrév. d’Affaire. — V. Débiner.

Aff

s. f. pl. Apocope d’Affaires, — dans l’argot des petites dames.

Aff

Affaire. Vie. Âme.

Aff (eau d’)

Eau-de-vie.

L’affe pour la vie est de la plus haute antiquité. Troubler l’affre a fait les affres, d’où vient le mot affreux, dont la traduction est ce qui trouble la vie.

(Balzac, La Dernière incarnation de Vautrin.)

D’après M. Lorédan Larchey, aff est l’abréviation de paf, qui désignait autrefois l’eau-de-vie.

Affaire

Vol.

Affaire

L’acte vénérien, le membre viril de l’homme, ou le con de la femme.

Le grand cordelier ayant achevé son affaire.

(Moyen de parvenir.)

Macette, on ne voit point en l’amoureuse affaire
Femme qui vous surpasse en traite d’agilité.

(Cabinet satyrique.)

Pense que peut en cela faire
Qui se plait à l’affaire.

Jodelle.

Elle disait qu’il n’y avait si grand plaisir en cette affaire que quand elle était à demi forcée et abattue.

Brantôme.

Dites-vous que l’amour parfait
Consiste en l’amoureuse affaire.

Théophile.

Le jeune homme puceau l’appelle son affaire.

Protat.

Mon cher ami, j’ai l’habitude
De me couvrir, en me baignant,
D’un sac qui me cache et me serre
Des pieds jusques à l’estomac…
Parbleu ! c’est prudent, dit Voltaire,
Et votre affaire est dans le sac.

C. Fournier.

Que voulez-vous que je vous donne pour me permettre d’arracher un poil de votre affaire ?

D’Ouville.

Affaire

s. f. Vol à commettre. Argot des prisons.

Affaire

Vol en perspective. — Affaire à la manque, procès.

Affaire

Vol ou assassinat. Affaire juteuse, affaire fructueuse.

Affaire

Pour les voleurs, tous genres de vols sont des affaires (Argot des voleurs).

Affaire (avoir son)

Avoir son compte, soit dans un duel, soit dans un souper, — être presque tué ou presque gris. Argot du peuple.

Affaire (donner ou faire son)

Tuer.

L’un d’eux doit m’faire C’te nuit mon affaire.

Désaugiers.

Avoir son affaire : Être ivre-mort.

Je propose l’absinthe… Après quoi j’avais mon affaire, là, dans le solide.

Monselet.

Avoir ses affaires : Avoir ses menstrues. V. Anglais.

Affaire (faire son)

Avoir reçu une blessure grave. — Être complètement soûl.

Affaire (faire son)

Battre quelqu’un, le tuer.

En attendant que Golo te fasse ton affaire.

(H. Crémieu et E. Tréfeu, Geneviève de Brabant.)

Au XVIIIe siècle on disait : ses affaires sont faites, pour : il est perdu, il est ruiné.

Affaire avec quoi l’homme pisse (l’)

La pine, — un mot que n’osent pas avoir à la bouche les femmes qui ont le plus au cul la chose qu’il représente.

N’en as-tu pas vu quelqu’un qui pissât, et cette affaire avec quoi il pisse ?

Mililot.

Affaire chouette

Vol bien fait.

Affaire dans le sac

Une affaire faite, une affaire terminée, est une affaire dans le sac.

Affaire de cœur

Coucherie, — cor étant mis là pour cunnus.

Vous êtes en affaire ? me cria-t-il à travers la porte, pendant que j’accolais ma drôlesse et la suppéditais avec énergie, — Oui, répondis-je en précipitant mes coups, je suis en affaire… de cœur.

J. Le Vallois.

Affaire donnée

Vols que l’on exécute d’après le consentement et les renseignements de portiers ou de domestiques. Ces vols n’arrivent que trop fréquemment.

Affaire esbrouffée

Vol manqué.

Affaire filée

Coup prémédité depuis longtemps.

Affaire juteuse

s. f. D’un bon rapport. Argot des Mercadets.

Affaire Majeure

Vol considérable.

Affaires

s. f. pl. Se dit de l’indisposition menstruelle des femmes. Argot des bourgeois.

Affaires (avoir ses)

Avoir ses menstrues, qui sont toute une affaire, en effet.

Ce n’est pas le jour des affaires
Qu’il parait le plus affairé.

Eugène Vachette.

Affaires (avoir ses)

Avoir ses menstrues.

Affaires (manquer ses)

Perdre son temps avec un amant de cœur et négliger les amants sérieux, — dans le jargon des filles galantes.

Affaler

Tomber, coucher.

Je suis fatigué, je vais m’affaler sur mon pieu.
Du premier coup de poing, je l’ai affalé.

Affaler (s’)

Tomber, — dans l’argot du peuple.

Affaler (s’)

S’échouer, s’étendre. S’affaler sur le pieu, se coucher, — dans le jargon du peuple. C’est un mot emprunté au vocabulaire des marins.

Affaler son grelot

Se taire. Dans le peuple, on dit d’une femme bavarde qu’elle est un moulin à paroles. Quand elle bavarde trop bruyamment, on lui conseille de mettre du papier dans sa sonnette. L’image est fort juste, la sonnette ne tinte plus (Argot du peuple). N.

Affamée (l’)

La bouche. Allusion à la faim ou à la femme hystérique affamée de baisers (Argot des voleurs). N.

Affameur

Exploiteur.

Affe

s. f. La vie, — dans l’argot des voleurs, qui me font l’effet d’avoir à dessein confondu avec affres, leur existence étant un perpétuel effroi de la justice et des gendarmes. Eau d’affe. Eau-de-vie.

Affe

La vie. Les voleurs vivant dans des transes continuelles, comme le mourant, ils ont des affres. Affres en français signifie angoisses (Argot des voleurs). V. Affe.

Affe (l’)

La vie.

Affe (l’)

La vie.

Affe (l’)

La vie.

Affe (l’)

L’âme. Son affe se débine. Mot à mot : il rend l’âme (Argot des voleurs). N.

Affeur

Peureux.

Affiler le bandage

Bander, — arrigere.

Ainsi que des amants temporels pigeonnaient la mignotise d’amour, affilant le bandage.

(Moyen de parvenir.)

Affluer

Verser une somme d’argent.

Affoler

v. a. Accabler de coups, blesser, endommager, — dans l’argot du peuple, fidèle à l’étymologie (à et fouler) et à la tradition : « Vous nous affolerez de coups, monsieur, cela est sûr » dit Rabelais. « Ce qui me console, / C’est que la pauvreté comme moi les affole » dit Mathurin Régnier.

Affourchée sur ses ancres

Fille publique qui renâcle sur le turbin pour faire tortorer son souteneur. Cette expression ancienne est fréquemment employée, car l’image est frappante. Affourchée, immobile comme le vaisseau amarré dans le port. Sur ses ancres, sur ses jambes. La fille ne trimarde pas (Argot des souteneurs).

Affourcher sur ses ancres (s’)

v. réfl. Prendre du repos ; se retirer du service. Argot des marins.

Affranchi

s. et adj. Corrompu, qui a cessé d’être honnête. Argot des voleurs.

Affranchi

Voleur que les remords n’empêchent pas de dormir, c’est-à-dire affranchi de tout scrupule.

Affranchi

Homme perverti, n’ayant plus de scrupules. Voleur n’ayant plus de remords. Fagot affranchi, forçat libéré.

Affranchi

Quelqu’un que l’on a mis au courant d’une chose qu’il ignorait a été affranchi. — Un individu qui n’ignore rien est un affranchi.

Affranchi (être)

Ne rien craindre. On dit dans le peuple d’une fille qui a perdu son capital : elle est affranchie (Argot du peuple).

Affranchi (être)

Connaître une question, ne rien craindre.

Affranchir

Initier.

Affranchir

Pervertir, c’est-à-dire affranchir des règles sociales.

Affranchir un sinve pour grinchir : pousser un honnête homme à voler.

Vidocq.

Affranchir

v. a. Initier un homme aux mystères du métier de voleur, faire d’un voyou un grinche.

Affranchir

v. a. Châtrer, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Couper.

Affranchir

Donner des leçons de vol à un novice. Pousser quelqu’un au vol, corrompre un témoin.

Affranchir

Terme de joueur : On dit qu’une carte est affranchie lorsqu elle n’est plus exposée à être prise. J’ai fait prendre mon roi pour affranchir ma dame. — Mettre au courant des ruses des grecs. Il y a des professeurs d’affranchissement.

Affranchir

Exciter un individu mâle ou femelle au vice ou au vol. S’affranchir d’une tutelle gênante (Argot des voleurs).

Affranchir

Châtrer, faire ablation des parties génitales à un animal quelconque. Le tondeur de chiens est l’affranchisseur des chats, comme le chanoine Fulbert le fut pour Abélard (Argot du peuple).

Affranchir

Faire connaître à un complice les êtres d’une maison où l’on veut commettre un vol est l’affranchir.

Affranchir

Débaucher.

Affranchir un gonse

Gagner quelqu’un.

Affranchisseur

s. m. Homme qui rend hongres les animaux entiers. On dit aussi Coupeur.

Affranchisseur

Voleur qui pousse un honnête homme pressé par le besoin à voler (Argot des voleurs).

Affres

s. m. pl. Reproches, — dans l’argot du peuple. L’expression se trouve dans Restif de la Bretonne.

Affres

Reproches, blâme.

Affres

Reproches.

Affriander un homme

Le tenter du gaillard péché de luxure en lui montrant un mollet bien tourné, une gorge bien ferme, des fesses bien blanches, etc.

Serais-je étonnée de te voir un caprice pour ces princesses-là (des fesses) ? Va, va, mon cher, elles en ont affriandé bien d’autres.

A. de Nerciat.

Affront (faire un)

Débander juste au moment où il faut bander le plus roide, — seule impertinence que les femmes ne pardonnent pas.

Tournez en ridicule
Ceux qui n’avancent pas
Plus d’un pas,
Ou qui font
Un affront
Au second.

Collé.

Affur

Bien.

Affur

Profit.

Affur

s. m. Profit, — dans l’argot des voleurs.
Le mot vient en ligne droite de ad furem (même signification), qui vient lui-même du fur (voleur de nuit), de Cicéron.

Affur

Bénéfice d’un vol. Argent d’avance sur un ouvrage, dans le jargon des ouvriers.

Affur ou affure

Profit, bénéfice.
— J’ai mon fade d’affure (part de vol ou d’une opération quelconque) (Argot des voleurs).

Affurage, affure

Profit. — Affurer : Gagner (Vidocq). — De l’ancien mot furer : dépouiller. V. Du Cange.

Eh vite ! ma culbute, quand je vois mon affure, je suis toujours paré.

Vidocq.

Affurage, Affure

Bénéfice, — dans le jargon des voleurs.

Affure

Avance d’argent sur un ouvrage, — dans le jargon des ouvriers. — La variante est : Avoir du poulet.

Affure

Gain, bénéfice. Dans une partie de cartes, celui qui gagne affure.

Affure

Profit, bénéfice, gain, licite ou non.

Affurer

Triompher, tromper.

Affurer

Triompher, tromper, amasser. Il affure d’auber, il amasse de l’argent.

Affurer

Attraper, tromper.

Affurer

Triompher, tromper.

Affurer

v. a. Tromper, faire un profit illicite.

Affurer

Voler, réaliser un bénéfice, — dans l’ancien argot. Du latin fur, voleur.

Affurer

Tromper, faire un profit illicite. A. D. Cette expression signifie : gagner. L’argent que les croupiers étouffent sur la cagnotte, les sous que l’enfant détourne d’une commission ; le conducteur d’omnibus qui oublie de sonner un voyageur, c’est de l’affure (Argot des voleurs).

Affurer

Le bénéfice que l’on a dans une affaire est affurer.

Affut (d’)

Rusé, malin, habile. Argot du peuple. On dit aussi homme d’affût.

Affût (être d’)

Être malin. — Un d’affût, un homme malin. Futé est resté dans le langage régulier.

Affut (homme d’)

Malin, roué. — Vient du vieux mot affuster : viser, coucher en joue.

Affût (Homme d’)

Malin, roué.

Affuté

Bien malade. Il est affuté : il n’a pas longtemps à vivre.

Affuter

Gagner.

Affuter

Tromper. A. D. J’ignore où il a pu entendre que ce mot avait cette signification, il est pourtant depuis longtemps en usage dans le monde des ouvriers. Affuter un outil, le passer sur la meule pour le rendre tranchant. Quand, dans les ateliers, on embauche un ouvrier, il attend sa paye du samedi ou de la fin du mois pour être affuté, savoir ce qu’il gagnera (Argot du peuple). N.

Affûter

v. a. Tromper quelqu’un, le surprendre. Argot des voleurs.

Affûter

Embaucher. — S’affûter, s’habiller. — Affûter ses pincettes, se préparer à sortir.

Affûter (ses crochets, ses crocs, ses meules, ses tabourets)

Manger.

Affuter des pincettes (s’)

Courir, se sauver à grande vitesse (Argot des voleurs).

Affûter ses meules

Bien manger, bien jouer des mâchoires. Les meules sont les dents qui servent à broyer les aliments. Chez les misérables, elles broient trop souvent dans le vide. La variante est : Graisser ses meules.

Affûter ses pincettes

Courir, ou seulement marcher. Argot des faubouriens.

Affûter ses pincettes

Danser.

Affûter, affurer

Tromper. Gagner. Prendre.

Affutiaux

s. m. pl. Bagatelles, brimborions quelconques, — dans l’argot des ouvriers, qui ont emprunté cette expression au patois des paysans.

Afistoler

Arranger.

Afur

Bénéfice.

Agacer le sous-préfet

Se masturber. — L’expression est tout à fait moderne, et fréquemment employée, quoique d’une étymologie difficile.

Agacer un polichinelle sur le zinc

On nomme polichinelle un verre d’eau-de-vie, environ un cinquième de litre, que certains pochards abrutis boivent sur le zinc. Il en est qui agacent jusqu’à cinq polichinelles dans une matinée (Argot du peuple). N.

Agaceur

Boute-en-train, — argot de sport.

Aganter

Attraper au vol ; mot emprunté au provençal. C’est enganter avec changement de syllabe. — Aganter une claque, attraper un soufflet.

Agate

Faïence.

Agate

s. f. Faïence quelconque, — dans l’argot des voleurs.

Agater

v. n. Recevoir des coups, être pris, — étrenner de n’importe quelle façon. Argot des faubouriens.

Agater

Plaisanter, blaguer quelqu’un.

Agenouillée

Femme de mœurs faciles. Le mot, lancé il y a trois ans, n’a point fait fortune.

Pas de coin de rue qui n’ait maintenant sa douzaine d’agenouillées, toutes prêtes, moyennant salaire convenable, à adresser leurs prières à Vénus.

(Évènement, août 1884.)

Agenouillée

Fille du demi-monde et même du demi-quart qui a des aptitudes spéciales. L’expression est suffisamment expliquée par la position d’être agenouillée… pas sur les dalles d’une église pour prier le bon Dieu (Argot des filles). N.

Agent

Celui qui agit : le doigt, le vit ou le fouteur. Ce mot s’emploie aussi pour les sodomites ; le nom d’agent appartient à celui qui encule par opposition au mot patient, donné à celui qui se fait enculer.

Mais en un mot, si Monrose, agent de plein gré, ne devint pas patient avec autant de résignation que le père, c’est que…

(Félicia.)

Agir

Faire l’acte vénérien, — celui qui exige la plus grande dépense d’activité : Res, non verba !

Les poètes chantent la femme, les goujats la baisent ; les uns agissent pendant que les autres pensent : les goujats sont plus heureux que les poètes.

Baron Wodel.

Agita ou agoua

Eau. Corruption du mot latin aqua (Argot des voleurs).

Agnès

Jeune fille embarrassée de son pucelage ; fausse ingénue qui affecte de croire que les enfants se font par l’oreille, bien que son petit cousin lui ait appris par quel autre endroit ils s’improvisent.

Je n’aime pas ces Agnès-là, je leur préfère des garces franchement déclarées.

Lireux.

Agobille

s. f. Outil, — dans l’argot des voleurs.

Agobilles

Outils, — dans le jargon des voleurs.

Agobilles

Les outils des voleurs.

Agobilles

Outils employés par les malfaiteurs pour voler. Ce mot est très ancien (Argot des voleurs).

Agonir

v. n. Accabler d’injures et de sottises. Argot des bourgeois et du peuple.
Ne serait-ce pas une corruption d’abonir, faire honte, un vieux verbe français encore employé en Normandie ainsi qu’agonir. On dit aussi Agoniser.

Agonir, agoniser

Insulter. C’est l’agonizin des Grecs.

Je veux t’agoniser d’ici à demain.

Ricard.

Si bien que je fus si tourmentée, si agonie de sottises par les envieuses.

Rétif, 1783.

Agoua

s. f. Eau, — dans l’argot des canotiers, qui parlent espagnol (agua) on ne sait pas pourquoi.

Agoua

Eau ou aqua. Mot espagnol devenu arabe ; ce que l’on nomme du sabir. Ce mot a été rapporté par les Parisiens envoyés aux bataillons d’infanterie légère d’Afrique où vont tous les jeunes gens condamnés avant leur incorporation, de sorte que ces bataillons ne sont composés que de voleurs. Dans le temps, il n’y avait, dans ces bataillons, que des militaires condamnés par les conseils de guerre pour tout autre délit que pour vol, bris d’armes, vente d’effets, désertion, etc., etc. À cette époque celui qui avait servi aux Zéphirs ne s’en cachait pas.

Agoua

Eau (de l’espagnol agua).

Agrafe

Main. — Serrer les agrafes, serrer les mains.

Agrafer

Arrêter.

Le premier rousse qui se présentera pour m’agrafer.

Canler.

Agrafer : Consigner. Même sens qu’accrocher.

J’ai jeté la clarinette par terre, et il m’a agrafé pour huit jours.

Vidal, 1833.

Agrafer

v. a. Arrêter, consigner. Argot des soldats et du peuple. Se faire agrafer, Se laisser prendre.

Agrafer

Indépendamment du sens de arrêter, consigner, donné par Delvau et ses continuateurs, agrafer signifie aussi prendre, voler.

C’est clair et net, vois-tu, comme les jaunets que tu as négligé d’agrafer cette nuit-là.

(Belot et Dantin : Le Parricide.)

Agrafer

Arrêter.

Agrafer, agriffer

Arrêter. Dérivé de griper, prendre avec avidité, agriper et agraper.

Agrément (avoir de l’)

Terme de coulisses pour signifier l’action d’être applaudi.

Mademoiselle Mars n’a pas eu d’agrément en voulant s’initier prêtresse de la muse tragique.

(Petit dictionnaire des coulisses, 1835.)

Agrément (se pousser de l’)

S’amuser, passer un moment agréable. Quand on a massé toute la semaine, il faut bien un peu se pousser de l’agrément le dimanche.

Agrément de banque

Bénéfice réalisé dans la même journée à la Bourse. (Argot de la Bourse).

Agréments naturels

Le membre viril.

Il arrive de province ce matin, et la fatigue du voyage fait un peu de tort à ses agréments naturels.

(Les Aphrodites.)

Agricher

Prendre, tenir.

Il se sauvait, je l’ai agriché par un abattis.

Agriffer

Saisir, empoigner, prendre au collet.

Agripper

v. a. Prendre à l’improviste, subitement. Argot du peuple. Signifie aussi filouter, dérober adroitement.

Agripper (s’)

Se prendre aux cheveux avec quelqu’un.

Agualuro

Jeter, bannir. On emploie cette expression pour envoyer promener quelqu’un loin de soi (Argot des voleurs).

Aguicher

Attirer, — dans le jargon des voleurs. — Aguicher un sinve pour le dégringoler, attirer un imbécile pour le voler.

Aguicher

Prendre, saisir.

Aguicher, agricher

Attirer. Assaillir. Lier. Aguicher un sinve pour le dégringoler, attirer un homme pour le tuer. Aguicher signifie aussi exciter.

Ahuri de Chaillot

s. m. Imbécile, homme un peu braque. Argot des faubouriens. (V. À Chaillot !)

s. m. Vin de Champagne, — dans l’argot des vaudevillistes de la Restauration.

Aide-cargot

Valet de cantine.

Aide-cargot, un dégoûtant troupier fait semblant de laver la vaisselle.

Wado.

Aide-cargot

s. m. Aide de cuisine, — dans l’argot des troupiers, par corruption d’aide-gargot.

Aide-mari

Amant, — qui aide en effet l’époux dans sa besogne conjugale, mais à son insu, bien entendu.

Il est assez égal que les enfants qu’elle pourra donner à son époux soient de lui ou du plus fécond des aide-mari qu’elle favorise.

A. de Nerciat.

Aide-mari

L’amant. Il aide à la besogne conjugale, sans en avoir les désagréments. On dit aussi l’autre. Pour les omnibus traînés par trois chevaux, on dit : ménage à trois. Allusion à ce qu’ils tirent les uns après les autres (Argot du peuple). N.

Aides (aller à la cour des)

Une femme va à la cour des aides, lorsqu’elle donne un ou plusieurs collaborateurs à son mari. L’expression date du dix-huitième siècle.

Aie-aie

s. m. Omnibus, — dans l’argot des faubouriens.

Aigle blanc

Chef de bande de voleurs. Sans doute parce que l’aigle vole haut (Argot des voleurs). V. Méquard. N.

Aiglefin

s. m. Chevalier d’industrie, escroc du grand et du petit monde, vivant aux dépens de quiconque l’écoute.
C’est à dessein que je donne cette orthographe, qui est aussi véritable, — c’est-à-dire aussi problématique, — que l’orthographe officielle, aigrefin. Le peuple prononce le nom comme je l’écris : est-ce par euphonie, est-ce par tradition ? je l’ignore, et les savants n’en savent pas plus que moi là-dessus « Aigre faim, faim très vive (homme affamé) », dit Littré. Sans doute, mais il y a eu jadis une monnaie dite aiglefin, et les escrocs ne sont pas moins affamés d’argent que d’autre chose.

Aiglon

Apprenti voleur (Argot des voleurs). N.

Aigrette conjugale

Au figuré : ornement de tête de MM. les cocus ; les cornes que leur font porter mesdames leurs épouses.

X… a couché avec madame Z…? Encore un fleuron à ajouter à l’aigrette conjugale de son mari.

(Diable au corps)

Aiguille

Le membre viril, avec lequel on pique les femmes — qui en enflent pendant neuf mois.

Mariette est femme très honnête,
Et si ce n’est un jour de fête,
Elle a toujours l’aiguille en main.

Théophile.

Un vieil homme est comme une vieille horloge, plus elle va avant, plus l’aiguille se raccourcit.

Tamarin.

Aiguille

s. f. Clé, — dans l’argot des voleurs.

Aiguille

Clé — Barbe de huit jours, — dans le jargon des voleurs. Elle pique comme une aiguille.

Aiguille

Clé.

Aiguille

Fausse clé (Argot des voleurs).

Aiguiller, Aiguiller la brème

Disposer, corner une carte de façon à ce qu’elle dépasse légèrement les autres ; cela facilite le coupage dans le pont. La carte ainsi disposée s’appelle l’aiguille. Elle conduit au pont la main de celui qui coupe, comme une aiguille de chemin de fer conduit un train sur telle ou telle voie.

Aiguilleur

Grec qui a l’habitude d’aiguiller la carte. Mot emprunté au vocabulaire des chemins de fer.

Aiguilleur

Vol au moyen de fausses clés (Argot des voleurs).

Aiguillon

Le membre viril, Avec lequel on pique les femmes pour les réveiller quand elles sont endormies.

Et profitant d’un moment de faiblesse,
Il lui glissa sont fringant aiguillon.

Piron.

Aiguillonner

Travailler du bout de la langue sur un vit, ou sur un clitoris.

… Dès lors, il a le nez sur la céleste mappemonde, et sa longue amoureuse aiguillonne le brûlant bijou.

(Aphrodites.)

Aile

s. f. Bras, — dans l’argot des faubouriens, l’homme étant considéré par eux comme une oie. On dit aussi Aileron.

Aile

Bras. Attrapez mon aile pour la ballade ! Donnez-moi le bras pour la promenade.

Aile, aileron

Bras.

Aile, leron

Bras.

Appuie-toi sur mon aile, et en route pour Châtellerault.

Labiche.

Je suis piqué à l’aileron, tu m’as égratigné avec tes ciseaux.

E. Sue.

Aileron

Pied, main.

Qu’est-ce, qui bronche ici ? que je lui abatte un aileron.

(É. de la Bédollière, Les Industriels.)

Ailerons

Les bras.

Ailerons ou aile

Bras.

— Mademoiselle, voulez- vous accepter mon aile.

Couvrir une femme d’une aile protectrice.

— Prends mon aile, s’y te touche, je le crève.

(Argot du peuple). V. Abatis.

Aille (terminaison en)

Souvent l’argot se borne à ajouter, à la fin du mol, la terminaison en aille, en orgue, en iergue, en uche, en mare. Ex. : Vouziergue trouvaille bonorgue ce gigotmuche ? Trouvez-vous bon ce gigot ? Épicemare, épicier. V. Largonji.

Aimant

Ce qui attire l’homme à la femme, et vice versa.

Quand mes baisers passionnés lui coupant la parole, quand mes téméraires mains et le reste ont mis le feu partout… nos aimants se joignant, s’attirent, s’unifient… l’univers est oublié !…

Monrose.

Aimant

s. m. Embarras, manières, épate. Même argot [des faubouriens]. Faire de l’aimant. Faire des embarras, protester hypocritement de son amitié pour quelqu’un, afin de l’attirer à soi.

Aimant (faire de l’)

Chercher à attirer l’attention, comme l’aimant attire le fer.

Aimer

Synonyme élégant et pudique de foutre. Quand un homme dit à une femme : « Je vous aime. » il veut lui dire et elle comprend parfaitement qu’il lui dit : « Je bande comme un carme, j’ai un litre de sperme dans les couilles, et je brûle de l’envie de te le décharger dans le con. » Il n’y a que les poètes, les impuissants et les mélancoliques qui aient osé jusqu’ici donne à ce verbe éminemment actif un sens passif — et ridicule.

… la fille entretenue
Dit : Aimons !!!…

Protat.

Aimer à crédit

v. a. Être l’amant de cœur d’une femme entretenue, — dans l’argot de Breda-Street, où cependant,

Tout en chantant Schubert et Weber,
On en vient à réaliser
L’application de l’algèbre
À l’amour, à l’âme, au baiser.

On dit aussi Aimer à l’œil.

Aimer à crédit

Être l’amant de cœur d’une femme. Ne la payer qu’en nature. De la famille des maquereaux (Argot des filles).

Aimer au chasse

Aimer à l’œil, faire une queue à son souteneur avec un passant galbeux (Argot des filles). N.

Aimer ça

Avoir un goût fort vif pour les choses de la fouterie et pour la fouterie elle-même.

Monsieur, tout ce qu’il vous plaira.
J’aime assez ça,
J’aime bien ça.

Collé.

Aimer comme la colique

Détester.

Aimer comme ses petits boyaux

Ressentir une vive affection.

Aimer l’homme

Avoir du goût pour la pine, s’en servir le plus souvent possible ; jouer franchement des fesses lorsqu’on est sous l’homme.

Les femmes qui aiment l’homme sont assez rares, aujourd’hui que les femmes aiment si volontiers la femme et que les tribades ont remplacé les jouisseuses.

A. François.

Aimer la femme

Avoir le tempérament amoureux, aimer à aimer — quelque femme que ce soit.

Que voulez-vous, mon père ? j’aime la femme et je le lui prouve le plus souvent que je peux.

J. Du Boys.

Aimer la marée

Aimer à gamahucher une femme, se dit par allusion à l’odeur sui generis qu’exhale son vagin. — L’expression date seulement du XVIIIe siècle, et elle vient de l’académicien Saint-Aulaire, le même qui avait fait sur la duchesse du Maine le fameux quatrain où il est déjà question de Téthys. Il serait dommage de priver la postérité de ce second quatrain, qui méritait de devenir aussi fameux que le premier :

De l’écume des mers, dit-on,
Naquit la belle Cythérée :
C’est depuis ce temps que le con
Sent toujours un peu la marée.

Aimer le cotillon

Aimer la femme — surtout quand elle est déshabillée.

Vous aimez trop le cotillon, mon cher, il vous en cuira.

E. Durand.

Aimer le goudron

Aimer s’enculer, soit les femmes, soit les hommes, — ce qui embrène la queue.

Pour Jupiter, façon vraiment divine,
Le con lui pue, il aime le goudron.

(Chanson anonyme moderne.)

Aimer pour peau de balle

Aimer pour rien. Perdre son temps et sa jeunesse, amour qui ne rapporte pas (Argot des filles). N.

Aimer quelqu’un comme ses petits boyaux

v. a. l’aimer extrêmement. — Argot du peuple. On dit aussi Aimer quelqu’un comme la prunelle de ses yeux.

Aimeuse

Petite dame — galante, — qui fait profession d’aimer. — Synonymes : putain, lorette, cocotte, grue, catin, vache, etc., etc.

