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R

Ra-fla

(Larchey, 1865) : Notes rudimentaires de la batterie du tambour.

Le tambour-major bat la mesure des ra et des fla.

M. Saint-Hilaire.

Rabachage

(d’Hautel, 1808) : Répétition continuelle de que l’on a dit ; sermon, réprimande que l’on fait à quelqu’un qui tombe souvent dans la même faute.

Rabâchage

(Delvau, 1867) : s. m. Bavardage, — dans l’argot du peuple. Redites inutiles, vieux clichés, — dans l’argot des gens de lettres.

Rabacher

(d’Hautel, 1808) : Revenir souvent sur le même sujet ; gronder, grommeler, marmoner, faire perpétuellement les mêmes réprimandes à quelqu’un.

Rabâcher

(Delvau, 1867) : v. n. Ne pas savoir ce qu’on dit ; se répéter, comme font d’ordinaire les vieillards.

Rabacheur

(d’Hautel, 1808) : Un vieux rabacheur. Mauvais auteur, celui qui répète inutilement les mêmes choses ; on donne fort communément ce nom à un vieillard qui a l’humeur grondeuse, qui sermone ou réprimande les jeunes gens sur leurs fredaines.
On dit dans le même sens Rabacheuse, en parlant d’une femme.

Rabâcheur

(Delvau, 1867) : s. m. Bavard, homme qui dit toujours la même chose, qui raconte toujours la même histoire ; mauvais écrivain.

Rabaisser

(d’Hautel, 1808) : Rabaisser le caquet à quelqu’un. Humilier sa vanité, son orgueil ; le confondre, le réduire au silence.

Rabat-joie

(d’Hautel, 1808) : Accident, évènement fâcheux qui vient troubler la joie, le divertissement, les plaisirs.
Un père rabat-joie. Un grondeur, un homme sévère, rébarbatif ; jaloux de la joie et du plaisir des autres.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme mélancolique ou grondeur, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Père Rabat-joie.

Rabateux, Doubleur de sorgue

(Rigaud, 1881) : Voleur de nuit, à l’époque où les voleurs de nuit formaient une catégorie. Aujourd’hui, ils volent de nuit et de jour, quand ils peuvent.

Rabatteurs

(Virmaître, 1894) : Individus qui font le métier de rabattre les filles pour les hommes et les hommes pour les filles. On peut lire la monographie curieuse de cette catégorie d’individus dans Trottoirs et Lupanars (Argot des souteneurs). N.

Rabatteurs à la sorgue

(Virmaître, 1894) : Voleurs qui opèrent la nuit. C’est un redoublement de syllabe ; ils ne rabattent pas, ils s’abattent sur les maisons à dévaliser. Les rabatteurs sont les complices qui nourrissent le poupard (Argot des voleurs).

Rabatteuse

(Rigaud, 1881) : Entremetteuse. Elle va à la chasse pour le compte de la débauche et rabat le gibier humain.

(Fustier, 1889) : Petite voiture qui va chercher des voyageurs dans les communes avoisinant Paris.

Rabattre

(d’Hautel, 1808) : Il faut en rabattre la moitié, et disputer sur le reste. Se dit d’un mémoire exagéré, ou d’un marché dont le prix est onéreux.
J’en rabats de moitié sur son compte. Pour, il a perdu une partie de l’estime que j’ayois pour lui.

(Clémens, 1840) : Retourner, descendre.

Rabattre à Loustot

(Clémens, 1840) : Revenir.

Rabattre au pieu

(Clémens, 1840) : Aller se coucher.

Rabêtir

(d’Hautel, 1808) : Devenir de jour en jour plus stupide, plus sot, plus bête.

Rabiage

(Halbert, 1849) : Rente.

(Delvau, 1867) : s. m. Rente, — dans l’argot des voleurs.

(La Rue, 1894) : Rente.

(Virmaître, 1894) : En avoir, c’est posséder des rentes (Argot des voleurs).

Rabiages

(Hayard, 1907) : Rentes.

Rabiau

(Delvau, 1867) : s. m. Résidu ; reste de portion, — dans l’argot des faubouriens, qui ont emprunté ce mot à l’argot des marins. On dit aussi Rabiautage.

(Delvau, 1867) : s. m. Malade qui, dans certains hôpitaux, rend certains services à ses camarades de salle, comme de faire leurs lits, de brosser leurs effets, etc. On lui donne quelquefois de l’argent et, le plus souvent, des restes de soupe.

(Delvau, 1867) : s. m. Temps qui reste à faire, — dans l’argot des troupiers. On dit aussi Surcroît de punition.

(Rigaud, 1881) : Convalescent qui se plaît à donner ses soins à des camarades d’hôpital, comme M. Jourdain donnait des étoiles à ses amis.

(Merlin, 1888) : Voyez fourbi (1re acception). — Rabiau signifie également le temps que peut être encore retenu sous les drapeaux le militaire dont l’heure de la libération est venue.

(Fustier, 1889) : Bénéfice.

Les pourboires cachés ;… les rabiaus sur le fourrage…

(Huysmans ; Sœurs Vatard.)

(La Rue, 1894) : Convalescent qui rend des services à ses camarades d’hôpital. Résidu, reste de portion. Prolongation du service militaire. Supplément, excédent. Les petits bénéfices.

Rabiau, Rabiot

(Rigaud, 1881) : Résidu, restes de vin ou de soupe, — dans le jargon des troupiers. — Prolongation de service militaire ; durée d’une condamnation dans une compagnie de discipline. — Faire du rabiau. Ce mot, qui, aujourd’hui, s’applique à tout ce qui comporte l’idée de « supplément, excédant », a servi primitivement à désigner la distribution du second quart de café faite aux soldats, distribution de faveur.

Rabiauter

(Delvau, 1867) : v. n. Boire ce qui reste dans le bidon. Je ne sais pas d’où vient rabiau, mais rabiauter vient certainement de rebibere (boire de nouveau).

(Rigaud, 1881) : Manger et boire les restes des autres, — dans le jargon des troupiers.

Rabibochage

(Delvau, 1867) : s. m. Boni, dédommagement, consolation, — dans l’argot des enfants, qui font entre eux ce que M. Bénazet fait pour les décavés de Bade : à celui qui a perdu toutes ses billes à la Moquette ils en rendent une douzaine pour qu’il puisse en aller gagner d’autres — à d’autres.

(Rigaud, 1881) : Réconciliation, — dans le jargon des enfants.

Rabibocher

(Larchey, 1865) : Raccommoder. V. Collant.

N’en parlons plus ! Il faut que je me rabiboche avec vous.

E. Sue.

(Delvau, 1867) : v. a. Réconcilier des gens fâchés, — dans l’argot des bourgeois. Se rabibocher. Se réconcilier.

(Rigaud, 1881) : Réparer. — Se rabibôcher, se réconcilier entre enfants.

(La Rue, 1894) : Réparer. Réconcilier.

(Virmaître, 1894) : Quand un ménage est en désaccord et qu’un raccomodage a lieu, il est rabiboché. Le rabibochage n’est le plus souvent qu’un replâtrage. Quand les enfants jouent aux billes, ceux qui ont perdu disent au gagnant :
— Veux-tu nous rabibocher ?
C’est-à-dire nous rendre quelques billes (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Faire la paix avec un ami lorsqu’on est fâché, c’est se rabibocher.

(Hayard, 1907) : Se remettre en camaraderie après avoir été fâché.

Rabiot

(Larchey, 1865) : Temps pendant lequel le soldat peut être forcé de rester à son corps après sa libération. Il y eut plus d’un rabiot en Crimée. — Restant de soupe laissée au fond de la gamelle (De Vauvineux).

(Virmaître, 1894) : Faire plus de temps qu’il n’a été convenu. Au régiment, un homme puni fait autant de jours de présence en plus qu’il a eu de jours de punition. Avoir du rabiot : avoir du bon, toucher un reliquat sur lequel on ne comptait pas (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Faire plus de temps de travail que l’on ne doit. Le militaire qui a été condamné par un conseil de guerre fait du rabiot, parce que le temps de sa condamnation ne compte pas sur le congé. Celui qui a droit à son congé, et qui est retenu sous les drapeaux pendant une guerre, fait du rabiot, — telle la classe 1847 qui, pendant la guerre de Crimée, a fait près de neuf années au lieu de sept ; de même la classe 1863 qui a été libérée en 1871. Rabiot veut aussi dire : surplus. Lorsque, dans un partage, chacun a eu son compte, ce qui reste est du rabiot qui est encore à partager.

(Hayard, 1907) : Temps en plus, en prison ou au régiment.

Râble

(d’Hautel, 1808) : Il a le râble épais. Se dit par railleries en parlant d’un homme vigoureux et robuste ; d’un butor, d’un grossier personnage.

Râblé

(Delvau, 1867) : adj. Homme solide des épaules et des reins, — dans l’argot du peuple.

Rable (se mettre sur le)

(La Rue, 1894) : Prendre toute la responsabilité.

Raboin

(Larchey, 1865) : Diable (Vidocq). V. Abadis.

Rabonnir

(d’Hautel, 1808) : Que le bon dieu te rabonnisse. Se dit par plaisanterie à un enfant espiègle et malin.
Rabonnir. Ne se dit que des choses ; et jamais des personnes.

Rabot

(d’Hautel, 1808) : Instrument qui sert à applanir le bois ; c’est aussi un sobriquet que l’on donne à un garçon menuisier.

Raboté

(Virmaître, 1894) : Synonyme de nettoyé, plus rien. On dit aussi d’une femme mince :
— Elle a été rabotée (Argot du peuple).

Raboter

(d’Hautel, 1808) : Cet ouvrage est joliment raboté. Se dit par ironie d’un ouvrage fait à la hâte, grossièrement et sans aucun soin.

(Boutmy, 1883) : v. a. Chiper, en général.

(Rossignol, 1901) : Voler.

Raboter le sifflet (se)

(Delvau, 1867) : Boire un verre d’eau-de-vie ou de vin.

(Virmaître, 1894) : Boire un verre d’eau-de-vie qui gratte si fort le gosier qu’il semble en emporter des lambeaux. L’eau-de-vie, qui joue le rôle du fer du rabot, enlève des copeaux dans le sifflet du buveur (Argot du peuple). N.

Raboter, rabioter

(La Rue, 1894) : Voler, filouter. Faire du rabiau.

Raboteux

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Voleur de nuit.

Raboteux ou doubleux de sorgne

(anon., 1827) : Larron de nuit.

Raboteux ou doubleux de sorgue

(Bras-de-Fer, 1829) : Larron de nuit.

(Halbert, 1849) : Voleur de nuit.

Rabougri

(d’Hautel, 1808) : Un petit rabougri. Dénomination méprisante que l’on donne à un homme de petite taille, laid et de mauvaise tournure.

Rabouillère

(Delvau, 1867) : s. f. Maison de triste apparence, comme il y en a tant encore dans le faubourg Marceau, nids à rats et à punaises, trous à lapins plutôt que demeures humaines.

Rabouin

(Delvau, 1867) : s. m. Le Diable, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Le diable.

(La Rue, 1894) : Le diable.

(Virmaître, 1894) : Le diable (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Le diable.

Rabouin (le)

(Hayard, 1907) : Le diable.

Rabouins

(Rossignol, 1901) : Bohémiens.

Rabouler

(Delvau, 1867) : v. n. Revenir, abouler de nouveau, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Retourner, rentrer, revenir.

Rabouter

(un détenu, 1846) : Revenir en prison ou autre part ; se livrer à quelque chose.

Rabouter, ravaler

(La Rue, 1894) : Revenir.

Rabrouer

(d’Hautel, 1808) : Brusquer, brutaliser, parler rudement à quelqu’un, le maltraiter en parole.

(Delvau, 1867) : v. a. Gronder, brutaliser, parler rudement, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Rembarrer.

Racaille

(d’Hautel, 1808) : Terme injurieux qui signifie populace, crapule, lie du peuple ; en un mot, tout ce qui est vil, bas et méprisable.

(Delvau, 1867) : s. f. Individu ou Collection d’individus crapuleux, — populi fex. C’est le tag-rag des Anglais.

(Rigaud, 1881) : Canaille. C’est un dérivé du « raca » biblique. Tu ne diras pas à ton frère « raca », recommande la Bible.

(Virmaître, 1894) : Moins que rien. Terme suprême de mépris plus fort que crapule ; résidu de tout ce qu’il y a de plus abjet.
— Tu n’es qu’une sale racaille (Argot du peuple).

Raccord

(Delvau, 1867) : s. m. Répétition partielle d’une pièce, — dans l’argot des coulisses.

Raccord (faire le)

(Rossignol, 1901) : Les peintres en bâtiments cassent la croûte à 3 heures : c’est faire un raccord. Toutes les fois qu’ils vont prendre un verre, c’est toujours, pour eux, un raccord.

Raccourci

(Delvau, 1867) : s. m. Chemin de traverse, — dans l’argot des paysans des environs de Paris.

(Rossignol, 1901) : Guillotine. Les exécutés sont des raccourcis.

Raccourcir

(d’Hautel, 1808) : Mot révolutionnaire, qui signifie trancher la tête à quelqu’un, lui faire subir le supplice de la guillotine.

(Larchey, 1865) : Guillotiner — La perte de la tête raccourcit. Mot de création républicaine ainsi que les synonymes ci-joints :

La louve autrichienne va être à la fin raccourcie… — Jusqu’à ce qu’ils aient tous craché dans le son… — Pour faire mettre promptement la tête à la fenêtre à la louve autrichienne… — Ses bons avis à la Convention pour qu’elle fasse promptement jouer le général Moustache à la main-chaude… — Qu’il fasse promptement passer sous le rasoir national le traître Bailly.

1793 Hébert.

Le rasoir national est le fatal couperet. — cracher dans le sac montre la tête coupée sautant avec un jet de sang dans le sac de son. Mettre la tête à la fenêtre et jouer à la main-chaude font allusion à l’attitude du supplicié. — La fenêtre, c’est la lunette où passe la tête du supplicié qui à genoux, mains liées derrière le dos, attend le cou comme à la main-chaude.

(Delvau, 1867) : v. a. Guillotiner, — dans l’argot des voleurs. On disait autrefois Raccourcir d’un pied, ce qui est une longueur de tête. On dit aussi Rogner.

(Rigaud, 1881) : Guillotiner. Le mot date de la première République française, époque où l’on vit la guillotine s’élever à la hauteur d’une institution. — Dans un rapport adressé au Directoire par le conventionnel Dumont de la Sarthe, on lit :

J’ai fait lier, incarcérer le partisan de Louis le raccourci.

(La Rue, 1894) : Guillotiner.

(Virmaître, 1894) : Se dit d’un condamné à mort à qui on coupe la tête. Il est en effet raccourci d’autant. Le mot est vieux ; il date de Martinville. Il était devant le tribunal révolutionnaire. Fouquier-Tinville lui dit :
— Citoyen de Martinville, qu’as-lu à répondre,
— Je ne suis pas ici pour qu’on m’allonge, mais pour qu’on me raccourcisse (Argot des voleurs).

Raccroc

(d’Hautel, 1808) : Un coup de raccroc. Coup de hasard par lequel on répare au jeu un coup manqué précédemment, et qui souvent rétablit l’équilibre de la partie.

Raccrocher

(d’Hautel, 1808) : Raccrocher quelqu’un. L’arrêter en passant, l’accoster librement ; il ne se dit, guères que des prostituées qui arrêtent les passans dans les rues.
Se raccrocher aux branches. Regagner en tout ou en partie les avantages que l’on avoit perdus.

(Delvau, 1864) : Arreter un homme sur le trottoir, la nuit, et l’inviter à monter pour baiser et jouir.

J’ai été un an à l’hôpital. Une autre que moi, en sortant de là, aurait raccroché.

Rétif de la Bretonne.

(Delvau, 1867) : v. a. Se promener sur le trottoir en robe décolletée et en bas bien tirés, — dans l’argot du peuple.

(La Rue, 1894) : Appeler les hommes dans la rue, dans l’argot des filles.

Raccrocher à la flan

(Virmaître, 1894) : Fille qui n’a pas de poste fixe ; elle part de chez elle à l’aventure. Elle raccroche à la flan, au hasard (Argot des souteneurs).

Raccrocheuse

(d’Hautel, 1808) : Nom outrageant que l’on donne aux femmes et aux filles de mauvaise vie.

(Delvau, 1867) : s. f. Fille de mauvaises mœurs.

Race

(d’Hautel, 1808) : Méchante race ; race de Caïn. Se dit par plaisanterie, en parlant à de petits enfans espiègles et malins, qui font les diables.
Les bons chiens chassent de race. Pour dire, que les enfans ont les mœurs et les inclinations, de leurs pères.

Rachevage

(Rigaud, 1881) : Individu dépravé ; celui qui fait une besogne malpropre ; celui qui fait, dit ou écrit des obscénités.

(La Rue, 1894) : Individu de mœurs innommables. On dit aussi chevalier de la rosette, encloué, enfigneur.

Rachevage (faire son)

(Rigaud, 1881) : Ramasser les résidus de l’anderlique, c’est-à-dire ce qui n’a pas pu passer par la pompe à soufflet, lorsqu’on vide une fosse d’aisances, — dans le langage des vidangeurs. (Le Sublime.)

Racine

(d’Hautel, 1808) : Il y prendra racine. Se dit par raillerie d’un homme ennuyeux et importun, qui fait des visites d’une longueur excessive.

Racine de buis

(La Rue, 1894) : Dent jaune ou gâtée Individu au visage contrefait.

(Virmaître, 1894) : Dents. Ainsi nommées lorsqu’elles sont sales et noires. Vesinier, membre de la Commune en 1871, fut surnommé par Henri Rochefort : racine de buis, par allusion à la racine de cet arbuste qui est noueuse avec des protubérances qui ressemblent à des verrues difformes. Racine de buis caractérise la tête des individus qui ressemblent à cette racine (Argot du peuple). N.

Racines de buis

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Dents jaunes, avariées, esgrignées, — comme celles que Bilboquet arracha jadis devant « Monsieur et madame le maire de Meaux ».

(Rigaud, 1881) : Dents blondes et déchaussées, les cousines germaines des clous de girofle.

Raclée

(Larchey, 1865) : Rossée. C’est plus qu’une frottée.

Ça lui procura de leur part quelques belles raclées.

L. Desnoyer.

(Delvau, 1867) : s. f. Coups donnés ou reçus, — dans l’argot du peuple.

Racler

(d’Hautel, 1808) : Racler le boyau. Jouer mal du violon, ou de tout autre instrument à corde.
On dit d’un vin âpre et dur, qu’Il racle le gosier.

(Delvau, 1867) : v. a. Prendre ; perdre. On dit aussi Rafler.

(Rigaud, 1881) : Respirer.

Nous plaçons la vieille sous des fagots. — Elle racle encore, fit ma maîtresse.

(Gazette des Tribunaux, du 27 septembre 1877.)

(La Rue, 1894) : Prendre. Perdre. Respirer.

Racler du fromage

(Rigaud, 1881) : Jouer du violon. Râcleur de fromage, racleur de boyaux, mauvais joueur de violon.

Racler le boyau

(Delvau, 1867) : v. a. Jouer du violon, — dans l’argot des musiciens.

Raclette

(Larchey, 1865) : Ronde de police. — Elle racle les gens sans aveu sur son passage. V. Balai.

(Delvau, 1867) : s. f. Agent de la police secrète, — dans l’argot des voleurs.

(La Rue, 1894) : Agent de police. Ramoneur. Violon.

(Virmaître, 1894) : Agent de police de la Sûreté ou sergent de ville. Allusion à la raclette du ramoneur qui enlève la suie des cheminées. Les agents raclent les malfaiteurs qui sont la suie de la société (Argot des voleurs). N.

Râclette

(Rigaud, 1881) : Ramoneur. — Agent de police.

Raclette (la)

(Hayard, 1907) : La police.

Raclettes

(Rossignol, 1901) : Agent de police.

Racleur

(d’Hautel, 1808) : Terme de dénigrement ; qui se dit d’un mauvais joueur de violon.

Racoler

(Virmaître, 1894) : Fille qui racole les passants (Argot des souteneurs).

(Hayard, 1907) : Raccrocher des hommes.

Racontaine

(Delvau, 1867) : s. f. Récit familier, cancan.

Racontar

(Rigaud, 1881) : Racontage. — Bavardage imprimé dans un journal.

Racontars

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Bruits de salons et de clubs, échos, — dans l’argot des journalistes. C’est Aurélien Scholl qui a employé le premier cette expression : je lui en laisse la responsabilité.

Rade

(un détenu, 1846) : Comptoir.

(Delvau, 1867) : s. m. Apocope de Radis, — dans l’argot des voyous.

(La Rue, 1894) : Tiroir. Comptoir. Boutique.

Rade ou Radeau

(Delvau, 1867) : s. m. Tiroir de comptoir où sont les radis, — dans l’argot des voleurs. Signifie aussi Boutique.

Rade ou radeau

(Virmaître, 1894) : Tiroir de comptoir où sont les radis. Signifie aussi boutique. A. D. Ce n’est ni rade ni radeau, c’est radin. Le vol au radin est célèbre ; ceux qui le pratiquent se nomment le radineur et le raton (Argot des voleurs). N.

Rade, radeau

(Larchey, 1865) : Comptoir, Tiroir. — Allusion aux radis qu’on y met.

La rade est le comptoir du marchand de vin. Le radin c’est l’argent du comptoir, par abréviation le radi. On dit n’avoir pas un radi pour n’avoir pas un sou.

A. Monnier.

Rade, Radeau, Radin

(Rigaud, 1881) : Tiroir. Comptoir de marchand, — dans le jargon des voleurs.

Radeau de la Méduse

(Delvau, 1867) : s. m. Misère extrême, — dans l’argot des bohèmes, qui souffrent parfois de la faim et de la soif autant que les naufragés célèbres peints par Géricault. Être sur le radeau de la Méduse. N’avoir pas d’argent.

Radicaille

(Rigaud, 1881) : Parti radical. Terme de mépris dont le superlatif est radicanaille. C’est plaisir à voir comme les hommes politiques d’opinions différentes se jettent à la tête les épithètes de vaticanaille, radicanaille, républicoquin, badingueusard, et autres aménités.

(Virmaître, 1894) : Ceux qui professent des opinions radicales (Argot du peuple).

Radicon ou rasé

(Halbert, 1849) : Prêtre.

Radicrer

(Halbert, 1849) : Remoudre.

Radicreur

(Halbert, 1849) : Rémouleur.

Radie

(Rigaud, 1881) : Radical, par apocope.

Qué que t’as donc fait, pour qu’on te foute 500 livres sur la daube ! t’as un peu emmiellé le radie.

(Le petit Badinguet.)

Radin

(M.D., 1844) : Tiroir de comptoir où l’on met l’argent.

(un détenu, 1846) : Argent du comptoir.

(Delvau, 1867) : s. m. Gousset de montre ou de gilet, — dans l’argot des voleurs. Friser le radin. Le débarrasser de sa montre.

(Rigaud, 1881) : Gousset. — Radin fleuri, gousset garni, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Gousset.

(Rossignol, 1901) : Tiroir-caisse d’un comptoir, qui est aussi un rade.

Radin (faire un)

(Halbert, 1849) : Voler un comptoir.

Radin, radis

(Larchey, 1865) : Argent monnayé. — Corruption de maravédis.

En vain je cherchai dans ma poche, Il ne m’restait plus un radis.

Hardy Chansons.

Faire un radin : Voler l’argent du comptoir. V. Fête, Demi-Aune.

Radiner

(Rigaud, 1881) : Rentrer, revenir, retourner.

Le cousin Gustave qui radine de la Nouvelle-Calédo, me dit que là-bas, la veille du jour de l’an, on se marie.

(Le père Duchêne, 1879.)

Les badingredins annoncent toujours que leur gosse va radiner.

(Le Sans-Culotte, 1879.)

Radiner à la condition, rentrer à la maison. Radiner est sans doute une déformation du verbe rabziner qui, dans le patois picard, a la même signification.

(Virmaître, 1894) : Revenir.
— Je radine à la piaule.
Radiner :
faire le radin, voler le tiroir-caisse d’un comptoir.
Ce tiroir est nommé radin parce qu’il renferme des radis (sous) (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Venir, revenir.

(Hayard, 1907) : Revenir.

Radingue

(Rossignol, 1901) : Redingote.

Radis

(Delvau, 1867) : s. m. Pièce de monnaie, argent quelconque, — dans l’argot des faubouriens. N’avoir pas un radis : Être tout à fait pauvre.

(La Rue, 1894) : Monnaie. S’emploie dans le sens négatif : pas un radis.

(Virmaître, 1894) : V. Fricadier.

(Rossignol, 1901) : Sou.

Radis (n’avoir plus un)

(Rigaud, 1881) : N’avoir plus le sou.

Radis noir

(Rigaud, 1881) : Prêtre, — dans le jargon des ouvriers.

(Fustier, 1889) : Gardien de la paix.

(Virmaître, 1894) : Prêtre. Allusion à la robe noire. Cette expression date du temps où l’on jouait à l’Ambigu la pièce des Mystères de Paris. Rodin, célèbre type de canaille, mangeait pour son dîner un plat de radis noir (Argot du peuple). N.

(Rossignol, 1901) : Curé. Tous ceux qui portent la soutane.

(Hayard, 1907) : Prêtre.

Radoterie

(d’Hautel, 1808) : Répétition de ce que l’on a dit ; sermon, réprimandes continuelles que l’on fait a quelqu’un ; discours dénués de sens commun.

Radouber (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Réparer sa fortune ou sa santé, — dans le langage des ouvriers qui ont servi dans l’infanterie de marine. On dit aussi : Passer au grand radoub.

Radouci

(d’Hautel, 1808) : Des tirans radoucis. Pour dire, des bas de soie : terme d’argot.

Radurer

(Delvau, 1867) : v. a. Repasser sur la meule, — dans l’argot des voleurs.

(Virmaître, 1894) : Repasser son couteau sur une meule.
— Je radure mon lingre afin que le pante soit fait d’un coup et qu’il n’ait pas le temps de cribler à la grive (Argot des voleurs).

Radureur

(Delvau, 1867) : s. m. Repasseur de couteaux.

Raf-la

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Notes fréquemment exécutées sur le tambour.

Rafaille

(un détenu, 1846) : Terre. S’enfoncer dans la rafaille : descendre en terre.

Rafale

(Delvau, 1867) : s. f. Misère, — dans l’argot du peuple, en proie aux bourrasques continuelles de la vie.

(Delvau, 1867) : adj. et s. Misérable, pauvrement vêtu ou de triste mine. Ne faudrait-il pas dire plutôt affalé ? Je crois que oui. Les marins, voulant peindre le même état d’ennui, d’embarras, de misère, disent au figuré Être affalé sur la côte, — ce qui est, en somme, être à la côte.

(Rigaud, 1881) : Misère. La rafale souffle dur.

(La Rue, 1894) : Misère. Rafalé, misérable.

Rafalé

(Rigaud, 1881) : Pauvre, misérable, mal vêtu ; celui qui subit les coups de vent de la misère.

Rafalement

(Rigaud, 1881) : Honte, humiliation ; pauvreté sans dignité.

Rafaler

(Delvau, 1867) : v. a. Abaisser, humilier, — dans l’argot des voleurs, qui savent mieux que personne combien la misère ou des vêtements pauvres peuvent ravaler un homme.

(Rigaud, 1881) : Humilier ; rendre misérable.

Rafaler (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Devenir pauvre ; porter des vêtements usés, — dans l’argot du peuple.

Raffale

(Larchey, 1865) : Misère. — Mot expressif — Raffalé : Misérable, dépouillé par la raffale de la mauvaise fortune.

Tous les hommes sont des raffalés, des pingres.

Lynol.

Raffalé

(Rossignol, 1901) : Être dans la misère.

Raffale (je suis dans la)

(Virmaître, 1894) : Être au plus mal, près de mourir (Argot des voleurs).

Raffalés

(Virmaître, 1894) : Être dans la misère, emporté par la raffale de la dèche (Argot des voleurs).

Raffolir

(d’Hautel, 1808) : Devenir de jour en jour plus fou.

Raffurer

(Delvau, 1867) : v. a. Regagner, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Regagner, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Regagner.

(Virmaître, 1894) : Regagner. C’est le redoublement d’affure (gagner).
— J’ai raffuré du terrain sur les pescailles qui voulaient me paumer (Argot des voleurs).

Raffut

(Delvau, 1867) : s. m. Tapage, — dans l’argot du peuple.

(Rossignol, 1901) : Faire du bruit, de l’esclandre.

Rafiau

(Larchey, 1865) : Bâtiment léger.

J’vas joliment gréer notre rafiau, tu verras.

Phys. du Matelot, 1843.

(Delvau, 1867) : s. m. Domestique d’hôpital, infirmier.

Rafiot

(Delvau, 1867) : s. m. Chose de peu d’importance ; camelotte. Cette expression est empruntée au vocabulaire des marins, qui appellent ainsi tout Bâtiment léger.

Rafistoler

(Delvau, 1867) : v. a. Raccommoder.

(Rigaud, 1881) : Donner une tournure présentable à un vieux vêtement de prix. On rafistole des dentelles, un châle, on rapiote une vieille culotte.

Rafistoler (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. S’habiller à neuf, ou seulement Mettre ses habits du dimanche.

Rafle

(d’Hautel, 1808) : Faire rafle de bidet. Se dit au jeu de dez, quand les trois dez amènent tous le même point.
Après rafle gnafle. C’est-à-dire, qu’il est rare de faire deux bons coups de suite.

(Delvau, 1867) : s. f. Arrestation d’une bande de gens ; main basse faite sur une certaine quantité de choses. Argot du peuple.

Râfle

(Hayard, 1907) : Arrestation en masse.

Rafle, raffe

(La Rue, 1894) : Butin.

Rafle, rafler

(Virmaître, 1894) : Prendre. Quand un crime est commis et que les auteurs sont introuvables, la police organise des rafles dans les lieux suspects et dans les endroits où se réunissent les vagabonds. On nomme ces rafles un coup d’êpervier, parce que l’on y prend généralement beaucoup de poissons. Quand les filles publiques deviennent par trop encombrantes, on les rafle en masse. Le croupier rafle l’argent des joueurs. Le voleur rafle l’argent des passants (Argot des souteneurs).

Rafler

(Delvau, 1867) : v. a. Prendre, saisir, chiper.

Rafraîchir

(d’Hautel, 1808) : On dit qu’Une nouvelle rafraîchit le sang, pour exprimer qu’elle tranquillise l’esprit ; qu’elle calme les inquiétudes, fait plaisir.

Rafraîchir (se faire)

(Fustier, 1889) : Se faire couper les cheveux, la barbe.

L’autre soir, j’étais entré chez un coiffeur du boulevard, avec l’intention de me faire rafraîchir…

(Gil Blas, 1881.)

Rafraîchir (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Se battre au sabre, — dans l’argot des troupiers. On dit aussi : Se rafraichir d’un coup de sabre.

Rafraîchir d’un coup de sabre (se)

(Larchey, 1865) : Se battre. — Allusion à la sensation du froid qu’on éprouve en sentant la lame pénétrer dans les chairs.

Un officier lui demanda s’il voulait se rafraîchir d’un coup de sabre.

Ed. Lemoine.

(Rigaud, 1881) : Se battre en duel au sabre, dans le jargon des troupiers.

Rafraîchir les barres (se)

(Rigaud, 1881) : Boire, — dans le jargon des soldats de cavalerie qui disent encore : se rincer les barres.

Ragaillardir

(d’Hautel, 1808) : Rajeunir, réjouir, donner de la gaieté.

Rage

(d’Hautel, 1808) : Quand on veut noyer son chien, on dit qu’il a la rage. Signifie que quand on veut nuire à quelqu’un, on trouve toujours un prétexte pour s’autoriser à lui faire du mal.
Dire rage de quelqu’un. En dire tout le mal imaginable.
Aimer quelqu’un ou quelque chose à la rage. L’aimer excessivement, d’une manière extravagante.
Il faut qu’il ait la rage au corps. Se dit par humeur, et pour blâmer un homme qui s’est porté à quelqu’action insensée.

Rage de dents

(Delvau, 1867) : s. f. Grosse faim, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Grand appétit, faim canine.

Rage du cul ou rage amoureuse

(Delvau, 1864) : Envie furieuse de jouir par la fouterie ou par la masturbation.

Ombres folles, courez au but de vos désirs :
Jamais vous ne pourrez assouvir votre rage,
Et votre châtiment naîtra de vos plaisirs.

Ch. Baudelaire.

C’est la rage luxurieuse, la lubricité forcenée, la jouissance horrible qui reste inachevée.

A. D. M. (Gamiani)

Ragot

(d’Hautel, 1808) : Homme qui radote, qui marmote continuellement entre ses dents ; d’une humeur grondeuse et souvent qui ne sait ce qu’il dit.
Ragot. Pour dire, de petite stature, court et gros, mal fait, mal proportionné dans sa structure.

(anon., 1827) : Quart d’écu.

(Bras-de-Fer, 1829) : Quart d’écu.

(Halbert, 1849) : Quart d’écu.

(Delvau, 1867) : s. m. Cancan, médisance, — sans doute par allusion aux grognements des sangliers de deux à trois ans, moins inoffensifs que ceux des marcassins.

(Rigaud, 1881) : Conte en l’air, bavardage. — Faire du ragot, des ragots, tenir des propos de commère.

(La Rue, 1894) : Cancan, bavardage.

Ragoter

(Delvau, 1867) : v. n. Murmurer, gronder sourdement. On dit aussi Ragonner.

Ragougnasse

(Rigaud, 1881) : Mauvais ragoût, et, par extension, tout objet de très peu de valeur. C’est de la ragougnasse.

Ragout

(Virmaître, 1894) : Soupçon.
— J’ai du ragoût sur sézières, il s’est mis à table sur mon orgue.
— Fais attention de ne pas faire de ragout, le quart nous a au chasse (Argot des voleurs).

Ragoût

(Delvau, 1867) : s. m. Assaisonnement d’un plaisir quelconque. S’emploie souvent en mauvaise part :

J’aurois un beau teston pour juger d’une urine,
Et, me prenant au nez, loucher dans un bassin
Des ragousts qu’un malade offre à son médecin,

dit Mathurin Régnier en sa satire la Poésie toujours pauvre.

(Delvau, 1867) : s. m. Relief, accentuation de couleur, hardiesse de brosse, — dans l’argot des artistes.

(Delvau, 1867) : s. m. Soupçon, — dans l’argot des voleurs. Faire des ragoûts. Éveiller des soupçons.

(Rigaud, 1881) : Peinture vigoureuse, peinture en pleine pâte, dans le jargon des peintres.

Ragoût (avoir du)

(Delvau, 1864) : Se dit de certaines façons habiles que certaines femmes ont de se remuer sous l’homme pour le faire godiller plus amplement qu’avec d’autres.

Mais exiger des époux
Ces petits ragoûts,
Ces exercices gentils !
Les connaissent-ils ?
Non ; tout dans le sacrement,
Se fait maussadement
Et gauchement.

Collé.

Ragoût (faire du)

(Rigaud, 1881) : Éveiller les soupçons.

Ne fais pas de ragoût sur ton dab.

N’éveille pas les soupçons sur ton maître.

(Balzac.)

Ragout de poitrine

(Virmaître, 1894) : Femme ragoûtante qui a sur la poitrine des tétons volumineux (Argot du peuple). V. Capitonnée.

Ragoût de poitrine

(Rigaud, 1881) : Seins. — Avoir du ragoût de poitrine sur l’estomac.

Ragoûtant

(d’Hautel, 1808) : Il est ragoûtant ; c’est ragoutant. Se dit souvent en mauvaise part, et par raillerie, d’un homme ou d’une chose fort malpropre, dégoûtante.

Ragoûtant, te

(Delvau, 1867) : adj. Plaisant, agréable, — dans l’argot du peuple, qui emploie cette expression à propos des gens comme à propos des choses. Vieillard ragoûtant. Qui est propre, — et surtout sans infirmités. Fetmne ragoûtante. Qui excite l’appétit des amoureux.

Ragoûter

(Delvau, 1867) : v. a. Remettre en appétit, réveiller le désir.

Raide

(Delvau, 1867) : s. m. Eau-de-vie, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Rude.

(Delvau, 1867) : adj. Invraisemblable, difficile à croire, — c’est-à-dire à avaler. Se dit à propos d’un Mot scabreux, d’une anecdote croustilleuse. La trouver raide. Être étonné ou offensé de quelque chose.

(Delvau, 1867) : adj. Complètement gris, — parce que l’homme qui est dans cet état abject fait tous ses efforts pour que cela ne s’aperçoive pas, en se raidissant, en essayant de marcher droit et avec dignité. On dit aussi Raide comme la Justice.

(Rigaud, 1881) : Eau-de-vie de qualité inférieure.

(La Rue, 1894) : Eau-de-vie. Ivre. Sans argent. Difficile à croire. Faux rouleau d’or des voleurs à l’américaine.

Raide comme balle

(Larchey, 1865) : Rapide comme un projectile.

Il a filé son chemin raide comme une balle.

Vidal 1833.

(Delvau, 1867) : adv. Rapidement.

(Rigaud, 1881) : Rapidement. Filer raide comme balle, marcher très vite.

Raide comme la justice

(Rigaud, 1881) : Ivre. Celui qui est raide comme la justice a la conscience de sa position ; il marche vite, seul ordinairement, se redresse et fait tous ses efforts pour ne pas zigzaguer.

Raide, rude

(Larchey, 1865) : Eau-de-vie qui gratte le gosier. On dit par analogie : C’est un peu raide, c’est d’une exigence difficile à supporter.

Comme dit le proverbe un peu de raide fait grand bien.

L. Bardas.

Raidir

(un détenu, 1846) : Mourir.

(Delvau, 1864) : Bander.

Quand, plus raide que la justice,
Nez en l’air et gros de courroux,
Il s’élance pour le service,
On croit qu’il fera les cent coups.

Eugène Vachette.

(Delvau, 1867) : v. n. Mourir. On dit aussi Raidir l’ergot, ou les ergots.

(Virmaître, 1894) : Mourir (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Mourir.

Raie

(d’Hautel, 1808) : Il est coiffé comme une raie bouclée. Se dit par raillerie de quelqu’un dont les cheveux sont bouclés d’une manière affectée et ridicule. Il faut rendre à chacun ce qui lui appartient, et dire que cette locution vient de Madame Angot, ou, certes, elle n’est point déplacée.

Raie du cul (la)

(Delvau, 1864) : La rainure des fesses, la petite vallée qui se trouve entre ces deux montagnes — où tant de membres virils aiment à descendre.

Pour ne trouver la raie nette de la dame avec qui l’on s’ébat, on y gagne bonne vérole.

Brantôme.

Trois mignons de la cour se tuèrent jaloux
Pour le bien prétendu d’une raie publique.

Théophile.

Raiguisé

(Virmaître, 1894) : Avoir tout perdu. Mot à mot : il est réguisé, il va mourir (Argot du peuple).

Rail (la)

(Rossignol, 1901) : La police.

Raille

(anon., 1827) : Mouchard.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Mouchard.

(Bras-de-Fer, 1829) : Mouchard.

(Halbert, 1849) : Mouchard.

(Delvau, 1864) : Agent de police, redouté des filles qui font le trottoir.

Cela nous avertit qu’il flâne en ce quartier
Un raille dont il faut d’abord se méfier.

L. Protat.

(Larchey, 1865) : Police, agent de police. — Du mot égrailler : racler. Le raille vous engraille, comme la raclette vous racle. — V. Cigogne.

La raille maron te servira pour un deuxième gerbement.

Vidocq.

(Delvau, 1867) : s. f. Les agents de police en général, — dans l’argot des voleurs.

(Delvau, 1867) : s. m. Mouchard.

(Rigaud, 1881) : Police, agent de police. — Espion ; de rascal, rascalion, coquin, en anglais.

(La Rue, 1894) : Agent de police.

(Virmaître, 1894) : Cette expression est ancienne, elle se trouve dans les Mystères de Paris (Argot des voleurs). V. Arnaque.

Railleur

(d’Hautel, 1808) : Les railleurs sont souvent raillés. C’est-à-dire, que l’on se venge quelquefois amèrement des gens qui aiment à persiffler les autres.

Raire

(d’Hautel, 1808) : Vieux mot qui signifie raser, faire la barbe.
Ne se soucier ni des rais ni des tondus. Ne se mettre en peine de qui que ce soit.

Raisiné

(d’Hautel, 1808) : Faire du raisiné. Locution burlesque et triviale, pour dire, saigner du nez.
On lui a fait sortir le raisiné. Pour dire, que l’on a frappé quelqu’un au visage ; qu’on l’a fait saigner du nez.

(M.D., 1844) : Du sang.

(Larchey, 1865) : Sang. — Allusion de couleur. — V. Daviole.

Tu es sans raisiné dans les vermichels.

Balzac.

(Delvau, 1867) : s. m. Sang, — dans le même argot [du peuple].

(Rigaud, 1881) : Sang, — dans le jargon des voleurs. — Faire du raisiné, avoir un saignement de nez. — Faire couler le sang.

(La Rue, 1894) : Sang.

(Virmaître, 1894) : Sang.
— J’ai lingré le gonce, il a répandu son raisiné sur le trimard (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Sang.

(Hayard, 1907) : Sang.

Raisiné (du)

(Halbert, 1849) : Du sang.

Raisiné (faire du)

(Delvau, 1867) : v. a. Saigner du nez, — dans l’argot du peuple, qui n’a pas emprunté cette expression aux voleurs.

Raisiné, Raisin

(Rigaud, 1881) : Sang ; forme nouvelle de raisiné, qui n’était lui-même qu’une allusion de couleur entre le sang et le vin, raisiné, jus du raisin. — Il a de la raisiné à sa pelure, il a du sang sur son habit. — Faudra travailler au surin. — Merci, j’aime pas le raisin.

Raisinet

(Bras-de-Fer, 1829) : Sang.

Raison

(d’Hautel, 1808) : Il ne faut pas faire trente-six raisons pour cela. Se dit à quelqu’un qui fait des objections à tout ce qu’on lui commande, pour lui marquer que ses répliques ne conviennent pas.
La bête à raison. Façon de parler satirique, pour dire, qu’on approuve le sentiment d’une personne, pour laquelle d’ailleurs on n’a aucune considération.
Comme de raison. Pour, comme il est raisonnable, comme il est juste qu’on fasse.
N’avoir ni rime ni raison. Extravaguer dans ses raisonnemens.
C’est la raison que chacun sait, maître en sa maison. Dicton populaire, qui signifie que chacun doit être maitre chez soi.

Raisonner

(d’Hautel, 1808) : Raisonner pantouffle ; Raisonner comme un cheval de carosse. Pour dire, en dépit du sens commun, tout de travers.

Rajouter

(Delvau, 1867) : v. a. Ajouter, — dans l’argot des bourgeois, qui parlent souvent le français des réalistes, émaillé de pléonasmes.

Râler

(Rigaud, 1881) : Tromper, mentir, — dans le jargon des marchands juifs.

(La Rue, 1894) : Tromper.

Râleur

(Larchey, 1865) : Les bouquinistes de Paris appellent ainsi ceux qui ont l’habitude de lire à leurs étalages sans rien acheter.

(Delvau, 1867) : s. m. Faux amateur de livres qui bouscule les boites sans rien acheter. Argot des bouquinistes.

(La Rue, 1894) : Menteur. Celui qui marchande trop avant d’acheter.

Râleur, Râleuse

(Rigaud, 1881) : Celui, celle qui marchande sans rien acheter, ou qui achète après avoir longtemps marchandé et obtenu une forte diminution.

(Rigaud, 1881) : Menteur, menteuse ; trompeur, trompeuse, — dans le jargon des marchands juifs.

Râleuse

(Delvau, 1867) : s. et adj. Femme qui marchande tout sans rien acheter, — dans l’argot des boutiquiers.

(Delvau, 1867) : s. f. Courtière, femme chargée d’arrêter les passants pour leur proposer de la marchandise. Argot des marchandes du Temple.

(Rigaud, 1881) : Femme du Temple chargée d’attirer le client dans un magasin. C’est un diminutif de racoleuse.

(La Rue, 1894) : Femme du Temple qui entraîne le client dans la boutique.

Raleuses

(Larchey, 1865) : « Les raleuses sont des racoleuses ou courtières lâchées par les marchands (du Temple) sur le gonze pour le forcer à acheter. » — Mornand.

Rallonge

(Hayard, 1907) : Couteau.

Rama

(Larchey, 1865) : « Des riens constituent chez certaines classes parisiennes un esprit drolatique dans lequel la bêtise entre comme un élément principal et dont le mérite consiste particulièrement dans le geste et la prononciation. Cette espèce d’argot varie continuellement. La plaisanterie qui en est le principe n’a jamais un mois d’existence. Un procès en cour d’assises, une chanson des rues, les farces d’un acteur, tout sert à entretenir ce jeu d’esprit. La récente invention du Diorama qui portait l’illusion de l’optique à un plus haut degré que dans les panoramas avait amené dans quelques ateliers de peinture la plaisanterie de parler en rama. » — Balzac. — « Eh bien ! monsieur Poiret, dit l’employé, comment va cette petite santérama ? » — Id.

(Delvau, 1867) : s. m. Grelot que les artistes trouvaient drôle, vers 1838, d’attacher à tous leurs mots, pour parodier les Dioramas, les Panoramas et autres Géoramas alors en vogue. C’était leur javanais. Parler en rama. Ajouter rama à toutes les phrases.

(Rigaud, 1881) : Syllabes placées à la fin d’un mot pour lui donner un cachet bizarre. (V. Le père Goriot de Balzac.) Le café devient le caférama, la viande, la viandorama, le bœuf, le bœuforama. Remplacé, depuis, par les désinences, plus euphoniques, mar, muche et mince.

(La Rue, 1894) : Syllabe que l’on ajoute après certains mots pour les rendre bizarres, ex : caférama (café).

Ramacher

(d’Hautel, 1808) : Répéter continuellement la même chose, radotter, gronder, gromeler, faire de fréquens sermons, des réprimandes à n’en plus finir.

Ramage

(d’Hautel, 1808) : Gronde, réprimande, grognement, murmure, mécontentement ; l’action de marmoter entre ses dents.
Il m’a fait un beau ramage. Pour, il m’a vivement réprimandé, grondé.
Auras-tu bientôt fini ce ramage ? Pour cesseras-tu de marmoter, de murmurer, de grogner ?

Ramamichage

(Rigaud, 1881) : Réconciliation entre enfants. — Ramamicher, favoriser une réconciliation. Se ramamicher, se réconcilier.

Ramamicher

(La Rue, 1894) : Réconcilier.

Ramas

(Rossignol, 1901) : Dortoir du bagne.

Ramasser

(d’Hautel, 1808) : Ramasse ton bonnet. Se dit par plaisanterie à quelqu’un qui s’est laissé tomber, ou satiriquement à une personne que l’on remet à sa place en lui adressant quelques paroles piquantes.
S’il tombe sous sa main, il se promet de le ramasser d’une belle manière. Pour, il sera mal venu, bien maltraité.
Cela ne vaut pas le ramasser. Se dit de quelque chose de peu de valeur, et dont on ne fait nul cas.
Que le diable te ramasse. Voy. Diable.

(Larchey, 1865) : Arrêter.

Ce qu’elles craignent par dessus tout, c’est d’être ramassées sous le cruel prétexte de vagabondage.

M. Waldor.

(Delvau, 1867) : v. a. Arrêter ; conduire en prison, — dans l’argot des faubouriens. Se faire ramasser. Se faire arrêter.

(Rigaud, 1881) : Arrêter sur la voie publique ; appréhender au corps. Se faire ramasser, se faire arrêter sur la voie publique, dans un bal public. Se dit principalement en parlant des ivrognes et des tapageurs.

(La Rue, 1894) : Arrêter. Faire des reproches.

(Virmaître, 1894) : Se faire ramasser, c’est se faire arrêter. Quand un individu tient un langage imprudent ou qu’il dit des bêtises, il se fait ramasser (rappeler à l’ordre). Dans le peuple, on dit :
— Nous l’avons relevé du péché de paresse.
On dit également à une femme qui vous embête :
— Allons, ramasse tes cliques et les claques et fous le camp (Argot du peuple). N.

(Rossignol, 1901) : Recevoir des reproches ou réprimandes.

Ramasser (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Se relever lorsqu’on est tombé.

(Rigaud, 1881) : Conclure, résumer, — dans le jargon du peuple. — Ramasse-toi, voilà une heure que tu bafouilles.

Ramasser des épingles, des marrons

(La Rue, 1894) : Avoir des mœurs innommables. On dit aussi : En être.

Ramasser ses outils

(Delvau, 1867) : Mourir, — dans l’argot des ouvriers.

Ramasser un bidon

(Rigaud, 1881) : Se sauver et, principalement, s’évader, — dans le jargon des voleurs ; synonyme de se mettre une gamelle.

Ramasser un bouchon

(Merlin, 1888) : Tomber de cheval. — On dit aussi : prendre mesure d’une schabraque.

Ramasser une bûche

(Rossignol, 1901) : Tomber.

Ramasser une pelle

(Fustier, 1889) : Tomber. Jargon des voyous.

M… alors… ; j’ramasse une pelle… C’est c’cul-là qui m’a poussé.

(R. Ponchon.)

(La Rue, 1894) : Tomber.

(Virmaître, 1894) : Être certain de réussir une affaire et la rater. Faire la cour six mois à une femme au bout desquels elle vous envoie promener. Ramasser une pelle, se dit de tout ce qui manque (Argot du peuple). N.

(Rossignol, 1901) : Quand on ne réussit pas, on ramasse une pelle.

(Hayard, 1907) : Tomber.

Ramasseur de mégots

(Virmaître, 1894) : Ramasseur de bouts de cigares et de débris de cigarettes. Ces mégots sont séchés, triés, hachés, puis vendus par paquets aux ouvriers. La bourse aux mégots se tient place Maubert, au pied de la statue d’Étienne Dolet (Argot du peuple).

Ramastiquer

(Delvau, 1867) : v. a. Ramasser, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Ramasser.

(La Rue, 1894) : Ramasser.

(Rossignol, 1901) : Ramasser.

Ramastiqueur

(Larchey, 1865) : Filou ramassant à terre des bijoux faux perdus par un compère et les cédant à un passant moyennant une prime qui dépasse leur valeur réelle.

(Delvau, 1867) : s. m. Variété de filous décrite par Vidocq.

(Rigaud, 1881) : Filou qui vend à une dupe, comme étant de l’or, un bijou en imitation, soi-disant trouvé sur la voie publique.

(Virmaître, 1894) : Désigne le genre de vol qui consiste à ramasser à terre un bijou faux qu’un compère a préalablement laissé tomber (Argot des voleurs). V. Trouceurs.

(Rossignol, 1901) : Celui qui commet l’escroquerie au ramastique qui consiste à ramasser ou faire semblant de ramasser, devant une bonne tête, un écrin contenant une chaîne, dite Jeannette, avec une petite croix imitation or, d’une valeur de soixante-cinq centimes. Le ramastiqueur dit : « Part à deux », et ouvre l’écrin, en évalue la soi-disant trouvaille à une dizaine de francs ; la bonne tête donne 5 francs, et c’est un bénéfice de 4 fr. 35 pour le ramastiqueur. Ce genre d’escroquerie se fait à la campagne, mais à Paris, il y a une autre façon qui se pratique aux abords des gares : le ramastiqueur remarque un frais débarqué, bon à faire, il le suit, et à un moment donné, il ramasse, de façon à être aperçu, un écrin, puis il s’adresse au frais débarqué et lui dit : part à deux ; l’écrin contient une bague en or, ornée d’un brillant ; on la fait évaluer chez le plus proche bijoutier qui l’estime 80 francs ; il est rare que le voyageur ne donne pas 40 francs pour un bijou estimé 80. Mais le ramastiqueur avait un autre écrin semblable, contenant une bague exactement la même que celle que l’on a fait estimer, elle est en doublé et ornée d’un simili d’une valeur de 1 fr. 50 ; il la remet au voyageur en échange de 40 francs.

Ramastiqueur d’orphelins

(Rigaud, 1881) : Négociant qui ramasse les bouts de cigarettes, les bouts de cigares.

Rambiner

(Rigaud, 1881) : Raccommoder, ressemeler.

Tout le monde sait que son père rambinait les croknaux.

(Tam-Tam, du 2 juin 1878.)

Rambuteau

(Larchey, 1865) : Guérite-urinoir — Du préfet qui en a doté la voie publique.

(Delvau, 1867) : s. m. Colonne ad usum lotii des promeneurs, établie le long de nos boulevards sous l’édilité du comte de Rambuteau.

(Rigaud, 1881) : Urinoir public en forme de minaret. Gracieuse attention de l’ancien préfet de la Seine, M. de Rambuteau, qui a attaché son nom à ces utiles guérites à dôme, aujourd’hui, en partie, remplacées par les cuirassés.

Rame

(Halbert, 1849) : Plume.

(Delvau, 1867) : s. f. Plume, — dans l’argot des voleurs.

Ramender

(d’Hautel, 1808) : Pour dire baisser, diminuer le prix d’une chose,

Ramène

(Rossignol, 1901) : Ramener, est, pour la fille publique, trouver des clients, avec qui elle va dans l’hôtel où elle a l’habitude de ramener.

Ramener

(Rigaud, 1881) : Garnir tant bien que mal le sommet du crâne avec quelques rares mèches de cheveux empruntées à la nuque. C’est ce qu’Alphonse Karr appelle :

En emprunter un qui vaut dix.

(Rossignol, 1901) : Se dit de celui qui est dénudé, qui laisse pousser ses cheveux longs sur les côtés de la tête, pour les ramener au sommet.

Rameneur

(Delvau, 1867) : s. m. Homme affligé de calvitie, qui essaye de la dissimuler en ramenant habilement ses derniers cheveux sur le devant de sa tête — et « empruntant ainsi un qui vaut dix ».

(Rigaud, 1881) : Vieux beau qui ramène sur le sommet de sa tête, sur les tempes, deux ou trois mèches de cheveux qui s’égarent sur sa nuque.

(La Rue, 1894) : Vieux beau qui ramène la mèche de cheveux qui lui reste sur le sommet de la tête ou sur le front. Se dit aussi de l’homme qui recrute des joueurs pour un cercle.

(Virmaître, 1894) : Homme qui n’a que quelques cheveux et les ramène en avant sur son front pour faire croire à une chevelure abondante (Argot du peuple).

Rameneuse

(Delvau, 1867) : s. f. Petite dame dont la spécialité est de faire espalier à la porte des cafés du boulevard, vers l’heure de la fermeture, afin d’y nouer connaissance avec quelque galant homme.

(Rigaud, 1881) : Fille, femme ou veuve qui n’aime pas rentrer seule chez elle, le soir, pour une cause quelconque.

(Virmaître, 1894) : Fille publique qui ramène les hommes qu’elle raccroche à son garni.
— J’ai une chouette gosse, hier elle a ramené dix fois (Argot des souteneurs).

Ramer

(d’Hautel, 1808) : Il s’y entend comme à ramer des pois. Pour dire que quelqu’un n’entend rien à ce qu’il a entrepris.

Ramichage

(d’Hautel, 1808) : Ce que l’on donne pour ramicher.

Ramicher

(d’Hautel, 1808) : Se ramicher. Terme d’écolier ; regagner au jeu ce que l’on y avoit perdu.
Ramicher son camarade. Lui rendre une partie de ce qu’on lui avoit gagné, pour le mettre en état de s’engager dans une nouvelle partie.

(Delvau, 1867) : v. a. Réconcilier des gens fâchés — dans l’argot du peuple. Se ramicher. Se dit des amants qui se reprennent après s’être quittés.

Ramolli

(Delvau, 1867) : s. et adj. Imbécile, ou simplement Ennuyeux, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Imbécile ; hébété ; abruti. Celui dont l’intelligence est atrophiée par suite d’excès, celui dont le cerveau estramolli. Le jeu et les femmes contribuent à faire des ramollis. — Tas de ramollis !

(La Rue, 1894) : Imbécile.

Ramollot

(La Rue, 1894) : Type d’officier abruti.

(Virmaître, 1894) : Homme ramolli, sans consistance, qui rabâche vingt fois la même chose. Le capitaine Ramollot a fait rire tout Paris. L’expression est récente (Argot du peuple). N.

Ramona

(d’Hautel, 1808) : Pour ramoneur, celui qui ramone les cheminées. C’est sans doute pour imiter la manière des petits savoyards qui ont habitude de s’annoncer dans les rues en criant : Ramona la chemina du haut en bas.

(Delvau, 1867) : s. m. Petit Savoyard, qui, aux premiers jours d’automne, s’en vient crier : haut en bas, par les rues des villes, barbouillé de suie, raclette à la ceinture et sac au dos. C’est parfois un petit Auvergnat.

Ramonage

(Rigaud, 1881) : Rabâchage, murmures réitérés.

Ramoner

(Delvau, 1867) : v. n. Murmurer, marmotter, parler entre ses dents, — par allusion au bruit désagréable que fait le ramona en montant et en descendant dans la cheminée qu’il nettoie.

(Rigaud, 1881) : Marmotter ; rabâcher.

(Rigaud, 1881) : Confesser, — dans l’argot des congréganistes ; c’est-à-dire : ramoner la conscience.

(La Rue, 1894) : Murmurer, marmotter. Confesser.

Ramoner (se faire)

(Fustier, 1889) : Se confesser.

Ramoner une femme

(Delvau, 1864) : Faire l’acte vénérien avec elle, passer et repasser l’outil priapique, le ramon de l’homme, dans sa petite cheminée, non pour la débarrasser de ses impuretés, mais, en réalité, pour en mettre de nouvelles.

— Mes belles, c’est vous que je cherche
Pour vous montrer une leçon ;
Et croyez-moi, vos cheminées.
Seront promptment ramonées
Si vous éprouvez ma façon.

(Ballet des chercheurs de midi à quatorze heures.)

Ramoner, Ramoner la cheminée

(Rigaud, 1881) : Administrer un purgatif. — Recourir au dieu Mercure à l’état de deutochlorure pour guérir les blessures faites par Vénus.

Ramor

(Rigaud, 1881) : Âne, imbécile, — dans le jargon des marchands juifs.

(La Rue, 1894) : Imbécile, dans l’argot des juifs.

Rampe

(Delvau, 1867) : s. f. Le cordon des lumières qui éclairent la scène, — dans l’argot des coulisses. Se dit aussi pour : Théâtre, scène, coulisses. Princesse de la rampe. Actrice. Se brûler à la rampe. Jouer pour soi, — s’approcher trop près du public, sans s’occuper des autres acteurs en scène.

Rampe (lâcher la)

(Larchey, 1865) : Mourir. — Mot à mot : dégringoler l’escalier de la vie.

Ton oncle s’est laissé mourir ? — Le pauvre cher homme ! Il vient de lâcher la rampe.

Tintamarre.

Rampeau !

(Delvau, 1867) : Coup nul, — dans l’argot des enfants, lorsqu’ils jouent aux billes ou à la balle. Les vieux joueurs de boule emploient la même expression à propos du second coup d’une partie en deux coups de boule.

Rampo

(Rigaud, 1881) : Coup nul au jeu de billes, aux quilles, et, en général, à tous les jeux d’enfants.

(La Rue, 1894) : Coup nul.

Ramponer

(Delvau, 1867) : v. n. Boire, s’enivrer. L’expression date évidemment du fameux Ramponneau, le cabaretier de la Courtille.

Ramser

(Rigaud, 1881) : Raccrocher, — dans l’argot des filles. Pour ramasser.

Rancard

(Virmaître, 1894) : Renseignements.
— J’ai besoin d’un rancard sur un tel.
— Le rancard du probloque est tout ce qu’il y a de plus mouche.
Le rancard est un terme convenu pour la correspondance des tenanciers de claquedents avec les placiers qui les alimentent de camelottes (Argot des souteneurs).

(Rossignol, 1901) : Veut aussi dire renseignement, endroit. Un agent de police dira :

On m’a donné un rancard où se réunissent des voleurs.

Rancard (mettre au)

(Rossignol, 1901) : De côté. — « J’ai mis 20 francs au rancard pour payer mon terme de loyer. » — « Mon vélocipède était trop vieux, je l’ai mis au rancard. »

Rancard ou rancart

(Virmaître, 1894) : Mettre quelque chose ou quelqu’un dont on ne veut plus au rancart, de côté. Un coup de rancart est aussi une chose imprévue, comme le fait par exemple de raccrocher une femme dans lui lieu public (Argot des souteneurs).

Rancarder

(Rossignol, 1901) : Renseigner.

(Hayard, 1907) : Renseigner.

Rancart

(Delvau, 1867) : v. Rencart.

(Fustier, 1889) : Objet de peu de valeur.

La plupart des volumes entassés dans les caisses étaient des rancarts de librairie, des rossignols sans valeur ; des romans mort-nés…

(Huysmans : À vau l’eau.)

Mettre au rancart, abandonner, jeter dans un coin. C’est le synonyme de mettre au cabinet, d’Alceste.

Rancart (mettre au)

(Hayard, 1907) : Jeter ce qu’on ne veut plus, un renseignement.

Rancké

(Fustier, 1889) : Pièce de deux francs.

Randève

(Hayard, 1907) : Rendez-vous.

Rang

(d’Hautel, 1808) : Se mettre en rang d’ognons. Se mettre tout sur une seule ligne.
Mettre une chose au rang des oublis. Ne vouloir plus y penser, et en perdre le souvenir.

(Delvau, 1867) : s. m. Armature de bois qui supporte toujours les casses, et quelquefois les ouvriers typographes.

Ranger

(d’Hautel, 1808) : C’est un garçon rangé… des voitures. Addition maligne et facétieuse, pour faire entendre qu’un homme ne mène pas une conduite bien régulière.

(Rigaud, 1881) : Mettre en pâte, par ironie.

Lorsqu’un homme de conscience laisse échapper de ses mains un compartiment de casse, un paquet de distribution ou tout autre objet, les compagnons charitables ne manquent pas de s’écrier en appuyant sur le dernier mot : Ce n’est rien, c’est la conscience qui range

(Boutmy.)

(Boutmy, 1883) : v. a. Mettre en pâte. Ce mot est employé ironiquement et par antiphrase. Lorsqu’un homme de conscience laisse échapper de ses mains un compartiment de casse, un paquet de distribution ou tout autre objet, les compagnons charitables ne manquent pas de s’écrier, en appuyant sur le dernier mot : Ce n’est rien ; c’est la conscience qui range !

Ranger des voitures (se)

(Rigaud, 1881) : Se retirer du monde des plaisirs. On dit encore : se retirer de la circulation. Cette dernière expression signifie également se marier.

Rangraisser, rengracier

(Halbert, 1849) : Se taire, renoncer.

Rangs

(Boutmy, 1883) : s. m. pl. Tréteaux sur lesquels les casses sont placées. Un rang est disposé pour deux compositeurs.

Rap

(Rossignol, 1901) : Le dos.

Rapapilloter

(Virmaître, 1894) : Un ménage désuni se rapapillotte. Mot à mot : se raccommode. La chanson populaire dit : Je me rapapillote Avec Charlotte. (Argot du peuple). N.

Rapapiotage

(Rigaud, 1881) : Réconciliation. — Rapapioter, réconcilier. Rapapioteur, rapapioteuse, celui, celle, par l’entremise de qui s’est faite une réconciliation.

Rapatriage

(d’Hautel, 1808) : Réconciliation, oubli mutuel des erreurs et des torts.

Rapatrier

(d’Hautel, 1808) : Raccommoder deux personnes brouillées.
Se rapatrier. Faire la paix, se réconcilier avec, quelqu’un, convenir réciproquement d’oublier ses torts.

Rapatrier (se)

(Delvau, 1867) : Se réconcilier, — dans l’argot du peuple.

Rapatu

(Halbert, 1849) : Morpion.

Rape

(La Rue, 1894) : Dos.

(Virmaître, 1894) : Le dos. Rape, avare.
— Il est dur comme la rape du menuisier.
C’est de rape qu’on a fait rapiat pour désigner les auvergnats, qui, comme on le sait n’attachent pas leur chien avec des saucisses (Argot des voleurs et du peuple). N.

Râpe

(d’Hautel, 1808) : Donner de la râpe douce. Pour dire flatter, cajoler, caresser.

(Delvau, 1867) : s. f. Le dos, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Dos et, principalement, dos de bossu, dos bombé en forme de râpe.

(Rossignol, 1901) : Avare.

Il n’offre jamais rien, c’est une râpe.

(Hayard, 1907) : Dos (le vrai mot est râble).

Râpé

(d’Hautel, 1808) : Un habit râpé. Pour dire usé jusqu’à la trame, à profit.

Râpé (un)

(Merlin, 1888) : Un officier sans fortune.

Râpé comme la Hollande

(Rigaud, 1881) : Très minable. Allusion au fromage de Hollande râpé.

Rape d’orient

(La Rue, 1894) : Diamant.

Raper

(La Rue, 1894) : Chanter mal.

(Virmaître, 1894) : Chanter. Vieille expression de goguette pour qualifier un chanteur qui écorchait les oreilles de ses auditeurs. Mot à mot : il rapait sa chanson (Argot du peuple). N.

Râper

(Rigaud, 1881) : Chanter. (L. Larchey) Et, principalement, chanter d’une manière monotone, ou chanter une chanson idiote, une chanson qui rappelle le bruit de la râpe.

Rapetasser

(d’Hautel, 1808) : Des souliers rapetassés ; des habits rapetassés. Pour dire, raccommodés grossièrement.

Rapiat

(Larchey, 1865) : Auvergnat, avide, avare. — D’Hautel (1808) fait venir ce mot de Rapiamus. — V. Flanelle.

(Delvau, 1867) : s. m. Auvergnat, Savoyard. Même argot [des voleurs].

(Delvau, 1867) : s. et adj. Cupide, avare, un peu voleur même, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Rapace. Le rapiat n’est pas précisément un voleur. Il aime l’argent, il ne néglige aucune occasion d’en gagner. Pour lui, il n’y a pas de petits profits. À la rapacité, il joint ordinairement l’avarice ; c’est alors le plus beau spécimen du genre, le superlatif de rat.

(La Rue, 1894) : Rapace. Avare.

Rapiau

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Fouille, recherche. Faire le rapiau, chercher des objets volés.

Rapide (le)

(Rigaud, 1881) : Train rapide sur les grandes lignes de chemins de fer. Le rapide marche un peu plus vite que l’express, sans plus d’accidents que les trains de banlieue.

Rapière

(d’Hautel, 1808) : Épée de bretteur ; vieille et longue épée.

Rapin

(Larchey, 1865) : « Ce joyeux élève en peinture qu’en style d’atelier on appelle un rapin. » — Balzac.

(Delvau, 1867) : s. m. Mauvais peintre, — dans l’argot des bourgeois.

Rapiole

(La Rue, 1894) : Fille publique.

Rapiot

(Delvau, 1867) : s. m. Pièce mise à un habit ou à un soulier, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Rapiécetage, ravaudage.

(La Rue, 1894) : Rapiécetage. Fouille des condamnés.

Rapioter

(Larchey, 1865) : Rapiécer.

Monsieur, faites donc rapioter les trous de votre habit.

Mornand.

(Delvau, 1867) : v. a. Rapiécer.

(Delvau, 1867) : v. a. Fouiller, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Repriser, rapiécer, raccommoder, — dans le jargon des marchands fripiers et des savetiers.

(Rigaud, 1881) : Fouiller un condamné, — dans le jargon des voleurs. Autrefois le mot s’appliquait à la visite pratiquée sur les condamnés en partance pour Toulon, Brest et Rochefort. — Le grand rapiot, c’était la visite préliminaire qu’on pratiquait sur les condamnés qui, à leur sortie de Bicêtre, étaient dirigés sur les bagnes.

(Virmaître, 1894) : Fouiller dans les poches de quelqu’un. Ce devrait être dépioter puisque l’on le fouille dans l’intention de le dévaliser. Cette expression est néanmoins employée par les voleurs. Les ouvriers tailleurs sont plus logiques. Pour rapiécer (mettre une pièce), ils disent rapioter (Argot des voleurs et des tailleurs).

Rapioteur

(La Rue, 1894) : Ravaudeur. Rapioter, ravauder.

Rapioteur, Rapioteuse

(Rigaud, 1881) : Raccommodeur, raccommodeuse de vieilles hardes.

Georges Cadoudal, avant son arrestation, avait trouvé asile chez une jeune rapioteuse du Temple.

(F. Mornand, La Vie de Paris.)

Rapiquer

(Delvau, 1867) : v. n. Revenir quelque part, retourner à quelque chose. Argot des faubouriens. On dit aussi et mieux Rappliquer.

Rapliquer

(M.D., 1844) : Venir souvent.

(M.D., 1844) : Arriver.

Rapointi

(Rigaud, 1881) : Maladroit. — Souffre-plaisir des émigrés de Gomorrhe, — dans le jargon des ouvriers du fer ; par réminiscence des déchets de fer nommés rapointis de ferraille.

(La Rue, 1894) : Homme sans valeur ou de mœurs innommables.

Rappeler

(d’Hautel, 1808) : Il ne rappelle pas son buveur. Se dit du vin qui n’est pas potable ; qui ne vaut rien ; et, par extension, d’une personne dont la figure n’a rien d’engageant, rien d’aimable.
On dit aussi, dans un sens affirmatif et opposé, Il rappelle son buveur, etc.
Se rappeler. Ce verbe veut toujours un régime direct ; c’est donc une faute que de dire, comme le font beaucoup de gens, vous rappelez-vous de cette histoire ? oui, je m’en rappelle. Vous rappelez vous cette histoire, dites, je me la rappelle.

Rappiller (se)

(La Rue, 1894) : Se sauver.

Rappliquer

(Clémens, 1840) : Revenir.

(Larchey, 1865) : Revenir (V. Flacul), Répliquer (V. Suage).

(Rigaud, 1881) : Retourner, revenir, rentrer. Rappliquer à la taule, rentrer à la maison.

(Merlin, 1888) : Arriver, revenir. — On rapplique à la caserne, à l’exercice, à la soupe, etc.

(La Rue, 1894) : Retourner, revenir.

(Virmaître, 1894) : Revenir.
— Depuis huit jornes que je suis en bordée, je rapplique à la piaule, mince de suif à la clé (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Venir, aller, se rendre.

(Hayard, 1907) : Revenir.

Rappointis

(Virmaître, 1894) : Morceau de fer pointu, forgé par un apprenti. On appelle ainsi les chétifs (Argot du peuple). V. Avorton. N.

(Hayard, 1907) : Vieux outils.

Rapporteur

(Delvau, 1867) : s. m. Élève qui dénonce ses camarades au maître. Argot des écoliers.

Raquer

(Rossignol, 1901) : Payer. « Quel est celui de nous qui va raquer la dépense ? » Celui qui a été condamné a raqué.

(Hayard, 1907) : Payer.

Raquette

(d’Hautel, 1808) : Un casseur de raquettes. Un fanfaron, un fat, qui fait le brave et le vigoureux.
On appelle aussi une épaule de mouton, une raquette.

Rareté

(d’Hautel, 1808) : Pour la rareté du fait. C’est-à-dire, pour la singularité de la chose.

Rarissime

(d’Hautel, 1808) : Pour dire, extrêmement rare.

Rasé

(Clémens, 1840) : Curé, prêtre.

Rase-pet

(Hayard, 1907) : Veste.

Raser

(Larchey, 1865) : Railler. Jadis on disait faire la barbe.

Pour aviser au moyen de faire la barbe à la municipalité de Paris.

1793, Hébert.

On a commencé à dire des blagueurs. Aujourd’hui, on dit des raseurs.

Gazette de Paris.

(Delvau, 1867) : v. a. Ennuyer, être importun, — comme le sont ordinairement les barbiers, gens qui se croient obligés, pour distraire leurs pratiques sur la sellette, de leur raconter des fariboles, des cancans, des anas aussi vieux que Mathusalem. Argot du peuple et des gens de lettres. On disait il y a cent ans : Faire la barbe.

(Rigaud, 1881) : Ennuyer. — Railler. — Ruiner.

Elle s’est essayée sur le sieur Hulot qu’elle a plumé net, oh ! plumé, ce qui s’appelle rasé.

(Balzac, La Cousine Bette.)

(Rigaud, 1881) : Blaguer, conter des bourdes, — dans l’argot des marins.

(Rigaud, 1881) : Enlever à ses camarades une vente, faire une vente au préjudice d’un camarade, — dans le jargon des commis de la nouveauté. C’est une variante moderne de faire la barbe.

(La Rue, 1894) : Ennuyer, importuner. Railler.

(Rossignol, 1901) : Ennuyer quelqu’un en lui causant, c’est le raser ; on dit aussi barber.

Raseur

(Larchey, 1865) : « Le raseur est l’individu qui croit vous intéresser infiniment par le récit des choses les plus ennuyeuses dont sa mémoire est ornée. — Une fois qu’il tient votre bras, le raseur ne vous quitte plus. » — A. Scholl, 1853.

(Rigaud, 1881) : Commis en nouveautés qui procède comme il est indiqué ci-dessus.

(Virmaître, 1894) : Être ennuyeux, qui vous raconte des riens pendant des heures entières (Argot du boulevard). V. Crampon.

(Rossignol, 1901) : Voir raser.

(Hayard, 1907) : Bavard ennuyeux.

Raseur, Rasoir

(Rigaud, 1881) : Bavard, importun, ennuyeux personnage qui vous tanne, qui produit sur les nerfs l’effet que produit sur la peau un rasoir ébréché.

Raseur, rasoir

(La Rue, 1894) : Personnage ennuyeux, importun.

Raseuse

(Rigaud, 1881) : La femelle du raseur. — Femme qui importune ses anciens amants par des demandes incessantes d’argent.

Rasi

(M.D., 1844) : Curé.

Rasibus

(d’Hautel, 1808) : Pour dire, tout près, tout contre.
Le coup lui passa au rasibus du nez. Pour dire, tout près du nez.

(Delvau, 1867) : prép. Tout près, tout contre, au ras, -— dans l’argot du peuple.

Rasoir

(d’Hautel, 1808) : Il coupe comme un rasoir. Se dit d’un instrument tranchant qui est habile à la coupe.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme ennuyeux. Rasoir anglais. Le plus ennuyeux, — les rasoirs qui viennent de Londres ayant la réputation d’être les plus coupants du monde. On dit aussi Raseur.

Rasoir !

(Delvau, 1867) : Exclamation de la même famille que Des navets !

Rasoir (faire)

(Rigaud, 1881) : N’avoir plus un sou.

Car tu n’as rien, ça fait rasoir.

(Riche en gueule ou le nouveau Vadê, 1824.)

Rasoir (main, banque)

(Rigaud, 1881) : Main qui, à la faveur d’une interminable série de coups heureux, enlève l’argent des pontes ou celui du banquier comme un bon rasoir enlève le poil.

Les banques rasoirs, comme il les appelait, tombaient toujours entre les mêmes mains.

(Vast-Ricouard, Le Tripot.)

Rasoir de la cigogne

(Rigaud, 1881) : Guillotine. La variante est : Rasoir à Roch. M. Roch était encore en 1879 l’exécuteur des hautes œuvres.

Rasoir national

(Delvau, 1867) : s. m. La guillotine, — dans l’argot des révolutionnaires de 1793. Passer sous le rasoir national. Être exécuté.

Raspail

(Larchey, 1865) : Liqueur de Raspail, eau-de-vie.

Ami, prends un sou de raspail,
Pour rincer de tes dents l’émail.

La Maison du Lapin blanc, typ. Appert.

(Rigaud, 1881) : Liqueur au camphre fabriquée d’après la recette de Raspail.

Rassembler (se faire)

(Fustier, 1889) : Argot militaire. Se faire réprimander, punir.

Rassis

(Rigaud, 1881) : Gâteau rassis, pâtisserie de la veille. Les rassis se vendent au rabais, le quart, environ, de la pâtisserie du jour ; quelquefois le même prix ; alors l’acheteur est volé.

Rassoter

(d’Hautel, 1808) : Être rassoté. Pour dire, être impatienté, ennuyé, dégoûté de quelqu’un ; être rassasié de quelque chose ; en avoir par-dessus les yeux :telles sont les acceptions que le vulgaire donne habituellement à ce verbe.
Je suis rassoté de cet homme. Pour j’en suis impatienté, ennuyé.
Je suis rassoté de ce mets. Pour dire, dégoûté, rassasié.

Rastaquère

(Rigaud, 1881) : Étranger et principalement Brésilien en toilette riche et de mauvais goût, — dans le jargon des boulevardiers.

Il y avait à côté d’elle un gros monsieur, à cravate voyante, avec des gants de peau de chien extravagants, et couvert de bijoux. Ses cheveux noir-bleu frisaient sous un chapeau gris qui faisait paraître encore plus basanée la figure de son possesseur. C’était un rastaquère de la plus belle eau.

(Vicomte Richard, Les Femmes des autres.)

Rastaquouère

(La Rue, 1894) : Aventurier d’origine équivoque venu à Paris pour faire le plus souvent des dupes.

Rat

(d’Hautel, 1808) : Pour caprice, fantaisie.
Il a autant de rats qu’un chat a de puces. Se dit d’un homme pétri de caprices et de fantaisies.
On dit d’une arme à feu, qu’Elle a un rat, quand le chien s’est abattu sans faire prendre l’amorce ; on le dit aussi d’une serrure mêlée, que l’on ne peut ouvrir qu’après avoir tourné la clef mainte et mainte fois.
Un nid à rats. Un taudis, un logement étroit, sale et obscur.
Une queue de rat. Se dit par raillerie de la queue d’un homme, ou d’un cheval, petite et peu garnie.
Il n’est pas plus haut qu’un rat. Se dit par mépris d’un homme de très-petite taille, qui se fourre partout, se mêle de toutes les affaires, et fait le fanfaron et le méchant.
Être comme rat en paille. Nager dans l’abondance ; être à bouche que veux-tu.
Prendre des rats par la queue. Filouter, couper des bourses.
Mon rat. Nom flatteur et caressant que l’on donne par amitié à un jeune homme ou à une jeune fille.

(Larchey, 1865) : « Le rat est un des éléments de l’Opéra, car il est à la première danseuse ce que le petit clerc est au notaire… — Le rat est produit par les portiers, les pauvres, les acteurs, les danseurs. Il n’y a que la plus grande misère qui puisse conseiller à un enfant de huit ans de livrer ses pieds et ses articulations aux plus durs supplices, de rester sage jusqu’à dix-huit ans uniquement par spéculation et de se flanquer d’une horrible vieille comme vous mettez du fumier autour d’une jolie fleur… — Un rat à onze ans est déjà vieux. Dans deux ans elle peut valoir 60 000 francs, être rien ou tout, un nom célèbre ou une vulgaire courtisane. »

Roqueplan. 1841.

(Larchey, 1865) : Bougeoir, bougie mince et tortillée dont le brin rappelle la queue du rat.

Je vous demanderai la permission d’allumer mon rat.

H. Monnier.

(Larchey, 1865) : Avare, pauvre.

Je vous dénonce mon propriétaire qui est un rat fini.

Bertall.

(Larchey, 1865) : « Petits pégriots qui se cachaient à la brune sous un comptoir afin d’ouvrir la nuit la porte du magasin à leurs collègues. Il paraît qu’on ne fermait qu’au pène les boutiques dans ce temps-là. Aujourd’hui le rat qui restera en vedette chez un marchand de vin aurait besoin de ses amis du dehors pour le délivrer. » — A. Monnier.

(Larchey, 1865) : « Cette expression s’applique à tout retardataire de l’École polytechnique. Quiconque après son examen de sortie est exclu par son rang des ponts et chaussées est rat de ponts ; le rat de soupe est celui qui arrive trop tard à table. »

La Bédollière.

(Larchey, 1865) : Caprice, fantaisie trottant comme un rat dans la cervelle. V. d’Hautel, 1808.

(Delvau, 1867) : s. m. Petit voleur qui entre dans une boutique un peu avant sa fermeture, se cache sous le comptoir en attendant que les maîtres du logis soient couchés, et, lorsqu’il est assuré de l’impunité, ouvre la porte à ses complices du dehors. On dit aussi Raton. Courir le rat. Voler la nuit dans une auberge ou dans un hôtel garni.

(Delvau, 1867) : s. m. Caprice, — dans l’argot du peuple, qui dit cela aussi bien à propos des serrures qui ne vont pas que des gens qui font mauvaise mine. Autrefois, Avoir des rats c’était « avoir l’esprit folâtre, bouffon, étourdi, escarbillard, farceur et polisson ».

(Delvau, 1867) : s. et adj. Avare ; homme intéressé.

(Delvau, 1867) : s. m. Bougie cordelée et repliée de façon à tenir dans la poche. On l’appelle aussi, rat de cave.

(Delvau, 1867) : s. m. Retardataire, — dans l’argot des Polytechniciens. Rat de ponts. Celui qui, après son examen de sortie, est exclu par son rang des Ponts-et-Chaussées. Rat de soupe. Celui qui arrive trop tard au réfectoire.

(Delvau, 1867) : s. m. Petite fille de sept à quatorze ans, élève de la danse qui est à la première danseuse ce que le saute-ruisseau est au notaire, et qui devient bien plus facilement célèbre comme courtisane que comme rivale de Fanny Essler. Le mot date de la Restauration, quoique quelques personnes — mal informées — lui aient donné, comme date, 1842, et comme père, Nestor Roqueplan.

(Rigaud, 1881) : Retardataire, par apocope, — dans le jargon de l’École Polytechnique. On est rat, lorsqu’on a raté (manqué) l’heure de la rentrée.

(Rigaud, 1881) : Avare. Parce qu’à l’exemple du rongeur de ce nom il rogne tout ce qu’il peut.

(Rigaud, 1881) : Apprentie danseuse à l’Opéra.

Le vrai rat, en leur langage, est une petite fille de sept à quatorze ans, élève de la danse, qui porte des souliers usés par les autres, des châles déteints, des chapeaux couleur de suie, se chauffe à la fumée des quinquets, a du pain dans ses poches et demande dix sous pour acheter des bonbons.

(N. Roqueplan.)

(La Rue, 1894) : Avare. Petit voleur. Retardataire. Apprentie danseuse à l’Opéra.

Rat (courir le)

(Rigaud, 1881) : Voler la nuit, dans les maisons meublées, dans les hôtels garnis.

(Virmaître, 1894) : Voler la nuit. Allusion au chat qui ne sort que la nuit pour chasser le rat, excepté qu’ici il faut retourner le fait, c’est le rat qui chasse le chat — le passant (Argot des voleurs). N.

Rat de cave

(Delvau, 1867) : s. m. Employé de la régie, — dans l’argot des marchands de vin V. Rat.

Rat de palais

(Virmaître, 1894) : Clerc d’huissier qui attend les malheureux avant l’audience des référés pour accrocher une pièce de cent sous. Hommes d’affaires véreux qui passent leur existence dans la salle des Pas-Perdus à la recherche d’un imbécile. Rat de palais, en un mot tous les rongeurs qui rongent les plaideurs (Argot du peuple). N.

Rat de prison

(Halbert, 1849) : Avocat.

(Larchey, 1865) : Avocat. — Allusion aux visites qu’il rend aux prisonniers.

(Delvau, 1867) : s. m. Avocat, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Avocat.

(La Rue, 1894) : Avocat.

(Virmaître, 1894) : Avocat. Allusion à ce que ces messieurs grignottent à belles dents l’argent, des prisonniers qui ont besoin de leurs services. Sangsue serait plus juste que rat (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Avocat.

Rat, Raton

(Rigaud, 1881) : Petit voleur, voleur de petite taille, enfant dressé au vol. C’est le rapin du voleur. L’exiguïté de sa taille le rend très utile dans certaines expéditions. Elle lui permet de se faufiler par les toits de cheminées, et de frayer la route aux filous de toutes les tailles..

Rata

(Larchey, 1865) : Abréviation de ratatouille.

Pour le rata : faites bouillir de l’eau, prenez des pommes de terre, jetez le légume choisi dans la bassine, ajoutez 3 kilogr. de lard par cent hommes, remuez et servez.

La Bédollière.

(Delvau, 1867) : s. m. Ragoût de pommes de terre et de lard, — dans l’argot des troupiers.

(Rigaud, 1881) : C’est le ragoût servi aux troupiers les jeudis et les dimanches ; pour ratatouille, mauvais ragoût. Rata aux pommes, ragoût aux pommes de terre que les restaurateurs des grands boulevards appellent pompeusement : « Un navarin », et qu’ils font payer en conséquence.

(Merlin, 1888) : Ragoût composé de toute espèce de viande et légumes.

Ratafia de grenouilles

(Rigaud, 1881) : Eau, — dans le jargon des ivrognes.

Ratafiat de grenouille

(Delvau, 1867) : s. m. L’eau, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Anisette de barbillon et Bourgogne de cheval.

Ratapiaule

(Rigaud, 1881) : Raclée.

Evidemment la perspective d’une ratapiaule vous fera ch…anceler dans vos calintes.

(L’art de se conduire dans la société des pauvres bougres.)

Ratapoil

(Delvau, 1867) : s. et adj. Partisan quand même du 1er Empire et admirateur aveugle de l’empereur Napoléon.

(Rigaud, 1881) : Type du vieux soldat du premier Empire. — Vieux soldat qui a conservé le culte des Napoléon et perdu, le plus souvent, au moins un membre.

Ratatiné

(d’Hautel, 1808) : Une mine ratatinée. Pour dire, un visage ridé, fané, comme l’est ordinairement celui d’un vieillard.

Ratatouille

(Delvau, 1867) : s. f. Mauvais ragoût, plat manqué.

(Delvau, 1867) : s. f. Coups donnés ou reçus.

(Rossignol, 1901) : Se battre est se flanquer une ratatouille.

(Rossignol, 1901) : Mets mal préparé.

Ratatouille (en recevoir une)

(Virmaître, 1894) : Être battu.
— Je vais te foutre une ratatouille, numéro un.
On dit également :
— Je vais te tremper une soupe (Argot du peuple). N.

Ratatout

(Rigaud, 1881) : Atout redoublé. Jouer cœur atout, et ratatout.

Rate

(d’Hautel, 1808) : Prends garde de te fouler la rate. Se dit par raillerie à un fainéant, à un homme nonchalant et paresseux, qui fait tout avec une extrême lenteur.
S’épanouir la rate. Se réjouir ; se donner du bon temps ; rire à gorge déployée.
Vous avez bon foie, Dieu vous sauve la rate. Se dit par raillerie à ceux qui tiennent des discours ridicules et peu vraisemblables.

Raté

(Virmaître, 1894) : Manquer une affaire, rater un coup… de fusil, un examen. D’un homme petit, on dit : il est raté. En littérature, en musique, en peinture, une œuvre est ratée lorsqu’elle est incomplète. Un homme qui donnait de belles espérances et qui n’arrive à rien est un raté. En un mot, raté se dit de tout ce qui n’est pas bien (Argot du peuple).

Rateau

(Rigaud, 1881) : Agent de police, — dans le jargon des camelots.

(Virmaître, 1894) : Agents de police. Ils ratissent les voleurs (Argot des voleurs).

Râteau

(Fustier, 1889) : Gendarme, agent, dans l’argot des malfaiteurs.

Le terme est nouveau ; veuillez ne pas l’oublier et remarquer toute la justesse de l’expression. L’agent de police en effet nous ratisse et nous englaise dans la piaule.

(A. Belot : Le Roi des Grecs).

Faut suriner les pantres
À coups d’couteaux dans le ventre
Et crever d’coups d’marteaux
La cervelle aux râteaux.

(Chanson, 1884.)

(La Rue, 1894) : Gendarme. Agent. Prêtre.

(Rossignol, 1901) : Agent de police.

Sauvons-nous, v’là les râteaux.

Râteaux parce qu’ils râtissent, (prennent). Un peigne est aussi un râteau.

Rateau (faire son, faire du)

(Rigaud, 1881) : Faire, comme punition, un service supplémentaire à l’expiration des vingt-huit jours que, chaque année, les réservistes doivent à l’État, — dans le jargon des soldats de la réserve. C’est la variante de faire du rabiau.

Ratelée

(d’Hautel, 1808) : Dire sa ratelée. Dire à son tour librement et franchement tout ce qu’on sait, tout ce qu’on pense de quelqu’un ou de quelque chose.

Ratelier

(d’Hautel, 1808) : Manger à plus d’un ratelier. Tirer du profit de plusieurs emplois.
Mettre le ratelier trop haut à quelqu’un. Lui rendre une chose si difficile, qu’il ne puisse y réussir qu’avec beaucoup de peine.

Rater

(d’Hautel, 1808) : Pour dire échapper l’occasion, manquer son coup, ne pouvoir venir à bout de quelque chose. On le dit aussi en parlant d’une arme à feu dont l’amorce n’a pas pris.

(Delvau, 1867) : v. a. Échouer dans une entreprise, manquer une affaire, — amoureuse ou autre. Argot du peuple. Rater une femme. Ne pouvoir réussir à s’en faire aimer après l’avoir couchée en joue.

(Hayard, 1907) : Manquer une affaire.

Rater une femme

(Delvau, 1864) : Ne pouvoir bander assez raide au moment suprême où la femme, pamée et déjà délirante dans l’attente de la félicité promise, ouvre les cuisses et ferme les yeux.

Non, mais tout de bon, je vous rate… Vous n’êtes puisqu’une comtesse ratée.

La Popelinière.

Je rate, hélas ! également,
Le poisson, ma belle et ma muse.

Béranger.

(Delvau, 1864) : La baiser, en égoïste, et sans la faire jouir.

Quand je la baise, ma femme
S’obstine à ne pas bouger…
Comment faut-il de cela,
Punir cette ingrate-là ?
— Rate-la !

Aug. Gilles.

Rateur

(Delvau, 1864) : Homme qui a plus grands yeux que grosse pine et qui reste en affront devant la femme qui l’attend, cuisses ouvertes, fesses frémissantes.

Quand il fait le séducteur,
Sur mon honneur ! ça me vexe :
Car à l’endroit du beau sexe
Il n’est pas à d’mi rateur.

Jules Poincloud.

Ratiboisé

(Rigaud, 1881) : Ruiné.

J’ai fait faillite comme un vrai commerçant ; ratiboisé, ma chère.

(Huysmans, Marthe.)

(Virmaître, 1894) : Plus le sou.
— Je n’ai plus le sou, je n’ai plus de crédit et pas envie de bien faire, je suis ratiboisé (Argot du peuple).

(Hayard, 1907) : Décavé, sans le sou.

Ratiboiser

(Rossignol, 1901) : Prendre, voler.

Ratiboiseur de cabot

(Virmaître, 1894) : Voleur de chiens. C’est une industrie toute spéciale, elle est florissante au printemps quand les chiennes sont amoureuses. Les chiens une fois volés, sont tondus, maquillés pour les rendre méconnaissables, puis expédiés en Angleterre à une association affiliée aux voleurs parisiens. Ce vol est des plus simples, il faut être deux pour l’accomplir. Pendant que l’un fait la cour à la bonne qui promène Tom ou Mirza, le complice profite de son inattention, il enlève le cabot (Argot des voleurs). N.

Ratiboiseur de landau à baleines

(Virmaître, 1894) : Voleur de parapluies. On les nomme aussi des ratiboiseurs à l’échange. Le voleur entre dans un grand café, il a un mauvais parapluie à la main, il le place au porte-parapluie, au milieu des autres. Il s’assied à côté pour guigner de l’œil le plus beau, il paye sa consommation, se lève sans affectation en emportant le parapluie sur qui il a jeté son dévolu. Si l’on s’aperçoit de l’échange, il s’excuse de s’être trompé, puis s’en va tranquillement. Il est rare que ce vol ne réussisse pas (Argot du peuple). N.

Ratiche

(Rigaud, 1881) : Église, — dans le jargon des voleurs. — Blaireau de ratiche, goupillon. — Calot à blaireau, donneur d’eau bénite ; calot est pour calotin.

(La Rue, 1894) : Église.

Ratichon

(anon., 1827) : Abbé, prêtre.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Prêtre.

(Bras-de-Fer, 1829) : Abbé, prêtre.

(Clémens, 1840) : Aumônier.

(M.D., 1844) : Prêtre.

(un détenu, 1846) : Prêtre, curé.

(Halbert, 1849) : Peigne.

(Delvau, 1867) : s. m. Abbé, prêtre, — dans l’argot des voyous et des voleurs. Serpillière de ratichon. Soutane de prêtre. On dit aussi Rasé ou Rasi.

(Delvau, 1867) : s. m. Peigne, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Peigne. Le peigne a la forme d’un râteau, et c’est en effet le râteau de ce gazon qu’on nomme la chevelure.

(La Rue, 1894) : Peigne. Prêtre.

(Virmaître, 1894) : Curé. Ratichon est un mot ancien. On le trouve dans Olivier Chéreau à propos des Arche-Suppots chargés de réformer le langage, mais là, il n’est pas pris dans le sens de prêtre (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Curé.

(Hayard, 1907) : Prêtre.

Ratichon, rasé, raze, razi

(Larchey, 1865) : Prêtre. — Mot à mot : ratissé, rasé. — Allusion à sa tonsure et à sa figure rosée. V. Momir.

Ratichonné

(Halbert, 1849) : Peigné.

Ratichonner

(Delvau, 1867) : v. a. Peigner.

(Rigaud, 1881) : Peigner.

Ratichonnière

(Delvau, 1867) : s. f. Église.

(Rigaud, 1881) : Communauté religieuse.

Ratier

(d’Hautel, 1808) : Pour dire fantasque, bizarre, capricieux. On dit aussi ratière au féminin.

Ration de la ramée

(Halbert, 1849) : Nourriture de la prison.

Ratisse

(d’Hautel, 1808) : Pour dire gamme, correction, volée de coups de bâton.
On lui a donné une bonne ratisse ; il a reçu une fameuse ratisse. Se dit d’une personne qui a été fortement réprimandée ; corrigée ; maltraitée.

Ratissé

(Rigaud, 1881) : Joueur qui a perdu son argent au jeu. Celui dont la poche a été ratissée par le râteau du croupier. Être ratissé jusqu’au dernier sou. La variante est : Ratiboisé.

(Fustier, 1889) : Gandin, fashionable. Ç’a été le nom à la mode en 1885 pour désigner le continuateur du poisseux, du genreux.