Les Juifs avaient leurs Madeleines ;
Les fils d’Homère leurs Phrynês.
Délaçons pour tous les baleines
De nos corsets capitonnés.
Rousses, blondes, brunes ou noires,
Sous tous les poils, sous tous les teints…
Qu’il pourrait, raconter d’histoires,
Le cercle de nos yeux éteints !
Folâtres ou rêveuses,
Nous charmons ;
Nous sommes les aimeuses,
Aimons !

Eug. Imbert.

Air (avoir de l’)

Marcher avec inquiétude et méfiance.

Air (se donner de l’)

Se sauver.

Air (se donner de l’)

Se sauver. Les variantes sont : Se pousser de l’air, jouer la fille de l’air.

Allons, môme, pousse-toi de l’air !

(X. de Montépin, Les viveurs de Paris.)

Air (se donner de l’air, se pousser de l’air, jouer la fille de l’air)

Partir, se sauver.

Air (se donner, se pousser de l’, jouer la fille de l’)

Fuir. — Les deux premiers termes font image ; le troisième a été enfanté par la vogue de La Fille de l’Air, une ancienne pièce du Boulevard du Temple.

La particulière voulait se donner de l’air.

Vidal, 1833.

Dépêchez-vous et jouez-moi la Fille de l’air avec accompagnement de guibolles.

Montépin.

Allons, môme, pousse-toi de l’air.

Id.

Vivre de l’air du temps : Être sans moyens d’existence. Terme ironique.

Tous deux vivaient de l’air du temps.

Balzac.

Être à plusieurs airs : Être hypocrite, jouer plusieurs rôles à la fois.

Air cochon (avoir un)

Avoir un visage provoquant, qui appelle l’homme, qui le convie à manquer de respect à la femme qui a ce visage ; avoir les yeux égrillards, bouche voluptueuse, etc.

Je vous ai un petit air cochon comme tout.

Lemercier de Neuville.

Ajuster une femme

La baiser, — ce qui est ajuster le membre viril dans son vagin avec la raideur d’une flèche lancée d’une main sûre.

Alarmiste

s. m. Chien de garde. Argot des voleurs.

Alarmiste

Chien de garde.

Alarmiste

Chien de garde.

Alarmistes

Chien de garde. L’animal donne l’alarme à ses maîtres. En 1848, les alarmistes étaient des bourgeois qui répandaient chaque jour des mauvaises nouvelles (Argot des voleurs).

Albache

Faux nom, en donner un. On nomme ainsi le voleur qui donne un faux nom pour dissimuler son identité (Argot des voleurs). N.

Albache

Faux nom.

Albinos

Couleur blanche d’un jeu de dominos.

Alboche

Allemand. Autrefois les ouvriers disaient boche, pour qualifier un lourdeau, al a été ajouté pour désigner les Allemands en général (Argot du peuple). N.

Alboche

On désigne ainsi les Allemands, Luxembourgeois, Alsaciens, tous ceux qui parlent l’allemand.

Alboche

Allemand.

Album

Chapeau à haute forme, — dans le jargon des charbonniers.

Alciabidiser

Agir en pédéraste passif, se laisser enculer — comme Alcibiade par Socrate.

Alcoolique

Pour alcoolisé. Ivrogne imbu des principes alcooliques, saturé de trois-six, récipient humain à absinthe, — dans le jargon des médecins. La passion de l’alcool est tellement impérieuse chez certains ivrognes, qu’ils arrivent, faute de mieux, à absorber de l’alcool camphré. On en a vu même, en extase devant la boutique des pharmaciens, faire les yeux doux aux bocaux à fœtus et à vers solitaires.

Alènes

s. f. pl. Outils de voleur, en général, — sans doute à cause de leur forme subulée.

Alentoir

C’est alentour avec changement arbitraire de la dernière syllabe, procédé très-commun en argot.

Alentoir

adv. Aux environs, alentour. Argot des voleurs.

Alentoir

Aux environs, aux alentours.
— Nib de Tronche fait le pet aux alentoirs pendant que les aminches ratiboisent la cambrousse du garnaffier (Argot des voleurs).

Alentoir

Alentour.

Alfa

Cheveux blonds. On sait que l’alfa, plante textile qui sert à fabriquer la pâte au papier, a absolument l’aspect d’un paquet de filasse. Allusion de fait et de couleur (Argot des voleurs). N.

Aligner

v. n. Mettre le couvert, — dans l’argot des francs-maçons.

Aligner

Se battre.

Si tu n’es pas content, allons nous aligner.

Dans l’armée lorsque deux militaires vont en duel, ils vont s’aligner.

Aligner (s’)

Se battre en duel, — dans l’argot des troupiers.

Aligner (s’)

Avoir affaire à, dans le jargon du régiment. S’emploie surtout dans l’expression : Allez donc vous aligner avec des types pareils ! c’est-à-dire : allez raisonner avec de pareilles brutes !

Aligner (s’)

Se battre en duel.

Aligner (s’)

Les duellistes s’alignent pour se battre. Quand un travail est très soigné l’ouvrier dit avec fierté : Hein ! comme c’est aligné. Quand il s’agit d’argent, aligner est synonyme d’allonger (Argot des voleurs).

Aligner sur la pancarte (se faire)

C’est mot à mot, dans l’argot du régiment : Se faire aligner sur la pancarte des hommes punis.

Aller (s’en)

Vieillir, — dans l’argot de Breda-Street, où l’on s’en va aussi vite que les roses.

Aller à bord de l’eau

Aux galères, Toulon, Brest, Rochefort.

Aller à crosse

Avouer.

Aller à Cythère

Ce que les délicats appellent Ad summam voluptatem parvenire, et les voyous Aller au bonheur — le seul voyage que l’on ne puisse faire seul, et que l’on fait toujours à cheval sur une belle jument.

J’aime, dit Ros’, quand on m’mène à Cythère,
Qu’on se promèn’ pendant plusieurs instants ;
Dès qu’on r’ssort, ça n’ m’amuse guère.

Dida.

Aller à dache

Mot à mot allez vous faire voir, vous m’ennuyez (Argot du peuple).

Aller à dame

Baiser ; coucher avec une femme. — Cette expression, empruntée au jeu de dames, a été inventée par un pion de l’institution Sainte-Barbe.

Aller à dame

Être assommé à coups de poings et tomber comme une masse sur le pavé (Argot du peuple). V. Fluxion de pavé.

Aller à dame

Tomber.

Il ne tient pas sur les fûmerons, d’une poussée je l’ai fait aller à dame.

Aller à dame

Tomber comme une masse.

Aller à l’arche

v. n. Aller chercher de l’argent. Argot des voyous.

Aller à l’astic

Astiquer son fourniment. Argot des soldats.

Aller à la campagne

Elles ont disparu trois, quatre ou six mois. On les savait malheureuses. Elles reparaissent tout à coup plus fières et plus fringantes que jamais ; elles ont été passer une saison à la campagne (dans une maison de prostitution de province).

Ces Dames, 1860.

Aller à la chasse avec un fusil de toile

v. n. Mendier, porter la besace. Argot du peuple.

Aller à la cour des aides

Se dit d’une femme qui trompe son mari en faveur d’un ou de plusieurs amants. L’expression date de l’Histoire comique de Francion.

Aller à la cour des aides

Tromper son mari.

Aller à la crémerie

Voir Descendre à la cave.

Aller à la retape

v. n. Attendre quelqu’un sur une route pour l’assassiner. Argot des prisons.

Aller à la visite

Se dit des filles publiques qui, au jour fixé par les règlements de police, doivent se rendre au Dispensaire pour subir un examen de santé de la part de médecins ad hoc qui les renvoient si elles sont saines et les retiennent si elles sont malades.

C’est demain, âmes sœurs, le jour de la visite.

Albert Glatiny.

Aller à Niort

Ne rien dire, se taire, garder le silence.

Aller à Niort

v. a. Nier, — dans l’argot des voleurs, qui semblent avoir lu les Contes d’Eutrapel.

Aller à Niort

Nier. Recommandation qu’ont soin de faire les voleurs à leurs complices quand ils vont à l’instruction. Ils se souviennent du mot du boucher Avinain qui, la tête sous le couteau, cria : N’avouez jamais (Argot des voleurs).

Aller à Niort

Faire l’ignorant.

Un voleur qui ne veut rien avouer, s’il fait l’ignorant ou semblant de ne pas comprendre ce qu’on lui dit, va à Niort.

Aller à Niort

Nier, ignorer.

Aller à Niort, Dire à Niort

Nier.

Aller à pinada

Faire l’acte vénérien, — à dada — sur une pine.

Aller à ses affaires

Ce que les Hébreux appellent hesich raglaw, les Anglais to shite, les Espagnols cagar, les Flamands schyten, les Italiens cacare, et les Grecs χέζειν.

Autrefois, chez le roi, on appelait chaise d’affaires, la chaise percée, et brevet d’affaires le privilège d’entrer dans le lieu où le roi est sur sa chaise d’affaires.

Aller au beurre

Baiser une femme, dont le con ne tarde pas à devenir ainsi une baratte.

Zut ! je veux aller au persil pour aller au beurre, moi, na !

Lemercier de Neuville.

Aller au bonheur

Jouir en baisant, parvenir à la félicité suprême. — Cette expression, une des plus justes de la langue érotique moderne, est précisément celle qui se lisait comme enseigne sur les bordels de Pompéï : Hic habitat felicitas.

Tu as donc envie d’aller au bonheur, mon petit homme !

Lemercier de Neuville.

Aller au café

Gamahucher une femme. On dit aussi : prendre sa demi-tasse au café des Deux-Colonnes.

Aller au carreau

v. n. Aller pour se faire engager, — dans l’argot des musiciens de barrières, qui chaque dimanche ont l’habitude de se réunir sur le trottoir de la rue du Petit-Carreau, où les chefs d’orchestre savent les rencontrer.

Aller au gratin

Baiser une femme publique, — à l’œil — ce qui est une gourmandise pour certains travailleurs. Allusion au gratin que laisse un mets au fond de la casserole et qui trouve toujours un amateur — quand tout le monde est servi.

Aller au jardin

Voleur allant faire un coup.

Aller au numéro cent

Se rendre aux lieux d’aisance. — Calembour. C’est le numéro qui sent le plus.

Aller au persil

Promenade d’une prostituée.

Aller au persil

Se dit des femmes autorisées qui se promènent le soir dans les rues, sur les trottoirs, et qui ne cessent de se promener que lorsqu’un galant homme, un peu gris, les prie de se reposer — pour tirer un coup avec lui, dans une chambre de bordel ou dans un arrière-cabinet de marchand de vins. — Voy. Aller au beurre.

Aller au persil

Sortir pendant le jour, aller se promener, — dans l’argot des filles libres, qui, à leur costume de grisettes d’opéra-comique, ajoutent l’indispensable petit panier pour avoir l’air d’acheter… rien du tout, le persil se donnant pour rien chez les fruitières, mais en réalité pour se faire suivre par les flâneurs amoureux.
On dit également : Cueillir du persil et Persiller.

Aller au pot

Prendre dans des dominos restants. Argot des joueurs. On dit aussi Fouiller au pot.

Aller au pré

Condamné au bagne.

Aller au rapport sans arme

Moucharder ses camarades. Expression employée dans les ateliers pour indiquer que l’un des leurs va chaque jour au rapport, chez le patron pour lui raconter ce qui se passe et même ce qui ne se passe pas (Argot du peuple).

Aller au refil

Dénoncer un complice (Argot des voleurs). V. Mouton N.

Aller au refil

Rendre, donner.

Il faut aller au refil de ce que tu me dois.

Il y a aussi une autre façon d’aller au refil, c’est lorsqu’un ivrogne ne peut garder le liquide qu’il a dans l’estomac ; alors il va au refil.

Aller au refil

Dénoncer.

Aller au safran

v. n. Manger son bien, — dans l’argot des bourgeois qui disent cela depuis longtemps.

Aller au trot

v. n. Se dit — dans l’argot des faubouriens — d’une fille en toilette de combat qui va « faire le boulevard ».

Aller au vague

Aller commettre un vol.

Aller au vice

Aller au bordel.

Aller au vice

Hanter les mauvais lieux, — dans l’argot des bourgeois.

Aller aux pruneaux

Plaisanterie qu’on fait à l’hôpital, à tout nouveau venu qui parait un peu naïf ; elle consiste à l’engager à aller demander son dessert dans une salle voisine, à tels ou tels malades qu’on désigne. Celui qui a l’imprudence d’aller aux pruneaux est alors accueilli à coups de traversin, comme l’innocent qui va le 1er avril chez l’épicier chercher de l’huile de cotrets est accueilli à coups de balai.

Aller avec un homme

Se prostituer à un homme, — dans le jargon des filles et de leurs souteneurs.

C’est-y grossier ces nouvelles couches sociales ! dit une fille en s’écartant, comment peut-il y avoir des femmes qui aillent avec ça ?

(F. d’Urville, Les Ordures de Paris.)

Aller chez Faldès

Partager.

Aller chez Faldès

Partager le produit d’un vol.

Aller chez le voisin

Enculer une femme ; se tromper, volontairement ou involontairement, d’endroit.

Tiens… me voilà… Pas comme ça, donc ! Tu va chez le voisin… Laisse-moi te conduire.

H. Monnier.

Aller d’attaque (y)

Baiser avec énergie, sur l’herbe ou sur une chaise, sous le ciel du lit ou sous le ciel de Dieu, sans se préoccuper des passants et des enfants.

La limace… là, bien blanche, avec ses creux et ses montagnes, ça m’met sens sus d’sous… Allons-y d’attaque !

Lemercier de Neuville.

Aller de (y)

Payer. Y aller de ses dix francs. — Y aller d’une, de deux, de trois, payer une bouteille, deux bouteilles, etc. Y aller de sa goutte, de sa larme, pleurer, être ému jusqu’aux larmes. — Y être allé de son voyage, avoir fait une démarche inutile. — Y aller gai-mar, faire quelque chose gaiement.

Aller de sa larme (y)

Ne pas craindre de se montrer ému, au théâtre ou dans la vie, à propos d’un événement touchant, réel ou fictif. Argot des gens de lettres et des faubouriens.

Aller de son beurre

Jouir copieusement, lorsqu’on est sous l’homme, sans craindre la vérole et les enfants, et décharger deux ou trois fois sans qu’il ait déconné.

Tu m’as fait crânement jouir, cochon ! Voilà la première fois que j’y vas de mon beurre aussi franchement.

Lemercier de Neuville.

Aller de son voyage

Les filles de bordel emploient cette expression pour dire qu’elles ont joui avec un miché : « J’y ai été de mon voyage. »

Aller du cul

Se trémousser dans la jouissance vénérienne, ou dans l’attente de cette jouissance, qui est toujours précédée d’une foule de friandises fort agréables.

Il se trémoussa vers moi en se baissant, et moi vers lui en me haussant ; les culs nous allaient à tous deux comme s’il eût eu déjà le vit au con.

Mililot.

Aller en bateau

Remettre toujours quelqu’un au lendemain, soit pour lui solder une facture ou pour un emploi qu’il sollicite, est le faire aller en bateau.

Aller en Galilée

v. Remanier, remettre en galée. M. Ch. Sauvestre, qui, lui aussi, est un ancien typo devenu journaliste, nous signale cette expression pittoresque :

Aller en Galilée, dit-il, c’est faire des remaniements qui nécessitent le transport d’une page ou d’une portion de page du marbre, où elle était en forme, dans la galée, sur la casse. Aller en Germanie n’est rien, comparativement au guignon d’aller en Galilée.

Galilée est évidemment une corruption plaisante de galée.

Aller en Germanie

v. Remanier. Cette expression, d’allure si preste, s’applique pourtant, comme on voit, à une chose très désagréable pour le compositeur. Lorsqu’il qu’il a commis un bourdon ou un doublon et qu’il est forcé de remanier un long alinéa, on dit qu’il va en Germanie. Cette locution, récemment introduite dans quelques ateliers, vient-elle des nombreux remaniements que la Prusse a fait subir, depuis 1866, à la carte d’Allemagne, et même, hélas !, à la carte de France ? Un vieux typographe nous fait remarquer que cette locution : Aller en Germanie, dont on n’aperçoit pas distinctement l’origine, que nous venons tout à l’heure de chercher au-delà du Rhin, est purement et simplement une corruption. Quand un compositeur a commis un bourdon, il s’écrie de mauvaise humeur : Allons ! bon ! Il faut que je remanie. D’où aller en je remanie, puis en Germanie.

Aller en rabattant

Vieillir, sentir ses forces s’épuiser. Argot du peuple.

Aller et retour (donner ou faire l’)

Tirer deux coups avec une femme, sans déconner.

C’est un pauvre homme, dit-elle ; il ne peut pas même faire l’aller et retour sans être sur les dents.

A. François.

Aller faire faire (s’)

Expression injurieuse — de l’argot des bourgeois par laquelle on se débarrasse de quelqu’un qui vous gêne ou vous ennuie. Le second verbe faire en remplace un autre qui est tantôt paître, tantôt un autre plus énergique.

Aller l’amble

Faire l’acte vénérien, soit parce que dans cette besogne l’homme imite l’allure des chevaux qui vont l’amble, autre le trot et le pas, entre fort et doucement, soit parce que pour aller l’amble amoureux il faut être deux — ambo.

Aller où le roi n’envoie personne

Aller aux lieux d’aisances. La variante est : Aller où le roi va à pied.

Aller où le roi ne va qu’à pied

Ce rappel à l’égalité est de tous les temps. On disait au dix-septième siècle :

C’est à mots couverts le lieu où l’on va se décharger du superflu de la mangeaille…

Scarron, qui n’a pas dédaigné de donner l’hospitalité à cette métaphore éminemment philosophique, ajoute :

C’est ce qu’on nomme à Paris, chez les personnes de qualité, la chaise percée ; car depuis environ vingt ans la mode est venue de faire ses nécessités sans sortir de sa chambre, et cela par un pur excès de propreté.

Aller où le roi va à pied

V. Aller à ses affaires dans l’argot du peuple.
C’est précisément pour y avoir été que Henri III fut blessé mortellement par Jacques Clément, qui le frappa sur sa chaise d’affaires.

Aller où le roi va à pied

Satisfaire un besoin dans le silence d’un cabinet qui n’a rien de ministériel. L’allusion est juste ; malgré sa grandeur, le roi ne pourrait y aller en voiture (Argot du peuple).

Aller que d’une fesse (n’)

Se dit — dans le même argot [du peuple] — de quelqu’un qui n’est pas très bien portant, ou de quelque affaire qui ne marche pas à souhait de celui qui l’a entreprise.
C’est l’ancienne expression, plus noble : N’aller que d’une aile.

Aller se faire couper les cheveux

Aller au bordel. — L’expression date de l’établissement des bains de mer de Trouville, fréquentés par la meilleure société parisienne. Trouville est pour ainsi dire un faubourg du Havre, mais un faubourg sans bordels. Les messieurs sans dames qui ont des besoins de cœur s’échappent, vont au Havre et reviennent l’oreille basse, la queue entre les jambes, comme honteux de leurs mauvais coups. D’où venez-vous ? leur demandent les dames. — J’ai été me faire couper les cheveux, répond chaque coupable. — Les dames trouvaient — trouvillaient, dirait Commerson — qu’ils allaient bien souvent se faire arranger — la chevelure.

Aller se faire lanlaire

Se débarrasser d’un importun. L’envoyer promener.

… Votre cœur ? Il n’y a que les gens qui n’ont que ça qui le proposent… Ça ne suffit pas… Vous pouvez aller vous faire lanlaire… !

(Huysmans, Les sœurs Vatard.)

Aller son petit bonhomme de chemin

Aller doucement ; se conduire prudemment — pour aller longtemps.

Aller sur une jambe (ne pas s’en)

Boire un second verre ou une seconde bouteille, — dans l’argot des ouvriers, qui ont une manière à eux de marcher et de faire marcher les gens.

Aller trop vite à l’offrande et faire choir le curé

Décharger au moment où l’on va baiser une femme, que l’on a désirée trop longtemps, et débander immédiatement.

Aller voir défiler les dragons

Dîner par cœur, c’est-à-dire ne pas dîner du tout, — dans l’argot du peuple, qui se rappelle le temps où, ne pouvant repaître son ventre, il allait repaître ses yeux, sous la République, des hussards de la guillotine, et sous l’Empire des dragons de l’Impératrice. Qui admire, dîne !

Aller voir défiler les dragons

Ne pas manger. Être de la revue signifie la même chose (Argot du peuple).

Aller voir défiler les dragons

Se passer de manger.

Aller voir Moricaud

v. n. Aller au Dispensaire, — dans l’argot des filles, qui disent cela depuis une vingtaine d’années, par allusion au nom de M. Marécot, sous-chef du bureau des mœurs, chargé de statuer sur le sort des visitées, après le rapport du médecin visiteur M. Denis.
Elles disent aussi Aller à saint Denis.
Les femmes corrompues corrompent naturellement tout — jusqu’aux noms des gens avec qui elles sont en contact.

Allez donc !

Locution destinée à augmenter dans un récit la rapidité de l’acte dont on parle.

J’avais mon couteau à la main… et allez donc !… j’entaille le sergent, je blesse deux soldats.

E. Sue.

Allez donc vous laver !

Interj. de l’argot des voyous, pour signifier : Allez-vous-en donc ! vous me gênez ! On dit aussi Allez donc vous asseoir !

Allez voir là-bas si j’y suis

Ce qui veut dire nettement à une personne : Foutez-moi le camp (Argot du peuple).

Allez vous asseoir

Terme employé pour envoyer promener un individu ennuyeux. Cette expression ancienne a servi à un chansonnier de 1848 pour composer une chanson dont le refrain : Allez vous asseoir est resté célèbre (Argot du peuple).

Allez vous faire fiche !

Allez au diable.

Ce mot cache un jurement très grossier.

d’Hautel, 1808.

Eh bien ! dis à grand’maman qu’elle aille se faire fiche !

Gavarni.

Alliance

Poucettes.

Alliances

s. f. pl. Poucettes avec lesquelles les gendarmes joignent les mains des malfaiteurs pour gêner leurs mouvements.

Alliances

Poucettes. Les gendarmes mettent poucettes aux prisonniers pour les conduire de brigade en brigade. (Argot des voleurs) V. Cabriolet.

Alliances (les)

Les poucettes.

Allonger (s’)

Bander, — dans l’argot des maquignons.

Allonger (s’)

Payer, se fendre, — dans l’argot des faubouriens.

Allonger (s’)

Se laisser tomber dans la rue. — S’étirer les bras en bâillant.

Allonger (se les)

Courir vivement.

Allonger la ficelle, la courroie, la croupière

Augmenter une punition.

Allonger, Allonger de l’argent, s’Allonger

Donner de l’argent, c’est-à-dire allonger le bras pour payer.

Allumage

L’un des premiers degrés du thermomètre de l’ivresse.

Allumage (professeur d’)

Grec qui apprend à ses élèves le moyen à employer pour allumer les joueurs naïfs. Il y avait anciennement au boulevard du Temple, un café où se rencontraient les grecs, il était connu sous le nom de café d’allumage (Argot des grecs). V. Suiffart.

Allume

Regarde.

Allumé

Légèrement pris de vin. — Enthousiasmé.

Allumé (être)

Être sur la pente de l’ivresse, soit parce qu’on a bu plus que de raison, soit parce au on a trop regardé une jolie fille. Même argot [des faubouriens].

Allumelle

Membre viril.

Plusieurs n’aimassent tout autant
Pour chatouiller leur allumelle
Le réservoir d’une pucelle.

(Heures de Payhos.)

Allumer

Regarder.

Allumer

Regarder fixement, éclairer de l’œil pour ainsi dire. — Très ancien. Se trouve avec ce sens dans les romans du treizième siècle. V. Du Cange.

Allume le miston, terme d’argot qui veut dire : Regarde sous le nez de l’individu.

(Almanach des Prisons, 1795).

Allumer : Déterminer l’enthousiasme.

Malvina remplissait la salle de son admiration, elle allumait, pour employer le mot technique.

Reybaud.

Allumer : Pour un cocher, c’est déterminer l’élan de ses chevaux à coups de fouet.

Allume ! allume !

H. Monnier.

Allumé : Échauffé par le vin.

Est-il tout a fait pochard ou seulement un peu allumé ?

Montépin.

Allumeur : Compère chargé de faire de fausses enchères dans une vente.

Dermon a été chaland allumeur dans les ventes au-dessous du cours.

La Correctionnelle, journal.

Allumeuse, dans le monde de la prostitution, est un synonyme de marcheuse. Dans ces acceptions si diverses, l’analogie est facile à saisir. Qu’il s’applique à un tête-à-tête, à un spectacle, à un attelage, à un repas, ou une vente, allumer garde toujours au figuré les propriétés positives du feu.

Allumer

v. n. Exciter un cheval à coups de fouet. Argot des cochers.

Allumer

v. a. Provoquer l’admiration ; jeter le trouble dans le cœur d’un homme, comme font certaines femmes avec certains regards. Se dit aussi du boniment que font les saltimbanques et les marchands forains pour exciter la curiosité des badauds. L’expression est vieille.

Allumer

v. a. et n. Voir, regarder, — dans l’argot des voleurs.

Allumer

Regarder avec soin, observer, — dans le jargon du peuple.

Tais-toi, Pivoine, le républicain nous allume.

(A. Joly, Fouyou au Lazary, Clians.)

Dans l’argot des camelots et des marchands forains, allumer a le sens de surveiller l’acheteur, de veiller à ce qu’il ne chipe rien. — Allumer le pante. — Allumer le miston. On disait au XVIIIe siècle éclairer dans le même sens ; c’est le aliquem specidari de Cicéron.

Allumer

Enthousiasmer, exciter l’admiration, surexciter.

Avec un costume neuf elle allumerait une salle.

(Huysmans, Marthe.)

Allumer le pingouin, exciter l’enthousiasme du public, dans le jargon des saltimbanques.

Allumer

Stimuler un cheval à coups de fouet.

Le pauvre gars apparut, tout piètre encore, et se hissa péniblement dans la voiture. Après lui, madame y monta, puis, en route, allume !

(L. Cladel, Ompdrailles, Le Tombeau-des-lutteurs.)

Allumer

Regarder avec soin. Enthousiasmer. Allumer le pingouin, exciter la curiosité ou l’enthousiasme des badauds, dans le jargon des saltimbanques. Signifie aussi écouter.

Allumer

Faire de l’œil à un passant. Chauffer une salle de théâtre ou une réunion publique pour faire éclater l’enthousiasme et assurer le succès. Frapper ses animaux à coups de fouet pour les exciter. Compères chargés dans les salles de ventes d’allumer les acheteurs (Argot du peuple).

Allumer

Regarder.

Allume la tronche de la môme qui radine.

Allumer veut aussi dire payer ; celui qui solde une dépense allume. Chez les artistes, allumer veut dire regarder dans la salle s’il y aura pour la sortie un monsieur galant.

Les allumeuses ne sont pas toujours celles qui éteignent.

Allumer (s’)

Être en érection, soit devant une femme, soit devant une photographie obscène.

Il ne s’allume pas !… Je ne s’rais pourtant pas fâchée qu’i m’ baise car il a un rude membre.

Lemercier de Neuville.

Allumer des clairs

Regarder avec attention.

Allumer la chandelle

Mettre un homme en état de baiser, par des attouchements habiles aux environs de son braquemard et sur son braquemard lui-même.

Allumer la quitourne

Fille qui fait la fenêtre, qui raccroche en chambre. À la tombée de la nuit elle allume sa lampe. Comme elle la tourne de façons différentes pour signaler aux passants qu’elle est libre ou occupée, de là, la qui-tourne (Argot des filles).

Allumer le flambeau d’amour

Copuler.

J’m’approch’ crânement et j’ lui propose
D’allumer le flambeau d’ l’amour ;
Cédant au désir qui m’allèche.
De mon feu n’ jaillit qu’un’ flammèche.

F. De Calonne.

Allumer le miston

Regarder quelqu’un sous le nez.

Allumer le miston

Passer à l’exécution d’une affaire convenue entre complices.

Allumer les cierges

Faire le guet (guetter les agents).

Allumer ses clairs

Regarder avec attention.

Allumer son pétrole

v. a. S’enflammer l’imagination, — dans l’argot des petites dames, qui savent combien l’homme est inflammable. On dit aussi Allumer son gaz — ce qui, en effet, est une manière de prendre feu.

Allumer son pétrole

Rendre quelqu’un amoureux. Mot à mot l’enflammer.
— Le grand t’a donc plaquée ?
— Comme un pet.
— T’a pas su y enflammer le pétrole (Argot des filles).

Allumer un homme

Se dit des femmes légères — comme chausson — qui, par leurs regards incendiaires, provoquent les hommes à la fouterie.

Elle ! elle n’allumerait pas même un homme en amadou.

Lemercier.

Allumes

Morceaux de bois sec, dans le jargon des boulangers.

Allumette

Le membre viril, avec lequel on met le feu à tant de jeunes imaginations.

N’approche pas de moi ton allumette : tu me brûlerais, et je n’y suis pas disposée.

Baron Wodel

Modeste appelle une allumette
Ce que lui montre son amant.

E. T. Simon.

Allumette ronde (attraper une)

Ressentir les premiers effets de l’ivresse ; une des nombreuses métaphores pour désigner la manière d’être d’un homme soûl. À des degrés divers, on dit : Avoir sa cocarde, avoir son plumet, être dans les vignes, dans les brindezingues, avoir son compte, son affaire, sa pointe, un coup de soleil, un coup de jus, un coup de sirop, être tout chose, éméché, parti, lancé, paf, pochard, soûlot, soulard, gavé, poivre, poivrot, raide comme balle, raide comme la justice. Voici, d’après M. Denis Poulot (le Sublime), les marches de l’échelle alcoolique, dans l’argot des ouvriers mécaniciens : 1o Attraper une allumette ronde : il est tout chose ; 2o Avoir son allumette-de marchand de vin : il est bavard et expansif ; 3o Prendre son allumette de capipayne, ce bois de chanvre soufré des deux bouts : il envoie des postillons et donne la chanson bachique ; 4o Il a son poteau kilométrique : son aiguille est affolée, mais il retrouvera son chemin ; 5o Enfin le poteau télégraphique, le pinacle : soulographie complète, les roues patinent, pas moyen de démarrer ; le bourdonnement occasionné par le vent dans les faïences est cause du choix.

Allumettes

Jambes longues et maigres. Prends garde, tes allumettes vont prendre feu.

Allumeur

s. m. Compère, homme qui fait de fausses enchères, — dans l’argot des habitués de l’hôtel Drouot.

Allumeur

Juge d’instruction, dans le jargon des voleurs. Il éclaire l’alfaire, il porte la lumière sur l’affaire.

Allumeur

Entraîneur, compère dans les bazars, les ventes publiques, les théâtres forains.

Les allumeurs sont des employés aux gages des saltimbanques, qui entraînent le public à leur suite, en donnant l’exemple.

(G. Escudier, Les Saltimbanques.)

Exploiteur du public crédule,
Fripons exerçant leurs talents,
Depuis la fausse somnambule
Jusqu’à l’allumeur de chalands.

(A. Pommier, Paris, 1867.)

Allumeur

Voleur. Les allumeurs ont pour mission de racoler les ouvriers les samedis de paye et de les emmener chez le marchand de vin. Là, ils leur offrent libéralement à boire jusqu’à ce que les malheureux rentrent chez eux complètement ivres. Alors commence le rôle des meneuses et des travailleurs. V. ces mots. — Grec dont les fonctions consistent à mettre une partie en train.

Maintenant les deux allumeurs qui se trouvent mêlés à la partie reçoivent également une subvention.

(Gil Blas, 29 mars 1882.)

Allumeur

Juge d’instruction. Compère des saltimbanques qui entraine le public en donnant l’exemple d’entrer.

Allumeur

Agent provocateur chargé d’organiser un complot politique quand le gouvernement a besoin d’effrayer la population pour faire voter une loi réactionnaire. On en trouve un curieux exemple dans les Mémoires de Claude, à propos de l’Internationale et des allumeurs de la rue des Gravilliers. (Argot du peuple).

Allumeur

Agent provocateur.

Allumeurs de gaz

Les anciens lanciers, par allusion à leur arme, comparée au long roseau dont se servent les employés des compagnies du gaz.

Allumeuse

s. f. Marcheuse, dans l’argot des filles.

Allumeuse

Femme payée par l’administration d’un bal public pour danser et avoir l’air de beaucoup s’amuser. — Femme dont le métier consiste à attirer l’attention des hommes, à faire de l’œil, sur la voie publique, dans les théâtres, en chemin de fer et ailleurs. Elle cherche à allumer sa victime, à l’incendier de son regard.

Allumeuse

Femme payée pour donner l’entrain dans un bal ou pour attirer les hommes.

Allure (il a de l’)

Se dit d’un beau ou vaillant cavalier.

Alpa

Vêtement. Abréviation d’alpaga. Se payer un alpa système Jardinière ou système Godchau.

Alpa, alpague

Vêtement.

Alpaga

Habit.

Alpaga

s. m. Habit, dans l’argot des voleurs et des faubouriens.

Alpague

Abréviation d’alpaga.
— Je vais me balader, Nini passe-moi mon alpague (Argot du peuple).

Alpague

Veston.

Ton alpague est trop court, il ne te cache pas le foirpette.

Alpague

Paletot (d’alpaga).

Alphonse

s. m. Nom d’homme qui est devenu — dans l’argot des filles — celui de tous les hommes assez peu délicats pour se laisser aimer et payer par elles.

Alphonse

Joli jeune homme qui reçoit de l’argent des femmes séduites par sa beauté et ses complaisances. Type d’un personnage d’une comédie de M. Dumas fils. Fort à la mode un moment, le mot a déjà vieilli. Alphonse de barrière. Souteneur de barrière. Le nom d’Alphonse, pour désigner un homme qui vit des générosités d’une femme, paraît être bien antérieur à la comédie de M. Dumas fils. Il y a une vingtaine d’années, il devait avoir cours au quartier latin, s’il faut en croire l’exemple suivant :

L’an dernier, elle avait un Alphonse pour lequel elle travaillait du matin au soir et souvent du soir au matin. L’Alphonse est parti.

(Petits Mystères du quartier latin, 1800.)

Alphonse

Souteneur.

Alphonse

Souteneur. On a attribué cette expression à M. Alexandre Dumas qui en a fait le titre d’une pièce ; elle était connue depuis plus de vingt ans par la chanson si populaire de Lacombe : Alphonse du Gros-Caillou (Argot du peuple).

Alphonse

Homme qui vit de la prostitution.

Alphonsisme

Le métier (?) de l’Alphonse.

L’ Alphonsisme brutal ne disparaîtra qu’avec la prostitution.

(La Bataille, mai 1882.)

Alpion

Tricheur au jeu.

Alpiou

s. m. Homme qui triche au jeu, — par allusion au nom donné autrefois à la marque que l’on faisait à sa carte en jouant à la bassette.

Altèque

Beau, bon, excellent (Vidocq). — Du vieux mot alt (grand, fort, élevé) accompagné d’une désinence arbitraire, comme dans féodec. V. Roquefort. — Frangine d’Altèque : Bonne sœur. — Frime d’altèque : Charmante figure. V. Coquer.

Altèque

adj. Beau, brave, excellent, — dans l’argot des voleurs, qui ont emprunté ce mot (altus) à Virgile.

Altèque

Beau, excellent. D’altar, d’où dérivent les mots altier, altitude.

Altèque

Beau, bon, excellent.

Altèque

Beau, plus que beau (Argot des voleurs).

Alzingue

Même signification qu’alpague.

Amadou

s. m. « C’est dequoy les argotiers se frottent pour se faire devenir jaunes et paraistre malades, » — c’est-à-dire pour amadouer et tromper les bonnes âmes.

Amadou

s. et adj. Homme qui prend aisément feu — afin d’être aimé, amatus. Argot du peuple.

Amadouage

Mariage.

Amadouage

s. m. Mariage — dans l’argot des voleurs.

Amadouage

Mariage, — dans le jargon des voleurs.

Amadouage

Mariage.

Amadoue

Se grimer.

Amadoué

Marié.

Amadoué

s. m. Homme marié.

Amadouer (s’)

v. réfl. Se grimer pour tromper. Même argot [des voleurs].

Amandes de pain d’épice

s. f. pl. Dents noires et rares. Argot des faubouriens. L’expression a été employée par le duc de Grammont-Caderousse qui, le soir de la Ire représentation du Cotillon, au Vaudeville, avait cassé trois dents à un quidam.

Amandes de pain dépice

Grandes dents d’anglaise. Pour que rien ne se perde dans la langue métaphorique de l’argot, on appelle, par contre, « dents d’anglaise » les amandes de pain d’épice.

Amandes de pains d’épice

V. Dominos.

Amant

Nom que l’on donne, non pas à l’homme qui aime une femme, mais à celui qui la fout.

Un vieux monsieur millionnaire,
Remplaçant le prince Charmant
Rêvé par toute pensionnaire,
De Manette eût été l’amant.

A. Delvau.

Amant de carton

s. m. Amant sans conséquence, — dans l’argot des petites dames.

Amant de cœur

Greluchon, maquereau, homme qui, s’il ne se fait pas entretenir par une femme galante, consent cependant à la baiser quand il sait parfaitement qu’elle est baisée par d’autres que lui : c’est, pour ainsi dire, un domestique qui monte le cheval de son maître. Il y a cette différence entre l’amant simple et l’amant dit de cœur que le premier est un fouteur qui souvent se ruine pour sa maîtresse, et que le second est un fouteur pour lequel sa maîtresse se ruine quelquefois — quand il la fout bien. Aussi devrait-on appeler ce dernier l’amant de cul, le cœur n’ayant absolument rien voir là-dedans.

Amant de cœur

Les femmes galantes nomment ainsi celui qui ne les paie pas ou celui qui les paie moins que les autres. La Physiologie de l’Amant de cœur a été faite par Marc Constantin en 1842. Au dernier siècle, on disait indifféremment Ami de cœur ou greluchon. Ce dernier n’était pas ce qu’on appelle un souteneur. Le greluchon ou ami de cœur n’était et n’est encore qu’un amant en sous-ordre auquel il coûtait parfois beaucoup pour entretenir avec une beauté à la mode de mystérieuses amours.

La demoiselle Sophie Arnould, de l’Opéra, n’a personne. Le seul Lacroix, son friseur, très-aisé dans son état, est devenu l’ami de cœur et le monsieur.

(Rapports des inspecteurs de Sartines)

Ces deux mots avaient de l’avenir. Monsieur est toujours bien porté dans la langue de notre monde galant. Ami de cœur a détrôné le greluchon ; son seul rival porte aujourd’hui le non d’Arthur.

Amant de cœur

s. m. Jeune monsieur qui aime une jeune dame aimée de plusieurs autres messieurs, et qui, le sachant, ne s’en fâche pas, — trouvant au contraire très glorieux d’avoir pour rien ce que ses rivaux achètent très cher. C’est une variété du Greluchon au XVIIIe siècle. On disait autrefois : Ami de cœur.

Amant de cœur

L’homme aimé pour lui-même, par opposition à l’homme aimé pour son argent.

Amar, Amarre

Camarade, par abréviation, — dans le jargon des ouvriers. — Un amarre d’attaque, un ami dévoué.

Amarre

Colle. Piège.

Amarré

Allusion aux amarres qui fixent les bateaux sur la jetée, dans les ports. Amarrer quelqu’un, se l’attacher.
— J’ai amarré un chouette gonce qui casque tout le temps (Argot du peuple).

Amarrer

Attirer quelqu’un à soi.

On le dit peu causeur, mais je vais quand même tâcher de l’amarrer par du boniment pour savoir ce qu’il a dans le ventre (ce qu’il pense).

Amarris

Vieux mot hors d’usage signifiant matrice, employé dans un sens obscène pour désigner la nature de la femme.

Et madame qui perd l’attente
Ou. bien que donnent les maris,
Soupire de son amarris.

J. Grévin.

C’est ma maîtresse
Qui a mal à son amatrix.

(Ancien Théâtre français.)

Amateur

Homme s’occupant peu de son métier. — À l’armée revient surtout l’usage de ce mot. Un officier cultivant les lettres, les arts, les sciences même avec le plus grand succès, ne sera jamais qu’un amateur. Amateur sert aussi dans l’armée d’équivalent au mot de bourgeois. Un officier dira : Il y avait là cinq ou six amateurs ; comme un soldat ou un sous-officier dira : Il y avait là cinq ou six particuliers. Un clerc amateur travaille sans émoluments. Amateur : Rédacteur qui ne demande pas le paiement de ses articles. — 1826, Biographie des Journalistes.

Amateur

s. m. Bourgeois, — dans l’argot des troupiers.

Amateur

s. m. Homme du monde qui ne fait pas payer sa copie. Argot des gens de lettres.

Amateur

Mot à mot : amateur du beau sexe, entreteneur éphémère.

Si ce n’est pas sa femme (la femme du Sublime) qui est trop vieille et trop laide, c’est sa fille qui aura été vendue et que sa mère instruira dans l’art de rançonner l’amateur.

(Le Sublime.)

En peinture, en littérature, l’amateur est un monsieur à qui sa fortune permet de cultiver les beaux-arts sans chercher à en tirer un profit quelconque. — Travailler en amateur c’est, en style d’artiste, travailler peu et faire mauvais.

Amatiner (s’)

Se prostituer à tous les hommes comme une chienne chaude à tous les mâtins.

Amazone

Grec de race femelle.

Le grec de la classe moyenne, autrement dit le grec nomade,… travaille rarement seul ; il s’adjoint des compères appelés comtois et des auxiliaires féminins appelés amazones.

(Le Baccarat, 1881.)

Ambassadeur

Cordonnier.

Ambassadeur

Entreteneur d’une fille.

Ambassadeur

s. m. Cordonnier — dans l’argot des voyous. Se dit aussi pour souteneur de filles.

Ambassadeur

Cordonnier, — dans le jargon des voyous. (A. Delvau) — Souteneur bien vêtu. Le bal qu’ils fréquentent est d’ailleurs très connu sous le nom « d’ambassade. » — « Allons à l’ambassade » disent les artistes du quartier Pigalle qui veulent s’encanailler ou qui cherchent des sujets d’études immorales. — Autrefois c’était un « ambassadeur d’amour. »

C’est un ambassadeur d’amour.

(Molière, Georges Dandin.)

Ambes

s. f. pl. Les jambes — dans l’argot des voleurs, qui serrent de près une étymologie : αμφω en grec, ambo en latin, d’où ambes dans l’ancien langage français, — trois mots qui ont la même signification, deux : les jambes vont par paire.

Ambes

Jambes. — Suppression de la première lettre.

Ambier

Fuir.

Ambier

Courir.

Ambier

Fuir.

Ambier

Fuir.

Ambier

Fuir (Vidocq). — Du vieux mot amber : enjamber. V. Roquefort.

Ambier

v. n. Fuir, jouer des ambes.

Ambulante

Fille publique. Allusion aux marches et contremarches auxquelles ces demoiselles se livrent, avant de se livrer au public. Le mot remonte au siècle dernier.

Une belle soirée qu’elles étaient assises au pied d’un arbre, et interrogeaient les passants, s’ils voulaient s’amuser (c’est le terme technique avec lequel ces ambulantes expriment sous une image honnête l’acte de leur métier le plus malhonnête).

(Anecdotes sur la comtesse Du Barri, 1776.)

Ambulante

Fille qui va de cafés en cafés, tantôt à Montmartre tantôt à Grenelle. C’est généralement une fille rangée qui n’a pas de souteneur. Elle passe dans son quartier pour une laborieuse ouvrière qui va travailler au loin. Elle ne ramène jamais chez elle (Argot du peuple). N.

Amendier fleuri

Régisseur, dans le jargon des acteurs. Cet employé est chargé de distribuer les amendes ; d’où le jeu de mots.

Amener (s’)

Venir, se rendre à, — dans le jargon du peuple.

Amène-toi ce soir à ma boîte.

(Le Triboulet du 9 mai 1880.)

Amer

Bitter. Cette liqueur a le double désavantage d’être amère et corrosive.

Amère (la trouver mauvaise)

Les voleurs principalement trouvent toujours leurs condamnations amères. Synonyme de il faut avaler la pilule (Argot du peuple).

Américain

s. m. Compère du jardinier dans le vol appelé charriage.

Américain

Breuvage qui tient le milieu entre le grog et le punch.

Garçon ! un américain !

(Véron, Paris vicieux.)

Américain (l’)

Chemin de fer américain. Omnibus qui roule sur des rails ; le précurseur des tramways en France. L’Américain dessert encore les lignes du Louvre à Versailles, Saint-Cloud et Sèvres et la ligne de Rueil à Marly.

Américain (œil)

Œil investigateur. — L’origine du mot est dans la vogue des romans de Cooper et dans la vue perçante qu’il prête aux sauvages de l’Amérique.

Ai-je dans la figure un trait qui vous déplaise, que vous me faites l’œil américain ?

Balzac.

J’ai l’œil américain, je ne me trompe jamais.

Montépin.

Œil américain : œil séducteur.

L’œillade américaine est grosse de promesses, elle promet l’or du Pérou, elle promet un cœur non moins vierge que les forêts vierges de l’Amérique, elle promet une ardeur amoureuse de soixante degrés Réaumur.

Ed. Lemoine.

Américain (œil)

Œil auquel rien n’échappe. Dans une ronde des bagnes, on parle de cet œil américain qui fait le succès des charrieurs.

Pour être un voleur aigrefin il faut un œil américain. Pour détrousser un citadin, Ah ! vive un œil américain.

(Léon Paillet, Voleurs et Volés.)

Américain (œil)

Œil fascinateur. Dans le monde de la galanterie, longtemps l’Américain a passé pour avoir le double mérite de posséder de l’argent et d’être généreux. Lorsqu’un homme paraissait réunir les conditions de générosité requises, il ne manquait pas de plaire à ces dames qui lui trouvaient l’œil américain.

Oh ! voilà deux petites femmes qui s’arrêtent… Elles s’asseyent devant nous… La brune me fait un œil américain.

(Paul de Kock, Le Sentier aux prunes.)

Aujourd’hui, quand une femme dit à une autre : un tel a l’œil américain, traduisez : Méfie-toi, ou méfions-nous, c’est un floueur. Elles en ont tant vu de toutes les couleurs et de tous les pays, qu’elles ne croient plus ni aux Russes, ni aux Américains.

Américaine

Voiture découverte à quatre roues.

Une élégante américaine attend à la porte de l’hôtel Rothschild. Un homme fort bien mis y monte, repousse un peu de côté un tout petit groom, prend lui-même les guides et lance deux superbes pur-sang au galop.

Figaro.

Américaine

s. f. Voiture découverte à quatre roues. Argot des carrossiers.

Américaine (vol à l’)

Vol au change, un des vols les plus pratiqués à Paris, où il y a tant d’imbéciles à qui l’on fait accepter des rouleaux de plomb doré pour des rouleaux d’or, tant d’imbéciles qui se laissent prendre à des pièges encore plus grossiers.

Américaine (vol à l’)

Ce vol fut inventé par Hurand qui, en 1844, était détenu à la prison de la Force. On sait en quoi consiste ce vol qui est fréquemment pratiqué. Il a donné naissance au vol au charriage qui se divise en plusieurs catégories. (Argot des voleurs). V. Charriage.

Ami

Synonyme décent d’amant, qui est lui-même synonyme de fouteur.

Les autres qui auront plus de hâte et prendront des amis par avance pour en essayer…

Mililot.

Ami

Voleur émérite, d’après Balzac. Voleur qui professe un culte pour son métier, et ne met rien au-dessus du vol.

Amicablement

adv. Avec plaisir, affectueusement, de bonne amitié, — dans l’argot du peuple, dont les bourgeois auraient tort de rire. Je ne conseille à personne de cesser de prononcer amicalement ; mais je trouve qu’en prononçant amicablement, les ouvriers serrent de plus près l’étymologie, qui est amicabilis, amicable. Amicabilem operam dare, dit Plaute, qui me rend un service d’ami en venant ainsi à la rescousse.

Aminche

Ami.

Aminche

Ami. Quand deux voleurs sont associés ils sont aminches d’aff’. (Argot des voleurs).

Aminche

Ami, camarade.

Aminche

Ami.

Aminche d’aff

Complice.

Aminche, Amunche

Ami. Les voleurs disent encore avec re-doublement : Aminchemince, aminchemar, quand ils ne sont pas pressés. — Aminche d’aff, complice. Mot à mot, ami d’affaire. Dans le jargon des voleurs, affaire veut dire vol.

Aminches d’aff

Amis d’affaires. Un vol pour un voleur est une affaire, comme voler c’est travailler (Argot des voleurs).

Aminci

Elégant, à la mode, dans l’argot boulevardier. L’aminci a été le frère du boudiné ; tous deux n’ont fait qu’une courte apparition dans le jargon des précieux.

De jeunes amincis, à court de distractions, avaient eu l’intention de visser sur un tuyau de gaz… l’annonce en lettres de feu du bal à l’Elysée…

(Écho de Paris, février 1885)

Tous les soirs (dans la baraque d’un lutteur) au milieu d’horizontales de grande marque, au milieu d’amincis en frac et cravate blanche, il y a des luttes épiques.

(Univers illustré, juillet 1884.)

Aminge

Un ami.

Amiral

Couteau (argot de bagne).

Amis comme cochons

s. m. pl. Inséparables.

Amiteux

adj. Amical, aimable, doux, bon.

Amitié

Dans tout vocabulaire érotique, amitié est le synonyme d’amour. — C’est tout un petit drame intime et bourgeois, qui se joue à trois personnages ; la femme, le mari et l’amant. S’il en survient un quatrième, c’est l’ami de l’amant, qui, presque toujours, est à l’amant…

…Ce que l’amant est au mari.

Gavarni.

Amoché

Avoir reçu des coups ou en avoir donné.

Qu’as-tu sur la figure ? — J’ai été amoché.

Amoché

Abimé, blessé.

Amocher

v. a. Blesser, meurtrir. Argot des faubouriens. S’amocher la gueule. Se meurtrir mutuellement le visage à coups de poing.

Amocher

Donner des taloches ; pour moucher.

Amocher

Recevoir des coups. Quant ils laissent de fortes traces on dit que l’ami a été rudement amoché (Argot du peuple). V. Trinquer.

Amocher

Frapper.

Amocher quelqu’un

C’est lui laisser traces des coups qu’on lui a portés.

Amorcer

Préparer un vol ou se préparer à voler.

Amour

Sentiment de création moderne. Les anciens ne connaissaient que la fouterie, — ce que Théophile Gautier, un poète, a si fort à tort appelé un « sentiment ridicule accompagné de mouvements malpropres, » — et il était donné à notre génération, épuisée par tant de masturbations intellectuelles, d’inventer cette sinistre plaisanterie qui dépeuplerait promptement la terre, si les Auvergnats n’étaient pas là.

L’amour est une affection
Qui, par les yeux, dans le cœur entre,
Et par forme de fluxion
S’écoule par le bas du ventre.

Régnier.

Amour

Substantif des deux genres : échange de deux fantaisies ; privilège pour toutes les folies que l’on peut faire ; pour toutes les sottises que l’on peut dire. — On a de l’amour pour les fleurs, pour les oiseaux, pour la danse, pour son amant, quelquefois même pour son mari : jadis on languissait, on brûlait, on mourait d’amour ; aujourd’hui, on en parle, on en jase, on le fait, et le plus souvent on l’achète.

E. Jouy.

De son vit couturé de chancreuses ornières,
Pénétrer, chancelant, au fond d’un con baveux,
Mettre en contact puant les canaux urinaires,
De scrofules pourris, nous créer des neveux.
De spermes combinés faire un hideux fromage ;
Au fond de la cuvette, humide carrefour,
En atomes gluants voir le foutre qui nage…
Voilà l’amour !

Paul Saunière.

Amour

Aimable comme l’Amour.

Armée de son registre, elle attendait de pied ferme ces amours d’abonnés.

L. Reybaud.

Comme j’ai été folle de Mocker, quel amour de dragon poudré.

Frémy.

Amour d’homme

s. m. Homme dont raffolent les femmes — dans l’argot de Breda-Street, où M. Taine devrait bien aller faire son cours d’esthétique, car on y a des idées biscornues sur la beauté et sur l’amour.

Amour de

Charmant, ravissant, fait pour plaire.

Il portait un amour de redingote noire.

(J. Barbey d’Aurévilly, Les Diaboliques, 1874.)

Amour physique (l’)

Le seul amour, le véritable amour, celui des gens bien portants d’esprit et de corps, — enfin celui que prisent sérieusement toutes les femmes, même celles qui lisent le plus de romans.

En style énergique
Mon amour physique
S’explique.

Collé.

Amour platonique

L’amour ridicule par excellence, l’amour des poètes, des gens qui ont plus de cervelle que de queue, et qui aiment la femme à distance respectueuse parce que leurs moyens ne leur permettent pas de l’aimer plus près.

Je fais grand cas,
De l’amour pur et platonique,
Mais je n’en use pas.

Collé.

Amour socratique

La pédérastie, que Socrate pratiquait si volontiers à l’endroit — je veux dire à l’envers d’Alcibiade.

Amoureuse entreprise (l’)

L’acte vénérien.

Amoureux (papier)

Papier qui boit l’encre, — en terme d’imprimerie.

Amoureux de carême

Amoureux timide. Le peuple disait autrefois proverbialement : Amoureux de carême, qui a peur de toucher à la chair.

Amoureux des onze mille vierges

Jeune homme timide qui toutes les nuits couche, en imagination, avec toutes les femmes qu’il a rencontrées dans la journée, et, en réalité, avec la veuve Poignet, — qu’il a toujours sous la main.

Je n’ai jamais sérieusement aimé qu’une femme, la mienne ; et cependant, comme tous les jeunes gens, j’ai été amoureux des onze mille vierges.

A. François.

Amoureux larcin

La petite oie de la fouterie, la monnaie de la jouissance, — baisers dérobés, fesses pincées, etc.

Dans ses amoureux larcins,
Le papelard se rengorge ;
Quand sa main flân’ sur ma gorge,
Il dit qu’il ador’ les saints.

Jules Poinclou.

Amoureux transi

Baiseur plus chaud en paroles qu’en action, et qu’à cause de cela les femmes tiennent en maigre estime.

Il arrive de là que ceux qui aiment le plus, comme ces amoureux transis, sont ceux qui chevauchent le moins.

Mililot.

Ampasses

Draps de lits.

Amphibie

s. m. Ouvrier typographe qui est en même temps imprimeur ou correcteur.

Ampoigner

Saisir quelque chose.

Amunche

s. m. Ami, — dans l’argot des voleurs.

Amusatif

adj. Drôle, plaisant, amusant, — dans l’argot des faubouriens.

Amuser (s’)

Se branler.

Amuser à la moutarde (s’)

v. réfl. Se laisser distraire de son devoir ou de sa besogne par des niaiseries, des frivolités — dans l’argot du peuple, qui trouve sans doute que la vie pourrait se passer de ces condiments.

Amuser à la moutarde (s’)

Perdre son temps à des bêtises.

Grande colère du père Duchêne de voir les sans-culottes s’amuser à la moutarde.

(Le père Duchêne.)

Amuser un homme

Le faire jouir par tous les moyens connus et inconnus.

Dans mon bordel il vient souvent beaucoup de vieux,
Ce sont ceux-là, d’ailleurs, qui nous payent le mieux :
Sais-tu par quels moyens, petite, on les amuse, Et de quelle façon à leur égard on use ?

Louis Protat.

Amusette (faire l’)

Se peloter mutuellement en attendant le moment de baiser, ou après avoir baisé ; plus spécialement, se branler avec l’extrémité d’un membre viril, quand on est femme.

Lorsque nous avions couru quelques postes et que j’avais quelque peine à remonter sur ma bête, elle, qui n’était ni fatiguée ni rassasiée, s’emparait avec autorité de ma lavette et faisait l’amusette.

A. François.

Anandryne

Femme qui n’aime pas les hommes, ou au moins leur préfère les femmes pour se livrer au libertinage et à la fouterie. Sapho était anandryne ; elle avait un long clitoris et s’en servait comme un homme de son vit avec les femmes. Horace appelait Sapho mascula, femme mâle, femme hommesse, comme le dit Mirabeau dans son Erotika Biblion. Les Vestales à Rome, les Gymnopédistes à Sparte, instituées par Lycurgue, étaient anandrynes.

Anastasie

Nom donné par les journalistes au bureau de la censure littéraire. Les dessinateurs la représentent toujours une paire de ciseaux menaçants à la main, fer aussi cruel pour les œuvres de l’esprit que le rasoir du chanoine Fulbert pour l’amant infortuné de l’infortunée Héloise. — Un dessin de la Revue parisienne du 9 août 1877 représente une soirée chez Anastasie, avec cette légende :

Le domestique annonçant : MM. X., Y., Z., journalistes, dessinateurs. — Madame Anastasie (à un invité) : Soyez donc assez aimable pour voir si on a servi les glaces aux amendes et aux suspensions ?

Anchois

La verge d’un petit garçon, et même la queue d’un homme lorsqu’elle a des dimensions trop grêles, — par allusion à la gracilité de ce poisson.

Approche ton anchois, ton mignon… là.. bien… tu y es. Le sens-tu frétiller ?

Léon Sermet.

Anchois (œil bordé d’)

Œil aux paupières rougies et dépourvues de cils.

Je veux avoir ta femme — Tu ne l’auras pas. — Je l’aurai, et tu prendras ma guenon aux yeux bordés d’anchois.

Vidal. 1833.

Anchois (yeux bordés d’)

Yeux dont les paupières rougies et tuméfiées figurent des lanières d’anchois. Quand on a vu une fois de pareils yeux, on est dégoûté des anchois pour la vie.