Les jeunes ratissés (le terme est nouveau pour dire gommeux ou petit crevé), les ratissés ont couru et courent encore, comme un seul homme, lorgner, applaudir, rappeler La Goulue et Grille d’Égout… Pourquoi les ratissés ? Est-ce parce que le jeu, le baccarat, les petits-chevaux des bords de la mer ou les steeple-chases leur vident à la fois la bourse et la cervelle et les ratissent comme le râteau du croupier ? Est-ce au contraire parce que le coiffeur sue sang et eau à les épiler, les coiffer, les brosser et leur ratisse les favoris, la moustache et la chevelure (quand ils en ont), comme le jardinier ratisse les allées d’un jardin bien entretenu ?
Je n’en sais rien ; le fait est que les petits crevés sont devenus les ratissés.
Le ratissé a son féminin : la ratissée. Et je m’imagine qu’aussi bien que le croupier, la ratissée ratisse le ratissé. Le nouveau nom doit venir de là.

(Illustration, octobre 1885.)

Ratisser

(d’Hautel, 1808) : Recevoir une ratisse.
Il a été joliment ratissé. Se dit d’un homme qui, engagé dans une batterie, et n’étant pas le plus fort, en a reçu tous les coups.
Se ratisser la couenne. Pour se raser le visage, se faire la barbe.
Je t’en ratisse. Pour dire, ce n’est pas pour toi, tu n’en auras pas ; cette locution équivaut à je t’en ponds, je t’en casse, etc.

(Delvau, 1867) : v. a. Prendre, chiper, — dans l’argot des faubouriens. Se faire ratisser. Se laisser duper, ou voler, ou gagner au jeu.

(Rigaud, 1881) : Gagner tout l’argent de quelqu’un au jeu, le dépouiller, le laisser sans un sou.

Madame Zéphyrin qui les ratissait chaque fois.

(Vast-Ricouard, Le Tripot.)

(La Rue, 1894) : Prendre, chiper. Gagner tout l’argent au jeu. Évincer.

(Virmaître, 1894) : Voler, retourner la poche d’un individu, le ratisser avec autant de soin que le jardinier en met à ratisser ses allées (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Prendre, voler.

Ratisser (en)

(Delvau, 1867) : v. a. Se moquer de quelqu’un, — dans l’argot du peuple. On n’emploie guère ce verbe qu’à la première et à la troisième personne de l’indicatif présent.

Ratisser le bas des reins avec une brique

(Virmaître, 1894) : Ce n’est guère récréatif, c’est pourtant ce que l’on dit aux personnes qui s’ennuient.
— Ah ! comme je m’ennuie.
— Ratissez-vous le bas des reins avec une brique.
Ou bien encore :
— Râclez-vous les os des jambes avec un tesson de bouteille (Argot du peuple).

Ratisseuse de colabres (la)

(Rigaud, 1881) : La guillotine. Mot à mot : celle qui ratisse les cous.

Raton

(d’Hautel, 1808) : Diminutif de rat. Nom flatteur et caressant que l’on donne à un petit enfant.

(Delvau, 1867) : s. m. Petit voleur.

(Virmaître, 1894) : Apprenti voleur qui s’introduit par l’imposte dans une boutique et se cache dans un coin. Quand tout bruit a cessé, il ouvre la porte à son complice (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Celui qui commet le vol au radin.

Rats (avoir des)

(Rigaud, 1881) : Être de mauvaise humeur, — dans le jargon du peuple.

Rattrapage

(Delvau, 1867) : s. m. Fin de la copie donnée à un typographe. Il est tenu de composer (on dit rattraper) jusqu’au nom de son camarade écrit sur la copie suivante.

(Rigaud, 1881) : Compensation.

Rattraper

(d’Hautel, 1808) : Bien fin qui m’y rattrapera. Pour, je ne risquerai plus de pareille chose, je ne m’exposerai plus à de semblables aventures.

Ravage

(Delvau, 1867) : s. m. Débris métalliques volés.

Ravager

(Rigaud, 1881) : Voler du linge dans un lavoir public.

Ravageur

(Delvau, 1867) : s. m. Dragueur à la main, qui exploite les bords de la Seine au-dessous de Paris avec l’espérance d’y faire des trouvailles heureuses. Les ruisseaux de Paris avaient aussi, il y a une vingtaine d’années, leurs ravageurs, pauvres diables à l’affût de toutes les ferrailles que charriait la pluie.

(Rigaud, 1881) : Voleur de linge dans un lavoir public, sur les bateaux-lavoirs.

(Rigaud, 1881) : Ramasseur d’épaves rejetées par la Seine. Autrefois, lorsque les rues de Paris n’avaient qu’un seul ruisseau au milieu, les ravageurs y exerçaient leur industrie, principalement les jours de pluie.

(La Rue, 1894) : Voleur de linge dans un lavoir. Ramasseur des épaves de la Seine.

(Virmaître, 1894) : Individu qui, aux bords de la Seine, recherche les débris de ferrailles et d’os. Autrefois les ravageurs formaient une puissante corporation ; ils opéraient dans les ruisseaux qui coulaient au milieu des rues de Paris (Argot du peuple).

Ravageurs

(Larchey, 1865) : « Ils travaillent un instant après la pluie. Alors l’eau a charrié dans les rigoles ménagées par le pavé tous les morceaux de clous et de ferraille qu’elle a pu emporter en passant… La besogne faite, ils vendent un sou la livre leur misérable butin. »

Berthaud, 1846.

La police a fait cesser cette exploitation. — Les Mystères de Paris montrent cette industrie s’exerçant en grand sur les ports de la Seine :

S’avançant dans l’eau aussi loin qu’il peut aller, le ravageur puise à l’aide d’une longue drague le sable de rivière sous la vase, puis il le lave comme un minerai et en retire une grande quantité de parcelles métalliques.

E. Sue.

Ravalement

(d’Hautel, 1808) : Pour dire bassesse, état vil et sordide.

Ravaler

(d’Hautel, 1808) : Avilir, abaisser.
Ravaler ses paroles. Être sur le point de dire quelque chose, et s’en abstenir par une considération subite.

Ravaudage

(d’Hautel, 1808) : Ouvrage bousillé, fait grossièrement, sans soin, à la hâte.

Ravaudage (faire du)

(Rigaud, 1881) : Courtiser toutes les femmes indistinctement, courir de l’une à l’autre, dans l’espoir d’en trouver une de sensible. (Jargon des bals publics.)

Ravauder

(d’Hautel, 1808) : Rapetasser, raccommoder de mauvaises hardes.
Ravauder. Pour dire, paresser, fainéantiser, niaiser, il signifie aussi gronder, réprimander quelqu’un, le maltraiter en paroles.

(Delvau, 1867) : v. a. Raccommoder du linge, des vêtements, — dans l’argot du peuple.

(Delvau, 1867) : v. n. Être lent à faire quelque chose ; s’amuser au lieu de travailler.

Ravauderie

(d’Hautel, 1808) : Rodomontades ; discours frivoles, pleins de niaiseries et de superfluités.

Rave

(d’Hautel, 1808) : Gros comme une rave. Pour dire d’une très-petite stature, d’une très-foible, complexion.
Faites-en des choux des raves. Pour disposez-en à votre volonté.

Raverta

(Rigaud, 1881) : Domestique, — dans le jargon des marchands juifs. Il ne faut pas dabérer devant les ravertas, il ne faut rien dire devant les domestiques.

Ravignole

(Delvau, 1867) : s. f. Récidive, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Récidive.

(La Rue, 1894) : Récidive.

(Virmaître, 1894) : Récidiviste. Ce doit être une corruption de revignole. Gnole veut dire imbécile, de revient on a fait revi on y a soudé gnole, de là l’expression. Mot à mot :
— Tu reviens imbécile (Argot des voleurs).

Ravignolé

(Larchey, 1865) : Récidive.

Je n’ai pas coqué mon centre de taffe du ravignolé ; ainsi si vouzailles brodez à mezigue, il faut balancer la lazagne au centre de Jean-Louis Laurant, au castuc de Canelle (Caen).

Ravignolet (se payer un)

(Virmaître, 1894) : V. Bataille des jésuites.

Ravigote (à la)

(Delvau, 1867) : adv. D’une façon piquante. Argot du peuple.

Ravigoter

(d’Hautel, 1808) : Pour réconforter, redonner de la vigueur, de la force à quelqu’un qui étoit foible et détaillant.

(Delvau, 1867) : v. a. Soulager ; refaire, remettre en bon état ; réjouir.

Ravigoter un homme

(Delvau, 1864) : Faire tant, des doigts et de la langue, qu’il parvient à bander.

D’un tour de main ell’ ravigote
Le plus p’tit, le plus maigre jeu.

E. Debraux.

Ravine

(Fustier, 1889) : Plaie. Cicatrice.

Est-elle bête de suivre un homme qui la bat ! C’est moi qui le ficherais en plan ! Et elles-mêmes arrivaient avec un pochon ou des ravines sur le visage…

(Huysmans : Sœurs Vatard.)

Raviser

(d’Hautel, 1808) : Se raviser. Changer d’avis, revenir à ce qu’on avoit d’abord dédaigné, ou de ce que l’on avoit promis ; se dédire.
Il s’est ravisé en mangeant sa soupe. Pour il s’est dédit de ce qu’il avoit promis.

Rayer

(d’Hautel, 1808) : Rayez cela de vos papiers. Pour dire, ne comptez pas sur cette affaire, sur cet avantage.

Rayon

(d’Hautel, 1808) : Le rayon visuel. Pour dire, les yeux, la vue.

Rayon de miel

(Delvau, 1867) : s. m. Dentelle, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Dentelle, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Dentelle.

Rayon sur l’œil

(Rigaud, 1881) : Marque sur l’œil d’un maître coup de poing. C’est le rayon des trente-six chandelles.

Raze pour l’af

(Rigaud, 1881) : Acteur, dans le même jargon ; c’est-à-dire rasé pour faire rire.

Raze pour l’aff

(La Rue, 1894) : Acteur (raseur ou rasé pour la vie).

Raze, Ratichon

(Rigaud, 1881) : Prêtre. C’est-à-dire rasé, ratissé. Le visage du prêtre est rasé, — dans le jargon des voleurs.

Razi

(Halbert, 1849) : Curé.

Razzia

(Larchey, 1865) : Rafle rasant tout sur son passage. — Le mot date de notre guerre d’Afrique. En France au quinzième siècle on disait dans le même sens reize.

Il exerçait de véritables razzias à l’endroit des tasses de chocolat.

A. Second.

(Delvau, 1867) : s. f. Rafle, — dans l’argot du peuple, retour d’Afrique.

(Merlin, 1888) : Prise de guerre, pillage ; — de l’arabe.

Réac

(Larchey, 1865) : Réactionnaire. — Date de 1848.

Il s’agira seulement d’applaudir nos orateurs — et d’aplatir les réacs.

Chenu.

(Delvau, 1867) : adj. et s. Bourgeois, réactionnaire, — dans l’argot des faubouriens. Le mot date de 1848.

(Rigaud, 1881) : Réactionnaire. Le réactionnaire de 1848 est devenu le conservateur de 1876.

Réaliste

(Larchey, 1865) : Artiste ou romancier s’appliquant à reproduire dans toute leur vérité les scènes de la vie réelle sans rien idéaliser. Bien qu’employé à la fin du dix-huitième siècle par Rétif, le mot est nouveau mais l’école est de haute antiquité.

Rébarbatif

(d’Hautel, 1808) : Rude, rebutant. On dit fort communément et par corruption rébarbaratif.

Rebâtir

(anon., 1827) : Tuer.

(Bras-de-Fer, 1829) : Tuer.

(Halbert, 1849) : Tuer.

(Larchey, 1865) : Tuer. — Équivoque. — Pour rebâtir il faut démolir. V. ce mot.

Si tu consens à nous laisser rebâtir le ratichon et sa larbine nous irons pioncer dans le sabri du rupin de ton villois, à cinquante paturons de la chique de la daronne du mec des mecs.

Vidocq.

(Delvau, 1867) : v. a. Tuer, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Tuer, — dans l’ancien argot des voleurs. Par altération de rabatir, pour rabattre, verbe que les matois ont disloqué comme la plupart des mots de leur langue.

(La Rue, 1894) : Tuer.

Rebattre

(d’Hautel, 1808) : J’en suis rebattu. Pour je suis las d’en entendre parler ; j’en suis ennuyé.

Rébéca

(d’Hautel, 1808) : Une petite Rébéca. Petite fille récalcitrante et indocile, qui répond continuellement à tout ce qu’on lui dit.

Rébecca

(Delvau, 1867) : s. f. Fille ou femme qui ne répond qu’avec aigreur aux observations qu’on lui fait, — qui se rébèque en un mot. Argot des bourgeois. On dit aussi Mademoiselle Rébecca (Rien de la Bible.)

(Rigaud, 1881) : Répondeuse, — dans le jargon du peuple. — Voyez un feu cette Rébecca, si elle taira son bec ! Dérivé de rebéquer.

Rebecca (faire sa)

(La Rue, 1894) : Faire la revêche.

Rebectage

(Rigaud, 1881) : Cour de Cassation. C’est pour le voleur une médecine qui peut atténuer l’effet du jugement.

(La Rue, 1894) : Médecine. Recours en cassation. Accord, coïncidence.

Rébectage

(Rigaud, 1881) : Médecine, — dans le jargon des voleurs.

Rebecter (se)

(Rigaud, 1881) : Améliorer sa position. Reprendre des forces, — dans le jargon du peuple.

(Rigaud, 1881) : Se réconcilier, — dans le jargon des voleurs. — Rebecteur, Médecin.

(La Rue, 1894) : Se réconforter, améliorer sa position. Se réconcilier.

Rebéquer

(Delvau, 1867) : v. n. Répéter, — dans l’argot des faubouriens.

Rébéquer

(d’Hautel, 1808) : Répondre insolemment à ses superieurs.
Se rébéquer. Faire le mutin, avoir de la roideur dans le caractère.

Rebéquer (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Se révolter, répondre avec fierté, avec colère, — dans l’argot du peuple, à qui Saint-Simon et Diderot ont fait l’honneur d’emprunter ce verbe expressif.

Rebiffe

(Rigaud, 1881) : Révolte. — Trimar de la rebiffe, route de la Révolte ; un des endroits les plus dangereux de Paris.

Rebiffe (il y a de la)

(Virmaître, 1894) : Revenir à la charge, retomber sur un adversaire plus fort que soi. Se rebiffer contre une autorité quelconque (Argot du peuple).

Rebiffe au truc

(Rigaud, 1881) : Récidive. — Rebiffer au truc, être en état de récidive.

Rebiffer

(d’Hautel, 1808) : Se rebiffer. Regimber, faire le rétif ; répondre avec fierté, insolemment aux personnes à qui l’on doit du respect ; résister avec opiniâtreté à leurs ordres.

(un détenu, 1846) : Faire une chose deux fois, ou bisser.

(Rigaud, 1881) : Recommencer, — dans le jargon du peuple. — Tais-toi, t’as ton compte… ou je rebiffe. C’est un mot emprunté à l’argot des classes dangereuses.

(Boutmy, 1883) : v. intr. Recommencer.

(La Rue, 1894) : Recommencer. Regimber. Se révolter.

(Rossignol, 1901) : Recommencer, de r’bif à la r’bif.

Tu ne vas pas r’biffer à me pincer, si tu r’biffes, prends garde à toi !

(Hayard, 1907) : Recommencer, (se) se défendre.

Rebiffer (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Regimber, protester plus ou moins énergiquement, — dans l’argot du peuple.

(Delvau, 1867) : v. réfl. Se présenter avec avantage, — dans l’argot des troupiers, tous plus ou moins cocardiers.

(Rigaud, 1881) : Affecter des airs hautains, redresser la tête avec affectation.

(Merlin, 1888) : Répondre, se raidir, s’emporter.

Rebonnetage

(Delvau, 1867) : s. f. Réconciliation, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Réconciliation.

(La Rue, 1894) : Réconciliation. Flatterie.

Rebonneter

(Delvau, 1867) : v. a. Aduler, flatter, — dans l’argot des voleurs. Rebonneter pour l’af. Flatter ironiquement.

(Rigaud, 1881) : Flatter, courtiser.

(Virmaître, 1894) : Amadouer un individu pour le fourrer dans une affaire. Cacher ses griffes sous un gant de velours, faire le patelin pour mieux tromper.
— As-tu rebonneté le pante pour l’aff ?
— Oui, il est bon !
Rebonneter
dans le peuple veut dire raccommoder (Argot du peuple). N.

(Rossignol, 1901) : Voir rabibocher.

Rebonneter (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Devenir meilleur, — dans l’argot des faubouriens, qui emploient ce verbe à propos des choses et des gens.

Rebonneter pour l’af

(Rigaud, 1881) : Mystifier quelqu’un en le flattant.

Rebonneteur

(Delvau, 1867) : s. m. Confesseur, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Confesseur.

(La Rue, 1894) : Confesseur.

(Virmaître, 1894) : Le confesseur. Il rebonnète le pécheur avec Dieu. Mot à mot ; il le réconcilie dans la planche à lavement (Argot des voleurs).

Rebouis

(Delvau, 1867) : adj. Mort, refroidi, — dans le même argot [des voleurs].

(Rigaud, 1881) : Cadavre, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Cadavre.

Rebouiser

(d’Hautel, 1808) : Pour dire, regarder quelqu’un depuis la tête jusqu’aux pieds ; l’examiner d’une manière affectée, et dans de mauvais desseins.

(Clémens, 1840) : Regarder. Voir.

(Delvau, 1867) : v. a. Tuer, — dans le même argot [des voleurs]. A signifié autrefois, dans le langage des honnêtes gens : Déniaiser quelqu’un ; jouer un tour, faire une fourberie.

(Delvau, 1867) : v. a. Remarquer, distinguer, — dans l’argot des faubouriens. Le verbe est désormais consacré pour eux par la chanson de l’Assommoir (O lepida cantio !) où l’on dit :

Faut pas blaguer, le treppe est batte ;
Dans c’taudion i’ s’ trouv’ des rupins.
Si queuq’s gonziers train’nt la savate,
J’en ai r’bouisé qu’ont d’s escarpins.

(Delvau, 1867) : v. a. Réparer, ravauder. Argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Tuer. — Regarder, remarquer. — Raccommoder, repriser, ressemeler. — Au XVIIIe siècle, le mot avait le sens de filouter, déniaiser quelqu’un ; c’est ainsi qu’il est expliqué dans le dictionnaire comique de Leroux.

(La Rue, 1894) : Tuer. Regarder. Remarquer. Réparer. Ravauder.

Rebouiser du corridor

(Virmaître, 1894) : Sentir affreusement mauvais de la bouche.
— Ce cochon-là pue tellement qu’il fait tourner le bouillon (Argot du peuple).

Rébouiser une ménesse

(Clémens, 1840) : Regarder une dame.

Rebouiseur

(Delvau, 1867) : s. m. Savetier, — dans l’argot des revendeurs.

Rebours

(d’Hautel, 1808) : Le contre-sens d’une chose.
À rebours. Les personnes sans éducation disent habituellement à la rebours.

(Delvau, 1867) : s. m. Déménagement clandestin, — dans l’argot des voyous. (V. Vidocq, p. 55.)

(Rigaud, 1881) : Déménagement furtif. Mot à mot : déménagement à rebours.

(La Rue, 1894) : Déménagement furtif.

Rebours, rebourse

(d’Hautel, 1808) : Pour dire, acariâtre, revêche ; d’une humeur intraitable.

Rebouter

(d’Hautel, 1808) : Pour dire, se délasser, se reposer de ses fatigues ; se remettre, se refaire.

(Delvau, 1867) : v. a. Remettre un membre, réduire une fracture. Argot du peuple.

Rebouteur

(Delvau, 1867) : s. m. Chirurgien sans diplôme.

Rebrousse-poil (à)

(Virmaître, 1894) : Prendre les choses de travers, à l’envers, du côté où ça n’est pas vrai. Ne pas savoir prendre les gens par leur côté faible Mot à mot : les prendre à rebrousse-poil (Argot du peuple).

Rebuffade

(d’Hautel, 1808) : Mauvais accueil ; et non rebiffade, comme on le dit fréquemment.

Rebutter

(Virmaître, 1894) : Ne plus vouloir. Synonyme de refouler et de renifler. On rebutte sur un ouvrage qui déplaît ou qui dure trop longtemps (Argot du peuple).

Récalcitrant

(Virmaître, 1894) : Coffre-fort. Les voleurs éprouvent souvent de la résistance à l’ouvrir ; de là l’expression (Argot des voleurs). N.

Récalcitrer

(d’Hautel, 1808) : Regimber, résister ; avoir l’humeur rétive et insubordonnée.

Recalé, retoqué

(La Rue, 1894) : Refusé à un examen.

Recaler

(Delvau, 1867) : v. a. Rectifier, corriger. Argot des artistes.

Recaler (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. S’habiller à neuf, ou reprendre des forces quand on a été malade, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Refaire sa fortune, améliorer sa position.

(La Rue, 1894) : Améliorer sa position.

Recarrelure

(Rigaud, 1881) : Repas. Brantôme s’est servi de l’expression de « carreler le ventre » pour manger.

Recarrer (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Faire le paon, le suffisant.

Receleur

(d’Hautel, 1808) : S’il n’y avoit point de receleurs, il n’y auroit point de voleurs. Proverbe d’une grande vérité.

Récent (avoir l’air)

(Fustier, 1889) : Marcher droit, avoir l’air de pouvoir se tenir sur ses jambes, quand on a trop fêté Bacchus.

Allons Ringuet, faut être sérieux ; v’là qu’ t’approche de ta turne ; faut qu’ t’aies l’air récent.

(Monde plaisant, 1880.)

Recevoir l’assaut

(Delvau, 1864) : Être baisée par un homme — qui monte sur le ventre, la pine en avant, avec la furia d’un zouave montant sur le Mamelon Vert.

Dis-lui qu’à la chute du jour, elle s’apprête à recevoir les assauts de l’empereur d’Orient.

La Popelinière.

Recevoir la pelle au cul

(Delvau, 1867) : v. a. Être renvoyé de quelque part ou d’un emploi.

Mon rival, j’en suis convaincu,
Va recevoir la pelle an cul !

dit une chanson du temps de l’Empire.

Recevoir son décompte

(Delvau, 1867) : Mourir, — dans l’argot des troupiers.

Recevoir un savon ou en donner un

(Virmaître, 1894) : Gronder quelqu’un, être grondé.
— Quand un ouvrage est mal fait, on reçoit un savon.
— Attends un peu mon neveu, je vais te savonner la tête (Argot du peuple).

Rechanger (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Changer de linge ou d’habit ; quitter les vêtements de travail pour mettre les vêtements du dimanche. Argot des ouvriers.

Rechasser

(Virmaître, 1894) : Regarder quelqu’un ou quelque chose.
— As-tu vu ce coup de chasse ?
Les filles rechassent les passants pour les allumer. Cela se nomme : distribuer son prospectus (Argot des filles).

Rechâsser

(Rossignol, 1901) : Regarder.

(Hayard, 1907) : Regarder.

Rechasser, repérer

(La Rue, 1894) : Regarder. Remarquer. Apercevoir.

Réchauffante

(d’Hautel, 1808) : Terme trivial et burlesque, pour dire, une perruque.

(un détenu, 1846) : Perruque.

(Delvau, 1867) : s. f. Perruque, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Perruque.

(La Rue, 1894) : Perruque.

(Virmaître, 1894) : Perruque. Elle tient chaud à la tête et ceux qui en portent ne craignent pas de se prendre aux cheveux. Un coiffeur de la rue de Bondy avait pris celle enseigne :

D’Absalon pendu par la nuque,
Passants, contemplez la douleur !
S’il avait porté perruque.
Il eût evité ce malheur. (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Perruque.

(Rossignol, 1901) : Capote de militaire.

(Hayard, 1907) : Perruque.

Réchauffante (la)

(Merlin, 1888) : La capote.

Réchauffé

(Delvau, 1867) : s. m. Chose tardive, résolution intempestive, bonne inspiration venue après coup. Argot du peuple. Signifie aussi : Vieux vaudeville, vieille plaisanterie, etc.

Rechauffé (c’est du)

(Virmaître, 1894) : Quand un individu fait un discours émaillé de lieux communs, ou raconte une histoire à dormir debout, c’est du réchauffé. Allusion aux mets réchauffés qui ne valent plus rien. On dit également :
— Lâche-nous avec tes boniments ; c’est de la vingtième resucée (Argot du peuple).

Réchauffer

(Larchey, 1865) : Ennuyer (Vidocq). — On trouve une analogie dans l’acception de bassinoire. — C’est du réchauffé : Cela ne vaut plus rien.

(Delvau, 1867) : v. a. Ennuyer, — dans l’argot des voleurs.

Réchauffer (se)

(M.D., 1844) : S’apercevoir.

Réche

(La Rue, 1894) : Sou.

Rèche

(Virmaître, 1894) : Sou
— Pas un rèche dans mes profondes ; je ne suis pas réchard.
Rèche
veut aussi dire : femme qui a un caractère cassant.
— Elle est tellement mauvaise que l’on ne peut pas la toucher avec des pincettes (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Bout de cigarette fumé. Rèche veut aussi dire sou.

Je suis sans le sou, je n’ai pas un rèche.

(Hayard, 1907) : Sou.

Rêche

(Delvau, 1867) : s. m. Sou, — dans l’argot des faubouriens, qui trouvent le billon rude.

Rêche, Rotin

(Rigaud, 1881) : Pièce d’un sou, monnaie de cuivre. Les variantes sont : Pélo, pépette.

Rechigner

(d’Hautel, 1808) : Regimber ; avoir de l’aversion pour quelque chose, y répugner ; le faire avec humeur ; grogner, gronder, murmurer entre ses dents.
Un visage rechigné. Pour dire, un air dur, revêche ; une figure rebutante et refrognée.

Rechu

(Delvau, 1867) : adj. et s. Homme désagréable, grincheur, — dans l’argot du peuple.

Réclame

(d’Hautel, 1808) : Au propre, le premier mot d’une feuille que l’on met au bas de la dernière page de la feuille précédente, pour servir d’indication ; au figuré, et en terme bachico-thypographique, comme le dit Momoro, ce qui reste à boire d’une bouteille presque vide, et que l’on répartit le plus également possible dans chaque verre des buveurs.

(Delvau, 1867) : s. f. Éloge pompeux et ridicule que les journaux décernent — moyennant cinq francs la ligne — à toute œuvre ou à tout médicament qui est le moins digne d’être loué.

(Rigaud, 1881) : Ce qui reste d’une bouteille après que chacun a eu sa part, — dans le jargon des typographes. (Boutmy.) Par allusion à ce qu’on appelait autrefois la réclame, c’est-à-dire un mot ou un demi-mot imprimé à la dernière page de chaque feuillet, dans les anciens livres, pour indiquer le commencement de la page suivante.

(Boutmy, 1883) : s. f. Mot qui se mettait autrefois à la fin d’une feuille, dans la ligne de pied, et qui se répétait au commencement de la feuille suivante. Vérifier la réclame, c’est s’assurer que la fin d’une feuille concorde bien avec le commencement de celle qui suit immédiatement. Au figuré, ce qui reste dans une bouteille après que chacun a eu sa part : Ne t’en va pas, il y a la réclame, c’est-à-dire : il en reste encore un peu pour chacun de nous.

Reclamer ses gants

(Delvau, 1864) : Demander au monsieur qu’on a raccroché sur le trottoir un supplément au prix convenu pour aller au bonheur.

Elle ne sera pas une fille ordinaire,
Réclamant aux vieillards libidineux ses gants,
Et tirant tous les jours des coups extravagants.

A. Glatigny.

Recogner

(d’Hautel, 1808) : Brusquer, rebuter, repousser.

Recoin

(d’Hautel, 1808) : Les recoins du cœur. Pour dire, ce qu’il y a de plus secret, de plus caché dans le cœur humain.
On dit, dans le bon style, les replis du cœur, etc.
Il connoît tous les coins et les recoins de cette maison. Pour, il en connoît parfaitement les êtres.

Recollardé

(Rigaud, 1881) : Repris, arrêté de nouveau.

Recoller

(Rigaud, 1881) : Relever de maladie.

Recoller (se)

(Rigaud, 1881) : Se réconcilier entre amant et maîtresse, se remettre ensemble, signer un nouveau bagne.

Recommencer

(Delvau, 1864) : Tirer un second, puis un troisième puis un quatrième coup, selon que la femme en vaut la peine ou que l’homme a du sperme dans sa bouteille, — l’amour étant, comme on sait, un grand recommenceur.

La grisette serre avec énergie l’étudiant contre sa poitrine, en soupirant et en tressaillant des dentiers frissons de la jouissance ; pour un peu elle recommencerait.

Henry Monnier.

Récompenser en peinture

(Larchey, 1865) : Payer de belles promesses.

Henri IV ayant envoyé d’Aubigné en plusieurs provinces, ne lui donna pour récompense que son portrait. D’Aubigné y ajouta ce quatrain : — Ce prince est d’étrange nature. Je ne sais qui diable l’a fait ! Il récompense en peinture Ceux qui le servent en effet.

Reconduire

(Delvau, 1867) : v. a. Siffler, — dans l’argot des coulisses.

(Rigaud, 1881) : Siffler, en terme de théâtre.

(La Rue, 1894) : Siffler (au théâtre). On dit aussi appeler Azor.

Reconduire (se faire)

(Rigaud, 1881) : Être sifflé, être attrapé en scène, — dans le jargon des coulisses. Allusion à la conduite de Grenoble des compagnons du Devoir.

Reconduire quelqu’un

(Delvau, 1867) : Le renvoyer à coups de pied ou à coups de poing, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Faire la conduite.

Reconnaissance

(Boutmy, 1883) : s. f. V. Réglette.

Reconnaissancier

(Rigaud, 1881) : Terme du Mont-de-Piété. Employé chargé de délivrer les reconnaissances.

Reconnobler

(Larchey, 1865) : Reconnaître (id.). V. Parrain.

(Rossignol, 1901) : Reconnaître.

Reconoblé

(M.D., 1844) : Reconnu.

Reconobrer

(Bras-de-Fer, 1829) : Reconnaître.

(Delvau, 1867) : v. a. Reconnaître, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Reconnaître, — dans l’ancien argot.

(La Rue, 1894) : Reconnaître.

(Virmaître, 1894) : Reconnaître. Quelques uns écrivent conobrer. Ce n’est pas exact. Conobrer veut dire connaître et non reconnaître (Argot des voleurs).

Recoquer

(anon., 1827) : Rendre.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Rendre, restituer.

(Halbert, 1849) : Rendre.

(La Rue, 1894) : Revenir à la santé. Rendre.

Recoquer (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. S’habiller à neuf ; reprendre de nouvelles forces, revenir à la santé. Argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Reprendre des forces ; se rétablir à la suite d’une maladie ; mettre des vêtements neufs.

Recoquiller

(d’Hautel, 1808) : Recoquiller les bords d’un chapeau. Pour dire, les retrousser, les rouler.

Recordé

(Halbert, 1849) : Tué.

Recorder

(d’Hautel, 1808) : Recorder ses violons. Pour dire, se disposer, s’apprêter à rire, à danser, à se divertir.
Le peuple dit habituellement, raccorder.

(Halbert, 1849) : Tuer.

(Delvau, 1867) : v. a. Prévenir quelqu’un de ce oui doit lui arriver, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Faire la leçon à quelqu’un, lui donner des instructions. Mot à mot : le mettre d’accord. — Être recordé, être convenu d’une chose.

(La Rue, 1894) : Prévenir quelqu’un, lui donner des instructions. Tuer. Signifie aussi réconcilier. Se recorder, comploter.

(Virmaître, 1894) : Réconcilier. L. L. Recorder veut dire prévenir, remonter le moral à un désespéré ; lui apprendre ce qu’il doit faire (Argot du peuple). N.

(Rossignol, 1901) : Prévenir. Il a été recordé qu’il était recherché par la police.

(Hayard, 1907) : Prévenir.

Recourir à l’émétique

(Rigaud, 1881) : Escroquer de l’argent à un tiers au moyen d’un billet à ordre souscrit au nom d’un compère. — Un fils recourt à l’émétique pour soutirer de l’argent à son père en faisant un billet à un fournisseur de connivence. — Les souteneurs emploient le même procédé envers leurs maîtresses.

(Virmaître, 1894) : Escompter de faux billets (Argot du peuple).

Recouvrer

(d’Hautel, 1808) : Rentrer en possession de ce qu’on avoit perdu. Ce verbe est continuellement confondu avec le verbe recouvrir (couvrir de nouveau) ; et l’on dit d’une personne à qui l’on est par venu à rendre l’usage de la vue, de l’ouïe ou de la parole, qu’elle avoit perdue, qu’Elle a recouvert la vue, l’ouïe, etc., au lieu de recouvré.

Recroqueviller

(d’Hautel, 1808) : Il n’y a point de si petit ennemi qui ne se recroqueville quand on marche dessus. Signifie, il n’y a point de si petit ennemi qui ne songe à se défendre quand on l’attaque.

Recta

(d’Hautel, 1808) : Mots pris du latin, pour dire ponctuellement ; avec une grande exactitude.

(Delvau, 1867) : adv. Net, sans rien laisser ni devoir, — dans l’argot du peuple. Payer recta. Payer jusqu’au dernier sou. C’est l’adverbe latin détourné de son sens.

Recuit

(Rigaud, 1881) : Ruiné de nouveau.

Reculade

(d’Hautel, 1808) : Faire une reculade. Revenir sur ses pas, reculer quand on s’est trop avancé : ne pas se comporter en homme d’honneur dans une affaire délicate.

Reculée

(d’Hautel, 1808) : Un feu de reculée. Un feu très vif, très-ardent, qui oblige à reculer.

Reculer

(d’Hautel, 1808) : Reculer pour mieux sauter. Différer de faire une chose à laquelle on sera contraint tôt ou tard ; retarder l’exécution d’une affaire pour la poursuivre après avec plus de vigueur.

Récurer (se faire)

(Delvau, 1864) : Prendre des médicaments, mercuriels, ou autres, pour guérir des véroles gagnées au doux jeu d’amour.

Voyez, là-bas, le sémillant Mercure
Et ses fuseaux qui’tricotent gratis,
Représentant le dieu qui nous récure
Et la maison Giraudeau père et fils.

Gustave Nadaud.

Récurer (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Se purger. Se faire récurer. Se faire traiter à l’hôpital du Midi.

(Rigaud, 1881) : Se purger. — On dit encore récurer la casserole, nettoyer le fusil.

Redam

(Rigaud, 1881) : Grâce. — Abréviation de rédemption.

(La Rue, 1894) : Grâce au condamné.

Rédam

(Delvau, 1867) : s. f. Grâce, — dans l’argot des voleurs, qui cependant ne croient pas à leur rédemption.

(Virmaître, 1894) : Grâce. Comme le dit A. Delvau, redam ne peut venir de rédemption. C’est une corruption de retam. Allusion à la casserole qui est neuve lorsqu’elle est étamée. Dans le peuple on dit rétamé pour étamé : le voleur gracié est rétamé, il est remis à neuf (Argot des voleurs). N.

(Hayard, 1907) : Grâce de condamné.

Redin, Réduit

(Rigaud, 1881) : Bourse.

Redingote anglaise

(Delvau, 1864) : Préservatif contre la vérole, (V. Capote, Ruban.)

Redingue

(Virmaître, 1894) : Abréviation de redingote (Argot du peuple).

(Hayard, 1907) : Redingote.

Redoublement de fièvre

(Bras-de-Fer, 1829) : Révélation d’un nouveau fait à charge.

(Delvau, 1867) : s. m. Révélation d’un nouveau fait à charge, dans le même argot [des voleurs].

(Rigaud, 1881) : Nouvelle charge, accusation nouvelle contre l’accusé, — dans l’ancien argot.

(Virmaître, 1894) : Fièvre, révélation. Quand un voleur a été dénoncé, il a la fièvre. Une nouvelle révélation à sa charge lui occasionne un redoublement de fièvre (Argot des voleurs).

Redouiller

(d’Hautel, 1808) : Se redouiller. Riposter à des propos injurieux ou répondre vigoureusement à des voies de fait ; en venir aux mains.

(Rigaud, 1881) : Rembarrer, frapper, maltraiter.

Y veut se r’lever, mais j’ le r’douille à coups de passif dans les merlins.

(Le Parfait catéchisme poissard.)

Redresse

(Delvau, 1867) : s. f. Institution toute parisienne, composée de bohèmes qui ne veulent pas demander au travail les moyens d’existence qu’il ne leur refuserait pas, et préfèrent s’adresser pour cela au Hasard, ce dieu des paresseux et des fripons. Chevalier de la Redresse. Industriel qui carotte le vivre et le couvert à tout gobe-mouches disposé à écouter ses histoires.

(Rigaud, 1881) : Ruse. Être à la redresse, être rusé, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Ruse. Malice. À la redresse, malin.

Redresse (à la)

(Hayard, 1907) : Au courant.

Redresse (être à la)

(Virmaître, 1894) : — Il est à la redresse le mec, pas moyen de lui monter le verre en fleur ; il la connaît, c’est lui qui a inventé les queues de billard cintrées pour faire les effets dans les coins. Être à la redresse, rusé, malin. On dit aussi : être à la hauteur (Argot du peuple).

Redresser

(d’Hautel, 1808) : Pour dire corriger, châtier, mortifier quelqu’un ; le remettre dans le droit chemin ; il signifie aussi filouter, dérober, tromper avec finesse.

Redresseur

(d’Hautel, 1808) : Fripon, escroc, filou ; homme fin et rusé, auquel il faut soigneusement éviter d’avoir affaire ; on dit aussi d’un rigoriste, d’un homme qui exerce une sévère critique sur les fautes d’autrui ; c’est un redresseur de torts.

Réduire

(d’Hautel, 1808) : Réduire quelqu’un au petit pied. Pour dire, le rendre pauvre, misérable ; le mettre dans un état fort au-dessous de celui où il étoit.

Réduit (le)

(Delvau, 1864) : La nature de la femme, où le membre viril a tant de plaisir à se réfugier les jours d’ennui, à s’abriter les jours d’orage. Réduit, déduit ; déduit, réduit.

Déjà de sa grandeur les doigts saints et bénis
Visitaient de l’amour les plus secrets réduits.

Grécourt.

Mais D*** avec sa main,
Sa lèvre de carmin,
Sait trouver ton réduit
Où rarement l’homme impur s’introduit.

J. Duflot.

Refaire

(d’Hautel, 1808) : Se refaire. Pour dire rétablir sa santé, reprendre des forces de la vigueur ; regagner une partie de ce que l’on avoit perdu au jeu.
À une femme et à une vieille maison, il y a toujours à refaire.

(Larchey, 1865) : Tromper. V. Faire.

Dindonné, ce que nous appelons refait au même.

Balzac.

(Delvau, 1867) : v. a. Tromper, duper, et même voler, — dans l’argot des faubouriens.

(La Rue, 1894) : Tromper, duper. Se refaire, manger.

Refaire (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Reprendre des forces, recouvrer la santé, — dans l’argot du peuple. Signifie aussi : Regagner au jeu après s’y être ruiné.

Refaire au même

(La Rue, 1894) : Jouer quelqu’un qui vous a précédemment joué.

Refaire de sorgue (se)

(Halbert, 1849) : Souper.

(Delvau, 1864) : Se remettre d’une nuit d’orgie : — bien dormir, ou bien déjeuner.

Tout dix, au tapis-franc nous étions réunis,
Chez le père Vit-Dur, ogre de mes amis,
Zig qui ne mange pas ses pratiques sur l’orgue ;
Nous étions venus là nous refaire de sorgue.

L. Protat. (Serrefesse.)

Refaire, Refaire au même

(Rigaud, 1881) : Duper. — Être refait, être dupé, payer trop cher. On est refait quand on paye, dans un restaurant, un dîner trop cher. — On est refait quand on paye, dans un magasin, un objet au-dessus de sa valeur. Les étrangers sont souvent refaits.

Refaire, se refaire le torse

(Rigaud, 1881) : Manger, se réconforter.

C’est ça qui vous refait le torse un peu proprement.

(X. de Montépin.)

Refait au même (être)

(Delvau, 1867) : Être joué par quelqu’un à qui l’on avait précédemment joué quelque méchant tour.

Refait sans donjon

(Rigaud, 1881) : Repris en état de vagabondage.

Refaite

(Delvau, 1867) : s. f. Repas, — dans l’argot des voleurs. Refaite du mattois. Déjeuner. Refaite de jorne. Dîner. Refaite de sorgue. Souper. Refaite de coni. Extrême-onction, ou, plus cyniquement, la nourriture que prend le condamné à mort avant son exécution.

(Rigaud, 1881) : Repas, réfection. — Refaite du matois, déjeuner ; refaite de jorne, dîner ; refaite de sorgue, souper ; refaite du séchoir, collation prise en sortant du cimetière.

(La Rue, 1894) : Repas. Refaite de matois, déjeuner. Refaite de sorgue, dîner.

Refaiter

(Larchey, 1865) : Prendre un repas. — Vieux mot. — V. Pavillonner. — Refaite du matois : Repas du matin — Refaite de coni : Viatique, repas de mourant.

(Delvau, 1867) : v. n. Manger.

Réfec

(Fustier, 1889) : Réfectoire. Argot de Polytechnique.

Refend

(d’Hautel, 1808) : Bois de refend, mur de refend. Bois qui a été scié de long ; et non bois de refente, mur de refente, comme on le dit vicieusement.

Reffoler

(Halbert, 1849) : Voler par surprise.

Refilé (aller au)

(La Rue, 1894) : Vomir. Payer. Ne pas aller au refilé, nier.

Refiler

(Clémens, 1840) : Remettre, rendre, donner.

(un détenu, 1846) : Faire passer de main en main.

(Halbert, 1849) : Donner le vol à un compère ou suivre quelqu’un.

(Larchey, 1865) : Donner un vol nourri, suivre.

(Delvau, 1867) : v. a. Rendre, restituer, — dans l’argot des voyous.

(Delvau, 1867) : v. a. Suivre, rechercher, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Chercher ; suivre, — dans l’argot des voleurs. (A. Delvau)

(Rigaud, 1881) : Perdre au jeu l’argent du bénéfice. — Avoir gagné 20 louis et les refiler. — Reperdre ce qu’on avait gagné au jeu.

(Rigaud, 1881) : Passer, mettre en circulation.

Je n’ai refilé que cinq roues de derrière.

(X. de Montépin, Le Fiacre no 13.)

(La Rue, 1894) : Rendre. Restituer. Suivre. Rechercher. Donner. Céder. Passer. Reprendre. Refiler sa contremarque, mourir.

(Virmaître, 1894) : Veut dire : donne-moi. Le souteneur dit à sa marmite :
— Refile-moi le pognon.
Refiler
quelqu’un : c’est le suivre ou le rechercher.
— J’ai eu beau le refiler, c’est comme si j’avais cherché une aiguille dans une botte de foin (Argot des voleurs). N.

(Rossignol, 1901) : Rendre, donner. — « Refile ce que tu me dois. » — « Refile-moi une cigarette. »

(Hayard, 1907) : Donner.

Refiler la camelote

(M.D., 1844) : Passer aux associés ce que l’on vient de voler.

Refiler sous le tube (s’en)

(Rigaud, 1881) : Priser.

Refiler, Repasser

(Rigaud, 1881) : Céder le canevas d’un vol.

Refondante

(Rigaud, 1881) : Allumette.

Refondre

(d’Hautel, 1808) : Vous ne le refondrez pas. Pour, il faut supporter cet homme tel qu’il est, puisqu’on ne peut le corriger.

Refouler

(Delvau, 1867) : v. n. Hésiter, renoncer à faire une chose, — dans l’argot des ouvriers. Refouler au travail. Fêter la Saint-Lundi.

(Rigaud, 1881) : Se refuser à. — Abandonner un ouvrage. — Refouler au travail, chômer.

(La Rue, 1894) : Hésiter. Reculer.

Réfractaire

(Delvau, 1867) : s. m. Bohème, homme de talent qui regimbe à suivre les modes morales de son temps. L’expression n’est pas de Jules Vallès, — comme on serait excusable de le croire, d’après l’intéressant ouvrage qui porte ce mot pour titre, attendu que voilà une quinzaine d’années qu’on appelle Camp des réfractaires un petit café borgne de la rue Vavin, hanté par des rapins littéraires et artistiques. De même, le garni situé à quelques pas de là est appelé par ses hôtes l’Hôtel des refractaire, les chambres ressemblant, paraît-il, à des casemates.

Refrogné

(d’Hautel, 1808) : Un visage refrogné. Pour dire bizarre, triste, mécontent, dépité, inquiet, chagrin.

Refrogner

(d’Hautel, 1808) : Se refrogner. Froncer le sourcil, se rider le front comme lorsqu’on éprouve un mécontentement, un chagrin intérieur.

Refroidi

(Halbert, 1849) : Mort.

(Delvau, 1867) : s. m. Noyé, pendu ; cadavre, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Mort. — Assassiné.

(La Rue, 1894) : Mort. Assassiné.

(Rossignol, 1901) : Être mort.

Refroidir

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Tuer.

(Bras-de-Fer, 1829) : Tuer.

(Larchey, 1865) : Tuer. — On dit glacé par la mort. — V. Suage.

(Delvau, 1867) : v. a. Tuer.

(Rigaud, 1881) : Tuer.

(Virmaître, 1894) : Tuer un individu. Refroidi : Allusion au cadavre qui, aussitôt la mort, devient froid comme le marbre (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Tuer quelqu’un.

(Hayard, 1907) : Tuer.

Refuges

(Virmaître, 1894) : Les croyants disent au pécheur : réfugiez-vous dans le sein de Dieu. C’est un refuge qui est bougrement haut. Les giverneurs préfèrent de beaucoup les refuges municipaux et d’autres, inconnus de la masse des Parisiens : rue Galande, rue Julien-le-Pauvre, rue St-Denis et rue St-Séverin, où l’on couche pour quatre sous, sur un banc, avec une soupe par dessus le marché. Ces refuges ont pour enseigne : Crémerie. Je ne conseille pas aux lecteurs de s’y aventurer, s’ils ne veulent pas être saignés (Argot du peuple). N.

Refus

(d’Hautel, 1808) : Cela n’est pas de refus. Pour dire, j’accepte volontiers l’offre que vous me faites.

Refuser

(d’Hautel, 1808) : Qui refuse, muse. Pour dire que l’on se repent souvent d’avoir refusé ce que l’on vous offroit.

Regaillardir

(d’Hautel, 1808) : Pour réjouir, divertir, rendre enjoué, mettre en bonne humeur.

Régalade

(d’Hautel, 1808) : Boire à la régalade. C’est-à dire, la tête renversée en arrière, et en versant la boisson dans la bouche.
Régalade. S’entend aussi d’un repas sensuel, ou d’une partie de plaisir quelconque.
On dit dans un sens opposé, quand on a réprimandé quelqu’un, ou qu’on l’a châtié rigoureusement, qu’on lui a donné une bonne régalade.

(Delvau, 1867) : s. f. Petite ripaille, — dans l’argot du peuple. À la régalade. Boire en renversant la tête en arrière et en élevant la bouteille de façon que les lèvres ne touchent pas celle-ci.

Régaler

(d’Hautel, 1808) : Régaler quelqu’un. Au figuré, le maltraiter ; lui donner une volée de coups de bâton.

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Donner à dîner, payer à boire.

Régaler la veuve

(Rigaud, 1881) : Dresser la guillotine.

Régaler ses amis

(Rigaud, 1881) : Se purger.

Régaler son cochon

(Rigaud, 1881) : S’offrir à soi-même une consommation, se payer un bon dîner.