Anchtibé

Arreté, mis en prison.

Tu connais le môme Bidoche, eh bien ! il a été anchtibé ce matin par les rousses.

Ancien

s. m. Élève de première promotion, — dans l’argot des Saint-Cyriens et des Polytechniciens.

Ancien

Élève de deuxième année ou de première division dans une école militaire. (Saint-Patrice.)

Ancien, conscrit

Élèves de première et de seconde promotion à l’École polytechnique ou à l’École de Saint-Cyr.

Ancienne

Ancienne maîtresse — C’est une ancienne.

Ancienne

Ancienne fille galante exerçant un commerce.

La propriétaire, une ancienne, fait la causette avec elle.

(F. d’Urville, Les Ordures de Paris.)

Certaines tables d’hôte souvent tenues par une ancienne.

(Idem.)

Andalouserie

s. f. Romance mi-cavalière, mi-sentimentale, comme on en chante dans les cafés-concerts, et où il est toujours question du « beau ciel de l’Andalousie », des « beaux yeux des brunes Andalouses », et où le héros s’appelle toujours Pedro et l’héroïne Paquita. Argot des bourgeois.

Anderlique

Homme dégoûtant, sale, malpropre, celui qui dit ou écrit des saletés. Allusion à l’anderlique, petit tonneau employé en vidange pour recevoir les résidus de la fosse. (Le Sublime.)

Andosse

Échine, dos.

Andosse

Échine, dos.

Andosse

Dos.

Andosse

Échine du dos.

Andosses

Epaules.

Andouille

Le membre viril, dont les femmes sont si friandes, — elles qui aiment tant les cochonneries !

De tout te gibier, Fanchon,
N’aime rien que le cochon ;
Surtout devant une andouille,
Qu’aux carmes l’on choisira,
Elle s’agenouille, nouille,
Elle s’agenouillera.

Collé.

Andouille

Personne molle, sans énergie (Vidocq).

Andouille

s. m. Homme sans caractère, sans énergie, — dans l’argot du peuple, qui emprunte volontiers ses comparaisons à la charcuterie.

Andouille

Personne sans énergie. Grand dépendeur d’andouilles, individu de haute taille, un peu sot. Les andouilles sont pendues au plafond. Il faut être grand pour les dépendre, et ce travail ne demande pas beaucoup d’intelligence.

Le grand dépendeur d’andouilles, qui l’endormait, a aussi disparu.

(Huysmans, Gaulois du 26 juin 1880)

Andouille des carmes (l’)

Le membre viril.

Andouille mal ficelée

Individu déguingandé. à la démarche traînante. Se dit surtout de quelqu’un mal habillé, ayant des allures ridicules. On dit aussi : mal fagoté (Argot du peuple).

Andouilles (dépendeurs d’)

On sait que les andouilles se pendent au plafond. Le peu d’élévation des planchers parisiens relègue en province ce terme, qui désigne un individu de grande stature.

Andrins

Culistes, hommes qui ne font aucun cas des charmes féminins et ne fêtent que des Ganymèdes.

Les andrins sont les jacobins de la galanterie ; les janicoles en sont les monarchiens démocrates, et les francs sectateurs du beau sexe sont les royalistes de Cythère.

(Diable au corps)

Androgyne

Pédéraste, qui réunit en lui les deux sexes puisqu’il sert de maîtresse aux hommes et d’amant aux femmes, — comme ce grand libertin de Jules-César, qui était le mari de toutes les femmes et la femme de tous les maris.

Androgyne (faire l’)

Baiser une femme, ce qui est proprement réunir les deux sexes en un seul.

Ane

Terme de relieur, boîte où tombent les rognures. Est-ce une allusion aux livres, qui, la plupart, contiennent tant d’âneries ?

Ane Camin

Terme de voleur pour nommer leur femme.

Ange gardien

s. m. Homme dont le métier — découvert, ou tout au moins signalé pour la première fois par Privat d’Anglemont — consiste à reconduire les ivrognes à leur domicile pour leur éviter le désagrément d’être écrasés ou dévalisés — par d’autres.

Ange gardien

Accompagnateur d’ivrognes. Avant l’annexion des anciennes barrières, un grand nombre de marchands de vin avaient attaché à leurs établissements « des anges gardiens » chargés d’accompagner les ivrognes à domicile, de veiller à leur sûreté et de leur éviter le désagrément d’être dévalisés par les voleurs au poivrier. Industrie disparue aujourd’hui.

Anges pissent (les)

Il pleut.

Anglais

Créancier.

Anglais

Noble étranger, fils de la perfide Albion ou de la rêveuse Allemagne, qui consent à protéger de ses guinées une femme faible — de vertu — pendant toute la durée de son séjour à Paris.

Amélie ne te recevra pas, Polyte : elle est avec son Anglais.

Watripont.

Anglais

Créancier. — Le mot est ancien, et nous sommes d’autant plus porté à y voir, selon Pasquier, une allusion ironique aux Anglais (nos créanciers après la captivité du roi Jean) que les Français se moquaient volontiers autrefois de leur redoutable ennemi. C’est ainsi que milord est employé ironiquement aussi. Nous en trouvons trace dans Rabelais.

Assure-toi que ce n’est point un anglais.

Montépin.

Et aujourd’hui je faictz solliciter tous mes angloys, pour les restes parfaire et le payement entier leur satisfaire.

Crétin.

Les anglais sont débarqués. — Dans une bouche féminine, ces mots sont un équivalent de : J’ai mes affaires V. ce mot. — L’allusion est sanglante pour ceux qui connaissent la couleur favorite de l’uniforme britannique.

Il est aussi brave
Que sensible amant,
Des Anglais il brave
Le débarquement.

Chansons, impr. Chastaignon, Paris, 1851.

Anglais

s. m. Créancier, — dans l’argot des filles et des bohèmes, pour qui tout homme à qui l’on doit est un ennemi.
Le mot est du XVe siècle, très évidemment, puisqu’il se trouve dans Marot ; mais très évidemment aussi, il a fait le plongeon dans l’oubli pendant près de trois cents ans, puisqu’il ne parait être en usage à Paris que depuis une trentaine d’années.

Anglais

s. m. Entreteneur, — dans l’argot des petites dames, qui donnent ce nom à tout galant homme tombé dans leurs filets, qu’il soit né sur les bords de la Tamise ou sur les bords du Danube. Elles ajoutent à leur manière des pages nombreuses à notre livre des Victoires et Conquêtes.

Anglais

Créancier. Avoir un tas d’anglais à ses trousses. Par suite d’une vieille antipathie de race, le débiteur a octroyé au créancier le surnom d’anglais, ennemi.

Anglais

Menstrues. Allusion à l’uniforme rouge des soldats anglais. — Avoir ses anglais. Les anglais sont débarqués.

Anglais

Terme de sport. On dit qu’un cheval a de l’anglais lorsque sa conformation se rapproche de celle du cheval anglais de pur sang.

Anglais

Créancier. Cette expression se trouve dans Marot, elle était tombée en désuétude lorsqu’elle revit le jour vers 1804. Napoléon Ier avait plusieurs commis attachés à un cabinet spécial. Il remarqua à différentes reprises que l’un d’eux arrivait depuis quelques matins, deux heures au moins avant ses collègues. L’empereur intrigué lui en demanda les motifs.
— Sire, répondit le commis c’est à cause des anglais.
— Je ne vous comprends pas.
— Sire, les anglais sont vos ennemis, mes créanciers sont les miens.
— Bien, fit l’Empereur, donnez m’en la liste, je vous en débarrasserai, comme moi des autres.
Le mot est resté et est employé fréquemment (Argot du peuple).

Anglais

Créancier.

Ne passons pas devant ce troquet, c’est un Anglais, je lui ai planté un drapeau.

Anglais ?

Penses-tu que les Boërs auront le dessus. — Mon cher, pas possible, les Anglais sont débarqués.

Anglais (avoir ses)

Avoir ses menstrues, à cause de la couleur rouge de cet écoulement, qui est aussi la couleur de l’uniforme anglais.

Puis de son corps couvrant ma mère,
Dans le sang des Anglais baigné,
Que de coups a tirés mon père
Dans la montagne où je suis né.

(Chanson anonyme moderne.)

Anglais (avoir ses)

Avoir ses menses, — dans l’argot des filles, qui font ainsi allusion à la couleur de l’uniforme des soldats d’Albion. Elles disent aussi : Les Anglais ont débarqué.

Anglais (ils débarquent)

Il est aussi brave, Que sensible amant. Des anglais il brave, Le débarquement. (Argot du peuple), V. Bande sur l’affiche.

Anglais ont débarqué (les)

Les menstrues ont fait leur apparition.

Il n’y a pas moyen ce soir, mon chéri : les Anglais ont débarqué.

Lynol.

Anglais, (voir les)

Époques de la femme.

Anglaise

s. f. Écot, part de chacun dans une affaire ou dans on dîner. Argot des saltimbanques. Faire une anglaise. Payer chacun son écot.

Anglaise

s. f. Jeu de gouapeurs qui consiste à jeter les sous de chacun et à garder pour soi les faces ; un second prend les piles qui restent et rejette, etc. Jouer à l’anglaise. Jouer aux sous.

Anglaise

Jeu de sous à pile ou face, jeu favori des voyous.

Anglaise (faire une)

Se cotiser pour aller boire bouteille chez le marchand de vin, — dans le jargon des ouvriers. — C’est ce que les Italiens appellent faire une Romaine, se régaler à la Romaine.

Anglaise (pisser à l’)

S’éloigner sous un prétexte quelconque et ne pas revenir.

Anglaise (s’esbigner à, pisser à l’)

Quitter une société sans rien dire à personne. Cela évite des salutations et des serrements de main qui n’en finiraient plus.

Angliche

Étranger. Après la restauration des Bourbons, les étrangers étaient des angliches pour le Parisien. — Homme dur.

Ça n’a pas de cœur, ce merlan-là, grommela-t-il, c’est un angliche.

(V. Hugo.)

Angluce

Oie. Tortiller de l’angluce, manger de l’oie.

Angluce

s. f. Oie, — dans l’argot des voleurs.

Angluce

Oie.

Angluce

Oie (Argot des voleurs). V. Ornichon.

Angluces

Oies.

Angluces

Oies.

Angluces

Oies.

Angora

Petit nom d’amitié que les filles donnent à leur con, à cause de son épaisse fourrure.

Flatte mon angora, cher ange, baise-le de tes lèvres : nous allons jouir.

J. Le Vallois.

Angoulème

Bouche, du vieux mot goule, gueule. — Se caresser l’angoulème, faire bonne chère.

Angoulème

La bouche (Argot des voleurs). V. Affamée.

Angoulême

Bouche.

Angoulême

Bouche.

Angoulême

s. f. La bouche — dans l’argot des voleurs, qui ont emprunté ce mot à l’argot du peuple, par corruption du verbe français engouler, avaler, et non, comme le voudrait M. Francisque Michel, par une allusion plus ou moins ingénieuse et plus ou moins fondée à la réputation de goinfrerie de la capitale de l’Angoumois.

Angoulême

Bouche.

Angoulême (l’)

La bouche.

Angoulême (l’)

La bouche.

Angrainer

Attirer quelqu’un dans une idée que l’on peut avoir, c’est l’angrainer. Autour des jeux de hasard dans les fêtes, il y a toujours des compères qui misent pour angrainer le jeu (le mettre en train) et engager les poires à faire de même.

Anguille

Ceinture (Vidocq). — Une ceinture de cuir noir gonflée d’argent ressemble assez à une anguille.

Anguille

s. f. Ceinture, — -dans l’argot des voleurs.

Anguille

s. f. Fouet à sabot, — dans l’argot des enfants.

Anguille

Mouchoir roulé en façon de fouet et dont se servent les enfants au jeu de l’anguille.

Anguille

Ceinture. Allusion à sa souplesse (Argot des voleurs).

Anguille

Ceinture.

Anguille de buisson

Couleuvre. Plus délicate, au dire des amateurs, que l’anguille de rivière, de même que le chat est plus aimable à l’estomac que le lapin domestique.

Anisette de barbillon

Eau.

Anisette de barbillon

Eau claire. On dit aussi sirop de canard.

Anisette de goujon

Eau.

Aniterge

Mouchoir (Argot des voleurs). V. Blavin.

Anneau d’Hans Carvel (l’)

Le con de la femme — dans lequel tout honnête homme doit mettre le doigt quand il n’y peut plus mettre la pine.

Une femme aimable est un anneau qui circule dans la société, et que chacun peut mettre à son doigt.

Sophie Arnould.

Chantons l’anneau du mariage,
Bijou charmant, bijou béni ;
C’est un meuble utile au ménage,
Par lui seul un couple est uni.
Avant quinze ans, jeune fillette
Veut que l’on pense à son trousseau,
Et qu’on lui mette, mette, mette,
Mette le doigt dans cet anneau.

Béranger.

Annoncier

Ouvrier typographe chargé de la quatrième page du journal, des annonces. Un bon annoncier est très apprécié.

Annuaire sous le bras (passer l’)

Quand un officier est promu à l’ancienneté, on dit qu’il passe l’annuaire sous le bras ou bien avec la protection de la veuve Berger-Levrault, laquelle est l’éditeur de l’annuaire.

(Fr. de Reiffenberg, La Vie de garnison, 1863.)

Anonchali

adj. Découragé, abattu par l’ennui ou le chagrin — dans l’argot du peuple, fidèle à la tradition du vieux langage.

Anquiller

Entrer, pénétrer.

Anquilleuse

Femme qui porte un tablier, pour cacher ce qu’elle vole chez les marchands.

Anquilleuse

Femme qui porte un tablier.

Anquilleuse

Femme qui porte un tablier pour cacher ce qu’elle vole.

Anquilleuse

Femme qui porte un tablier pour cacher ce qu’elle vole.

Anquilleuse

Voleuse des magasins de nouveautés. Elle cache les objets volés sous ses jupons, entre ses jambes ou quilles.

Anquilleuse, ou voleuse à la mitaine

Voleuse à la détourne qui s’attaque aux magasins de nouveautés. Habile à faire tomber un coupon d’étoffe, elle se sert de ses pieds, chaussés de bas en forme de mitaine, pour cacher la marchandise entre ses jambes, quilles, ce qui ne l’empêche ni de marcher, ni même de courir, quand elle sent la police à ses trousses.

Anquillons

Entrons.

Anse

s. f. Bras, — dans l’argot des faubouriens. Offrir son anse. Offrir son bras. Faire le panier à deux anses. Se promener avec une femme à chaque bras.

Anse

Bras.

Anse du panier (faire danser l’)

Gagner sur la dépense du ménage. L’expression remonte à l’an 1636. (La Response des servantes.) Faire danser est pris dans le sens de faire sauter, voler. C’est donc mot à mot : faire sauter une partie de l’argent destiné à l’achat des provisions que protège l’anse du panier.

Anses

s. f. pl. Oreilles, — parce qu’elles sont de chaque côté de la tête comme les anses de chaque côté d’un pot.

Anses

Oreilles.

Anses (panier à deux)

Homme qui se promène avec une femme à chaque bras. — De ce terme imagé découle l’expression offrir son anse : offrir son bras.

Anses (panier à deux)

Homme qui se promène avec une femme pendue à chacun de ses bras, et qui doit regretter de ne pas en avoir une troisième, tant il semble heureux et fier. Les militaires non gradés et nos bons villageois font souvent le panier à deux anses.

Anses de panier

Bras.

Anspezade

Élève de première classe à l’école de Saint-Cyr.

Antif

s. m. Marche, — dans l’argot des voleurs. Battre l’antif. Marcher. Signifie aussi Tromper, dissimuler.

Antif

Chemin, marche.

Antif (battre l’)

Espionner ; par altération pour antifle.

Je me défie maintenant des railles qui entrent ici pour battre l’antif.

(Imbert, À travers Paris-inconnu.)

C’est-à-dire mot à mot : fréquenter l’église, faire métier de cafard, de jésuite.

Antif ou antiffle

Marcher.
— Que fait la môme ?
— Elle bat l’antif pour dégoter un miché (Argot des souteneurs).

Antif, Antiffe

Chemin. — Battre l’antif, battre le pavé, le chemin. Au dix-huitième siècle, on disait dans le même sens : Battre la calabre, par altération pour calade, montée.

Antife

Marche.

Antifer

Synonyme de anquiller.

La lourde était bouclée, j’ai antifé de riffe.

Antifer

Entrer.

Antiffe

Marche.

Antiffe

Marcher. Batter l’antiffe, marcher vite.

Antiffe

Marche.

Antiffe

s. f. Église, — dans le même argot [des voleurs]. On dit aussi Antiffle et Antonne.

Antiffe

Église (Argot des voleurs). V. Antonne.

Antiffler

v. n. Se marier à l’église.

Antifle (battre l’)

Cafarder, espionner, faire le niais.

Antifle Antonne

Église, — dans l’ancien argot.

Antifler

Marier, — dans le jargon des voleurs.

Antifler, entifler

Marier (Vidocq). Vient du mot entifle : église. — Là se fait la célébration du mariage. Entifler est donc mot à mot : mener à l’église.

Ah ! si j’en défouraille, ma largue j’entiflerai.

Vidocq.

(entifle — antie).

Antifs

Chemin.

Antilfler

Marier.

Antilles

Testicules.

Antipather

Avoir de l’antipathie.

Pas une miette ! Je l’antipathe.

Gavarni.

Antipather

v. a. Avoir de l’aversion, de l’antipathie pour Quelqu’un ou pour quelque chose. Argot des lorettes et des bourgeoises. Le mot est de Gavarni.

Antique

s. m. Élève oui sort de l’École. Argot des Polytechniciens.

Antique

Personnage à idées arriérées, mis à la mode du temps jadis. L’opposé de moderne.

Antiquité

Vieille femme Au temps de sa jeunesse Théophile Gautier, en compagnie d’un de ses amis, se promenait dans le jardin des Tuileries. Il avisa une vieille femme vêtue d’une robe à ramages qui datait au moins du Directoire. Il s’approcha d’elle, le chapeau à la main.
— Madame, lui dil-il, je raffole des antiquités, voulez-vous me permettre de baiser le bas de votre robe ?
Elle répondit fièrement :
— Si monsieur veut embrasser mon cul, il a vingt cinq ans de plus que ma robe (Argot du peuple).

Antone

Eglise.

Antonisme

s. m. Maladie morale introduite dans nos mœurs par Alexandre Dumas, vers 1831, époque de la première représentation d’Antony, et qui consistait à se poser en homme fatal, en poitrinaire, en victime du sort, le tout avec de longs cheveux et la face blême. Cette maladie, combattue avec vigueur par le ridicule, ne fait presque plus de ravages aujourd’hui. Cependant il y a encore des voltigeurs du Romantisme comme il y a eu des voltigeurs de la Charte.

Antonne

Église (Vidocq). — Diminutif du vieux mot antie : église. V. Du Cange. On donne de même à l’église le nom de priante.

Antonne

Église. Du vieux mot : Antie (Argot des voleurs).

Antonneur

Voleur qui a la spécialité de dévaliser les églises. Il vole l’argent contenu dans les troncs à l’aide d’une baleine enduite de glu (Argot des voleurs).

Antony

« En 1831, après les succès d’Antony, les salons parisiens furent tout à coup inondés de jeunes hommes pâles et blêmes, aux longs cheveux noirs, à la charpente osseuse, aux sourcils épais, à la parole caverneuse, à la physionomie hagarde et désolée… de bonnes âmes, s’inquiétant de leur air quasi cadavéreux, leur posaient cette question bourgeoisement affectueuse : « Qu’avez-vous donc ? » À quoi ils répondaient en passant la main sur leur front : « J’ai la fièvre. » — Ces jeunes hommes étaient des Antonys. »

Ed. Lemoine.

Antony

s. m. Un nom d’homme qui est devenu un type, celui des faux poitrinaires et des poètes incompris.

Antroler

Emporter.

Antroler

Emporter (Vidocq). — Des mots entre roller : rouler ensemble. V. Du Cange.

Antroller

Emporter.

Antroller

Emporter.

Antroller

Emporter.

Anus (l’)

Le trou du cul.

Déferle ton entrecuisse,
Que j’ contemple
Le saint temple
De Vénus,
Et ton anus.

G. De La Landelle.

Apaiser

Assassiner.

Apascliner (s’)

v. réfl. S’acclimater, — dans l’argot des voleurs. (V. Paclin.)

Apascliner (s’)

S’acclimater. L’aminche s’apascline doucettement à bunobé (Argot des voleurs), N.

Apasqueliner, apaqueliner (s’)

S’acclimater.

Apéritive

Femme galante qui est à la grande demi-mondaine ce que la chrysalide est au brillant papillon. Comme son nom l’indique, l’apéritive fréquente d’ordinaire les grands boulevards, les cafés à la mode à la recherche de qui voudra bien lui offrir un rafraîchissement, un apéritif, comme on dit dans la langue boulevardière.

Le bal a été ouvert par une Hongroise superbe, encore à l’état d’apéritive… mais qui ne tardera pas à devenir une des étoiles les plus brillantes du firmament demimondain.

(Gil Blas, mai 1887.)

Apéro

Absinthe (d’apéritif).

Aphrodisiaques

Remèdes propres à tonifier, à roidir — momentanément — le membre qui a cessé d’être viril, par suite de maladies ou d’excès vénériens. Les stimulants les plus généralement employés sont les truffes, le musc, le phosphore, le safran et les cantharides.

Puis, ce sont encor des parfums
Aphrodisiaques en diable.

A. Delvau.

Apic

Ail.

Apic

s. m. Ail, — dans le même argot [des voleurs].

Apic

Ail.

Apic, Aspic

Œil, — dans le jargon des voleurs. C’est-à-dire as de pique, allusion de forme, si l’on veut.

Apiéceur

Ouvrier tailleur qui fait la grande pièce, c’est-à-dire le paletot, la redingote, l’habit.

Aplatir

Réduire au silence, confondre son contradicteur. Le superlatif est : Aplatir comme une punaise.

Aplomb (coup d’)

Coup vigoureux, tombant verticalement sur le but.

Sus c’coup là, je m’aligne.
L’gonse allume mon bâton,
J’allonge sur sa tigne
Cinq à six coups d’aplomb.

Aubert, chanson, 1813.

Ah ! fallait voir comme il touchait d’aplomb.

Les Mauvaises Rencontres, chanson.

Aplomber

v. a. Étonner, étourdir par son aplomb. Même argot [des voleurs].

Apollotte

Sain.

Apoplexie de templier

s. f. Coup de sang provoqué par une ingestion exagérée de liquide, capiteux. Argot du peuple.

Apoplexie de templier

Transport au cerveau par suite d’excès alcooliques. — Les templiers n’étaient pas précisément renommés pour leur sobriété. On a dit, pendant longtemps, boire comme un templier.

Apostrophe

Soufflet, coup de poing sur le visage. (Dict. : des homonymes, Hurtaut, 1775.)

Apothicaire

Pédéraste, ou sodomite ; homme qui se trompe volontairement de côté quand il est au lit avec une femme et qui l’encule au lieu de la baiser.

Jean, ce frotteur invaincu,
Au soir, dans une taverne,
Frottait Lise à la moderne,
C’est-à-dire par le cul.
Elle, qui veut qu’on l’enfile,
Selon sa nécessité,
Disait d’un cœur irrité
Qu’un clystère est inutile
À qui crève de santé.

(Le Cabinet satyrique.)

Apothicaire sans sucre

s. m. Ouvrier qui est mal outillé ; marchand qui est mal fourni des choses qui concernent son commerce.

Apôtre

Doigt (Vidocq). — Est-ce parce que les apôtres sont souvent représentés avec l’index levé ?

Apôtre

Doigt, — dans le jargon des voleurs. Les doigts ont la mission de dérober avec zèle.

Apôtre

Doigt.

Apôtre de l’anus

Pédéraste, ou seulement sodomite, — homme qui se plaît à envoyer (ἀποστέλλω) son sperme dans le vagin breneux d’un autre homme, de préférence au vagin naturel de la femme.

Ah ! Dans toute la chrétienté,
Il faut que la société
Envoie des missionnaires,
De saints apôtres de l’anus,
Qui, tirant les vits des ornières,
Prêchent l’Évangile des culs.

Collé.

Apôtres

Doigts.

Apôtres

Doigts.

Apôtres

Doigts.

Apôtres

Doigts.

Apôtres

s. m. pl. Les doigts de la main, — dans l’argot des voleurs, qui font semblant d’ignorer que les disciples du Christ étaient douze.

Apôtres

Les doigts (Argot des voleurs). V. Ministre de l’Intérieur.

Apôtres (les)

Les doigts des mains.

App (salon d’)

Salon d’Apollon.

Appachonner

Attirer.

Appachonner

Attirer à soi.
— J’ai appachonné unmorlingue dans la valade d’un goncier pendant qui baillait devant les sigues de la Boutanche d’un balanceur de braise (Argot des voleurs). N.

Appareiller

v. n. Sortir, se promener, — dans l’argot des marins.

Appas

Les beautés d’une femme qui excitent le désir de l’homme, — mais principalement ses tétons.

Ah ! Marion, malgré tes appas,
Non, non, je n’y survivrai pas.

Béranger.

Appas

Seins.

Madame fait des embarras,
Je l’ai vu mettre en cachette
Des chiffons pour des appas.

Matt., Chansons.

Appas

s. m. pl. Gorge de femme, — dans l’argot des bourgeois.

Appeler Azor

v. a. Siffler un acteur comme on siffle un chien. Argot des comédiens.

Appeler burque

Vomir. — Celui qui fait des efforts pour vomir prononce exactement burque.

Appétit (avoir)

Se sentir des démangeaisons amoureuses, être en disposition de baiser.

Te sens-tu en appétit ce soir ? — Un appétit énorme ! — Alors, allons à la Patte de chat.

Lemercier.

Applique

s. f. Partie de décors qui se place à l’entrée des coulisses, sur les portants. Même argot [des comédiens].

Appliquer la peau d’un garçon (s’)

S’introduire le membre viril dans le vagin.

C’est un grand soulagement d’être aimée, et je trouve, pour moi, que je m’en trouve mieux de la moitié depuis que je me suis appliqué la peau d’un garçon dessus.

Mililot.

Appliquer un homme sur l’estomac (s’)

Se laisser enfiler comme une perle par lui, la perle sur le dos, et l’homme sur la perle.

Et fût-il coiffeur ou laquais, d’aussi huppées que vous se l’appliqueront sur l’estomac sans lui demander ses preuves.

A. de Nerciat.

Apprenti

s. m. Premier grade de la maçonnerie symbolique.

Apprentif

s. m. Jeune garçon qui apprend un métier, — dans l’argot du peuple, fidèle à l’étymologie (Apprehendivus) et à la tradition : « Aprentif jugleor et escrivain marri, » dit le Roman de Berte.

Apprivoiser une fille

La dépuceler, — ce qui la rend naturellement moins sauvage.

Malgré les grands parents, malgré les fortes grilles,
Mon cher, je connais l’art d’apprivoiser les filles.

Léon Sermet.

Appuyé (être)

Avoir des relations intimes : appuyé à une femme.

Appuyer

v. a. et n. Abaisser un décor, le faire descendre des frises sur la scène. Argot des coulisses. (V. Charger.)

Appuyer

Faire monter un décor, — dans le jargon des machinistes.

Appuyer

Abaisser un décor, le faire descendre des frises sur la scène. A. D. Appuyer est pris dans un autre sens :
— Je vais m’appuyer six heures de chemin.
— Je vais m’appuyer ce vieux birbe sur l’estomac, quelle corvée !
— Je vais m’appuyer une chopine (Argot du peuple). N.

Appuyer

Prendre, s’offrir une chose.

J’ai faim ; voilà une belle côtelette que je vais m’appuyer. — Ma voisine est une belle fille que je voudrais bien m’appuyer.

Appuyer sur la chanterelle

v. n. Toucher quelqu’un où le bât le blesse ; prendre la cigale par l’aile : insister maladroitement sur une chose douloureuse, souligner une recommandation. Argot du peuple.

Appuyer sur la chanterelle

Répéter, insister de manière à agacer. Inutile d’appuyer sur la chanterelle, j’ai compris.

Après la panse, vient la danse

Vieux proverbe : Après la mangeaille, la fouterie.

Pour se mettre en humeur, il faut emplir la panse ;
Sans Cérès et Bacchus, Vénus est sans pouvoir ;
Un ventre bien guédé est plus prompt au devoir :
Après la panse, aussi, ce dit-on, vient la danse.

(Proverbes d’amour.)

Aquarium

Réunion de souteneurs. — Estrade d’un bal public de Paris qui leur est affectée.

Aquarium

Réunion de souteneurs.

Aquarium

Lieu où se réunissent les souteneurs. Allusion aux poissons. Aquarium : La Chambre des députés. Cette expression n’est pas très polie pour ces messieurs, qui assurément ne sont pas tous des poissons, mais comme elle est d’origine anarchiste, elle ne surprendra personne (Argot du peuple). N.

Aquarium

Débit ou établissement fréquenté par les souteneurs : aquarium à maquereaux.

Aquiger

Faire.

Aquiger

Faire. Il aquige le riflard : il fait le bourgeois.

Aquiger

Battre.

Aquiger

Prendre.

Aquiger

Palpiter. V. Coquer. Aquiger : Blesser, battre. — Aquiger les brèmes : Biseauter les cartes.

Aquiger

v. a. Prendre, — dans l’argot des faubouriens. Cependant ils disent plus volontiers quiger, et quelquefois ils étendent le sens de ce verbe selon la nécessité de leur conversation.

Aquiger

v. a. Battre, blesser, — dans l’argot des voleurs.

Aquiger

v. a. Faire, — dans le même argot [des voleurs]. Aquiger les brimes. Faire une marque aux cartes à jouer, pour les reconnaître et les filer au besoin.

Aquiger

Prendre, dérober. Faire. Blesser. Battre. Endommager.

Aquiger

Battre, blesser. On dit par corruption de celui qui est battu : il est attigé (Argot du peuple).

Aquiger

Prendre. Aquiger n’est pas le vrai mot, c’est quiger (Argot des voleurs).

Aquigeur

Voleur qui cherche querelle à un passant. Pendant qu’il le bat, un complice le dévalise proprement et lestement (Argot des voleurs).

Aquigeuses (les)

Les dents.

Aquilin (faire son)

Faire la mine. C’est-à-dire faire son nez aquilin.

Aquiquer

Faire.

Arabe

s. et adj. Homme dur, inexorable, — dans l’argot du peuple, qui se sert de cette expression depuis plus d’un siècle.

Arabe

Avare, usurier. (Hurtaut, dict. des homonymes. 1775.)

Araigne

Crochet en fer dont se servent les bouchers pour accrocher la viande. Primitivement ces crocs à plusieurs branches avaient la forme de pattes d’araignées.

Araignée

Faire patte d’araignée. Action de prendre les couilles et le vit de l’homme de manière à chatouiller le tout à la fois en allant de la tête du vit au périnée et au trou du cul, de haut en bas, à droite et à gauche et retour, en y joignant des coups de langue au filet du vit décalotté, le tout jusqu’à jouissance complète. — Voir patte d’araignée.

Araignée

Voiture montée sur roues très-hautes et pourvue seulement d’un siège. Elle a des airs de faucheux ; d’où son nom. Elle sert spécialement aux maquignons pour essayer les chevaux.

Araignée

Vélocipède à deux roues dont l’une, celle de devant, est très grande, et l’autre, celle de derrière, d’un diamètre très petit.

Araignée dans le plafond

Une personne détraquée a une araignée dans le plafond.

Araignée dans le plafond (avoir une)

Être fou. Le cerveau serait ici le plafond et la monomanie y tendrait ses toiles.

Araignée dans le plafond (avoir une)

Extravaguer par instant. Le plafond figure le crâne ; l’araignée y file sa toile et empêche les idées de sortir claires et nettes.

Araignée dans le plafond (avoir une)

Synonyme de loufoque. Avoir la cervelle détraquée (Argot du peuple).

Araignée de bastringue

Fille qui tend ses toiles dans les bals publics ; (Riche-en-gueule ou le nouveau Vadé 1824.) Les voyous d’aujourd’hui appellent les filles qui raccrochent : des araignées de pissotière. Quœrens quem devoret.

Araignée de comptoir

Mercier, — dans le jargon des couturières. Le mercier est toujours blotti derrière son comptoir comme l’araignée derrière sa toile. Envoyer le rouffion chez l’araignée de comptoir.

Araignée de trottoir

Boutiquier en plein vent, camelot.

Il (le promeneur) a fait aux araignées de trottoir une rente qui, suivant la position, varie de 10 sous à 10 francs par jour.

(Estafette, 1881.)

Arbalete

Croix.

Arbalète

Le membre viril, probablement par jeu de mots, parce qu’on bande, — à moins qu’on ne dise bander que parce qu’on appelle la pine une arbalète destinée à blesser la femme au ventre.

Bandez votre arbalète, mon doux ami, et visez-moi dans le noir.

E. Durand.

Arbalète

Croix de cou, bijou de femme (Vidocq). — Allusion à la ressemblance d’une arbalète détendue avec une croix.

Arbalète

s. f. Croix de femme, dite à la Jeannette. Argot des voleurs. Arbalète d’antonne. Croix d’église. Ils disent aussi Arbalète de chique, arbalète de priante.

Arbalète

Croix à la Jeannette, qui est devenue plus tard la fameuse croix de ma mère dont les dramaturges ont fait une consommation effrayante. (V. les œuvres complètes de M. Dennery.)

Arbalète

Croix de col.

Arbalète de chique, d’antonne, de priante

Croix d’église, — dans le jargon des voleurs.

Arbi

Arabe, — dans le jargon de nos soldats d’Afrique.

Eh l’arbi ! combien ta viande ?

(Ant. Camus, Les Bohèmes du drapeau.)

Arbif

En colère.

Arbif

s. m. Homme violent, en colère, qui se rebiffe. Même argot [des voleurs].

Arbif

En colère.

Arbouteaux de Sabri

Sabot de bois.

Arc-en-ciel (faire l’)

Argot des Grecs.

J’ai fait l’arc-en-ciel. — Qu’entendez-vous par là ? — Je vous ai jeté les cartes très loin, d’une façon négligée avec une sorte de désinvolture. Lancées ainsi, elles ont décrit un cercle et j’ai pu les voir lorsqu’elles sont arrivées à leur point culminant.

(Belot : Le Roi des Grecs.)

Arcasien

Malin, — dans l’ancien argot.

Arcasien

Malin.

Arcasien

Voleur au trésor caché.

Arcasien ou Arcasineur

s. m. Voleur qui se sert de l’arcat pour escroquer de l’argent aux personnes timides autant que simples. On dit aussi Arcase.

Arcasien, sineur

Celui qui monte un arcat.

Arcasineur

Mystificateur doublé d’un filou. Se dit aujourd’hui de celui qui exerce la mendicité à domicile.

Arcasineur

Mendiant à domicile.

Arcasineur

Voleur au trésor caché. Le voleur se nomme arcasien parce qu’il procède au moyen d’une lettre (arcat) écrite d’une prison quelconque à l’individu qu’il s’agit d’escroquer. L’arcat indique généralement un trésor caché à l’étranger. Des naïfs mordent toujours dans l’espoir d’un gros gain (Argot des voleurs).

Arcat

s. m. Escroquerie commise au moyen de lettres de Jérusalem. (V. ce mot.)

Arcat (monter un)

Écrire de prison à un provincial, et lui demander une avance sur un trésor enfoui dans son pays et dont on promet de lui révéler la place. La lettre qui sert à monter l’arcat s’appelle lettre de Jérusalem, parce qu’on l’écrit sous les verrous de la Préfecture. Vidocq assure qu’en l’an VI, il arriva de cette façon plus de 15.000 fr. à la prison de Bicêtre. Vient d’arcane : mystère, chose cachée.

Arcat (monter un)

Mystifier dans le but de voler. — Il y a une dizaine d’années, plusieurs personnes reçurent des lettres d’arcat, écrites par des prisonniers espagnols et dans lesquelles, en retour d’une certaine somme, on s’engageait à révéler l’endroit où l’impératrice Eugénie, en quittant la France, avait caché ses bijoux. Arcat vient d’arcane, mystère.

Cette fois c’est Midhat-Pacha qui, exilé, avant de s’embarquer pour Brindisi, confia à l’auteur de la lettre, son prétendu secrétaire, une cassette contenant une dizaine de millions. C’est toujours le même roman de la cassette enterrée, des plans qui serviront à la retrouver et qui sont dans une malle saisie qu’il faut dégager et qui exige une certaine somme qu’on demande aux destinataires. de la lettre.

(Petit Journal du 14 sept. 1878.)

L’arcat ou lettre de Jérusalem était pratiquée au XVIIIe siècle, avec tout autant de succès que de nos jours. Nous en trouvons un exemple relaté dans le Paris métamorphosé de Nougaret, (an VII.)

Arcat (monter un)

Écrire de prison à une dupe, une Lettre de Jérusalem pour demander une avance d’argent sur un prétendu trésor enfoui dont on promet de révéler la place.

Arcavot

Mensonge, — dans le jargon des marchands juifs. — Il est probable que l’arcat des voleurs vient d’arcavot. Il se sera rencontré un voleur de juif qui aura propagé le mot.

Arche (aller à l’)

Être en quête d’argent, courir après des débiteurs récalcitrants.

Arche (aller à l’)

Chercher de l’argent.

Arche (aller à)

Chercher de l’argent (Vidocq) — Du vieux mot arche (armoire secrétaire) qui a fait archives. Le secrétaire sert de coffre-fort aux particuliers.

Arche (fendre l’)

Importuner.

Arche de Noé

s. f. L’Académie française, — dans l’argot des faubouriens, qui ne se doutent pas qu’ils se permettent une impertinence inventée par Claude Le Petit, un poète brûlé en Grève pour moins que cela.

Archi-suppot

Docteur.

Archi-suppôt de l’argot

s. m. Docteur ès filouteries.

Archicube

Ancien élève de l’École normale.

Monsieur, vous êtes mon archicube et je vous dois le respect. J’explique, pour les profanes, ce terme rébarbatif : vous êtes entré à l’École plus de trois ans avant moi.

Archipointu

s. m. Archevêque. — dans l’argot des voleurs, qui ont trouvé plaisant de travestir ainsi le mot archi-épiscopus.

Arco

Avare (Argot des voleurs). V. Grippe-sous.

Arçon

Avertissement.

Arçon

Signe de reconnaissance entre voleurs qui consiste à cracher fortement à terre ou à courber le pouce de la main droite sur la joue de façon à figurer un c ou petit arc.

Arçon, accent

Signe d’alerte convenu entre voleurs. Du temps de Vidocq (1837) c’était un crachement et un C figuré à l’aide du pouce droit sur la joue droite. — Vient d’arçon : archet, petit arc. V. Roquefort. — La courbe du C représente bien la forme d’un arc. — Accent nous paraît de même une allusion au son du crachat.

Arçonner

Prévenir, tàter, fouiller, frapper.

Arçonner

Faire parler.

Arçonner

v. a. Parler à quelqu’un, l’apostropher, le forcer à répondre. Argot des voleurs.
Pierre Sarrazin avait déjà employé ce mot dans le même sens, en l’écrivant ainsi : arresoner ; je l’ai cherché en vain dans les dictionnaires. D’un autre côté, les voleurs disent : Faire l’arçon, pour signifier : Faire le signal de reconnaissance ou d’avertissement, qui est, paraît-il, le bruit d’un crachement et le dessin d’un C sur la joue droite, près du menton, avec le pouce de la main droite.

Arçonner

Faire parler. Faire l’arçon.

Arçonner une lourde

Frapper à une porte.

Arçonneur

Voleur qui fait le guet.

Arçonnier

Celui qui donne le signal de l’alarme convenu entre les voleurs. Au temps de Vidocq, le C figuré à l’aide du pouce sur la joue droite signifiait : prenez-garde voilà la rousse (Argot des voleurs).

Arcpincer

Arrêter quelqu’un. — Pincer au demi-cercle est très usité dans le même sens. Il est à remarquer qu’arc et demi-cercle sont presque synonymes et qu’ils paraissent dériver de la même image.

Arcpincer ou Arquepincer

v. a. Prendre, saisir quelqu’un ou quelque chose. Argot des faubouriens.

Ardants (les)

Les yeux.

Ardent

s. m. Chandelle, — dans l’argot des voleurs, qui ont emprunté cette expression, avec tant d’autres, à l’argot des Précieuses.

Ardent

Chandelle, — dans l’ancien argot. — Ardents, yeux.

Ardent

Chandelle, lumière. L’œil.

Ardents

Yeux. — Dict. d’argot moderne, 1844. — Le verbe allumer entraînait naturellement ce substantif.

Ardents

s. m. pl. Les yeux, — dans le même argot [des voleurs].

Ardents

Les yeux (Argot des voleurs).

Ardents (les)

Les yeux.

Ardillon

Le membre viril, soit parce qu’il pique, soit parce qu’il brûle.

Au lieu de sentir lever son ardillon, il se sentait plus froid qu’à l’ordinaire.

D’Ouville.

Je sens ton ardillon… Ah ! je le sens… Chien ! chien ! tu me brûles…

Baron Wodel.

Ardoise

Tête. — Chapeau. — Se fourrer dans l’ardoise, se mettre dans la tête.

Ardoise

Tête. Chapeau.

Ardoise (avoir l’)

Avoir un compte ouvert dans une gargote, chez un marchand de vin, où le grand-livre est représenté par une planche d’ardoise.

Ardoise (boire à l’)

Il existait autrefois un marchand de vin à la barrière Montparnasse ; le patron ne sachant ni lire ni écrire, les clients marquaient eux-mêmes leurs dépenses sur une ardoise à l’aide d’un morceau de craie. Un jour le brave homme s’aperçut que les consommateurs s’entendaient, et que le dernier qui marquait effaçait avec sa manche, comme par mégarde, les comptes précédents. Il coupa le crédit, mais l’expression de boire à l’ardoise est restée (Argot du peuple). V. Marquer à la fourchette. N.

Argagnasses

Voir anglais.

Argent mignon

s. m. Argent destiné à satisfaire des curiosités ou des vanités, — dans l’argot des bourgeoises, à qui le superflu est nécessaire, et qui, plutôt que de s’en passer, le demanderaient à d’autres qu’à leur mari.

Argomuche

Argot.

Argonji

Argot. Le vrai mot est argoji, mais le mot le plus moderne est arlogaille.

Argot

Bête.

Argot

s. m. Imbécile, — dans le langage des voleurs.

Argot, arguche

Diminutifs d’argue. Ruse, finesse. V. Roquefort. — L’argot n’est en effet qu’une ruse de langage. V. Truche.

Argoté

Homme qui connaît l’argot.

Argoté

Qui se croit malin.

Argoté

Qui se croit malin et qui est dupe.

Argoter

Parler argot. Argotier, celui qui connaît et parle l’argot comme un académicien est censé connaître et parler la langue française.

Argoter

Parler argot.

Argoter

Parler argot.

Dévidez-vous l’argoji.

Argoteur

Celui qui parle l’argot comme certains faiseurs de romans font parler leurs personnages.

Argotier

s. m. Voleur, — dont l’argot est la langue naturelle.

Argousin

Contre-maître, — dans le jargon des ouvriers qui comparent l’atelier à une galère.

Argousin

Policier. Gardien de prison ou du bagne. Contremaître.

Arguche

Argot. Jaspiner arguche, parler argot.

Arguche

s. m. Argot. Arguche, arguce, argutie. Nous sommes bien près de l’étymologie véritable de ce mot tant controversé : nous brûlons, comme disent les enfants.

Arguche

Argot, avec changement de la dernière syllabe.

Arguche

Niais, — dans le jargon des voleurs.

Arguche, argot

Niais.

Arguemine

Main.

Je mets l’arguemine à la barbue.

Vidocq.

Arguemine

s. f. Main, — dans l’argot des voleurs.

Argument

Pousser un argument naturel et irrésistible ; c’est-à-dire une déclaration d’amour, sous la forme d’un bon vit — dans un bon con, qui ne trouve rien à redire à cela.

Sans brusquer une fillette,
Moi j’attends patiemment
Qu’elle soit bien en goguette
Pour pousser mon argument.

E. C. Piton.

Arguse

Argot.

Aria

Embarras, obstacle, étalage de toilette. En patois champenois haria signifie tapage.

Aristo

Aristocrate.

C’est vrai ! tu as une livrée, tu es un aristo.

D’Héricault.

Aristo

s. des deux g. Apocope d’Aristocrate, qui, depuis 1848, signifie Bourgeois, Réactionnaire, etc., — dans l’argot des faubouriens, qui ne se doutent pas que ce mot signifie le meilleur, l’excellent, άρίστοσ. Ils disent aristo pour aristocrate, comme sous la Fronde les pamphlétaires disaient Maza pour Mazarin.

Aristo

Aristocrate — Pour l’ouvrier, un aristo est le monsieur qui porte des gants gris-perle ; pour le voyou, c’est l’ouvrier qui se paye un cigare de dix centimes ; pour le pégriot, c’est le voyou qui vient de ramasser un cigare à moitié fumé.

Aristoffe (l’)

Maladie honteuse, dans l’argot des filles et de leurs souteneurs. — Le mot viendrait-il de l’italien arista, épine ? ou du grec ἄριστος, la meilleure — des maladies — ou la maladie des aristos ?

J’en ai eu quatorze depuis celle-là, et de toutes couleurs, car quoi qu’en disent les malins, les aristoffes se suivent et ne se ressemblent pas.

Lemercier de Neuville.

Arlequin

Rogatons achetés aux restaurants et servis dans les gargotes de dernier ordre.

C’est une bijoutière ou marchande d’arlequins. Je ne sais pas trop l’origine du mot bijoutier ; mais l’arlequin vient de ce que ces plats sont composés de pièces et de morceaux assemblés au hasard, absolument comme l’habit du citoyen de Bergame. Ces morceaux de viande sont très copieux, et cependant ils se vendent un sou indistinctement. Le seau vaut trois francs. On y trouve de tout, depuis le poulet truffé et le gibier jusqu’au bœuf aux choux.

Privat d’Anglemont.

Arlequin

s. m. Plat à l’usage des pauvres, et qui, composé de la desserte des tables des riches, offre une grande variété d’aliments réunis, depuis le morceau de nougat jusqu’à la tête de maquereau. C’est une sorte de carte d’échantillons culinaires.

Arlequin

Épaves de victuailles recueillies pêle-mêle dans les restaurants, dans les grandes maisons, et débitées aux pauvres gens. La variante est : Bijou.

En effet, c’est une chose affreuse que les arlequins… une chose affreuse, puisqu’elle a empoisonné deux hommes, la semaine dernière, l’un en vingt-quatre heures.

(Le Titi, du 17 janv. 1879.)

Ça un arlequin, la petit’ mère ! vous vous foutez de moi… c’est tout au plus du dégueulis.

Arlequin

Reste de victuailles des maisons bourgeoises et des restaurants.

Arlequin

Rogatons divers ramassés dans les restaurants et vendus dans les marchés aux malheureux ; arlequin, parce que du poisson peut être mêlé avec du lapin ou autres victuailles.

Arlequins

Détritus de toutes sortes de mets que les cuisiniers des restaurants vendent à des marchandes des Halles. Ces débris sont triés avec soin, et elles en font des assiettes assorties que les malheureux achètent un ou deux sous. Cette expression vient de l’habit d’Arlequin, qui est composé d’étoffes de différentes couleurs (Argot du peuple).

Arlequins

Débris d’aliments mélangés.

Arlogaille

Argot.

Arme à gauche (passer l’)

Mourir, militairement parlant. Aux enterrements, le soldat passe l’arme sous le bras gauche.

Toute la famille a passé l’arme à gauche.

Lacroix, 1832.

Il a reçu une volée que le diable en a pris les armes : Il a reçu une volée mortelle, telle que le diable aurait pu emporter son âme. — arme est souvent pris pour âme au moyen âge.

Arme à gauche (passer l’)

Mourir, — dans le jargon des troupiers.

Arme à gauche (passer l’)

Mourir.

Arme de l’homme (l’)

Son outil à génération, avec lequel il blesse souvent les femmes, — heureuses d’être ainsi blessées.

À ces mots me relevant,
Plus dispos qu’auparavant,
Je me saisis de mon arme.

(La France galante.)

Elle me rappelait le tambour de ma compagnie à astiquer et fourbir ainsi mon arme.

Lemercier.

Armée roulante

Chaîne de forçats.

Armée roulante

s. f. La chaîne des forçats, — supprimée depuis une cinquantaine d’années.

Armoire

Havresac. N’était-ce pas, en effet, le seul meuble mis autrefois à la disposition du soldat ?

Armoire

Bosse. Havre-sac.

Armoire

Au revoir.

Je m’en vais, armoire, à bientôt.

Armoire à glace

Quatre d’un jeu de cartes.

Armoire à glace

Sac du troupier (Argot du troupier). V. As de carreau.

Armoire à poils

Sac de soldat d’infanterie.

Armoire à richer

Le ventre. Allusion aux matières fécales que contiennent les intestins (Argot du peuple).

Armone

Celui qui n’est pas content, qui parle fort et s’emporte, fait de l’armone.

Arnac (donner de l’)

Tricher.

Arnache

Tromperie (Vidocq). — Du vieux mot harnacher : tromper.

Arnache

s. m. Agent de police, — dans l’argot des voleurs.

Arnache

s. f. Tromperie, trahison, dans l’argot des voyous. À l’arnache. En trompant de toute manière. Être à l’arnache. Être rusé, tromper les autres et ne jamais se laisser tromper par eux.

Arnache

Agent de police. A.D. Arnache : trompeur. (L. L.) Les voleurs disent : Arnaque. Cette expression vient du vieux mot français : harnacher ; il est employé, sans doute, par les voleurs, parce que les agents les harnachent en les ligottant, soit avec les alliances, soit avec le cabriolet (Argot des voleurs).

Arnache, Arnac

Tromperie. Jouer l’arnache, duper.

Arnache, Arnac

Agent de police, — dans le jargon des voleurs.

Arnache, arnac, arnacle

Agent de police. Jouer l’arnacle, duper.

Arnacher

Maquiller un objet.

Arnaque

Agent de sûreté.

Arnaque

Nom d’un jeu qui se joue sur la voie publique et sur les boulevards extérieurs ; il est connu également sous le nom de tourne-vire. Ce jeu consiste en une roue posée à plat sur un pivot, la table est composée de trois planches mobiles, supportées par deux tréteaux ; ces planches sont recouvertes d’une toile cirée ; cette toile est divisée en carrés qui forment cases, ces cases se distinguent par des emblèmes différents, les quatre rois : trèfle, cœur, pique et carreau, une ancre, un cœur, un dé et un soleil. Les joueurs misent sur une case, la roue tourne et celui qui gagne reçoit dix fois sa mise. En évidence, sur la table, il y a des paquets de tabac, des cigares, des pipes et autres objets, mais c’est pour la frime, le tenancier du jeu paie le gagnant en monnaie. Ce jeu est un vol. Autour de la table, il y a toujours deux ou trois engayeurs, ils sont de préférence à chaque bout (la table est un carré long) ; au moment ou la plume va s’arrêter sur une case, par un mouvement imperceptible, un des engayeurs s’appuie sur la planche mobile du milieu, la plume dévie et le tour est joué ; si c’est un engayeur qui gagne, il partage avec ses complices (Argot des camelots). N.

Arnaque

Veut dire truc. Les jeux de hasard tels que : La boule Orientale, le billard à cheminée, le billard américain, la jarretière, la ratière, le malo ou mal au ventre, sont arnaqués parce qu’il y a des trucs qui empêchent de gagner.

Arnaque (l’)

La police.

Arnaquer

Abimer, recevoir ou donner des coups, machiner quelque chose.

Arnau

Mauvaise humeur.

Arnau

s. m. Mauvaise humeur, — dans l’argot des voleurs et des faubouriens. C’est une contraction de Renauder.

Arnau

Braillard, individu qui se répand en criailleries, dès qu’il s’aperçoit qu’on veut lui faire du tort, qui renaude, dans le jargon des voyous. C’était, autrefois, le pante arnau, la dupe braillarde et récalcitrante. — Pourquoi avez-vous assassiné cet homme ? — Dame ! mon président, il était aussi par trop arnau.

Arnaud

Être en colère ; celui qui n’est pas content est arnaud.

Arnelle

n. de l. Rouen, — dans l’argot des voleurs.

Arnellerie

s. f. Rouennerie.

Arnif

Police.

Arpagar

n. de l. Arpajon, près Paris, — dans le même argot [des voleurs].

Arpe

Doigt.

Arpenter (le trimar, la cambrouse)

Courir (la campagne, le grand chemin).

Arpenter le terrain

Courir vite.

Arpète

Apprenti, — dans le jargon des ouvriers. Par altération d’arpente. L’apprenti, en effet, est toujours par monts et par chemins. Il arpente l’atelier et les rues, à ses moments perdus, quand on ne l’emploie pas à des travaux qui le voueront plus tard à l’orthopédiste et au fabricant de bandages.

Arpète

Apprenti.

Arpète

Apprenti.

Arpette

Apprenti de n’importe quel métier. Ce mot se prend aussi dans le sens de petit, moufflet, diminutif de moutard (Argot du peuple).

Arpette

Apprenti.

Arpion

Pied.

Arpion

Pied. — C’est le vieux mot arpion : griffe, ongle (Lacombe). On a dit arpion comme on dit pattes.

J’aime mieux avoir des philosophes aux arpions.

E. Sue.

Arpion

Argot des chiffonniers.

Arpion

Pied. D’arpion, griffe ; d’où harponner. Plomber des arpions, sentir mauvais des pieds.

Arpion

Pied. C’est aussi le nom de l’argot des chiffonniers.

Arpions

s. m. pl. Les pieds de l’homme, considérés — dans l’argot des faubouriens — comme griffes d’oiseau, à cause de leurs ongles que les gens malpropres ne coupent pas souvent.

Arpions

Vieille expression qui veut dire : pieds. Jean Hiroux disait au président des assises :
— Je demande qu’on fasse sortir le gendarme, il plombe des arpions.
— Gendarme, répondit le président, remuez vos pieds dans vos bottes d’ordonnance. Prévenu, la punition commence (Argot des voleurs).

Arpions

Les pieds.

Arpions (les)

Les doigts.

Arpions (les)

Les pieds.

Arpions (les)

Les pieds.

Arquepincer

Arrêter.

Arquepincer

Prendre, saisir.

Arquepincer

Dérober adroitement. — Prendre, surprendre avec adresse. — Un voleur arquepince un porte-monnaie, un agent survient qui arquepince le voleur.

Arquepincer

Dérober très adroitement. Arrêter le voleur de même.

Arquepincer

Prendre, arrêter.

Arquer (s’)

Se courber en vieillissant. Argot du peuple.

Arracher du chiendent

Chercher pratique.

Arracher du chiendent

v. n. Chercher pratique, ou plutôt victime, — dans l’argot des voleurs, qui n’exercent ordinairement que dans les lieux déserts.

Arracher du chiendent

Attendre en vain en plein air. — Le Don Juan de comptoir qui, les pieds dans la boue, attend sa belle pour calmer les élans de l’amour, le voleur qui, au coin d’une rue, attend une pratique convenable pour calmer les élans de la faim, arrachent, l’un et l’autre, du chiendent. Le trop confiant créancier, qui attend chez lui la visite d’un débiteur, arrache du chiendent en chambre.

Arracher du chiendent

Attendre vainement.

Arracher son copeau

C’est le to leacher des Anglais, qu’il ne faudrait pas croire spécial aux menuisiers, — parce qu’il n’y a pas que les menuisiers qui sachent se servir du rabot que la nature a placé au ventre de tous les hommes.

Arracher son copeau

v. a. Travailler courageusement, faire n’importe quelle besogne avec conscience. Argot des ouvriers.

Arracher son pavé

Faire l’acte vénérien, — à cause de l’effort que cela exige sans doute.

Oui, c’est ainsi toutes les fois que j’arrache mon pavé avec une demoiselle.

Lemercier de Neuville.

Arracher un pavé

Se livrer au travail d’Onan, — dans le jargon des voyous.

Arracher un pavé

V. Rouscailler.

Arracher un pavé

J’avais un vieil ami de 70 ans qui me disait : Mon cher Rossignol, quand je pouvais, je n’avais pas le temps ; maintenant que j’ai le temps, je ne peux plus.

Arracheur de chien-dent

Voleur qui cherche une occasion de voler (Argot des voleurs).

Arrangée (être)

Être baisée.

Ah ! monsieur, je suis saccagée !
Vous n’en viendrez jamais à bout !
La comtesse était arrangée,
Et criait encor d’un ton doux :
Arrangez-vous.

Collé.

Arrangemaner

Tromper, duper. Le grec arrangemane sa dupe en la dépouillant de tout son argent. Arrangemaner aux petits oignons, duper d’une manière tout à fait hors ligne. — Arrangemaner un aminche, trahir un camarade.

Arrangemaner

Tromper, duper.

Arrangemann

Arranger. Arranger quelqu’un en lui faisant faire une opération ruineuse. Les grues arrangent les pantes. Une femme arrange un homme en lui communiquant un mal vénérien. On arrange un homme en le battant à plate couture.
— Il est arrangemann, le gonce, il ne rebiffera pas, il est foutu d’en crapser (Argot des souteneurs). N.

Arranger

Tromper ou se tromper dans une vente ou un achat, c’est-à-dire payer ou vendre plus cher que la chose ne vaut, est être arrangé ou arranger. Arrangé veut aussi dire : avoir besoin des soins de spécialistes qui affichent l’adresse de leur domicile dans les urinoirs.

Arranger

(Voyez arnaquer) tromper.

Arranger une femme, ou un homme

La bien baiser, ou le bien branler.

Tu dois bien arranger une femme, hein ?