Régaler son suisse

(Delvau, 1867) : v. a. C’est, quand on joue à deux, à un jeu quelconque, une consommation, ne perdre ni gagner, être chacun pour son écot.

(Rigaud, 1881) : Ne perdre ni ne gagner une consommation jouée.

Regardant

(Delvau, 1867) : adj. Économe, avare, — dans l’argot des domestiques, habitués à considérer le bien de leurs maîtres comme le leur ; peu généreux, — dans l’argot des petites dames, qui veulent bien faire payer l’amour, mais ne veulent pas qu’on le marchande.

Regarder

(d’Hautel, 1808) : Un chien regarde bien un évêque, il peut bien regarder une bête comme toi. Se dit injurieusement à quelqu’un qui se formalise de ce qu’on le regarde.
Il n’y regarde pas de si près. Pour dire qu’il n’est pas susceptible ; qu’il n’apporte ni soin ni exactitude dans la confection des choses qui lui sont confiées.
Si vous n’êtes pas content, regardez la porte. Se dit par menace à un employé dont on ne fait aucun cas, pour lui faire entendre que si ce qu’on lui demande ne lui convient pas, il peut se retirer.
Regarder quelqu’un sous le nez. Le considérer de très-près et d’une manière fort incivile.

Regatte

(Rigaud, 1881) : Viande, pour rogaton, — dans l’argot des chiffonniers. — Regater, manger.

Régence

(Larchey, 1865) : Digne des roueries galantes de la cour du régent.

C’est régence, c’est Louis XV, œil-de-bœuf ! C’est très-bien.

Balzac.

(Delvau, 1867) : adj. Galant, libertin, audacieux, — en parlant des choses et des gens. Être régence. Se donner des airs de roué. Souper régence. Souper où les femmes légères sont spécialement admises.

Regimber

(d’Hautel, 1808) : Rechigner, résister à ses supérieurs ; répondre insolemment à ce que l’on commande, montrer un caractère acariâtre et insubordonné.

Régiment

(d’Hautel, 1808) : Terme de mépris, pour dire une bande, un grand nombre, une multitude de personnes.
Avoir un régiment d’enfans. Pour dire un grand nombre d’enfans.
Être dans le régiment de l’arc-en-ciel. Pour dire être laquais, porter la livrée.
On dit plaisamment d’un soldat bossu, qu’il porte avec lui la masse du régiment.

Régiment des boules de Siam

(Delvau, 1867) : s. m. La confrérie abjecte dont le docteur Tardieu a décrit les mœurs et les maladies dans une brochure que tout le monde a lue, — quoiqu’elle n’eût été écrite que pour un petit nombre de personnes. Argot des faubouriens.

Régiment des cocus (s’engager dans le)

(Rigaud, 1881) : Se marier.

Reginglade

(Delvau, 1867) : s. f. Jeu d’enfants qui consiste à chasser celui qui glisse le premier en lui tombant sur le dos les deux bras en avant.

Regingler

(Delvau, 1867) : v. n. Jouer à la reginglade.

Régingler

(Rossignol, 1901) : Se mettre en colère d’une observation qui vous est faite et répondre est régingler.

Registre (faire le)

(Boutmy, 1883) : v. C’est, en imprimant la retiration, faire tomber exactement les pages l’une sur l’autre. Au figure, c’est verser le contenu d’une bouteille de façon que chacun ait exactement sa part.

Réglé comme un papier de musique

(Delvau, 1867) : adj. Ponctuel, rangé, régulier dans ses habitudes. Argot des bourgeois. C’est le pendant de Sage comme une image.

Règle de trois

(Rigaud, 1881) : La femme, le mari et l’amant réunis dans un lieu public et, principalement, au théâtre, dans la même loge.

Régler son trimestre

(Virmaître, 1894) : Battre quelqu’un. Synonyme de régler son compte. Quand une marmite ne rend pas, le souteneur dit :
— Je vais lui régler son trimestre.
Pour certaines de ces malheureuses, le trimestre est tous les jours (Argot des souteneurs). N.

Règles (avoir ses)

(Delvau, 1864) : Avoir ses menstrues — qui viennent très irrégulièrement à certaines femmes.

Pour ces règles que tu débines
Et traites de déjections,
Ce sont les sources purpurines
Des saintes fécondations.

Anonyme.

Réglette

(Boutmy, 1883) : s. f. Petite lame de bois ou de métal, mince et plate, de la hauteur des cadrats, et qui sert à justifier les pages en longueur. Arroser la réglette. Lorsqu’un paquetier passe metteur en pages, il manquerait à tous ses devoirs s’il ne régalait son équipe ; celle-ci, à son tour, fait une reconnaissance, c’est-à-dire paye la moitié (à revenir) de ce qu’a payé le nouveau metteur.

Réglette (arroser la)

(Rigaud, 1881) : Payer sa bienvenue dans un atelier de typographes. Quand un paquetier passe metteur en pages, il est aussi d’usage qu’il arrose la réglette à coups de tournées. (Jargon des typographes.)

Regon

(Halbert, 1849) : Dette.

(Larchey, 1865) : Dette. — Regonser : Devoir (Bailly).

(Delvau, 1867) : s. m. Dette, — dans l’argot des voleurs.

(Virmaître, 1894) : Dette. Regon est une corruption de regout (rancune). Quand un voleur a été donné par un nonneur, il a du regout, de la rancune, il a contracté une dette de haine qu’il lui paiera tôt ou tard (Argot des voleurs). N.

Regoncer

(Delvau, 1867) : v. a. Devoir.

Regonser

(Halbert, 1849) : Devoir.

(Rigaud, 1881) : Suivre à la piste. Ces messes me regonsent, dit le voleur qui est filé par des agents.

(La Rue, 1894) : Suivre à la piste.

Regorger

(d’Hautel, 1808) : Abonder.
Faire regorger. Signifie obliger quelqu’un á rendre ce qu’il a acquis d’une manière illicite.
Regorger de santé. Jouir d’une bonne santé.
Regorger. Avoir de tout en quantité ; vomir, rendre les alimens que l’on a pris.

Regouler

(d’Hautel, 1808) : Être rassasié, être soûl de quelque chose, en avoir pris immodérément ; renoncer dessus.
Regouler. Signifie aussi repousser quelqu’un de paroles, le brusquer.

Regout

(Delvau, 1867) : s. m. Inquiétude, crainte, remords, — dans le même argot. Faire du regout. Être arrêté.

(Virmaître, 1894) : Rancune. Avoir du regout contre quelqu’un, lui vouloir du mal. Les voleurs ont du regout contre un complice qui les a dénoncés.
— Je renquille dans Pantin sans regout ni morace.
Mot à mot : Je rentre à Paris sans colère, sans rancune et sans cri (Argot des voleurs). N.

(Hayard, 1907) : Rancune.

Regout (faire du)

(Larchey, 1865) : Être arrêté.

Poissons avec adresse mezières et gonzesses sans faire de regout.

Vidocq.

(Rigaud, 1881) : Éveiller les soupçons. C’est faire du ragoût avec changement d’une lettre. — Faire du bruit, se disputer.

Regout, ragout

(La Rue, 1894) : Inquiétude, crainte, remords. Faire du regout, être arrêté. Se disputer, Eveiller les soupçons.

Regrattier

(d’Hautel, 1808) : Homme intéressé, lâdre, qui, sur un compte, se permet les plus petites réductions.

Regret

(d’Hautel, 1808) : Il fait cela à regret, comme les chiens qu’on fouette. Pour dire à contre-cœur, de mauvaise grace, avec répugnance.
Il ne doit pas avoir regret de sa jeunesse. Pour dire, il s’est bien diverti ; il a eu de bons momens, il a bien employé son temps.

Réguisé

(Rigaud, 1881) : Misérable que le manque d’argent pousse au crime. — Ruiné, maigre.

Tu ne reconnais pas Caroline ? — Toi ! Caroline ?… Cristi, madame, comme vous êtes réguisée !

(Grévin, Croquis parisiens.)

(Rossignol, 1901) : Ne plus rien posséder.

Réguisé (être)

(Delvau, 1867) : Être battu, ou ruiné, ou volé, ou condamné par la Faculté ou par le Jury. Argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Être misérable. — Être condamné à mort. — Être très malade. — Être trompé d’une manière indigne.

(La Rue, 1894) : Battu, ruiné, évincé dans une entreprise, volé, trompé ou condamné à mort par le jury ou la Faculté.

Reguiser

(un détenu, 1846) : Perdre au jeu.

Réguiser

(Rigaud, 1881) : Ruiner. Réjouissance. État de maigreur chez une femme. — On dit d’une femme dont on voit les os percer, qu’elle a plus de réjouissance que de viande.

Regusou

(M.D., 1844) : Un remouleur.

Rein

(d’Hautel, 1808) : Il a donné un bon tour de rein à cet ouvrage. Pour dire, il l’a beaucoup avancé ; il ne reste presque plus rien à y faire.
Donner à quelqu’un un tour de rein. Lui jouer un mauvais tour ; le supplanter, lui nuire dans une affaire, qui étoit sur le point de recevoir son exécution.
Il a les reins forts. Pour dire qu’un homme est riche, qu’il est capable de supporter les frais d’une entreprise

Reine

(d’Hautel, 1808) : C’est la reine d’Antioche, qui mange plus de pain que de brioche. Voyez Brioche.
C’est la reine de Niort, malheureuse en beauté. Pour dire qu’une femme est extrêmement laide.
Ma reine. Non flatteur et caressant, que l’on donne à une jeune fille.

Reines de polygone (les)

(Merlin, 1888) : Femmes qui suivent les soldats en étape.

Rejaquer

(anon., 1827) : Crier.

(Bras-de-Fer, 1829) : Crier.

(Halbert, 1849) : Crier.

Réjoui

(d’Hautel, 1808) : Un gros réjoui, un réjoui bon temps. Un homme gros, gras et bien portant, qui a l’humeur agréable et enjouée, qui met tout en train.

Réjouissance

(Larchey, 1865) : Os glissé par les bouchers dans la viande pesée à leurs pratiques.

Pour mieux les embêter dans le poids et la réjouissance.

Cabarets de Paris, 1821.

(Delvau, 1867) : s. f. Os de bœuf arbitrairement glissés dans la viande pesée par les bouchers.

(Virmaître, 1894) : Qui ne réjouit pas du tout la ménagère, lorsque le boucher lui donne plus d’os que de viande (Argot des bouchers).

Relâcher

(d’Hautel, 1808) : Ce verbe parmi le peuple signifie, abandonner quelqu’un avec lequel on étoit en relation d’amitié, se brouiller avec lui, s’en séparer. Il se dit notamment d’un mari qui abandonne sa femme pour en prendre une autre ; d’un amant infidèle qui laisse à d’autre le soin de ce qui naguère faisoit l’objet de ses amours.

Relais

(d’Hautel, 1808) : Être de relais. Pour dire n’être pas occupé, pas employé.
Plaisanter, baffouer, berner quelqu’un en relais. Pour dire le railler, le plaisanter chacun à son tour, le tourmenter l’un après l’autre.

Relancer

(d’Hautel, 1808) : Relancer quelqu’un. Pour dire le repousser par des paroles dures, lui faire des reproches, des réprimandes sévères, le remettre à sa place lorsqu’il s’est permis quelqu’écart.

Relanceur de pleins

(Fustier, 1889) : Variété de grec.

Plus nombreux encore ceux gui n’ont jamais soupçonné l’existence du relanceur de pleins.

(Henri IV, 1881.)

Reléché

(d’Hautel, 1808) : Pour dire, paré, orné de colifichets, de frivolités ; on dit aussi d’une personne mal élévée, grossière, impolie, brutale ; qu’elle est bien mal reléchée.

Relent

(d’Hautel, 1808) : Sentir le relent. Exhaler une mauvaise odeur, sentir le renfermé.

Relevante

(Delvau, 1867) : s. f. Moutarde, — dans l’argot des voleurs.

Relever

(d’Hautel, 1808) : Je l’ai joliment relevé. Pour exprimer que l’on a fait de fortes remontrances à quel qu’un qui avoit commis quelqu’indiscrétion en parlant.
Relever quelqu’un du péché de paresse. User de son autorité pour remettre quelqu’un dans son devoir.
On le relèvera bien de sentinelle. Pour dire, on prendra garde à ses actions ; on le traitera sévèrement

(Delvau, 1867) : v. n. Sortir d’un état de gêne, — dans l’argot des faubouriens, à qui il coûte sans doute de dire Se relever de la misère. On dit aussi Être à la relève.

Relever (la)

(Rossignol, 1901) : Gagner toucher. Celui qui gagne au, jeu la relève. Un souteneur qui reçoit beaucoup de sa marmite la relève.

Relever le chandelier

(Fustier, 1889) : Argot de souteneurs. Vivre de la prostitution d’une fille.

Releveur de chandelier

(Virmaître, 1894) : Quand un miché monte avec une fille, il ne lui donne pas toujours l’argent de la main à la main ; discrètement, avant de se mettre en chantier, il fait sa mise sous le chandelier ; aussitôt partis, le souteneur arrive et relève la monnaie qui est sous le chandelier (Argot des souteneurs).

Releveur de chandelier, de fumeuse

(La Rue, 1894) : Souteneur.

Releveur de fumeuse

(Fustier, 1889) : Souteneur.

Releveur de pesoche

(Virmaître, 1894) : Garçon de banque qui la relève les 1er, 15 et 30 de chaque mois. La pesoche est le sac où il enferme la monnaie (Argot des voleurs).

Releveur de pésoche

(Rigaud, 1881) : Garçon de recette.

Relicher

(Rigaud, 1881) : Vider un verre ou une bouteille sans laisser une goutte de liquide au fond. Les garde-malades s’entendent très bien à ce genre de travail.

Relicher (se)

(Delvau, 1867) : S’embrasser tendrement. On dit aussi Se relicher le morviau.

Relicher son morviau

(Virmaître, 1894) : Voilà une image qui n’est pas propre. Dans le peuple on dit à un enfant qui ne se mouche pas et qui de son nez laisse pendre deux chandelles :
— Reliche ton morviau (Argot du peuple). N.

Religion

(d’Hautel, 1808) : Cette fille veut être de la religion de Saint-Joseph. C’est-à-dire veut se marier.

Relique

(d’Hautel, 1808) : Qu’elle garde ses reliques. Se dit à quelqu’un qui fait trop valoir ses faveurs, ses bonnes graces, ses services.
Je n’ai pas grande foi à ses reliques. Pour dire que l’on n’ajoute pas foi aux promesses de quel qu’un ; qu’on n’a pas une grande confiance en lui.
Elle peut en faire des reliques. Se dit par ironie de quelqu’un qui conserve avec une affectation ridicule quelque chose de peu de valeur.

(Delvau, 1864) : Le membre viril, — on n’a jamais su pourquoi.

Du grand saint Nicolas,
Dans vos draps,
Prenez donc la relique.

Béranger.

Gage de ses travaux
Pendait tout sa tunique
Cette belle relique,
Chère aux tendrons dévots.

J. Cabassol.

Relui

(Clémens, 1840) : Jour.

Reluire dans le ventre

(Delvau, 1867) : v. n. Exciter la convoitise, ou l’envie, — dans l’argot du peuple.

Reluis (un)

(M.D., 1844) : Un jour.

Reluisant

(Clémens, 1840) : Soleil.

(M.D., 1844) : Reverbère.

(Rossignol, 1901) : Pièce d’or.

Reluit

(Larchey, 1865) : Jour, œil. V. Coquer, Luisant, Chasse.

(Delvau, 1867) : s. m. Œil, — dans l’argot des voleurs. Signifie aussi Jour.

(Rigaud, 1881) : Jour. — Œil. Pisser des reluits, pleurer, — dans le jargon des voyous.

(La Rue, 1894) : Jour. Œil.

(Virmaître, 1894) : L’œil (Argot des voleurs). V. Abat-reluit.

Reluquer

(Clémens, 1840) : Envisager.

(Delvau, 1867) : v. a. Considérer, regarder avec attention, — dans l’argot du peuple. Signifie aussi : Faire les yeux doux.

(Rigaud, 1881) : Observer, espionner. — Reluqueur, curieux, espion.

(La Rue, 1894) : Regarder avec attention. Espionner.

(Virmaître, 1894) : Regarder.
— Qu’avez-vous donc à me reluquer comme ça, est-ce que je vous ai vendu des pois qui n’ont pas voulu cuire ?
— Reluque-moi un peu ce canard, en a-t-il une trompette (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Regarder.

As-tu fini de reluquer ma femme ?

(Hayard, 1907) : Regarder.

Reluquer, rembroquer, remoucher, remouquer

(Larchey, 1865) : Remarquer, examiner. V. Chasse, Temps, Moucharde, Bonne, Abadis, Béquille, Bayafe. — Rembrocage de parrains : Confrontation.

Remaquiller

(Rigaud, 1881) : Refaire.

Rembarrer

(d’Hautel, 1808) : Gronder, brusquer, repousser quelqu’un, lui faire de vifs reproches.

Rembasle

(La Rue, 1894) : Rentier.

Rembiner

(Delvau, 1867) : v. a. Rétracter une calomnie ; un débinage, — dans l’argot des voyous.

(Virmaître, 1894) : Quand on a bien débiné un individu, on le rembine. Rembiner est synonyme de rebonneter (Argot du peuple).

Rembourer

(d’Hautel, 1808) : Au propre, bourrer, garnir avec de la laine, de la bourré ou du crin ; au figuré, brusquer, brutaliser, maltraiter quelqu’un en paroles, lui chanter pouille.
On dit d’un fauteuil dur et incommode, d’un matelas qui n’a pas été cardé depuis long-temps, qu’il est rembourré avec des noyaux de pêches.
Se rembourrer le ventre.
Pour dire, faire un bon repas, manger à ventre déboutonné.

Rembrocable

(Rigaud, 1881) : Reconnaissable.

Rembrocable (elle est)

(Virmaître, 1894) : Beau visage que l’on peut regarder.
— Tu n’en perdras pas la vue ni le poil de dessus, la môme est rembrocable.
Mot à mot : tu peux la regarder, elle vaut la secousse (Argot des voleurs).

Rembrocage de parrain

(Delvau, 1867) : s. m. Confrontation, — dans -l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Confrontation avec un témoin.

(La Rue, 1894) : Confrontation.

Rembrocant

(Rigaud, 1881) : Miroir.

Rembroquage de parrain

(Virmaître, 1894) : Confrontation avec le parrain fargueur (témoin à charge). Le parrain rembroque (regarde) le détenu pour voir s’il le reconnaît (Argot du peuple).

Rembroquer

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Observer.

(Clémens, 1840) : Envisager, regarder.

(M.D., 1844) : Regarder.

(Delvau, 1867) : v. a. Reconnaître. Signifie aussi Regarder.

(Rigaud, 1881) : Reconnaître. — Rembroquer le portrait d’une gonzesse, reconnaître la figure d’une femme.

(La Rue, 1894) : Reconnaître. Regarder.

(Virmaître, 1894) : Regarder.

Ses deux beaux chasses vous rembroquaient,
Puis à la piaule tous les gonces la refilaient.
Elle fit mince casquer les marlous,

dit la chanson du mac de Grenelle (Argot des souteneurs).

Rembroqueurs (les)

(M.D., 1844) : Les témoins.

Rembroqueuse

(M.D., 1844) : Une lorgnette.

Rème

(Clémens, 1840) : Fromage, faire connaître un complot.

(M.D., 1844) : Fromage.

Rême

(anon., 1827) : Fromage.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Fromage.

(Bras-de-Fer, 1829) : Fromage.

(La Rue, 1894) : fromage.

Remède

(d’Hautel, 1808) : Il me l’a rendu comme un remède. Pour dire avec promptitude, et exactement ; se dit d’une chose que l’on rend presque en même temps qu’on l’emprunte ; d’une politesse que l’on se hâte de rendre aussitôt qu’on en a reçu une de quelqu’un ; d’une dette que l’on a fait le matin, et que l’on paye le soir.

Remède à l’amour

(Virmaître, 1894) : Femme laide à faire reculer même le plus intrépide.
— Quelle bouillotte, mon vieux, s’il n’y avait qu’elle et moi sur terre nous ne ferions pas de petits. Elle guérirait de l’amour pour la vie (Argot du peuple).

Remède d’amour

(Rigaud, 1881) : Personne très laide.

Pour me guérir d’amour tes yeux sont un remède.

(Le Docteur amoureux.)

(La Rue, 1894) : Visage très laid.

Remède l’amour

(Delvau, 1867) : s. m. Figure grotesque ou repoussante, — dans l’argot du peuple, qui ne sait pas que Mirabeau a été adoré de Sophie.

Rémémorer

(d’Hautel, 1808) : Remettre en mémoire ; (il est vieux). On dit vulgairement rémémorier.

Remercier

(d’Hautel, 1808) : Il faut remercier Dieu de tout. Se dit par ironie, lorsqu’il est arrivé quelque chose de désagréable, de fâcheux.

(Delvau, 1867) : v. a. Renvoyer un domestique ; donner son congé à un ouvrier, — dans l’argot des bourgeois.

Remercier son boucher

(Delvau, 1867) : v. a. Mourir, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Remercier son boulanger.

Remercier son boulanger

(Rigaud, 1881) : Mourir, — dans le jargon du peuple. C’est la variante de perdre le goût du pain.

Remettez donc le couvercle !

(Delvau, 1867) : Disent les voyous à quelqu’un qui a l’haleine fétide, pour l’empêcher de parler davantage.

Remettre quelqu’un à sa place

(Delvau, 1867) : Répliquer vertement à quelqu’un qui vous manque de respect, lui faire comprendre son impertinence. Argot des bourgeois.

Remiser

(Rigaud, 1881) : Envoyer au diable. — « Je l’ai joliment remisé. » — Se faire remiser, se faire remettre à sa place, — dans le jargon des voyous.

(Rigaud, 1881) : Conduire en prison.

(La Rue, 1894) : Remettre quelqu’un à sa place. Conduire en prison. Reléguer.

Remiser son fiacre

(Delvau, 1867) : Se taire, — dans l’argot des faubouriens. Signifie aussi, par extension, Mourir.

Remisier

(Delvau, 1867) : s. m. Variété d’Agent de change : homme qui touche une remise sur les affaires qu’il procure à un agent de change.

(Rigaud, 1881) : Courtier de fonds publics ; intermédiaire entre le client et un agent de change. Il a une remise sur toutes les affaires qu’il procure.

Remolade ou remoulade

(d’Hautel, 1808) : Espèce de sauce piquante ; et non Rimoulade, comme on l’entend dire continuellement.

Remone (faire de la)

(Rigaud, 1881) : Faire le rodomont, parler très haut et chercher à en imposer, — dans le jargon des voyous. — Ça l’air de mecs solides, faut pas faire de la remone.

Rémonencq

(Delvau, 1867) : s. m. Revendeur auvergnat, chineur, — dans l’argot des gens de lettres, qui se souviennent de la Comédie humaine de Balzac.

Remonte (faire la)

(Rossignol, 1901) : Les patrons de maisons de tolérance de province vont de ville en ville chercher des femmes chez leurs confrères ; c’est faire la remonte. Il existe du reste un Annuaire de toutes les maisons de France, Belgique, Portugal, Espagne, Tunisie, Algérie avec les noms et adresses des tenancières. Celui qui fait la remonte paye les dettes de la femme qu’il emmène et qui sont quelquefois de 700 à 800 francs ; ces dettes consistent en linge et vêtements vendus par la maison. Une paire de bas, de 29 sous, sera vendue 12 francs, et le tout en proportion. Il y a à ajouter à ces dettes les frais de voyage de la femme et de celui qui fait la remonte, de sorte qu’une femme ne peut sortir de ces maisons que si elle trouve un michet généreux qui règle ce qu’elle doit.

Remonter

(d’Hautel, 1808) : Remonter sur sa bête. Regagner ce qu’on a perdu, ressaisir un avantage qu’on avoit perdu ; reprendre de l’embonpoint, de la vigueur et de la santé après une longue maladie.

Remonter sa pendule

(Delvau, 1867) : v. a. Battre de temps en temps sa femme, — dans l’argot des ouvriers.

(La Rue, 1894) : Battre sa femme.

(Virmaître, 1894) : Battre sa femme, mot à mot : la faire marcher. L. L. Remonter sa pendule se dit d’une personne qui renifle pour remonter sa morve et éviter de se moucher. Remonter le moral d’une personne désespérée (Argot du peuple). N.

Remonter sur sa bête

(Delvau, 1867) : v. n. Rétablir ses affaires, sa fortune, son bonheur, — dans l’argot du peuple.

Remotis

(d’Hautel, 1808) : Mettre quelque chose à remotis. Pour dire à l’écart, ne plus s’en servir, et non au remotis.

Remouchage

(Rigaud, 1881) : Vengeance.

Remouchante

(M.D., 1844) : Une glace.

Remoucher

(Clémens, 1840) : Reconnaître.

(M.D., 1844) : Faire attention.

(M.D., 1844) : Regarder.

(un détenu, 1846) : Regarder en surveillant.

(Delvau, 1867) : v. a. Apercevoir, remarquer, admirer, — dans l’argot des faubouriens. Les Italiens disent rimorchiare, donner des regards pour allécher.

(Rigaud, 1881) : Observer. — Se venger.

(La Rue, 1894) : Observer, remarquer. Reconnaître. Admirer. Se venger.

(Virmaître, 1894) : Regarder.
— Remouche moi cette petite gueule-là, elle ferait relever un mort.
On dit aussi :
— Je vais te remoucher pour : te battre (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Voir reluquer.

(Hayard, 1907) : Même sens — regarder.

Remouchicoter

(Delvau, 1867) : v. n. Chercher les aventures galantes — ou des prétextes à rixe.

Remouquer

(Halbert, 1849) : Monter, regarder.

Rempardeuse

(Virmaître, 1894) : Fille qui fait les soldats autour des casernes, sur les glacis ou dans les fossés des fortifications (Argot des troupiers).

Rempart

(d’Hautel, 1808) : Une coureuse de rempart. Vile courtisane ; femme tombée dans le dernier degré d’avilissement.

Rempiéter

(Delvau, 1867) : v. a. Mettre des talons et des bouts aux bas — dans l’argot des ménagères.

Remplir

(d’Hautel, 1808) : Se remplir la paillasse. Expression basse et triviale, pour dire faire chère lie, manger avec intempérance.

Remplir le battant (se)

(Delvau, 1867) : Manger, — dans l’argot des faubouriens.

Remplissage

(Delvau, 1867) : s. m. Prose inutile, destinée à allonger un article, un volume, — dans l’argot des gens de lettres.

Remplumer

(d’Hautel, 1808) : Se remplumer. Commencer à rétablir ses affaires, à reprendre de la vigueur et de l’embonpoint après une longue maladie qui avoit altéré la santé ; regagner ce que l’on avoit perdu au jeu.

Remplumer (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Engraisser, s’enrichir, — dans L’argot des faubouriens.

Remue-ménage

(d’Hautel, 1808) : Tintamare, trouble, désordre, querelle.
Un remue-ménage. Nom que l’on donne à un enfant vif, turbulent, bruyant et emporté.

Remuer

(d’Hautel, 1808) : Il ne remue pas plus qu’une buche. Se dit de quelqu’un qui est lourd, indolent, très paresseux, qui se meut difficilement ; on dit dans le même sens ; il ne remue pas plus qu’une bastille.
Remuer ciel et terre.
Faire agir toutes sortes de ressorts, pour faire réussir une affaire.
Il ne faut pas remuer l’ordure. Pour dire qu’il y a des choses dont la décence ne permet pas de parler.
Cousin remué de germain. Pour dire issu.
On lui remuera ses puces. Se dit à un enfant que l’on menace de corriger, de fouetter.

(Rossignol, 1901) : Puer.

Remuer (la)

(Rossignol, 1901) : Être de la police ou la renseigner, c’est remuer la casserole.

Remuer du cul ou du croupion

(Delvau, 1864) : Se trémousser de plaisir sous l’homme.

Et tandis qu’elles font bien leur devoir de remuer du croupion et de pressurer la grappe soigneusement pour faire que le jus en sorte…

Mililot.

Sur son lit d’acajou,
Cette jeune ingénue
Fort gentiment remue
Du cul pour un bijou.

J. Duflot.

Enfin, à force de frotter et de remuer le cul de part et d’autre, il arrive que tous deux viennent à s’échauffer d’aise par une petite démangeaison et chatouillement qui leur vient le long des conduits.

Mililot.

Elle passa dans un bois avec un jeune compagnon dans l’espérance d’y bien remuer les fesses.

D’Ouville.

Le garçon en avertit la fille et elle le garçon : cela les oblige à frotter plus fort et à remuer plus vite les fesses.

Mililot.

Que j’étais jeune, que j’avais les reins souples et que je les pouvais remuer.

P. De Larivey.

Tous vos baisers sont contraints ;
Mais remuez donc les reins !
Que faites-vous de vos mains ?

Béranger.

Remuer la casserole

(Fustier, 1889) : Faire partie de la préfecture de police. Argot des voleurs.

(La Rue, 1894) : Appartenir à la police.

Renaché

(Delvau, 1867) : s. m. Fromage, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Fromage, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Fromage.

(Virmaître, 1894) : Fromage (Argot des voleurs).

Renacher

(Halbert, 1849) : Fromage.

Renacle

(Fustier, 1889) : Police de sûreté.

Renacler

(d’Hautel, 1808) : Faire quelque chose en rechignant, avec humeur ; trouver des obstacles, des prétextes pour ne point faire ce que l’on vous ordonne.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Crier, se mettre en colère.

(Halbert, 1849) : Crier après quelqu’un.

(La Rue, 1894) : Hésiter, grogner, reculer, avoir peur. Convoiter. Crier après.

Renâcler

(anon., 1827) : Crier après quelqu’un.

(Bras-de-Fer, 1829) : Crier après quelqu’un.

(Delvau, 1864) : Renoncer à une chose, manifester de la répugnance à la faire.

(Delvau, 1867) : v. n. Bouder au travail ; ne pas se sentir en disposition de faire une chose. Argot des faubouriens. Signifie aussi : Crier après quelqu’un, gronder, murmurer.

(Rigaud, 1881) : Reculer, avoir peur.

Quoi de plus propre en effet à faire renâcler les poivrots ?

(La petite Lune, 1879.)

Renifler, respirer, aspirer avec convoitise, convoiter de très près. Encore un qui renâcle les pruneaux de l’épicemar.

Renâcleur

(Rigaud, 1881) : Grogneur. — Poltron.

Renard

(d’Hautel, 1808) : Un vieux renard. Pour dire un homme adroit, fin, rusé.
Se confesser au renard. Découvrir son secret à quelqu’un qui en tire avantage, qui en fait son profit, et qui est intéressé à empêcher l’affaire dont il s’agit.
Écorcher le renard. Pour dire vomir, rendre les alimens, ou le vin qu’on a pris immodérément.
Le renard cache sa queue. Pour dire que les gens adroits cachent leurs finesses, leurs ruses.
Le renard prêche aux poules. Se dit d’un imposteur, qui cherche à attrapper, par ses discours, des gens simples et crédules.
Le renard a pissé dessus. Se dit en parlant du raisin, que l’ardeur du soleil a rendu roux, et qui est très-mûr.

(Larchey, 1865) : « Pour être compagnon, tu seras lapin ou apprenti, plus tard tu passeras renard ou aspirant. » — Biéville. — V. Chien.

(Delvau, 1867) : s. m. Aspirant compagnon, — dans l’argot des ouvriers.

(Delvau, 1867) : s. m. Pourboire, — dans l’argot des marbriers de cimetière, forcés d’employer toutes les ruses de leur imagination pour en obtenir un des familles inconsolables, mais « dures à la détente ».

(Delvau, 1867) : s. m. Résultat d’une indigestion, — dans l’argot du peuple. Piquer un renard. Vomir. Du temps de Rabelais et d’Agrippa d’Aubigné, on disait Écorcher le renard. Les Anglais ont une expression analogue : to shoot the cat (décharger le chat).

(Rigaud, 1881) : Aspirant au compagnonnage.

(Rigaud, 1881) : Pourboire, — dans l’argot des marbriers de cimetière. (A. Delvau) C’est le résultat prévu du pourboire.

(La Rue, 1894) : Pourboire. Vomissement. Trahison. Espion de bagne.

Renard (cracher un)

(Hayard, 1907) : Vomir étant ivre.

Renard (faire un)

(Rossignol, 1901) : Vomir.

Renard (le lâcher)

(Virmaître, 1894) : Dégueuler. Expression ancienne ; dans les ateliers, quand un ouvrier a trop bu, il lâche son renard ; un camarade charitable dit alors quand il est copieux : il en a une de queue. Une vieille chanson de compagnon dit :

Quand je sens que ça me gargouille,
Je lâche le renard. (Argot du peuple).

Renard (piquer un)

(Larchey, 1865) : Vomir. — On a commencé par dire écorcher le renard. — Le renard est une bête si puante qu’on s’expose à vomir de dégoût en voulant l’écorcher. V. Gaz.

Et tous ces bonnes gens rendoient leurs gorges devant tout le monde, comme s’ils eussent escorché le regnard.

Rabelais.

Le voyageur Jacques Lesaige dit en faisant allusion aux effets du mal de mer :

Loué soit Dieu ! Javons bon apétit car je n’avois fait que escorchier le regnart. (1518)

Renard, Queue de renard

(Rigaud, 1881) : Résultat d’une indigestion. Les queues de renard s’étalent les samedis de paye, le soir, le long de certains trottoirs. — Renarder, vomir.

Renarder

(d’Hautel, 1808) : Pour dire vomir, rendre le superflu des alimens.

(Larchey, 1865) : Vomir.

Je suis gris… Vous me permettrez de renarder dans le kiosque.

Balzac

On disait autrefois renauder. V. Roquefort.

(Delvau, 1867) : v. n. Rendre le vin bu ou la nourriture ingérée avec excès ou dans de mauvaises dispositions d’estomac.

Renarderie

(Rigaud, 1881) : Vomissement.

Après cette renarderie
Qui ne fut qu’une raillerie.

(Voyage de Brème.)

Renaré

(Delvau, 1867) : adj. et s. Malin, homme habile.

Renaud

(Delvau, 1867) : s. m. Reproche, esclandre, — dans l’argot des voleurs. Signifie aussi : Danger, péril.

(Rigaud, 1881) : Reproche. — Esclandre. — Remords. — Faire du renaud, se plaindre, ameuter le monde par des cris. Renauder. Grogner, refuser. — Reprocher. — Avoir des remords.

(Virmaître, 1894) : Faire des reproches à quelqu’un, c’est lui pousser un renaud.
— Y m’en a foutu un de renaud à l’instruction, y m’a dit que je crapserai d’une fièvre cérébrale soignée par Charlot (Argot des voleurs).

Renaud (être à renaud)

(Hayard, 1907) : En colère.

Renauder

(d’Hautel, 1808) : Pour maugréer, rechigner, regimber, faire malgré soi et à contre cœur un ouvrage quelconque, marmoner entre ses dents ; être rassasié, renoncer sur quelque chose.

(Clémens, 1840) : Se fâcher.

(M.D., 1844) : Bisquer.

(un détenu, 1846) : Être en colère, refuser, ne pas vouloir.

(Larchey, 1865) : Renâcler (Vidocq). — Signifiait jadis vomir. V. Roquefort.

Quand elle quête, merci ! Chacun renaude ou détale.

Léonard, parodie 1863.

(Delvau, 1867) : v. n. Se refuser à faire quelque chose, être de mauvaise humeur. Argot du peuple. C’est le verbe arnauder de la langue romane. Renauder signifie aussi Se plaindre.

(Boutmy, 1883) : v. intr. Murmurer, grommeler d’un air de mauvaise humeur ; souvent synonyme de gourgousser.

(La Rue, 1894) : Grogner. Refuser. Se fâcher. Faire des reproches.

(Virmaître, 1894) : Ne pas être content. Ce mot vient du verbe arnauder. Avoir du renaud contre quelqu’un veut également dire : avoir de la rancune. Synonyme de l’expression être à feu (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Voir renaudeur.

(Hayard, 1907) : Même sens — être en colère.

Renaudeur

(Rigaud, 1881) : Grogneur.

(Rossignol, 1901) : Celui qui est grincheux et qui bougonne constamment est un renaudeur.

Renbiner

(M.D., 1844) : Remettre à neuf.

Rencard

(Virmaître, 1894) : À l’écart. On met un objet au rencard quand on en a assez. La faire au rencard : lever une femme qui est seule sur un banc, dans un square, ou sur une promenade publique. Les courtiers qui lèvent les bonnes pour les placer dans les maisons de tolérance disent :
— J’ai fait la môme au rencard (Argot des souteneurs). N.

Rencart ou Rancart (au)

(Delvau, 1867) : A l’écart, au rebut.

Renchéri

(d’Hautel, 1808) : Faire le renchéri. Faire le précieux, le petit-maître, le fanfaron ; se prévaloir des moindres avantages ; jouer le gros seigneur.
On dit aussi d’une femme, qu’Elle fait bien sa renchérie, pour dire qu’elle se fait trop valoir ; qu’elle s’aime beaucoup ; qu’elle fait la bégueule, la dédaigneuse, la femme de qualité.

Renchoir

(La Rue, 1894) : Récidiver.

Rencœur

(Virmaître, 1894) : En avoir gros sur le cœur contre quelqu’un. Ne pouvoir avaler ou digérer une affaire. Synonyme de la locution très populaire :
— Je travaille à contre-cœur.
— Je n’y vais pas de bon cœur, je n’y vais pas avec courage.
Épouser un homme malgré soi, c’est avoir un rencœur (Argot du peuple).

Rencogner

(d’Hautel, 1808) : Se rencogner. Se fourrer, se retirer dans un coin, à dessein de n’être pas aperçu dans une société.

Rencontre (vol à la)

(Larchey, 1865) : « Variété du vol à la tire. Il est opéré par deux compères : le premier heurte un passant dont il détache la chaîne qui est aussitôt remise au second ; puis il s’éloigne en s’excusant et se laissant fouiller, si on découvre le vol. » — Canler.

Rencontrer

(d’Hautel, 1808) : Deux montagnes ne se rencontrent pas, mais deux hommes se rencontrent. Cette phrase proverbiale a plusieurs acceptions ; tantôt elle signifie qu’il ne faut offenser personne, que tôt ou tard, on se retrouve ; tantôt, c’est une manière de s’excuser d’avoir une pensée semblable à celle d’une personne d’un mérite supérieur.

Rendem

(Rossignol, 1901) : Commettre le vol au rendez-moi est faire le rendem ou philippe.

Rendem, rendemi

(La Rue, 1894) : Vol au rendez-moi.

Rendémi, Vol au rendémi

(Rigaud, 1881) : Vol au rendez-moi, vol au préjudice d’un marchand qui rend la monnaie d’une pièce d’or ou d’argent.

Rendève

(Delvau, 1867) : s. m. Apocope de Rendez-vous, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Rendez-vous.

Rendez-moi

(Halbert, 1849) : Rendre sur une pièce de monnaie.

(Rossignol, 1901) : Voir rendem.

Rendez-moi (le vol au)

(Virmaître, 1894) : C’est très simple. L’un des complices jette un louis sur le comptoir ; pendant que le marchand rend la monnaie, l’autre ramasse pièce et monnaie et se sauve. Cette manière de procéder se nomme par abréviation : le rendem (Argot des voleurs).

Rendoublé

(Rigaud, 1881) : Rempli, restauré par un bon dîner.

(La Rue, 1894) : Plein, rempli.

Rendoublé, ée

(Delvau, 1867) : adj. Plein, pleine, — dans l’argot des voleurs.

Rendoublée

(Virmaître, 1894) : Signifie plusieurs choses. Dans le peuple on dit : Rendoublée de putain, pour exprimer qu’il est impossible de l’être davantage. On dit d’une femme enceinte :
— Elle est rendoublée pour doublée (Argot du peuple).

Rendre

(d’Hautel, 1808) : Il m’a rendu cela comme un lavement ou un remède. Se dit par raillerie d’une personne qui rend une honnêteté aussitôt qu’elle l’a reçue ; qui débite sans grace quelques complimens ; ou qui rend ce qu’il avoit emprunté sans avoir pris le temps de s’en servir.
C’est un homme qui a bon cœur, il ne rend rien ; ou, Quant il emprunte, c’est à ne jamais rendre. Se dit d’un homme qui ne rend pas fidèlement ce qu’on lui a prêté.
Rendre les miettes. Vomir, dégobiller ; rejeter les alimens que l’on a pris avec excès.
On dit aussi dans le même sens, rendre tripes et boyaux..
C’est un prêté pour un rendu. Se dit quand on riposte habilement à quelqu’un ; qu’on lui a joué un tour qui surpasse celui qu’il vous avoit joué auparavant.
Dieu vous le rende en paradis, chaud comme braise. Se dit par ironie quand un homme fait quelque mauvais souhait à un autre.

Rendre (se)

(Delvau, 1864) : Consentir à se mettre sur le dos, à ouvrir ses cuisses et à se laisser baiser par l’homme qui en sollicite depuis plus ou moins de temps l’honneur — et le plaisir.

La comtesse nous raconta dans le plus grand détail comme quoi elle s’était rendue a Préban, et tout ce qui s’était passé entre eux.

Rendre l’âme

(Virmaître, 1894) : Mourir. Rendre son âme à Dieu ou au diable. On dit aussi d’un pochard qui a le renard facile :
— Il a rendu tripes et boyaux jusqu’à son âme.
Là, il n’en meurt pas., il recommence le lendemain (Argot du peuple).

Rendre sa bûche

(Delvau, 1867) : v. a. livrer une pièce au patron, — dans l’argot des tailleurs. Au figuré, Mourir, — rendre son âme au Grêle d’en haut.

Rendre sa canne au ministre

(Delvau, 1867) : Mourir, — dans l’argot des troupiers, qui disent cela à propos des tambours-majors.

Rendre sa clef

(Delvau, 1867) : Mourir, — dans l’argot des bohèmes.

Rendre son cordon

(Delvau, 1867) : Mourir, — dans l’argot des rapins, qui disent cela à propos des concierges.

Rendre son livret

(Delvau, 1867) : Mourir, — dans l’argot des domestiques.

Rendre son permis de chasse

(Delvau, 1867) : Mourir, — dans l’argot du peuple, qui dit cela à propos des médecins, de qui l’homme malade est le gibier naturel.

Rendre un homme heureux

(Delvau, 1864) : Le faire jouir en le branlant, ou en le suçant, ou en tirant un coup avec lui.

Thémire pour me rendre heureux
Veut que de son flambeau l’Amour seul nous éclaire.

(Épigrammes.)

Oh ! oh ! oh ! ah ! ah ! ah !
Rendez heureux ce monsieur-là,
La, la.

Béranger.

Rendre une fève pour un pois

(Delvau, 1867) : v. a. Riposter à un coup de langue ou à un coup de poing par un autre coup de langue plus aigu ou par un autre coup de poing plus violent. Argot du peuple. Signifie aussi : Rendre le bien pour le mal ; agir avec générosité envers des gens qui ont montré de la parcimonie.

Rendre visite à M. Du Bois

(Delvau, 1867) : Aller « où le Roi va à pied », — dans l’argot des faubouriens.

Rendu

(Fustier, 1889) : « Petit ou gros, cher ou bon marché, l’objet qui déplaît au public rentre dans le grand bazar, et le caissier qui a reçu l’argent rend cet argent… Dans le sous-sol on appelle ces objets les rendus. »

(Giffard : Les grands bazars.)

Rêne (saisir la troisième)

(Larchey, 1865) : S’accrocher à la crinière d’un cheval sur lequel on ne peut se maintenir.

Renfoncement

(Larchey, 1865) : Forte bourrée.

On l’accabla de renfoncements, il lui fut impossible de s’expliquer.

Chenu.

(Delvau, 1867) : s. m. Coup de poing.

(Virmaître, 1894) : Vigoureux coup de poing appliqué sur un chapeau haut de forme. Quand les voyous se battent, le coup du renfoncement, c’est un coup de tête donné en pleine poitrine (Argot du peuple).

Renforcer

(d’Hautel, 1808) : Devenir plus fort.
Renforcé sur la culasse. Pour, avoir les reins torts ; être vigoureux et trapu.
On dit habituellement, renforcir ; ce qui est un barbarisme.

Renfrusquiner

(un détenu, 1846) : S’habiller des pieds à la tête.

Renfrusquiner (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. S’habiller à neuf avec des vêtements d’occasion, — dans l’argot des ouvriers.

(Rigaud, 1881) : S’habiller.

Renfrusquiner pour la sèche

(Rigaud, 1881) : Ensevelir ; mettre un corps au cercueil, — dans le jargon des voleurs.

Reng

(Halbert, 1849) : Cent.

Rengaîne

(Delvau, 1867) : s. f. Phrases toutes faites à l’usage des apprentis journalistes ou vaudevillistes, — telles que « l’étoile de l’honneur, la croix de ma mère, l’épée de mon père, le nom de mes aïeux », etc., etc.

Rengainer

(La Rue, 1894) : Rentrer.

Rengaîner

(d’Hautel, 1808) : Rengaîner son compliment. Supprimer, ou ne pas achever ce qu’on avoit envie de dire.
Rengaînez. Pour dire à quelqu’un qui a dégainé de remettre son arme dans le fourreau.

Rengainer son chiffon

(Rigaud, 1881) : Se taire. Mot à mot : rentrer sa langue.

Rengainer son compliment

(Virmaître, 1894) : Faire du plat à une femme, elle vous envoie à l’ours, il faut rengainer son compliment. Être en tête-à-tête avec une femme mariée pour la première fois ; au moment psychologique, le mari arrive… il faut rengainer son compliment (Argot du peuple). N.

Rengaîner son compliment

(Delvau, 1867) : v. a. Se taire, — dans l’argot du peuple. Signifie aussi, par extension, Mourir.

Rengainer son compliment ou son objet

(Delvau, 1864) : Remettre son membre dans sa culotte ; ne pas pousser plus loin l’aventure.

J’entends quelqu’un venir…
Rengaine ton objet…

Louis Protat.

Rengainer, Renquiller

(Rigaud, 1881) : Rentrer. — Renquiller son compliment, ne pas achever ce qu’on avait à dire.

Rengorger

(d’Hautel, 1808) : Se rengorger. Se carrer ; faire l’important ; tirer vanité de quelqu’avantage.

Rengracier

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Changer de conversation.

(Clémens, 1840) : S’arrêter.

(M.D., 1844) : Finis, on regarde.

(un détenu, 1846) : Se taire, imposer silence.

(Larchey, 1865) : Devenir honnête rentrer en grâce de la société.

Jamais tu ne rengracieras. Plutôt caner en goupinant.

Vidocq.

(Delvau, 1867) : v. n. Renoncer au métier, redevenir honnête homme, — dans l’argot des voleurs, gens peu rengraciables. Rengraciez ! Taisez-vous ! faites silence !

(Rigaud, 1881) : Renoncer au vol. — Rengraciement, retour à l’honnêteté. — Rengracié, redevenu honnête.

(La Rue, 1894) : Renoncer au vol, devenir honnête. S’arrêter. Signifie aussi se défier. Rengraciez ! défiez-vous.

Rengrâcier

(anon., 1827) : Renoncer.

(Bras-de-Fer, 1829) : Renoncer.

Reniable

(d’Hautel, 1808) : Tous vilains cas sont reniables. Se dit quand quelqu’un a commis quelques fautes : considérables, et que la honte ou la crainte du châtiment fait qu’il les nie.

Reniflant

(Rigaud, 1881) : Nez, — dans le jargon du peuple.