Lemercier de Neuville.

Qu’il soit vioc ou non,
Arrange-le tout d’même.

Dumoulin.

Arrangeur

Argot de cercle. Individu qui, lorsqu’un chef de partie ne sait pas séquencer les cartes, les arrange et touche 10, 15 ou 20 % pour sa… collaboration.

Arrêter les frais

v. a. Interrompre un récit ; laisser une affaire en train ; renoncer à poursuivre une entreprise au bout de laquelle on ne voit que de l’ennui. Argot du peuple.

Arrêter les frais

Cesser.

Arrière-boutique

Le cul, qui est situé sur le derrière, et dans lequel le membre aime à se réfugier quand il est resté quelque temps dans la boutique, qui est sur le devant.

À l’instant cette demoiselle, ouvrant son arrière-boutique, laissa aller un vent.

D’Ouville.

Arriver à ses fins

Finir par baiser une femme pour laquelle on bandait, — ce qui est la fin de tout roman d’amour.

Là ! tu en es arrivé à tes fins, petit cochon !

Watripon.

Arrondie

Montre. Allusion à sa forme ronde (Argot des voleurs).

Arrondir (s’)

Mettre de l’argent de côté. Mot à mot : arrondir sa fortune.

Arrondissement (chef-lieu d’)

Femme dans un état de grossesse avancée.

Arrosage

Acompte donné à un créancier.

Arrosage

Action de boire, de s’arroser le gosier.

Arroser

Éjaculer dans la nature de la femme — un charmant petit jardin dont nous sommes les heureux jardiniers. Pluie ou sperme, quand cela tombe à propos, cela féconde.

Pourquoi ne voudraient-elles pas être arrosées ?

Cyrano De Bergerac.

Arroser

Donner un à-compte à un créancier.

À quoi bon arroser ces vilaines fleurs-là ?

(V. Hugo, Ruy-Blas.)

Arroser

Ajouter de l’argent à une somme engagée après un coup gagné à la ponte. — Risquer une nouvelle mise en banque après décavage, — dans le jargon des joueurs. Ordinairement, à la ponte, on arrose après le premier coup de gain. C’est mot à mot : arroser le tapis avec de l’argent tiré de la masse. À force d’arroser sans succès, on finit par être à sec.

Arroser

Donner un accompte sur une dette. Un huissier cesse les poursuites commencées quand le débiteur arrose. Donner de l’argent à un fonctionnaire pour obtenir un privilège, c’est l’arroser. Nos députés le furent largement par Arton pour l’affaire du Panama. Martingaler son enjeu c’est arroser le tapis (Argot du peuple). JV.

Arroser

À la suite d’un achat on va boire une consommation pour arroser l’objet acheté.

Arroser

Payer, donner des acomptes.

Arroser le bouton

Décharger son sperme dans le vagin d’une femme, sur le bouton de son clitoris.

Son directeur, dit-on,
Craignant qu’on lui ravisse
Sa Rose, sa Clarisse,
Lui arros’ le bouton.

Joachim Duflot.

Arroser ses galons

v. a. Offrir à boire à ses camarades quand on est reçu sous-officier. Argot des soldats.

Arroser un créancier

v. a. Lui donner un acompte, — dans l’argot des bohèmes, assez mauvais jardiniers.

Arroseur de verdouze

s. m. Jardinier, dans l’argot des voleurs.

Arroseur de Verdouze

Maraîcher.

Arroseur de verdouze

Jardinier (Argot des voleurs).

Arrosoir (coup d’)

Verre de vin, tournée sur le comptoir du marchand de vin, opération qui arrose l’estomac.

Arsenal

s. m. Arsenic, — dans le même argot [des voleurs].

Arsenal

Arsenic. Changement de la dernière syllabe.

Arsenal

Arsenic.

Arsoner un pantre

S’assurer si un homme est porteur de choses qui vaillent la peine, et qui soient susceptibles d’être volées.

Arsonnement

Onanisme (Vidocq). — Du vieux mot arson : incendie. L’analogie est facile à expliquer. — On emploie le verbe s’arsonner.

Arsonner

Fouiller, — dans le jargon des voleurs.

Arsonner

Fouiller.

Arsouille

Anagramme du vieux mot souillart : homme de néant. La souillardaille était jadis la canaille d’aujourd’hui. V. Du Cange.

C’étaient des arsouilles qui tiraient la savate.

Th. Gautier.

Arsouille

s. m. Homme canaille par ses vêtements, ses mœurs, son langage. Argot du peuple. Milord L’Arsouille. Tout homme riche qui fait des excentricités crapuleuses.

Arsouille

Individu qui a le genre et les goûts canailles.

Arsouille

Voyou, crapule.

Arsouiller

v. a. et n. Engueuler, — dans l’argot des faubouriens.

Arsouiller (s’)

Se compromettre avec des arsouilles, fréquenter des gens crapuleux.

Arsouiller (s’)

S’encanailler.

Art (faire de l’art pour)

Cultiver les arts ou les lettres sans y chercher uniquement une occasion de lucre. V. Métier (Faire du).

Nous avons connu une école composée de ces types si étranges, qu’on a peine à croire à leur existence ; ils s’appelaient les disciples de l’art pour l’art.

Murger.

Arthur

Nom poli qu’on donne à l’amant de cœur d’une femme galante. C’est le chevalier à la mode de Dancourt.

Toute lorette, inévitablement, a son Arthur, comme toute fille publique son maquereau, comme toute pomme pourrie son ver.

Baron Wodel.

Arthur

Voir Amant de cœur.

Quant aux Arthurs de Ces Dames.

Delvau.

Arthur : Homme à prétentions galantes.

Un haut fonctionnaire bien connu, membre d’une académie, Arthur de soixante ans.

De Boigne.

Arthur

Amant de cœur, — dans l’argot de Breda-Street.

Arthurine

s. f. Femme légère, — la femelle naturelle de l’Arthur. Argot du peuple.

Artiche

Porte-monnaie.

Artiche

Porte-monnaie.

Artiche

Porte-monnaie.

Artiche (l’)

Le derrière.
— Je vais t’enlever l’artiche.
On nomme artiches, par abréviation d’artichauts, les barres de fer pointues et hérissées qui couronnent les murs et les grilles des prisons (Argot des voleurs).

Article (être fort sur l’)

Être toujours prêt à foutre, — porté sur sa pine comme un gourmand l’est sur sa bouche.

Et sur l’article, ah ! que j’étais solide ;
Dis-moi, Marion, dis-moi, t’en souviens-tu ?

(Chanson anonyme moderne.)

La marquise est froide sur l’article.

Louvet.

Article (faire l’)

Se dit des maquerelles plantées le soir sur le seuil des bordels, qui essaient d’y faire entrer les passants en leur dépeignant rapidement, avec des couleurs un peu fortes mais saisissantes, les beautés diverses et les talents particuliers de leurs pensionnaires.

Tu resteras sur le seuil du bazar et tu feras l’article pour nos demoiselles.

Lemercier.

Article (faire l’)

Faire valoir une personne ou une chose comme un article de commerce.

Malaga ferait l’article pour toi ce soir.

Balzac.

Examinez-moi ça ! comme c’est cousu ! — Ce n’est pas la peine de faire l’article.

Montépin.

Être à l’article : Être à l’article de la mort, sur le point de mourir. Porté, fort sur l’article : Enclin à la luxure.

Article (faire l’)

Faire valoir une marchandise, faire ressortir les qualités d’une personne. Le boutiquier et la fille s’entendent mieux que personne à faire l’article.

Article (porté sur l’)

De complexion amoureuse. Mot à mot : porté sur l’article femme, dont le Parisien fait une si grande consommation.

Article 4 (payer son)

v. Payer sa bienvenue en entrant dans un atelier. Voici l’origine de cette expression. Dans le temps où les compositeurs portaient l’épée, chaque imprimerie formait une sorte de confrérie ou chapelle régie par un règlement. Ce règlement stipulait le nombre d’exemplaires que les éditeurs et les auteurs devaient laisser à la chapelle. Ces exemplaires étaient vendus, et l’argent qu’on en retirait consacré à fêter la Saint-Jean-Porte-Latine et la Saint-Michel. L’article 4 de ce règlement, le seul qui soit par tradition resté en vigueur, déterminait tous les droits dus par les typographes. On ajoute quelquefois, en parlant de l’article 4, les mots verset 20, qu’il faut traduire : « Versez vin. » — Dans le nord de la France on dit : payer ses quatre heures au lieu de payer son article 4.

Article de foi

Petit verre d’eau-de-vie, — dans le jargon des ivrognes du dix-huitième siècle.

Article touché

Article vigoureusement fait. — Terme de peinture.

Comme c’est écrit ! comme c’est touché !

L. Reybaud.

Articlier

C’est un articlier. Vernon porte des articles, fera toujours des articles, et rien que des articles. Le travail le plus obstiné ne pourra jamais greffer un livre sur sa prose.

Balzac.

Articlier

s. m. Homme de lettres parqué dans la spécialité des articles de petits journaux. Le mot a été créé par H. De Balzac.

Artie

Pain.

Artie

s. m. Pain, — dans l’argot des voleurs, d’aujourd’hui et d’autrefois, ainsi qu’il résulte du livre d’Olivier Chéreau, le Langage de l’Argot réformé, publié au XVIe siècle. Artie de Meulan. Pain blanc. Artie de Gros-Guillaume. Pain noir. Artie de Grimault. Pain chanci.
On dit aussi Arton et Lartie.

Artie

Pain, — dans l’ancien argot. — Artie savonné, pain blanc ; artie du Gros-Guillaume, pain noir.

Artie

V. Bricheton.

Artie de grimaut

Pain moisi.

Artie de gros-guillaume

Pain bis.

Artie de meulan

Pain blanc.

Artie de meulan

Pain blanc. Allusion à la blancheur des farines produites par les moulins de cette ville (Argot des voleurs).

Artie du gros guillaume

Pain abominablement noir qui rappelle celui du siège de Paris, en 1870, qui contenait de tout, excepté de la farine (Argot des voleurs).

Artie, arton

Pain.

En cette piolle
On vit chenument ;
Arton, pivois et criolle
On a gourdement.

Grandval, 1723.

Artie, arton

Pain. Arton savonné, pain blanc. Arton brutal, pain noir.

Artif

Pain. On dit aussi Gringue, Gringal, Larton, Brignolet.

Artif

Pain.

Artillerie de cupidon ou de vénus

Les parfums, les aphrodisiaques en général — et surtout en particulier.

Artilleur

s. m. Ivrogne, homme qui boit beaucoup de canons. Argot des ouvriers.

Artilleur

Ivrogne. Allusion aux canons des marchands de vin où les ivrognes allument leurs mèches.

Artilleur (fille d’)

Fille à puissante poitrine. Pourquoi fille d’artilleur ? Parce que son père lui a glissé deux boulets dans le corset.

Artilleur à genoux

infirmier. — Allusion au canon du clystère et à la posture que réclame sa manœuvre. Ph. Le Roux (1718) nomme déjà mousquetaires à genoux les apothicaires. — On dit aussi : Canonnier de la pièce humide.

Artilleur à genoux

s. m. Infirmier militaire, — dans l’argot du peuple, qui a entendu parler des mousquetaires à genoux des siècles précédents. On dit aussi Artilleur de la pièce humide.

Artilleur de la pièce humide

Infirmier militaire. — Pompier.

Artilleurs de la pièce humide

Infirmiers, par allusion à l’instrument de l’emploi. — On dit aussi : Artilleurs à genoux.

Artiste

s. m. Médecin vétérinaire, — dans l’argot des faubouriens et des paysans.

Artiste

Vétérinaire, — dans le jargon des voyous.

Artiste

Dans le jargon des ouvriers : camarade, compagnon.

Artiste

Cadavre exposé à la Morgue. Argot des voyous pour qui la Morgue est, en effet, un théâtre.

La salle d’exposition… est divisée en deux parties par une cloison vitrée derrière laquelle sont rangées… douze dalles destinées à recevoir les cadavres que les affreux gavroches, habitués de ce lugubre théâtre, appellent les artistes. Quand toutes les places sont vides, ils disent qu’on fait relâche.

(Du Boisgobey : Le fils de Monsieur Lecoq.)

Artiste en chef

Vétérinaire en premier.

Arton

Pain. Arton brutal, pain bis ; arton savonné, pain blanc.

Arton

V. Artie.

Artonner

Tromper la police. C’est l’insaisissable Arton à qui revient l’honneur de ce mot.
— Depuis six marqués, j’artonne l’arnaque (Argot des voleurs). N.

Artoupan

Garde-chiourme.

As

Les restaurateurs et les limonadiers désignent sous ce nom la table qui porte le numéro 1, et, par extension, le consommateur assis à cette table. C’est ordinairement la plus proche de la porte d’entrée.

Dans l’enceinte gastronomique, vous devenez un chiffre, un numéro… un pied de cochon à l’as ; enlevez chaud !

(Léo Lespès, Paris dans un fauteuil.)

As (être à l’)

Avoir la poche bien garnie d’argent, — dans le jargon des voleurs. À la plupart des jeux, l’as est la plus belle carte.

As (être à l’)

Posséder de l’argent. Passer à l’as, ne rien donner.

As de carreau

Havre-sac d’infanterie. — Allusion à sa forme carrée.

Troquer mon carnier culotté contre l’as de carreau ou l’azor du troupier.

La Cassagne.

As de carreau

s. m. Le sac du troupier, à cause de sa forme. On l’appelle aussi Azor, — à cause de la peau de chien qui le recouvre.

As de carreau

s. m. Le ruban de la Légion d’honneur, — dans l’argot des voleurs, qui font allusion à la couleur de cette décoration.

As de carreau

Ruban de la Légion d’honneur. — Sac de soldat d’infanterie.

As de carreau

Havresac ; placé dans un certain sens, il affecte la forme d’un losange, qui est aussi celle de l’as de carreau. Il en avait également jadis la couleur, alors qu’il était fait d’une peau de veau garnie de son poil.

As de carreau

Sac du fantassin (Argot du troupier). V. Armoire à glace.

As de Carreau

Sac de soldat.

As de carreau dans le dos (avoir l’)

Être bossu, — dans l’argot du régiment.

As de pique

Le fondement. — Écusson en drap noir apposé au collet de la capote des soldats du bataillon d’Afrique.

As de pique

Se dit d’une femme qui possède abondamment ce que d’autres n’ont que très peu… (Argot du peuple). V. Fournitures.

As de pique (fichu comme l’)

Mal bâti, mal mis. Un individu fichu comme l’as de pique, un individu mal bâti ou mal mis. — Ouvrage fichu comme l’as de pique, ouvrage bousillé.

As de pique (fichu comme un)

Mal bâti, mal vêtu. Jadis on appelait as de pique un homme nul.

Taisez-vous, as de pique !

Molière.

As percé

As seul de sa couleur, — dans les mains d’un joueur de bouillotte. Les joueurs prudents n’engagent jamais le jeu avec un as percé.

As-tu fini !

C’est-à-dire : as-tu fini de faire des embarras, as-tu fini de nous ennuyer !

Asinver

v. a. Abêtir quelqu’un, — dans l’argot des voleurs, pour qui les honnêtes gens sont des sinves.

Asperge

Le membre viril — dont les femmes sont si friandes, et qu’elles sucent volontiers, avec la sauce blanche qui les accommode ordinairement.

Asperge montée

s. f. Personne d’une grandeur démesurée et, avec cela, maigre. Argot du peuple.

Asperge montée

Grande femme toute en jambes, maigre et sèche comme un copeau. On dit aussi : longue comme un jour sans pain (Argot du peuple).

Aspergès

Le membre viril avec lequel, en effet, nous aspergeons de foutre le con des femmes. — On dit mieux : Goupillon.

C’est bien dit ; car, comme j’estime,
L’aspergès d’un moine sans doute
Est si bon, qu’il n’en jette goutte
Qu’elle ne soit bénie deux fois.

(Ancien Théâtre français.)

Asphaltais

Flâneur, celui qui se promène sur l’asphalte.

Mademoiselle Hélène est la plus charmante blonde qui, de mémoire d’asphaltais, etc.

(J. Noriac.)

La variante plus parisienne est : Polisseur d’asphalte.

Asphalteuse

Fille qui raccroche sur le trottoir. Elle foule l’asphalte en tous sens (Argot des filles).

Asphyxier le pierrot

Boire un verre de vin blanc. — Allusion de couleur.

J’étais-t-allé à la barrière des Deux-Moulins, histoire d’asphyxier le pierrot.

La Correctionnelle.

Aspic

Avare.

Aspic

Calomniateur (Vidocq). — Grâce à leur venin, ces serpents ont toujours symbolisé la calomnie. L’aspic des voleurs n’est que la vipère des honnêtes gens.

Aspic

s. m. Avare, — dans l’argot des voleurs.

Aspic

s. m. Mauvaise langue, bavard indiscret. Argot du peuple.

Aspic

Avare. Aspic signifie aussi mauvaise langue, langue de vipère. Cette expression est empruntée au proverbe : Mieux vaut un coup d’épée qu’un coup de langue (Argot du peuple). N.

Aspic

Avare.

Aspirant de narine

Mouchoir.

Assaillir une femme

La baiser ; monter, la queue en main, à l’assaut de son vagin.

Jean, cette nuit, comme m’a dit ma mère,
Doit m’assaillir.

Gautier-Garguille.

Après que ce premier assaut fut donné, la belle recouvra la parole.

Ch. Sorel.

Mais Trichet du premier assaut
Se contenta. Chétive était la dose
Au gré d’Alix.

Vadé.

Asseoir (allez vous)

En voila assez, laissez-moi tranquille. Formule empruntée à celle dont se servent les présidents de chambre lorsqu’un témoin a terminé sa déposition.

Asseoir (s’)

Tomber, ironiquement : s’asseoir par terre. Allez-vous asseoir : Taisez-vous. — Allusion à la fin obligée des interrogatoires judiciaires. — Asseyez-vous dessus : Imposez-lui silence. — En 1859, M. Dallès a fait deux chansons intitulées l’une : Allez vous asseoir, et l’autre : Asseyez-vous donc là-d’sus. — Un petit théâtre de Paris a également donné ce premier terme pour titre à une revue de fin d’année.

Asseoir (s’)

Tomber. Envoyer quelqu’un s’asseoir. Le renverser, le jeter à terre. Signifie aussi se débarrasser de lui, le congédier.

Asseoir (s’) sur quelqu’un

Le faire taire. Asseyez-vous dessus, dit-on en parlant d’un gamin qui crie et gêne ainsi les personnes avec lesquelles il se trouve. — S’asseoir sur quelque chose, n’en pas faire cas.

Tous tes discours, tout’s tes promesses d’autrefois, tu t’asseois dessus !

(L’esclave Ivre, no 1.)

Asseoir sur le bouchon (s’)

S’asseoir sur une pine, de façon à être baisée, soit en grenouille par devant, soit en levrette par derrière.

Viens t’asseoir sur le bouchon, garce, et si tu ne jouis pas, c’est que tu ne le voudras pas.

V. Caillaud.

Assesseur

Joueur complaisant qui, placé au baccarat à côté du tailleur, paye et encaisse pour le compte de celui-ci.

Asseyez-vous dessus

Faites-le taire à tout prix. Mot à mot : étouffez ses cris, au besoin, en vous asseyant sur lui. Se dit surtout, dans le monde des voyous, lorsqu’un enfant au maillot piaille. Asseyez-vous dessus, et que ça finisse.

Assiette au beurre (avoir l’)

Être un des heureux de ce monde, — dans le jargon du peuple. — Ceux qui détiennent l’assiette au beurre ont toutes les jouissances que procure la fortune et celles que procure une haute situation. — C’est donc toujours les mêmes qu’auront l’assiette au beurre ?

Assister

v. a. Porter le pagne à un détenu, — dans l’argot des voleurs et des filles.

Assoce

Associée, — dans le jargon des couturières. Dans les grands ateliers de couture, les ouvrières travaillent deux à deux, et elles s’appellent « associées. » La première associée fait les garnitures des corsages et la seconde associée les accessoires : boutonnières, doublures, etc.

Associée

s. f. Femme légitime. Argot des typographes.

Assommoir

s. m. Nom d’un cabaret de Belleville, qui est devenu celui de tous les cabarets de bas étage, où le peuple boit des liquides frelatés qui le tuent, — sans remarquer l’éloquence sinistre de cette métaphore, que les voleurs russes semblent lui avoir empruntée, en la retournant pour désigner un gourdin sous le nom de vin de Champagne.

Assommoir

Débit de liqueurs, comptoir de marchand de vin.

Les assommoirs sont des mines à poivre ou boîtes à poivre.

(Le Sublime.)

J’entrerai en face, au petit assommoir.

(Ad. d’Ennery, Les Drames du cabaret, 1864.)

Assommoir

Cabaret où l’on vend de la mauvaise eau-de-vie, ou cette boisson même.

Assommoir

Boutique où l’on vend des liqueurs vitriolées qui assomment les buveurs. Le premier assommoir, bien avant celui du fameux Paul Niquet, fut créé vers 1810, rue de la Corderie, près du Temple, par un nommé Montier. Cet empoisonneur charitable avait fait établir dans son arrière-boutique une chambre spéciale pour les assommés ; la paille servait de litière, des pavés servaient d’oreillers. Cette chambre s’appelait la Morgue (Argot du peuple).

Assommoir (poivre d’)

Eau-de-vie débitée par un marchand de vin de dernier ordre.

L’eau-de-vie servie dans les assommoirs est du… oui vitriol. Il est incroyable que l’estomac puisse supporter ce liquide.

(Le Sublime.)

Assommoir, abreuvoir

Débit de liqueurs.

Assurance (une)

Une canne.

Astec

s. m. Avorton, homme chétif, — dans l’argot du peuple. Adversaire méprisable, — dans l’argot des gens de lettres. C’est un souvenir du passage à Paris, il y a quelques années, de ces petits monstres mexicains exhibés sous le nom d’Aztecs.

Astèque

Individu maigre, chétif, grêle.

Astic

Épée.

Astic

Épée.

Astic

Épée.

Astic

Épée.

Astic

Tripoli, mélange servant à nettoyer les pièces de cuivre.

Et tirant du bahut sa brosse et son astic, il se met à brosser ses boutons dans le chic.

Souvenirs de Saint-Cyr.

Astic

s. f. Epée, — dans l’argot des voleurs, qui ne se doutent pas que ce mot vient de l’allemand stich, chose pointue, dont on a fait estic, puis astic, et même asti.

Astic

s. m. Tripoli, — dans l’argot des troupiers, qui s’en servent avec un mélange de savon, d’eau-de-vie et de blanc d’Espagne, pour nettoyer les cuivres de leur fourniment. D’où Aller à l’astic.

Astic

Polissoir, — dans le jargon des cordonniers.

Astic

Tripoli.

Asticot

Le membre viril, qui grouille dans la nature de la femme comme un ver blanc dans la viande.

Tu écorches mon asticot, salope !

Lemercier.

Asticot

Vermicelle (Vidocq). Calembour. Le vermicelli italien s’applique à un asticot, à un vermisseau, comme à une pâte alimentaire.

Asticot

s. m. Vermicelle, — dans l’argot des faubouriens.

Asticot

Maîtresse d’un souteneur.

Asticot

Vermicelle, — dans le jargon des voleurs.

Asticot

La femme du souteneur.

Asticot

Vermicelle (Argot des voleurs). N.

Asticot

Fille publique. Asticot : personne mince comme un fil (Argot du peuple).

Asticot dans la noisette

Personne qui a des absences de mémoire. On sait que l’asticot dévore l’amande de ce fruit, par analogie il dévore la cervelle (Argot du peuple).

Asticot dans la noisette

Être un peu déséquilibré.

Asticot de cercueil

Verre de bière, — dans l’argot des étudiants, que les jeux de mots de ce calibre ne dégoûtent pas.

Asticoter

v. a. Harceler quelqu’un, le contrarier, le piquer par des injures ou seulement par des épigrammes, ce qui est le forcer à un mouvement vermiculaire désagréable. Argot du peuple.

Astique

Bien avant que les Aztèques ne vinssent du fond du Brésil, cette expression servait à désigner les êtres chétifs et malingres (Argot du peuple). V. Avorton.

Astique (faire l’)

Astiquer son fourniment, faire son lit, cirer ses bottes, — dans le jargon de Saint-Cyr.

L’astique, une science très amusante de la grande manœuvre en plusieurs tableaux, qui se joue entre les quatre murs de l’École.

(B. Maizeroy, La Vie moderne, 2 août 1879.)

Astiqué à l’ail (un ceinturon)

Brillant comme du vernis. Pour arriver à ce résultat, il faut en user, de l’huile de coude !

Astiquer

Faire l’amour, — dans l’argot des filles et des maquereaux, l’astic pour eux étant une épée, et l’épée piquant.

Astiquer

Nettoyer.

Quand son fusil et sa giberne sont bien astiqués.

1833, Vidal.

Un troupier dira de bourgeois élégants : Ce sont des civils bien astiqués. La marine donne à ce mot de nombreux synonymes :

Peste ! maître Margat, vous avez l’air d’un Dom Juan… — Un peu, que je dis ! on a paré la coque… On s’a pavoisé dans le grand genre ! On est suifé et astiqué proprement.

Capendu.

Astiquer : Battre.

Sinon je t’astique, je te tombe sur la bosse.

Paillet.

Du vieux mot estiquer : frapper d’estoc ou de la pointe. V. Du Cange. — Nous croyons cette étymologie commune à l’autre sens. L’homme qui frappe droit exécute le même mouvement qu’un fourbisseur en exercice.

Astiquer

Fourbir, nettoyer, se pomponner.

C’est qu’on est un peu beau, mon vieux,
Quand on s’astique.

(Le Caïd, opéra-bouffon, act. I, sc. X.)

Astiquer (s’)

Se masturber, soit seul, soit à deux.

Deux gendarmes, un beau dimanche,
S’astiquaient le long d’un sentier ;
L’un branlait une pine blanche
Et l’autre un vit de cordelier.

(Parnasse satyrique XIXe siècle.)

Astiquer (s’)

v. réfl. Se chamailler de paroles avant d’en venir aux voies de fait. On dit aussi Astiquer quelqu’un, dans le sens d’Agacer.

Astiquer (s’)

Se masturber.

Astiquer la baguette

Branler un homme, — le ventre de la femme servant de tambour à cette baguette-là, que nous savons tous manier aussi bien que les tapins de profession.

Celle-ci, d’un tambour astiquait la baguette.

Louis Protat.

Astuce

Toupet, audace, effronterie.

Atelier

La nature de la femme, — où se fabrique l’Humanité.

Quand on entre à l’atelier, il faut avoir son outil en bon état afin de besogner convenablement, et toi, tu ne bandes seulement pas !

A. Manvoy.

Quoi, c’est là tout le stratagème ?
Dit un valet, voyant le drôle à l’atelier.

Piron.

Atelier

s. m. L’endroit où l’on se réunit — dans l’argot des francs-maçons.

Atelier

Chambre à coucher, — dans le jargon des femmes entretenues. — Venez visiter mon atelier.

Atigé

Malade. — Planque aux atigés, hôpital.

Atigé

Malade. Planque aux atigés : hôpital.

Atiger

Blesser.

Atiger

Blesser.

Atiger

Blesser.

Atiger

v. a. Blesser quelqu’un avec une arme quelconque. Argot des prisons.

Atiger

Malmener, frapper. — Atiger cher, défigurer.

Atiger

Frapper. Atiger cher, frapper dur, défigurer, massacrer.

Atouser

v. a. Encourager quelqu’un, lui donner de l’atout. Même argot [des prisons].

Atout

Estomac.

Atout

Coup grave.

Voilà mon dernier atout… Vous m’avez donné le coup de la mort.

Balzac.

Expression de joueurs de cartes, qui ont appliqué aux accidents de la vie le nom de l’ennemi que craignent leurs combinaisons. Atout : Courage (Vidocq).

Je ne me plains pas. Tu es un cadet qui a de l’atout.

E. Sue.

Même allusion ; seulement elle est retournée. L’homme a ici l’atout dans le jeu de sa vie au lieu de l’avoir contre lui. Atouser : Encourager (Vidocq). — C’est-à-dire donner de l’atout.

Atout

s. m. Courage, — parce que souvent au jeu de cartes, l’atout c’est du cœur.

Atout

s. m. Aplomb, acquis, assurance, — dans l’argot du peuple qui sait par expérience que les gens de cœur marchent volontiers le front haut, comme défiant les lâches.

Atout

s. m. Coup plus ou moins grave que l’on reçoit en jouant — maladroitement — des poings avec quelqu’un.

Atout

s. m. Estomac, — dans l’argot des voleurs.

Atout

s. m. Argent, monnaie, — dans l’argot des faubouriens. Signifie aussi capacités, talents.

Atout

Courage. — Avoir de l’atout, avoir du courage.

Atout

Contusion ; coup de poing. Retourner atout, donner une gifle.

Atout

Courage. Coup. Estomac.

Atout

Avoir du courage. Avoir des atouts dans son jeu. Un zouave rencontre son capitaine accompagné de sa femme, il leur lance au nez un pet à tout casser en criant : Atout. Le capitaine, se retournant, lui envoie un magistral coup de pied dans le cul en disant : Je coupe. Le soldat répond : Ah ! je ne savais pas que vous aviez la dame seconde ! Recevoir un atout : être sérieusement blessé. C’est sans doute d’atout que, par corruption, on a fait attiger (Argot du peuple). N.

Atout

Courage, audace, coup.

Atout (de l’)

Du courage.

Atouts (le plus d’)

Sorte de jeu de filous qui se joue dans les cafés de bas étage.

Attache

Boucle.

Attache

Boucle (Vidocq). — Effet pris pour la cause. Une boucle sert à attacher. V. Chêne.

J’engantais sa tocquante, ses attaches brillantes avec ses billemonts.

Vidocq.

Attache

s. f. Boucle, — dans l’argot des voleurs. Attaches d’huile. Boucles de souliers en argent. Attaches d’Orient. Boucles en or.

Attache

Attachement, affection ; se trouve dans le diction. des homonymes d’Hurtaut, 1775.

Attache

Boucle.

Attacher le bidon

Dénoncer un camarade. Synonyme de remuer la casserole (Argot des voleurs).

Attacher une gamelle

Promettre à un ami de passer la soirée avec lui et ne pas y rester est lui attacher une gamelle ; on dit aussi :

Je suis pressé, je m’en vais, je t’attache une gamelle.

Attaches

Boucles.

Attaches

Boucle. Attaches d’huile, boucles d’argent.

Attaches

Boucles.

Attaches d’auber

Boucles d’argent.

Attaches d’huile

Boucles d’argent.

Attaches d’huile

Boucles d’argent.

Attaches d’Orient

Boucles d’or.

Attaque (d’)

Vivement, spontanément. — Un homme d’attaque est un homme d’action.

Attaque (d’)

Avec ardeur, avec courage. — Un d’attaque, c’est-à-dire un homme d’attaque, déterminé, courageux, bon travailleur. — Être d’attaque, ne pas bouder à l’ouvrage.

Il est arrivé de province, c’est un de nos pays qui est d’attaque.

(Le Sublime.)

Attaque (être d’)

v. s. Être solide, montrer du sang-froid, du courage, de la résolution dans une affaire. Argot du peuple. Y aller d’attaque. Commencer une chose avec empressement, avec enthousiasme.

Attaque (être d’)

Être courageux, vif ou habile au travail.

Attelage (double)

Quatorze de rois au jeu de piquet.

Attelage (un bon)

Une bonne paire d’amis, chez les cavaliers.

Attendrir (s’)

S’attendrir sous l’empire d’un commencement d’ivresse. Dix minutes avant, le buveur attendri n’était qu’ému. dix minutes encore, et il sera sur le point de pleurer.

Le capitaine qui avait religieusement vidé son verre à chaque mot, s’attendrit.

Th. Gautier.

Attendrir (s’)

v. réfl. Arriver à cette période de l’ivresse où l’on sent des flots de tendresse monter du cœur aux lèvres. Argot des faubouriens.

Attigé

Être grièvement blessé est être attigé ; celui qui est atteint d’une maladie vénérienne est également attigé.

Attiger

Blesser, frapper.

Attiger

Frapper.

Attignole

Boulette de charcuterie cuite au four. Le déjeuner de bien des pauvres diables.

Attignoles

Rognures de viandes hachées et vendues sous forme de boulettes. L’expression est normande, mais elle est devenue parisienne en s’éloignant du sens primitif. Dans le peuple, pour exprimer qu’un individu a été fortement endommagé dans une rixe, on dit : Il a reçu de rudes attignoles (Argot du peuple). N.

Attouchements

Être assez indiscret pour vouloir s’assurer si une jolie femme porte un pantalon et met ses jarretières au-dessus du genou. Synonyme de peloter (Argot du peuple) V. Baisenses.

Attoucheuse

Fille publique. Le mot est suffisamment expressif. Allusion aux ménagères qui tâtent la viande chez le boucher pour s’assurer de son degré de fraîcheur (Argot des filles).

Attrapage

Réprimande. — Dispute. — Critique bruyante et souvent injuste de public à acteur.

Ça va mal, dit Mignon, radieux à Steiner, un joli attrapage, vous allez voir !

(Zola, Nana.)

Attrapance

s. f. Vive dispute.

Attrape

s. f. Plaisanterie, mensonge, — dans l’argot du peuple, qui disait cela du temps de Calvin. On dit aussi Graine d’attrape.

Attrape-science

s. m. Apprenti, — dans l’argot des typographes.

Attrape-science

s. m. Nom ironique par lequel les ouvriers désignent quelquefois un apprenti compositeur. L’attrape-science est l’embryon du typographe ; la métamorphose demande trois à quatre ans pour s’accomplir ; vers seize ou dix-sept ans, la chrysalide est devenue papillon, et le gamin s’est fait ouvrier. À l’atelier, il a une certaine importance : c’est le factotum des compositeurs ; il va chercher le tabac et fait passer clandestinement la chopine ou le litre qui sera bu derrière un rang par quelque compagnon altéré. Il va chez les auteurs porter les épreuves et fait, en général, plus de courses que de pâté. Quand il a le temps, on lui fait ranger les interlignes ou trier quelque vieille fonte ; ou bien encore il est employé à tenir la copie au correcteur en première, besogne pour laquelle il montre d’ordinaire une grande répugnance. Parfois victime des sortes de l’atelier, il en est aussi le complice ou le metteur en œuvre. Il nous revient en mémoire une anecdote dont le héros fut un apprenti. Ses parents habitant dans un faubourg, notre aspirant Gutenberg apportait à l’atelier sa fripe quotidienne, dont faisait souvent partie une belle pomme. Le gaillard, qui était un gourmet, avait soin de la faire cuire en la plaçant sur un coin du poële. Mais plus d’une fois, hélas ! avant d’être cuite, la pomme avait disparu, et notre apprenti faisait retentir les échos de ses plaintes amères : « Ma pomme ! on a chipé ma pomme ! » La chose s’étant renouvelée plus souvent que de raison, l’enfant s’avisa d’un moyen pour découvrir le voleur. Un beau jour, il apporta une maîtresse pomme qu’il mit cuire sur le poêle. Comme le gamin s’y attendait, elle disparut. Au moment où il criait à tue-tête : « On a chipé ma pomme ! » on vit un grand diable cracher avec dégoût ; ses longues moustaches blondes étaient enduites d’un liquide noirâtre et gluant, et il avait la bouche remplie de ce même liquide. C’était le chipeur qui se trouvait pris à une ruse de l’apprenti : celui-ci avait creusé l’intérieur de sa pomme et avait adroitement substitué à la partie enlevée un amalgame de colle de pâte, d’encre d’imprimerie, etc. L’amateur de pommes, devenu la risée de l’atelier, dut abandonner la place, et jamais sans doute il ne s’est frotté depuis à l’attrape-science. Certains apprentis, vrais gamins de Paris, sont pétris de ruses et féconds en ressources. L’un d’eux, pour garder sa banque (car l’attrape-science reçoit une banque qui varie entre 1 franc et 10 francs par quinzaine), employa un moyen très blâmable à coup sûr, mais vraiment audacieux. Il avait eu beau prétendre qu’il ne gagnait rien, inventer chaque semaine de nouveaux trucs, feindre de nouveaux accidents, énumérer les nombreuses espaces fines qu’il avait cassées, les formes qu’il avait mises en pâte, rien n’avait réussi : la mère avait fait la sourde oreille, et refusait de le nourrir plus longtemps s’il ne rapportait son argent à la maison. Comment s’y prendre pour dîner et ne rien donner ? Un jour d’été qu’il passait sur le pont Neuf, une idée lumineuse surgit dans son esprit : il grimpe sur le parapet, puis se laisse choir comme par accident au beau milieu du fleuve, qui se referme sur lui. Les badauds accourent, un bateau se détache de la rive et le gamin est repêché. Comme il ne donne pas signe de vie, on le déshabille, on le frictionne, et, quand il a repris ses sens, on le reconduit chez sa mère, à laquelle il laisse entendre que, de désespoir, il s’est jeté à l’eau. La brave femme ajouta foi au récit de son enfant, et jamais plus ne lui parla de banque. Le drôle avait spéculé sur la tendresse maternelle : il nageait comme un poisson et avait trompé par sa noyade simulée les badauds, ses sauveurs et sa mère. — Nous retrouverons cet attrape-science grandi et moribond à l’article LAPIN. À l’Imprimerie nationale, les apprentis sont désignés sous le nom d’élèves. Il en est de même dans quelques grandes maisons de la ville.

Attrape-Science

Apprenti cordonnier. Pour laver la tête à l’apprenti, les ouvriers la lui plongent plus d’une fois dans le baquet de science, le baquet où trempent les cuirs.

Attraper

v. a. Engueuler, — dans le même argot [du peuple]. Se faire attraper. Recevoir, sans l’avoir demandée, une bordée d’injures poissardes.

Attraper

v. a. Éreinter un livre ou un confrère. Argot des journalistes.

Attraper

v. a. Siffler. Argot des coulisses. Se faire attraper. Recevoir des pommes crues et des sifflets.

Attraper

v. a. Faire des reproches, chercher noise à un compagnon dont on croit avoir à se plaindre.

Attraper

Réprimander. — Critiquer à haute voix, avec une malveillance marquée, soit une pièce, soit un acteur en scène. Au XVIIIe siècle, on disait entreprendre dans le même sens. — S’attraper, se disputer.

Attraper l’ognon

v. a. Recevoir un coup destiné à un autre ; paver pour ceux qui ont oublié leur bourse, argot des faubouriens.
On dit aussi Attraper le haricot ou la fève, — sans doute par allusion au haricot ou à la fève qui se trouve dans le gâteau des rois, et qui met celui à qui elle échoit dans la nécessité de payer sa royauté.

Attraper la fève

Payer pour autrui. — Recevoir un coup destiné à un autre.

Attraper le lustre

Ouvrir une large bouche sans pouvoir produire la note voulue, — dans le jargon des chanteurs.

Attraper quelque chose

Gagner la chaude-pisse ou la vérole dans un coït malsain, avec une coureuse ou avec une honnête femme.

Que ces drôlesses-là sont souvent de bons greniers à chaudes-pisses ! ce qu’on appelle de véritables attrape-michés.

Comte De Caylus.

Si j’attrape quéque chose, au moins j’ l’aurai pas volé.

Lemercier de Neuville.

Attrapeur

Critique malveillant, bruyant et ignorant. L’attrapeur s’attaque à la pièce, aux auteurs, aux décors, au souffleur au besoin. C’est presque toujours un ami de l’auteur ou un impuissant ou un quidam entré au théâtre avec un billet de faveur.

Attrimer

Prendre.

Attrimer

Attirer, prendre. Attrimer les robaux, faire courir les gendarmes.

Attrimer

Prendre.

Attrimer

v. a. Prendre, saisir. Argot des voleurs.

Attrimer

Voler. Attrimer les robaux, tromper, faire courir les gendarmes.

Attrimer au trime-ligourt

Voler trois fois très bien.

Attrimer les robaux

Faire courir les gendarmes. (Mémoires d’un forçat ou Vidocq dévoilé, glossaire d’argot, 1829.) Attrimer est un augmentatif de trimer.

Attriquer

Acheter (Vidocq). — Ce doit être un mot ancien, car Du Cange lui donne un pendant dans attrosser : vendre.

Attriquer

v. a. Acheter des effets volés.

Attriquer

Acheter des effets volés, sans pour cela être un receleur habituel : Fourgat ou Meunier (Argot des voleurs).

Attriqueuse

s. f. Femme qui achète des objets volés.

Attriqueuse

Vendre des objets volés (Argot des voleurs).

Attristé

Voleur qui ne travaille que la nuit, sans se soucier des pendus glacés (Becs de gaz) (Argot des voleurs).

Au bonjour

Voler le matin pendant le sommeil.

Au clou (être)

Être détenu.

Au col (être)

Être en prison.

Au dure (être)

Être condamné aux travaux forcés.

Au plan

En prison.

Au trot

Vite, dépêchez-vous, — dans le jargon des soldats de cavalerie. — Allez me seller mon cheval, au trot. — À la charge. À toute vitesse, prompt comme l’éclair. Aussitôt le coup fait, je pars à la charge.

Aubade (donner l’)

Faire un sacrifice matinal à Vénus. (XVIIe siècle.) C’est mot à mot : donner l’aubade amoureuse. Felix qui potuit.

Auber

Somme d’argent (Vidocq). — Calembour sur l’équivoque présentée par le vieux mot maille, qui signifiait en même temps monnaie et maille de auber ou cotte de mailles. V. Du Cange. — Au point de vue financier comme au point de vue militaire, l’auber a donc représenté la réunion d’un certain nombre de mailles. — V. Chêne.

Auber

Argent, monnaie, V. Beurre.

Auber

Argent.

Payes-tu un glacis ? — je n’ai pas d’auber.

Aubert

s. m. Argent, — dans l’argot des voleurs qui connaissent leur Villon, ou dont les ancêtres faisaient monnaie avec les mailles des hauberts, comme les enfants avec les loques de cuivre.

Aubert

Argent (Argot des voleurs).

Aubert

Argent.

Auguer, antifler de sec

Se marier.

Aumône amoureuse

L’acte vénérien, — la femme étant censée donner et l’homme recevoir, quoique, en réalité, l’un donne autant que l’autre.

Belle dame, faites-moi l’aumône amoureuse, je vous en supplie, je bande trop ! — J’en suis fâchée, mon cher, mais j’ai mes pauvres.

Seigneurgens.

Aumonier

Vol à l’aumône. Autrefois, cette expression désignait les dévaliseurs de bijoutiers. Le voleur marchandait des bijoux, un mendiant survenait et sollicitait une aumône. L’attention du bijoutier était détournée pendant qu’on lui dévalisait ses vitrines ; quand il s’apercevait du vol, les voleurs étaient loin (Argot des voleurs).

Aumônier

Variété de voleur à la détourne. Un gentleman est, chez un joaillier, en train de choisir dans un fort lot de bagues à brillants, lorsqu’une tête de mendiant apparaît à la porte. L’acheteur met la main à la poche et glisse au pauvre diable, avec deux ou trois sous, une ou deux magnifiques bagues de la collection. Le gentleman est un filou, le mendiant, un compère.

Aumônier

Voleur à la détourne qui, chez le bijoutier où il s’est présenté comme acheteur, glisse un bijou dans la main d’un mendiant, son compère, qui vient demander l’aumône.

Aùs

« Chaque saison a ses articles défraîchis, et même démodés, ses aùs, dans la langue de magasin. »

(Commis et demoiselles de magasin, 1868.)

Aùs, dans le même jargon, signifie encore une personne qui ne sait pas au juste ce qu’elle veut acheter, un tatillon qui tourne, retourne la marchandise, fait tout étaler et s’en va comme il était venu ; la terreur des commis de magasin. Aujourd’hui, aùs n’est usité que dans ce dernier sens.

Auseignot

Auxiliaire. Détenu qui par faveur et moyennant une modique rétribution, remplit dans la prison les fonctions les plus grossières (Argot des voleurs).

Autan

Grenier (Vidocq). — Vient du vieux mot hautain : élevé !, en bas latin altanus. V. Roquefort. — Un grenier occupe toujours le haut de la maison.

Autant

Mot très employé au régiment, et qui a plusieurs acceptions. Signifie : je me trompe, c’est-à-dire. Ex. :

Qu’a dit le pied de banc ? Il n’a rien dit… autant, il a dit comme ça que les hommes de corvée seraient de corvée.

Veut dire encore : à recommencer. — Ça ne va pas ce mouvement, autant. Se dit, aussi, très souvent, dans le sens de : tout comme moi, moi aussi.

Peux-tu m’avancer mon prêt, je n’ai pas le rond ? — Autant.

Autel

La nature de la femme, où nous venons, prêtres fervents, officier chaque jour, culotte bas et pine en main.

Et dévotement sur l’autel,
Je pose mes lèvres tremblantes :
De ma langue, en flammes ardentes,
S’élancent…

A. François.

À l’autel de la volupté
Soudain s’approche une inconnue
Du morpion silencieux.

B. De Maurice.

Si tous les autels de Vénus étaient aussi dégoûtants.

(Les Maris à la mode.)

Autel

s. m. La table devant laquelle est assis le vénérable. Argot des francs-maçons.

Autel de besoin

Fille publique, — dans le jargon du peuple.

Autel de besoin

Femme ou fille. Allusion à l’hôtel qui s’ouvre pour ceux qui paient. Autel sur lequel l’homme sacrifie par nécessité. Se dit souvent dans le peuple d’une femme légitime (Argot des souteneurs).

Autel de plume

s. m. Le lit, — dans l’argot du peuple, qui dit cela depuis longtemps, comme le témoigne ce couplet d’une vieille chanson que nos grand’ mères chantaient, en s’accompagnant de l’épinette, sur l’air de Le démon malicieux et fin :

À Damon vous avez tout permis
Pour l’hymen qu’il vous avait promis ;
Mais, Iris, savez-vous la coutume ?
Avez-vous pu l’en croire a son serment ?
Ceux que l’on fait sur un autel de plume
Sont aussitôt emportés par le vent !

Autel de plume (l’)

Le lit, sur lequel l’homme et la femme officient avec une ferveur dont le Dieu — de Lampsaque — doit être content.

Avez-vous pu l’en croire à son serment ?
Ceux que l’on fait sûr un autel de plume
Sont aussitôt emportés par le vent.

Collé.

Auteur

Père. — Abrév. d’auteur de mes jours.

Il est impossible de voir un auteur (père) plus chicocandard.

Th. Gautier.

Auteur

s. m. Père ou mère, — dans l’argot des faubouriens et des vaudevillistes.

Auteur beurrier

s. m. Écrivain dont les productions ne se vendent pas en livres, aux lecteurs, mais à la livre, à la fruitière ou à l’épicier, qui en enveloppent leurs produits.

Automédon

s. m. Cocher, — dans l’argot des académiciens et des vaudevillistes de l’école Scribe, qui se souviennent de l’écuyer d’Achille.

Autor

Autorité.

Autor (d’)

D’autorité.

Autor (d’)

D’autorité. — Abrév. — Un coup d’autor et d’achar est irrésistible. On joint d’ordinaire ces deux mots.

Et d’autor et d’achar
Enfoncé le jobard.

De Montépin.

Autor et Achar (d’)

D’autorité, avec acharnement.

Autor et d’achar (d’)

Apocope d’Autorité et d’Acharnement, qu’on emploie, — dans l’argot des faubouriens, — pour signifier : Vivement, sans répliquer, en grande hâte.

Autor et d’Achar (d’)

D’autorité et avec acharnement. Terme employé par les joueurs d’écarté, lorsqu’ils jouent sans aller aux cartes. Jouer d’autor et d’achar. — Faire de l’autor. Prendre des airs autoritaires.

Autor et d’achard (d’)

Abréviation d’autorité et d’acharnement. Lorsque deux joueurs font une partie d’écarté et que l’un demande des cartes à son adversaires, l’autre lui répond : Non, j’y vais d’autor et d’achard (Argot du peuple).

Autre (être l’)

Étre la dupe.

Autre (l’)

Nom donné à Napoléon I par ses partisans. Sous Louis XVIII, il avait une valeur exceptionnelle ; il signifiait : l’Autre souverain.

M. de Saint-Robert était, du temps de l’Autre, officier supérieur dans un régiment de la vieille.

Couailhac.

Autre (l’)

Nom que, sous la Restauration, donnaient à Napoléon Ier les militaires restés fidèles à leur empereur, qu’ils appelaient aussi l’Ancien, c’est-à-dire l’autre souverain. — L’autre, cet autre, désigne une personne qu’on ne veut pas nommer ou citer :

Mais feignant de croire, comme dit l’autre, qu’il (le corps humain) est né de sa propre puissance.

(L. Veuillot.)

Pour un homme marié, l’autre c’est sa maîtresse, l’autre femme. Pour la femme mariée, c’est l’amant. — Être l’autre, être dupe.

Vous criez quand les garçons demandent de l’argent, vous dites qu’il dérangent la partie : avec tout ça, c’est moi qui suis l’autre.

(A. de Gaston.)

Autre côté (femme de l’)

Les étudiants de Paris appellent ainsi les lorettes habitant la rive droite, c’est-à-dire l’autre côté de la Seine (pour le quartier latin).

C’est Annette. C’est une femme de l’autre côté.

Les étudiants, 1860.

Autre paire de manches (c’est une)

C’est une autre affaire. Expression populaire usitée dès le milieu du XVIIIe siècle.

Auvergnat (avaler l’)

Communier.

Auvergnate

Qui appartient au troisième sexe — puisqu’elle n’est pas homme et ne veut pas être femme.

Consommateurs des deux sexes, hommes et femmes, pas d’Auvergnats, tout au plus quelques Auvergnates très élégantes, fleurs du mal qui se respirent entre elles.

A. Delvau.

Auverpin

Auvergnat. V. Charabia.

Auverpin

s. m. Auvergnat, — dans l’argot des faubouriens, qui donnent ce nom à tous les charbonniers et à tous les commissionnaires.

Auverpin

Auvergnat. On dit aussi : Auverplum et Bougnat (Argot du peuple).

Auverpin

Auvergnat ; il y a un mot plus moderne qui est ploume.

Auverpinches

Gros souliers comme en portent les Auvergnats.

Avalé le pépin (avoir)

Être enceinte, — par allusion à la fameuse pomme dans laquelle on prétend que notre mère Ève a mordu.

Avalé le pépin (avoir)

Être enceinte.

Avalé une chaise percée (avoir)

Se dit dans l’argot des faubouriens, — à propos de quiconque a l’haleine homicide.

Avale-tout

Femme qui ne recule devant aucune extrémité.

Avale-tout-cru

Voleur qui exploite les bijoutiers. Il est myope, paraît-il, car il examine de si près les diamants non montés, qu’il lui arrive toujours d’en avaler un ou deux parmi les plus beaux. Mais il les rend… chez lui, avec ou sans le secours d’un purgatif, suivant qu’il est plus ou moins pressé.

Avale-tout-cru

Voleur qui exploite les bijoutiers. Il avale les diamants.

Avale-tout-cru

Synonyme de Va de la gueule, Gueulard, Bouffe-tout et Ventre a tous grains. Ces expressions, dans le peuple, signifient : gros mangeur. Une certaine catégorie de voleurs se sont emparés de l’expression : Avale-tout-cru, pour désigner un genre de vol assez original. Le voleur se fait montrer par le bijoutier des diamants non montés, sur carte ; il paraît avoir la vue basse, il les regarde de près et d’un coup de langue habile il en avale quelques-uns (Argot des voleurs).

Avaler des couleuvres

v. a. Éprouver des déceptions ; essuyer des mortifications. Argot du peuple.

Avaler la douleur

Boire un petit verre d’eau de vie.

Allons, dégourdi, avale la douleur !

(A. de Liancourt, le Rideau levé sur les mystères de Paris, 1814.)

Avaler la pilule

Avaler le sperme qui s’échappe du membre de l’homme que l’on suce.

Avaler le disque

Communier.

Avaler le goujon

Mourir ; expression populaire, plus usitée au commencement du siècle que de nos jours.

Mais si j’tenions sur mon bord
Monsieur Pitt, par la ventredienne !
Oui j’li frais faire un plongeon,
Oui j’li frais avaler le goujon.

(Pus, Chans., 1806.)

Avaler le goujon, sa cuiller, sa fourchette, sa langue, sa gaffe

Mourir.

Avaler le luron

v. a. Communier, — dans l’argot des voleurs, qui appellent la sainte hostie le luron, sans doute après l’avoir appelée le Rond.

Avaler le luron

Communier. On dit aussi : avaler l’Auvergnat, parce que sans doute, comme lui, Dieu n’est ni homme ni femme (Argot des voleurs).

Avaler le pepin

Être enceinte.
— Elle en a une de bedaine la frangine. Qu’a-t-elle donc mangé ?
— Elle a avalé le pépin (Argot du peuple).

Avaler le poisson sans sauce

Être baisée par un homme qui ne décharge point, ou que l’on empêche de décharger.

Ah ! combien l’apparence est fausse !
Au chaponneau point de cresson,
Et mon amphitryon sans sauce,
Me fit avaler le poisson.

Marcillac.

Avaler les enfants des autres

Gamahucher (V. ce mot) une femme qui vient d’être baisée par un autre homme et qui n’a pas eu le temps de se laver.

Au lavabo, tout de suite ! je ne tiens pas à avaler les enfants des autres.

J. Le Vallois.

Avaler sa chique

Mourir. Allusion au chiqueur qui s’étoufferait en avalant son pruneau (Argot du peuple).

Avaler sa chique

Mourir, se taire, s’abstenir.

Avaler sa chique

Mourir.

Avaler sa cuiller

v. a. Mourir, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Avaler sa fourchette, avaler sa gaffe et avaler sa langue.

Avaler sa cuiller

Mourir. Être moins heureux que le commis des Magasins du Printemps ; il est vrai qu’il n’avait avalé qu’une fourchette (Argot du peuple).

Avaler sa gaffe

Mourir, dans le jargon des marins.

D’un jour à l’autre on peut avaler sa gaffe.

(E. Sue. Atar-Gull, 1832.)

Avaler son absinthe

Faire contre mauvaise fortune bon visage, endurer avec résignation quelque désagrément.

Avaler son poussin

v. a. Recevoir une réprimande, être congédié. Argot des peintres en bâtiment.

Avaler son poussin

Être renvoyé, — dans le jargon des peintres en bâtiments.

Avaleur de cuivre

Musicien qui joue du trombone à coulisse.

Avaloir

Gosier (Vidocq). — Inutile d’insister sur l’origine du mot. On voit que le gosier est ici dans l’exercice de ses fonctions.

Avaloir

s. m., ou Avaloire, s. f. Le gosier, — dans l’argot des faubouriens, dont les pères ont chanté :

Lorsque la cruelle Atropos
Aura tranché mon avaloire,
Qu’on dise une chanson à boire !

Avaloir

Gosier.

Avaloir

La gorge. Elle avale tout en effet (Argot du peuple). V. Dalle.

Avaloir

La gorge.

Avaloir, Avaloire

Gosier, — Quel avaloir ! Quel mangeur intrépide !

Avances

Privautés que laisse prendre à un homme, et que parfois même prend, avec lui, la femme à qui le cul démange.

J’ai un caprice, il ne sait le deviner ; je le lui explique aux trois quarts ; il ne comprend rien, et mon butor me quitte après mes avances humiliantes.

A. de Nerciat.

Un monsieur qu’était dans l’aisance,
Désirant lui faire quelqu’avance,
S’approch’ d’elle une bourse en main.

Perchelot.

Avant courrier

Mèche anglaise à percer.

Avant-courrier

Mèche anglaise à percer.

Avant-courrier

s. m. Mèche anglaise à percer. Argot des voleurs.

Avant-courrier

Mèche en acier dont se servent les voleurs pour percer les devantures des boutiques de bijoutiers (Argot des voleurs). V. Vrilleurs.

Avant-postes

Seins.

Il y en eut un qui, tenté par ses maîtres avant-postes de chair-vive, voulut prendre des libertés avec elle.

(J. Barbey d’Aurévilly, Les Diaboliques, 1874.)

Avant-postes, avant-scènes

Seins développés.

Avant-scène

La gorge des femmes, parce qu’elle avance plus que le reste du corps en dehors de la perpendiculaire, et que c’est la première chose que l’on remarque.

Ce ne sont pas les avant-scène qui lui manquent, mâtin !

Barthet.

Avant-scène

Les seins. Ils avancent, en effet, quand… il y en a. (Argot du peuple). V. Capitonnée.

Avant-scènes

s. f. pl. La poitrine, lorsqu’elle fait un peu saillie en avant du buste, — dans l’argot des petites dames. Balzac a dit Avant-cœur.

Avant-scènes

Seins qui tournent au majestueux.

Avant-scènes

On dit d’une femme favorisée par la nature au point de vue poitrine :

Elle a une paire d’avant-scènes à la mode.

Avant-scènes (les)

Les seins.

Avantage

Les seins. Avantage, oui, quand il fait froid, mais pendant les grandes chaleurs ? (Argot du peuple). V. Capitonnée.

Avantages

Gorge plantureuse, poitrine à la mode de Caen.

C’est trop petit ici : la société y sera comme les avantages de madame dans son corset.

Auguste Villemot.

Avantages

s. m. pl. La gorge des femmes, — dans l’argot des bourgeois.

Avantages, avant-cœur, avant-scènes

Seins.

N’étouffons-nous pas un petit brin ? lui dit-il en mettant la main sur le haut du busc ; les avant-cœur sont bien pressés, maman.

Balzac.

C’est trop petit ici : la société y sera comme les avantages de madame dans son corset.

Villemot.

Avaro

s. m. Avanie, et aussi accident. Nous orthographions ce mot à tout hasard. Quelle en est l’origine ? Nous l’ignorons. Peut-être vient-il d’avarie.

Avaro

Accident.

Ave

Imbécile.

Avec (l’)

La nature de la femme, avec laquelle (cum, con) l’homme jouit quand il a répudié la veuve Poignet.

Allons, cher ange, montre-moi ton avec, je te montrerai le mien et nous les marierons ensemble.

A. François.

Aveindre

v. a. Aller prendre un objet placé sur un meuble quelconque, mais un peu élevé, — dans l’argot du peuple qui a parfois l’honneur de parler comme Montaigne.
Je sais bien que Montaigne se souciait peu d’écrire correctement ; en tout cas, il avait raison, et le peuple aussi, d’employer ce verbe — que ne peut pas du tout remplacer atteindre, — car il vient bel et bien d’advenire.

Avène

s. f. Avoine, — dans l’argot des faubouriens, qui s’obstinent à parler plus correctement le français que les gens du bel air : Avène ne vient-il pas d’avena.

Aventures (avoir eu des)

Avoir eu des amants si l’on est femme, ou des maîtresses si l’on est homme.

Cette femme avait eu déjà bien des aventures.

Champfleury.

Il vint, et les tendres ébats
Agitant draps et couvertures,
Le psautier descendant plus bas,
Se trouve au fort de l’aventure.

Piron.

Aventurière

Gil-Blas femelle, fille ou femme qui a eu une foultritude d’aventures amoureuses — ou plutôt galantes.

Avergot

Œuf.

Avergot

Un œuf.

Avergot

s. m. Œuf, — dans l’argot des voleurs.

Avergot

Œuf.

Avergots

Œufs.

Avergots

Œufs. Il morfile les avergots, il gobe les œufs.

Avergots

Œufs.

Avergots

Œufs.

Avertineux

adj. m. Homme difficile à vivre, d’un caractère ombrageux à l’excès, — dans l’argot du peuple, qui ne se doute pas qu’avertineux vient d’avertin, et qu’avertin vient d’avertere (a indiquant éloignement et vertere, tourner), « mal qui détourne l’esprit ».

Avesprir

v. n. Faire nuit, — dans le même argot [du peuple], où l’on retrouve une multitude de vieilles formules pittoresques et étymologiques. Avesprir ! Vous voyez aussitôt se lever à l’horizon l’Étoile de Vénus, — Vesper est venu !

Avitaillé

Mot grossier hors d’usage signifiant un homme pourvu de membre viril.

Duvigny était bien avitaillé et grand abasteur de bois.

Tallemant des Réaux.

Avocat bêcheur

Procureur de la République.

Avocat bêcheur

s. m. Ouvrier qui médit de ses compagnons, absents ou présents. Argot des typographes.
C’est aussi le nom que les voleurs donnent au procureur de la République.

Avocat bêcheur

Avocat général, ministère public.

Mais vient le jour de monter sur la planche
Où le bêcheur commence à Jaspiner.
Avec sa tronche et son poing sur la hanche,
Dirait-on point qu’il va vous béquiller ?

Avoine

s. f. Coups de fouet donnés à un cheval pour l’exciter. Argot des charretiers.

Avoine

Eau-de-vie, — dans le jargon des troupiers. C’est la ration d’eau-de-vie qu’on distribue aux soldats en campagne.

Avoine

Coup.

Avoine (donner de l’)

Battre, rouer de coups. De la langue des charretiers, l’expression est passée dans celle des souteneurs et des gens sans aveu.

Alphonse ne recule pas à lui donner de l’avoine (à sa maîtresse), c’est-à-dire à lui administrer une volée.

(Voltaire, 1882).

Avoine de curé

Du poivre.

Avoir

Avoir eu, foutre ou avoir foutu avec une femme ou une fille que l’on désirait.

Eh bien ! ma mie, tu vois comme je t’aime, je laisse ma prébende pour t’avoir.

(Moyen de parvenir.)

Fais donc que j’aie cette fille, et je te rendrai riche.

P. De Larivet.

Avoir

Arrêter, capturer.

Avoir

(verbe) je l’aurai, tromper.

Avoir à la bonne

Aimer.

Avoir à la bonne

Aimer.

Avoir à la bonne

v. a. Avoir de l’amitié ou de l’amour pour quelqu’un. Argot du peuple.

Avoir à la bonne, avoir dans le sang

Aimer.

Avoir à sa bonne

Avoir de l’amour pour…

Surtout, p’tit cochon,
N’ fais pas l’ paillasson :
Je sais qu’ t’as Clarisse à la bonne ;
Mais dis-lui d’ ma part
Qu’ell’ craign’ le pétard…

A. Dumoulin.

Avoir celui

v. a. Avoir l’honneur de…, — dans l’argot des bourgeois.

Avoir commerce

Faire l’acte vénérien.

Jean, tu m’accusais l’autre jour
D’avoir dit à certaine dame
Qu’Anne, avant que d’être ta femme,
Avait eu commerce d’amour.

La Monnoye.

A-t-elle eu commerce avec le chevalier de Lorraine ? qu’on la brûle.

(La France galante.)

Avoir dans l’nez

Détester quelqu’un.

Je l’ai tellement dans l’nez, que je ne peux plus le supporter.

Avoir dans le naze

Détester.

Avoir dans le nez

Détesté.

Avoir dans le nez

Détester quelqu’un. — Mot à mot : être infecté par ses actes, par ses manières. — C’est ainsi qu’on appelle puant un homme qu’on ne peut supporter. V. Macaron.

Avoir dans le nez

v. a. Ne pas pouvoir sentir quelqu’un ou quelque chose.

Avoir dans le ventre

Être capable de…, — dans l’argot des gens de lettres.

Avoir de beaux cheveux

v. a. Se dit ironiquement de quelqu’un qui est mal mis, ou de quelque chose qui est mal fait. Argot des bourgeois.

Avoir de ce qui sonne

Être riche, — dans l’argot du peuple. L’expression se trouve dans Restif de la Bretonne.

Avoir de l’agrément

Jouir avec une femme, soit en la baisant, soit en se faisant branler par elle.

Tu vas avoir de l’agrément, mon chéri, je t’en réponds.

Lemercier de Neuville.

Avoir de l’anis dans une écope

Façon de parler ironique, du même argot [des faubouriens], où on l’emploie pour répondre à une demande indiscrète ou à un désir impossible à satisfaire. T’auras d’l’anis dans une écope équivaut à Du vent !

Avoir de la chance au bâtonnet

v. a. N’être pas heureux en affaires ou en amour. Ironiq. — Argot des faubouriens. On dit aussi Pas de chance au bâtonnet !

Avoir des as dans son jeu

v. n. Avoir du bonheur, de la chance dans ses entreprises. Argot du peuple. N’avoir plus d’as dans son jeu. Avoir tout perdu, famille, affection, fortune, en être réduit à mourir.

Avoir des bontés

Employé dans un sens obscène pour accorder ses faveurs à un homme.

Tu as eu des bontés pour lui, ça prouve ton bon cœur.

Voisenon.

Une femme sensible se décide difficilement à laisser pendre un homme pour qui elle a eu des bontés.

Pigault-Lebrun.

Ayez des bontés pour moi, et mademoiselle Hortense est mariée.

H. De Balzac.

Avoir des mots avec quelqu’un

v. a. Se fâcher avec lui. Avoir des mots avec la Justice. Être traduit en police correctionnelle.

Avoir des sens

Être ardent en amour ; jouir sous l’homme quand on est femme, jouir avec la femme lorsqu’on est homme.

Et d’ailleurs, Marotte a des sens
Récompensants
Les insolents
Qui montrent des talents.

Collé.

Avoir deux médailles de sauvetage

Une femme qui a peu de poitrine a des médailles de sauvetage en place de seins.

Avoir deux œufs sur le plat

On emploie cette expression pour une femme qui a des seins à l’état de soupçon. Ce à quoi elle répond : J’en ai assez pour un honnête homme (Argot du peuple). N.

Avoir du beurre sur la tête

v. a. Avoir commis quelques méfaits plus ou moins graves, — dans l’argot des voleurs, qui ont certainement entendu citer le proverbe juif : « Si vous avez du beurre sur la tête, n’allez pas au soleil : il fond et tache. »

Avoir du chien

Se dit d’une femme qui a des grâces provoquantes, qui ne baise pas comme la première venue.

Il faut être sincère, même avec des drôlesses de cette espèce : Julia a du chien, beaucoup de chien.

Lynol.

Avoir du chien dans le ventre

v. a. Être hardi, entreprenant, téméraire, fou même, comme un chien enragé. Argot du peuple.

Avoir du fil à retordre

Pour mener à bonne fin une affaire difficile, il y a du fil à retordre.

D’une mauvaise femme, pour en faire une bonne, il y a du fil à retordre.

Avoir du mal

Baiser beaucoup, — dans l’argot des filles de bordel.

Ce qu’ nous avons d’ bon ici, c’est d’êt’ ben nourries. Si on a du mal, on n’ meurt pas d’ faim, comme dans des maisons où j’ai été.

Henry Monnier.

Avoir du pain sur la planche

Avoir des économies ou des rentes. Argot des bourgeois.

Avoir du pain sur la planche

Être riche et ne pas avoir à s’occuper du lendemain. Être condamné à un certain nombre d’années de prison (Argot du peuple).

Avoir du pain sur la planche

Être riche, ou condamné à plusieurs années de prison.

Avoir du sable dans les yeux

Avoir envie de dormir. On dit aussi : Le marchand de sable a passé.

Avoir du truc

Avoir un caractère ingénieux.

Avoir encore (l’)

Sous-entendu : Son pucelage.

Ça me rappellera… le temps où je l’avais encore.

Lemercier de Neuville.

Avoir encore (l’)

Avoir ce qu’une jeune fille doit perdre seulement le jour de son mariage.

Avoir eu froid

Ne pas avoir eu le courage d’achever un crime.

Avoir eu quelque chose avec une femme

Avoir couché avec elle, une ou plusieurs fois ; avoir été son amant.

Tu me feras peut-être accroire que tu n’as rien eu avec Henriette ?

Gavarny.

Avoir l’eau à la bouche

Avoir appétit de femme lorsqu’on est un homme, ou d’homme lorsqu’on est femme, soit en voyant baiser les autres, soit en lisant des livres de fouterie.

Avoir l’estomac dans les mollets

Avoir très grand faim. Argot du peuple. On dit aussi Avoir l’estomac dans les talons.

Avoir l’étrenne

Être le premier à faire ou à recevoir une chose.

Avoir l’étrenne

S’offrir une chose neuve.

Elle me dit : Mon vieux,
Pâme-toi si tu veux,
Tu n’en auras pas l’étrenne.

Faire étrenner un camarade : lui flanquer une bonne volée (Argot du peuple). N.

Avoir l’étrenne

Être le premier à profiter d’une chose.

Avoir l’œil

Ne rien payer.

Avoir l’oreille de la cour

Être écouté avec une faveur marquée par les juges. Argot des avocats.

Avoir la compagnie d’homme

Faire l’amour avec un homme.

À moins enfin qu’elle n’ait à souhait
Compagnie d’homme.

La Fontaine.

Avoir la courte haleine

Être petit baiseur, se contenter de tirer un coup ou deux et dormir après.

Vous avez la courte haleine ;
Parler d’amour une fois,
C’est me donner la migraine.

Collé.

Avoir la cuisse gaie

Être de mœurs faciles.

Très gentille avec son petit nez en l’air ; je parie qu’elle a la cuisse gaie, nein !

(Vie Parisienne, 1er octobre 1881.)

Avoir la dent

Avoir faim.

Avoir la gueule de bois

S’être pochardé la veille. L’ivrogne boit de l’eau le lendemain pour éteindre le feu qui lui dessèche la gorge. Mot à mot : Il a la gueule sèche (Argot du peuple).

Avoir la gueule de bois

S’être pochardé la veille et avoir soif ; bouche sèche.

Avoir la main occupée

Se branler d’une main en lisant de l’autre un roman libertin ; ou pincer le cul à sa voisine en trinquant avec son voisin.

Souvent entre deux draps
Rêvant à ses appas,
Et d’une voix entrecoupée,
Je me dis, la main occupée,
Ah ! comme on tirait
Chez ell’ du vin clairet !

E. De Pradel.

Avoir la moelle

Force musculaire.

Avoir la peau trop courte

v. a. Faire, en dormant, des sacrifices au dieu Crépitus, — dans l’argot du peuple, qui croit que le corps humain n’a pas une couverture de chair suffisante, et que lorsque l’hiatus de la bouche se ferme, l’hiatus opposé doit s’ouvrir, d’où l’action de crepitare.

Avoir la queue verte

Être frais et dispos pour le combat amoureux, être vaillant au lit.

Avoir la vache et le veau

Épouser une fille enceinte des œuvres d’un autre.

Avoir laissé le pot de chambre dans la commode

Avoir l’haleine homicide. Argot des voyous.

Avoir le béguin

Être malade d’amour.

Avoir le bras long

Être en position de rendre des services importants, de protéger des inférieurs et même des égaux.

Avoir le casque

v. a. Avoir un caprice pour un homme, — dans l’argot des filles.

Avoir le compas dans l’œil

v. a. Voir juste ; calculer exactement ; apprécier sainement.

Avoir le fil

Un couteau qui coupe bien a le fil. Un individu malin, rusé, possède le fil.
— Y a pas moyen de lui mettre à ce gonce là, il a le fil.
Avoir le fil, être au courant de toutes choses et être constamment en éveil (Argot du peuple). N.

Avoir le front dans le cou

Être chauve comme l’Occasion, — dans l’argot des faubouriens.

Avoir le nez sale

Avoir trop bu. Quand au lendemain du lundi un ouvrier dort sur son travail, les amis lui disent : Tu t’es sali le nez hein ! (Argot du peuple).

Avoir le pouce rond

v. a. Être adroit, — dans l’argot du peuple, qui a constaté depuis longtemps l’adresse avec laquelle les voleurs mettent le pouce sur la pièce d’argent qu’ils veulent voler.

Avoir le sac

Être riche, avoir beaucoup d’argent.

Avoir le sacré chien

Avoir le génie, l’esprit de son art. — Équivoque sur le mot précédent. — V. Chien.

Avoir le ventre en accordéon

Femme déformée qui a eu des masses d’enfants. Allusion au plissage du ventre (Argot du peuple).

Avoir le ventre en persienne

Voir ci-dessus.

Avoir le ventre plein

Être enceinte.

Je crois, ma chère, que j’ai le ventre plein : cet imbécile d’Hippolyte n’aura pas mouché la chandelle.

E. Jullien.

Avoir les côtes en long

Être paresseux. On dit aussi Avoir les côtes en long comme les loups, qui en effet ne peuvent pas, à cause de cela, se retourner facilement. Ne pas pouvoir se retourner, ne savoir pas se retourner, c’est la grande excuse des paresseux.

Avoir les pieds dans l’dos

Être recherché par la police.

Avoir les talons courts

Se laisser volontiers renverser sur le dos par un homme ; bander facilement pour les porte-queue.

Elle a les talons si courts, qu’il ne faut la pousser guère fort pour la faire cheoir.

(Les Caquets de l’accouchée.)

Avoir mal au bréchet

v. n. Souffrir de l’estomac. Argot du peuple.

Avoir mal aux cheveux

Avoir la tête lourde un lendemain d’ivresse.

Avoir mal aux cheveux

v. n. Avoir mal à la tête, par suite d’excès bachiques. Argot des faubouriens.

Avoir mal aux cuisses

Façon chaste de dire qu’on a beaucoup besogné avec sa voisine, ou avec toute autre femme, car c’est surtout à cet endroit du corps que se fait sentir la fatigue vénérienne. — On dit aussi, dans le même sens : avoir les cuisses coupées, ou encore, avoir les jambes brisées.

Avoir mangé de l’oseille

Être d’un abord désagréable, rébarbatif ; avoir la parole aigre, être grincheux. Argot du peuple.

Avoir mangé des pois pas cuits

V. Avaler le pépin.

Avoir mangé du singe

Se dit de celui qui est de mauvaise humeur et qui ne tient pas en place.

Avoir mangé la soupe à la qué-quéte

V. Avaler le pépin.

Avoir mangé ses pieds

Puer de la bouche, — dans l’argot des faubouriens.

Avoir mangé ses pieds

Puer de la bouche (Argot du peuple).

Avoir organe

Avoir faim.

Avoir pas inventé le fil à couper le beurre (n’)

Être simple d’esprit, et même niais. On dit aussi N’avoir pas inventé la poudre.

Avoir pas sa langue dans sa poche (n’)

Être prompt à la riposte ; savoir parler. Argot du peuple.

Avoir perdu sa clé

Être atteint d’une foire à tout inonder et ne pouvoir se retenir. On comprend qu’il s’agit d’une clé que le serrurier ne peut remplacer (Argot du peuple).

Avoir perdu sa fleur

Se dit d’une jeune fille qui a eu un fruit.

Avoir quelqu’un

Avoir un entreteneur, un miché, quand on est fille ; avoir une maîtresse, être la maquereau d’une fille, quand on est homme — sans préjugés.

J’ai pas d’amant… veux-tu me l’êt’ ?… — Non. — Tas quéqu’un ?… — Oui ?… — N’en parlons plus.

Henry Monnier.

Voilà ce qu’une femme qui se sent poursuivie devrait se dire à elle-même, à tous les moments du jour : Un tel me suit, il me cherche, je le trouve partout ; donc il veut m’avoir et me mettre sur sa liste.

La Popelinière.

Une duchesse à l’œil noir
L’an passé voulut m’avoir.

Béranger.

Avoir quelqu’un à la bonne

Être très camarade, ne jamais se quitter, vivre comme deux frères (Argot du peuple).

Avoir quelqu’un dans l’sang

Est l’aimer passionnément.

Avoir quelqu’un dans le sang

Aimer violemment (Argot des filles).

Avoir quelqu’un quelque part

Mépriser quelqu’un profondément, se moquer complètement des observations de quelqu’un. Les variantes sont : Avoir quelqu’un dans le derrière, avoir quelqu’un dans le cul.

Avoir quelque chose avec une femme ou avec un homme

Être son amant ou sa maîtresse ; ou s’être donné rendez-vous pour coucher ensemble.

Avoir quelque part

Être ennuyé au suprême degré. Synonyme d’en avoir plein le dos. Seulement cela se prolonge un peu plus bas.

Pour ce qui est de la rousse et du guet
Je les ai queuqu’part.

Cabassol.

Avoir rôti le balai

Avoir eu de nombreux amants, savoir ce que la pine en vaut l’aune, avoir fait une vie de chienne, — par allusion aux sorcières qui chevauchaient le balai pour aller au sabbat et qui le rôtissaient à la chaleur de leur cul.

C’est une fille qui a rôti le balai.

Lemercier.

Avoir sa claque (en)

Avoir assez bu ou assez mangé, c’est-à-dire trop mangé ou trop bu. Argot des faubouriens.

Avoir sa cocarde

Être ivre, avoir le visage teinté par un excès de boisson.

Vieux ! Avec sept cent mille francs on a bien des cocardes.

Balzac.

J’y voyais en dedans, Todore ne parlait pas. Robert nous dit : Vous avez votre cocarde.

Monselet.

Avoir sa côtelette

v. a. Être chaleureusement applaudi, — dans l’argot des comédiens.

Avoir sa pistache

Être complètement gris (Argot du peuple). N.

Avoir sa pointe

Légèrement pris de boisson.

Avoir sa pointe, son grain

Premier degré de l’ivresse. Les autres degrés sont : Être monté, en train, poussé, tancé, en patrouille, attendri, gai, éméché, teinté, allumé, pavois, poivre, pompette. Avoir le net piqué, son plumet, sa cocarde. Être raide, dans les vignes, dans les brouillards, dans les brindezingues, chargé, gavé, plein, complet, rond, pochard, bu. Avoir sa culotte, son casque, son sac, sa cuite, son compte, saoul comme trente-six mille, hommes, etc.

Avoir sept pouces moins la tête (en)

Posséder un membre d’une longueur plus qu’estimable, et bien fait pour plaire aux femmes, — le sexe le plus goulu.

…. La belle Urinette
Au corps content, mais pas de peu,
Car il lui faut sept pouces, moins la tête,
Pour qu’elle ait un beau jeu.

Lemercier de Neuville.

Avoir son caillou

Commencer à se griser, — dans l’argot des faubouriens.

Avoir son casque

Voir casquette.

Avoir son compte

Mourir, voir finir le compte de ses jours.

J’ai mon compte pour ce monde-ci. C’est soldé.

L. Reybaud.

Avoir son compte

Être pochard. Avoir reçu une formidable volée dans une bataille (Argot du peuple).

Avoir son jeune homme

Être gris. — Allusion à la forte mesure de liquide qui dans les brasseries a reçu le nom de jeune homme, et qui vaut deux moos.

Chaque fois qu’il rentrait avec son jeune homme.

Privat d’Anglemont.

Un individu en blouse qui semblait avoir son petit jeune homme.

G. de Nerval.

Avoir son jeune homme

Synonyme de avoir sa pointe.

Avoir son pain cuit

Être rentier, — dans l’argot du peuple. Être condamné à mort, — dans l’argot des voleurs.

Avoir son pain cuit

Mourir (Argot des boulangers).

Avoir son plaisir

Employé dans un sens obscène pour faire l’acte vénérien.

Et sachez bien que je mourusse
Si mon plaisir de lui n’eusse.

(Anciens Fabliaux.)

Mais Marguerite eut de moi son plaisir.

Maroy.

Polyxène, sans être vue de personne, tira le prêtre en sa maison pour en avoir son plaisir.

P. De Larivey.

Avoir son plumet

Synonyme de avoir son pompon.

Avoir son pompon…

« J’avais mon pompon En r’venant de Suresne ; Tout le long d’la Seine J’sentais qu’j’tais rond. »

Avoir son vin au croc

Être privé de la ration de vin réglementaire. Argot des matelots.

Aussi lui était-il arrivé souvent d’être privé de sa ration de vin ; en terme de marin, d’avoir son vin au croc.

(Patrie, février 1887.)

Avoir toujours des boyaux vides

v. a. Avoir toujours faim, — dans l’argot du peuple.

Avoir toujours l’anneau ou la bague au doigt

Passer sa vie à branler les femmes, le con étant pris pour un anneau — depuis celui de la femme d’Hans Carvel.

Avoir tu toup

Être hardi.

Avoir un arlequin dans la soupente

C’est-à-dire, dans le ventre. Être enceinte d’on ne sait qui, — de plusieurs amants, — de toutes les couleurs.

Avoir un béguin

Être coiffé de quelqu’un ou de quelqu’une. S’aimer à l’œil, ce qui ne fait pas bouillir la marmite. C’est pas l’béguin qui fait bouillir la soupe. J’te vas coller un pain. (Argot des souteneurs).

Avoir un bon doigté

Savoir peloter habilement les couilles d’un homme ; faire à merveille la patte d’araignée.

Avoir un cheveu

Avoir un caprice pour une femme, ou pour un homme.

Elle a un cheveu pour lui.

Charles Monselet.

Avoir un coup de marteau

Ne pas jouir de la plénitude de ses facultés.

Avoir un coup de soleil

Avoir une pointe de vin (d’Hautel, 1808). — Le vin et le soleil ont également la vertu d’empourprer Le visage.

Avoir un fil à la patte

Être tenu par sa femme ou par un emploi ; ne pas être libre de ses actions est avoir un fil à la patte.

Avoir un fruit

Se dit d’une jeune fille qui s’est laissé séduire et qui a lieu de s’en repentir — neuf mois après.

Avoir un œil à la coque

Paupière noire par suite d’un coup.

Avoir un paletot sans manches

Être cloué dans un cercueil (Argot du peuple).

Avoir un pépin

Aimer. En tenir momentanément pour quelqu’un (Argot du peuple).

Avoir un pépin

Désirer, aimer une personne ou un objet. On a un pépin pour un beau bijou, on a aussi un pépin pour une belle fille.

Avoir un pet de travers

Se dit d’un personnage grincheux que l’on ne sait jamais par quel bout prendre et qui gémit sans cesse, du matin au soir et du soir au matin (Argot du peuple). N.

Avoir un poil dans la main

Voir main.

Avoir un poil dans la main

Celui qui est paresseux et qui ne veut travailler a un poil dans la main.

Avoir un polichinelle dans le tiroir

Se dit d’une femme enceinte.

Avoir un polichinelle dans le tiroir

Être enceinte.

Sais-tu ? lui dit sa femme, je crois avoir un polichinelle dans le tiroir. Le mari comprend, la femme est intéressante.

Figaro.

Avoir un polichinelle dans le tiroir

V. Avaler le pépin.

Avoir un pot de chambre cassé dans l’estomac

V. Trouilloter de la hurlette.

Avoir une araignée dans le plafond

v. a. Être fou, maniaque, distrait. Argot de Breda-Street.

Avoir une belle presse

Être complimenté par tous les journaux.

Madame est en train de lire ses journaux… Madame, à ce qu’il paraît, n’a jamais eu une si belle presse !

(De Goncourt : La Faustin.)

Avoir une carotte dans l’plomb

Être enroué.

Avoir une carotte dans le plomb

V. Trouilloter de la hurlette.

Avoir une chambre à louer

Être un peu fou et en tout cas très excentrique, — dans l’argot du peuple, qui suppose que la déraison peut être produite chez l’homme par la vacuité de l’un des compartiments du cerveau, à moins qu’il ne veuille faire allusion au déménagement du bon sens.
Signifie aussi Avoir une dent de moins.

Avoir une crampe au pylore

Avoir grand appétit, — dans l’argot des faubouriens.

Avoir une crane giberne

Se dit d’une femme qui a de belles fesses, une Parisienne callipyge, — naturellement ou artificiellement.

Elle a une crane giberne, ton adorée, faut lui rendre justice : tout est à elle, dis ?

Charles Monselet.

Avoir une écrevisse dans la tourte

v. a. Être fou, non à lier, mais à éviter. On dit aussi Avoir une écrevisse dans le vol-au-vent, et Avoir une hirondelle dans le soliveau.

Avoir une fièvre cérébrale

Condamné ou menacé de mort.

Avoir une table d’hôte dans l’estomac

Manger goulûment et insatiablement.

Avoir vu le loup

Se dit d’une fille qui n’est plus vierge, qui connaît depuis plus ou moins de temps les mystères du pantalon de l’homme — d’où elle a vu sortir, la tête en feu, le poil hérissé, son braquemard enragé.

Toujours est-il que le loup, qui rôdait par là depuis quelque temps, sous la blouse bleue et le pantalon de velours épinglé d’un grand gars de notre village, sortit sournoisement du bois des châtaigniers, se montra tout a coup à l’ombre de la haie d’aubépines, et — qu’elle vit le loup.

A. Delvau.

Avoir vu le loup

Se dit, — dans l’argot du peuple, — de toute fille qui est devenue femme sans passer par l’église et par la mairie.

Avoir vu péter le loup sur une pierre de bois

Les Lyonnais emploient cette expression pour dire qu’une fille a perdu tout droit à la fleur d’oranger (Argot du peuple). N.

Avorton

Être difforme, petit adversaire (Argot du peuple).

Aze

Âne, homme qui n’est pas au courant de son métier. Mot très usité aux XVIIe et XVIIIe siècles et emprunté au provençal.

Un barbier y met bien la main,
Qui bien souvent n’est qu’un vilain,
Et dans son métier un grand aze.

(Scarron, Jodelet maître et valet.)

Aze (l’) te foute

Vieux dicton qui signifie : Va te faire foutre — par un âne.

Ainsi les dieux ont celeu
Tels oiseaux qui leur ont pleu.
Priape, qui ne voit goutte,
Haussant son rouge museau,
À taston, pour son oiseau
Print un aze qui vous foute.

Motin.

Lors, dit Catin : N’entends-tu pas ?
Quoi ? répond l’autre. — L’aze, écoute…
— Si l’aze pète : dit Colas,
Parsanguié ! que l’aze te foute !

Piron.

Azor

Sac d’infanterie. Son pelage lui a fait donner ce nom de chien. — Un fantassin en route dit qu’il part à cheval sur Azor.

Le mauvais drôle avait vendu son havre-sac, qu’il appelait son Azor.

Vidal, 1833.

Appeler Azor : Siffler un acteur comme un chien.

Dites donc, mame Saint-Phar, il me semble qu’on appelle Azor.

Couailhac.

Azor

s. m. Nom de chien qui est devenu celui de tous les chiens, — dans le même argot [du peuple]. V. Appeler Azor.

Azor

Autre dénomination du havresac, fait de peau et assimilé plaisamment à un chien. Lorsqu’un troupier recevait son congé de libération, il n’était pas rare autrefois de le voir sortir de la caserne, tenant Azor en laisse, c’est-à-dire traînant à terre son sac attaché à la grande courroie, en signe de parfaite indépendance.

Azor

V. As de carreau.

Azor

Havresac de militaire.

Azor (appeler)

Siffler, — dans le jargon du théâtre.

Qu’est-ce que c’est ? est-ce qu’on appelle Azor ?

(Musée Philipon.)


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