Reniflante

(Rigaud, 1881) : Botte percée, chaussure hors d’usage.

(La Rue, 1894) : Botte très usée.

Reniflantes

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Bottes éculées et percées, — dans l’argot des voyous.

(Virmaître, 1894) : Des bottes. L’image est heureuse : quand un pauvre diable a des bottes éculées et percées, elles reniflent l’eau des ruisseaux (Argot du peuple).

Reniflard (le)

(M.D., 1844) : Le nez.

Renifle (la)

(Hayard, 1907) : La Sûreté.

Renifler

(un détenu, 1846) : Avouer, reconnaître. Renifler quelqu’un.

(Larchey, 1865) : Sentir deviner (Vidocq). V. Pante.

(Larchey, 1865) : Refuser d’aller plus avant.

Si ce n’avait pas été l’heure, j’aurais reniflé.

Monselet.

(Delvau, 1867) : v. n. Reculer, se refuser à faire une chose, — dans l’argot des faubouriens, qui ont eu l’occasion d’observer les chevaux peureux.

(Delvau, 1867) : v. a. Respirer, sentir. Signifie aussi, au figuré : Pressentir, deviner, avoir soupçon de…

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Boire. Il faudrait n’avoir pas été enfant pour ne pas se rappeler le maternel :

Renifle, Pierrot,
Y a du beurre au pot.

(Delvau, 1867) : v. n. Faire un effet rétrograde, — dans l’argot des joueurs de billard.

(Rigaud, 1881) : Boire d’un trait. — Pressentir.

(Fustier, 1889) : Aspirer, prendre l’eau.

La plus jeune avait… des bottines qui reniflaient l’eau.

(Goncourt : La Faustin.)

(La Rue, 1894) : Boire. Reculer. Pressentir. Refuser. Moucharder.

(Virmaître, 1894) : Ne rien vouloir faire.
— Tu renifles sur le truc.
Mot à mot ; rebuter (Argot des voleurs).

Renifler la poussière du ruisseau

(Delvau, 1867) : v. a. Tomber dans le ruisseau, — dans l’argot des voyous.

Reniflerie

(d’Hautel, 1808) : Reniflement réitéré.

Reniflette

(Fustier, 1889) : La police. Argot des malfaiteurs. Le mot est joli, imagé et rend bien l’idée de l’agent qui renifle, donne du nez comme le chien en quête de gibier.

(La Rue, 1894) : La police.

Renifleur

(La Rue, 1894) : Agent de police. Homme de mœurs innommables.

Renifleur de camelotte à la flan

(Rigaud, 1881) : Voleur s’attaquant aux marchandises en étalage, emportant le premier objet qui lui tombe sous la main. À la flan est un diminutif de « flanquette, à la bonne flanquette ».

Renifleur de camelotte à la flanc

(Virmaître, 1894) : Voleur qui flâne au hasard pour dévaliser le premier étalage qui se présente à lui (Argot des voleurs).

Renifleurs

(Virmaître, 1894) : Agents de la sûreté. Il faut avoir un certain nez, un certain flair, pour faire ce métier. Quand les agents arrêtent un voleur, ils le reniflent (Argot des voleurs).

Reniquer

(Fustier, 1889) : Être de mauvaise humeur, rager. Argot de barrières.

(La Rue, 1894) : Rager.

Renoblance

(La Rue, 1894) : Reconnaissance du Mont-de-piété.

Renom

(d’Hautel, 1808) : À beau se lever matin qui a le renom de dormir la grasse matinée. Pour dire que lors qu’on s’est acquis le renom de paresseux, on le perd difficilement, quelque diligence qu’on fasse.

Renommée

(Rigaud, 1881) : Goguette ; cabaret où l’on chante.

Renouveler

(d’Hautel, 1808) : Renouveler de jambes. Redoubler d’ardeur et d’activité dans une affaire.

Renouvellement

(Fustier, 1889) : Argot de café-concert. Dans ces établissements, le prix de la place occupée donne droit à une « consommation » gratuite. Si vous désirez prendre de nouvelles consommations vous les pavez suivant le tarif des cafés ordinaires. Ce sont ces nouvelles consommations qui prennent le nom de renouvellement.

Au dedans, la salle était comble… les garçons ne savaient où donner de la tête ; les renouvellements pleuvaient. Les bocks et les flacons vides s’amoncelaient sur les comptoirs…

(Gaulois, 1882.)

Renquiller

(Larchey, 1865) : Rentrer. De quille. V. Pavillonner.

(Delvau, 1867) : v. n. Rentrer.

(La Rue, 1894) : Rentrer. S’enrichir. Se rétablir.

(Virmaître, 1894) : Rentrer.
— Je renquille à la piaule.
Renquiller veut dire aussi retourner.
— Je renquille au patelin (Argot du peuple).

(Virmaître, 1894) : Faire fortune, devenir gros et gras (Argot d’imprimerie).

(Hayard, 1907) : Rentrer.

Renquiller (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Réussir ; engraisser ; s’enrichir, — dans l’argot des typographes.

(Rigaud, 1881) : Se rétablir. — S’enrichir.

Renseignement

(Delvau, 1867) : s. m. Verre de vin ou d’eau-de-vie, — dans l’argot des canotiers. Prendre un renseignement. S’arrêter au cabaret.

(Rigaud, 1881) : Verre de vin, canon d’eau-de-vie, — dans le jargon des canotiers. — Prendre un renseignement, faire une halte au cabaret.

(La Rue, 1894) : Verre de vin ou d’eau-de-vie consommé chez le marchand.

Rentier à la soupe à l’ognon

(Delvau, 1867) : s. m. Ouvrier, — dans l’argot des faubouriens.

Rentifer

(Rigaud, 1881) : Entrer, — dans l’argot des voleurs. C’est « entrer » par amplification argotique de « rif », désinence arbitraire, si commune chez MM. les escarpes.

Rentoiler (se)

(Delvau, 1867) : Revenir à la santé quand on a été malade ; devenir riche quand on a été pauvre.

Rentré (être)

(La Rue, 1894) : Être sans argent.

Rentré dans ses bois (être)

(Rigaud, 1881) : Porter des sabots. Les voleurs disent d’un individu chaussé de sabots : Le client est gandin, il est rentré dans ses bois.

Rentrer

(d’Hautel, 1808) : Rentrer en danse. Pour dire, reprendre le train des affaires après un long repos ; se remettre dans l’embarras après en être sorti.

Rentrer bredouille

(Delvau, 1864) : Se dit d’une fille qui, descendue vers quatre heures du soir sur les boulevards pour y chasser au miché, rentre chez elle toute seule, sans avoir été suivie.

Plus j’y songe et plus je m’embrouille.
Comment, ils ont vu tes appas,
Et tu reviens ici bredouille !

Collé.

(Delvau, 1867) : Rentrer sans avoir levé personne, — dans l’argot des petites dames, dont la chasse n’est pas toujours heureuse, bien que Paris soit un pays fort giboyeux.

(Delvau, 1867) : Rentrer ivre-mort. Argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Rentrer ivre-mort.

Rentrer de la toile

(Delvau, 1867) : v. n. Prendre du repos car suite d’infirmités ou de vieillesse, — dans l’argot des ouvriers qui ont servi dans l’infanterie de marine.

Rentrer ses pouces

(Delvau, 1867) : Mourir, — dans l’argot des étudiants en médecine, qui ont eu de fréquentes occasions de remarquer que lorsque la mort arrive, la main du moribond se ferme toujours de la même manière, le pouce se plaçant en dedans des autres doigts.

Renversant

(Delvau, 1867) : adj. Étonnant, extraordinaire. — dans l’argot du peuple et des gandins.

(Rigaud, 1881) : Étonnant, merveilleux. Mot à mot : personne, chose dont l’aspect fait tomber à la renverse ; propos, discours qui renverse d’étonnement.

Renversé

(d’Hautel, 1808) : La marmite est renversée. Pour dire, que l’on n’a plus son couvert dans une maison ; que l’ordinaire ne va plus.
C’est le monde renversé. Se dit quand on voit quelque chose qui est contre l’ordre naturel et la raison.

Renverser

(Delvau, 1867) : v. n. Rejeter ce qu’on a bu ou mangé avec excès ou mal à propos.

Renverser la marmite

(Delvau, 1867) : v. a. Cesser de donner à dîner, — dans l’argot des bourgeois.

Renverser sa chaufferette

(Virmaître, 1894) : Mourir. Synonyme d’éteindre sa braise (Argot du peuple).

Renverser sa marmite

(Delvau, 1867) : Mourir, — dans l’argot des ouvriers.

(Virmaître, 1894) : Mourir. Renverser la marmite : ne plus tenir table ouverte, évincer les parasites. Renverser la marmite : refuser le service. Allusion aux Janissaires qui renversaient la marmite pour indiquer qu’ils se mettaient en état d’insurrection. Nous avons, c’est le progrès, la marmite à renversement des anarchistes (Argot du peuple). N.

Renverser son casque

(Delvau, 1867) : Mourir, — dans l’argot des faubouriens, qui disent cela à propos des saltimbanques, probablement depuis la mort du fameux marchand de crayons Mengin.

Renvoyer

(d’Hautel, 1808) : On l’a renvoyé de Caïphe à Pilate. Se dit lorsque deux personnes s’entendent pour balloter quelqu’un qui sollicite auprès d’elles une grace, une faveur.
On l’a renvoyé chez son grand père. Se dit d’un importun qu’on a congédié brusquement.

Répandre

(d’Hautel, 1808) : Se laisser répandre. Pour dire, tomber, s’épater ; se laisser choir ; faire une grosse perte au jeu.

Répandre (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. S’étaler dans le ruisseau ; tomber, soit par accident, soit parce qu’on est ivre. L’expression est âgée de plus d’un siècle. Elle signifie aussi Mourir.

Répandre sa semence

(Delvau, 1864) : Décharger en baisant, ou en se branlant.

Un proverbe chinois dit qu’il ne faut pas répandre sa semence sur la mer ; il raison c’est sur les filles.

A. François.

Réparateur

(d’Hautel, 1808) : Un réparateur de la chaussure humaine. Voy. Chaussure.

Réparer

(Fustier, 1889) : Argot des collèges et pensions. Réparer, c’est apprendre à nouveau une leçon qui n’est pas suffisamment sue.

Repas

(d’Hautel, 1808) : Un repas de cigogne. Repas dont les mets sont assaisonnés, disposés de manière qu’il n’y ait que le maître de la maison qui en puisse manger.
Faire un repas de brebis. Manger sans boire.

Repas de l’âne (faire le)

(Rigaud, 1881) : Ne boire qu’à la fin du repas, — dans le jargon du peuple.

Repasse

(Delvau, 1867) : s. f. Mauvais café, — dans l’argot des ouvriers. On dit aussi Cafetiau.

Repassé

(Virmaître, 1894) : N’avoir plus rien. Quand un créancier tenace importune son débiteur, ce dernier par ironie lui dit :
— Vous repasserez.
C’est le créancier qui est repassé quand on ne le paye pas (Argot du peuple).

Repasser

(d’Hautel, 1808) : On l’a joliment repassé. Se dit d’une personne qui s’est engagée dans une querelle, et qui y a été fort maltraitée.
On dit aussi, repasser des calottes, des darioles, pour dire, frapper quelqu’un sur la tête. Voy. ces mots.

(Delvau, 1867) : v. a. Céder quelque chose à quelqu’un, donner, — dans l’argot du peuple. Repasser une taloche. Donner un soufflet.

(La Rue, 1894) : Battre. Filouter. Dépouiller.

Repasser la chemise de la bourgeoise

(Rigaud, 1881) : Battre sa femme, — dans le jargon du peuple.

Oh ! ce n’est rien ! Je repasse la chemise de ma femme.

(Huysmans, Marthe.)

Repasser le cuir

(Rigaud, 1881) : Battre ; maltraiter. Le cuir, c’est la peau.

Repasser un simple

(Clémens, 1840) : Tromper, gagner, voler quelqu’un.

Repasser une femme

(Delvau, 1864) : La faire jouir en la baisant avec ce fer rouge que les polissons appellent une pine — qui la roussit quelquefois.

Et notez que la moindre bagasse peut en dire autant à un grand roi ou prince, s’il l’a repassée.

Brantome.

Son vaillant fils, fameux par sa crinière,
Un beau matin, par vertu singulière,
Vous repassa tout ce gentil bercail.

Voltaire.

Et m’vla vite en d’voir d’la repasser.

Dumoulin.

Repaumer

(Delvau, 1867) : v. a. Reprendre, arrêter de nouveau.

(Rigaud, 1881) : Reprendre ; rattraper.

Repaumer, repésigner

(La Rue, 1894) : Reprendre. Rattraper.

Repêcher

(d’Hautel, 1808) : Repêcher quelqu’un au demi cercle. Voy. Cercle.
Je le repêcherai. Se dit par menace, pour, il n’y perdra rien ; je saurai bien le retrouver.

Repérir

(Rigaud, 1881) : Guetter, observer, — dans le jargon des voyous. — Je le repère, le client.

(Rigaud, 1881) : Retrouver, — dans le jargon des voleurs. — Repérir un aminche rien d’attaque, retrouver un ami si fidèle.

(La Rue, 1894) : Retrouver.

Repésigné

(Virmaître, 1894) : Arrêté de nouveau. A. D. Pésigner veut dire ouvrir. Il faut donc prendre le mot repésigner dans le sens de voir ouvrir à nouveau la porte de la prison et non dans celui d’arrêter (Argot des voleurs).

Repésigner

(Delvau, 1867) : v. a. Arrêter de nouveau, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Arrêter de nouveau.

Répéter

(Delvau, 1867) : v. n. Aimer, — dans l’argot des cabotins. On dit aussi Aller à la répétition.

Répétition (aller à la)

(Rigaud, 1881) : Faire un double sacrifice sur l’autel de Vénus.

Repic

(d’Hautel, 1808) : Faire quelqu’un repic et capot. Le réduire à ne pouvoir répondre, à ne savoir que dire.

Repiger

(Larchey, 1865) : Rattraper.

Attends toi ! si je peux te repiger un jour.

Moinaux.

(Delvau, 1867) : v. a. Rattraper, retrouver, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Prendre sa revanche.

(Virmaître, 1894) : Je vais te repiger au demi-cercle. On dit de quelqu’un qui a été pigé — pris une première ibis :
— Je vais te repiger une seconde (Argot du peuple).

Repiger, repincer

(La Rue, 1894) : Prendre sa revanche. Rattraper.

Repionceuse

(Rigaud, 1881) : Paillasse, — dans le jargon des voleurs.

Repiquer

(Larchey, 1865) : Recommencer, reprendre le dessus, se tirer d’une mauvaise passe.

On repique son chaste cancan.

1846 Privat d’Anglemont.

(Delvau, 1867) : v. n. Reprendre courage, se tirer d’embarras. Signifie aussi : Revenir à la charge ; retourner à une chose. Repiquer sur le rôti. En demander une nouvelle tranche.

(Rigaud, 1881) : Se rendormir. C’est-à-dire piquer de nouveau son chien.

(Rigaud, 1881) : Redoubler. — Repiquer sur le rôti ; renouveler une consommation. — Nous avons bu trois bocks : si nous repiquions ? — Redoubler d’ardeur à l’ouvrage après un moment derepos. — Rétablir ses affaires, recouvrer la santé.

(La Rue, 1894) : Revenir à la charge. Reprendre son travail. Se rendormir. Reprendre faveur.

(Virmaître, 1894) : Deux joueurs font une partie ; l’un joue pique, l’autre répond : repique. Repiquer de riffe : rappliquer d’autorité (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Recommencer.

Je t’ai défendu de faire telle chose, tâche de ne pas repiquer.

(Hayard, 1907) : Recommencer.

Repiquer au truc

(Virmaître, 1894) : Revenir à la charge. Avoir été chassé par la porte et rentrer par la fenêtre. Demander à crédit et se le voir refuser, le redemander à nouveau, c’est repiquer au truc (Argot du peuple). N.

Répit

(d’Hautel, 1808) : Il a obtenu des lettres de répit, il vivra long-temps. Se dit par plaisanterie d’un homme qui est relevé d’une grande maladie.

Réplique

(Delvau, 1867) : s. f. Les derniers mots d’une tirade, d’un couplet quelconque, — dans l’argot des coulisses. Envoyer la réplique. Prononcer ces derniers mots de façon à appeler l’attention de l’acteur qui doit reprendre le dialogue.

Répondre

(d’Hautel, 1808) : Il est comme le prêtre Martin, il chante et il répond. Se dit de quelqu’un qui propose une question, et qui la résout en même-temps.
Je ťen réponds ; je vous en réponds. Manière ironique de dire qu’on n’ajoute pas foi à une chose ; qu’on n’y a aucune confiance.

Réponse des primes

(Rigaud, 1881) : Opération de Bourse qui, à la liquidation, consiste à abandonner la prime ou à maintenir le marché.

Reportage

(Rigaud, 1881) : Chasse aux informations. — Métier du reporter.

Reporter

(Larchey, 1865) : Voir liquid.

(Delvau, 1867) : s. m. Journaliste en quête de nouvelles.

(Rigaud, 1881) : Journaliste qui va à la chasse aux informations, aux nouvelles. Il y a le reporter politique et le reporter mondain. (V. les Odeurs de Paris de L. Veuillot.) Le reporter est une importation américaine dont certains produits gagnent jusqu’à soixante mille francs par an.

Reporter son fusil à la mairie

(Delvau, 1867) : v. a. Commencer à vieillir, — dans l’argot du peuple, qui sait qu’à cinquante ans on cesse de faire partie de la garde nationale.

Reporter son ouvrage

(Delvau, 1867) : Assister, quand on est médecin, à l’enterrement d’une personne qu’on a t…, — pardon ! qu’on n’a pas pu guérir. Argot des faubouriens.

(Virmaître, 1894) : Dans le peuple, quand un médecin suit le convoi d’un malade qu’il a soigné, les voyous disent :
— Tiens, le docteur qui reporte son ouvrage (Argot du peuple).

Reposante

(Rigaud, 1881) : Chaise, — dans le jargon des voleurs.

Reposer

(d’Hautel, 1808) : Il se repose sur ses lauriers. Se dit par raillerie d’un homme nonchalant, insouciant, oisif, paresseux ; qui, quoiqu’ayant besoin de travailler, reste la plupart du temps à ne rien faire.

Reposoir

(Fustier, 1889) : Hôtel garni. Argot des voyous.

Les garnis sont le plus bel ornement de la rue. Ils ont aussi leurs noms : reposoirs ou assommoirs.

(Henri IV, 1882.)

Repoussant

(Halbert, 1849) : Fusil.

(Larchey, 1865) : Fusil. — Il repousse l’épaule.

(Delvau, 1867) : s. m. Fusil, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Fusil ; allusion au recul.

Repousser

(d’Hautel, 1808) : Repousser quelqu’un avec perte. Pour dire, lui répliquer vivement ; lui river son clou ; le réduire à ne savoir plus que dire. On dit aussi d’une personne à qui on a refusé ouvertement ce qu’elle postuloit, qu’Elle a été repoussée à la barricade.

(Rossignol, 1901) : Puer, sentir mauvais.

Repousser du goulot

(Fustier, 1889) : V. Delvau : Repousser du tiroir.

(Virmaître, 1894) : Puer de la bouche. L’image est typique ; ceux qui sont affligés de cette infirmité repoussent en effet tous ceux qui les approchent (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Sentir mauvais de la bouche. Entre artistes de la Comédie-Française : « Dis donc, X…, vous dites toutes que je repousse du goulot à tuer les mouches à quinze pas ; en voilà une qui est sur ma glace pendant que je me maquille, elle ne bouge pas. — Oh ! oui, ma chère, ça se comprend, tu n’as sans doute pas vu que c’était une mouche à m… iel. »

(Hayard, 1907) : Avoir mauvaise haleine.

Repousser du parlement

(Virmaître, 1894) : V. Trouilloter de la hurlette.

Repousser du tiroir

(Delvau, 1867) : v. n. Avoir l’haleine cousine germaine du lac Stymphale. Argot des faubouriens. On dit aussi Repousser du corridor.

Repousser les urines

(Virmaître, 1894) : Il est, je pense, inutile d’expliquer cette expression ; sa brutalité la rend très compréhensible. Allusion au piston qui repousse la vapeur dans le cylindre (Argot des voyous). N.

Repoussoir

(Rigaud, 1881) : Femme très laide dont une coquette moins laide fait sa société habituelle pour mieux faire valoir, par la comparaison, ce qui lui reste de fraîcheur et de beauté. Le rôle du repoussoir est d’accompagner sa partner au Bois, au théâtre, au bal.

(La Rue, 1894) : Femme d’une beauté médiocre qu’une autre femme prend pour compagne afin de mieux faire ressortir sa propre beauté.

Reprendre

(d’Hautel, 1808) : Reprendre quelqu’un en sous-œuvre. Signifie, tendre de nouveau un piège à une personne, lorsqu’on n’a pas réussi à l’attraper du premier coup.

Reprendre du poil de la bête

(Delvau, 1867) : v. a. Continuer le lendemain les débauches de la veille. Argot du peuple.

Reprendre son pivot

(Delvau, 1867) : v. a. Retrouver son aplomb, son sang-froid, — dans l’argot du peuple, qui se sert de cette expression depuis longtemps, car on la trouve dans les Œuvres diverses de Cyrano de Bergerac.

Reprocher

(d’Hautel, 1808) : Reprocher les morceaux à quelqu’un. Faire attention à ce qu’il consomme en mangeant ; manifester son regret par des remarques choquantes.
Un bienfait reproché est à demi effacé. On devroit dire tout-à-fait.

Réprouvé

(d’Hautel, 1808) : Un visage de réprouvé. Pour dire un visage sinistre, sombre et mélancolique ; un air de vaurien.

Réputer

(d’Hautel, 1808) : La bonne intention est réputée pour le fait. Pour dire que, quoiqu’on ne réussisse pas toujours dans le bien qu’on veut faire, on n’en est pas moins louable de l’avoir tenté.

Requiem

(La Rue, 1894) : Table d’hôte à très bon marché.

Requin

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Douanier.

(Bras-de-Fer, 1829) : Douanier.

(La Rue, 1894) : Douanier.

Requin de terre

(Delvau, 1867) : s. m. Huissier, — dans l’argot des faubouriens, qui ont voulu faire allusion à la voracité de ce fonctionnaire, pour qui tout est bon, meubles et bijoux, le portrait de votre première maîtresse aussi bien que le berceau de votre dernier né. On l’appelle aussi Macaron.

(La Rue, 1894) : Huissier.

(Virmaître, 1894) : Huissier. Voilà un nom qui n’est pas volé. En effet, comme le requin dont on trouva dans le ventre une paire de bottes, une armoire à glace et un poêle de faïence, l’huissier dévore tout (Argot du peuple). N.

Requinquage

(Fustier, 1889) : Mise, accoutrement ridicule.

Elle ne songeait pas le moins du monde à lui reprocher son requinquage qui n’avait rien à voir avec la dernière mode.

(Barot : Le fort de la halle.)

Requinquer

(d’Hautel, 1808) : Se requinquer ; avoir l’air requinqué. Au propre, se reniper, sortir de la misère où l’on étoit tombé ; au figuré, se panader, prendre un air pimpant et hautain, faire le fat.

(La Rue, 1894) : Apercevoir.

Requinquer (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. S’habiller à neuf, ou seulement s’endimancher, dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Renouveler sa toilette.

Eh bien, mabonne petite, croyez-vous qu’une femme puisse se requinquer ici ?

(Ghamplieury, La Mascarade de la vie parisienne.)

(La Rue, 1894) : S’habiller à neuf. Revenir à la santé.

Réséda

(d’Hautel, 1808) : Plante odoriférante, et non résida, comme on a coutume de le dire.

Réservoir

(Rigaud, 1881) : Réserviste, — dans le jargon des troupiers.

Resolir

(La Rue, 1894) : Revendre.

Résolu

(d’Hautel, 1808) : Margot la résolue. Sobriquet injurieux que l’on donne à une femme hardie, sans pudeur, qui babille beaucoup, et se mêle de toutes les affaires.
Résolu comme Bartole. Se dit par plaisanterie d’un homme qui a le ton décisif et tranchant. Le peuple dit par corruption Berthaud.

Respect

(d’Hautel, 1808) : Sauf votre respect ; sauf le respect de la compagnie. Se dit pour excuser des paroles sales et déshonnêtes qui blessent les règles de la bienséance.

Respecter ses fleurs

(Fustier, 1889) : Garder sa virginité.

Ma sœur ne peut pas respecter ses fleurs jusqu’à la fin du monde…

(Huysmans : Sœurs Vatard.)

Ressaut

(Hayard, 1907) : Voyez Renaud.

Ressaut (avoir du)

(Virmaître, 1894) : Être surpris à en ressauter. Une proposition saugrenue fait ressauter d’étonnement celui à qui elle est faite. On ressaute à la pensée de faire une chose qui ne plaît pas (Argot des souteneurs). N.

Ressauter

(Rossignol, 1901) : Se fâcher, se mettre en colère.

J’ai fait ressauter mon propriétaire, parce qui je ne lui ai pas payé mon loyer.

Ressembler

(d’Hautel, 1808) : Ils se ressemblent comme deux gouttes-d’eau. Se dit de deux personnes dont la ressemblance est frappante.
On se ressemble de plus loin. Se dit des proches parens qui ont un air de famille.
Tous les jours se suivent, mais ils ne se ressemblent pas. Pour dire que le bonheur et le malheur ne durent pas éternellement.
Qui se ressemble s’assemble. Ce proverbe se prend toujours en mauvaise part, et ne se dit que des vauriens, qui s’associent à des gens qui ne valent pas mieux qu’eux.

Resserré

(d’Hautel, 1808) : Vivre resserré. Pour dire à l’étroit, avec parcimonie, ne voir personne.

Resserrer son linge

(Delvau, 1867) : v. a. Mourir, — dans l’argot des faubouriens.

Ressort

(La Rue, 1894) : Poivre.

Ressort (se casser le)

(Merlin, 1888) : Se tuer en tombant de cheval.

Ressort de caleçon

(Rossignol, 1901) : Du poivre.

Ressortir (faire)

(La Rue, 1894) : Être insupportable.

Ressorts

(Fustier, 1889) : Parties génitales de la femme.

Ressource

(d’Hautel, 1808) : Le père la ressource ; la mère la ressource. Expression flatteuse et triviale qui se dit d’une personne fertile en expédiens, à laquelle on a toujours recours dans de mauvaises affaires ; et dont les conseils, la fortune et le crédit suffisent pour vous tirer d’embarras.

Ressusciter

(d’Hautel, 1808) : Ce vin, cette liqueur, ressusciteroit un mort. Pour exprimer qu’un vin, qu’une liqueur est réchauffante et cordiale.

Restant de mes écus (le)

(Rigaud, 1881) : Se dit vulgairement en voyant arriver quelqu’un que l’on n’attendait pas et dont la présence n’est pas précisément agréable ; on salue de ces mots l’arrivée d’un importun : « Voilà le restant de mes écus. »

Restant de nos écus (le)

(Delvau, 1867) : Se dit à propos des Gens qui surviennent quelque part quand on ne les attend pas. Argot du peuple.

Restant de souper

(Virmaître, 1894) : Terme de mépris employé dans le peuple à l’égard d’une fille qui a roulé pendant vingt ans les restaurants de nuit. Restant de souper, mot à mot : tout le monde a mangé sur son cuir. On dit également pour exprimer une idée plus basse : rognures d’abattoir, c’est le suprême dégout (Argot du peuple). N.

Restaurant à l’envers

(Rigaud, 1881) : Lieux d’aisances publics.

Restaurant des 100 couverts

(Merlin, 1888) : Cuisine de troupe.

Restaurer

(d’Hautel, 1808) : Le voilà bien restauré. Pour, le voilà bien satisfait. Se dit par ironie, d’une personne à qui l’on n’accorde qu’un foible secours pour le dédommager d’une grande perte.

Reste

(d’Hautel, 1808) : Il n’a pas demandé son reste. Pour dire que quelqu’un, après avoir reçu un mauvais traitement, s’est retiré promptement, s’est hâté de fuir.
Voilà le reste de nos écus. Se dit en plaisantant d’un homme qui se présente dans une compagnie sans y avoir été invité.
Il donne un sou à douze pauvres, et il demande son reste. Se dit par raillerie d’un homme avare, intéressé et sordide.

Reste (donner son)

(Larchey, 1865) : Accabler, tuer quelqu’un.

Mais zeste ! Lowendal leur ficha son reste.

Vadé 1750.

Ne pas demander son reste : Rester anéanti.

(Delvau, 1867) : Achever un homme en le tuant de n’importe quelle façon.

Reste (ne pas demander son)

(Delvau, 1867) : C’est, quand on a été battu, fuir sans exiger d’explications — et surtout sans demander le supplément de coups de pied ou de poing auxquels on pourrait avoir droit.

Rester

(d’Hautel, 1808) : Il est resté en plan. Se dit par raillerie d’un homme, ou d’un effet qu’on a laissé dans un endroit pour caution ou gage ; et souvent pour dire que l’on ne sait pas ce qu’une personne est devenue, si elle est morte ou vivante.

Rester court

(Delvau, 1864) : Manquer de souffle au lit ; débander au moment même où il faudrait bander le plus raide.

Rester court
À la neuvième politesse !
Est-ce à ma cour
Qu’on vient pour me jouer ce tour ?

Collé.

Rester dans la salle d’attente à reconnaître ses vieux bagages

(Rigaud, 1881) : Rentrer seule, après minuit, — dans l’argot des filles.

Rester en figure

(Delvau, 1867) : Rester coi, ne savoir que dire. Signifie aussi : Rester seul, être abandonné de ses compagnons.

Rester en frime

(Rossignol, 1901) : Déjeuner chez un marchand de vin et n’avoir sur soi que 2 francs, lorsque la dépense est de 3 francs, est rester en frime.

Rester en plan

(Delvau, 1867) : v. n. Rester comme otage quelque part, lorsqu’on n’a pas d’argent pour payer sa consommation.

Restituer sa doublure

(Delvau, 1867) : Mourir, — dans l’argot des faubouriens.

Restitution

(d’Hautel, 1808) : Faire restitution. Pour dire vomir, dégobiller, mettre le cœur sur le carreau.

Resucée

(Delvau, 1867) : s. f. Chose qu’on a déjà goûtée, lue, entendue, ou vue plusieurs fois. On dit aussi C’est de la troisième ou de la quatrième resucée.

Résurrection (la)

(Delvau, 1867) : n. de l. La prison de Saint-Lazare, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : La prison de Saint-Lazare.

(La Rue, 1894) : La prison Saint-Lazare.

(Virmaître, 1894) : Prison de Saint-Lazare. Allusion biblique à Lazare le ressuscité. L. L. En quoi cette prison d’où les femmes sortent plus pourries moralement qu’à leur entrée peut-elle être une résurrection ? Ce n’est une résurrection que pour celles qui sortent guéries de l’infirmerie, parce qu’elles peuvent recommencer leur commerce (Argot du peuple).

Retape

(Larchey, 1865) : Mis proprement.

Elle est joliment retapée et requinquée le dimanche.

Vidal.

(Delvau, 1867) : s. f. Raccrochage, — dans l’argot des filles et de leurs souteneurs. Aller à la retape. Raccrocher. On dit aussi Faire la retape.

(La Rue, 1894) : Raccrochage sur le trottoir.

(Virmaître, 1894) : On retape un vieux chapeau pour lui donner l’aspect d’un neuf. On retape une seconde fois un ami déjà tapé une première. Les filles du trottoir retapent les hommes, mais pas pour les rendre neufs, car quelquefois elles laissent des souvenirs qui ne sont pas tapés. Mot à mot : retaper, raccrocher (Argot des souteneurs).

Retapé

(Delvau, 1867) : adj. Vêtu proprement, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Rétabli. — Habillé de neuf.

Retape (aller à la, faire la)

(Rigaud, 1881) : Aller se promener sur la voie publique, — dans le jargon des filles.

Retape (aller à la)

(Rigaud, 1881) : Être en embuscade sur la voie publique, pour vol ou assassinat. — dans le jargon des voleurs.

Retape (faire la)

(Hayard, 1907) : Faire le trottoir.

Retaper

(d’Hautel, 1808) : Retaper de l’œil. Se rendormir, après un sommeil interrompu ; dormir de plus belle.

(Rossignol, 1901) : Redemander.

j’ai tapé mon patron hier pour avoir un acompte et je vais le retaper aujourd’hui.

Retaper le domino (se faire)

(Fustier, 1889) : Se faire arranger la denture. On dit aussi Se faire repaver la rue du bec.

Retapeuse

(Delvau, 1864) : Putain. — Femme ou fille qui fait la retape ; — qui raccroche.

En robes plus ou moins pompeuses,
Elles vont somme des souris :
Ce sont les jeunes retapeuses
Qui font la gloire de Paris.

A. Glatigny.

(Rigaud, 1881) : Fille qui fait la retape.

Retapisser

(Rossignol, 1901) : Reconnaître.

Retappe

(Clémens, 1840) : Raccrocher.

Retappe (faire sa)

(Larchey, 1865) : Raccrocher.

C’est moi qui lui ai donné l’idée de faire sa retape avec un costume décent et un carton à chapeau à la main.

Cinquante mille Voleurs de plus à Paris, Paris, 1830 in-8.

Vient de l’argot des voleurs qui disaient aller à la retape, pour : s’embusquer sur le grand chemin. — Mot à mot : attendre l’occasion de retaper sur les passants.

Retenir

(d’Hautel, 1808) : J’en retiens part. Se dit quand quelqu’un que l’on accompagne fait une trouvaille ; pour faire entendre que l’on prétend y avoir part.

Retiens (je te)

(Rigaud, 1881) : Mot à mot : je retiens ce que tu dis pour faire tout le contraire.

Retiration

(Boutmy, 1883) : s. f. Verso de la feuille à imprimer, quand on tire en blanc. Être en retiration, c’est avoir atteint la cinquantaine.

Retiration (être en)

(Delvau, 1867) : Avoir plus de quarante ans, vieillir, — dans l’argot des typographes.

(Rigaud, 1881) : Avoir atteint la cinquantaine, — dans le jargon des typographes. Au propre, la retiration c’est le verso de la feuille à imprimer, quand on tire en blanc. (Boutmy.)

(Virmaître, 1894) : Ouvrier typographe qui commence à vieillir et qui trouve difficilement de l’ouvrage. Le progrès n’a pas encore inventé la machine à tuer ceux qui ne peuvent plus travailler après avoir fait la fortune des patrons (Argot d’imprimerie).

Retiré du service (être)

(Delvau, 1864) : Ne plus exercer le rude métier de fille d’amour, soit par suite de maladies, soit par suite de mariage, soit par suite de vieillesse, soit — comme sainte Marie l’Égyptienne — par honte de ce métier.

C’est si agréable, quand on s’est retirée du service… de pouvoir se dire : Ce procureur du roi si féroce, c’était mon petit Auguste ! Je le menais par le bout du nez, et il trouvait cela très doux.

A. Delvau.

Retirer

(d’Hautel, 1808) : Se retirer à la Mazarine. Pour dire fuir avec précipitation ; se sauver à la hâte, par allusion à la fuite précipitée de Mazarin, lors des troubles de la minorité de Louis XIV.

Retirer (se)

(Delvau, 1864) : Sortir du con de la femme qu’on baise quand on craint d’être surpris, ou de lui faire un enfant ; — ou lorsque l’on a fini de baiser, ce qui n’est plus surprenant.

Thémire. feignant le contraire,
Disait toujours : Ménage-moi ;
J’ai peur de rencontrer… ma mère…
Ah ! cher Colin, retire-toi…

G Garnier.

Ah ! tu te retires !… Pourquoi ne l’as-tu pas laissés dans moi ! je ne l’aurais pas mangée, va !

Henry Monnier.

Voulez-vous un ami prudent
Qui ménage vos craintes ;
Vite, ouvrez-moi vos… sentiments.
Je sais me retirer à temps.

(Chanson anonyme moderne.)

Retirer la table au moment du dessert

(Rossignol, 1901) : « Comment faites-vous, voisine, pour ne pas avoir d’enfant. — C’est bien simple : mon homme n’est pas gourmand, il se retire de table au moment du dessert. »

Retirer le pain de la bouche

(Delvau, 1867) : v. a. Ruiner quelqu’un, lui enlever son emploi, les moyens de gagner sa vie. Argot du peuple.

Retomber

(d’Hautel, 1808) : Qui crache en l’air, il lui retombe sur le nez. Signifie que les extravagances que l’on fait portent tôt ou tard préjudice.

Retoquer

(Rigaud, 1881) : Refuser à un examen, en terme de collège.

Rêver qu’il passe son baccalauréat ès-lettres, et qu’il n’est pas retoqué.

(Les Balançoires de la jeunesse, 1861.)

Les variantes donnent : Recaler, remballer, requiller.

Retordre

(d’Hautel, 1808) : Donner du fil à retordre à quelqu’un. C’est-à-dire, l’engager dans des affaires dont il aura peine à se démêler.

Retors

(d’Hautel, 1808) : Il est retors. Pour dire il est fin, adroit et rusé ; c’est un homme dont il faut se méfier.

Retourne

(Delvau, 1867) : s. f. Atout, — dans l’argot des joueurs. Chevalier de la Retourne. Joueur passionné — jusqu’à en être grec.

Retourne (de quoi il)

(Larchey, 1865) : Ce qui se produit de nouveau. Terme de jeu de cartes où la retourne de l’atout indique en effet l’apparition d’une couleur inattendue.

Voici de quoi il retourne pour le quart d’heure.

E. Texier.

Retourner

(d’Hautel, 1808) : Retourner quelqu’un comme un gant. S’emparer de toutes ses volontés ; s’en rendre le maître absolu.
Retourner à ses moutons, à son vomissement. Retomber dans la même faute, suivre ses inclinations,

(La Rue, 1894) : Survenir inopinément. Être question : de quoi retourne-t-il ? de quelle chose est-il question ?

Retourner (s’en)

(Delvau, 1867) : Vieillir, — dans l’argot de Breda-Street.

Retourner (savoir se)

(Virmaître, 1894) : Se tirer d’embarras. L. L. S’en retourner, c’est vieillir. Dans le peuple, cette expression n’est pas prise dans ce sens ; ceux qui font métier de se retourner, ont pour atelier les Champs-Elysées. On les appelle plus communément des ramasseurs de marrons (Argot du peuple).

Retourner la moule

(Virmaître, 1894) : V. Avaler le pépin.

Retourner sa veste

(Delvau, 1867) : v. a. Faire faillite, et, par extension, Mourir, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Rendre son tablier et Retourner son paletot.

(Virmaître, 1894) : Changer d’opinion. Reproche fait souvent à la plupart de nos hommes politiques par le peuple qui ne connaît pas le mot de Thiers :
— Il n’y a que l’homme absurde qui ne change jamais (Argot du peuple). N.

(Rossignol, 1901) : Changer d’opinion.

Retraite

(d’Hautel, 1808) : Battre la retraite. Vieillir, commencer à perdre sa force, sa vigueur ; retirer une parole donnée.

Retraite (en rire jusqu’à sa)

(Merlin, 1888) : En rire longtemps.

Rétréci

(Rigaud, 1881) : Avare.

Rétrécir (se)

(Delvau, 1864) : Se laver souvent le vagin avec des astringents, afin d’en rapprocher les parois et de faire croire ainsi — aux innocents — qu’ils prennent un pucelage.

À se rétrécir elle excelle
Et joint aux airs d’une pucelle
La plus profonde instruction.

H. Raisson.

Retrousser (se)

(Delvau, 1864) : Se retourner. Se tirer de la gêne par tous les moyens possibles.

Une célèbre actrice
À fillette novice
Disait, sans croire l’offenser :
Imite-moi, Charlotte ;
De sagesse oh peut se passer :
Quand on est dans la crotte,
Il faut se retrousser.

Vandael.

Rêvasser

(d’Hautel, 1808) : Faire une multitude de rêves en dormant ; avoir un sommeil agité et inquiet.

Rêve

(Rigaud, 1881) : Objet illusoire, individu qu’on ne voit jamais. — Le payement de certaines notes, un rêve pour bien des fournisseurs. — Dans ce pays les jolies femmes, c’est un rêve. — Dans ce restaurant, les garçons, un rêve.

Rêve (c’est un) !

(Rigaud, 1881) : C’est excellent, idéal. C’est-à-dire : une chose très agréable, un individu très original, dont le souvenir nous poursuivra, dont on sera capable de rêver. — Cette femme, c’est un rêve ! — Ce pâté de grives, un rêve !

Un rêve d’homme, mis comme un prince.

(J. Fleurichamp, Queue d’oseille.)

Réveiller

(d’Hautel, 1808) : Il ne faut pas réveiller le chat qui dort. C’est-à-dire, renouveler une affaire assoupie, ou parler d’un événement malheureux qui est passé.

Revenant-bon

(d’Hautel, 1808) : Profit, pour-boire, casuel ; ce que l’on appelle boni en terme de finances.

Revendre

(d’Hautel, 1808) : En revendre à quelqu’un. Pour dire, être plus instruit, plus fin, plus avisé que lui.
Avoir de la santé, de l’esprit à revendre. Pour dire, se porter à merveille ; être fort spirituel.

(Delvau, 1867) : v. a. Répéter ce qu’on a appris de quelqu’un, commettre une indiscrétion. Argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Révéler ; rapporter une conversation, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Révéler, commettre une indiscrétion.

(Virmaître, 1894) : Révéler un secret confié. Commerson disait à ce sujet que les secrets c’est le contraire des fruits, que ce n’est pas ceux qu’on veut garder qu’on confie. Revendre : commettre une indiscrétion qui amène l’arrestation de quelqu’un.
— Il est revendu à la police (Argot des voleurs). N.

Revenez-y

(d’Hautel, 1808) : C’est du revenez-y. Expression badine et triviale, pour dire que quelque chose est agréable, plait au goût ; que l’on aime à y retourner, à en faire souvent usage.

Revenir

(Delvau, 1867) : v. n. Se dit — dans l’argot des bourgeois — de tout ce qui plaît, choses ou gens.

Revenir de Pontoise

(Delvau, 1867) : v. n. Avoir l’air étonné, ahuri ; dire des sottises, — dans l’argot du peuple. Faire ou dire une chose comme en revenant de Pontoise. La dire ou la faire mal, gauchement, niaisement.

Revenir sur l’eau

(Larchey, 1865) : Sortir d’un mauvais pas.

Le voilà qui revient sur l’eau, cet agneau adoré.

L. Reybaud.

(Delvau, 1867) : v. n. Rétablir ses affaires, sortir d’un mauvais pas ; occuper de nouveau l’attention publique.

Rêver

(d’Hautel, 1808) : Rêver à la moutarde. Pour dire, faire le pensif ; prendre sans sujet un air rêveur, lorsqu’on ne pense à rien.
On dit dans le même sens, rêver à la Suisse.

Réverbère

(Rigaud, 1881) : Tête, — dans le jargon des voyons.

Faudrait donc alors que je tape sur le réverbère ?

(Huysmans, les Sœurs Vatard.)

Reverdir

(d’Hautel, 1808) : Je l’ai planté là pour reverdir. Se dit de quelqu’un qu’on a laissé en quelque endroit et subitement sans le venir reprendre, comme on le lui avoit promis ; ou en parlant d’un mari qui a abandonné sa femme.

Révérence

(d’Hautel, 1808) : Faire la révérence par terre. Pour se heurter et tomber à terre.
Sauf votre révérence. Se dit quand on parle de quelque chose dont on craint que l’idée ou l’expression ne blesse.

Révérend

(d’Hautel, 1808) : Mon révérend. Manière familière d’adresser la parole à quelqu’un qui est avancé en âge.

Revers (faire un)

(Fustier, 1889) : Argot de Grecs. Perdre volontairement en taillant une banque et céder la place à un compère auquel on a le soin de donner des séquences.

Revers de la médaille

(Delvau, 1867) : s. m. La partie du corps sur laquelle on tombe le plus souvent lorsqu’on a l’habitude de marcher sur les talons. C’est une expression de l’argot du peuple parisien, qui appartient également à l’argot du peuple napolitain : Il revescio de la medaglia, disent les fils de Mazaniello.

Revêtu

(d’Hautel, 1808) : Un gueux revêtu. Pour dire un parvenu, un homme de basse extraction, qui, devenu riche, fait l’orgueilleux, le dédaigneux, le pédant.

Revidage

(Delvau, 1867) : s. m. Opération qui consiste à se partager, entre brocanteurs, les lots achetés trop cher à l’hôtel Drouot, mais achetés par eux pour les enlever aux bourgeois.

(Rigaud, 1881) : Nouvelles enchères faites entre marchands, d’un objet adjugé à l’un d’eux, à l’hôtel des ventes. Le revidage ou révision tombe sous le coup de la loi.

(Virmaître, 1894) : Revision des marchandises achetées par les brocanteurs dans les ventes publiques. La revision consiste en ceci :
— Pour ne pas faire monter les enchères et acheter bon marché, un ou deux de la bande noire pousse les enchères. Les objets en vente sont, par ce système, généralement adjugés à vil prix.
La vente terminée, ils se réunissent dans le cabinet d’un marchand de vin voisin et ils procèdent au revidage, c’est-à-dire à de nouvelles enchères.
Chacun prend alors le lot de marchandises qu’il peut écouler dans sa boutique, et la différence entre le total de la vente publique et l’opération du revidage est partagée également.
Cette opération illicite est défendue, c’est pourquoi elle se pratique au grand jour (Argot des brocanteurs).

Revidage, révision

(La Rue, 1894) : Nouvelles enchères ou partage entre marchands d’objets adjugés aux enchères à l’un d’eux.

Revider, Réviser

(Rigaud, 1881) : Se livrer au revidage.

Reviewer

(Delvau, 1867) : s. m. Écrivain de revues, — dans l’argot des gens de lettres, qui ont emprunté cette expression à l’Angleterre.

Reviser

(Virmaître, 1894) : V. Revidage.

Revoir

(d’Hautel, 1808) : Adieu, jusqu’au revoir. Pour dire jusqu’à la première rencontre.

Revoir la carte

(Delvau, 1867) : v. a. Rendre son déjeuner ou son dîner, — ce qui est une façon désagréable de s’assurer de ce qu’on a mangé. Argot du peuple.

Révolution

(d’Hautel, 1808) : Mettre tout en révolution. Faire beaucoup de bruit pour rien, mettre tout en rumeur pour une bagatelle.

Revolver

(Virmaître, 1894) : Femme légitime. Les voleurs qui emploient cette expression estiment qu’elle suicide son mari quand elle est par trop acariâtre (Argot des voleurs). N.

Revolver à deux coups

(Fustier, 1889) : Argot des voyous. Le membre viril.

Revoyure (à la)

(Fustier, 1889) : Expression parisienne synonyme de : Au revoir.

Les opinions sont libres… Comme tu voudras… adieu… à la revoyure.

(Job : L’homme à Toinon.)

Revue de ferrure

(Rigaud, 1881) : Se dit dans les régiments de cavalerie lorsqu’un cheval lève les quatre fers en l’air.

Revue de pistolet de poche

(Rigaud, 1881) : Revue mensuelle de santé dans les régiments. C’est l’heure où le major doit s’assurer si Mars n’aurait point, par hasard, besoin du ministère de Mercure.

Rez de chaussée (petit)

(Fustier, 1889) : « On appelle petits rez-de-chaussée les jeunes gens à la mode qui ont, en quelque coin de Paris, un rez-de-chaussée, la plupart du temps meublé avec un grand goût et où les jolies visiteuses peuvent entrer. Les petits rez-de-chaussée sont les élégants et les gommeux du moment.

(Illustration, juillet 1887.)

Rhinocéros

(d’Hautel, 1808) : Un nez de rhinocéros. Un nez gros et éminent ; un nez fin, qui sent les choses de loin.

Rhume

(Delvau, 1867) : s. m. Maladie sœur du Quinte-et-quatorze. On disait autrefois Rhume ecclésiastique.

Rhume de cerveau

(Rossignol, 1901) : Voir naxillé.

Riaulle

(Halbert, 1849) : Bonne chère.

Ribambelle

(d’Hautel, 1808) : Pour bande, kyrielle ; histoire à n’en plus finir.

(Delvau, 1867) : s. f. Troupe nombreuse de choses ou de gens.

Ribaud

(d’Hautel, 1808) : Impudique, adonné à toutes les débauches.

Ribaud, ribaude

(Delvau, 1864) : Homme et femme de mauvaise vie ; luxurieux et impudiques.

Je suis la grande Gargouillaude,
Garce dit souverain Gagoux,
Chaude putain, fière ribaude,
Pleine de vérole et de loups.

Le Sr de Sygognes.

Ribleur

(d’Hautel, 1808) : Vaurien qui court les rues la nuit, et dans de mauvais desseins.

(Rigaud, 1881) : Filou. (Dict. comique.)

Non pas un tour de ribleur.

(Sarrazin.)

Il y a entre le ribleur d’autrefois et le roublard de nos jours une grande similitude. Roublard me paraît une réminiscence légèrement modifiée de ribleur.

Ribon-ribaine

(d’Hautel, 1808) : Pour dire bon gré, malgré, à quelque prix que ce soit.

Ribote

(Delvau, 1867) : s. f. Griserie, petite débauche. Être en ribote. Être ivre.

Riboter

(Delvau, 1867) : v. n. Hanter les cabarets.

Riboui

(La Rue, 1894) : Fripier. Savetier. Soulier réparé.

Riboui, Rebouiseur, Ressuceur

(Rigaud, 1881) : Fripier. — Ressemeleur, raccommodeur de savates. Le riboui ou ressuceur fait, avec de vieux souliers, des chaussures qu’il a la prétention d’appeler « neuves » et auxquelles on a donné le nom de dix-huit. — Au XVIIIe siècle, (1755) donner le bouis, c’était achever, perfectionner, ce qu’on appelle aujourd’hui donner le coup de fion. Le buis, qu’on prononçait bouis, était un polissoir dont se servent encore quelques savetiers pour polir les semelles. De là le surnom de ribouis donné aux vieux souliers, aux souliers restaurés, et celui de ribouiseurs et ribouis, par abréviation, aux savetiers.

Ribouis

(Delvau, 1867) : s. m. Savetier, — dans l’argot des faubouriens. Francisque Michel a raison : on devrait dire Rebouis, ce mot venant de l’opération par laquelle le cordonnier communique du lustre à une semelle en donnant le bouis. Le rebouis donne un second bouis, ou second lustre, aux chaussures avariées par l’usage.

(Virmaître, 1894) : Souliers. Au carreau du Temple, c’est une spécialité. Les ribouiseurs achètent toutes les vieilles chaussures ; ils ont des ouvriers qu’on nomme des passifleurs, ils les ribouisent si bien que souvent on les prend pour du neuf, pas les jours de pluie par exemple, car les malheureux qui les chaussent rentrent chez eux sans semelles (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Chaussures.

(Hayard, 1907) : Souliers.

Ribouit

(Rigaud, 1881) : Œil. — Anus.

Ils se fourrent l’index dans le ribouit jusqu’à la septième phalange.

(Le Sans-culotte.)

Riboulet

(Rossignol, 1901) : Marchand de numéros et rubans pour conscrits. Voir Faire la riboule.

Ric à ric

(d’Hautel, 1808) : Payer quelqu’un ric à ric. Pour dire avec peine, par petite portion, s’acquitter lentement de ce l’on doit.
Suivant l’académie cette adverbe signifie, rigoureusement, au pied de la lettre ; ce qui comme on voit est tout à fait opposé au sens que lui donne le peuple.

Ric-à-rac

(Virmaître, 1894) : Avoir du ressaut pour payer. Payer ric-à-rac : par acomptes, prolonger la dette le plus longtemps possible (Argot du peuple).

Ric-à-ric

(Delvau, 1867) : adv. Chichement, morceau par morceau, — dans l’argot du peuple. Payer ric-à-ric. Par acompte. Autrefois cela signifiait au contraire, Payer rigoureusement, jusqu’au dernier sou.

Ricaner

(d’Hautel, 1808) : Rire à demi, malicieusement en dessous.

Ricaneur

(d’Hautel, 1808) : Celui qui ricane, qui a le rire moqueur et sardonique ; ou qui rit sottement et sans sujet.

Ricasser

(d’Hautel, 1808) : Rire bêtement, inutilement et sans motif apparent.

Richard

(d’Hautel, 1808) : Un gros richard. Un artisan parvenu, un homme qui a de la fortune, et qui ne sait pas en jouir.

Riche

(d’Hautel, 1808) : Il est d’une riche taille. Se dit par ironie d’un homme qui est d’une très-petite stature.
On est assez riche quand on ne doit rien. On vit du moins sans tourment et sans inquiétude.
Riche comme un Crésus. Pour dire excessivement riche.

(Delvau, 1867) : adj. Bon, agréable, amusant. S’emploie ordinairement en mauvaise part et avec la négative. Ce n’est pas riche ! Ce n’est pas honnête, ce n’est pas bien.
C’est, me semble-t-il, le luculentus des Latins : hæreditas luculenta, riche succession, dit Plaute ; luculentus scriptor, excellent écrivain, dit Cicéron.

(Rigaud, 1881) : Beau, de bonne qualité, — dans le jargon des marchands. Voilà un riche poulet. — Vous aurez là, la petite mère, de riches asperges.

Riche (être bien)

(Fustier, 1889) : Se griser.

Riche en ivoire

(Delvau, 1867) : adj. Qui a de belles dents, — dans l’argot des faubouriens. Montrer son ivoire. Montrer ses dents. Les ouvriers anglais ont la même expression : Flash his ivory.

Riche en peinture

(Delvau, 1867) : adj. et s. Homme glorieux, plus riche en paroles qu’en réalité. Argot du peuple. On dit de même d’un Fanfaron qu’il est brave en peinture.

Richelieu

(Larchey, 1865) : Aussi roué que le galant maréchal de ce nom.

Tout le benjoin d’une galanterie à 80 degrés Richelieu.

Murger.

(Delvau, 1867) : adj. Galant, magnifique, entreprenant, — dans l’argot des bourgeois, dont les grand’mères ont conservé bon souvenir du vainqueur de Mahon.

Richement

(d’Hautel, 1808) : Richement bête. Pour dire d’une bêtise, d’une stupidité extrêmes.
Richement laid. D’une laideur excessive.

(Delvau, 1867) : adv. Extrêmement.

Richement laid

(Larchey, 1865) : Aussi laid que possible.

Richonner

(Delvau, 1867) : v. n. Rire, — dans l’argot des voleurs.

(Virmaître, 1894) : Rire.
— Tu richonnes à te mordre l’œil, ce n’est pourtant pas richonnant (Argot des voleurs).

(Hayard, 1907) : Rire.

Ricochet

(d’Hautel, 1808) : Fantaisie, caprice.
Il a de quoi satisfaire ses ricochets. Se dit de quelqu’un qui est fort aisé, et qui peut contenter tout ses désirs.
C’est la chanson du ricochet. Pour, c’est toujours la même chose.
Cette nouvelle est venue par ricochet. C’est-à dire par voie indirecte, par bruit public.

Ridé

(d’Hautel, 1808) : Elle a le visage ridé comme le derrière d’un pauvre homme. Se dit d’une femme avancée en âge, qui a perdu sa fraicheur, et qui néanmoins veut encore faire la jeune fille.
On dit aussi d’une manière moins grossière et dans le même sens ; elle a le visage ridée comme une pomme cuite.

Rideau

(La Rue, 1894) : Grande blouse.

Rideau rouge

(Delvau, 1867) : s. m. Cabaret, — dans l’argot du peuple, qui se rappelle toujours les maisons à boire du vieux temps, reconnaissables à leurs rideaux de percale de couleur pourpre. Les ouvriers anglais disent de même Red-lattice, parce que chez eux c’est le treillage extérieur du cabaret qui est peint en rouge.

Rideaux de Perse

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Rideaux déchirés, percés de trous, — dans l’argot des bourgeois plaisantins. On dit de même Mouchoir de Perse, chemise de Perse, etc.

Ridicule

(d’Hautel, 1808) : Il est d’un ridicule amer. Pout dire bizarre et contrariant, il s’oppose à tout ce qui peut plaire aux autres.

Rien

(d’Hautel, 1808) : Il lui a donné un petit rien entre deux plats. Facétie, pour dire rien, absolument rien.
Il ne sait rien de rien. Pour, il ignore absolument cette affaire.
On ne fait rien de rien. Pour dire qu’avec rien on a de la peine à faire quelque chose.
Ce que vous dites et rien c’est la même chose. Pour dire, ce sont des paroles inutiles ; je ne vous écoute pas.
Il n’y a rien qu’il y paroisse. Se dit d’une chose que l’on avoit mise en ordre, et qui est de nouveau troublée et confuse.

(Delvau, 1867) : s. m. Garde-chiourme, argousin, — dans l’argot des forçats.

(Delvau, 1867) : Mot de l’argot des faubouriens, qui l’emploient comme selle à tous chevaux, pour donner plus de force et de couleur à leurs discours. Ainsi, ils disent : Il n’a rien l’air de… pour : Il a extrêmement l’air de… Il n’est rien paf, pour : Il est très gris. Ce n’est rien mauvais, pour : On ne saurait imaginer chose plus détestable, etc.
Une autre négation, sœur de celle-ci, et valant comme elle une affirmation, c’est n’être pas. Ainsi : Tu n’es pas blagueur ! signifie : « Comme tu es menteur ! »

(Delvau, 1867) : s. m. Un peu, très peu, — dans l’argot du peuple. En un rien de temps. En très peu de temps. Rien de rien. Moins que rien.

(Rigaud, 1881) : Très, beaucoup, extrêmement. Une des expressions les plus courantes parmi le peuple. — Être rien chic, être très élégant. — Être rien bate, être très joli. — Être rien poivre, être très soûl.

(Boutmy, 1883) : synonyme de beaucoup. Il est rien bête, celui-là. Cette expression saugrenue appartient plutôt à l’argot des margeurs et des receveurs qu’à celui des compositeurs. V. Mince.

(La Rue, 1894) : Garde-chiourme. Très, beaucoup, extrêmement : c’est rien beau !

Rif

(La Rue, 1894) : Feu. Riflaudante, flamme. Riffauder, incendier, brûler. Riffaudeur, chauffeur.

Rif ou Rifle

(Delvau, 1867) : s. m. Feu, — dans l’argot des voleurs.

Rif ou rifle

(Virmaître, 1894) : Feu.
— Passe-moi un peu de rif que j’allume Joséphine (Argot du peuple).

Rifauder

(anon., 1827) : Brûler, cuire, chauffer.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Se chauffer, brûler, cuire.

(Bras-de-Fer, 1829) : Brûler, cuire, chauffer.

(M.D., 1844) : Brûler.

(Halbert, 1849) : Chauffer.

Rife

(anon., 1827) : Feu.

(Bras-de-Fer, 1829) : Feu.

Riff

(Hayard, 1907) : Feu, d’autorité.

Riffard

(Bras-de-Fer, 1829) : Bourgeois.

Riffaudant

(La Rue, 1894) : Cigare.

Riffaudant, Riffondant

(Rigaud, 1881) : Cigare. — Riffaudante, pipe, — dans le jargon des voleurs.

Riffaudante

(Delvau, 1867) : s. m. Flamme.

(Delvau, 1867) : s. m. Incendie.

(Rigaud, 1881) : Flamme ; incendie. — Riffauder, brûler. — Riffaudeur, incendiaire.

Riffaude ton gaye

(Halbert, 1849) : Chauffe ton cheval.

Riffauder

(Clémens, 1840) : Incendier.

(Larchey, 1865) : Brûler. V. Flacul. — Rifle : Feu flamme. — V. Coquer.

Je remouche au coin du rifle un sinve qui roupillait. J’ai sondé dans ses profondes.

Vidocq.

(Delvau, 1867) : v. a. Incendier, brûler.

(Virmaître, 1894) : Brûler. Riffaudante : flamme. Une vieille chanson qui date au moins de cinquante ans, bien connue des voleurs, dit :

L’autre jour, fumant ma bayadaise,
Je rifflaudais, la fumant dans un coin.

Rifflauder voudrait donc dire sommeiller (Argot des voleurs).

Riffauder quelqu’un

(Clémens, 1840) : Chauffer les pieds.

Riffaudeur

(Clémens, 1840) : Chauffeur.

(Delvau, 1867) : s. m. Chauffeur.

Riffaudeur à perpète

(Rigaud, 1881) : Le diable.

Riffe

(Clémens, 1840) : Feu.

(Virmaître, 1894) : Prendre de force, d’autorité.
— Il a pris une fille de riffe.
Synonyme de violer (Argot des voleurs).

Riffe (de)

(Rossignol, 1901) : D’autorité.

Il ne voulait pas partager j’ai pris ma part de riffe.

Rifflard

(Delvau, 1867) : n. m. Bourgeois, — dans le même argot [du peuple].

(Delvau, 1867) : s. m. Parapluie, — dans l’argot du peuple. Ce mot date de Picard et de sa Petite Ville, comédie dans laquelle il y a un personnage nommé Rifflard, qui ne marche qu’escorté d’un parapluie.

(La Rue, 1894) : Bourgeois. Dupe. Parapluie. Vieux soulier.

(Virmaître, 1894) : Parapluie. Le mot date de Picard et de la Petite Ville, comédie dans laquelle il y a un personnage nommé Rifflard, qui ne marche qu’escorté d’un parapluie. A. D. Au quinzième siècle, on trouve déjà ce mot employé dans des comédies ou mystères avec un sens satirique et bouffon. Rifflard, bouffard, narinard, dentard étaient des épithètes burlesques que les acteurs se renvoyaient constamment — même quand elles n’étaient pas dans leur rôle. Le personnage le plus important de la Passion, mystère d’Arnould Gresban, bachelier en théologie, qui fut joué avec un immense succès au quinzième siècle, est un berger nommé Rifflard, qui se plaint amèrement et impudemment des impôts excessifs dont le peuple était accablé. Il faudrait pouvoir citer la scène où Rifflard est amené devant un magistrat qu’il appelle Machefoin :

Comment te nomme-t-on ?
Rifflard,
Tout norry de pois et de lard.

Plus tard, le mot rifflard fut appliqué aux sergents, ainsi que nous le voyons par une charte citée par Ducange.
Picard, en appelant, dans sa comédie de la Petite Ville, un de ses personnages François Rifflard, n’a fait qu’emprunter, ce qu’ignorait sans doute Delvau, ce nom au mystère d’Arnould Gresban (Argot du peuple).

Riffle (prendre de)

(Rigaud, 1881) : Prendre sans hésiter. (L. Larchey)

Riffler

(Halbert, 1849) : Sévère.

(Virmaître, 1894) : Veut également dire brûler. Riffler est aussi le synonyme de souffler : prendre. En ce cas, c’est une corruption de rafler (Argot du peuple).

Riflar

(M.D., 1844) : Parapluie.

Riflard

(Larchey, 1865) : Parapluie. — D’une pièce de Picard, la Petite Ville (1801), où l’acteur chargé du rôle de Riflard paraît armé d’un énorme parapluie.

Il pleuvait à verse ; elle était sous son riflard.

Lubize.

(Rigaud, 1881) : Riche. — Bourgeois, — dans l’argot des voleurs de 1830.

(Rigaud, 1881) : Parapluie. — D’après M. Lorédan Larchey, le nom serait dû à une pièce de Picard, la Petite Ville (1801), où l’acteur chargé du rôle de Riflard portait un énorme parapluie. Le nom de Riflard, dit M. Fr. Michel, approprié à divers personnages comiques, dans plusieurs mystères des XVe et XVIe siècles, était à lui seul une charge comique, et avait, à ce qu’il paraît, auprès du public d’alors, un succès des plus marqués.

(Rossignol, 1901) : Parapluie. On dit aussi Jaluzot.

Riflard (compagnon du)

(Rigaud, 1881) : Aide-maçon. — En terme de maçon, le riflard est la pelle dont ils se servent ; d’où le surnom de compagnon du riflard.

Riflard, Rifle

(Rigaud, 1881) : Feu. Coquer le rifle, incendier. La jaffle est sur le riflard, la soupe est sur le feu.

Riflardise

(Rigaud, 1881) : Morgue bourgeoise, stupidité bourgeoise, bêtise prudhommesque.

(La Rue, 1894) : Morgue.

Riflards

(Rigaud, 1881) : Vieux souliers qui prennent l’eau autant qu’un parapluie.

Rifle

(Halbert, 1849) : Feu.

(La Rue, 1894) : Jeu.

(Rossignol, 1901) : Feu.

Rifle (du)

(M.D., 1844) : Du feu.

Riflé, rifleur

(La Rue, 1894) : Sévère.

Rifler

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Brûler. — dans l’argot des voleurs. On dit aussi Riffauder.

(Delvau, 1867) : v. a. Prendre, saisir, chiper, — dans l’argot du peuple. Signifie aussi: Passer tout près ; effleurer.

(Virmaître, 1894) : Brûler (Argot du peuple).

Rifolard

(Delvau, 1867) : adj. Amusant, rigolo.

(Rigaud, 1881) : Amusant ; drôle.

(La Rue, 1894) : Amusant.

Rigade

(Fustier, 1889) : Soulier.

Rigadin

(Rigaud, 1881) : Soulier, — dans le jargon des ouvriers.

Rigodon

(Rigaud, 1881) : Soulier. C’est une déformation de rigadin. Quelques linguistes de la voyoucratie disent également rigodin.

Rigodon (en pincer un)

(Virmaître, 1894) : Vieux mot qui veut dire danser (Argot du peuple).

Rigodons

(Virmaître, 1894) : Souliers. Dans le peuple, on dit d’un homme qui a ses souliers percés et éculés :
— Ses rigodons engueulent le pavé.
On dit également des rigadins (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Souliers.

(Hayard, 1907) : Souliers.

Rigodons, riguelots, rigadins

(La Rue, 1894) : Souliers.

Rigolade

(un détenu, 1846) : Fête, plaisirs, jouissances.

(Delvau, 1867) : s. f. Amusement, réjouissance, plaisanterie. Coup de rigolade. Chanson.

(Rigaud, 1881) : Rire ; plaisir, amusement. — Enfilé à la rigolade, débauché.

(La Rue, 1894) : Amusement, réjouissance. Gros rire.

Rigolade (être à la)

(Fustier, 1889) : S’amuser.

Le vieux ronchonnait contre les jeunes gens qui sont trop à la rigolade, et pas à l’étude.

(Réveil du Père Duchêne, 1881.)

Rigolard

(Virmaître, 1894) : Chose très amusante (Argot du peuple).

Rigolbochade

(Delvau, 1867) : s. f. Drôlerie dite ou faite, écrite ou peinte, — dans l’argot des faubouriens. Ici encore se pose l’éternelle question : Quel est le premier né de l’œuf ou de la poule ? Est-ce mademoiselle Marguerite la Huguenote — plus généralement oubliée aujourd’hui sous le nom de Rigolboche — qui a donné naissance à ce substantif, ou est-ce ce substantif qu’on a décerné comme un brevet à cette aimable bastringueuse ? J’inclinerais volontiers à admettre cette dernière hypothèse. La foule se laisse parfois imposer certains noms, mais elle a pour habitude d’en inventer. Quant aux Mémoires de mademoiselle Marguerite, où elle prétend que c’est elle qui a créé le mot en question, il me suffit que ce soient des Mémoires pour que je ne leur accorde pas la moindre créance.

(Rigaud, 1881) : Action de s’amuser, de rire, de danser, d’après la méthode Rigolboche, danseuse célèbre de bals publics, il y a une douzaine d’années. Elle aimait beaucoup à rigoler ; d’où son surnom.

Rigolboche

(Larchey, 1865) : Amusant drôle. — Diminutif de rigollot.

C’était au Prado… La querelle allait son train… Les agents s’approchèrent… Laissez-les donc ! m’écriai-je, sans doute inspirée, c’est bien plus rigolboche ! — Le mot fut sur-le-champ acclamé. — Marguerite, me dit C., tu viens de créer un mot qui fera fortune.

1860, Mémoires de Rigolboche.

(Rigaud, 1881) : Partie de plaisir, partie fine, et, en général, toute partie où l’on rigole, — dans le jargon du peuple.

On va trimbaler sa blonde, mon vieux ; nous irons lichoter un rigolboche à la place Pinel.

(Huysmans, les Sœurs Vatard.)

(La Rue, 1894) : Très amusant, drôle.

(Virmaître, 1894) : Quelque chose de supérieurement amusant, beaucoup plus fort que rigolo. Rigolboche était connue à Bullier sous le nom de Marie la Huguenote ; ce nom lui venait de ce qu’elle protestait sans cesse quand le municipal la rappelait à l’ordre ou plutôt à la décence. Elle débuta aux Délassements-Comiques en 1860 sous le nom de Rigolboche. On la nommait aussi Boboche. Ce n’est pas elle l’inventeur de ce mot ; il était connu dans les ateliers depuis 1840. On dit également, pour affirmer que l’on s’est bien amusé :
— Nous avons rudement rigolboché (Argot du peuple).

Rigolboche (être)

(Delvau, 1867) : Être excentrique, amusant, drôle.

Rigolbocher

(Larchey, 1865) : Cancaner à la façon de Rigolboche, danseuse dont les lignes précédentes expliquent le nom et la vogue.

Nous rigolbochons parfois à Bullier.

1860, Les Étudiants.

(Delvau, 1867) : v. n. S’amuser, soit en buvant, soit en dansant.

Rigole

(Delvau, 1867) : s. f. Bonne chère, — dans l’argot des voleurs.

Rigoler

(d’Hautel, 1808) : Se divertir, folâtrer ; se dégourdir ; faire des folies, gambader.

(Clémens, 1840) : Rire.

(Larchey, 1865) : Rire, se divertir. Vieux mot. — Dès 1373, Du Cange en cite des exemples au mot Rigolamentum. — V. Hariadan, Lansquiner.

Et frère Jean de rigouller, jamais homme ne feut tant courtois ny gracieux

Rabelais.

Qu’est-ce qui chante ? je veux de quoi rigoler ! moi.

Champfleury.

(Delvau, 1867) : v. n. S’amuser, se réjouir, boire, danser, rire, — dans l’argot du peuple. Un vieux mot de notre vieille langue, que beaucoup de personnes, j’en suis sûr, s’imaginent né d’hier. Un hier qui a six cents ans ! Les gens du monde croiraient parler argot en employant ce mot employé par Jean de Meung, par Rabelais, par l’auteur de la Farce de Maistre Pathelin et par d’autres écrivains qui font autorité.

(Merlin, 1888) : Rire, plaisanter, s’amuser.

(Rossignol, 1901) : Rire, prendre du plaisir, s’amuser.

Rigolette

(Delvau, 1867) : s. f. Habituée de bals publics, amie de la danse et de la gaieté.

(Virmaître, 1894) : Nom donné par Eugène Sue à un des personnages des Mystères de Paris. Ce nom est resté pour désigner une jeune fille joyeuse.
— Elle est rigolotte (Argot du peuple). N.

Rigoleur

(Delvau, 1867) : adj. et s. Ami de la joie et de la bouteille.

Rigoleur, Rigoleuse

(Rigaud, 1881) : Celui, celle qui aime à rire, à boire et à chanter.

Rigolo

(Delvau, 1867) : s. et adj. Bon enfant, homme gai. Rigolo-pain-de-seigle ou pain-de-sucre. Extrêmement amusant. On dit aussi d’une chose : C’est rigolo, pour signifier : c’est plaisant, c est drôle.

(Rigaud, 1881) : Chose drôle. Individu amusant. — Être rien rigolo, être très amusant.

(Rigaud, 1881) : Fausse clé, pince à effraction.

Le rigolo eut bientôt cassé tout.

(La France, du 13 mars 1879.)

(Merlin, 1888) : Nom ou adjectif. — Un homme gai, amusant ; ou bien c’est rigolo, c’est drôle, c’est amusant.

(Fustier, 1889) : Revolver. Argot du peuple.

Les expulsés furieux cherchèrent à enfoncer la porte (du cabaret). Vacheron sortit armé d’un bâton pour les repousser. À ce moment, l’un des agresseurs dit à Gauthier (un inculpé) : Prends ton rigolo.

(Le Droit, avril 1886.)

(La Rue, 1894) : Chose drôle. Fausse clé. Revolver. Pince d’effraction. Attaque nocturne. Naïf, bon à voler.

(Virmaître, 1894) : Attaque nocturne. L. L. Rigolo : terme employé dans les ateliers pour qualifier un camarade qui rigole sans cesse, qui amuse les autres. Il y eut, en 1866, un mulet qui portait ce nom au Cirque Napoléon ; il fit courir tout Paris, tant il était amusant, rigolo (Argot du peuple). N.

(Virmaître, 1894) : Sinapisme de farine de moutarde. Rigolo, c’est le nom de l’inventeur. Autrement, cette appellation serait une amère ironie, car un sinapisme n’est pas plus rigolo que d’avoir un clou planté dans les fesses (Argot du peuple). N.

(Virmaître, 1894) : Pince. Si elle fait rigoler quelqu’un, ce n’est certainement pas la victime du vol avec effraction. Elle est rigolo pour le voleur, car avec l’argent volé il peut se payer de la rigolade (Argot des voleurs). V. Monseigneur.

(Rossignol, 1901) : Revolver. Une pince monseigneur est aussi un rigolo.

(Rossignol, 1901) : Drôlerie, amusement, plaisir.

Je me suis amusé, c’était rigolo.

Rigolot, rigolette

(Larchey, 1865) : Homme ou femme de gai naturel.

Rigolos et vous rigolettes, Gais enfants d’l’atelier.

A. Joly, Ch.

On dit aussi dans le même sens : Rigolot pain de sucre. — C’est rigolot : C’est amusant.

Rigouillard

(Virmaître, 1894) : Chose drôle, c’est plus fort que rigolo. C’est tellement rigouillard qu’il y a de quoi s’en tamponner le coquillard, c’est à se tordre, c’est crevant (Argot du peuple). N.

Rigri

(Delvau, 1867) : s. m. Ladre, méticuleux, — dans l’argot du peuple.

Rigue

(Delvau, 1867) : s. f. Apocope de Rigueur, — dans l’argot des voyous.

Rimaille

(d’Hautel, 1808) : Mauvaise rime, mauvais vers.

Rimailler

(d’Hautel, 1808) : Faire péniblement de fort mauvais petits vers.

Rimailleur

(d’Hautel, 1808) : Un mauvais poëte ; versificateur à la douzaine.
Voltaire a placé ce mot avec avantage dans les deux vers suivans :

Un rimailleur écrit, le Léthé sur ses rives,
Reçoit avec plaisir ses feuilles fugitives.

Rime

(d’Hautel, 1808) : Ce discours n’a ni rime ni raison. Pour dire, est dénué de sens commun.
N’entendre ni rime ni raison. Se laisser aller à l’emportement et à la colère ; ne vouloir écouter ni conseils ni remontrances ; n’en faire qu’à sa tête.

Rincé

(Virmaître, 1894) : Être rincé comme un verre à bière, n’avoir plus rien. Recevoir une rincée : être battu comme des œufs à la neige. Rincer quelqu’un : le voler jusqu’à son dernier sou (Argot du peuple). V. Raboté.

Rince-crochets

(Rigaud, 1881) : Nom donné par les soldats au troisième quart de café, — octroyé dans les circonstances extraordinaires.

Rince-pintes

(Rigaud, 1881) : Association sans statuts écrits, dont les assemblées générales étaient très suivies, et dont le but était l’antipode de la tempérance. Pour être un rince-pintes, il fallait boire une pinte ou deux en dix minutes. (Le Sublime.)

Rincée

(d’Hautel, 1808) : Il a reçu une bonne rincée. Pour, on l’a grondé de belle manière ; il a été rossé, étrillé comme il faut.

(Larchey, 1865) : « Il a reçu une bonne rincée, il a été battu, étrillé comme il faut. »

1808. d’Hautel.

(Delvau, 1867) : s. f. Coups donnés ou reçus, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Correction manuelle ; — petite raclée.

Rincer

(d’Hautel, 1808) : Il a été bien rincé. Pour dire, bien mouillé ; il a reçu toute la pluie.
On se sert aussi de cette locution pour dire que quelqu’un a été vivement réprimandé ; qu’il a reçu quelque mauvais traitement.

(anon., 1827) : Voler.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Voler. Rincer la cambriole, voler tout ce qui se trouve dans une chambre.

(Bras-de-Fer, 1829) : Dévaliser, voler.

(Halbert, 1849) : Voler.

(Larchey, 1865) : Dévaliser.

Des malfaiteurs crurent pouvoir rincer la caisse du juif.

Balzac.

(Larchey, 1865) : Battre.

Un général, fût-il un prince, Fond sur l’ennemi et vous le rince.

Favart, — 1750.

Tu m’as rincé, et personne ne peut se vanter de me mettre le pied sur la tête.

E. Sue.

(Delvau, 1867) : v. a. Battre, donner des coups. Signifie aussi Gagner quelqu’un au jeu.

(Delvau, 1867) : v. a. Dévaliser, nettoyer, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Dépouiller ; voler.

(La Rue, 1894) : Battre. Dépouiller, voler. Ruiner.

(Rossignol, 1901) : Payer à boire. —

Nous avons soif, tu devrais bien nous rincer.

Rincer (se faire)

(Delvau, 1867) : Recevoir la pluie ; se laisser voler ; perdre au jeu.

Rincer (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Se purger, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Se rincer le fusil.

Rincer l’œil (se)

(Fustier, 1889) : Regarder complaisamment quelque chose ou quelqu’un.

Depuis notre arrivée, vous n’avez cessé de vous rincer l’œil de toutes ces créatures éhontées…

(Chavette.)

Rincer la dalle

(Delvau, 1867) : v. a. Offrir à boire à quelqu’un, — dans l’argot des faubouriens. Se faire rincer la dalle. Accepter à boire sans offrir la réciproque. On dit aussi Rincer la dent, ou le bec, ou le fusil, ou le tube, ou la gargoine, ou la corne.

(Hayard, 1907) : Boire un coup.

Rincer la dalle (se faire)

(Virmaître, 1894) : Se faire régaler par un camarade.
— Je lui ai tellement rincé la dalle qu’il n’a pas une dent dans la gueule qui ne me coûte au moins vingt francs (Argot du peuple).

Rincer la dalle (se)

(Rigaud, 1881) : Se rafraîchir en buvant.

Rincer la trente-deuxième (se)

(Rigaud, 1881) : Boire la goutte, — dans le jargon du régiment. C’est une variante de « se rincer la dent » ; mot à mot : se rincer la trente-deuxième dent. Combien de femmes dans ce monde ne pourraient pas en faire autant ?

Rincer le gosier, le cornet, le sifflet, l’avaloir, la dalle

(Larchey, 1865) : Faire boire. V. Sifflet.

S’il cajole la cantinière, elle lui rince le gosier.

Wado, Chansons.

Tu peux te rincer le cornet, ça rend toujours un homme aimable.

Cabassol.

Quand vous rincez votre avaloir, Vous êtes prié de quitter le comptoir.

La Maison du Lapin blanc, typ. Appert.

Avec ces messieurs j’bois. Oui, nous nous rinçons la dalle.

Léonard, parodie.

Rincette

(Delvau, 1867) : s. f. Petit verre d’eau-de-vie pris comme supplément au gloria, — dans l’argot des bourgeois.

(Rigaud, 1881) : Petit verre de cognac pris dans la tasse où l’on a bu du café. — Surrincette, second, troisième, quatrième, etc., petit verre pris dans les mêmes conditions.

Rincleux

(Fustier, 1889) : Avare. Terme d’atelier.

Rinçure

(d’Hautel, 1808) : De la rinçure de verre. Pour dire, du vin trop trempé ; de l’abondance ; de la ripopée.

Riocher

(d’Hautel, 1808) : Rire en sournois, à bas bruit, finement et sardoniquement.

Riole

(d’Hautel, 1808) : Se mettre en riole. Pour dire se mettre en ribotte ; employer â ses plaisirs le temps consacré au travail.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Bonne chère. Se mettre en riole, faire bombance.

(Delvau, 1867) : s. f. Rivière, ruisseau, — dans l’argot des voleurs.

(Delvau, 1867) : s. f. Joie, divertissement, débauche, — dans l’argot du peuple. Être en riole. Être en train de s’amuser, être gris. Se mettre en riole. Se griser. En wallon. Être en riolle ou riotte, c’est Se quereller.

(Rigaud, 1881) : Partie de plaisir. — Être en riole, se mettre en riole, faire riole, s’amuser, se mettre en gaieté, en ribote.

(Virmaître, 1894) : Ruisseau ou rivière dans l’argot des voleurs. Riole se dit aussi dans le peuple de quelqu’un qui est pochard :
— Il est en riole.
Ce n’est pourtant pas dans la rivière que le vin a été puisé (Argot du peuple).

(Hayard, 1907) : Ruisseau, rivière.

Riole (être en)

(Hayard, 1907) : Être pochard.

Riolle

(anon., 1827) : Bonne chère.

(Bras-de-Fer, 1829) : Bonne chère.

(Larchey, 1865) : Divertissement. — De rigoler.

Pitanchon, faisons riolle, Jusqu’au jugement.

Grandval, 1723.

(La Rue, 1894) : Partie de plaisir, débauche. Ruisseau.

Rioter

(d’Hautel, 1808) : Diminutif de rire, pour dire rire à demi, rire sous cape.

Rioteur

(d’Hautel, 1808) : Homme qui rit bêtement, sans sujet, sans raison évidente.
On dit aussi Rioteuse en parlant d’une femme.

Ripa, Ripeur

(Rigaud, 1881) : Écumeur de la Seine. — Vagabond qui vole à bord des bateaux.

Ripaille

(d’Hautel, 1808) : Faire ripaille. Faire ribotte, faire grande chère ; s’en donner à cœur-joie.

Ripatins

(Virmaître, 1894) : Brodequins (Argot des voleurs).

Ripatonner

(Larchey, 1865) : Raccommoder. — Mot à mot : réparationner.

On ripatonne un livre en publiant une édition revue et corrigée ; on ripatonne un édifice en le recrépissant.

La Bédollière.

(Delvau, 1867) : v. a. Raccommoder quelque chose ou quelqu’un, — dans l’argot des Polytechniciens, qui ont ainsi consacré la mémoire d’un concierge de l’École, M. Ripaton, tailleur.

(Rigaud, 1881) : Remettre à neuf.

On distingue, on reconnaît, on évalue tout objet de toilette supprimé, ajouté ou ripatonné.

(Les Filles d’Hérodiade, 1815.)

Corriger une œuvre d’art, une œuvre littéraire.

(Virmaître, 1894) : Le passifleur qui racommode les vieux souliers, ripatonne (Argot du peuple).

Ripatonneur

(Rigaud, 1881) : Mauvais restaurateur de tableaux.

Ripatons

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Souliers, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Pieds. — Vieux souliers, souliers raccommodés. Jouer des ripatons, décamper.

(Merlin, 1888) : Souliers, — de l’argot parisien.

(La Rue, 1894) : Pieds.

(Virmaître, 1894) : Souliers (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Souliers.

(Hayard, 1907) : Souliers.

Riper

(Delvau, 1867) : v. a. Embrasser tendrement.

(Virmaître, 1894) : Embrasser tendrement. A. D. C’est une singulière façon d’embrasser tendrement les gens que de les voler car riper dans le peuple signifie : prendre.
— Je lui ai ripé sa galette (Argot du peuple). N.

Ripeur

(Delvau, 1867) : s. m. Libertin.

(La Rue, 1894) : Libertin. Écumeur de la Seine.

Ripeurs ou Zouaves

(Rossignol, 1901) : Les individus qui se tiennent près les portes de la Villette et de Crimée, pour décharger les bateaux de charbon. Ils se tiennent également à Bercy pour décharger les pièces de vin.

Ripioulement

(Rigaud, 1881) : Chambre, — dans le jargon des voleurs.

Ripiouler

(Rigaud, 1881) : Dormir.

Ripopée

(d’Hautel, 1808) : Terme trivial et populaire dont on se sert pour désigner du vin, du café, et autres liquides de mauvaise qualité.

(Delvau, 1867) : s. f. Mauvais vin, — dans l’argot du peuple. Se dit aussi à propos de Toute chose médiocre ou mal faite. Ce mot a été autrefois masculin, et tantôt substantif et tantôt adjectif : Du ripopé, du café ripopé.

(Rigaud, 1881) : Objet de mauvaise qualité, de nulle valeur. Autrefois la ripopée ou vin de Brétigny était un mauvais petit vin, le plus mauvais des vins de France.

(La Rue, 1894) : Chose mauvaise. Mauvais vin.

(Virmaître, 1894) : Quelque chose qui ne vaut rien. Synonyme de ratatouille. On dit aussi :
— Ton Borgia à 23 sous ne nous fait boulotter que de la ragougnace (Argot du peuple). N.

Ripper

(Rossignol, 1901) : Dieu a dit :

Croissez et multipliez, rippez.

Rippeur

(Rossignol, 1901) : Celui qui aime ripper.

Riquet

(Virmaître, 1894) : Tout petit. Sobriquet donné dans les ateliers aux apprentis mal formés.
— Viens ici, mon petit riquet.
C’est un pléonasme d’accoupler ces deux mots identiques, mais dans le peuple, on n’y regarde pas de si près (Argot du peuple). N.

Riquiqui

(Larchey, 1865) : Eau-de-vie.

Tiens ! pour te guérir, je t’apporte une goutte de riquiqui.

La Femme comme on en voit peu, ch., 1789.

(Delvau, 1867) : s. m. Eau-de-vie de qualité inférieure, — dans l’argot des ouvriers.

(Delvau, 1867) : adj. et s. Chose mal faite ou de qualité inférieure, — dans l’argot des ouvrières. Avoir l’air riquiqui. Être ridiculement habillée, ou n’être pas habillée à la dernière mode. Je ne suis pas bien sûr que ce mot ainsi employé ne soit pas une contrefaçon de Rococo.

(Rigaud, 1881) : Eau-de-vie.

(La Rue, 1894) : Eau-de-vie. Chose mal faite ou mauvaise.

(Virmaître, 1894) : Mauvaise eau-de-vie. Riquiqui est généralement employé peur peindre quelque chose de mesquin, de petit, d’étroit.
— Son esprit est comme sa taille, c’est riquiqui.
— Ah ! Regardez-moi cette toilette, est-elle assez riquiqui ?
Il existait jadis une liqueur appelée riquiqui ; on ne la connaît plus (Argot du peuple).

Rire

(d’Hautel, 1808) : Il ne riroit pas pour un empire ; pour un jambon. Manière burlesque d’exprimer que quelqu’un est d’un froid, d’un sérieux tel que rien ne peut le dérider.
Le rire de St.-Médard. Un rire forcé.
C’est du vieux jeu, on n’en rit plus. Se dit d’une plaisanterie.
Rira bien qui rira le dernier. Se dit de celui qui se flatte trop tôt d’un succès, et dont la joie ne peut durer long-temps.
Se chatouiller pour se faire rire. S’efforcer de rire quand on n’en a pas envie.
On dit par exagération d’un homme original et fort plaisant, qu’il feroit rire un tas de pierres.
Rire du bout des dents.
Ne pas rire de bon cœur ; cacher sous un faux air de gaieté le chagrin que l’on ressent intérieurement.
Il rit comme on pleure à Paris. Se dit pour se moquer d’un enfant qui pleure sans sujet.
Se regarder sans rire. Laisser tomber la conversation ; ne savoir que dire ; manquer d’entretien.
On dit pour persuader quelqu’un que l’on prend quelque chose au sérieux, ce n’est pas pour de rire ; dites, en suppriment le de explétif : ce n’est pas pour rire.
Les locutions, c’est pour de bon, c’est pour tout de bon, ne sont pas moins vicieuses, et doivent être soigneusement rejetées.

Rire à la caisse

(Rigaud, 1881) : Toucher chez un agent de change ou recevoir des mains d’un spéculateur en perte le montant d’une différence ou d’une prime. (Paris-Vivant, Le Million.)

Rire aux anges

(Delvau, 1867) : Sourire doucement en dormant, — dans l’argot du peuple.

Rire comme un cul

(Delvau, 1867) : Rire sans desserrer les dents.

(Virmaître, 1894) : Rire sans desserrer les dents. Veut dire aussi rire comme un imbécile, sans savoir pourquoi. Être cul, dit M. Lorédan Larchey, c’est être bête et grossier. Ce pauvre cul n’a vraiment pas de chance, car, non content d’en faire le synonyme de tout ce qui est sale, on en fait le synonyme de tout ce qui est bête et ridicule. S’il pouvait répondre autrement qu’en pétant ! (Argot du peuple). N.

Rire jaune

(Larchey, 1865) : Rire forcément. — Aimer avec un jaune d’œuf : Tromper. — Allusion à la couleur jaune qui est celle du cocuage.

(Delvau, 1867) : v. n. Rire à contre-cœur, quand on voudrait ou pleurer de douleur ou écumer de rage.

(Virmaître, 1894) : N’être pas content et être forcé de rire quand même ; avoir les larmes dans les yeux et le cœur gros et être forcé de paraître joyeux. On dit aussi :
— Son rire est jonquille. Allusion au cocu qui rit jaune quand la sage-femme lui présente son dernier en lui disant :

C’est tout le portrait d’son père,
Quel cochon d’enfant ! (Argot du peuple).

(Hayard, 1907) : À contre-cœur.

Ris

(d’Hautel, 1808) : Un ris qui ne passe pas le nœud de la gorge. Un rire contraint et forcé, qu’on laisse échapper par complaisance et malgré soi.

Risette

(Delvau, 1867) : s. f. Sourire, — dans l’argot des bourgeois. Faire des risettes. Faire des avances aimables.

(Virmaître, 1894) : Surnom donné à une jeune fille rieuse et aimable qui a toujours le sourire sur les lèvres. C’est un vieux boniment employé dans les foires :
— Entrez, mesdames et messieurs, vous verrez la femme colosse ; cent kilos sur l’estomac et le sourire sur les lèvres.
Quand une amie est fâchée, qu’elle boude, on l’embrasse et on lui dit :
— Allons, fais une petite risette à papa, il revient d’Afrique.
Quand une femme vous fait des risettes, on peut y aller carrément (Argot du peuple). N.

Risquer le paquet

(Delvau, 1867) : v. a. Se hasarder à faire une chose délicate, aventureuse, — dans l’argot du peuple.

(Virmaître, 1894) : Synonyme de tout risquer, c’est-à-dire de tenter l’aventure.
— Tu n’oses pas ! risque donc le paquet (Argot du peuple).

Rissole

(d’Hautel, 1808) : La Rissole. Sobriquet que l’on donne à un buveur de profession.

Rissoler

(d’Hautel, 1808) : Un visage rissolé. Pour dire un visage hâlé, brulé par l’ardeur du soleil.

Rivancher

(M.D., 1844) : Coucher avec une demoiselle.

(Larchey, 1865) : Voir Tremblant. — Rivette : Voir Tante.

(Delvau, 1867) : v. a. Aimer, — dans l’argot des voleurs.

(Virmaître, 1894) : Aimer (Argot des voleurs).

Rivanger

(Clémens, 1840) : Dormir.

(La Rue, 1894) : Dormir. Coucher avec une fille.

Rive

(d’Hautel, 1808) : On n’y voit ni fond ni rive. Se dit d’une affaire fort embrouillée, d’un chaos, d’un ļabyrinthe.

Rivé au pieu

(La Rue, 1894) : Épris d’une prostituée.

River

(d’Hautel, 1808) : River le clou à quelqu’un. Pour dire lui riposter adroitement et vivement ; lui parler ferme et de manière à ne lui laisser aucun avantage.

River son clou

(Virmaître, 1894) : Quand un bavard intarissable ennuie quelqu’un par un discours filandreux, on lui rive son clou en lui disant carrément :
— Tais ta gueule ou je chie dedans.
Mot à mot : river le clou, c’est empêcher d’aller plus loin (Argot du peuple). N.

(Rossignol, 1901) : Dire ses vérités à quelqu’un, c’est lui river son clou.

River son clou à quelqu’un

(Delvau, 1867) : v. a. Lui dire vertement son fait, lui tenir tête dans une lutte de paroles ou de gestes. Argot des bourgeois.

Rivette

(Delvau, 1867) : s. f. Fille publique, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Fille de joie à l’aurore de la dépravation.

(La Rue, 1894) : Jeune prostituée.

(Virmaître, 1894) : Prostituée, du verbe rivancher, se livrer à l’amour. L. L. Cette expression ne s’applique pas aux femmes (Argot des pédérastes). V. Passif.

Rivière

(d’Hautel, 1808) : Les petits ruisseaux font les grandes rivières. Pour dire, que les petits gains souvent répétés finissent par constituer une fortune.
Il ne trouveroit pas de l’eau à la rivière. Se dit d’un homme peu intelligent, pour qui tout est difficile.

Rivitte

(Rossignol, 1901) : Synonyme de chatte.

Riz-pain-sel

(Larchey, 1865) : « À l’armée, où les agents du service des subsistances distribuent les vivres aux compagnies, on leur donne le sobriquet de riz-pain-sel. » — La Bédollière.

(Delvau, 1867) : s. m. Fournisseur militaire, — dans l’argot des troupiers.

Riz-Pain-Sel

(Rigaud, 1881) : Ouvrier d’administration.

Riz-pain-sel

(Merlin, 1888) : Soldats de l’intendance, chargés du service des vivres.

(La Rue, 1894) : Ouvrier militaire ou soldat d’administration.

(Rossignol, 1901) : Soldat d’administration.

Robe

(d’Hautel, 1808) : Ventre de son, robe de velours. Se dit des hommes et des femmes qui épargnent sur leur bouche, pour être bien parés.
Cela ne vous déchire pas la robe. Pour dire, n’a pas lieu de vous choquer, de vous offenser.
Rendre une visite en robe détroussée. Rendre une visite de cérémonie.

Robe de chambre

(Virmaître, 1894) : Cercueil. Ce n’est pas un vêtement bien ouaté, surtout quand c’est la bière des pauvres (Argot du peuple).

Rober

(Larchey, 1865) : Dérober (Vidocq). — Vieux mot.

Robert macaire

(Larchey, 1865) : Variété du cancan. — Allusion à la danse de Robert Macaire au premier acte de l’Auberge des Adrets. — V. Macaire.

Magistrats et docteurs commencent leur carrière, En se faisant danseurs De la Robert Macaire.

1841, Phys. de la Chaumière.

Robert-Macaire

(Delvau, 1867) : s. f. Danse fort en honneur dans les bals publics il y a vingt-cinq ou trente ans. C’était une variété de la Chahut.

Robignol

(Delvau, 1867) : adj. Très bien, très beau, très amusant, — dans l’argot des voleurs, qui emploient ce superlatif à propos des choses et des gens.

(Rigaud, 1881) : Très amusant, très réussi.

(La Rue, 1894) : Très beau, très amusant.

Robignole

(Virmaître, 1894) : Mot employé comme superlatif d’admiration pour une chose extraordinaire « qui dépasse l’imagination. »
— Une évasion audacieuse, c’est robignol.
— La môme est rohignol, elle gouale sans cesse.
Rohignol, en ce cas, est pour joyeux et joyeuse (Argot des voleurs).

Robin

(d’Hautel, 1808) : Il en revient toujours à Robin ses flûtes. Pour dire à ce qui l’intéresse, à ses anciennes habitudes.
Un robin. Terme de mépris dont on qualifioit autrefois les gens de robe.
C’est un plaisant robin. Se dit d’un homme dont on fait peu de cas.

(Delvau, 1867) : s. m. Taureau communal, — dans l’argot des paysans de Paris.

Robinet

(d’Hautel, 1808) : On dit populairement d’un homme qui parle abondamment, d’un babillard, d’un bavard éternel, que quand une fois le robinet est lâché, il a de la peine à finir.

Robinson

(Larchey, 1865) : Parapluie. — Usité depuis la représentation d’une pièce de Pixérécourt, où Robinson apparaissait avec son grand parasol.

(Delvau, 1867) : s. m. Parapluie, — dans l’argot du peuple, qui a gardé bon souvenir du naufragé de Daniel de Foë. On dit aussi Pépin.

Rocaille

(d’Hautel, 1808) : Pour dire guenille, habillement ridicule et fripé.

Rocaille, rococo

(Larchey, 1865) : Dans le goût de l’époque de Louis XV.

L’amour des rocailles, mot qui caractérise l’ameublement du règne de Louis XV.

Roqueplan.

La chambre de madame était meublée dans le genre rococo.

Balzac.

Rocambolade

(Delvau, 1867) : s. f. Farce littéraire dans le goût des Exploits de Rocambole de Ponson du Terrail.

Rocambole

(Delvau, 1867) : s. f. Chose sans valeur ; promesse en l’air qu’on sait devoir n’être pas tenue, gasconnade.

(Rigaud, 1881) : Conte en l’air ; — Objet sans valeur.

(Virmaître, 1894) : Moins que rien.
— Finis-donc avec tes rocamboles, nous ne coupons pas dans le pont.
Rocambole, synonyme de blague, en souvenir de Ponson du Terrail et de son célèbre roman qui porte ce titre (Argot du peuple).

Rocantin

(Delvau, 1867) : s. m. Vieillard libertin.

Roche

(d’Hautel, 1808) : Il a le cœur dur comme une roche. Se dit d’un homme qui a un mauvais cœur, qui ne compâtit pas aux malheurs des autres.

Rocher

(d’Hautel, 1808) : Parler aux rochers. Pour dire à des gens qui ont le cœur dur, haineux, inflexible, impitoyable.

Rochet

(Larchey, 1865) : Prêtre (Vidocq). — Allusion au rochet ou camail qui couvre ses épaules. V. Suage.

(Delvau, 1867) : s. m. Évêque, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Prêtre ; évêque.

(Virmaître, 1894) : Evêque. Allusion au rochet que porte ce dignitaire de l’église (Argot des voleurs).

Rococo

(Larchey, 1865) : Suranné.

Ce mot nouveau est celui de rococo, et me semble être appliqué, par la jeunesse innovatrice, à tout ce qui porte l’empreinte du goût, des principes ou des sentiments des temps passés.

Trollope, 1835.

(Delvau, 1867) : adj. Suranné, arriéré, démodé, grotesque à cause de cela, — comme si le goût d’autrefois ne valait pas bien le goût d’aujourd’hui ! Se prend aussi en bonne part.
Pendule rococo. Pendule Louis XV ou faite sur le modèle de cette époque. Tentures rococo. Étoffes en vieille perse à ramages.

(Rigaud, 1881) : Démodé ; terme employé par les artistes peintres de 1830.

Rodeuse

(Virmaître, 1894) : Fille publique qui n’a pas de poste fixe, qui fait son persil dans les terrains vagues. On l’appelle ainsi pour cette raison (Argot des souteneurs).

Rodomont

(d’Hautel, 1808) : Récalcitrant ; insubordonné, fanfaron, grand parleur, qui se vante de tout ce qu’il n’a pas fait, et de ce qu’il est incapable de faire.

Rœderer

(Delvau, 1867) : s. m. Vin de Champagne, — dans l’argot des gens de lettres qui tiennent à faire une réclame à la maison de commerce dont les produits portent cette signature.

Roger-bontems

(d’Hautel, 1808) : Pour dire un homme de bonne humeur, un réjoui, un bon vivant. Ce nom tire, dit-on, son origine d’une famille du Vivarais, dont le chef étoit renommé par sa gaieté, son courage et sa bonne table.

Rogner

(d’Hautel, 1808) : Taillez, rognez comme il vous plaira. Se dit à quelqu’un qu’on laisse le maître absolu de ses volontés.
Rogner les ongles à quelqu’un. Lui diminuer son emploi, ses bénéfices, son autorité.

(Rigaud, 1881) : Guillotiner. Bon à rogner, condamné à mort.

Rogneur

(Larchey, 1865) : Fourrier. — Mot à mot : rogneur de portions. — Allusion aux vins et aux vivres de campagne sur lesquels un fourrier peu délicat prélève parfois une dîme indue.

Gratte-papier, rogneur, traîne-paillasse, Hardi pillard aux deux galons d’argent, De vingt surnoms que sur lui l’on entasse, Le fourrier rit, et se moque en chantant.

Wado, Chansons.

(Delvau, 1867) : s. m. Fourrier, — dans l’argot des troupiers.

Rogneurs (les)

(Merlin, 1888) : Les fourriers que l’on accuse, à tort ou à raison, de faire du fourbi, du rabiau. De là, les sobriquets de rogneurs de centimes, rogneurs de rations.

Rognoler

(Virmaître, 1894) : Marronner. Ne jamais trouver rien de bien (Argot du peuple). V. Ronchonner.

Rognon

(d’Hautel, 1808) : Mettre la main sur les rognons. Pour dire sur les hanches, comme font les poissardes quand elles se querellent.

Rognon (sale)

(Rigaud, 1881) : Mot à mot : sale créature couverte de rogne, — dans le jargon des voyous. Rognon est une forme de rogne. — Qué qu’c’est que c’rognon qu’tu camionnes à présent ?

Rognonner

(d’Hautel, 1808) : Gronder, marmonner, murmurer entre ses dents.

(Delvau, 1867) : v. n. Bougonner, — dans l’argot des bourgeois.

Rognure

(Rigaud, 1881) : Mauvais acteur. — Rognures de fer-blanc, mauvaise troupe dramatique, — dans le jargon des coulisses.

(Fustier, 1889) : « Quand le concours (du Conservatoire) est achevé, quand le dernier élève a fini d’envoyer son morceau, sa rognure, comme disent ces jeunes gens dans leur argot, alors vient se placer l’instant pénible et douloureux de la délibération. »

(Figaro, juillet 1884.)

Rognure de souffrice

(Virmaître, 1894) : Terme employé dans le peuple, pour qualifier une vieille fille publique. L’usine Souffrice a le monopole de faire des graisses avec les rognures pourries des animaux noyés qui viennent s’échouer sur les bords de la Seine (Argot du peuple). N.

Rognures de fer-blanc

(Delvau, 1867) : (V. Troupe de fer-blanc.)

Rogome

(Delvau, 1867) : s. m. Eau-de-vie, — dans l’argot du peuple. Voix de Rogome. Voix éraillée par l’ivrognerie.

Rogomier

(Delvau, 1867) : s. m. Buveur d’eau-de-vie.

Rogomiste

(Delvau, 1867) : s. m. Liquoriste.

Rogue

(d’Hautel, 1808) : Pour dire dédaigneux, fier, hautain, orgueilleux.

(Virmaître, 1894) : Se dit de quelqu’un qui a des allures hautaines, cassantes : il a l’air rogue. On trouve cette expression en Normandie. Les marchandes de harengs vous disent : il est rogué pour œuvé (Argot du peuple). N.

Roi

(d’Hautel, 1808) : Le roi n’est pas son maître. Se dit d’un homme vaniteux qui tire une grande présomption de ses succès.
Nous verrons cela avant qu’il soit trois fois les rois. Pour dire dans quelque temps d’ici.
C’est le roi des hommes. Pour dire qu’un homme a le cœur excellent.
Un manger de roi. Pour dire une chère fine et délicate, un mets délicieux.

Roide

(d’Hautel, 1808) : Roide comme une barre. Pour dire affecté, dans sa démarche et son maintien.

Roide (c’est)

(Rigaud, 1881) : C’est difficile à croire. — C’est graveleux. — C’est cher.

Vingt francs ! s’écrie le monsieur, c’est roide !

(A. Huart.)

Rôleur

(Rigaud, 1881) : « Dans toutes les sociétés, chaque compagnon, à tour de rôle, consacre une semaine à embaucher et à lever les acquits ; de plus, il convoque les assemblées, il accueille les arrivants, il accompagne les partants, en portant sur son épaule leur canne et leur paquet jusqu’au lieu de séparation. Telles sont les fonctions du rôleur. » (Almanach des métiers, 1852.)

Romagnol

(Rigaud, 1881) : Trésor caché.

(La Rue, 1894) : Trésor enfoui.

Romagnol ou romagnon

(Virmaître, 1894) : Trésor caché (Argot des voleurs).

Romagnol, ou romagnon

(Delvau, 1867) : s. m. Trésor caché, — dans l’argot des voleurs.

Romain

(Larchey, 1865) : Claqueur. — Allusion aux Romains qui applaudissaient Néron.

Sous le lustre avec les romains du parterre.

P. Borel, 1833.

Romain : fantassin. — Allusion à la forme romaine du poignard d’infanterie.

(Delvau, 1867) : s. m. Soldat d’infanterie.

(Delvau, 1867) : s. m. Applaudisseur gagé, — dans l’argot des coulisses, sans doute par allusion aux claqueurs de Néron.

(Rigaud, 1881) : Acteur de la Comédie-Française, — dans le jargon des acteurs forains du XVIIIe siècle.

Ils déclamaient… en imitant la diction emphatique et monotone des Romains.

(Ch. Magnin, Hist. des Marionnettes en France, 1862.)

Depuis, le nom de Romain a été spécialement appliqué aux claqueurs ; c’était, primitivement, mot à mot : les gens chargés d’applaudir les Romains et, par abréviation, les Romains.

(La Rue, 1894) : Applaudisseur gagé.

Romaine

(Rigaud, 1881) : Semonce ; c’est la variante de chicorée. — Aller à Rome, passer à Rome, recevoir une semonce.

(Rigaud, 1881) : Breuvage composé d’un mélange de rhum et d’orgeat.

Romains

(Virmaître, 1894) : Individus qui, moyennant un faible salaire, applaudissent les acteurs (Argot des coulisses).

(Rossignol, 1901) : Groupe d’individus qui dans les théâtres et concerts payent leur place meilleur marché pour, sous la direction d’un chef dit de claque, faire le succès des artistes. Voir Claque.

(Hayard, 1907) : Claqueurs au théâtre.

Romamichel

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Maison où logent ordinairement les saltimbanques, les bohémiens, les voleurs, etc.

(Rigaud, 1881) : Bohémien. Tribu de bohémiens. — Vagabond, coureur de grands chemins, diseur de bonne aventure et voleur à l’occasion.

Roman

(d’Hautel, 1808) : Prendre le roman par la queue. Pour dire, commencer un récit par la conclusion.

Romancier

(Delvau, 1867) : s. m. Chanteur qui a la spécialité des romances et autres « choses du cœur », — dans l’argot des cafés-concerts. Fort romancier. Premier chanteur de romances d’un café-concert. Forte romancière. Grosse femme qui chante avec efforts, et très mal, de petites choses sentimentales, très faciles à chanter.

Romancier, Romancière

(Rigaud, 1881) : Chanteur, chanteuse de romances dans les salons, dans les cafés-concerts.

Romané, romanichel

(Hayard, 1907) : Bohémien.

Romanichel

(Delvau, 1867) : s. m. Bohémien, — dans l’argot des voleurs. On dit aussi Romamitchel, Romanitchel, Romonichel et Romunichel. Suivant le colonel Harriot, « Romnichal est le nom que portent les hommes de cette race en Angleterre, en Espagne et en Bohême, et Romne-chal, Romaniche, est celui par lequel on désigne les femmes ».

Romanichels

(Larchey, 1865) : « Voleurs exploitant l’Europe entière sous les allures de marchands forains. Ils se marient entre eux, voyagent constamment et se prêtent assistance en cas d’arrestation. » — Canler.

Romanichels, romanigos

(La Rue, 1894) : Bohémiens parcourant la France et vivant de rapines.

Rombier

(Rossignol, 1901) : Vieux.

Romboiné

(Halbert, 1849) : Sou marqué.

Rome

(Halbert, 1849) : Choux.

Rompez

(Virmaître, 1894) : Allez-vous en, foutez-moi le camp. Allusion au commandement de rompez les rangs (Argot du peuple).

Rompre

(d’Hautel, 1808) : Rompre le cou à quelqu’un. Pour le ruiner, lui faire perdre sa fortune.
Rompre la glace. Faire les premiers pas dans une entreprise périlleuse, surmonter toutes les difficultés qui s’opposent à son succès.
On verra beau jeu si la corde ne rompt. Signifie que si l’on ne met ordre à une affaire, elle dégénérera en trouble et en confusion.
Il rompra tout si on ne le marie. Se dit d’un fanfaron, d’un pédant, d’un libertin.
Elle ne rompra pas de sitôt. Se dit d’une femme d’un embonpoint grossier.
Rompre les dés à quelqu’un. Le traverser dans ses projets, dans ses desseins.
À tout rompre. Pour dire tout au plus, à toute extrémité, avec transport.
Rompre la tête à quelqu’un. Faire tapage, vacarme, importuner quelqu’un par des discours bruyans.
Rompre en visière. Se brouiller avec quelqu’un, sans sujet, lui dire à propos de rien des choses offensantes.
Rompre la paille. Rompre tout commerce d’amitié avec quelqu’un.
Avoir les bras rompus. Pour dire être découragé, ne pas travailler avec ardeur à un ouvrage ; être lâche et paresseux.

Ronceuse

(Rossignol, 1901) : Femme qui se fâche pour peu de chose et qu’on ne sait par quel bout prendre. Ce mot vient des ébénistes, pour faire allusion au morceau de bois où il y a une ronce qui est sans fil, et qu’on ne sait par quel bout travailler.

Ronchon

(Rigaud, 1881) : Grogneur.

Ronchonner

(Delvau, 1867) : v. n. Être grognon, maussade ; bougonner, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Grogner ; murmurer.

(Boutmy, 1883) : v. intr. Murmurer, grommeler ; synonyme de gourgousser et de renauder.

(Virmaître, 1894) : Père ronchon qui trouve à redire à tout. Le colonel Ronchonot est célèbre depuis quelques années (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Individu qui trouve à redire à tout.

(Hayard, 1907) : Marronner.

Ronchonneur

(Boutmy, 1883) : s. m. Celui qui ronchonne.

(Rossignol, 1901) : Celui qui ronchonne.

Rond

(d’Hautel, 1808) : Le rond. Pour dire, le postérieur ; le cadet, le derrière.

(d’Hautel, 1808) : Il est bien rond. Pour dire, il a le ventre bien rempli, il a bien bu et bien mangé.
Cet homme est tout rond. Pour dire, franc, loyal, sans détours, sans artifice.

(anon., 1827) : Un sou.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Sou (cinq centimes).

(Bras-de-Fer, 1829) : Un sou.

(un détenu, 1846) : Argent, sou.

(Halbert, 1849) : Un sou.

(Larchey, 1865) : Saoul.

Descendant d’la guinguette, Un soir que j’étais rond.

Les Amours de Jeannette, chanson, 1813.

(Larchey, 1865) : Sou. — Le sou est rond. — V. Balle, Roue.

Aboule tes vingt ronds, bêta !

Montépin.

(Delvau, 1867) : s. m. Sou, pièce de monnaie, — dans l’argot des voyous. On dit aussi Rotin.

(Delvau, 1867) : adj. Ivre, — dans l’argot des faubouriens. Rond comme une futaille. Ivre mort. On dit aussi Rond comme une pomme.

(Rigaud, 1881) : Pièce d’un sou. — Pas le rond, pas le sou. — Tourner rond, ne plus avoir d’argent.

(Rigaud, 1881) : Ivre. — Rond comme balle, repu.

(La Rue, 1894) : Ivre. Un sou.

(Rossignol, 1901) : Sou.

(Rossignol, 1901) : Saoul.

Rond (avoir le)

(Merlin, 1888) : Avoir de l’argent, — rond est pris pour pièce de monnaie.

Rond (faire)

(Rigaud, 1881) : Dessiner mou, sans vigueur, — dans le jargon des peintres.

Rond (un)

(M.D., 1844) : Un sous.

Rond comme une boule

(Virmaître, 1894) : Être pochard à rouler par terre (Argot du peuple). N.

Rond de cuir

(Fustier, 1889) : Vieil employé. Fonctionnaire inintelligent. S’endormir sur son rond de cuir, ne pas faire son chemin.

(Rossignol, 1901) : Employé de bureau dont le travail consiste à toujours être assis.

Rond-de-cuir

(Virmaître, 1894) : Employé de bureau. Allusion au rond de cuir ou de caoutchouc que les employés mettent sur leurs chaises pour économiser leur fond de culotte (Argot du peuple).

Rond, pied de nez

(Clémens, 1840) : Sol.

Rondache

(Halbert, 1849) : Alliance.

Ronde

(d’Hautel, 1808) : À la ronde, mon père en aura. Pour, chacun à son tour, point de cérémonies. Se dit quand quelqu’un refuse par politesse dans une distribution la part qu’on lui présente, et qu’il l’offre à son voisin.

Ronde Bosse

(Delvau, 1867) : adj. Hardi, audacieux, frisant l’immoralité, — dans l’argot des gens de lettres, qui consacrent ainsi le souvenir de l’Aristide Froissard de Léon Gozlan.

Ronde des gueux

(Fustier, 1889) : « La police, en son argot pittoresque, appelle ronde des gueux le voyage circulaire qu’accomplissent autour de la capitale, en bande organisée, les sans-logis de la banlieue. »

(National, janvier 1888.)

Rondelet

(Delvau, 1867) : s. m. Sein, — dans l’argot des voleurs. On dit aussi Rondin.

Rondelets

(anon., 1827) : Tétons.

(Bras-de-Fer, 1829) : Tétons.

(Halbert, 1849) : Mamelles.

Rondier

(Fustier, 1889) : Surveillant. Il fait des rondes. Argot du bagne.

Rondin

(anon., 1827) : M.

(Bras-de-Fer, 1829) : M…..

(Delvau, 1867) : s. m. Stercus (V. étron) — dans l’argot du peuple.

(Delvau, 1867) : s. m. Bâton, gourdin.

(Rigaud, 1881) : Résultat d’une visite aux cabinets inodores.

Rondin jaune

(Delvau, 1867) : s. m. Pièce d’or, — dans l’argot des voleurs. Rondin jaune servi. Or volé, caché par son voleur.

(Rigaud, 1881) : Pièce d’or.

(Virmaître, 1894) : Pièce de vingt francs. Allusion à la forme ronde (Argot des voleurs).

Rondine

(un détenu, 1846) : Bague.

(Halbert, 1849) : Boule, canne.

(Larchey, 1865) : Bague. — Même allusion. V. Vague.

(Delvau, 1867) : s. f. Bague, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Bague. — Canne.

(La Rue, 1894) : Bague. Canoë. Rondiner, battre à coups de bâton.

Rondiner

(d’Hautel, 1808) : Battre quelqu’un avec un rondin, lui donner des coups de bâton.

(Larchey, 1865) : Battre à coups de bâton. — Mot à mot : de rondin.

Qu’il est doux de pouvoir rondiner un ingrat.

Le Rapatriage, parade du dix-huitième siècle.

(Delvau, 1867) : v. a. Boutonner, — dans le même argot [des voleurs].

(Delvau, 1867) : v. n. Dépenser de l’argent, des ronds, — dans l’argot des voyous. On dit aussi Se dérondiner.

(Delvau, 1867) : v. a. Battre à coups de bâton, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Sacrifier à Domange.

Rondiner des yeux

(Larchey, 1865) : Faire les yeux ronds à quelqu’un.

(Delvau, 1867) : v. n. Faire les gros yeux.

Rondines

(Clémens, 1840) : Des bagnes.

Rondinet

(Halbert, 1849) : Bague.

Rondins

(Virmaître, 1894) : Les seins… quand ils sont ronds (Argot du peuple) V. Capitonnée.

Rondouillard

(Virmaître, 1894) : Plus que beau. Dans le peuple on dit d’une femme qui possède des qualités surprenantes :
— Elle est rondouillarde.
Quand elle est boulotte, ronde, on dit également par allusion à la forme :
— Elle est rondouillarde (Argot du peuple). N.

Ronflan

(Virmaître, 1894) : C’est ronflan, beau, bien, chouette, tapé (Argot du peuple). N.

Ronflant

(Rigaud, 1881) : Bien mis. — Gonse ronflant, homme bien mis. — Gonzesse ronflante, femme bien mise. — Dégringoler un ronflant, voler un homme bien mis.

(Rigaud, 1881) : Poêle, calorifère.

(La Rue, 1894) : Bien mis.

(Rossignol, 1901) : Beau, bien. Il est bien habillé, il est ronflant.

(Hayard, 1907) : Beau, bien, agréable.

Ronfle

(La Rue, 1894) : Prostituée.

Ronfler

(d’Hautel, 1808) : Entendre ronfler le canon. Pour dire entendre le bruit du canon.

(M.D., 1844) : Réussite complète.

(Rigaud, 1881) : C’est appuyer dans la déclamation fortement sur les R, surtout quand ces lettres sont redoublées. Frenoy et Tautin étaient des ronfleurs de premier ordre. — Ronfler a pour synonyme, faire la roue. (Petit dict. des coulisses.)

Ronfler à cri

(Halbert, 1849) : Feindre de dormir.

Ronfler du bourrelet

(Delvau, 1867) : v. n. Crepitare, ou alvum deponere, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Faire ronfler le bourrelet.

(Virmaître, 1894) : Péter longuement. Le Pétomane célèbre chantait du bourrelet (Argot du peuple).

Ronfler Thomas (faire)

(Rigaud, 1881) : Faire à la selle avec fracas. — Variantes : Ronfler du bourrelet, faire ronfler le bourrelet.

Ronger

(d’Hautel, 1808) : Rongé de misère. Pour dire, dénué de tout, tombé dans la plus cruelle indigence. Voyez Frein. Os.

Rongeur

(Fustier, 1889) : Voiture de place prise à l’heure.

Ronronner

(Delvau, 1867) : v. n. Faire le joli-cœur auprès d’une femme, — dans l’argot des ouvriers.

(Delvau, 1867) : v. n. Écrire de petits articles qui ne produisent qu’un bien petit bruit. Argot des gens de lettres.

Roquet

(d’Hautel, 1808) : Terme injurieux et de mépris que l’on donne à un petit homme foible, sans moyens, et qui est fort insolent.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme de petite taille, et, à cause de cela, hargneux. Argot du peuple.

Roquille

(Rigaud, 1881) : Demi-setier, alias polichinelle.

Rose

(d’Hautel, 1808) : C’est la plus belle rose de son chapeau. Se dit du plus grand honneur, du plus grand avantage qu’ait une personne.

(Delvau, 1864) : La nature de la femme.

Tu n’auras pas ma rose,
Car tu la flétrirais.

Béranger.

Là, sous l’albâtre on voit naitre l’ébène,
Et sont l’ébène une rose s’ouvrir.

Parny.

Ma fille, avant d’cèder ta rose,
Retiens bien ce précepte-là.

E. Debraux.

Rose des vents

(Delvau, 1867) : s. f. Le podex, — dans l’argot facétieux des faubouriens.

Rosée céleste, divine, etc

(Delvau, 1864) : Décharge de la liqueur balsamique, que les gens qui n’attendent rien du ciel appellent tout bonnement : — du foutre.

Mon amie, reçoit encore cette preuve de non amour. Gamiani, excitez-moi, que j’inonde cette jeune fille de la rosée céleste.

A. de M.

Notre adorable conquérant fait des siennes à toute outrance et darde la rosée de vie sans le moindre ménagement.

A. de Nerciat.

Et le détestable Fa-tutto a fait pleuvoir dans mon sein la rosée du crime.

Voltaire.

Rosette

(Delvau, 1864) : Petite rose de chair qui se trouve à l’entrée de l’anus et qui en est pour ainsi dire le pucelage, car les pédérastes passifs ne l’ont plus (d’où les pédérastes actifs sont appelés chevaliers de la rosette).

Travaille bien, prend ta lichette,
La lichette donne du cœur ;
Et s’il le faut, tends ta rosette,
Cela te portera bonheur.

A. Dumoulin.

Rosière

(Rigaud, 1881) : Ouvrière fleuriste qui fait spécialement les roses.

Rosière de Saint-Laze

(Rigaud, 1881) : Fille de joie. Mot à mot : rosière de Saint-Lazare.

Rossaille

(Rigaud, 1881) : Rosse, mauvais cheval, — dans le jargon des maquignons.

Rossard

(Delvau, 1867) : adj. et s. Mauvais compagnon.

(Virmaître, 1894) : De rosse, dur. cruel (Argot du troupier).

Rosse

(d’Hautel, 1808) : Une vieille rosse. Haridelle, mauvais cheval, ce terme est fort injurieux quand on l’applique à l’espèce humaine.

(Delvau, 1867) : adj. des deux g. Homme sans consistance, femme sans pudeur. Il n’est rien rosse ! Se dit pour : Est-il canaille !

(La Rue, 1894) : Fainéant, canaille. Rossée, volée de coups.

Rosse, rossard

(Larchey, 1865) : Homme mou, lâche.

Quell’rosse qu’tu fais ! T’es mon ami tout d’même.

Protat.

Rosse, Rossard

(Rigaud, 1881) : Fainéant, propre à rien.

Rossée

(Larchey, 1865) : Grêle de coups.

(Delvau, 1867) : s. f. Coups donnés ou reçus.

Rosser

(Delvau, 1867) : v. a. Frapper, battre, étriller à coups de poing ou de bâton.

Rossignante

(Halbert, 1849) : Flûte.

(Delvau, 1867) : s. f. Flûte, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Flûte, — dans l’ancien argot.

(La Rue, 1894) : Flûte.

(Virmaître, 1894) : Flûte (Argot des voleurs).

Rossignol

(d’Hautel, 1808) : Rossignol à gland. Pour dire un pourceau, un cochon.
Rossignol d’Arcadie. Et plus souvent roussin d’Arcadie, un âne.

(Halbert, 1849) : Haut-bois. On appelle ainsi un outil d’un casseur de porte.

(Delvau, 1864) : Le membre viril.

Aussitôt qu’elle eut aperçu
Le rossignol que tenait Catherine.

La Fontaine.

(Larchey, 1865) : « Ce sobriquet de rossignol était donné par les libraires aux ouvrages qui restent perchés sur les casiers dans les profondes solitudes de leur magasin. » — Balzac. — Les marchands de nouveautés donnent le même nom aux étoffes passées de mode.

(Larchey, 1865) : Fausse clé.

Après, j’ne manquerai pas de raisons Pour rossignoler les maisons.

Festeau, 1832.

(Delvau, 1867) : s. f. Fausse clé, — dans le même argot [des voleurs].

(Delvau, 1867) : s. m. Livre qui ne se vend pas, — dans l’argot des libraires. Marchandise qui n’est pas de bonne défaite, — dans l’argot des boutiquiers.

(Rigaud, 1881) : Marchandise défraîchie, passée de mode.

(La Rue, 1894) : Fausse clé. Marchandise démodée et depuis longtemps en magasin.

(Virmaître, 1894) : Marchandises défraîchies ou hors de saison. Dans les magasins, les commis qui écoulent les rossignols touchent une prime qui se nomme la guelte (Argot des bourgeois).

(Virmaître, 1894) : Fausse clef (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Fonds de magasin, marchandises défraîchies.

(Hayard, 1907) : Fausse clef.

(Hayard, 1907) : Marchandise défraîchie.

Rossignol à gland

(Virmaître, 1894) : Un cochon. Quand un individu a la manie, dans une société, de vouloir toujours chanter, et qu’il le fait comme une crécelle, on lui dit :
— Ah ! ferme ta boîte, tu chantes comme un rossignol à gland (Argot du peuple). N.

Rossignol d’Arcadie

(Delvau, 1867) : s. m. Âne, — dans l’argot des académiciens, à qui le mot propre répugne tant. Ils disent aussi « Le patient animal qui…, » etc.

Rossignoler

(anon., 1827) : Chanter.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Chanter.

(Bras-de-Fer, 1829) : Chanter.

Rossignoliser

(Fustier, 1889) : Vendre des objets défraîchis, sans valeur, des rossignols.

Rossignols

(Rossignol, 1901) : Fausses clés.

Rosto

(Rigaud, 1881) : Appareil à gaz, bec de gaz, — dans l’argot des polytechniciens, en souvenir du général Rostolan qui a fait installer le gaz à l’école.

Rot

(d’Hautel, 1808) : Incongruité ; vent qui sort par la bouche avec bruit.
Du rôt de chien. Pour dire des coups de bâton.

Roter

(Rigaud, 1881) : Être étonné. J’en rote, — dans l’argot du régiment.

Roteur

(Rigaud, 1881) : Basse-taille, basse-chantante, — dans le jargon du théâtre. — Chanter les roteurs.

Rothomago ou Thomas

(Rigaud, 1881) : Petit bonhomme en bois dont se servent les diseurs de bonne aventure pour prédire l’avenir aux badauds.

On place le magot dans une carafe à moitié pleine d’eau. Suivant qu’on pose ou retire le doigt, il monte ou descend. Monsieur Rrho… Rrho… Rrho… tomago va nous dire qui vous êtes.

(J. Vallès, Le Bachelier géant.)

Rôti

(d’Hautel, 1808) : Toujours du bouilli, jamais de rôti. Exclamation basse et triviale, qui marque le mécontentement, le déplaisir que l’on éprouve de rester toujours dans la même condition, de voir continuellement les mêmes objets ; de vivre avec les mêmes personnes. Voyez Bouilli.

Rôti (s’endormir sur le)

(Rigaud, 1881) : Ne pas achever un ouvrage, en prendre à son aise. — Ne pas s’endormir sur le rôti, travailler avec assiduité. — Surveiller quelqu’un ou quelque chose avec soin.

Rôtie

(d’Hautel, 1808) : Faire des rôties. Manger ou boire abondamment et avec avidité.

Rotin

(Larchey, 1865) : Sou. — Diminutif de rond.

Si par hasard ils se lâchent d’un déjeuner de vingt-cinq rotins.

Lynol.

(Delvau, 1867) : s. m. Pièce de cinq centimes, sou, — dans l’argot des ouvriers. C’est sans doute une contrefaçon ironique du radis, — à cause de l’éructation.

(Rigaud, 1881) : Sou. Pas un rotin dans le porte-morningue, pas un sou dans le porte-monnaie.

Six mille francs, pas un rotin de plus.

(Hennique, La Dévouée.)

(La Rue, 1894) : Un sou.

(Virmaître, 1894) : Sou.
— Je suis à fond de cale, pas un rotin (Argot du peuple).

(Hayard, 1907) : Sou.

Rôtir

(d’Hautel, 1808) : Un feu à rôtir un bœuf. Feu vif, très ardent.

Rôtir le balai

(Delvau, 1867) : v. a. Mener une vie obscure et misérable, — dans l’argot du peuple. Avoir rôti le balai. Se dit d’une fille qui a eu de nombreuses aventures galantes, par allusion aux chevauchées sabbatiques des sorcières.

Rotondité

(d’Hautel, 1808) : Une bonne rotondité. Se dit par plaisanterie d’un homme qui a beaucoup d’embonpoint ; qui a un ventre bien conditionné, une bonne panse.

Rototo

(Delvau, 1867) : s. m. Coups de bâton, de rotin, — dans l’argot des faubouriens. Coller du rototo. Battre quelqu’un.

Rototo !

(Delvau, 1867) : Exclamation de refus ou de mépris.

Rouatre

(anon., 1827) : Du lard.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Lard, porc salé.

(Bras-de-Fer, 1829) : Lard.

(Halbert, 1849) : Lard.

(Delvau, 1867) : s. m. Lard, — dans l’argot des voleurs.

Rouatré

(Halbert, 1849) : Lardé.

Roubignole

(Delvau, 1867) : s. f. Petite boule de liège dont se servent certains voleurs pour faire des dupes. (Voy. Cocangeur.)

(Virmaître, 1894) : Petite boule de liège dont les roubignoleurs se servent pour le jeu de cocange, jeu qui vole les paysans dans les foires (Argot des voleurs).

Roubignoleur

(Delvau, 1867) : s. m. Voleur qui a de la Roubignole et des Cocanges, et, par extension, Homme madré. Argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Floueur ; malin, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Floueur. Voleur à la roubignole.

Roubignolles

(Virmaître, 1894) : V. Sœurs.

(Rossignol, 1901) : Voir roupettes.

Roubion

(Rigaud, 1881) : Fille de joie d’une laideur repoussante, — dans le jargon des filles.

(La Rue, 1894) : Basse prostituée.

(Virmaître, 1894) : Fille publique laide comme les sept péchés capitaux (Argot des souteneurs).

Roublage

(Rigaud, 1881) : Témoignage. — Roublage à la manque, faux témoignage. — Roubler à la manque, faire un faux témoignage. — Roubleur à la manque, faux témoin.

Roublard

(Delvau, 1864) : Libertin qui connaît toutes les ruses féminines et qui, des deux rôles que les hommes jouent avec les filles, celui de miché et celui de maquereau, celui de jobard et celui d’écornifleur, préfèrerait encore le dernier au premier.

Ça me rappellera, à moi, vieux roublard, le temps où je l’avais encore, où j’étais si godiche avec le sexe.

Lemercier de Neuville.

(Larchey, 1865) : Richard. — Mot à mot : homme à roubles. — S’il faut en croire le Figaro du 27 novembre 1858, on appelle aussi roublart un chevalier d’industrie extorquant des directeurs de jeux une somme qui lui permette de regagner son pays, après une perte dont il exagère la valeur.

(Delvau, 1867) : adj. Laid, défectueux, pauvre, — dans l’argot des voleurs.

(Delvau, 1867) : adj. et s. Rusé, adroit, qui a vécu, qui a de l’expérience, — dans l’argot des faubouriens. Si ce mot vient de quelque part, c’est du XVe siècle et de ribleux, qui signifiait Homme de mauvaise vie, vagabond, coureur d’aventures.

(Rigaud, 1881) : Laid, défectueux. — Blasé, malin. — Agent de police, — dans le jargon des voleurs. — Riche, c’est-à-dire homme aux roubles, — dans le jargon des demoiselles de Mabille.

(La Rue, 1894) : Laid, défectueux. Rusé, malin. Riche, heureux. Agent de police.

(Virmaître, 1894) : Les voleurs disent d’un homme affreusement laid qu’il est un roublard. A. D. Ce n’est pas le vrai sens aujourd’hui. Roublard veut dire malin, fin comme un renard. Un homme qui sait habilement se tirer d’un mauvais pas est un roublard. Roublard : homme qui cache soigneusement sa pensée, qui est pétri de roublardise (Argot du peuple). N.

(Hayard, 1907) : Rusé, malin et sans scrupule.

Roublard, Roublarde

(Rigaud, 1881) : Heureux, heureuse.

Roublarderie

(un détenu, 1846) : Pauvreté, misère, détresse.

(Delvau, 1867) : s. f. Ruse, astuce, expérience de l’homme qui a vécu et qui remplace l’argent qu’il n’a pas par l’ingéniosité qu’il aura jusqu’au bout de son rouleau. Signifie aussi : Pauvreté, gêne, misère.

Roublardise

(Rigaud, 1881) : Malice, coquinerie, astuce. — Pour la roublardise, elle n’a pas sa pareille.

Roubler

(Rigaud, 1881) : Se plaindre, — dans le jargon des voleurs.

Roubleur

(un détenu, 1846) : Délateur.

(La Rue, 1894) : Témoin. Roublage, témoignage.

Rouchi

(Larchey, 1865) : Personne méprisable.

Veux-tu te cacher, vilain rouchi. Tu reviendras quand tu seras blanchi.

1844. Catalogue poissard.

Du vieux mot rouchi : mauvais cheval. V. Roquefort.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme sans morale et sans honnêteté, voyou, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Gredin ; homme de rien.

(La Rue, 1894) : Gredin. Rouchie, vile prostituée.

(Virmaître, 1894) : Homme sans conscience, pour qui le Code est un bréviaire. Terme méprisant très en usage (Argot du peuple).

Rouchie

(Delvau, 1864) : Femme de mauvaise vie.

Depuis, de Pinolie
Ma femme, Pincecul a fait une rouchie.

L. Protat.

(Delvau, 1867) : s. f. Fille ou femme de mauvaise vie.

(Rigaud, 1881) : Sale femme, sale prostituée ; vaurienne.

(Virmaître, 1894) : Femme avachie, usée. Vient de mauvais cheval : rouchi. Quand une fille est trop vieille, qu’elle a rendu trop de services à l’humanité souffrante, qu’elle ne rue plus dans les brancards, c’est une rouchie (Argot des souteneurs).

(Rossignol, 1901) : Elle est tellement rouchie que si les rues étaient pavées d’asperges, elle marcherait tout le temps sur le derrière.

Roucoucou

(Delvau, 1867) : s. m. Lapin mort-né, — dans l’argot des chiffonniers et de leurs gargotiers.

Roucouler

(d’Hautel, 1808) : Pour, chanter, faire des roulades ; se dit par raillerie de quelqu’un qui a la voix rauque et une mauvaise méthode de chant.

Roue

(d’Hautel, 1808) : Pousser à la roue. Exciter, porter quelqu’un à une action hardie ; ou l’aider, le secourir dans une entreprise difficile.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Écu. Roue de derrière, écu de six francs ; roue de devant, écu de trois francs.

(Delvau, 1867) : s. f. Juge d’instruction, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Juge d’instruction.

(La Rue, 1894) : Juge d’instruction.

Roué

(d’Hautel, 1808) : Un roué. Au propre, celui qui a subi le supplice de la roue ; figurément, Lovelace, libertin rusé et adroit qui fait la terreur des mères et le déshonneur des filles qui ont la foiblesse de se laisser entraîner à ses perfides discours.

(Larchey, 1865) : Juge d’instruction (Vidocq) — Il doit l’être.

Roue (être à la)

(Virmaître, 1894) : Malin, roublard (Argot du peuple). N.

(Hayard, 1907) : Être à la coule.

Roue de derière

(M.D., 1844) : Pièce de cinq fr.

Roue de derrière

(Delvau, 1867) : s. f. Pièce de cinq francs en argent, — dans l’argot des cochers, qui emploient cette expression depuis longtemps, puisqu’on la trouve dans les Œuvres badines du comte de Caylus. Les Anglais ont la même expression : A hind-coach-wheel, disent-ils à propos d’une pièce de cinq shillings (une couronne).

(Rigaud, 1881) : Pièce de cinq francs en argent.

Mets tes lunettes, mon vieux, c’est une roue de derrière.

(X. de Montépin, Le Fiacre no 13.)

(La Rue, 1894) : Pièce de cinq francs. Roue de devant, pièce de deux francs.

(Virmaître, 1894) : Pièce de cinq francs en argent. Quand on n’en possède qu’une, la voilure va cahin-caha, mais, quand il y en a plusieurs, on roule vivement (Argot du peuple).

(Hayard, 1907) : Pièce de cinq francs.

Roue de derrière, de devant

(Larchey, 1865) : « Pièces de cinq, deux francs. » — Vidocq, 1837. — Allusion au diamètre respectif des roues de voiture.

Roues de derrière… expression des cochers pour dire pièces de cinq francs.

Cabarets de Paris, 1821.

Je peux solir pour une roue de derrière ce qui m’a coûté cinquante ronds, c’est-à-dire vendre pour six francs ce qui m’a coûté cinquante sous.

Avent. de J. Sharp, 1789.

Roue de devant

(M.D., 1844) : Pièce de deux.

(Delvau, 1867) : s. f. Pièce de deux francs. Les Anglais disent A fore-coach-wheel pour une demi-couronne.

(Rigaud, 1881) : Pièce de quarante sous.

Rouen

(Halbert, 1849) : Officier de gendarmerie.

(La Rue, 1894) : Officier de gendarmerie. Aller à Rouen, aller à sa perte.

Rouen (aller à)

(Rigaud, 1881) : Être sifflé, — dans le jargon des comédiens. — Courir à sa ruine. — Manquer une vente, — dans le jargon des commis de la nouveauté.

Rouen (faire un)

(Fustier, 1889) : Argot des commis de nouveauté. Id est faire l’article à un client qui part sans acheter ; le Rouen c’est le client.

Ça paraît vouloir s’allumer un peu, dit Hutin à Favier ; je n’ai pas de chance, il y a des jours de guignon, ma parole. Je viens encore de faire un Rouen ; cette tuile ne m’a rien acheté.

(Zola : Au bonheur des Dames.)

Rouer

(d’Hautel, 1808) : Rouer quelqu’un de coups. Le battre excessivement ; le maltraiter d’une manière affreuse.

Rouet

(d’Hautel, 1808) : Mettre quelqu’un au rouet. Le déconcerter ; le réduire à ne savoir plus que dire.

Rouffion

(Delvau, 1867) : s. m. Dernier employé du magasin, — dans l’argot des calicots. On dit Mousse.

(Rigaud, 1881) : Commis de magasin de nouveautés, chargé d’aller aux rassortiments. — Rouffionne, jeune fille qui remplît le même emploi.

(La Rue, 1894) : Dernier commis du magasin.

Rouffle

(Delvau, 1867) : s. f. Coup de poing ou coup de pied, — dans l’argot des voleurs.

Roufflé

(Virmaître, 1894) : Battre un individu à coups de pieds et à coups de poings.
— Je vais te foutre une bath roufflé (Argot des voleurs).

Roufflée

(La Rue, 1894) : Volée de coups de poing.

Roufier

(anon., 1827) : Soldat.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Soldat.

(Bras-de-Fer, 1829) : Soldat.

Rouflaquette

(Rigaud, 1881) : Mèche de cheveux collée aux tempes ; accroche-cœurs ; coiffure distinctive des rôdeurs debarrière, des souteneurs de filles.

Sous des casquettes de soie, sortaient des mèches collées sur les tempes, qu’ils appelaient rouflaquettes.

(Vicomte Richard, Les Femmes des autres.)

(Fustier, 1889) : Souteneur de bas étage.

(La Rue, 1894) : Accroche-cœurs. Souteneur.

Rouflaquettes

(Rossignol, 1901) : Mèches de cheveux ramenées sur les tempes. Voir Guiches.

Roufle

(La Rue, 1894) : Coup.

Rouflée

(Rigaud, 1881) : Volée soignée, — dans le jargon des soldats. — Recevoir une rouflée que le poste en prendrait les armes.

Rouge

(d’Hautel, 1808) : Un rouge. Pour dire, un homme dont les cheveux, les sourcils et les paupières sont roux. C’est roux qu’il faut dire, pour éviter un solécisme.
Rouge comme un coq, comme une écrevisse, comme du feu. Se dit d’une personne qui rougit facilement, ou qui est très-haute en couleur.
Méchant comme un âne rouge. Se dit d’un enfant mutin, capricieux, et très difficile à conduire.

(Larchey, 1865) : Révolutionnaire acceptant le drapeau rouge.

(Delvau, 1867) : s. m. Républicain, — dans l’argot des bourgeois.

(La Rue, 1894) : Sang.

Rouge (faire tomber le)

(Rigaud, 1881) : Avoir l’haleine forte.

Rouge (faire)

(Rigaud, 1881) : Répandre du sang, — dans le jargon des voleurs. — Avoir ses menstrues, — dans celui des voyous.

Rouge de boudin (c’est)

(Rigaud, 1881) : Les affaires vont mal, la situation est mauvaise, — dans le jargon des voleurs. Le rouge de boudin tire sur le noir. C’est pour le voleur les tempora nubila.

Rougeaud

(d’Hautel, 1808) : Un gros rougeaud, une grosse rougeaude. Homme et femme qui ont le teint vermeil et fort animé.

Rougemont (pive, pivois de)

(Rigaud, 1881) : Vin rouge.

Rouget

(d’Hautel, 1808) : Un rouget. On appelle ainsi parmi le peuple, un homme dont les cheveux et les sourcils sont roux.

(Larchey, 1865) : Cuivre. (Vidocq). C’est le cuivre rouge. Le cuivre jaune est le paillon.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme à barbe rouge ou à cheveux d’un blond ardent.

(Delvau, 1867) : s. m. Cuivre volé.

(Rigaud, 1881) : Cuivre, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Cuivre.

(Virmaître, 1894) : Cuivre (Argot des voleurs).

(Hayard, 1907) : Cuivre.

Rougets

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Les menses des femmes, — dans l’argot du peuple, à qui le seigneur de Cholières n’a pas craint d’emprunter cette expression pour un de ses Contes.

(Rigaud, 1881) : Menstrues.

La femme qui a les rougets.

(Cliollières, Contes.)

Rougoule

(Rigaud, 1881) : Vol au change, vol au rendez-moi. C’est une altération de rigole, rigolo, drôle, amusant. Ce genre de vol divertit fort les voleurs, qui pensent à la figure de leurs dupes.

Rouillarde

(anon., 1827) : Bouteille.

(Bras-de-Fer, 1829) : Bouteille.

(Clémens, 1840) : Bouteille.

(Halbert, 1849) : Bouteille.

(Larchey, 1865) : Bouteille (Vidocq). — Mot à mot : chose qui se roule.

(Delvau, 1867) : s. f. Bouteille, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Blouse, — dans le jargon des voyous.

(La Rue, 1894) : Bouteille de vieux vin. Blouse.

(Virmaître, 1894) : Blouse. On sait que la blouse est le vêtement favori des rouliers, de là l’expression rouillarde. Les voleurs disent souillaude (Argot des voleurs). N.

(Rossignol, 1901) : Argent. On nomme aussi rouillarde une blouse bleue garnie de boutons et piqûres blanches sur les épaules, que portaient dans le temps les rouliers.

(Hayard, 1907) : Bouteille de bon vin.

Rouillarde, Rouille

(Rigaud, 1881) : Bouteille de vin cacheté ; bouteille de derrière les fagots.

Rouiller (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Vieillir, — dans l’argot du peuple.

Rouin

(anon., 1827) : Prévôt.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Prévôt.

(Bras-de-Fer, 1829) : Prévôt.

Roulade

(d’Hautel, 1808) : Faire une roulade. Pour dire débouler, rouler du haut en bas.

Roulance

(d’Hautel, 1808) : Terme particulier au jargon typographique ; c’est un bruit que les compositeurs font sur les casses avec leurs composteurs, et les imprimeurs avec leurs broyons, pour annoncer qu’ils ont eu l’intention de se jouer de quelqu’un, et qu’ils y ont réussi. Une roulance exécutée dans une imprimerie nombreuse, produit un charivari, un tintamarre dont on ne peut se faire une juste idée.

(Larchey, 1865) : « Roulement général que font les ouvriers typographes à coups de composteurs sur leurs casses, à la rentrée d’un confrère qu’ils viennent de mystifier. »

Ladimir.

(Delvau, 1867) : s. f. Bruit de pieds, ou de marteaux, ou de composteurs, que font entendre les typographes pour accueillir quelqu’un à son entrée dans l’atelier. Donner une roulance. Faire ce bruit, qui est tantôt une moquerie, tantôt une marque de sympathie.

(Rigaud, 1881) : Roulement produit à l’aide des pieds et des composteurs, lorsque, dans une imprimerie, les typographes éprouvent le besoin d’égayer la situation. C’est une manière de battre aux champs à l’entrée de quelqu’un qu’on veut fêter ou de quelqu’un dont on veut se moquer.

(Boutmy, 1883) : s. f. Tapage assourdissant que les ouvriers d’un atelier font tous ensemble en frappant avec leurs composteurs sur leur galée ou sur les compartiments qui divisent les casses en cassetins, sur les taquoirs avec les marteaux, en même temps qu’ils frappent le sol avec les pieds. Quand un sarrasin pénètre dans une galerie, quand un compositeur est vu d’un mauvais œil, qu’il est ridicule, ou ivre, qu’il a émis une idée baroque et inacceptable, en un mot quand quelqu’un ou quelque chose leur déplaît, MM. les typographes le manifestent bruyamment par une roulance. Les roulances ne respectent rien : les protes, les patrons eux-mêmes, n’en sont pas à l’abri.

(Virmaître, 1894) : Quand une équipe de compositeurs typographes est mécontente, ses membres le manifestent en frappant tous à la fois la casse avec un outil quelconque ; le bruit produit une sorte de roulement, de là, roulance (Argot d’imprimerie).

Roulant

(d’Hautel, 1808) : Un roulant. Pour dire une voiture, un carosse, un équipage.
Avoir un roulant. Pour dire avoir voiture, équipage.

(Halbert, 1849) : Pois.

(Delvau, 1867) : s. m. Fiacre, — dans l’argot des voyous. Roulant vif. Chemin de fer.

(Rigaud, 1881) : Marchand d’habits ambulant.

(La Rue, 1894) : Fiacre. Petit-pois. Chineur vendant à domicile des étoffes volées. Roulante, voiture. Tambour.

Roulant vif

(Larchey, 1865) : « La science change la face de la civilisation par le chemin de fer, l’argot l’a déjà nommé le roulant vif. »

Balzac.

V. Chineur.

(Rigaud, 1881) : Chemin de fer.

(La Rue, 1894) : Chemin de fer.

Roulant, roulotte

(Larchey, 1865) : Voiture. V. d’Hautel, 1808. — V. Garçon.

Tout ce maquillage ne te fera pas démarger en roulotte (Aller en voiture).

Paillet.

Roulante

(Halbert, 1849) : Charrette.

(Rigaud, 1881) : Voiture. Tout ce qui roule, depuis la voiture à bras jusqu’au tramway, est une roulante pour le peuple.

(Fustier, 1889) : Fille publique. On dit plus communément rouleuse.

Roulante, roulasse, roule use, roulure

(La Rue, 1894) : Basse prostituée.

Roulants

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Pois, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Pois.

Roulée

(Delvau, 1867) : s. f. Coups donnés ou reçus, — dans l’argot des faubouriens. Éreintement, — dans l’argot des gens de lettres.

Roulement (du)

(Rigaud, 1881) : De la vigueur, de l’ardeur à l’ouvrage. — Allons-y, mes enfants, et du roulement.

Rouler

(d’Hautel, 1808) : Si l’argent est rond, c’est pour mieux rouler. Manière d’excuser de folles dépenses, des prodigalités.
Rouler dur. Pour dire travailler fort, avec ardeur, avec zèle.
Rouler quelqu’un. Lui donner une roulance, se moquer de lui ; terme typographique.
Si cela continue il roulera bientôt voiture. Se dit d’une personne dont la fortune augmente chaque jour ; et souvent dans un sens tout à fait opposé.
Rouler carosse. Pour dire être fort riche, avoir un équipage, des chevaux à ses ordres.
Rouler sur l’or, sur l’argent. Pour dire être très-fortuné, avoir des coffres inépuisables.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Aller d’un lieu à un autre, se promener.

(Larchey, 1865) : Battre, vaincre. — Mot à mot : rouler à terre.

Enfin je suis seul contre le gouvernement avec son tas de tribunaux et je les roule.

Balzac.

Roulée : Vigoureuse correction.

(Larchey, 1865) : Voyager. — Roulier est classique.

(Delvau, 1867) : v. a. Battre quelqu’un. Signifie aussi : Tromper, agir malignement.

(Delvau, 1867) : v. n. Aller bien comme santé ou comme commerce. Ne s’emploie guère qu’à la troisième personne de l’indicatif présent : cela roule. C’est l’équivalent de : Cela boulotte.

(Delvau, 1867) : v. a. Se moquer, lutter d’esprit et d’impertinences, — dans l’argot des gens de lettres. Se faire rouler. Avoir le dessous dans une affaire, dans une discussion.

(Delvau, 1867) : v. n. Vagabonder, voyager, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Rouler sa bosse.

(Rigaud, 1881) : Vagabonder. — Tromper grossièrement.

On ne le roule plus aujourd’hui ; il n’est plus votre dupe, vous êtes sa victime.

(J. Vallès, Le Dimanche d’un jeune homme pauvre.)

(Boutmy, 1883) : v. intr. Aller d’imprimerie en imprimerie.

(La Rue, 1894) : Battre. Vagabonder. Se bien porter. Tromper, voler.

(Rossignol, 1901) : Tromper, induire en erreur.

Je l’ai trompé, je l’ai roulé.

(Rossignol, 1901) : Son adversaire à un jeu quelconque est le gagner.

Rouler dans la farine

(Delvau, 1867) : v. a. Tromper, jouer un tour, user de finesse envers des gens trop simples.

Rouler la brouette à biribi

(Fustier, 1889) : Être envoyé dans un régiment de discipline. Argot de caserne.

Il amassa un nombre incalculable de jours de consigne et de salle de police, et vint enfin, comme disent les troupiers, rouler la brouette à biribi, c’est-à-dire qu’il fut envoyé aux compagnies de discipline.

(Triboulet, mars 1884.)

Rouler sa bosse

(Virmaître, 1894) : Ouvrier trimardeur, qui n’a pas de domicile fixe, qui roule sa bosse de ville en ville. C’est un mendiant déguisé qui cherche de l’ouvrage et prie le bon Dieu de n’en pas trouver (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Ne pas avoir de domicile fixe, voyager constamment c’est rouler sa bosse. Celui qui a beaucoup voyagé a roulé sa bosse.

Rouler sa viande dans le torchon

(Delvau, 1867) : v. a. Se coucher, — dans l’argot des faubouriens.

(Virmaître, 1894) : Se coucher. On dit plus communément :
— Je vais remiser ma viande. (Argot du peuple).

Roulette

(Rossignol, 1901) : Voiture.

Rouleur

(Larchey, 1865) : Trompeur.

Cela ne serait pas bien : nos courtiers passeraient pour des rouleurs.

Lynol.

De rouler : vaincre.

(Larchey, 1865) : « Ses fonctions consistent à présenter les ouvriers aux maîtres qui veulent les embaucher et à consacrer leur engagement. C’est lui qui accompagne les partants jusqu’à la sortie des villes. »

G. Sand.

De rouler : voyager.

(Delvau, 1867) : s. m. Vagabond, homme suspect.

(Delvau, 1867) : s. m. Chiffonnier.

(Delvau, 1867) : s. m. Compagnon du tour de France chargé de présenter les ouvriers aux maîtres et de consacrer leur engagement.

(Rigaud, 1881) : Vagabond doublé d’un filou. — Parasite effronté. — Individu de mauvaise mine et étranger à la localité, — dans le jargon des paysans de la banlieue de Paris. Le mot a été emprunté au jargon des pâtissiers.

En terme de métier, celui qui ne reste pas longtemps dans la même maison s’appelle rouleur.

(P. Vinçard, Les Ouvriers de Paris.)

(Boutmy, 1883) : s. m. Ouvrier typographe qui roule d’imprimerie en imprimerie sans rester dans aucune, et qui, par suite de son inconduite et de sa paresse, est plutôt un mendiant qu’un ouvrier. Aucune corporation, croyons-nous, ne possède un type aussi fertile en singularités que celui dont nous allons essayer d’esquisser les principaux traits. Les rouleurs sont les juifs errants de la typographie, ou plutôt ils constituent cet ordre mendiant qui, ennemi juré de tout travail, trouve que vivre aux crochets d’autrui est la chose la plus naturelle du monde. Il en est même qui considèrent comme leur étant due la caristade que leur alloue la commisération. Nous ne leur assimilons pas, bien entendu, les camarades besogneux dont le dénuement ne peut être attribué à leur faute : à ceux-ci, chacun a le devoir de venir en aide, dignes qu’ils sont du plus grand intérêt. Les rouleurs peuvent se diviser en deux catégories : ceux qui travaillent rarement, et ceux qui ne travaillent jamais. Des premiers nous dirons peu de chose : leur tempérament ne saurait leur permettre un long séjour dans la même maison ; mais enfin ils ne cherchent pas de préférence, pour offrir leurs services, les imprimeries où ils sont certains de ne pas être embauchés. Si l’on a besoin de monde là où ils se présentent, c’est une déveine, mais ils subissent la malchance sans trop récriminer. De plus, détail caractéristique, ils ont un saint-jean, ils sont possesseurs d’un peu de linge et comptent jusqu’à deux ou trois mouchoirs de rechange. Afin que leur bagage ne soit pour eux un trop grand embarras dans leurs pérégrinations réitérées, ils le portent sur le dos au moyen de ficelles, quelquefois renfermée dans ce sac de soldat qui, en style imagé, s’appelle azor ou as de carreau. Un des plus industrieux avait imaginé de se servir d’un tabouret qui, retenu aux reins par des bretelles, lui permettait d’accomplir allègrement les itinéraires qu’il s’imposait. Ce tabouret, s’il ne portait pas César, portait du moins sa fortune. Mais passons à la seconde catégorie. Ceux-là ont une horreur telle du travail que les imprimeries où ils soupçonnent qu’ils en trouveront peu ou prou leur font l’effet d’établissements pestilentiels ; aussi s’en éloignent-ils avec effroi, bien à tort souvent ; car le dehors de quelques-uns est de nature à préserver les protes de toute velléité d’embauchage à leur endroit. D’ailleurs, si les premiers ne se présentent pas souvent en toilette de cérémonie, les seconds, en revanche, exposent aux regards l’accoutrement le plus fantaisiste. C’est principalement l’article chaussure qui atteste l’inépuisable fécondité de leur imagination. L’anecdote suivante, qui est de la plus scrupuleuse exactitude, pourra en donner une idée : deux individus, venant s’assurer dans une maison de banlieue que l’ouvrage manquait complètement et toucher l’allocation qu’on accordait aux passagers, étaient, l’un chaussé d’une botte et d’un soulier napolitain, l’autre porteur de souliers de bal dont le satin jadis blanc avait dû contenir les doigts de quelque Berthe aux grands pieds. Des vestiges de rosette s’apercevaient encore sur ces débris souillés d’une élégance disparue. Au physique, le rouleur n’a rien d’absolument rassurant. La paresse perpétuelle dans laquelle il vit l’a stigmatisé. Il pourrait poser pour le lazzarone napolitain, si poser n’était pas une occupation. Sa physionomie offre une particularité remarquable, due à la conversion en spiritueux d’une grande partie des collectes faites en sa faveur : c’est son nez rouge et boursouflé. Lorsque, contre son attente, le rouleur est embauché, il n’est sorte de moyens qu’il n’emploie pour sortir de la souricière dans laquelle il s’est si malencontreusement fourvoyé : le plus souvent, il prétexte une grande fatigue et se retire en promettant de revenir le lendemain. Il serait superflu de dire qu’on ne le revoit plus. Il est un de ces personnages qu’on avait surnommé le roi des rouleurs, et que connaissaient tous les compositeurs de France et de Navarre. Celui-là n’y allait pas par trente-six chemins. Au lieu de perdre son temps à de fastidieuses demandes d’occupation, il s’avançait carrément au milieu de la galerie, et, d’une voix qui ne trahissait aucune émotion, il prononçait ces paroles dignes d’être burinées sur l’airain : « Voyons ! y-a-t-il mèche ici de faire quelque chose pour un confrère nécessiteux ? » Souvent une collecte au chapeau venait récompenser de sa hardiesse ce roi fainéant ; souvent aussi ce cynisme était accueilli par des huées et des injures capables d’exaspérer tout autre qu’un rouleur. Mais cette espèce est peu sensible aux mortifications et n’a jamais fait montre d’un amour-propre exagéré. Pour terminer, disons que le rouleur tend à disparaître et que le typo laborieux, si prompt à soulager les infortunes imméritées, réserve pour elles les deniers de ses caisses de secours, et se détourne avec dégoût du parasite sans pudeur, dont l’existence se passe à mendier quand il devrait produire. (Ul. Delestre.)

Rouleur, Rouleuse

(Rigaud, 1881) : Chiffonnier, chiffonnière.

Rouleuse

(Delvau, 1867) : s. f. Femme de mauvaise vie qui roule de quartier en quartier à la recherche de l’homme philosophal. Argot du peuple.

(Virmaître, 1894) : Fille publique. Elle roule partout pour trouver pratique. Elle roule ses clients de hasard, car elle promet mais ne tient jamais (Argot du peuple).

Rouleuse, Roulure

(Rigaud, 1881) : Fille qui fait un peu de tous les métiers. Tantôt elle vend des bouquets dans les rues, tantôt de la dentelle sous les portes cochères ; un jour modèle d’atelier, le lendemain vendeuse de parfumerie, etc. — Prostituée de bas étage, celle qui roule de quartier en quartier. Les rouleuses sont des filles qui proposent un tour de promenade en voiture, les stores baissés. Elles habitent ordinairement des chenils dans des quartiers excentriques, vivent avec quelques misérables employés ; ou bien encore elles habitent chez leurs parents ; quelquefois elles n’ont aucun domicile fixe. La plupart d’entre elles portent un petit panier sous le bras et affectent des airs d’ouvrière en course.

Rouliarde

(M.D., 1844) : Une bouteille.

Roulier

(Fustier, 1889) : V. Delvau. Roulottier.

Roulis (avoir du)

(Rigaud, 1881) : Être soûl, — dans l’argot des marins.

Roullarde

(Hayard, 1907) : Blouse.

Roulotage (vol au)

(Rigaud, 1881) : Vol de marchandise transportée par camion. — Vol dans l’intérieur des maisons de roulage.

Roulotin

(Delvau, 1867) : s. m. Roulier, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Roulier.

Roulotte

(Clémens, 1840) : Voiture.

(M.D., 1844) : Voiture.

(Halbert, 1849) : Voiture.

(Delvau, 1867) : s. f. Voiture. Grinchir une roulotte en salade. Voler sur une voiture.

(Rigaud, 1881) : Voiture, charrette, camion, voiture de saltimbanque. — Grinchir une roulotte en salade, voler sur une voiture.

(La Rue, 1894) : Charrette. Voiture de saltimbanque. Roulotte à treppe, omnibus.

(Virmaître, 1894) : Voiture. Les voleurs qui pratiquent le vol à la roulotte disent :
— Grinchir une roulotte en salade (Argot des voleurs).

(Hayard, 1907) : Voiture.

Roulotte à trèpe

(Rigaud, 1881) : Omnibus. Mot à mot : voiture de la foule. — Roulotte du grand trimar, chemin de fer.

Roulottier

(Clémens, 1840) : Voleur qui vole les chaises de postes et diligences.

(Larchey, 1865) : « Il est, en quelque sorte, le cambrioleur de la rue. Au lieu de travailler en chambre, il travaille en voiture. Il saisit une malle, un colis sur un camion de roulage et s’éloigne avec sa proie. »

H. Monnier.

Roulottin : Charretier (Vidocq).

(Delvau, 1867) : s. m. Voleur qui a pour spécialité de dévaliser les voitures.

(Rigaud, 1881) : Voleur qui exploite les camions, qui vole la marchandise que transportent les camions et quelquefois la voiture, pour ne rien laisser traîner.

(La Rue, 1894) : Voleur qui dévalise les voitures. Roulottier en cambrouse, voleur de campagne.

(Rossignol, 1901) : Celui qui commet des vols sur les voitures est un roulottier.

(Hayard, 1907) : Voleur dans les voitures.

Roulottiers

(Virmaître, 1894) : Vol à la roulotte. Quand un camionneur décharge une livraison, le roulottier, vêtu comme un employé des messageries, prend un ballot ; un complice est à quelques pas plus loin, avec une voiture à bras, toujours au détour d’une rue ; il charge le ballot sur sa voiture, et en route (Argot des voleurs). V. Fusilleurs.

Roulure

(Delvau, 1867) : s. f. Fille de la dernière catégorie, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Celui qui a roulé sa bosse un peu partout.

Écoute-moi bien, c’est un vieux cabotin, une roulure de la province et de l’étranger qui te parle.

(Huysmans, Marthe.)

C’est du veau, c’est de la roulure,
C’est du veau pour la préfecture.

(Chans. populaire.)

Roumard

(anon., 1827) : Roué.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Roué, rusé.

(Bras-de-Fer, 1829) : Roué.

Roumichipoteuse

(Delvau, 1867) : s. f. Mijaurée, chipie.

Roumie

(Rigaud, 1881) : Croûte de pain, — dans le jargon des chiffonniers.

(La Rue, 1894) : Vieille croûte de pain.

Roupané

(Delvau, 1867) : adj. et s. Décavé aux billes ou à tout autre jeu exigeant une mise. Argot des gamins.

Roupettes

(Delvau, 1864) : Les testicules. — qui sont les petites roues sur lesquelles repose le canon chargé de mitraille spermatique. — L’expression est moderne.

Ses roupettes étaient grosses et rebondies,
Et de poils longs et noirs abondamment fournies.

L. Protat.

Sur les roupettes granitiques
De l’indomptable Sarrazin
Il pleut..

B. de Maurice.

(Rossignol, 1901) : Si vous demandez à un cocher de vous conduire à un endroit éloigné, et qu’il vous réponde : « Mes roues pètent, » ne vous imaginez pas que les roues de son véhicule soient en mauvais état.

Roupie

(Larchey, 1865) : Punaise (Vidocq). — Elle a en effet la forme et la couleur d’une roupie de tabac.

(Delvau, 1867) : s. f. Punaise, — dans l’argot des voyous.

(Delvau, 1867) : s. f. Mucosité de couleur ambrée qui sort du nez des priseurs, et tombe tantôt sur leur chemise, tantôt dans leur potage. Argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Punaise.

(La Rue, 1894) : Punaise.

(Rossignol, 1901) : Une chose qui ne vaut rien, pas grand’chose ou qui est laide, est une roupie.

(Hayard, 1907) : Laid, mauvais, sans valeur.

Roupie de singe

(Larchey, 1865) : Rien. — Roupie a ici le sens de monnaie. On dit monnaie de singe pour grimace.

(Delvau, 1867) : s. f. Rien, — dans l’argot des voleurs.

(La Rue, 1894) : Rien, chose sans valeur.

(Virmaître, 1894) : Mauvais café qui a la couleur de la roupie qui pend au nez du priseur (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Mauvais café.

Roupieux

(d’Hautel, 1808) : Celui qui est sujet à la roupie, et dont le nez découle continuellement.

Roupiller

(d’Hautel, 1808) : Se laisser surprendre par le sommeil, dormir.

(Halbert, 1849) : Dormir.

(Larchey, 1865) : Dormir. — V. Paumer, Pieu, Rifle.

Il est bien temps de roupiller.

1750, Monbron, Henriade travestie.

(Delvau, 1867) : v. n. Dormir, — dans l’argot des faubouriens, qui emploient ce verbe depuis plus d’un siècle. Signifie aussi Avoir continuellement une roupi au nez.

(Rigaud, 1881) : Dormir.

Il roupille comme ça toute la journée : le v’là parti.

(H. Monnier, Scènes populaires.)

(La Rue, 1894) : Dormir.

(Virmaître, 1894) : Dormir. Quand on ne dort que quelques instants, on fait un petit roupillon.
— Il est tellement gouapeur qu’il roupille sur son ouvrage (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Dormir.

(Hayard, 1907) : Dormir.

Roupiller dans le grand

(Rigaud, 1881) : Être mort.

Roupilleur

(d’Hautel, 1808) : Homme lourd, indolent, qui a toujours l’air de dormir.

(Halbert, 1849) : Dormeur.

(Delvau, 1867) : s. m. Grand dormeur — ou grand priseur.

(Rigaud, 1881) : Dormeur. Roupilleuse, dormeuse.

Roupilleuse

(Halbert, 1849) : Dormeuse.

Roupillon

(Fustier, 1889) : V. Delvau. Roupilleur.

Roupiner

(La Rue, 1894) : Voler.

Roupion

(Fustier, 1889) : Commis de nouveautés. Il tient le milieu entre le commis vendeur et le bistot.

Roupiou

(Delvau, 1867) : s. m. Élève en médecine qui s’essaye au métier dans les hôpitaux, sans être interne ni externe. C’est lui qui pose les cataplasmes et les vésicatoires. Argot des étudiants. On l’appelle aussi Bénévole.

(Fustier, 1889) : Dans les hôpitaux de Paris, étudiant en médecine qui remplace bénévolement un externe dans son service.

Rouquin

(La Rue, 1894) : Rouge. Rouquin, rouquine, homme, femme rouge de cheveux.

(Rossignol, 1901) : Celui qui a les cheveux roux. Une femme rousse est une rouquine.

Rouscaillante

(anon., 1827) : La langue.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Langue. Ne balance pas tant la rouscaillante, ne parle pas tant.

(Bras-de-Fer, 1829) : Langue.

(Halbert, 1849) : La langue.

(Rigaud, 1881) : La langue. (1829.)

Rouscailler

(anon., 1827) : Parler.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Parler argot.

(Bras-de-Fer, 1829) : Parler.

(Delvau, 1864) : Besogner du membre avec une femme qui en meurt d’envie.

Un pareil état m’excite et m’offense :
Descends de mon lit, ou bien rouscaillons !

(Delvau, 1867) : v. a. Aimer, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Sacrifier sur l’autel de Vénus. — Parler. Rouscailler bigorne, parler argot.

(La Rue, 1894) : Aimer. Parler. Rouscailler bigorne, parler argot.

(Virmaître, 1894) : Voulait dire autrefois parler. Les voleurs en ont fait le synonyme d’aimer, mais pas dans le sens platonique (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Semer pour récolter. Tous les bipèdes et les quadrupèdes rouscaillent, à l’exception cependant du mulet.

Rouscailler bigorne

(anon., 1827) : Parler jargon.

(Bras-de-Fer, 1829) : Parler jargon.

(Halbert, 1849) : Parler argot.

(Larchey, 1865) : Parler argot. — Rouscailleur : Débauché, luxurieux.

(Delvau, 1867) : v. n. Parler argot.

Rouscailleur

(Delvau, 1867) : s. m. Libertin.

(La Rue, 1894) : Libertin.

Rouscailleur, Rouscailleuse

(Rigaud, 1881) : Débauché, libertine. Grand-prêtre, grande-prêtresse de Vénus.

Rouspant

(Virmaître, 1894) : Homme qui fournit des sujets aux tantes. C’est le procureur des pédérastes (Argot des souteneurs).

Rouspant, Rouspont

(Rigaud, 1881) : Proxénète pour le troisième sexe et ses admirateurs.

Rouspétance

(Rigaud, 1881) : Mauvaise humeur. — Rouspéter, être de mauvaise humeur, — dans le jargon des ouvriers.

(Rigaud, 1881) : Agent des mœurs, — dans le jargon des filles. C’est une variante de rousse.

(La Rue, 1894) : Agent des mœurs. Mauvaise humeur.

(Rossignol, 1901) : L’individu qui fait rébellion lorsqu’on l’arrête fait de la rouspétance.

(Hayard, 1907) : Rebellion.

Rouspétance (faire de la)

(Virmaître, 1894) : V. Rouspéter.

Rouspéter

(Virmaître, 1894) : Récriminer, faire du pet, du bruit (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Voir rouspétance.

Rouspont

(La Rue, 1894) : Voir Tante. (C’est spécialement le souteneur de l’Éphestion de trottoir qui fait chanter.)

Rousse

(Halbert, 1849) : Police.

(Delvau, 1867) : s. f. La police, — dans l’argot des voyous.

(Delvau, 1867) : s. m. Agent de police ; sergent de ville. On dit aussi Roussin. Rousse à l’arnache. Agent de police de sûreté, qui reçoit une gratification proportionnée à l’utilité des renseignements qu’il donne ou à l’importance des captures qu’il fait faire.

(Rossignol, 1901) : Agent de police. La rousse, la police.

Rousse (la)

(M.D., 1844) : Mouchard.

(La Rue, 1894) : La police. On dit aussi Rouspance.

Rousse à l’arnac

(Rigaud, 1881) : Service de la sûreté.

(La Rue, 1894) : Service de la sûreté.

Rousse à l’arnache (la)

(M.D., 1844) : Mouchard en bourgeois.

Rousse à la flanc (la)

(M.D., 1844) : Agent de police habillé.

Rousse à la renache

(Halbert, 1849) : Police secrète non commissionnée.

Rousse, la rousse

(Clémens, 1840) : Agent de police, la police.

Rousse, Roussi, Roussin

(Rigaud, 1881) : Mouchard, espion, agent de police. — Inspecteur d’une grande administration. — Contrôleur de chemin de fer, — dans le jargon des mécaniciens.

Rousse, roussin

(Hayard, 1907) : Tout ce qui touche à la police.

Rousse, roussins

(Larchey, 1865) : Police, agents de police. — Du vieux mot rouchin : rosse, mauvais cheval. V. Roquefort. — Rousse est une abréviation. — V. Butter, Agrafer, Cambrouse.

C’était l’agent de change que suivaient les roussins.

Vidocq.

Ils croient voir partout la rousse.

Paillet.

À quoi penses-tu ? tu bois avec des rousses.

Chenu.

Rousseau

(d’Hautel, 1808) : Un rousseau. Sobriquet que l’on donne à un homme qui a les cheveux, la barbe et le poil roux.

Rousselette

(Virmaître, 1894) : Moins que rien (Argot des souteneurs). V. Camelotte.

(Hayard, 1907) : Rien, moins que rien.

Roussi

(La Rue, 1894) : Mouchard. Être roussi, être découvert.

Roussin

(d’Hautel, 1808) : Péter comme un roussin. Faire une pétarade ; lâcher fréquemment des vents indiscrets.
Un roussin d’Arcadie. Un baudet, un âne.

(Delvau, 1867) : s. m. Baudet, — dans l’argot du peuple. Se dit aussi d’un Cheval qui fait en marchant de fréquents sacrifices au dieu Crépitus.

(Rigaud, 1881) : Mauvaise presse, vieille presse ; du nom d’un des premiers fabricants de presses, — dans le jargon des imprimeurs.

(Virmaître, 1894) : Tous ceux qui appartiennent, de près ou de loin, à la police, sont des roussins. Autrefois, les agents en bourgeois étaient vêtus de la redingote sombre, d’un ton roussâtre. De là est née l’expression :
— Voila les rousses ! (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Agent de police.

Roussiner

(Larchey, 1865) : Péter sans façon, comme un rouchin.

(Delvau, 1867) : v. n. Faire de fréquents sacrifices au dieu Crépitus, sans plus de façon qu’un baudet.

(Virmaître, 1894) : Faire arrêter par la police. L. L. Roussiner veut dire péter mollement et puer fortement.
— Il roussine à faire roter un vidangeur (Argot du peuple). N.

Roustampane

(Rossignol, 1901) : Une chose vilaine ou qui ne vaut rien est de la roustampane.

Roustempoigne (être de la)

(La Rue, 1894) : Ne pas être bon à voler, ne rien valoir.

Roustenpanne

(Virmaître, 1894) : Moins que rien (Argot du peuple).

Rousti

(Rigaud, 1881) : Ruiné ; c’est-à-dire rôti, variante de cuit, flambé, fumé, fricassé.

Roustir

(Larchey, 1865) : « La plupart des banquistes, pour me servir de leurs expressions, ont un truc pour roustir les gonzes, c’est-à-dire une supercherie pour attraper les bonnes gens. »

Avent. de J. Sharp, 1789.

(Delvau, 1867) : v. a. Tromper, duper, — dans l’argot des voleurs. Signifie aussi Dévaliser.

(Rigaud, 1881) : Tromper ; filouter.

(La Rue, 1894) : Tromper. Dévaliser. Rousti, pris, perdu.

(Virmaître, 1894) : Prendre, s’approprier le bien d’autrui. Être rousti : être pris (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Prendre, voler.

Il a voulu me roustir mon morlingue.

(Hayard, 1907) : Prendre.

Roustisseur

(Larchey, 1865) : Voleur.

On accuse donc c’te pauvre fille d’être une roustisseuse et d’avoir fait sauter l’argenterie.

Voizo, Chanson.

(Delvau, 1867) : s. m. Voleur.

(Rigaud, 1881) : Blagueur doublé d’un escroc. Parasite éhonté.

(La Rue, 1894) : Voleur. Parasite.

Roustisseuse

(Delvau, 1867) : s. f. Fille ou femme de mauvaise vie, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Femme qui pique l’assiette chez des amies, qui emprunte de l’argent, des robes, qui vit aux crochets de ses amies.

Roustissure

(Delvau, 1867) : s. f. Escroquerie.

(Delvau, 1867) : s. f. Blague peu heureuse, rôle de peu d’importance, — dans l’argot des comédiens, qui sans doute ont voulu faire allusion au mot italien rostita, rôtie, maigre chose.

(Rigaud, 1881) : Mauvaise plaisanterie. — Objet de nulle valeur. — Bout de rôle, — dans le jargon des acteurs.

(La Rue, 1894) : Volerie. Chose valant peu ou rien.

(Virmaître, 1894) : Mauvaise plaisanterie. A. D. Roustissure, dont par corruption on a fait roustenpanne, veut dire moins que rien (Argot du peuple). V. Rousselette.

Roustons

(Delvau, 1864) : Les testicules. — Expression moderne.

Votre main, doucement chatouille ses roustons,
Tandis qu’il vous pelote et vous prend les tétons.

L. Protat.

(Fustier, 1889) : Le scrotum.

(Rossignol, 1901) : Voir burnes.

Rousture

(Halbert, 1849) : Homme en surveillance.

Rousture, romture

(La Rue, 1894) : Homme en surveillance de la police.

Routier

(d’Hautel, 1808) : Un vieux routier. Epithète satirique pour dire, un homme rusé, adroit, d’une grande subtilité, un finot.

Routière

(Fustier, 1889) : Prostituée oui exerce son métier sur les grandes routes.

Routonner

(La Rue, 1894) : Voler des malles et des ballots derrière les voilures sur les grandes routes.

Roux

(d’Hautel, 1808) : À barbe rousse et noirs cheveux, ne t’y fie si tu ne veux. Proverbe qui signifie qu’il ne faut pas se fier aux gens qui ont les cheveux noirs et la barbe rousse.

Roveau

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Gendarme.

Roveaux

(anon., 1827) : Gendarmes.

(Bras-de-Fer, 1829) : Gendarmes.

(Halbert, 1849) : Gendarmes.

Royal-coco

(Merlin, 1888) : Lancier de la garde.

Royale

(Larchey, 1865) : « Louis XIII rasait bien, et un jour il coupa la barbe à ses officiers et ne leur laissa qu’un petit toupet au menton. » Tallemant des Réaux. — De là sans doute ce mot, dit Monmerqué.

Royaume

(d’Hautel, 1808) : Envoyer quelqu’un au royaume des taupes. Pour dire, l’expédier pour l’autre monde ; le faire mourir.
Au royaume des aveugles, les borgnes y sont rois. Voyez Aveugle.

Royaume des taupes

(Delvau, 1867) : s. m. La terre, — dans l’argot du peuple. Partir pour le royaume des taupes. Mourir.

(Virmaître, 1894) : V. Les pissenlits pousser par la racine.

Ru

(Delvau, 1867) : s. m. Ruisseau, — dans l’argot du peuple et des paysans des environs de Paris. On dit aussi Rio. L’expression coule de source : ρεω.

Or beuvez fort tant que rû peut courir,
Ne reftusez, chassant ceste douleur,
Sans empirer un povre secourir,

dit François Villon à sa maîtresse.

Rub de rif

(La Rue, 1894) : Chemin de fer.

Ruban

(Delvau, 1864) : Préservatif en baudruche ou en caoutchouc dont on habille le membre viril tontes les fois qu’on le conduit au bonheur. — (V. Capote.)

Ne craint rien ; ces rubans feront bien ton affaire,
dit le marchand de capotes à Pincecul, dans la parodie de Lucrèce, par M. Protat, avoué.
Je sais attacher un ruban
Selon la grosseur d’une pine.

(Chanson anonyme moderne.)

Ruban de queue

(Larchey, 1865) : « Comme ces grandes routes ruban de queue de quatre ou cinq lieues de long qui rien qu’à les voir toujours toutes droites, vous cassent les jambes. » — E. Sue.

(Delvau, 1867) : s. m. Long chemin, route qui n’en finit pas.

(La Rue, 1894) : La route qui serpente dans la campagne. Elle semble un long ruban.

Rubis

(d’Hautel, 1808) : Faire rubis sur l’ongle. Locution bachique. Renverser la dernière goutte d’un verre sur l’ongle du pouce et le lécher après, en l’honneur d’une personne absente pour marquer l’estime qu’on lui porte.
Payer rubis sur l’ongle. Pour dire avec une grande exactitude.
On dit d’un buveur, d’un homme qui a la figure remplie de boutons, qu’il a la figure remplie de rubis.

Rubis sur l’ongle

(Virmaître, 1894) : Être régulier, payer recta ses dettes à l’échéance. Boire son verre jusqu’à la dernière goutte.
— Il a séché son glacis rubis sur l’ongle (Argot du peuple). N.

Rubis sur pieu

(Delvau, 1867) : loc. adv. Argent comptant, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Argent comptant, — dans l’ancien jargon des filles ; c’est-à-dire argent sur le lit, ce qu’on appelle aujourd’hui « éclairage ».

(La Rue, 1894) : Argent comptant.

Rubrique

(d’Hautel, 1808) : Ruse, détours, finesse, subtilité indigne d’un honnête homme.

Ruche

(d’Hautel, 1808) : Il ne faut point fâcher une ruche. C’est-à-dire, qu’il ne faut pas s’attirer une foule de petits ennemis ; qu’ils sont tous dangereux.

Rudanier

(d’Hautel, 1808) : Apre, rude, qui a l’abord revêche et difficile ; qui est d’une humeur grondeuse. Ce mot est formé par contraction de rude ânier.

Rude

(d’Hautel, 1808) : Du rude. Nom que l’on donne à toute liqueur forte et spiritueuse, telle que le punch, le rhum, le rack, l’eau-de-vie.
On appelle dans un sens opposé, toutes les liqueurs huileuses, sucrées, et agréables à boire, du doux.
Voulez-vous du doux
ou du rude. Se dit à celui à qui l’on propose de boire un petit verre.
Il est rude aux pauvres gens. Se dit d’un homme qui répond brusquement à ceux qui lui demandent quelque service.

(Larchey, 1865) : Remarquable.

Eh ! mon vieux sabre, tu peux te vanter d’appartenir à un rude lapin.

About.

V. Raide, Balle, Doux. — Rudement : Remarquablement.

(Delvau, 1867) : s. f. Chose difficile à croire, événement subit, désagréable, — dans l’argot du peuple.

(Delvau, 1867) : adj. Courageux.

(Rigaud, 1881) : Extraordinaire. — Rude aplomb, rude toupet, rude appétit.

Rudement

(Delvau, 1867) : adv. Extrêmement, remarquablement.

Rudiment de cythère (le)

(Delvau, 1864) : Les principes de la langue — et des autres cochonneries.

Jeanne, sotte au monastère,
Sotte au sortir du couvent,
Plaisait sans savoir comment.
Le précepteur de son frère
Lui montre le rudiment
Que l’on enseigne à Cythère :
Son esprit s’ouvre à l’instant.

Collé.

Rue

(d’Hautel, 1808) : La rue au pain. Pour dire, la gorge, le gosier.
Il est dans la rue de Tournon. Pour il est attrapé ; il est trompé dans ses espérances ; il n’est pas à ce qu’on lui dit ; il est ivre. Par allusion avec la rue qui porte ce nom.
On dit aussi mettre quelqu’un dans la rue de Tournon. Pour, le tromper, le duper, le friponner.
Vieux comme les rues. Pour dire que quelque chose n’est plus à la mode ; qu’une histoire que l’on raconte comme une nouveauté est connue de tout le monde depuis long-temps.
Les rues en sont pavées. Pour dire qu’une chose n’est pas rare ; qu’on peut facilement se la procurer ; qu’elle se trouve partout.
Le bout de la rue fait le coin. Se dit par raillerie à un homme qui ne s’explique pas clairement, et dont la conversation dégénère en galimathias.

(Delvau, 1867) : s. f. L’espace réservé entre deux portants et figurant un chemin entre deux costières, Argot des coulisses.

(Rigaud, 1881) : Au théâtre, en terme de machiniste, c’est l’espace qui se trouve entre deux châssis ou poitants formant coulisse.

Rue au pain

(Delvau, 1867) : s. f. Le gosier, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Gosier. — Avoir la rue au pain barrée, n’avoir pas faim.

Rue au Pain

(Rossignol, 1901) : La bouche.

Rue au pain (la)

(Virmaître, 1894) : Le gosier. Le pain y passe. Mauvaise affaire quand la rue est barrée (Argot du peuple).

Rue barrée

(Delvau, 1867) : s. f. Rue où demeure un créancier, — dans l’argot des débiteurs. On dit aussi Rue où l’on pave. A en croire Léo Lespès, cette dernière expression serait due au duc d’Abrantès, fils de la duchesse d’Abrantès, et viveur célèbre.

Rue du bec dépavé

(Virmaître, 1894) : La bouche, quand elle n’a plus de dents. Elle ne peut guère alimenter sa voisine, la rue au pain (Argot du peuple).

Rue du Bec dépavé

(Rossignol, 1901) : Bouche où il manque des dents.

Rue du bec dépavée

(Delvau, 1867) : s. f. Bouche à laquelle des dents manquent, — dans l’argot des faubouriens.

Ruelle aux vesses

(Rigaud, 1881) : Derrière. L’étymologie n’a pas besoin d’être expliquée.

Un tas de raulles empaillés, qui ne valent seulement pas un coup de botte dans la ruelle aux vesses !

(Le Père Duchêne, 1879.)

Ruer

(d’Hautel, 1808) : Voilà une chose qui ne mord ni ne rue. Cest-à-dire qui ne peut faire ni bien ni mal.
Ruer de grands coups. Pour, frapper de grands coups.
Les plus grands coups de cet homme sont rués. Pour exprimer qu’il devient impuissant ; que ses grands efforts sont faits.

Ruer dans les brancards

(Virmaître, 1894) : Femme amoureuse qui, au moment psychologique, se démène furieusement, comme le cheval emballé. La figure peut se passer de commentaires (Argot du peuple). N.

Ruette au pain

(Larchey, 1865) : Gorge.

Au souper, je ne pus avaler une goulée, à croire que j’avais la ruette au pain barrée, par quelque accident.

Delvau.

Ruffian

(Delvau, 1864) : Accouplement de Ruffi et d’Anus. Mot qui s’est introduit en France au XIIe siècle, et n’a été en vogue qu’à la fin du XVe, quand l’italianisme déborda dans l’idiome gaulois. Ce mot avait alors différentes significations, telles que : lénon, proxénète, débauché, habitué de mauvais lieu, etc. Aujourd’hui, il signifie tout bonnement maquereau.

Elle introduit dans ma maison,
Son rufien, qui sait fort bien
Faire son profit de mon bien.

J. Grévin.

On l’accusait d’avoir fait quelquefois le ruffian à son maître.

Tallemant des Réaux.

Je suis ruffian, et m’en vante.

A. Glatigny.

Ruffieu

(d’Hautel, 1808) : Un vieux ruffieu. Terme de mépris. Homme dépravé, adonné au libertinage, et que l’âge n’a pu rendre à des mœurs et à des plaisirs honnêtes.

Ruine-maison

(Delvau, 1867) : s. m. Homme prodigue, extravagant, — dans l’argot du peuple.

Ruineux

(d’Hautel, 1808) : Bâtir sur des fondemens ruineux. Fonder ses espérances sur des choses qui n’ont aucune solidité.

Ruisseau

(d’Hautel, 1808) : Traîner quelqu’un dans le ruisseau. Le maltraiter par des paroles grossières et offensantes, l’injurier, le calomnier, en dire pis que pendre.

Ruisselant d’inouïsme

(Delvau, 1867) : adj. Extraordinairement inouï. L’expression appartient à M. Philoxène Boyer, — à qui on fera bien de ne pas la voler.

Rumfort (voyage à la)

(Rigaud, 1881) : Voyage véritable ou simulé, entrepris dans le but d’échapper aux étrennes du premier de l’an. — Voyage économique ; allusion à la soupe économique dite : « À la Rumfort ».

Ruolzé

(Delvau, 1867) : adj. Ce qui brille sans avoir de valeur intrinsèque, ce qui a une élégance ou une richesse de surface, — par allusion au procédé de dorure et d’argenture découvert par Ruolz. Existence ruolzée. Vie factice, composée de fêtes bruyantes, de soupers galants, d’amis d’emprunt et de femmes d’occasion, mais dont le bonheur est absent. Jeunesse ruolzée. C’est notre Jeunesse dorée, et elle vaut moins, quoiqu’elle soit aussi corrompue.

Ruouet

(M.D., 1844) : Un porc.

Rup

(Delvau, 1867) : adj. Grand, noble, élevé, beau, riche, élégant, — dans l’argot des faubouriens et des filles. Francisque Michel fait venir ce mot du bohémien anglais rup et de l’indoustan rupa, argent, — d’où roupie. Pendant qu’il y était, pourquoi n’a-t-il pas fait descendre ce mot d’un rocher (rupes) ou d’une falaise (rupina) quelconque ? On dit aussi Rupart.

Rup, rupart, rupin

(Larchey, 1865) : Seigneur, élégant, riche.

Madame, en v’là un rup ! il m’a dit de garder la monnaie pour moi.

Jaime.

Pour enfoncer un rupiné, Je sers d’exemple. Malheur à qui contemple Mon petit minois chiffonné.

Mouret, Ch., 1846.

V. Rebâtir, Bigorne, Caloquet. Se prend adjectivement.

tu étais dans une société assez rup.

Montépin.

faisons un petit bout de toilette que chacun soit rupin.

Chenu.

Rupe, Rupin

(Rigaud, 1881) : Riche ; élégant, comme il faut. Homme rupe, femme rupe.

Rupin

(anon., 1827) : Gentilhomme.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Noble, gentilhomme.

(Bras-de-Fer, 1829) : Gentilhomme.

(Clémens, 1840) : Élégant, bien mis.

(un détenu, 1846) : Riche, bien mis, bien habillé.

(Halbert, 1849) : Fameux, beau.

(Delvau, 1867) : s. et adj. Homme riche ; fashionable, mis à la dernière mode, — ou plutôt à la prochaine mode. C’est le superatif de Rup.

Le rupin même a l’trac de la famine.
Nous la bravons tous les jours, Dieu merci !

dit la chanson trop connue de M. Dumoulin. On dit aussi Rupiné.

(Rigaud, 1881) : Malin.

(Boutmy, 1883) : adj. Distingué, coquet, bien mis. N’est pas particulier à l’argot typographique. Quelques-uns diront rupinos.

(La Rue, 1894) : Riche, élégant. Malin.

(Virmaître, 1894) : Homme riche, calé, cossu. Au superlatif rupinskoff, alors c’est un homme pourri de chic. Les souteneurs disent à leur marmite :
— Lève donc le gonce, il est rupin, il doit être au sac (Argot des souteneurs).

(Rossignol, 1901) : Riche, bien mis.

(Hayard, 1907) : Riche.

Rupine

(anon., 1827) : Dame.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Dame comme il faut.

(Bras-de-Fer, 1829) : Dame.

(Halbert, 1849) : Dame bien mise.

(Delvau, 1867) : s. f. Drôlesse, fille à grands tralalas de toilette et de manières.

Rural

(Rigaud, 1881) : Nom donné par les souteneurs de la Commune à quiconque était partisan du gouvernement établi à Versailles. Rural était synonyme de « conservateur ». Le mot a vécu.

Rusé

(d’Hautel, 1808) : Une rusée commère. Terme de mépris. Femme dégourdie, adroite et subtile, qui en sait long, et dont il faut se méfier.

Rusée au jeu (être)

(Delvau, 1864) : Savoir ce qu’il faut faire pour amuser les hommes et leur procurer de vives jouissances, comme le casse-noisette, la patte d’araignée, la feuille de rose, etc.

Tu me portes la mine d’être un jour bien fine et rusée à ce jeu.

Mililot.

Rusquin

(anon., 1827) : Écu.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Pièce d’argent.

(Bras-de-Fer, 1829) : Écu.

(Halbert, 1849) : Écu.

(Rigaud, 1881) : Écu, — dans le jargon des voleurs.

Rustaud

(d’Hautel, 1808) : Pour dire impoli, grossier, brusque, sans éducation.
Un gros rustaud. Pour dire un gros paysan, un butor.

Rustique

(d’Hautel, 1808) : Mot vulgaire que l’on applique aux personnes et aux choses.
Il est rustique. Se dit d’un homme fort vigoureux, et d’une belle stature.

(Halbert, 1849) : Greffier.

(Larchey, 1865) : Greffier. — Rustu : Greffe (Bailly).

(Delvau, 1867) : s. m. Greffier, — dans l’argot des voleurs.

(Delvau, 1867) : s. m. Décor représentant un intérieur villageois. Argot des coulisses.

Rustu

(Halbert, 1849) : Greffe.

(Delvau, 1867) : s. m. Greffe.

Rustuc

(La Rue, 1894) : Greffe. Rustique, greffier.

Rut

(Delvau, 1864) : Ardeur vénérienne.

Mais Jeanne tout en rut s’approche et me recherche
D’amour ou d’amitié, duquel qu’il vous plaira.

Regnier.

Le corps en rut, de luxure enivré.
Entre en jurant comme un désespéré.

Voltaire.

Si son esprit l’eût arrêté,
Elle eût mis en rut le conclave
Et fait bander sa sainteté.

Collé.

Rutière

(Delvau, 1867) : s. f. Fille publique d’une catégorie à part décrite par Vidocq (p. 73).

(Rigaud, 1881) : Fille et voleuse de joie.

(La Rue, 1894) : Fille publique et voleuse.

(Virmaître, 1894) : Voleuse ou fille publique, souvent les deux à la fois (Argot des voleurs).

Rutilant, rutilante

(Virmaître, 1894) : Il est rutilant (joyeux). Elle est rutilante, resplendissante de fraîcheur et de beauté. Une chose est rutilante (éclatante). Ce mot est très français, mais il est employé par le peuple dans un tout autre sens que celui indiqué par les dictionnaires classiques (Argot du peuple). N.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique