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P

P

(d’Hautel, 1808) : Il faut mettre un P à cette créance. Se dit d’une mauvaise créance, d’un débiteur insolvable.

P (faire le)

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Faire mauvaise mine.

P (il y a du)

(Larchey, 1865) : Il y a du danger, la police est proche (Dict. d’argot, 1844). — On a probablement pris la première lettre du mot Police. — Faire le P : Faire mauvaise mine (Grandval, 1827).

Pacant

(d’Hautel, 1808) : Un pacant, un lourdaud, homme sans intelligence, sans pénétration, d’un sens et d’un esprit très-bornés.

(anon., 1827) : Un passant.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Passant.

(Bras-de-Fer, 1829) : Un passant.

(Delvau, 1867) : s. m. Paysan, — dans l’argot des voleurs. On dit aussi Palot.

(Rigaud, 1881) : Paysan, — dans le jargon des voleurs. — Intrus, maladroit, lourdaud.

Mais ce pacant-là va tout gâter.

(Balzac, Pierre Grassou.)

Pacant, pâlot

(La Rue, 1894) : Paysan.

Pacaut ou palot

(Halbert, 1849) : Homme de campagne.

Paccin

(Rigaud, 1881) : Paquet, — dans l’ancien argot.

Pachalesquement

(Delvau, 1867) : adv. Voluptueusement, — dans l’argot des romantiques. Cet adverbe oriental appartient à Théophile Dondey, plus inconnu sous le pseudonyme de Philotée O’Neddy.

Packet

(Delvau, 1867) : s. m. Paquebot, — dans l’argot des anglomanes et des créoles.

Paclin ou Pasquelin

(Delvau, 1867) : s. m. Pays natal, — dans l’argot des voleurs. Pasquelin du Rabouin. L’enfer, pays du diable.

Paclin ou patelin

(Halbert, 1849) : Pays. On dit aussi pasquelin.

Paclinage ou Pasquelinage

(Delvau, 1867) : s. m. Voyage.

Pacliner

(Delvau, 1867) : v. n. Voyager.

Paclineur

(Delvau, 1867) : s. m. Voyageur.

Pacmon

(Halbert, 1849) : Paquet ou ballot.

Pacquelin

(Rigaud, 1881) : Pays. — Brème de pacquelin, carte de géographie. — Pacquelin du raboin, pays du diable, enfer.

(Boutmy, 1883) : s. m. Pays natal. Mot emprunté à l’argot des voleurs.

Un suage est à maquiller la sorgue dans la tolle du ratichon du pacquelin… — Un coup est à faire, la nuit dans la maison du curé du pays…

(Lettre d’un assassin à ses complices.)

C’est donc à tort que quelques-uns disent patelin.

(La Rue, 1894) : Pays. Ville.

Pacquelin, linage, lineur, liner

(Larchey, 1865) : Ces quatre mots répondent en argot à Pays, Voyage, Voyageur et Voyager (Vidocq). — On trouve dans Bailly les formes Paclin, Patelin, Pasquelin.

Pacquelinage

(Rigaud, 1881) : Voyage. — Pacqueliner, voyager. — Pacquelineur, voyageur.

Pacqueliner

(La Rue, 1894) : Voyager. Pacquelinage, voyage. Pacquelineur, voyageur.

Pacsin

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Paquet.

Pacte

(d’Hautel, 1808) : Je crois qu’il a fait un pacte avec le diable. Se dit en plaisantant d’un homme qui réussit sur les choses les plus hasardeuses, les plus difficiles, ou pour lequel il n’y a rien d’impossible.

Padoue

(Delvau, 1867) : s. f. Cordonnet rouge avec lequel les confiseurs attachent les sacs de bonbons.

Paf

(Larchey, 1865) : Ivre. Abréviation de Paffé.

Vous avez été joliment paf hier.

Balzac.

(Delvau, 1867) : adj. Gris, ivre, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Ivre. — Ivrogne gai.

(La Rue, 1894) : Ivre. Soulier.

(Virmaître, 1894) : Celle expression désigne l’objet qui distingue l’homme de la femme. Ce sont les voyous qui ont inventé le mot. Quand un tenancier d’une maison de tolérance se retire des affaires et qu’il se fait construire une maison à la campagne, s’il éprouve, par vanité, le besoin de mettre au fronton de sa maison un écusson, il peut y ajouter cette devise qui explique le mot paf : Pene erexit domum (Argot du peuple). N.

(Rossignol, 1901) : Si vous dites à un voyou : « Je vais t’astiquer les côtes », et qu’il vous réponde : « Tu astiqueras mon paf », il n’est pas poli.

(Rossignol, 1901) : Ivre.

(Hayard, 1907) : Être ivre.

Paf (être)

(Virmaître, 1894) : Être gris.
— Je me suis paffé hier soir que c’en est dégoûtant.
— Paf, ça y est.
Chose accomplie. Synonyme de : J’en ai mon pied. (Argot du peuple).

Paf, Paffe

(Rigaud, 1881) : Soulier. De paffut, passut, tranchet. Le mot paffut remonte au XIVe siècle.

Paff

(un détenu, 1846) : Un Ivrogne. Être paff : être ivre.

Paffe

(un détenu, 1846) : Souliers.

(Halbert, 1849) : Soulier.

(Larchey, 1865) : Soulier. V. Gouêpeur, Empaffe. — Dans le dictionnaire du Cartouche de 1827, nous trouvons : Passans, passifs : Souliers. — Le second mot est un diminutif. Le premier semble faire allusion à la mission voyageuse du soulier. Paffe ne serait-il pas une abréviations de passif ?

Paffer

(Rigaud, 1881) : Enivrer. Rendre paf.

Paffer (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Boire avec excès.

Paffer, empaffer

(Larchey, 1865) : Enivrer.

Au milieu de cette plèbe bariolée qui se paffe de vin bleu.

Delvau.

Nous allons à la Courtille nous fourrer du vin sous le nez, quand nous sommes bien empaffés.

Vidal, 1838

Viennent de Paf qui représentait au dix-huitième siècle la goutte d’aujourd’hui ; comme elle, paf s’appliquait surtout à l’eau-de-vie. En voici de nombreux exemples.

Viens plutôt d’amitié boire nous trois un coup de paffe.

Vadé, 1758.

Voulez-vous boire une goutte de paf. — J’voulons bien. — Saint-Jean, va nous chercher d’misequier d’rogome.

1756, l’Écluse.

Il m’proposit le paf. Ça me parlit au cœur si bien, que j’y allis… dans une tabagie de la rue des Boucheries, où que j’bure du ratafia après le coco.

Rétif, 1778, Contemp., 1783.

Il doit y avoir parenté entre le paf du dix-huitième siècle et l’eau d’aff de l’argot moderne.

Tu vas me payer l’eau d’aff ou je te fais danser.

E. Sue.

Paffs

(Virmaître, 1894) : Souliers. C’est à peu près le meilleur mot d’argot pour désigner le bruit que fait le marcheur en frappant le sol du pied. C’est une image : paff ! Paff ! (Argot du peuple).

Pafs

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Chaussures, neuves ou d’occasion.

Pagaie (mettre en)

(Rigaud, 1881) : Farce qu’au régiment les anciens font aux conscrits, qui trouvent leurs lits arrangés en bascule ; d’où des culbutes et des occasions de se divertir aux dépens des bleus. C’est-à-dire mettre un camarade aux prises avec une plaisanterie qui n’est pas gaie pour lui.

Page blanche

(Delvau, 1867) : s. f. Homme distingué, ouvrier supérieur à son état, — dans l’argot des typographes. Être page blanche en tout. Ne se mêler jamais des affaires des autres ; être bon camarade et bon ouvrier.

(Rigaud, 1881) : Innocent. — Ouvrier instruit et travailleur, — dans le jargon des typographes.

Page blanche (être)

(Boutmy, 1883) : v. Être innocent de ce qui s’est fait. Cette locution s’emploie le plus souvent avec la négation : Dans cette affaire, dit le prote, vous n’êtes pas page blanche, c’est-à-dire vous êtes complice, ou vous y avez participé en quelque chose.

Page d’Alphand

(Fustier, 1889) : Égoutier, au service des travaux de la ville de Paris dont M. Alphand est le directeur.

Pagne

(un détenu, 1846) : Assistance, secours que se portent les voleurs entre eux.

(Larchey, 1865) : Secours envoyé à un détenu par un ami. (Vidocq).

(Delvau, 1867) : s. m. Provisions que le malade ou le prisonnier reçoit du dehors et qu’on lui porte ordinairement dans un panier. Argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Don en argent ou en nature fait à un détenu.

(Rigaud, 1881) : Lit, — dans le jargon des voyous.

(La Rue, 1894) : Lit. Don fait à un détenu, argent ou provisions.

(Virmaître, 1894) : Lit. Allusion au pagne qui entoure la taille des sauvages ; les draps cachent également la nudité de l’homme et de la femme (Argot du peuple). N.

(Virmaître, 1894) : Provision.

On n’les but’plus, car c’est un mauvais flanche,
Y en a toujours qui sont paumés marrons,
Mais sans r’niffler, pour eux on fait la manche,
On leur envoie le pagne au violon.
(Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Lit.

(Hayard, 1907) : Lit.

Pagne (le)

(Halbert, 1849) : Provision que le prisonnier reçoit du dehors.

Pagnoter

(Fustier, 1889) : Coucher. Pagnoter avec une grognasse. Coucher et faire la noce avec une femme.

(Rossignol, 1901) : Se coucher.

Pagnoter (se)

(La Rue, 1894) : Se coucher.

(Virmaître, 1894) : Se coucher. Malgré le double emploi, ou dit dans le peuple :
— Je vais me pagnoter dans mon pieu avec mes dardants (Argot du peuple).

Pagnotter

(Hayard, 1907) : Se coucher.

Pagode

(d’Hautel, 1808) : Petite figure de porcelaine qui a la tête mobile.
Faire la pagode ; remuer la tête comme une pagode. Se dit de ceux qui secouent souvent la tête ; ou dont la tête est toujours en mouvement.
Ce n’est qu’une pagode. Se dit de quelqu’un qui fait continuellement des gestes, des exclamations insignifiantes.

Paie (bonne)

(Delvau, 1867) : s. f. Homme qui fait honneur à sa parole ou à sa signature, — dans l’argot des bourgeois. Mauvaise paie. Débiteur de mauvaise foi. Il faut prononcer paye, à la vieille mode.

Païen

(d’Hautel, 1808) : Jurer comme un païen. N’avoir que des juremens à la bouche ; en mêler dans tous ses discours.

(Delvau, 1867) : s. m. Débauché, homme sans foi ni loi, ne craignant ni Dieu ni diable, — dans l’argot du peuple, qui emploie là une expression des premiers temps de notre langue.

Paies (c’est tout ce que tu) ?

(Rigaud, 1881) : Tu n’as pas quelque chose de plus agréable à dire ? — Et puis, après ça ? — Expression dont abusent les voyous quand on leur fait de la morale à gosier sec.

Prenez garde, mon fils ! la pente du vice est glissante ; tel qui commence par une peccadille peut finir sur l’échafaud ! — C’est tout ce que tu paies ?

(Randon.)

Paillard

(d’Hautel, 1808) : Un franc paillard. Libertin, homme impudique, qui s’adonne à la luxure.

(Delvau, 1864) : Libertin, homme qui aime la femme, et qui s’amuse avec elle, non comme un bourgeois qui obéit aux commandements de Dieu et à l’habitude, mais comme un gourmet qui e plaît à manger l’amour a toutes les sauces.

Vente, gresle, gelle, j’ai mon pain cuit ;
Je suis paillard, la paillarde me duit.

F. Villon.

Le paillard ! il y prenait donc bien du plaisir !

Mililot.

Le paillard, friand de donzelles,
S’était fait un vaste sérail.

J. Cabassol.

Paillarde

(Delvau, 1864) : Femme qui ne voit dans les hommes, quels qu’ils soient, ni des amants, ni des maris, mais des pines, et qui s’en sert avec une gloutonnerie à s’en donner des indigestions.

Tant que le bon ton durera.
Les honnêtes femmes paillardes
S’en tiendront aux soldats aux gardes.

Collé.

Paillarder

(d’Hautel, 1808) : Libertiner, s’adonner à la lubricité.

(Delvau, 1864) : Baiser une femme, ou seulement la peloter.

Il fut surpris paillardant derrière le grand autel.

B. Estienne.

Elle ne faisoit tout le jour que paillarder avec lui.

Brantôme.

Paillardise

(d’Hautel, 1808) : Impudicité, débauche lubrique.

(Delvau, 1864) : Libertinage, lubricité.

En fait de paillardise, nous l’entendons au suprême, et les dames du monde ne sont que des bêtes auprès de nous.

La Popelinière.

Paillasse

(d’Hautel, 1808) : Pour la bedaine, le ventre.
Il a bien bourré sa paillasse. Pour, il s’est bien repu, il a mangé d’une belle manière.
Il s’est fait crever la paillasse. Pour il s’est fait tuer ; il a été tué en se battant.

(d’Hautel, 1808) : Une paillasse de corps-de-garde. Femme livrée à la débauche la plus crapuleuse, et entièrement adonnée au vice, gourgandine qui fréquente les casernes, les corps-de-garde, et qui sert de divertissement aux soldats.
Serviteur à la paillasse. Pour dire, adieu à l’armée, ou il faut coucher sur la paille.

(d’Hautel, 1808) : Un paillasse. Nom que l’on donne par mépris à un mauvais comédien qui charge trop son rôle ; à un homme sans esprit qui fait le bouffon, le plaisant, et qui y réussit mal.

(Delvau, 1864) : Fille de la dernière catégorie, — la digne femelle du paillasson.

En avant, la femm’ du sergent !
Balancez, la femm’ dm fourrier,
Demi-tour, la femm’ du tambour,
Restez là, paillasse à soldat…

(La Leçon de danse, — chant guerrier.)

Eh ! titi ! oh ! èh ! là-bas,
Tiens ! est-c’ que tu déménages ?
— Pourquoi qu’ tu tiens ce langage ?
— C’est qu’ t’as ta paillass’ sous le bras.
— Eh ! non, mon vieux, c’est ma femme…

(Chanson populaire).

(Larchey, 1865) : Caméléon politique. — Allusion à la chanson de Béranger : Paillass’, mon ami, N’saut’ pas à demi, Saute pour tout le monde, etc. De là aussi est venu le synonyme de sauteur.

(Larchey, 1865) : Ventre. — La paille s’en échappe comme les intestins.

Il s’est fait crever la paillasse, il s’est fait tuer.

d’Hautel. 1808.

(Delvau, 1867) : s. f. Corps humain, — dans l’argot des faubouriens. Se faire crever la paillasse. Se faire tuer en duel, — ou à coups de pied dans le ventre. On dit aussi Paillasse aux légumes.

(Delvau, 1867) : s. f. Femme ou fille de mauvaise vie. On dit aussi Paillasse de corps de garde, et Paillasse à soldats.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme politique qui change d’opinions aussi souvent que de chemises, sans que le gouvernement qu’il quitte soit, pour cela, plus sale que le gouvernement qu’il met. On dit aussi Pitre et Saltimbanque.

(Rigaud, 1881) : Saltimbanque politique dont les opinions sont plutôt à vendre qu’à louer. — Celui qui saute à pieds joints sur ses promesses.

(Rigaud, 1881) : Fille publique, — dans le jargon des troupiers.

(La Rue, 1894) : Fille publique. Saltimbanque. Le corps humain. Se faire crever la paillasse, se faire tuer.

(Virmaître, 1894) : Femme. Un homme se promène, sa femme au bras ; il est rencontré par un ami :
— Tiens, tu déménages, Charlot ?
— Pourquoi donc ?
— Puisque t’as ta paillasse sous le bras (Argot du peuple). V. Boulet.

(Virmaître, 1894) : Pitre qui fait le boniment devant les baraques de saltimbanques. Paillasses : les hommes politiques qui servent tous les gouvernements, pourvu qu’ils paient.

Paillass’, mon ami,
N’saut’ pas à demi.
Saute pour tout le monde. (Argot du peuple).

Paillasse (bourrer la)

(Rigaud, 1881) : Manger. — N’avoir rien à fourrer dans la paillasse, n’avoir rien à manger.

Paillasse (brûler)

(Rigaud, 1881) : Partir en oubliant de déposer son offrande sur le coin de la cheminée d’une Vénus ambulante.

Paillasse (crever la)

(Rigaud, 1881) : Porter des coups de pied dans le ventre de quelqu’un. — Se faire crever la paillasse, se faire assommer à coups de pied dans le ventre.

Paillasse (manger sa)

(Rigaud, 1881) : S’agenouiller pour prier au pied de son lit, — dans le jargon des troupiers.

Paillasse à coups de poing

(Rigaud, 1881) : Femme d’ivrogne.

Paillasse à soldat

(Virmaître, 1894) : Femme sur laquelle tout un régiment couche. Mot à mot : qui sert de paillasse (Argot du peuple). N.

Paillasse à soldats

(Rigaud, 1881) : Fille à soldats. — Prostituée sans prétention qui rôdaille autour des casernes, quœrens quem devoret.

(Merlin, 1888) : Fille publique.

(Hayard, 1907) : Fille de garnison.

Paillasse de corps-de-garde

(Larchey, 1865) : Prostituée de dernier ordre. Comme les paillasses de corps-de-garde, elles changent continuellement de coucheurs. De là, le nom de paillasson donné aux hommes qui fréquentent les filles publiques, sans néanmoins être leurs souteneurs.

Chaque soir sur l’boul’vart, ma p’tite femm’ fait son trimar. mais, si el’s’porte s’l’paillasson, j’lui coup’la respiration. j’suis poisson.

Ancienne chanson d’argot.

Paillasson

(Delvau, 1864) : Homme trop porté sur son membre ; libertin à qui la qualité importe peu, pourvu qu’il ait la quantité.

J’ pine à l’œil et j’ m’en fais gloire,
C’est mon gout d’êtr’ paillasson.

(Chanson anonyme moderne.)

(Delvau, 1867) : s. m. Libertin, — dans l’argot du peuple. Signifie aussi souteneur de filles. Mais le premier sens est le plus usité, et depuis plus longtemps, comme en témoigne ce passage d’une chanson qui avait, sous la Restauration, la vogue qu’a aujourd’hui la chanson de l’Assommoir :

Chaque soir sur le boulevard
Ma petit’ femm’ fait son trimar,
Mais si elle s’port’ sus l’paillasson,
J’lui coup’ la respiration :
Je suis poisson !

(Rigaud, 1881) : Libertin qui ne craint pas de se frotter à toutes les paillasses des drôlesses.

Paillasson, quoi ! cœur d’artichaut. C’est mon genre : un’ feuill’ pour tout l’monde. Au jour d’aujourd’hui, j’gob’ la blonde ; Après-d’main, c’estlabrun’qu’im’faut.

(La Muse à Bibi, Le Paillasson.)

(Rigaud, 1881) : Homme aimé un moment pour lui-même, — dans le jargon des filles.

Celui avec lequel elle passe un caprice, auquel ce se donne sans lui demander de l’argent, un paillasson.

(Paris-vivant, La Fille. 1858.)

(La Rue, 1894) : Libertin. Amant de cœur.

Paillassonner

(Delvau, 1864) : Courir les gueuses.

(Rossignol, 1901) : Faire des paillons.

Paille

(d’Hautel, 1808) : Cela se vend comme de la paille. Manière exagérée de dire qu’une marchandise a un grand débit, une grande vogue ; qu’on l’enlève.
Lorsqu’un auteur traite de son manuscrit avec un libraire, il ne cesse de répéter à ce dernier : monsieur, mon ouvrage est unique en son genre ; il se vendra, s’enlèvera comme de la paille ; imprimez, tirez à grand nombre… Mais malheur au trop crédule libraire qui se laisse aller à ces prophéties présomptueuses que l’on voit si rarement se réaliser.
Un homme de paille vaut une fille d’or. Se dit pour montrer la supériorité de l’homme sur la femme.
À la paille. Terme de soldat qui se dit quand l’exercice est fini, et qui équivaut à, allez vous-en ; allez vous reposer.
Il est dans la paille jusqu’au ventre. Se dit de quelqu’un qui est dans un lieu où il a toutes ses commodités, tout en abondance.
On dit dans le même sens, Ils sont comme rats en paille.
Tirer à la courte-paille.
Se dit d’une chose que l’on tire au sort pour savoir à qui elle appartiendra.
Il a bien mis de la paille dans ses souliers. Se dit de quelqu’un qui s’est enrichi en fort peu de temps, et d’une manière illicite.
Il mourra sur la paille. Se dit d’un homme qui se ruine, qui dépense plus que sa fortune le lui permet.
Elle tire la paille. Se dit pour donner de la valeur à une chose quelconque, pour exprimer qu’elle est excellente, et par allusion à l’ambre, qui a la vertu de lever la paille.
Jeter la paille au vent. Ne savoir de quel côté on dirigera ses pas ; abandonner au hasard la marche d’une affaire.

(Larchey, 1865) : Dentelle (Vidocq). — Allusion à sa légèreté.

(Delvau, 1867) : s. f. Dentelle, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Bombage des cartes destiné à favoriser le coupage dans le pont. (Argot des grecs). Paille, dans leur jargon, est synonyme de pont.

Paille (c’est une)

(Virmaître, 1894) : Signe d’étonnement qui veut dire beaucoup, trop gros fardeau à porter : C’est une paille que de porter ça là bas (Argot du peuple). N.

Paille (c’est une) !

(Delvau, 1867) : Ce n’est rien ! Argot du peuple. L’expression est très ironique, et signifie toujours, dans la bouche de celui qui l’emploie, que ce rien est un obstacle sérieux.

Paille (homme de)

(Rigaud, 1881) : Prête-nom. Individu qui assume sur lui la responsabilité d’une affaire. En général l’homme de paille touche des appointements fixes et fait tout ce qui concerne son état : des dettes, des dupes et de la prison.

Paille au cul (avoir la)

(Larchey, 1865) : Être mis à la réforme. On sait qu’on expose, après y avoir attaché un bouchon de paille, les objets dont on veut se défaire isolément.

La paille au cul, repassez la frontière, Cafards Bourbons.

La Paille au cul, ch., 1832.

(Delvau, 1867) : Être réformé, congédié ; mis hors de service, par allusion au bouchon de paille qu’on met aux chevaux à vendre.

(Rigaud, 1881) : Étre vendu ou à vendre comme homme politique. Le journaliste qui vend sa plume, le député qui trafique de son vote, ont la paille au cul. Allusion au bouchon de paille que les maquignons mettent au derrière des chevaux qui sont à vendre.

(Virmaître, 1894) : Être mis à la réforme. L. L. S’en aller la paille au cul, c’est quitter le régiment en ayant encore de la salle de police ou de la prison à faire. Allusion à la paille sur laquelle couchent les prisonniers (Argot des troupiers). N.

(Hayard, 1907) : Quitter le régiment en sortant de prison.

Paille de fer

(Larchey, 1865) : Dans le récit d’un combat, H. Monnier fait dire à un vieux sergent :

À toi, à moi la paille de fer.

Allusion singulièrement pittoresque au hasard qui expose chaque combattant à un coup mortel. N’est-ce pas un vrai jeu de courte-paille ? — Seulement, les fétus sont des pointes meurtrières.

(Delvau, 1867) : s. f. Baïonnette, — dans l’argot des troupiers. Signifie aussi : Fleuret, Epée.

(Merlin, 1888) : Baïonnette.

Paille de fer (atoi, z’ à moi la)

(Rigaud, 1881) : Chacun à notre tour. Expression dont on se sert pour se stimuler. Deux ouvriers attelés à la même besogne, deux forgerons, principalement, qui frappent à tour de rôle sur le fer sortant de la forge, s’excitent au cri de : À toi, à moi la paille de fer ! La paille de fer c’est la barre de fer.

Tout d’un coup le drapeau tombe. On se jette dessus… À toi z’ à moi la paille de fer !

(Alph. Arnault et L. Judicis, Les Cosaques.)

Paille sur le tabouret (ne plus avoir de)

(Rigaud, 1881) : « On dit à présent en parlant d’un monsieur chauve comme un œuf : Il n’a plus de paille sur le tabouret. » (Tam-Tam, 1880.)

Pailler

(d’Hautel, 1808) : Il est fort sur son pailler. Signifie qu’un homme a de l’autorité, de la puissance chez lui ; qu’il sait se faire obéir dans sa maison.

(Rigaud, 1881) : Préparer une paille en battant les cartes. (L. Larchey)

Pailletée

(Delvau, 1867) : s. f. Drôlesse du boulevard, — dans l’argot des voyous, qui sont souvent les premiers a fixer dans la langue une mode ou un ridicule. Pour les curieux de 1886, cette expression voudra dire qu’en 1866 les femmes du monde interlope portaient des paillettes d’or partout, sur leurs voilettes, dans leurs cheveux, sur leurs corsages, etc. Elle a été employée pour la première fois en littérature par M. Jules Claretie. J’ai entendu aussi un voyou s’écrier, en voyant passer dans le faubourg Montmartre une de ces effrontées drôlesses qui ne savent comment dépenser l’or qu’elles ne gagnent pas : Ohé ! la Dantzick.

Paillette

(d’Hautel, 1808) : Des souliers à paillettes. Souliers où il y a beaucoup de clous, comme le sont ceux des porte-faix, des porteurs d’eau, et généralement de tous les hommes de peine.

Paillon

(Larchey, 1865) : Cuivre (Vidocq). — Allusion de couleur.

(Rossignol, 1901) : Infidélité. Une fille publique fait un paillon lorsqu’elle se donne à un homme et que ça ne lui rapporte rien.

Paillot

(Delvau, 1867) : s. m. Paillasson à essuyer les pieds, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Paillasson. — Plaquer la tournante sous le paillot, mettre la clé sous le paillasson.

Pain

(d’Hautel, 1808) : La rue au pain. Pour dire, le gosier, l’avaloir, la vallée d’Angoulême, de Josaphat.
C’est bien le pain. Locution vulgaire qui équivaut à, c’est bien ce qu’il faut ; cela fait bien mon affaire.
Pain de munition. Voy. Munition.
M. ou madame qui a le pain. Sobriquet que l’on donne par plaisanterie à celui ou celle qui se charge à table de servir le pain. On prononce calepin, comme si ces trois mots n’en faisoient qu’un.
Il n’y a pas long-temps qu’il mangeoit le pain d’un autre. Se dit par raillerie d’un homme qui fait le hautain, et dont la première condition étoit la domesticité.
Pain coupé n’a point de maître. Se dit par plaisanterie à table, lorsqu’en se trompant, on prend le pain de son voisin.
Il a mangé de plus d’un pain. Se dit d’un homme qui a vu du pays ; qui s’est trouvé dans des positions fort différentes les unes des autres.
Il sait son pain manger. Se dit d’un homme industrieux, intelligent, qui sait se tirer d’affaire.
Il ne vaut pas le pain qu’il mange. Se dit d’un homme oisif, paresseux et fainéant, qui ne fait œuvre de ses dix doigts.
Le pain lui vient quand il n’a plus de dents. Pour dire, que le bien arrive dans un temps où l’âge et les infirmités en ôtent toute la jouissance.
Avoir son pain cuit. Être à son aise, pouvoir vivre sans travailler ; avoir sa subsistance assurée.
C’est autant de pain cuit. Signifie qu’une chose que l’on a faite, et qui ne peut être employée pour le présent, servira dans un temps plus éloigné.
C’est du pain bien dur. Se dit d’un emploi pénible, dans lequel la nécessité contraint de rester.
Il a eu cette maison pour un morceau de pain. Pour dire à fort bon compte, à fort bas prix.
Faire passer le goût du pain à quelqu’un. Le faire mourir ; le tuer, l’assassiner.
Il a mangé le pain du roi. Pour, il a été plusieurs fois en prison.
Rendre le pain bénit, ou ses comptes. Manière basse et grossière de dire qu’un homme gorgé de nourriture la rejette, vomit.
Ôter le pain de la main de quelqu’un. Lui ôter les moyens de subsister.
Faire la guerre au pain. Manger avec appétit ou de fort gros morceaux de pain, comme le font les jeunes gens, et notamment les écoliers.
Chercher son pain. Pour dire mendier, demander l’aumône.

(Delvau, 1867) : s. m. Coussin de cuir, — dans l’argot des graveurs, qui placent dessus la pièce a graver, bois ou acier.

(Rigaud, 1881) : Soufflet, coup de poing sur le visage. Le mot pain traduit le bruit produit par un soufflet bien appliqué. Coller un pain, donner une gifle. M. Larchey écrit paing et donne poing comme étymologie. Passer chez paing, recevoir des coups.

(Rigaud, 1881) : Coussinet en cuir dont se servent les graveurs pour poser la planche à graver.

(La Rue, 1894) : Coup au visage.

(Hayard, 1907) : Coup.

Pain ? (et du)

(Larchey, 1865) : As-tu ou Ai-je de quoi manger ? — Donnez des conseils à un malheureux affamé, il vous ramène à la question par ces mots qui en résument toute l’immédiativité : Et du pain ? — Gavarni montre un masque abordant avec ces mots un domino femelle, qui l’attend, binocle sur les yeux :

Pus qu’ça de lorgnon… Et du pain ?

La question déchire d’un seul coup les faux dehors de cette femme élégante qui n’a peut-être pas dîné pour acheter des gants.

Pain (et du) !

(Delvau, 1867) : Exclamation ironique de l’argot du peuple, qui la coud à beaucoup de phrases, quand il veut refuser à des importuns ou se moquer de gens prétentieux. Ainsi : « As-tu cent sous à me prêter ? — Cent sous ! Et du pain ? » Ou bien à propos d’un gandin qui passe, stick à la bouche, pincenez sur l’œil : « Plus que ça de col ! Et du pain ? » etc.

Pain (et du) ?

(Rigaud, 1881) : Et le nécessaire ? Expression à l’adresse des gens qui font des dépenses peu en rapport avec leur position. — Réplique à une proposition extravagante sous le rapport de la dépense. — Demandez à un ouvrier convalescent pourquoi il ne mange pas, à tous ses repas, de bons biftecks saignants arrosés de bon vin de Bordeaux. Il répondra : Et du pain ?

Pain (faire perdre le goût du)

(Rigaud, 1881) : Tuer. — Je te ferai perdre le gout du pain.

Pain (ton, son)

(Rigaud, 1881) : Réplique qui, au régiment, équivaut à : « Rien du tout ». — Je vais t’étriller si tu m’em… bêtes. — Tu nés pas le diable ; tu étrilleras ton pain. — Le brigadier a dit qu’il te ficherait à Cours. — Il y f… son pain ; ici, toi, tu commandes ton pain.

Pain à 36 trous

(Merlin, 1888) : Biscuit de troupe.

Pain à cacheter

(Rigaud, 1881) : Entêté, — dans le jargon des voyous. L’homme entêté tient à son idée, comme le pain à cacheter tient au papier.

(Rigaud, 1881) : Hostie. — Tortorer le pain à cacheter, communier, — dans le jargon du peuple.

Pain à cacheter (le)

(Rigaud, 1881) : La pleine lune.

Pain bénit (c’est)

(Delvau, 1867) : Ce n’est que justice, c’est bien fait.

Pain cuit

(Rossignol, 1901) : Ne plus avoir longtemps à vivre.

Pain cuit (avoir son)

(Rigaud, 1881) : Avoir des rentes suffisantes pour vivre. Mot à mot : avoir sur la planche du pain cuit pour le restant de ses jours. — Être condamné à mort. Mot a mot : avoir du pain cuit sur la planche de la guillotine.

Pain de la bouche (oter le)

(Rigaud, 1881) : Empêcher quelqu’un d’obtenir un emploi, lui faire perdre sa place.

Pain polka

(Rigaud, 1881) : Pain long et plat de 4 livres, — dans le jargon des boulangers.

Pain quotidien (le)

(Delvau, 1864) : L’acte vénérien, qu’un mari et une femme, ou plutôt un amant et une maîtresse accomplissent volontiers chaque jour, matin et soir, sans y manquer, — de peur de laisser mourir leur amour d’inanition.

Le mari et la femme, cela est bon, vois-tu, mais il n’est pas encore si bon que les autres, à cause qu’il est plus ordinaire et que c’est leur pain quptidien.

Mililot.

La plus aimable des comtesses,
Ne refusez pas votre bien ;
Tous les jours quatre politesses
Seront votre pain quotidien.

Collé.

Pain raté

(Rigaud, 1881) : Pain entamé par les rats, pain trop dur. — Pain ars, pain brûlé. — Pain métourné, pain trop petit, — dans le jargon des boulangers. Pain à grigne, pain fendu.

Pain rouge (manger du)

(Halbert, 1849) : Vivre d’assassinats.

Pain sur la fournée (prendre un)

(La Rue, 1894) : Prendre des arrhes sur le mariage.

Pain sur la planche (avoir du)

(Merlin, 1888) : Avoir une collection de punitions.

Pain-là (ne pas manger de ce)

(Rigaud, 1881) : Repousser une proposition, un gain indignes d’un honnête homme.

Pains (faire des petits)

(La Rue, 1894) : Amadouer.

Pains (passer chez)

(La Rue, 1894) : Battre à coups de poing.

Paire

(d’Hautel, 1808) : Être ensemble comme une paire d’amis. Vivre en bonne intelligence et en familiarité.
Une paire de soufflets. Pour dire deux soufflets appliqués à la fois et de la même main.
Les deux font la paire. Se dit en mauvaise part de deux personnes de mêmes inclinations, qui font société ensemble ; pour exprimer qu’elles se ressemblent parfaitement ; qu’elles sont bien appariées ; ou qu’elles ne valent pas mieux l’une que l’autre.

Paire (se faire la)

(Hayard, 1907) : Se sauver.

Paire de cymbales

(Delvau, 1867) : s. f. Pièce de dix francs, — dans l’argot facétieux des faubouriens.

Paire de manches (c’est une autre)

(Rigaud, 1881) : C’est bien différent.

Paître

(d’Hautel, 1808) : Qu’il aille paître. Se dit, pour se débarrasser de quelqu’un qui importune par ses demandes continuelles, et équivaut à, qu’il aille se promener ; qu’il aille au diable.

Paix

(d’Hautel, 1808) : Dieu lui fasse paix. Se dit en parlant d’une personne morte, pour exprimer qu’on lui pardonne tout le mal qu’elle a fait de son vivant.

Paix-là

(Rigaud, 1881) : Huissier-audiencier. Le cri de l’homme pour l’homme même.

Palabre

(Delvau, 1867) : s. m. Discours ennuyeux, prudhommesque, — dans l’argot du peuple, qui a emprunté ce mot aux marins, qui l’avaient emprunté à la langue espagnole, où, en effet, palabra signifie parole.

(Virmaître, 1894) : Discours ennuveux, prudhommesque. Palabra, en langue espagnole, signifie parole, il est vrai, mais ce n’est pas le sens dans le langage populaire. Palabre trembleuse : figure de bourgeois qui tremble à propos de rien, qui a peur de son ombre, qui se cache au moindre bruit. Palabre signifie figure :
— Le biffard a tellement la frousse que sa palabre défargue (Argot du peuple). N.

(Hayard, 1907) : Discours ennuyeux.

Paladier

(anon., 1827) : Un pré.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Prairie.

(Bras-de-Fer, 1829) : Pré.

(Halbert, 1849) : Un pré.

Paladin

(d’Hautel, 1808) : Faire le paladin. Faire l’important, le fat ; se faire passer pour quelque chose.

Palais

(Virmaître, 1894) : Pièce de cinq francs. Allusion à la forme plate du palais qui sert pour jouer au tonneau (Argot du peuple). V. Tune.

Palais du four

(Delvau, 1867) : s. m. Monument élevé par Charles Monselet, dans le Figaro, en l’honneur des victimes malheureuses de la littérature et de l’art, des artistes et des gens de lettres qui, en croyant faire une œuvre digne d’admiration, n’ont fait qu’une œuvre digne de risée.

Palantin

(d’Hautel, 1808) : Nigaud, lambin, niais, badaud, janot, musard, fainéant, paresseux.

Palantiner

(d’Hautel, 1808) : Niaiser, lambiner, muser ; être toujours en extase ; bayer aux corneilles, fainéantiser.

Pale

(Delvau, 1867) : s. m. As et deux, — dans l’argot des joueurs de dominos. Asinet. As tout seul.

Pâle (du)

(Rigaud, 1881) : La couleur blanche au jeu de dominos. — Les professeurs de dominos disent également la blancheur en ajoutant le nom d’une dame blonde de leur connaissance, délicat hommage à la beauté.

Palefrenier

(d’Hautel, 1808) : Valet qui panse les chevaux ; et non palefermier, comme le disent les personnes sans éducation.

Palet

(Fustier, 1889) : Argent.

(La Rue, 1894) : Pièce de 5 francs.

Paletot

(Delvau, 1867) : s. m. Cercueil, — dans l’argot des marbriers de cimetière.

(Rigaud, 1881) : Cercueil, — dans l’argot des marbriers de cimetière. (A. Delvau)

Paletot court

(Fustier, 1889) : Une des dernières incarnations du gommeux.

Les poisseux essayèrent de prévaloir, mais ils n’étaient en somme que des gommeux déguisés ; ils n’eurent aucun succès. A présent, nous avons les paletots courts.

(La Comédie moderne, journal, 1882.)

Paletot de sapin

(La Rue, 1894) : Cercueil.

Paletot sans manche

(Rossignol, 1901) : Cercueil.

Palette

(d’Hautel, 1808) : Cela sent la palette. Se dit d’un tableau fait par un peintre médiocre dont le défaut consiste à mal éteindre ses couleurs, ce qui rend les touches trop crues.

(Delvau, 1867) : s. f. Guitare, — dans l’argot des musiciens ambulants.

(Rigaud, 1881) : Grande et large dent. — Guitare de musicien ambulant.

Pâlichon

(Delvau, 1867) : s. m. Double blanc, — dans l’argot des joueurs de dominos. Ils disent aussi Blanchinet.

Pâlir

(La Rue, 1894) : Tuer.

Palladier

(Rigaud, 1881) : Pré, — dans l’ancien argot.

Pallas

(Delvau, 1867) : s. m. Discours, bavardage, — dans l’argot des typographes et des voleurs. Faire pallas. Faire beaucoup d’embarras à propos de peu de chose.

(Rigaud, 1881) : Beau, joli, — dans l’argot des barrières. Déformation de « pas laid ».

(Rigaud, 1881) : Harangue de banquiste.

Ensuite il commence tout à coup son pallas d’une voix sourde et vibrante à la fois.

(V. Fournel, Ce qu’on voit dans les rues de Paris.)

(Boutmy, 1883) : s. m. Discours emphatique ou plutôt amphigourique. C’est sans doute par une réminiscence classique qu’on a emprunté ironiquement pour désigner ce genre de discours l’un des noms de la sage Minerve, déesse de l’éloquence. Que de pallas finissent par des mastics !

(La Rue, 1894) : Beau, joli. Boniment du banquiste. Faire pallas, faire des manières.

(Virmaître, 1894) : Discours.
— Tu ne vas pas bientôt nous lâcher le coude avec ton pallas à dormir debout.
— Viens-tu entendre le bénisseur, il va pallasser sur la tombe de son ami (Argot des voleurs).

(Hayard, 1907) : Ce mot à deux significations : comme substantif il veut dire : discours, boniment ; comme adjectif il signifie : beau superbe.

Pallas (faire)

(Larchey, 1865) : Faire des façons, des embarras. — L’argot paraît s’être piqué là de certaines connaissances mythologiques, car Minerve faisait parfois la renchérie.

Au pré finira ton histoire, et là l’on n’y fait plus pallas.

Vidocq.

(Rigaud, 1881) : Faire des embarras, prendre de grands airs comme en prennent les saltimbanques en débitant leurs boniments.

Pallas (faiseur de)

(Rigaud, 1881) : Faiseur d’embarras. — Saltimbanque débitant son boniment.

Pallasser

(Boutmy, 1883) : v. intr. Faire des phrases, discourir avec emphase.

Pallasseur

(Delvau, 1867) : s. m. Faiseur de discours, bavard.

(Boutmy, 1883) : s. m. Celui qui a l’habitude de faire des phrases, des pallas.

(La Rue, 1894) : Faiseur de belles phrases, de pallas.

(Virmaître, 1894) : Individu qui parle d’abondance, longuement, sur tout ce qu’il ne sait pas.
— Gare aux inondations ! le pallasseur a ouvert son robinet (Argot du peuple).

Pallot

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Paysan.

(Halbert, 1849) : Paysan.

(Larchey, 1865) : Paysan (Vidocq). — Au moyen âge, palot signifiait bêche. V. Roquefort.

Pallots

(anon., 1827) : Paysans.

(Bras-de-Fer, 1829) : Paysans.

Palmarès

(Rigaud, 1881) : Liste des récompenses accordées aux lycéens, le jour de la distribution des prix à la Sorbonne. De palma, palme.

Palmé

(Delvau, 1867) : s. et adj. Homme bête comme une oie, — dans l’argot du peuple.

Palmé (être)

(Fustier, 1889) : Avoir les palmes d’officier d’Académie. Locution ironique et plus que familière.

Quand le maire ne reçoit pas le ruban rouge, il reçoit le ruban violet, il est palmé.

(Illustration, juillet 1885.)

Palot

(d’Hautel, 1808) : Terme de mépris, un rustre, un lourdaud ; homme brusque et grossier, sans principes ni instruction.

Pâlot

(La Rue, 1894) : Paysan.

Pâlot, Pâlotte

(Rigaud, 1881) : Paysan, paysanne ; de palea, paille.

Pâlote

(La Rue, 1894) : Lune.

Pâlotte (la)

(Rigaud, 1881) : La lune, — dans le jargon des voleurs.

Palper

(d’Hautel, 1808) : Palper les écus. Aller recevoir de l’argent ; aimer à toucher, à compter des écus.

(Larchey, 1865) : Toucher de l’argent (d’Hautel, 1808).

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Toucher de l’argent, — dans l’argot des employés.

(Rigaud, 1881) : Recevoir de l’argent, toucher ses appointements, — en terme de bureaucrate.

(Rossignol, 1901) : Toucher. — « Laisse-moi te palper, voir si tu n’as pas mon tabac. » — « j’ai palpe mes appointements. »

Palper (pouvoir se)

(Fustier, 1889) : Ne pas obtenir ce que l’on désire. C’est une variante de pouvoir se fouiller. (V. ce mot au Dictionnaire.)

C’est pour ça que vous m’avez fait monter ? Ah bien ! Vous pouvez vous palper, par exemple !

(Événement, octobre 1885.)

Palpeur

(Virmaître, 1894) : Juge d’instruction. Il palpe en effet les prisonniers pour les faire avouer. Cette expression est plus jolie que l’ancienne : curieux (Argot des voleurs). N.

Palpitant

(anon., 1827) : Cœur.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Cœur.

(Bras-de-Fer, 1829) : Cœur.

(Halbert, 1849) : Cœur.

(Larchey, 1865) : Cœur ému. V. Coquer, Battant.

(Delvau, 1867) : s. m. Le cœur, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Cœur, — dans l’ancien argot.

(La Rue, 1894) : Cœur.

(Virmaître, 1894) : Le cœur (Argot des voleurs). V. Grand ressort. N.

Palpitant (le)

(Hayard, 1907) : Le cœur.

Paltoquet

(d’Hautel, 1808) : Terme de mépris, homme grossier, lourd et épais ; un rustre, un iroquois.

(Delvau, 1867) : s. m. Drôle, intrus, balourd, — dans l’argot des bourgeois.

Pâmer

(d’Hautel, 1808) : Se pâmer de rire. Rire à gorge déployée ; comme un fou.
Faire la carpe pâmée. Feindre de se trouver mal ; faire la bégueule, la dégoûtée, la dédaigneuse ; ainsi que le pratiquent les petites maîtresses et les damoiseaux.

Pâmer (se)

(Delvau, 1864) : S’évanouir agréablement en jouissant, soit lorsqu’on se branle, soit lorsqu’on est femme et qu’on sent besogner vigoureusement le mâle.

La nature entière se pâme
Sous le vit du plus beau des dieux.

Anonyme.

Pameur

(Delvau, 1867) : s. m. Poisson, — dans l’argot des voleurs qui ont remarqué que les poissons une fois hors de leur élément natal, font les yeux blancs.

Pâmeur

(Rigaud, 1881) : Poisson, — dans le jargon des voleurs. Hors de l’eau, il se pâme.

(La Rue, 1894) : Poisson.

Pâmoisir

(d’Hautel, 1808) : Terme des halles, pour tomber en pâmoison, en défaillance, en foiblesse.

Pampine

(d’Hautel, 1808) : Terme bas et trivial, surnom que l’on donne parmi le peuple à une fille de mauvaise vie, qui fréquente les lieux de débauche ; équivaut à coureuse, barbotteuse, crapule, etc.

(Rigaud, 1881) : Sœur de Charité, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Sœur de charité. Viande de basse qualité.

(Virmaître, 1894) : Sœur de charité (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Viande de basse qualité (terme de boucher).

(Hayard, 1907) : Sœur, béguine, nonne.

Pamure

(Delvau, 1867) : s. f. Soufflet violent, à faire pâmer de douleur la personne qui le reçoit, — dans l’argot des faubouriens et des paysans de la banlieue de Paris.

(Rigaud, 1881) : Soufflet bien appliqué.

(La Rue, 1894) : Violent soufflet.

Pan

(d’Hautel, 1808) : Pan ! le voilà tombé. Mimologisme qui exprime le bruit que fait une chose qui tombe ou s’écroule subitement.

Pana

(Rigaud, 1881) : Chapeau de paille ; pour panama, — dans le jargon des voyous. — Pana patriotique, chapeau de paille tricolore.

Pana, panailleux

(Larchey, 1865) : « Vieux pana se dit d’un homme avare, Laid et âgé, qui se laisse difficilement ruiner par les lorettes. Les panas s’emploient dans le Dictionnaire de la Curiosité comme exemple de tessons, de loques, de débris de toutes sortes, et ceux qui les vendent sont des panailleux. » — Champfleury. — Pana est une forme de panné. — Panailleux viendrait plutôt du vieux mot penaille : guenille.

Panaché

(d’Hautel, 1808) : Ma petite parole panachée. Locution ridicule qui a été long-temps très à la mode parmi les petits-maîtres de Paris, qui s’en servoient continuellement dans un sens affirmatif, pour persuader que ce qu’ils disoient étoit digne de foi, qu’on devoit les en croire sur parole.

(Fustier, 1889) : Plat de haricots verts et de flageolets mélangés.

Dans l’estomac de la victime on a trouvé des haricots verts et des flageolets. Si le plat se composait de ces deux légumes, un panaché, comme on dit…

(Figaro, 1882.)

Panache (avoir le)

(Rigaud, 1881) : Être gris.

Panachée (conversation)

(Rigaud, 1881) : Conversation variée. Allusion aux glaces panachées, fruit et crème.

Panacher

(Delvau, 1867) : v. a. Mélanger, mêler, — dans l’argot du peuple, qui emploie ce verbe au propre et au figuré, à propos des choses et à propos des gens.

Panade

(Larchey, 1865) : Sans consistance. — Allusion à la soupe de ce nom.

Notre gouvernement est joliment panade !

Ricard.

(Larchey, 1865) : Chose sans valeur (Vidocq). — De Panne.

(Delvau, 1867) : s. et adj. Chose molle, de peu de valeur ; femme laide. Argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Personne mal mise, malpropre, laide. — Personne sans énergie. — Objet de rebut. En un mot tout ce qui est panne : homme, femme ou chose.

(La Rue, 1894) : Personne laide ou misérable, vannée. Objet de rebut. Misère.

(Virmaître, 1894) : Soupe de pain qui mijote lentement sur un feu doux. Dans le peuple, être dans la panade, c’est être dans, la misère. Allusion à ce que la panade est généralement faite avec des croûtes de pain (Argot du peuple). N.

(Hayard, 1907) : Être dans la misère.

Panader

(d’Hautel, 1808) : Se panader. Se mitonner, se dorlotter, se délicater ; faire le hautain, l’orgueilleux ; se carrer, marcher avec ostentation.

Panailleux

(Rigaud, 1881) : Marchand de verres cassés, misérable, dénué de tout.

Panais

(Virmaître, 1894) : Pan de chemise. Être en panais, être en chemise. Dans le peuple, panais est employé comme négation.
— Veux-tu me prêter cent sous ?
— Des panais, tu le fouterais de ma fiole (Argot du peuple). N.

(Hayard, 1907) : Chemise ; pan de chemise.

Panais (des) !

(Rigaud, 1881) : Formule négative, équivalente à non, jamais. On dit en allongeant : Des panais, Rosalie !

Panais (en)

(La Rue, 1894) : En chemise.

Panais (être en)

(Delvau, 1867) : Être en chemise, sans aucun pantalon.

(Rigaud, 1881) : Être en chemise.

Panama

(Larchey, 1865) : Chapeau tressé avec des joncs que nos fabriques vont chercher à Panama.

J’ai dû chanter contre la crinoline et m’égayer aux frais du panama.

J. Choux.

De 1858 à 1860, le panama fut à la mode. Une société dite des Moyabambines se forma pour l’exploiter, ce qu’il faut savoir pour comprendre cet exemple :

Que de coquins coiffés de moyambines (sic).

Id.

(Delvau, 1867) : s. m. Gandin, — dans l’argot du peuple, qui dit cela par allusion à la mode des chapeaux de Panama, prise au sérieux par les élégants. Le mot s’applique depuis aux chapeaux de paille quelconques.

(Delvau, 1867) : s. m. Écorce d’arbre exotique qui sert à dégraisser les étoffes.

(Rigaud, 1881) : Bévue énorme, dans la composition, l’imposition ou le tirage. (Jargon des typographes, Boutmy.) Allusion aux larges bords des chapeaux dits panama.

(Boutmy, 1883) : s. m. Bévue énorme dans la composition, l’imposition ou le tirage, et qui nécessite un carton ou un nouveau tirage, ce qui occasionne une perte plus ou moins considérable. D’où chez le patron, bœuf pyramidal qui se propage quelquefois de proche en proche jusqu’à l’apprenti.

Panamiste

(Virmaître, 1894) : Cette expression date de 1892. Ce sont les dénonciations faites par M. Andrieux contre les 104 députés qui auraient touché des chèques à la caisse du Panama qui ont donné naissance à ce mot (Argot du peuple). N.

(Hayard, 1907) : Qui a touché de l’argent dans l’affaire du Panama. (Ce mot est usuel).

Panaris

(Rigaud, 1881) : Belle-mère. Un panaris fait beaucoup souffrir, une belle-mère aussi.

Panaris crevé. Prendre train de plaisir, 11 heures 45.

(Tam-Tam, du 16 mai 1880.)

(Rossignol, 1901) : Femme méchante, mauvaise.

Panas

(Rigaud, 1881) : Épaves d’objets de toilette, vieilleries en tous genres.

Pancart

(d’Hautel, 1808) : Saint-Pancart. Le jour de mardi gras. On dit aussi d’un homme extrêmement gros et large, d’un embonpoint volumineux, qu’Il ressemble à Saint-Pancart.

Pancrace

(d’Hautel, 1808) : Le docteur Pancrace. Sobriquet dérisoire et comique que l’on donne à un médecin dont les cures ne sont pas merveilleuses.

Pandore

(d’Hautel, 1808) : C’est la boîte à Pandore. Se dit d’une femme, qui, sous des dehors séduisans, cache une ame noire et atroce, par allusion à la boîte que Jupiter donna à la femme d’Épiméthée, et où tous les maux imaginables étoient renfermés.

Pane

(un détenu, 1846) : Misère.

Panet

(Rossignol, 1901) : Pan de chemise.

Panier

(d’Hautel, 1808) : Il est resté sot comme un panier percé. Se dit d’un homme que l’on prend en faute, et qui, stupéfait, embarrassé, ne peut rien alléguer pour sa défense.
C’est un panier percé. Pour dire, un dépensier, un prodigue, un dissipateur ; un sot, un ignorant, un homme dont la mémoire est courte et infidèle.
Il ne faut pas mettre tous ses œufs dans un panier. Pour, il ne faut pas engager tout son avoir dans une seule entreprise ; ou fonder toutes ses espérances sur un seul objet.
L’anse du panier ; le ferrement de mule. Vol, exaction des domestiques sur les achats qu’ils font pour leurs maîtres.

(Larchey, 1865) : Voiture basse en osier, à la mode vers 1860.

Ange ! tu m’as transporté. Si une calvitie invétérée ne te fait pas peur, je suis homme à mettre à tes pieds un panier en pur osier.

Les Pieds qui r’muent, 1864.

(Virmaître, 1894) : Lit.
— Mon petit homme, veux-tu venir avec moi faire une séance de panier, tu verras comme je suis… aimable (Argot des filles).

(Hayard, 1907) : Lit.

Panier (recevoir le)

(Rigaud, 1881) : C’est, dans le langage des filles en traitement à Saint-Lazare, recevoir des aliments ou des friandises apportés du dehors. Mot à mot : recevoir le panier aux provisions.

Panier à crottes

(Rossignol, 1901) : Le derrière.

Panier à deux anses

(Larchey, 1865) : Voir anses.

(Virmaître, 1894) : Avoir une femme à chaque bras (Argot du peuple).

Panier à salade

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Voiture destinée à transporter les prisonniers.

(M.D., 1844) : Voiture dans laquelle on transfère les détenus.

(Halbert, 1849) : Voiture des prisons.

(Larchey, 1865) : « Geôle roulante appelée par le peuple dans son langage énergique des paniers à salade… Voiture à caisse jaune montée sur deux roues et divisée en deux compartiments séparés par une grille en fer treillissé… Ce surnom de panier à salade vient de ce que primitivement la voiture étant à claire-voie de tous les côtés, les prisonniers devaient y être secoués absolument comme des salades. » — Balzac.

(Delvau, 1867) : s. m. Voiture affectée au service des prisonniers, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Souricière.

(Delvau, 1867) : s. m. Petite voiture en osier à l’usage des petites dames, à la mode comme elles et destinée à passer comme elles.

(Rigaud, 1881) : Fourgon destiné au transport des prisonniers. Le panier à salade va, deux fois par jour, chercher aux différents postes de police le contingent déclaré bon pour le dépôt de la préfecture. Le nom de panier à salade est dû aux cahots que procure ce véhicule mal suspendu. Les prisonniers auxquels le gouvernement ne peut pas fournir des huit-ressorts y sont secoués comme la salade dans un panier.

(La Rue, 1894) : Fourgon cellulaire.

(Virmaître, 1894) : Voilure cellulaire pour conduire les prisonniers des postes de police au Dépôt de la préfecture, ainsi nomnée parce qu’autrefois cette voiture était à claire-voie (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Voiture spéciale que l’on fait prendre aux détenus pour les conduire des postes de police au dépôt, ou encore d’une prison préventive à l’instruction ou au tribunal correctionnel.

(Hayard, 1907) : Voiture servant à transporter les gens en prévention et les condamnés.

Panier au pain

(Delvau, 1867) : s. m. L’estomac. Les ouvriers anglais ont la même expression : bread basket, disent-ils.

(Rigaud, 1881) : Ventre.

Au premier atout dans le panier au pain, faut pas caner.

(L’art de se conduire dans la société des pauvres bougres.)

Panier aux crottes

(Delvau, 1867) : s. m. Le podex et ses environs, — dans l’argot du peuple. Remuer le panier aux crottes. Danser.

(Rigaud, 1881) : Derrière.

Et pas de musique au dessert, bien sûr pas de clarinette pour secouer le panier aux crottes des dames.

(L’Assommoir.)

C’est une variante moderne de l’ancien « pot aux crottes ».

Jamais on ne vid si bien remuer le pot aux crottes ny secouerle jarret.

(Le facétieux réveille-malin des esprits mélancholiques, 1654.)

Panier aux ordures

(Delvau, 1867) : s. m. Le lit, — dans l’argot des faubouriens.

Panier percé

(Delvau, 1867) : s. m. Prodigue, dépensier, — dans l’argot des bourgeois.

(Virmaître, 1894) : Homme qui n’a rien à lui. Allusion au panier sans fond que jamais on ne peut emplir (Argot du peuple).

(Hayard, 1907) : Homme qui dépense tout.

Panier, Panier aux ordures

(Rigaud, 1881) : Lit, — dans le jargon du peuple.

Paniotter (se)

(Rigaud, 1881) : Se mettre au lit, — dans le jargon du peuple ; c’est-à-dire se mettre dans le panier. L’expression est également usitée au régiment.

Panique

(d’Hautel, 1808) : Une terreur panique. Fausse alarme ; frayeur subite et sans fondement.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Peur. Avoir la panique, ou se paniquer, avoir peur, se tenir sur ses gardes.

Paniquer (se)

(Rigaud, 1881) : Avoir peur, avoir la panique. (Mémoires d’un forçat, 1829.)

Panna

(Delvau, 1867) : s. m. Chose de peu de valeur, bonne à jeter aux ordures.

Panne

(d’Hautel, 1808) : Il a deux doigts de panne. Se dit en plaisantant d’un homme qui est extrêmement gras.

(Larchey, 1865) : Misère.

Il est dans la panne et la maladie.

Ricard.

(Delvau, 1867) : s. f. Misère, gène momentanée, — dans l’argot des bohèmes et des ouvriers, qui savent mieux que personne combien il est dur de manquer de pain.

(Delvau, 1867) : s. f. Rôle de deux lignes, — dans l’argot des comédiens qui ont plus de vanité que de talent, et pour qui un petit rôle est un pauvre rôle. Se dit aussi d’un Rôle qui, quoique assez long, ne fait pas suffisamment valoir le talent d’un acteur ou la beauté d’une actrice.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme qui n’a pas un sou vaillant, — dans l’argot des filles, qui n’aiment pas ces garçons-là.

(Rigaud, 1881) : Grande misère ; ruine complète.

Ce fut alors, madame Alcide, que commença votre grande panne.

Ed. et J. de Goncourt.

Ils sont tournés comme Henri IV sur le Pont-Neuf et m’font l’effet de n’son-ger qu’à faire la noce, au risque d’être dans la panne et de se brosser le ventre après.

É. de la Bédollière, Les Industriels.

En terme de théâtre, bout de rôle.

Plus de rôles à jambes, et une panne de dix lignes dans ta nouvelle féerie !.. Ah ! Ernest, vous ne m’aimez plus.

J. Pelcoq, Petit journal amusant.

Il faut vous dire que tous mes camarades, étant jaloux de moi, s’arrangeaient de manière à avoir les bons rôles, tandis que moi, on me donnait les pannes… les bouche-trous !..

P. de Kock, Le Sentier aux prunes.

En terme d’atelier, mauvais tableau.

Qu’est-ce que c’est que cette panne ? C’est assez mal léchéI, merci.

J. Noriac, Têtes d’artistes.

(La Rue, 1894) : Gêne, misère. Bout de rôle au théâtre.

Panné

(Larchey, 1865) : Misérable.

Ça marche sur ses tiges, ben sûr ! Pas pus de braise que dans mon œil. Ohé ! panné ! panné !

Ricard.

Du vieux verbe pannir : priver, retrancher, voler. V. Roquefort.

(Rigaud, 1881) : Ruiné, misérable.

Et puis ces marchands font les pannés ; mais il ne faut pas les croire.

(P. d’Ariglemont.)

Panné comme la Hollande

(Rigaud, 1881) : Très pauvre, très misérable d’aspect.

Panneau

(d’Hautel, 1808) : Crever dans ses panneaux. Éprouver un dépit intérieur et secret, qu’on ne peut manifester ; être hors de soi.
Donner dans le panneau. Tomber dans un piège, se laisser entraîner par de belles paroles.

Panner

(Delvau, 1867) : v. a. Gagner au jeu, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Gagner au jeu, — dans le jargon des voyous.

(La Rue, 1894) : Gagner au jeu.

Pannesard, parmezard

(La Rue, 1894) : Pauvre.

Panoteur

(Rigaud, 1881) : Braconnier.

(La Rue, 1894) : Braconnier.

Panoufle

(Larchey, 1865) : Perruque (Vidocq). — Du vieux mot panufle : guenille. V. Du Cange.

(Delvau, 1867) : s. f. Vieille femme ou vieille chose sans valeur, — dans l’argot du peuple, qui fait allusion au lambeau de peau qu’on mettait encore, il y a quelques années, aux sabots pour amortir le contact du bois. Signifie aussi Perruque.

(Rigaud, 1881) : Perruque ; de panufle — chausson. En effet la perruque ne chausse-t-elle pas la tête ?

(La Rue, 1894) : Perruque. Vieille femme.

Panse

(d’Hautel, 1808) : Il s’est fait crever la panse. Pour, il s’est fait tuer, il est mort dans un duel, dans une bataille.
Avoir la panse pleine. Pour avoir le ventre rempli. Voyez Après.

Pansé

(d’Hautel, 1808) : Cet homme est bien pansé. Pour, il a bien bu, bien mangé ; il est rassasié.

Panser de la main

(Delvau, 1867) : v. a. Battre, donner des coups, — dans le même argot [du peuple].

Pansu

(d’Hautel, 1808) : Qui a une grosse panse ; synonyme de ventre.

(Virmaître, 1894) : Terme de mépris employé par le peuple ; pour qualifier un bourgeois qui fait un dieu de son ventre et qui a une panse arrondie. Pansu : égoïste qui ne songe qu’à lui (Argot du peuple). N.

Pantalon

(d’Hautel, 1808) : Bouffon, batteleur, qui amusé les autres par des farces et des plaisanteries.
À la barbe de pantalon. Pour dire au nez, à la barbe, en présence et en dépit de celui que la chose intéresse le plus.

(Fustier, 1889) : Faire pantalon, dans le langage des écrivains, c’est ne pas atteindre le bas de la feuille de papier sur laquelle on écrit.

Pantalon garance (donner dans le)

(Rigaud, 1881) : Aimer les militaires, avoir un ou plusieurs amoureux parmi les officiers.

Pantalon rouge

(Delvau, 1867) : s. m. Soldat de la ligne, — dans l’argot des ouvriers. On dit aussi Pantalon garance.

Pantalonnade

(d’Hautel, 1808) : Bouffonnerie ; fausse démonstration d’amitié ; joie feinte ; subterfuge, simagrées, grimaces pour se tirer d’embarras.
Je suis au fait de toutes ses pantalonnades. Pour dire de toutes ses simagrées, de toutes ses farces.

Pantalonner

(Rigaud, 1881) : Tendre à la force du poignet le pantalon de tricot d’une danseuse.

M. Pointe pantalonne la volumineuse Delaquit.

(Charles de Boigne.)

Pantalonner une pipe

(Delvau, 1867) : v. a. La fumer jusqu’à ce qu’elle ait acquis cette belle couleur bistrée chère aux fumeurs. Je n’ai pas besoin d’ajouter que c’est le même verbe que culotter, mais un peu plus décent, — pas beaucoup.

Pantalons

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Petits rideaux destinés à dérober au public la vue des coulisses, qui sans cette précaution s’apercevraient par les portes ou les fenêtres du fond et nuiraient à l’illusion de la mise en scène.

Pantalzar

(Delvau, 1867) : s. m. Pantalon, — dans l’argot des faubouriens.

Pante

(Clémens, 1840) : Dupe.

(Delvau, 1867) : s. m. Le monsieur inconnu qui tombe dans les pièges des filles et des voleurs, — volontairement avec les premières, contre son gré avec les seconds. Pante argoté. Imbécile parfait. Pante arnau. Dupe qui s’aperçoit qu’on la trompe et qui renaude. Pante désargoté. Homme difficile à tromper.
Quelques-uns des auteurs qui ont écrit sur la matière disent pantre. Francisque Michel, lui, dit pantre, et fidèle à ses habitudes, s’en va chercher un état civil à ce mot jusqu’au fond du moyen âge. Pourquoi pante ne viendrait-il pas de pantin (homme dont on fait ce qu’on veut), ou de Pantin (Paris) ? Il est si naturel aux malfaiteurs des deux sexes de considérer les Parisiens comme leur proie ! Si cette double étymologie ne suffisait pas, j’en ai une autre en réserve : ponte. Le ponte est le joueur qui joue contre le banquier, et qui, à cause de cela, s’expose à payer souvent. Pourquoi pas ? Dollar vient bien de thaler.

(Virmaître, 1894) : Imbécile qui se laisse facilement duper. Inutile, je pense, de dire que pante vient de pantin : gens de Paris (Argot des voleurs).

Pante (faire le)

(Rigaud, 1881) : Payer pour un autre, — dans le jargon des voyous. Mot à mot : faire acte d’imbécile.

Pante, Pantre

(Rigaud, 1881) : Particulier à l’air bête. — Tout individu dont la figure, les manières ou les procédés déplaisent, est un pante pour le peuple. — Dans le jargon des cochers, un pante est un voyageur qui a donné un bon pourboire ; c’est celui qu’ils appellent tout haut « patron ou bourgeois ». — Autrefois « pante, pantre » — dans l’argot des voleurs et des camelots, signifiait dupe. Le pantre arnau, était un imbécile qui jetait les hauts cris dès qu’il s’apercevait qu’il était grugé ; le pantre argoté, une dupe de bonne composition et le pantre désargoté, un particulier difficile à duper. Aujourd’hui les voleurs et les camelots emploient très peu le mot « pante » qu’ils ont remplacé, les premiers, par client, les seconds, par girondin.

Pante, pantre

(La Rue, 1894) : Homme, dupe. Pante argoté, niais. Pante désargoté, homme malin.

(Hayard, 1907) : Victime, individu.

(Hayard, 1907) : Bourgeois qui se laisse duper.

Pante, pantre, pantinois

(Larchey, 1865) : Bourgeois bon à exploiter ou à voler. — Pante et Pantre sont des formes abrégées de Pantinois et Pantruchois, c’est-à-dire : bourgeois de Pantin ou Pantruche (Paris). On sait que la grande ville est pour les voleurs un séjour de prédilection. — V. Lever.

J’ai reniflé des pantes rupins.

Paillet.

Panthe (pousser sa)

(Rigaud, 1881) : Abréviation de pousser sa panthère, c’est-à-dire se promener d’un côté, de l’autre, dans l’atelier ; courir une bordée de marchand de vin en marchand de vin. La variante est : Faire sa panthère ; par allusion à la panthère du Jardin-des-Plantes qui n’a d’autre occupation que d’arpenter sa cage.

Panthère

(Fustier, 1889) : Individu qui professe des idées révolutionnaires, anarchistes. Il faut voir dans ce mot une allusion à une société d’anarchistes fondée à Paris sous ce titre : La Panthère des Batignolles.

Les rentes de M. Clémenceau sont, en somme, aussi enviées par les panthères que celles de M. de La Rochefoucauld.

(Figaro, mars 1887.)

Pantière

(Rigaud, 1881) : Bouche, — dans le jargon des voleurs.

Pantin

(M.D., 1844) : Paris.

(un détenu, 1846) : Paris.

(Larchey, 1865) : « Pantin, c’est le Paris obscur, quelques-uns disaient le Paris canaille, mais ce dernier s’appelle en argot, Pantruche. » — G. de Nerval. — Cette définition manque de justesse. Pantin est Paris tout entier, laid ou beau, riche ou obscur. — étymologie incertaine. Peut-être le peuple a-t-il donné à Paris, par un caprice ironique, le nom d’un village de sa banlieue (Pantin). — V. Pré.

(Delvau, 1867) : n. de l. Paris, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Pampeluche et Pantruche. « Pantin, dit Gérard de Nerval, c’est le Paris obscur. Pantruche, c’est le Paris canaille. » Dans le goût de Pantin. Très bien, à la dernière mode.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme sans caractère, — dans l’argot du peuple oui sait que nous sommes cousus de fils à l’aide desquels on nous fait mouvoir contre notre gré.

(Rigaud, 1881) : Paris, la ville des pantes. Et les variantes moins usitées : Pantruche, pampeluche.

(Virmaître, 1894) : Paris.

Quand on a bien billanché pour son compte,
On defourage et renquille à Pantin.
L’long du trimard, bequillant son décompte,
De gueule en gueule on pique un gai refrain.

Pantin : Argot du peuple.
Pantruche : Argot des voleurs.

(Rossignol, 1901) : Paris. Que vous soyez d’Aubervilliers ou de Vincennes, vous êtes toujours Pantinois de Pantin.

Pantin ou pantruche

(Halbert, 1849) : Paris.

Pantin, pantinois

(Hayard, 1907) : Paris, parisien.

Pantin, pantruche, pampeluche

(La Rue, 1894) : Paris. Pantinois, pantruchois : Parisien.

Pantinois

(Halbert, 1849) : Parisiens.

(Delvau, 1867) : s. m. Parisien.

(Rigaud, 1881) : Parisien.

(Rossignol, 1901) : Parisien.

Pantoiser, Pantinoiser

(Rigaud, 1881) : Payer pour un autre, être dupe. C’est-à-dire faire acte de pante, — dans l’argot des barrières.

Pantomime

(d’Hautel, 1808) : Le peuple change la terminaison me, en ne, et dit, Pantomine. Il dit de même enclune, pour enclume.

Pantoufle

(d’Hautel, 1808) : Cet homme raisonne comme une pantoufle. Pour, il parle à tort et à travers ; il ne sait ce qu’il dit.
On iroit en pantoufle. Se dit pour exagérer la proximité d’un lieu ou la beauté d’un chemin, et pour marquer la commodité qu’on a d’y aller.
Il a mis son soulier en pantoufle. Se dit par raillerie de quelqu’un qui croit s’être bien déguisé, et que l’on reconnoit au premier abord.

(Delvau, 1867) : Mot que le peuple ajoute ordinairement à Et cœtera, comme pour mieux marquer son dédain d’une énumération fastidieuse. Sert aussi de terme de comparaison péjorative. Bête comme ma pantoufle. Très bête. Raisonner comme une pantoufle. Très mal.

Pantouflé

(Delvau, 1867) : s. m. Ouvrier tailleur, — dans l’argot des faubouriens, qui ont remarqué aue ces ouvriers sortent volontiers en pantoufles.

Pantoufle (et coetera)

(Larchey, 1865) : Injure peu traduisible. Pour la comprendre, il faut savoir qu’on appelle aussi c-n pantoufle un homme nul, sans énergie, qui n’a rien de viril.

L’animal le traitait alors de fainéant, de poule mouillée et d’et coetera pantoufle.

L. Desnoyer.

Et coetera pantoufle : Quolibet dont on se sert lorsqu’un ouvrage pénible et ennuyeux vient à être terminé.

d’Hautel, 1808.

Pantre

(M.D., 1844) : Paysan.

(un détenu, 1846) : Un bourgeois, un individu qui se laisse duper.

(Halbert, 1849) : Bête, simple.

(Rossignol, 1901) : Innocent, bête, honnête homme.

Pantre argoté

(Halbert, 1849) : Type de la stupidité.

(Virmaître, 1894) : Imbécile de la pire espèce, plus bête que ses pieds ; être facile à tromper (Argot des voleurs).

Pantre arnau

(Halbert, 1849) : Qui s’aperçoit qu’il est volé.

(Virmaître, 1894) : Mot à mot : individu qui renaude, qui marronne en s’apercevant qu’il vient d’être victime d’un vol (Argot des voleurs).

Pantre désargoté

(Halbert, 1849) : Homme malin.

Pantresse

(M.D., 1844) : Paysanne.

Pantruche

(un détenu, 1846) : Paris.

(Rossignol, 1901) : Paris.

(Hayard, 1907) : Paris.

Pantume

(Halbert, 1849) : Catin.

(Delvau, 1867) : s. f. Fille ou femme de mauvaise vie, — dans l’argot des voleurs. Quelques lexicographes de Clairvaux disent Panturne.

Pantume, Panturne

(Rigaud, 1881) : Femme dévergondée, — dans l’ancien argot.

Panturne

(anon., 1827) : Catin.

(Bras-de-Fer, 1829) : Catin.

(Larchey, 1865) : Fille de mauvaises mœurs. — Grandval.

(La Rue, 1894) : Fille de mauvaise vie.

Panturne ou Ponisse

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Femme de mauvaise vie.

Panuche

(Rigaud, 1881) : Femme à son aise, femme heureuse, — dans le jargon des voleurs et des filles. À Saint-Lazare, les filles insoumises appellent ainsi les femmes de maison qui, à leur tour, les traitent de connasses, connassons, niaises, petites niaises. Aux yeux de l’insoumise, le sort de la panuche en traitement est le sort le plus beau, le plus digne d’envie. « Madame » s’intéresse à elle, « madame » lui envoie argent, vin de Bordeaux et friandises. Et puis, quand Saint-Lazare lui aura refait une santé, ne retrouvera-t-elle pas tout de suite toilettes fraîches, bon souper, bon gîte et le reste ?

(La Rue, 1894) : Femme bien mise. Femme de maison.

(Virmaître, 1894) : Femme élégamment mise, L. L. Panuche est la maîtresse d’une maison de tolérance (Argot des souteneurs). V. Maman-maca.

(Hayard, 1907) : Femme élégante.

Panufe

(Rigaud, 1881) : Chausson ; chaussette, un objet de luxe pour MM. les voleurs.

Paon

(d’Hautel, 1808) : Il est dans une colère de paon. Se dit de quelqu’un qui est irrité, ou dont l’orgueil est très-offensé.
Orgueuilleux comme un paon. Hautain, fier et glorieux à l’excès. Voyez Août.

Papa

(d’Hautel, 1808) : Mot d’enfant, que l’on conserve cependant dans un âge plus avancé, par amitié ; pour dire père.
Papa, beau-Père,
expression comique et burlesque dont on se sert en parlant à un homme avec lequel on est en grande familiarité.
On dit aussi papa, en adressant la parole à un homme d’un âge mûr.
À la papa. Façon de parler adverbiale, tirée d’une chanson populaire pour dire à l’aise, sans gêne, sans contrariété, sans peine, sans embarras.
Vivre à la papa. Pour dire tranquillement et avec, aisance.
Faire quelque chose à la papa. C’est-à-dire, sans se gêner, sans se presser le moins du monde. Cette locution est fort à la mode parmi le peuple de Paris.

(Delvau, 1867) : s. m. Père, — dans l’argot des enfants, dont ce mot est le premier bégaiement. Bon-papa. Grand-père.

(Rigaud, 1881) : Cocher de tramway, — dans le jargon des voyous, qui sont assez mélomanes pour s’être aperçus que la trompe dont jouent les cochers de tramway avec leurs pieds produit une série de pa pa pa pa.

Papa (à la)

(Larchey, 1865) : Supérieurement. — Le père est maître au logis.

On nous aura requinqués à la papa… Tu riras là mais j’dis à la papa… Ou sinon d’ça j’te brosse à la papa…

Le Casse-Gueule. ch., 1841.

Il va nous juger ça à la papa.

Désaugiers, 1813.

(Delvau, 1867) : adv. Avec bonhomie, tranquillement, — dans l’argot du peuple, qui emploie cette expression avec une nuance d’ironie.

(Rigaud, 1881) : Sans façon.

Papavoiner

(Delvau, 1867) : v. a. Assassiner aussi froidement que fit Papavoine des deux petits enfants dont il paya la vie de sa tête. L’expression, qui a eu cours il y a une trentaine d’années, a été employée en littérature par le chansonnier Louis Festeau.

Pape

(d’Hautel, 1808) : On dit, lorsque deux personnes expriment en même temps la même pensée, qu’elles ont fait un pape.

(Delvau, 1867) : s. m. Imbécile, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Imbécile, — dans le jargon des voleurs. C’est une variante très altérée de pante.

(La Rue, 1894) : Imbécile. Verre de rhum.

Pape (soldat du)

(Larchey, 1865) : Mauvais soldat.

Soldats du pape, méchantes troupes. Machiavel a dit que les compagnies de l’église sont le déshonneur de la gendarmerie.

Le Duchat, 1738.

Le terme remonterait donc au seizième siècle.

Vous êtes bien des soldats du pape. Est-ce que par hasard un jupon vous ferait peur ?

L. Reybaud.

Pape (un)

(Rigaud, 1881) : Un verre de rhum. Le mot pape implique l’idée de Rome, et Rome fournit l’occasion d’un déplorable jeu de mots.

Pape Colas

(Delvau, 1867) : s. m. Homme qui aime à prendre ses aises, à se prélasser, — dans l’argot du peuple.

Papelard

(d’Hautel, 1808) : Fourbe, hypocrite, faux dévot.

(Halbert, 1849) : Papier.

(Larchey, 1865) : Papier (Vidocq). Corruption de mot.

(Delvau, 1867) : s. m. Papier, — dans l’argot des voleurs, qui ont voulu coudre une désinence de fantaisie au papel espagnol.

(Rigaud, 1881) : Papier ; de l’espagnol papel.

(La Rue, 1894) : Papier. Tout papier imprimé vendu par le camelot dans la rue.

(Rossignol, 1901) : Marchand de journaux.

(Hayard, 1907) : Papier.

Paperasser

(d’Hautel, 1808) : Feuilleter de vieilles paperasses, remuer de vieux papiers.

Paperassier

(d’Hautel, 1808) : Mauvais écrivain, auteur verbeux ; celui qui, pour se donner de l’importance, aime à ramasser, à conserver des papiers inutiles.

Papier

(d’Hautel, 1808) : Le papier souffre tout. Se dit lors qu’une personne rédige seule un acte où il y a plusieurs intéressés ; et qu’il n’y met que ce qu’il lui plait.
Un barbouilleur de papier. Un mauvais écrivain, un mauvais imprimeur.
Rayez cela de vos papiers. Pour dire ne comptez pas là-dessus.
Le parchemin est plus fort que le papier. Pour dire que les titres sur parchemin durent plus que sur du simple papier.

(Rigaud, 1881) : Billet de banque, — coupon détaché d’un titre de Bourse.

Papier à chandelle

(Rigaud, 1881) : Mauvais petit ou grand journal. Mot à mot : papier bon à envelopper de la chandelle.

Papier à douleur

(La Rue, 1894) : Billet protesté, quittance de loyer.

Papier Joseph

(Delvau, 1867) : s. m. Billet de banque, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Papier de soie.

Papier public

(Delvau, 1867) : s. m. Journal, — dans l’argot des paysans de la banlieue.

Papillon

(d’Hautel, 1808) : Courir, voler après les papillons. Voltiger d’objets en objets ; courir après des bagatelles ; avoir l’esprit léger.
Il s’est allé brûler à la chandelle comme le papillon. Se dit d’un homme qui se laisse tromper par des apparences flatteuses, et qui s’engage dans une affaire qui lui devient préjudiciable.

(Larchey, 1865) : Blanchisseur (id.). — Comme le papillon, il arrive de la campagne, et ses ailes blanches sont représentées par les paquets de linge qu’il porte sur le dos.

(Delvau, 1867) : s. m. Blanchisseur, — dans l’argot des voleurs, qui ont transporté à la profession l’épithète qui conviendrait à l’objet de la profession, les serviettes séchant au soleil et battues par le vent dans les prés ressemblant assez, de loin, à de grands lépidoptères blancs.

(Rigaud, 1881) : Blanchisseur. — Linge.

(La Rue, 1894) : Blanchisseur. Inconstant.

(Virmaître, 1894) : Blanchisseur de campagne (Argot des voleurs).

(Virmaître, 1894) : Vol à la marque. Il se pratique dans les voitures de blanchisseuses qui viennent de la campagne et contient leurs voitures à la garde d’un enfant (Argot des voleurs).

Papillon d’auberge

(Rigaud, 1881) : Linge, vaisselle, batterie de cuisine. — M. Fr. Michel ne donne pas à cette expression de signification normale. M. Ch. Nisard traduit par coups de poing, soufflet, s’appuvant sur l’autorité de quatre vers également cités par M. Fr. Michel et tirés des Porcherons, ch. III. (Amusemens rapsodi-poêtiques, 1773.)

Bientôt, au défaut de flamberges
Volent les « papillons d’auberges » ;
On s’accueille à grands coups de poing
Sur le nez et sur le grouin.

M. Ch. Nisard a pu mal interpréter l’expression « papillon d’auberge » en lui donnant le sens de soufflet, coups de poing. En argot papillon correspond à linge. Papillon d’auberge serait donc linge d’auberge et, par extension, tout ce qui se rapporte à la table.

(La Rue, 1894) : Assiette.

Papillon de l’amour

(Delvau, 1864) : Vulgo morpion. Petit insecte qui, voyageant de vit en con et de couille en cul, se cramponne à l’un ou à l’autre, dans un but de colonisation.

Ma maîtresse, l’autre jour.
Se grattait, fallait voir comme…
Ainsi que se gratte un homme,
Je me grattait a mon tour.
Or, Suzon me déculotte.
Je la trousse sans détour :
Nous étions pleins, vit et motte,
De papillons de l’amour.

Hip. Chatelin.

Papillonne

(Delvau, 1867) : s. f. Amour du changement, ou plutôt Changement d’amour, — dans l’argot des fouriéristes. On dit aussi Alternante.

Papillonner

(d’Hautel, 1808) : Être inconstant, léger ; voltiger d’objets en objets à la manière des papillons.

(Delvau, 1867) : v. n. Aller de belle en belle, comme le papillon de fleur en fleur, — dans l’argot du peuple. Il y a près de deux siècles que le mot est en circulation. On connaît le mot de madame Deshoulières à propos de mademoiselle d’Ussel, fille de Vauban : « Elle papillonne toujours, et rien ne la corrige. » Fourier n’a inventé ni le nom ni la chose.

(Rigaud, 1881) : Voler du linge.

Papillonneur

(Larchey, 1865) : Voleur exploitant les voitures des blanchisseurs qui apportent le linge à Paris (id.).

(Rigaud, 1881) : Voleur de linge, voleur qui exploite les voitures de blanchisseurs.

(La Rue, 1894) : Voleur de linge dans les voitures de blanchisseurs.

Papillotage

(d’Hautel, 1808) : Faux brillant ; paroles pompeuses, mais dénuées de sens.

Papillote

(d’Hautel, 1808) : Il a les yeux en papillotte. Se dit d’un homme qui a bu plus que de coutume, et à qui le besoin de dormir fait fermer les yeux.

Papilloter

(d’Hautel, 1808) : Babiller avec facilité ; se servir de grands mots pour de petits sujets.

Papillotes

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Billets de banque, — dans lesquels les gens aussi riches que galants enveloppent les dragées qu’ils offrent aux petites dames.

Papotage

(Delvau, 1867) : s. m. Causerie familière ; bavardage d’enfants ou d’amoureux. Argot des gens de lettres.

Papoter

(Delvau, 1867) : v. n. Babiller comme font les amoureux et les enfants, en disant des riens.

Paquecin

(Larchey, 1865) : « Ne faut-il pas que baluchons et pacquecins (paquets) disparaissent subitement comme dans une féerie ? Personne n’égale le cambrioleur dans l’art de déménager sans bruit. » — A. Monnier.

Paquecin, paquemon

(La Rue, 1894) : Paquet.

Paquelin

(anon., 1827) : L’enfer.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Enfer.

(Bras-de-Fer, 1829) : L’enfer.

(un détenu, 1846) : Pays.

(Halbert, 1849) : Flatteur ou l’enfer.

(La Rue, 1894) : Flatteur. Paqueliner, flatter.

Paquemon

(Delvau, 1867) : s. m. Paquet ou ballot, — dans l’argot des voleurs. On dit aussi Paquecin.

Pâques

(d’Hautel, 1808) : Il est en train comme un lundi de pâques. Se dit de quelqu’un qui est distrait dans son travail ; qui n’a pas envie de travailler ; qui est enclin à la débauche.
À pâques on s’en passe, à la pentecôte quoi qu’il en coûte. Cela s’entend des habits d’été qui ne sont nécessaires qu’en ce temps-là.

Paquet

(d’Hautel, 1808) : Il ne remue pas plus qu’un paquet de linge sale. Se dit d’un homme insouciant, paresseux et sans activité, qui a de la peine à se mouvoir pour ses propres affaires.
On dit d’une demoiselle, dont le corsage s’est épaissi, et à qui l’embonpoint a fait perdre de ses graces, qu’Elle est devenue un peu paquet.
Des paquets.
On donne cette épithète incivile à des personnes âgées qui, dans un bal, ne font plus que regarder danser.
Risquer le paquet. S’engager dans une affaire douteuse ; hasarder une demande au risque d’être refusé.
Įl a fait son paquet. Pour, il s’en est allé ; il a quitté cette maison.
Il porte son paquet avec lui. Se dit par raillerie d’un bossu, pour lui reprocher son infirmité.

(d’Hautel, 1808) : Pour gausse, mensonge, hâblerie, contes en l’air, subterfuge, gasconnade.
Ne nous donnez plus de ces paquets-là. Pour, ne nous faites plus de pareils contes.
Paquet, signifie aussi brocard, lardon, paroles malignes et piquantes.
Donner dans un paquet. Être pris pour dupe ; être attrapé.
Donner à chacun son paquet. Faire des réprimandes à tous ceux que l’on trouve en faute.
On dit aussi, donner à quelqu’un son paquet, pour faire taire quelqu’un par des réponses vives, mordantes et ingénieuses.

(Delvau, 1864) : Ornement naturel de la culotte de l’homme, qui monte si fort la tête aux femmes ; ornement postiche, parce qu’exagéré, de la culotte des danseurs espagnols, nécessaire pour donner de la verve à leurs danseuses.

T’as un beau paquet, mon chéri !

Lemercier de Neuville.

Sur cet insolent paquet,
Je lâche un vigoureux pet.

(Parnasse satyrique.)

(Delvau, 1867) : s. m. Compte, — dans l’argot du peuple. Avoir son paquet. Être complètement ivre. Recevoir son paquet. Être congédié par un patron, ou abandonné par un médecin, ou extrême onctionné par un prêtre. Faire son paquet. Faire son testament. Risquer le taquet. S’aventurer, oser dire ou taire quelque chose.

(Rigaud, 1881) : Femme habillée sans goût.

(Fustier, 1889) : Injure employée surtout dans la classe ouvrière et qui est synonyme d’imbécile.

Tout à coup deux… braves gens, porteurs de deux belles casquettes neuves, les abordent et l’un d’eux, sur un air connu, en fixant Joseph : Oh ! regarde-moi donc ce paquet !

(Gazette des Tribunaux, 1882.)

(La Rue, 1894) : Compte. Recevoir son paquet. Ivresse.

(Virmaître, 1894) : Homme ou femme gros, court sur pattes, sans élégance, ressemblant à un paquet de chair (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Bête, imbécile.

(Hayard, 1907) : Homme ou femme, épais et naïf.

Paquet (faire le)

(Fustier, 1889) : Argot de grecs. Ranger les cartes en les battant de façon à se donner les bonnes.

Paquet (lâcher le)

(Rigaud, 1881) : Tout révéler, faire des aveux.

Paquet (recevoir son)

(Rigaud, 1881) : Recevoir son congé, être renvoyé.

Paquet de couenne

(Rigaud, 1881) : Garde national. Allusion au laisser-aller des couennes à l’étalage du tripier. Le garde national n’a jamais brillé par la correction de sa tenue.

Paquetier

(Boutmy, 1883) : s. m. Compositeur qui ne fait que des lignes qu’il met ensuite en paquets. Paquetier d’honneur, c’est, dans certaines maisons, le premier paquetier d’un metteur en pages. Il ne manque jamais de copie, et participe largement aux honneurs le jour où l’on arrose une réglette.

Paquets

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Médisance, ragots. Faire des paquets. Médire et même calomnier.

Paquets (faire des)

(Larchey, 1865) : Médire, Tricher en interpolant des cartes préparées dans son jeu.

(La Rue, 1894) : Commérer, médire.

Paquets (faire ses petits)

(Rigaud, 1881) : Agoniser. Allusion aux mouvements des moribonds qui ramènent à eux leurs couvertures.

Par ma fine !

(d’Hautel, 1808) : Interjection usitée parmi les paysans, et qui équivaut à, par ma foi !

Par-dessus

(d’Hautel, 1808) : J’en ai cent pied par-dessus la tête. Pour exprimer que l’on est dégoûté de quelque chose, ou que l’on est sur le point de perdre patience.
Tu l’auras par-dessus l’épaule. C’est-à-dire, jamais.

Parade

(Boutmy, 1883) : s. f. Synonyme de postiche.

Parade (défiler la)

(Larchey, 1865) : Mourir.

Alors tout l’monde défile à c’te parade d’où l’on ne revient pas sur ses pieds.

Balzac.

(Rigaud, 1881) : Mourir, — dans le jargon des troupiers.

(Merlin, 1888) : S’en aller, disparaître, mourir.

Parade (faire la)

(Rigaud, 1881) : C’est commencer le spectacle par une petite pièce sans importance, en attendant le public. (Petit dict. des coulisses.)

Parade (une)

(Hayard, 1907) : Une observation, garantie.

Paradis

(d’Hautel, 1808) : Les riches ont leur paradis en ce monde. Pour dire, qu’ils y ont toutes leur commodités, qu’ils y goûtent toutes les jouissances de la vie.
Il a heurté à la porte du paradis. Se dit d’un homme qui a été dangereusement malade.
C’est le chemin du paradis, on n’y va qu’un à un. Se dit en plaisantant d’un chemin difficile et fort étroit, où l’on est obligé de passer l’un après l’autre.
Paris est le paradis des femmes, le purgatoire des hommes, et l’enfer des chevaux. Jamais proverbe ne fut d’une plus exacte vérité.
Il croit être en paradis. Se dit de quelqu’un qui passe tout d’un coup d’un emploi pénible et turbulent à une condition douce et paisible, ou qui est dans la joie et l’ivresse.

(Delvau, 1867) : s. m. Amphithéâtre des quatrièmes, — dans l’argot des coulisses.

(Delvau, 1867) : s. m. La fosse commune, — dans l’argot ironique des marbriers de cimetière.

Paradis (porter en)

(Larchey, 1865) : « Vous voulez parler du coup de poing. — Oui ; oh ! Le beau jeune homme ne portera pas cela en paradis, allez ! » — Ricard. — C’est-à-dire : Il me le paiera avant sa mort.

Paradis de Mahomet (le)

(Delvau, 1864) : Le seul auquel les vrais croyants doivent croire, parce qu’il est « pavé de pucelages, » au lieu d’être, pavé de bonnes intentions, comme l’autre.

Paradouze

(Delvau, 1867) : s. f. Paradis, — dans l’argot calembourique du peuple, qui dit cela depuis longtemps, comme en témoignent ces vers extraits du Roman du Renart :

Li sainz Esperiz
De la seue ame s’entremete
Tant qu’en paradouse la mete,
Deux lieues outre Paradiz,
Où nus n’est povre ne maudis.

(Rigaud, 1881) : Paradis ; changement de la dernière syllabe pour obtenir un jeu de mots sur dix et douze.

Paralance

(Larchey, 1865) : Parapluie. V. Lance.

(Rigaud, 1881) : Parapluie.

Paralysie de la queue

(Delvau, 1864) : Impuissance ; insensibilité du membre viril — qui a été trop sensible.

Parangonner

(Boutmy, 1883) : v. intr. Allier des caractères de force différente, de façon qu’ils s’alignent ensemble. Au figuré, se parangonner, c’est se consolider en s’appuyant ; s’arranger de façon à ne pas tomber lorsqu’on se sent peu solide sur ses jambes.

(Virmaître, 1894) : Arranger au moyen d’interlignes des caractères de différents corps (Argot d’imprimerie).

Parapet

(d’Hautel, 1808) : Beaucoup disent, par corruption, parapel.

Paraphe

(Delvau, 1867) : s. m. Soufflet, — dans l’argot du peuple, qui se plaît à déposer son seing sur la joue de ses adversaires. Détacher un paraphe. Donner un soufflet.

Paraphe (en détacher un)

(Virmaître, 1894) : Donner un soufflet à quelqu’un. On dit aussi :
— Je vais te poser un cachet.
Détacher un paraphe
est rarement employé, c’est trop long ; bègne vaut mieux (Argot du peuple).

Parapher, Détacher un paraphe

(Rigaud, 1881) : Signer son nom avec la main sur la joue de quelqu’un.

Parapluie

(La Rue, 1894) : Mari.

Parapluie de l’escouade

(Merlin, 1888) : Au bleu, au conscrit naïf, les loustics font croire que chaque escouade possède un gigantesque parapluie, que le dernier arrivant est chargé de porter aux exercices, manœuvres, marches militaires et revues.

Paravent

(d’Hautel, 1808) : Un chinois de paravent. Un petit homme laid, difforme, mal bâti ; un maussade, original ; par allusion à ces figures chinoises que l’on met comme ornement sur les paravens.

Parbleu !

(d’Hautel, 1808) : Espèce d’interjection qui marque l’affirmation.
Parbleu ! je le crois bien capable de cela. Pour assurément, en vérité.

Parc aux huitres

(Rossignol, 1901) : Mouchoir.

Parc aux huîtres

(Virmaître, 1894) : Mouchoir. L’allusion n’est pas tout ce qu’il y a de plus distingué, mais l’image est juste (Argot du peuple). N.

(Hayard, 1907) : Mouchoir.

Parchemin

(d’Hautel, 1808) : Allonger le parchemin. Pour, multiplier les écritures sans nécessité ; faire des frais de chicane inutiles.

Pardine, pardienne, par dieu !

(d’Hautel, 1808) : Espèce d’interjections vulgaires qui marquent la certitude, l’affirmation et la plainte.
Pardine ou pardienne, s’il m’avoit aidé, je ne serois pas dans l’embarras. Pour assurément, certainement.

Pardonner

(d’Hautel, 1808) : Péché caché est à demi pardonné. Mauvaise maxime dont il ne faut pas se prévaloir, et qui signifie, que quand le scandale n’est pas joint au péché, la faute en est beaucoup plus excusable.
Dieu me pardonne. Pour dire en vérité.

Paré

(Rossignol, 1901) : Avoir un alibi, c’est être pari. Un médecin militaire disait à un malade qui était maître d’armes : « Je vous mets à la diète parez-moi ce coup-là. » — Le maître d’armes sortit de sa table de nuit un énorme morceau de pain et lui répondit : « Je suis paré, Monsieur le docteur. »

(Hayard, 1907) : À l’abri du besoin.

Paré (être)

(Delvau, 1867) : Avoir subi la « fatale toilette » et être prêt pour la guillotine, — dans l’argot des prisons. Les bouchers emploient la même expression lorsqu’ils viennent de faire un mouton.

(Rigaud, 1881) : Avoir été coiffé et attifé par ce terrible perruquier-barbier qui répond au nom du bourreau ; c’est être préparé pour l’échafaud.

Pare-à-lance

(Delvau, 1867) : s. m. Parapluie, — dans l’argot des voleurs et des faubouriens. On dit aussi En-tous-cas. Cette dernière expression, dit Vidocq, — et cela va scandaliser beaucoup de bourgeoises qui l’emploient de confiance, lui croyant une origine honnête, — cette dernière expression a été trouvée par un détenu de Bicêtre, le nommé Coco.

Pareil (être)

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Être d’accord.

Pareil au même (du)

(Delvau, 1867) : La même chose ou le même individu, — dans l’argot des faubouriens.

Parent

(d’Hautel, 1808) : Il est son parent du côté d’Adam. Se dit par raillerie de quelqu’un qui se dit parent d’un autre dans un degré fort éloigné.
Quand on est riche on a beaucoup de parens. Signifie que tout le monde se dispute l’honneur d’être de votre famille, ce qui n’arrive pas lorsqu’on est pauvre et ignoré.

(Halbert, 1849) : Paroissien.

Parer

(d’Hautel, 1808) : Paré comme un autel, comme une chasse. C’est-à-dire, d’une manière ridicule ; surchargé d’ornemens.

(Rigaud, 1881) : « À chaque morceau réclamé par ses collègues, le chef du garde-manger découpe à même la pièce et pare la viande. Parer un morceau, c’est en enlever la parure, c’est-à-dire l’excédant de graisse. Le boucher reprend à 75 cent, le kilo la parure (graisse crue), qu’il revend au fondeur pour faire des chandelles. » (Eug. Chavette, Restaurateurs et restaurés, 1867.)

(La Rue, 1894) : Remplir. La parer, secourir.

Parer (la)

(Rigaud, 1881) : Secourir. — La rien parer à un aminche, venir en toute hâte au secours d’un ami ; c’est-à-dire parer la botte portée à un ami.

Parer la coque

(Delvau, 1867) : v. a. Échapper par la fuite à un châtiment mérité ; parer habilement aux inconvénients d’une situation, dans l’argot des ouvriers qui ont servi dans l’infanterie de marine.

Paresse

(d’Hautel, 1808) : On le relèvera du péché de paresse. Signifie qu’on avisera au moyen d’empêcher qu’une personne sur laquelle on a de l’autorité, s’accoutume à manquer par paresse à son devoir.

Parfait

(d’Hautel, 1808) : C’est parfait. Pour, c’est excellent, c’est le mieux du monde.

Parfait amour

(Delvau, 1867) : s. m. Liqueur de dames, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Crème de cocu.

Parfait amour de chiffonnier

(Delvau, 1867) : Eau-de-vie d’une qualité au-dessous de l’inférieure.

(Rigaud, 1881) : Eau-de-vie.

(La Rue, 1894) : Eau-de-vie mauvaise.

(Virmaître, 1894) : Eau-de-vie vendue dans les assommoirs (Argot du peuple).

Parfaite égalité

(Fustier, 1889) : Sorte de jeu de hasard.

Parfond

(anon., 1827) : Pâté.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Pâté.

(Bras-de-Fer, 1829) : Pâté.

(Halbert, 1849) : Pâté.

Parfonde

(anon., 1827) : Cave.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Cave. J’ai du pivois dans la parfonde, j’ai du vin en cave.

(Bras-de-Fer, 1829) : Cave.

(Halbert, 1849) : Cave.

(Rigaud, 1881) : Cave. Variantes : Profonde, prophète. — Pive en parfonde, vin en cave.

Parfumeur

(Virmaître, 1894) : Avocat. Mot à mot : il couvre son client de fleurs (Argot du peuple). V. Blanchisseur.

Parigot

(Fustier, 1889) : « C’est le surnom qu’on donne à la campagne au malheureux enfant de Paris, placé par l’Assistance publique. »

(Bibliothèque universelle, novembre 1887.)

Mme de Pressensé a écrit une nouvelle qui a pour titre : Parigot.

(La Rue, 1894) : Parisien, dans l’argot des paysans.

Parisien

(Larchey, 1865) : Matelot indiscipliné et négligent.

Ah ! millenoms ! faut-il être Parisien ! j’ai oublié l’ampoulette !

Phys. du Matelot, 1843.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme déluré, inventif, loustic, — dans l’argot des troupiers.

(Delvau, 1867) : s. m. Niais, novice, — dans l’argot des marins.

(Delvau, 1867) : s. m. Vieux cheval invendable, — dans l’argot des maquignons.

(Rigaud, 1881) : Quelles que soient sa nationalité et sa condition sociale, tout être humain qui fait de la villégiature, soit pendant un jour, soit pendant six mois est un Parisien, c’est-à-dire un imbécile bon à duper, — dans le jargon des paysans des environs de Paris, qui ont le plus profond mépris pour tout ce qui vient de la ville, Œufs frais de deux mois, volailles étiques, asperges à grosses épaulettes, fruits pourris, tout ça c’est « bon pour les Parisiens ». Et le Parisien paye tout cela très cher, trouve tout cela exquis et appelle le paysan « nature simple et primitive ». Parisien. Sottise la plus grande, la plus injurieuse à unmatelot. Désignation, dans les bâtiments, d’un pauvre sujet et quelquefois d’un mauvais sujet. (Villaumez, Dict. de marine.)

(Rigaud, 1881) : Petite tricherie aux dominos, pose d’un domino non correspondant au précédent ; par exemple : du quatre sur du cinq, du trois sur du deux. Quelquefois comme « le premier pas » le parisien se fait sans qu’on y pense.

(Rigaud, 1881) : Rosse caractérisée ; cheval bon pour l’abattoir, — dans le jargon des maquignons.

(La Rue, 1894) : Vieux cheval pour l’abatage.

Parisien à gros dec

(Virmaître, 1894) : Quand, dans les ateliers, un provincial fait de l’embarras, qu’il prend des airs casseurs, qu’il fait le crâne et dit : nous autres Parisiens, parce qu’il habite la capitale depuis six mois, on lui répond :
— Tu n’es qu’un Parisien à gros bec (Argot du peuple). N.

Parlage

(d’Hautel, 1808) : Pour bavardage, abondance de paroles inutiles, et qui n’ont le plus souvent ni rime ni raison.

Parlement

(d’Hautel, 1808) : C’est un parlement sans vacances. Se dit par mépris d’un homme qui ne décesse de parler, d’un grand babillard, d’un par leur éternel.

(Rigaud, 1881) : Langue. — Ouvrir le parlement, faire l’ouverture du parlement, parler.

Parlementage

(d’Hautel, 1808) : Pour propos, commérage, bavardage ; discussion, conversation frivole, qui ne peut qu’être nuisible.

(Rigaud, 1881) : Discours, conversation. (1824.)

Parlementer

(d’Hautel, 1808) : Entrer en composition ; chercher à s’entendre, à s’accorder.
Ville qui parlemente est à demi-rendue. Pour dire que quand on en vient à parlementer, c’est un signe que l’on ne peut plus se défendre.

Parler

(d’Hautel, 1808) : Parler à une femme. Pour dire la courtiser ; faire le galant auprès d’elle ; lui conter fleurettes.
Parler comme saint Paul la bouche ouverte. C’est-à-dire, parler à haute et intelligible voix ; de manière à être entendu de tous ceux qui sont présens.
Voilà ce qui s’appelle parler. Se dit lorsque quelqu’un fait des propositions beaucoup plus avantageuses que celles auxquelles on avoit droit de s’at tendre.
C’est parler français. Pour dire c’est s’expliquer clairement.
Vous parlez ďor. Pour, votre avis est excellent. Parler de la pluie et du beau temps. Discourir sur des objets frivoles ; s’entretenir de choses indifférentes.
Faire parler quelqu’un. Ajouter aux paroles de quelqu’un ; y donner un autre sens que le véritable.
Quand les ânes parleront latin. Pour dire que quelque chose n’arrivera jamais.
Il vaudroit autant parler à un sourd. Se dit d’une personne qui ne veut point entendre ce qu’on lui dit, ou qui feint de ne pas comprendre.
Parler le cœur dans la main. Pour dire sincèrement ; avec franchise.
Trouver à qui parler. Rencontrer quelqu’un capable de tenir tête.
Parler des grosses dents. Maltraiter quelqu’un en paroles ; l’apostropher avec vigueur ; s’emporter, se mettre en colère.
Parler d’une affaire à bâtons rompus. En parler à plusieurs reprises, sans suite et sans amener de résultat.
Parler en l’air. Sans aucun dessein ; sans vue particulière, d’une manière indifférente.
Il parle pour parler. Locution vicieuse et explétive qui se dit d’un homme dont les discours n’ont aucun sens.
Il parle comme un perroquet.
Pour, il répète ce qu’il a entendu dire ; sans savoir ce qu’il dit.
Parler à cheval à quelqu’un. Lui parler avec hauteur, et d’un ton dur.
Il faut laisser parler le monde. Pour dire, il ne faut pas s’inquiéter des propos publics.
Cela ne vaut pas la peine d’en parler. Se dit de quelque chose de peu de valeur, ou d’un service peu considérable, dont on ne veut pas accepter de remercîment.
Parler à son bonnet. Parler à soi-même ; parler tout seul.
Parler des yeux. Faire des signes ; être d’intelligence.
Les murailles parlent. Pour dire qu’il se trouve souvent des témoins dans les choses que l’on croit les plus cachées.
Parler par compas et par mesure. Parler d’une manière affectée et ridicule.

(Delvau, 1864) : Faire l’acte vénérien.

Il parla à la belle cordonnière dessous sa robe à part.

(Les Cent Nouvelles nouvelles.)

Parlez toujours, voyez combien
Je me plais à votre entretien.

Collé.

Parler boutique

(Delvau, 1867) : v. n. Ne s’entretenir que des choses de l’état qu’on exerce, de l’emploi qu’on remplit, contrairement aux règles de la civilité, qui veulent qu’on s’occupe peu de soi quand on cause avec les autres. Argot du peuple.

Parler chrétien

(Delvau, 1867) : v. n. Parler nettement, clairement, de façon que personne ne s’y trompe.

Parler en bas-relief

(Delvau, 1867) : v. n. À voix basse, entre ses dents. Argot des artistes.

Parler gras

(Delvau, 1864) : Tenir des propos gaillards ; appeler les choses par leur véritable nom, et non par les ridicules périphrases dont les habille la pudeur de mauvais aloi des bourgeois et des bégueules.

Parler landsman

(Delvau, 1867) : v. n. Parler la langue allemande, — dans l’argot des ouvriers.

Parler papier

(Larchey, 1865) : Écrire.

C’est lui qui parle papier pour moi à mon oncle.

Vidal, 1833.

(Delvau, 1867) : v. n. Écrire, — dans l’argot des troupiers.

Parler ze-ze

(Delvau, 1867) : v. n. Bléser, substituer une consonne faible à une consonne forte, ou l’s au g, ou le z à l’s. Argot du peuple.

Parlerie

(d’Hautel, 1808) : Bavardage, propos, commérage, caquetage.

Parleur

(d’Hautel, 1808) : Faire le beau parleur. Affecter un langage précieux et ridicule.

Parloir des singes

(Delvau, 1867) : s. m. Parloir où les prisonniers sont séparés des visiteurs par un double grillage. Argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Parloir à double grillage, — dans le jargon des prisons.

(Virmaître, 1894) : Parloir des prisons. Allusion aux trois grilles entre lesquelles sont enfermés les visiteurs et les prisonniers (Argot des voleurs).

Parlotte

(Larchey, 1865) : Lieu où l’on commère.

La Chambre des députés n’est plus qu’une buvette, un cercle, une parlotte.

Alph. Karr.

(Delvau, 1867) : s. f. Lieu où l’on fait des commérages, que ce soit la Chambre des députés ou le Café Bouvet ; tel foyer de théâtre ou telle loge de danseuse. Plus spécialement l’endroit où se réunissent les avocats.

Parlotter

(Delvau, 1867) : v. n. Bavarder.

Parlotterie

(Delvau, 1867) : s. f. Abondance de paroles avec une pénurie d’idées. L’expression est d’Honoré de Balzac.

Parlotteur

(Delvau, 1867) : s. m. Bavard.

Parmesard

(Delvau, 1867) : s. m. Pauvre diable à l’habit râpé comme parmesan, — dans l’argot facétieux des faubouriens.

Parmezard

(Rigaud, 1881) : Pauvre ; pour parmesan, c’est-à-dire râpé comme du parmesan, — dans le jargon des voleurs.

Paroisse

(d’Hautel, 1808) : Un habit de trente-six paroisses. Pour dire, un habit composé de plusieurs étoffes, de différentes couleurs.
C’est le coq de sa paroisse. Pour dire, le plus hupé, le plus riche.

Paroissien

(d’Hautel, 1808) : Il a affaire au curé et aux paroissiens. Pour dire, il a à contenter des personnes qui ont des intérêts très opposés.

(Larchey, 1865) : Individu.

Que de paroissiens fameux dont il ne serait plus question par ici, si un homme de talent n’était là pour leur y tailler une couronne de n’importe quoi sur la mémoire !

Gavarni.

(Delvau, 1867) : s. m. Individu suspect, — dans l’argot du peuple. Drôle de paroissien. Homme singulier, original, qui ne vit pas comme tout le monde.

(Rigaud, 1881) : Inconnu de mauvaise mine. Paroissien de Saint-Pierre-aux-Bœufs, niais.

Paroissien de saint Pierre aux bœufs

(Delvau, 1867) : s. m. Imbécile, — dans l’argot du peuple, qui sait que ce saint est le patron des grosses bêtes.

Paroitre

(d’Hautel, 1808) : Il n’y a rien qu’il y paroisse. Pour dire, cela est encore très-visible, frappe les yeux.

Parole

(d’Hautel, 1808) : Il n’a pas deux paroles dans le ventre. Se dit d’un idiot, d’un homme ignorant et stupide dont on ne peut tirer une parole satisfaisante ; qui n’a point de conversation.
À grand seigneur peu de paroles. Pour dire, qu’il ne faut pas abuser de leur audience.
Les paroles ne puent pas. Trivialité dont on se sert pour excuser des propos sales et obscènes.
Les paroles du matin ne ressemblent pas à celles du soir. Pour dire que les hommes sont sujets à changer d’avis.
La parole vaut le jeu. Se dit lorsqu’on joue une somme quelconque, sans la mettre effectivement au jeu.
On lui fera rentrer les paroles dans le ventre. Se dit par menace à quelqu’un qui s’est permis de dire des paroles choquantes ; de tenir de mauvais propos.

Paroli

(d’Hautel, 1808) : Faire paroli. Signifie, tenir tête, vouloir égaler quelqu’un d’un mérite supérieur, renchérir sur ce qu’il a dit ou fait.

Paron

(Delvau, 1867) : s. m. Palier de maison, carré, — dans l’argot facétieux des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Carré, palier d’étage ; jeu de mots : pas rond.

(La Rue, 1894) : Palier d’étage. Carré.

Paroufle

(Halbert, 1849) : Paroisse.

(Virmaître, 1894) : La paroisse. C’est un sale parouflard ; pour sale paroissien (Argot des voleurs). N.

(Hayard, 1907) : Paroisse.

Paroxiste

(Delvau, 1867) : s. m. Écrivain qui, comme Alexandre Dumas, Eugène Sue, Paul Féval et Ponson du Terrail, recule les limites de l’invraisemblance et de l’extravagance dans le roman. Le mot est de Charles Monselet.

Parque (la)

(Delvau, 1867) : La Mort, — dans l’argot des académiciens.

Parrain

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Témoin. Faire suer les parrains, assassiner les témoins d’un crime.

(Bras-de-Fer, 1829) : Témoin.

(Clémens, 1840) : Plaignant.

(un détenu, 1846) : Avocat d’un accusé.

(Halbert, 1849) : Juge assistant le président.

(Larchey, 1865) : Témoin. — Allusion à la fonction du parrainage qui consiste à donner votre nom, à faire constater votre identité. — Parrain fargueur : Témoin à charge. — Parrain d’altèque : Témoin à décharge. — V. Estourbir.

Des parrains aboulés dans le burlin du quart d’œil ont bonni qu’ils reconobraient ma frime pour l’avoir allumée sur la placarde du fourmillon, au moment du grinchissage.

Vidocq.

(Delvau, 1867) : s. m. Avocat d’office, dans l’argot des voleurs. Signifie aussi Témoin. Parrain fargueur. Témoin à charge. Parrain d’altèque. Témoin à décharge.

(Rigaud, 1881) : Témoin, dans l’ancien argot. — Parrain fargueur, témoin à charge. — Parrain d’altèque, témoin à décharge. — Parrainage, témoignage.

(La Rue, 1894) : Témoin. Avocat. Juge assistant le président.

(Virmaître, 1894) : Avocat. Il sert en effet de parrain à l’accusé, il le tient sur les fonds baptismaux en cour d’assises (Argot des voleurs). N.

(Rossignol, 1901) : Avocat.

(Rossignol, 1901) : Plaignant d’un vol.

Part

(d’Hautel, 1808) : Il a fait son pot à part. Se dit d’un homme qui, sous l’apparence de la réserve et de la discrétion, ne s’est point oublié dans une affaire.
On vous en garde dans un petit pot à part. Se dit ironiquement pour faire entendre à quelqu’un qu’il n’y a rien à espérer pour lui dans une distribution.
Part à nous deux. On se sert de cette locution quand quelqu’un avec lequel on va de compagnie, fait une trouvaille quelconque, pour dire qu’on en retient sa part ; qu’on espère en avoir sa part.
Avoir part au gâteau. Être intéressé dans les bénéfices d’une entreprise, ou dans une succession.

Partagas

(Rigaud, 1881) : Cigare supérieur de la Havane ; du nom du fabricant. Comme prix, l’antipode du petit-bordeaux, quelquefois tout aussi mauvais.

Partage

(d’Hautel, 1808) : C’est le partage de Montgommeri, tout d’un côté rien de l’autre. Se dit quand on fait un partage d’une inégalité choquante.

Partager

(d’Hautel, 1808) : Partager en frères. Pour dire sans contestation, sans dispute, amiablement.
Partager le différent pas la moitié. Se relâcher chacun de ses prétentions pour conclure une affaire.
Partager un cheveu. Pour dire jusqu’aux plus minutieux objets.

Partageuse

(Delvau, 1867) : s. f. Femme entretenue qui a l’habitude de prendre la moitié de la fortune des hommes, — quand elle ne la leur prend pas tout entière. Argot des gens de lettres. L’expression date de 1848, et elle appartient à Gavarni.

Partageux

(Delvau, 1867) : s. m. Républicain, — dans l’argot des paysans de la banlieue.

Partance

(d’Hautel, 1808) : Voilà le coup de partance. Se dit en plaisantant, pour l’heure à laquelle on est contraint de se rendre quelque part.

Parterre

(d’Hautel, 1808) : Faire un parterre. Se laisser tomber, se laisser choir.

Parterre (prendre un billet de)

(Larchey, 1865) : Tomber. — Calembour.

Parti

(d’Hautel, 1808) : Prendre son parti en grand capitaine. Se dit en plaisantant, lorsqu’on se détermine après avoir hésité long-temps à quelque chose, soit au jeu, soit à une affaire de peu d’importance.
Jouer un mauvais parti à quelqu’un. Lui faire de mauvais tours, le friponner, l’attraper.

(Larchey, 1865) : Ivre, endormi.

Allons, les voilà partis, dit Vautrin en remuant la tête du père Goriot et celle d’Eugène.

Balzac.

Parti (être)

(Delvau, 1867) : Être gris, parce qu’alors la raison s’en va avec les bouchons des bouteilles vidées. Argot des bourgeois. On dit aussi Être parti pour la gloire.

Parti, parti pour la gloire

(Rigaud, 1881) : Mis en gaité par le vin. Excité par les charmes d’une femme, sur la pente des folies amoureuses.

Particulier

(d’Hautel, 1808) : Pour quidam, homme individu.
C’est un particulier qui ne s’endort pas. Pour, c’est un homme intéressé, qui est vigilant pour ses intérêts.
On dit aussi, en parlant d’une femme dont la conduite est peu régulière et la vertu suspecte : C’est une particulière qui a fait des siennes.
En son petit particulier.
Pour, dire en son intérieur, en soi-même.

(Larchey, 1865) : Individu. Pris souvent en mauvaise part.

Ah ça ! mais vous êtes donc un particulier dépourvu de toute espèce de délicatesse.

L. Reybaud.

(Delvau, 1867) : s. m. Bourgeois, — dans l’argot des troupiers.

(Delvau, 1867) : s. m. Individu quelconque, — dans l’argot du peuple, qui prend ordinairement ce mot en mauvaise part.

Particulière

(Larchey, 1865) : Fille suspecte.

Les mauvaises têtes du quartier qui tiraient la savate pour les particulières de la rue d’Angoulême.

Ricard.

Voilà qu’un mouchard m’amène une particulière assez gentille.

Vidal, 1833.

(Larchey, 1865) : Maîtresse.

Ce terme, si trivial en apparence, appartient à la galanterie la plus raffinée et remonte aux bergers du Lignon. On lit à chaque instant dans l’Astrée : Particulariser une dame, en faire sa particulière dame, pour lui adresser ses hommages. Ces locutions ont sans doute été transmises par le Secrétaire des amants à nos soldats, qui n’ont fait que les abréger.

Laveaux.

Dans l’armée, particulier et particulière sont synonymes de bourgeois et bourgeoise.

(Delvau, 1867) : s. f. Maîtresse, bonne amie, — dans l’argot des troupiers. D’après Laveaux, cette expression remonterait aux bergers du Lignon, c’est-à-dire au XVIIe siècle. « On lit à chaque instant dans l’Astrée : Particulariser une dame, en faire sa particulière dame, pour lui adresser des hommages. Ces locutions ont sans doute été transmises par le Secrétaire des Amants à nos soldats, qui n’ont fait que les abréger. »

(Fustier, 1889) : Femme légitime. Argot du peuple. Trimballer sa particulière, promener son épouse.

Partie

(d’Hautel, 1808) : Une partie fine. On appelle ainsi un tête à tête amoureux ; un divertissement secret.
Partie quarrée. Divertissement, partie de plaisir composée de quatre personnes, moitié hommes, moitié femmes.
Il est la partie honteuse de cette compagnie. Se dit de celui qui, par ses vices, déshonore une compagnie.
Qui n’entend qu’une partie n’entend rien. Signifie que dans une affaire, il ne faut jamais prononcer sans avoir entendu tous les intéressés.
Parties d’apothicaires. Mémoires surchargés ou il y a beaucoup à rabattre.
Qui quitte la partie la perd. Signifie que celui qui quitte le jeu, qui se retire d’un emploi ou d’une affaire n’a plus droit au bénéfice.
Il ne faut pas remettre la partie au lendemain. Pour, il ne faut jamais différer ce que l’on peut faire à l’instant.
Faire un coup de partie. Faire quelque chose qui emporte avec soi la décision ou l’avantage d’une affaire.

(Delvau, 1864) : Le membre viril.

Elle l’atteint par l’énorme partie.
Dont cet Anglais profana le couvent.

Voltaire.

Et je suis mort en la partie
Qui fait la garée et le cocu.

Maynard.

De sorte que l’on pouvait voir sans difficulté ses parties.

Ch. Sorel.

On ne doit pas dire les parties honteuses, car on ferait tort à la nature, qui n’a rien fait de honteux.

(Moyen de parvenir.)

Le marquis, de plus en plus étonné, et se reboutonnant pour ne pas laisser voir ses parties, vraiment honteuses en ce moment…

Jean Du Boys.

(Delvau, 1867) : s. f. Aimable débauche de vin ou de femmes. Partie carrée. Partie de plaisir à quatre, deux hommes et deux femmes. Partie fine. Rendez-vous amoureux dans un cabinet particulier. Être en partie fine. Être avec une dame n’importe où.

(Delvau, 1867) : s. f. Pièce montée où chacun paie son rôle, — dans l’argot des acteurs amateurs. C’est une sorte de pique-nique théâtral. Monter une partie. Monter une pièce destinée a être jouée sur un théâtre de campagne.

(La Rue, 1894) : Petite débauche. Partie fine, rendez-vous amoureux dans un cabinet particulier. Être en partie fine, être avec une dame. Partie carrée, partie de plaisir à quatre, deux hommes et deux femmes.

Partie (faire une)

(La Rue, 1894) : Se battre.

Partie (monter une)

(Rigaud, 1881) : Donner, en bénéficiaire, une représentation dramatique avec le concours gratuit de camarades, dans une salle louée ad hoc. C’était autrefois à la salle Chantereine que se montaient de préférence les parties ; aujourd’hui c’est à l’École lyrique.

Partie de traversin (faire une)

(Delvau, 1867) : Dormir à deux, — dans l’argot des faubouriens. Les Anglais ont une expression analogue : To read a curtain lecture (faire un cours de rideaux), disent-ils.

Parties

(Larchey, 1865) : « La fille à parties n’est qu’une prostituée en carte ou isolée, mais avec plus de formes… Si elle se fait suivre par sa tournure élégante ou par un coup d’œil furtif, on la voit suivant son chemin, les yeux baissés, le maintien modeste ; rien ne décèle sa vie déréglée. Elle s’arrête à la porte d’une maison ordinairement de belle apparence ; là, elle attend son monsieur, elle s’explique ouvertement avec lui, et s’il entre dans ses vues, il est introduit dans un appartement élégant ou même riche, où l’on ne rencontre ordinairement que la dame de la maison. » — F. Bérand. Le théâtre de cette rencontre se nomme maison à parties ou maison de passe. L’acte des clientes est qualifié de passe ou passade. — C’est un terme qui remonte au dix-huitième siècle.

Parties charnues (les)

(Delvau, 1867) : Les nates, — dans l’argot des bourgeois.

Partir

(d’Hautel, 1808) : S’en aller. Si vous êtes pressé, partez devant. Se dit à quelqu’un qui marque beaucoup d’impatience.

Partir du pied droit

(Delvau, 1867) : Bien commencer une affaire, l’engager gaiement et résolument. Argot du peuple. Quand on veut décider quelqu’un on dit : « Allons, partons du pied droit ! » C’est un ressouvenir des superstitions païennes. Quand Encolpe et Ascylte se disposent à entrer dans la salle du banquet, un des nombreux esclaves de Trimalcion leur crie : Dextro pede ! Dextro pede !

Partir la paille au c…

(Merlin, 1888) : Être libéré, quitter le régiment, alors qu’on était puni de prison ou de salle de police, dont la paille est encore adhérente à la culotte du troubade.

Pas

(d’Hautel, 1808) : Peines, démarches. Il plaint ses pas. Se dit d’un homme qui ne prodigue pas ses démarches, qui n’aime pas à prendre de la peine pour autrui. On dit dans un sens opposé, Il ne plaint pas ses pas.
C’est tout près, il n’y a qu’un pas.
Se dit par raillerie en parlant d’un lieu très-éloigné.
Pas de clerc. Fausse démarche, course vaine et inutile.
Aller à pas de loup. Marcher doucement sur la pointe des pieds, dans le dessein d’épier ou de surprendre quelqu’un.
Il a sauté le pas. Pour dire il est mort.
La peur a bon pas. Pour dire, que quand on a peur, on fuit avec promptitude.
Faire un faux pas. Manquer à l’honneur ; faire banqueroute.

Pas (faire manquer le)

(Merlin, 1888) : Faire attendre.

Pas (mettre au)

(Merlin, 1888) : Réprimander ou punir.

Pas (ne), ne rien

(Larchey, 1865) : Négation est ironiquement prise pour une affirmation dans le peuple de Paris.

Ernest : Avec qui que tu veux que je soye donc ? — Eugène : Merci, tu n’es pas rageur.

Monselet.

On dit de même : Il n’est pas chien pour il est avare ; il n’est rien dégoûté pour il est difficile.

Pas (sauter le)

(Larchey, 1865) : Mourir (d’Hautel, 1808). — V. Arnant.

Un étudiant dans sa mansarde, Disposait de sa dernière harde, Puis après, voulait sauter le pas.

Chanson.

Pas cuit

(Virmaître, 1894) : Un courtier demande à un libraire un livre ou une revue ; s’ils ne sont pas parus, on lui répond laconiquement : pas cuit. Mot à mot : ils sont encore au four (en confection) (Argot des libraires). N.

Pas d’arsenal

(Merlin, 1888) : Les artilleurs qui vont au polygone prennent le pas d’arsenal, c’est-à-dire une allure lente ; par contre, lorsqu’ils reviennent, la corvée étant faite, et la soupe les attendant, leur allure devient plus vive.

Pas de ça, lisette

(Larchey, 1865) : Formule négative due sans doute à la vogue de cette chanson connue : Non ! non ! vous n’êtes plus Lisette, etc.

Un jeune drôle fait la cour à ma nièce… pas de ça, Lisette !

Ricard.

Pas de ça, Lisette !

(Delvau, 1867) : Formule de refus ou de négation, — dans l’argot du peuple, qui connaît son Béranger.

Pas grand’chose

(Larchey, 1865) : Personne de médiocre vertu.

Tu as filé avec ta pas grand’chose.

P. de Kock.

(Delvau, 1867) : s. m. Fainéant ; homme sans moralité et sans courage, vaurien.

(Delvau, 1867) : s. f. Drôlesse, bastringueuse, vaurienne.

Pas méchant

(Delvau, 1867) : adj. Laid, pauvre, sans la moindre valeur, — dans l’argot des faubouriens et des filles, qui emploient cette expression à propos des gens comme à propos des choses. Ainsi, un chapeau qui n’est pas méchant est un chapeau ridicule — parce qu’il est passé de mode ; un livre qui n’est pas méchant est un livre ennuyeux, — parce qu’il ne parle pas assez de Cocottes et de Cocodès, etc.

Pas mèche

(Virmaître, 1894) : Impossible de réussir. Mèche pour moyen.
— J’ai beau la chauffer, pas mèche d’y arriver (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Impossible, pas moyen. « Prête-moi un louis ? — Il n’y a pas mèche, je n’ai pas le sou. » — « Peux-tu me faire travailler chez toi ? — Il n’y a pas mèche, il n’y a pas d’ouvrage. »

Pas se cailler le sang

(Rossignol, 1901) : Ne s’émotionner de rien et ne pas se faire de bile.

Pas si cher

(Virmaître, 1894) : Silence, parlez plus bas, on nous écoute. Expression employée dans les prisons pour signaler l’arrivée d’un gardien qui punirait les causeurs. Synonyme de : il pleut, employé dans les imprimeries quand le prote ou le patron entre à l’atelier (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Pas si vite, pas tant. Le contraire de cherrer.

Pas si cher !

(Delvau, 1867) : Exclamation de l’argot des voleurs, pour qui c’est un signal signifiant : « Parlez plus bas » ou : « Taisez-vous. »

Pas tant de beurre pour faire un quarteron !

(Delvau, 1867) : Phrase populaire par laquelle on coupe court aux explications longues mais peu probantes, aux raisons nombreuses mais insuffisantes. Elle appartient à Cyrano de Bergerac, qui l’a mise dans la bouche de Mathieu Gareau, du Pédant joué.

Pas vu, pas pris

(Merlin, 1888) : Refrain des bataillons d’Afrique.

Pascailler

(Delvau, 1867) : v. n. Prendre le tour de quelqu’un, lui enlever un avantage, le supplanter. Argot des voleurs.

(Virmaître, 1894) : Passer.
— Le gonce a pascaillé avant toi au carré des petites gerbes, il est enflaqué pour dix berges.
Pascailler
veut dire également prendre le tour ou la place de quelqu’un.
— J’ai pascaillé la Môme Livarot au Rouquin (Argot des voleurs). N.

Pascal

(Delvau, 1864) : Le vit. Pascal, comme Jacques, Thomas, Jacquot… ou etc., etc., etc.

…Il ne m’importe guères,
Que Pascal soit devant, ou Patcal soit derrière.

Scarron (Don Japhet d’Arménie).

Moi, je suis impartial
Entre Florence et Cythère,
Pourvu qu’on loge Pascal,
Le reste n’importe guère.

Collé.

Pasquelin

(anon., 1827) : Pays.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Pays.

(Bras-de-Fer, 1829) : Pays.

Pasquin

(d’Hautel, 1808) : Nom d’un personnage comique ; se dit par mépris d’un mauvais plaisant, d’un farceur, d’un batteleur, d’un histrion.

Pasquinade

(d’Hautel, 1808) : Farce, raillerie ; mauvaise plaisanterie ; fredaines, écarts de jeunesse.

Pasquiner la maltouse

(Halbert, 1849) : Faire la contrebande.

Passacailler

(Larchey, 1865) : Supplanter (Vidocq).

(Rigaud, 1881) : Supplanter ; passer avant son tour.

Passade

(d’Hautel, 1808) : Cela est bon pour une passade. Pour, cela passe une fois, mais il ne faut plus recommencer.
Demander la passade. C’est-à-dire, la charité, l’aumône.

(Delvau, 1867) : s. f. Feu de paille amoureux, — dans l’argot des bourgeois.

(Delvau, 1867) : s. f. Action de passer sur la tête d’un autre nageur en le faisant plonger ainsi malgré lui. Argot des écoles de natation. Donner une passade. Forcer quelqu’un à plonger en lui passant sur la tête.

(Delvau, 1867) : s. f. Jeu de scène qui fait changer de place les acteurs, — dans l’argot des coulisses. Régler une passade. Indiquer le moment où les personnages doivent se ranger dans un nouvel ordre, — le numéro un se trouvant à la gauche du public.

(Rigaud, 1881) : Changement de place des acteurs en scène. Régler une passade, régler le moment et la disposition du changement de place.

(Rigaud, 1881) : Plongeon forcé.

On appelle passade, dans les écoles de natation, l’opération au moyen de laquelle un nageur fait passer entre ses jambes le nageur qui se trouve devant lui, et, appuyant sa main sur sa tête, le pousse brusquement au fond de l’eau.

(H. Berlioz.)

(Boutmy, 1883) : s. f. Secours pécuniaire que les passants ont coutume d’aller demander et de recevoir dans les ateliers où l’on ne peut les embaucher. On dit aussi caristade.

(Fustier, 1889) : Femme galante. On l’appelait autrefois fille à parties. Quant à ce mot de passade, il n’est point difficile à expliquer pour celui qui sait sous quelle appellation triviale on désigne les maisons dites de rendez-vous.

Nous ne saurions trop féliciter l’Administration, puisqu’on veut une soirée tout à fait bécarre, d’exclure de cette représentation (une soirée de gala à l’Opéra) toutes les passades qui sont aux grandes courtisanes ce que sont les souteneurs de Montmartre aux petits rez-de-chaussée.

(Gil Blas, décembre 1886.)

Elle est d’un maintien très décent et, sans être absolument jolie, peut être considérée comme une passade fort aimable.

(Gil Blas, février 1888.)

Passade (faire une)

(Delvau, 1864) : Tirer un coup en passant.

Si ta veux passer, la nuit, mon chéri, ce sera vingt francs ; si ce n’est qu’une passade, c’est dix francs : décide-toi.

A. François.

Pour s’amuser qu’Apollon l’entreprenne :
D’une passade elle vaut bien la peine.

Parny

Je n’ai, camarades,
Jamais que des passades ;
Mais je les aime mieux
Que des amours trop vieux.

Collé.

Passage

(d’Hautel, 1808) : Oiseau de passage. Homme qui change souvent de demeure ; qui ne se trouve bien nulle part.
Il me trouvera sur son passage. Menace que l’on fait à quelqu’un, et qui signifie que l’on cherchera toutes les occasions de lui nuire.

Passans ou Passifs

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Souliers.

Passant

(Rigaud, 1881) : Soulier. Les variantes sont : Passe, passade, passide, passif passifle, paffier, paffe, — dans le jargon des voleurs, qui ont un si grand choix de mots pour désigner les souliers et qui, souvent, n’en ont pas aux pieds.

Passant, passif, passifle

(Larchey, 1865) : Soulier. — Passifleur : Cordonnier. — Le soulier sert à faire des pas.

Passants

(Bras-de-Fer, 1829) : Souliers.

Passants, passifs

(anon., 1827) : Souliers.

Passe

(Bras-de-Fer, 1829) : Peine de mort.

(Delvau, 1864) : Passade intéressée, côté des dames. Faire une passe. Amener un homme galant dans une maison qui reçoit aussi les filles — galantes.

(Larchey, 1865) : Guillotine. V. Gerber. — Allusion à la passe de la fatale lunette. — Passe-crick : Passe-port (Vidocq).Passe-lance : Bateau (id.) V. Lance. — Passe-singe : Roué (id.), homme dépassant un singe en malice.

(Delvau, 1867) : s. f. Guillotine, — dans l’argot des voleurs. Être gerbé à la passe. Être condamné à mort.

(Delvau, 1867) : s. f. Situation bonne ou mauvaise, — dans l’argot du peuple.

(Delvau, 1867) : s. f. « Échange de deux fantaisies », dont l’une intéressée. Argot des filles. Maison de passe. Prostibulum d’un numéro moins gros que les autres. M. Béraud en parle à propos de la fille à parties : « Si elle se fait suivre, dit-il, par sa tournure élégante ou par un coup d’œil furtif, on la voit suivant son chemin, les yeux baissés, le maintien modeste ; rien ne décèle sa vie déréglée. Elle s’arrête à la porte d’une maison ordinairement de belle apparence ; là elle attend son monsieur, elle s’explique ouvertement avec lui, et, s’il entre dans ses vues, il est introduit dans un appartement élégant ou même riche, où l’on ne rencontre ordinairement que la dame de la maison ». Faire une passe. Amener un noble inconnu dans cette maison « de belle apparence ».

(Rigaud, 1881) : Secours, assistance, — dans le jargon des voleurs. Donner la passe, faire la passe, secourir.

(Rigaud, 1881) : Guillotine, — dans l’ancien argot. — Gerber à la passe, guillotiner ; c’est le passage de la vie à la mort.

(Rigaud, 1881) : Série de coups heureux, — dans le jargon des joueurs. J’ai eu une passe de dix.

(La Rue, 1894) : Secours. Assistance. Guillotine.

Passe (être gerbé à la)

(Virmaître, 1894) : Mauvaise affaire pour celui qui est dans ce cas-là. Être gerbé à la passe, c’est être condamné à mort. La passe, c’est la guillotine (Argot des voleurs).

Passe (faire une)

(Rigaud, 1881) : Accorder dans une maison mixte ou chez soi une courte audience au dieu de Lampsaque, — dans le jargon des filles.

(Virmaître, 1894) : Fille qui raccroche sur la voie publique et conduit ses clients de hasard au premier hôtel venu. Elle ne fait que passer. Faire une passe vient aussi de faire un passant (Argot des filles).

Passe (la)

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Peine de mort.

Passe (maison de)

(Rigaud, 1881) : Maison d’amour de passage, maison de passage de l’amour à prix divers. Lieu mixte où la prostitution dresse un autel hâtif. La misère, la soif du luxe et la débauche, trois insatiables pourvoyeuses, jettent dans ces antres des femmes de toutes les classes, depuis l’insoumise famélique jusqu’à la grande dame à qui la fortune de son mari ne permet pas de dépenser cinquante mille francs par an pour ses toilettes.

(Hayard, 1907) : Maison hospitalière.

Passe (une)

(Rossignol, 1901) : Une fille publique qui vient d’avoir des relations avec un michet a fait une passe.

Passé au bain de réglisse (être)

(Delvau, 1867) : Appartenir à la race nègre, — dans l’argot des faubouriens.

Passe vanterne

(Virmaître, 1894) : Échelle. Mot à mot : passer par la fenêtre (Argot des voleurs).

Passe-bourgeoise

(Virmaître, 1894) : Femme mariée, habituée des maisons de rendez-vous et qui, par ses passes, aide à faire bouillir la marmite (Argot du peuple).

Passe-carreau

(Delvau, 1867) : s. m. Outil de bois sur lequel on repasse les coutures des manches. Argot des tailleurs.

Passe-cric

(Delvau, 1867) : s. m. Passeport, — dans l’argot des voleurs.

(La Rue, 1894) : Passeport.

Passe-crick

(Rigaud, 1881) : Passe-port.

Passe-lacet

(Delvau, 1867) : s. m. Fille d’Opéra, ou d’ailleurs, — dans l’argot des libertins d’autrefois, qui est encore celui des libertins d’aujourd’hui.

(Rigaud, 1881) : Prostituée.

(La Rue, 1894) : Gendarme.

Passe-lance

(Delvau, 1867) : s. m. Bateau, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Bateau.

(La Rue, 1894) : Bateau.

Passe-matagot

(d’Hautel, 1808) : Terme d’escamoteurs, de joueurs de gobelets, lorsqu’ils font quelques tours d’adresse ; ils l’emploient comme une expression de grimoire, pour faire croire aux spectateurs que, sans cela, ils ne pourroient réussir à faire leurs tours.

Passe-passe

(d’Hautel, 1808) : Tours de passe-passe. Fourberie, tromperie, finesse, supercherie. Il se dit aussi pour, tours de main, tours d’adresse, subtilités des doigts des joueurs de gobelets, des escamoteurs.

Passe-port

(d’Hautel, 1808) : Il porte son passe-port avec lui. Se dit d’un homme connu pour honnête, et qui a l’extérieur agréable.

Passe-singe

(Rigaud, 1881) : Très malicieux ; c’est-à-dire : qui dépasse le singe en malice.

Passé-singe

(Delvau, 1867) : s. m. Roué, roublard, — dans l’argot des voleurs.

(Virmaître, 1894) : Roué. A. D. Singe ne doit pas ici être pris dans le sens de patron ; singe est l’animal de ce nom. Passé-singe, passé maître dans l’art de faire des grimaces et de se contorsionner. Synonyme de souplesse et d’agilité.
— Il est donc passé-singe qu’il a pu cromper la tante, malgré l’oncle et les barbauttiers (Argot des voleurs). N.

(Hayard, 1907) : Malin, rusé.

Passe, passade

(La Rue, 1894) : Amour de passage. Maison de passe, lieu où les prostituées ou passades entraînent leurs galants d’un quart d’heure.

Passelance

(Halbert, 1849) : Bateau.

Passeport jaune

(Delvau, 1867) : s. m. Papiers d’identité qu’on délivre aux forçats à leur sortie du bagne.

Passer

(d’Hautel, 1808) : Faire passer quinze pour douze. Abuser de la confiance et de la crédulité de quelqu’un, pour le tromper, lui en faire accroire.
Passer quelque chose au gros sas. Pour, le faire à la hâte, sans précaution.
Il veut passer pour beau. Se dit de celui qui ne veut rien payer d’un écot, d’une dépense qui s’est faite en commun.
Passer de fil en aiguille. Pour dire, d’un discours à l’autre.
Jeunesse est forte à passer. Signifie qu’il est difficile à passer son jeune âge sans faire de folies.
Cela lui passera devant le nez. Pour dire, il n’y aura point part ; ce n’est point pour lui.
Il a passé comme une chandelle. Pour dire, il est mort sans crise ; dans le moment où on s’y attendoit le moins.
Le temps passe et la mort vient. Signifie que quelque soit le sort auquel on se trouve réduit, le temps n’en passe pas moins vite pour cela.
Passer par l’étamine. Être examiné sévèrement ; connoître l’infortune et l’adversité.
Passe-moi la rhubarbe, je te passerai le séné. Se dit de deux personnes qui conviennent mutuellement de se pardonner leurs erreurs.
Passe pour cela. Pour, je consens à cela ; je l’accorde ; cela peut être admis.
S’il passe par mes mains, gare à lui ! Se dit par menace d’une personne dont on a reçu quelque offense, pour faire entendre qu’on s’en vengera dès que l’on en trouvera l’occasion.

(Delvau, 1867) : v. n. Mourir, — dans l’argot des bourgeois.

Passer à l’as

(Rossignol, 1901) : Si dans une affaire ou partage on n’a rien pour soi, on passe à l’as.

Passer à la patience, à la croupière

(Merlin, 1888) : Punition assez scabreuse à définir et que les troupiers infligent à un mauvais camarade à un voleur ou à un délateur.

Passer à la pipe

(Virmaître, 1894) : Quand un individu est arrêté et conduit dans un poste, les agents le battent. On le passe à la pipe. Mot à mot : il est fumé. Synonyme de passer à tabac (Argot du peuple).

Passer à la plume

(Rigaud, 1881) : Être maltraité par un agent de la sûreté, — dans le jargon des voleurs qui disaient autrefois, dans le même sens : Passer à la dure. La variante est : Passer au tabac.

Passer à la plume, passer à tabac, filer la pipe

(La Rue, 1894) : Être maltraité, bourré de coups par les agents de police.

Passer à la sorgue

(Fustier, 1889) : Dormir. (V. Delvau : Sorgue.)

Passer à tabac

(Virmaître, 1894) : Cette expression est toute récente. Quand un individu est arrêté et conduit dans un poste de police, il est souvent frappé par la police, de là : passer à tabac (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Recevoir ou donner des coups. Passer à tabac veut aussi dire être réprimandé.

(Hayard, 1907) : Occupation ordinaire des agents envers ceux qu’ils arrêtent ; assommade à coups de botte et de casse-tête.

Passer au bleu

(Larchey, 1865) : Disparaître.

Plus d’un jaunet passe au bleu.

Jouvet, Chansons.

Équivoque basée sur un procédé de blanchissage. V. Laver, Nettoyer, Lessiver. — La passer douce : vivre à l’aise. — On sous-entend vie. — Se passer de belle : Ne pas recevoir sa part de vol (Vidocq).

(Delvau, 1867) : v. a. Supprimer, vendre, effacer ; manger son bien. Argot des faubouriens. On disait, il y a cinquante ans : Passer ou Aller au safran. Nous changeons de couleurs, mais nous ne changeons pas de mœurs.

Passer au dixième

(Delvau, 1867) : v. n. Devenir fou, — dans l’argot des officiers d’artillerie.

(Rigaud, 1881) : Devenir fou, — dans l’argot des officiers d’artillerie.

Passer d’hommes (se)

(Delvau, 1864) : Jouir sans la collaboration de l’homme, avec le doigt ou le godemichet. — Se passer de femmes, se masturber.

Comment peuvent-elles donc faire pour se passer d’hommes, quand l’envie leur en prend et les tourmente si fort que, le con étant tout en chaleur, il n’y a aucune allégeance, de quelque façon que vous le frottiez.

Mililot.

Passer de belle (se)

(Delvau, 1867) : Ne pas recevoir sa part d’une affaire, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Ne rien trouver à voler, être trompé par un complice au moment de recevoir une part de butin. — Recevoir des conseils au lieu d’argent.

(Virmaître, 1894) : Ne pas recevoir sa part d’un vol ou d’une affaire. Il s’en passe de belles : homme qui vit joyeusement. Mot à mot : qui passe de belles journées. Il s’en passe de belles pour exprimer que dans tel endroit il se passe de vilaines choses. Il en fait de belles : commettre de mauvaises actions.
— Il en fait de belles ton vilain sujet, il crèvera sur l’échafaud (Argot du peuple et des voleurs). N.

Passer debout

(Rigaud, 1881) : Venir à l’heure au magasin, — dans le jargon des commis de nouveautés. Par opposition à être couché. (F. ce mot.)

Passer devant la glace

(Delvau, 1867) : v. n. Payer, — dans l’argot des faubouriens, qui savent que, même dans leurs cafés populaciers, le comptoir est ordinairement orné d’une glace devant laquelle on est forcé de stationner quelques instants.

(Virmaître, 1894) : Payer. Allusion à la glace qui est toujours derrière le comptoir, chez le marchand de vin (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Payer en sortant d’un débit.

Passer devant la mairie

(Delvau, 1867) : v. n. Se marier sans l’assistance du maire et du curé, — dans l’argot du peuple.

Passer devant le four du boulanger

(Virmaître, 1894) : Voilà une expression qui n’est pas banale et qui est très usitée. Quand un gamin ou une gamine sont trop précoces, qu’ils ont l’esprit plus éveillé qu’il ne faudrait, on emploie ce mot. Mais il est plus typique dans ce sens. Quand une toute jeune fille a avalé son pépin et qu’elle pose quand même pour la vertu, on lui dit :
— Ne fais donc pas tant ta gueule, tu as passé devant le four du boulanger.
Mot à mot, elle a vu enfourner (Argot du peuple). N.

Passer l’arme à gauche

(Delvau, 1867) : v. a. Mourir, — dans l’argot des troupiers et du peuple. On dit aussi Défiler la parade.

(Virmaître, 1894) : Mourir (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Mourir.

Passer l’éponge

(Virmaître, 1894) : Oublier, pardonner. Mot à mot : laver le passé (Argot du peuple).

Passer la jambe

(Larchey, 1865) : Donner un croc-en-jambes, et par extension, supplanter.

Son ennemi roulait à ses pieds, car il venait de lui passer la jambe.

Vidal, 1833.

Passer la jambe à Thomas (V. ce mot), c’est, dans l’armée, être de corvée pour l’enlèvement des goguenots. — Allusion à l’action de les renverser dans les latrines.

(Delvau, 1867) : v. a. Donner un croc-en-jambe.

Passer la jambe à Jules

(Rigaud, 1881) : Enlever les tonneaux de vidange, — dans le jargon des troupiers.

Passer la jambe à Thomas

(Delvau, 1867) : v. n. Vider le baquet-latrine de la chambrée, — dans l’argot des soldats et des prisonniers.

(Merlin, 1888) : Voyez Jules.

Passer la jambe à Thomas, à Jules

(La Rue, 1894) : Vider la tinette.

Passer la main sur le dos de quelqu’un

(Delvau, 1867) : v. a. Le flatter, lui dire des choses qu’on sait devoir lui être agréables. Argot du peuple. On dit aussi Passer la main sur le ventre.

Passer la nuit

(Delvau, 1864) : Coucher au bordel.

Comben qui faut t’ rend’, mon bibi ? — Garde tout, j’ passe la nuit.

H. Monnier.

Passer la rampe (ne point)

(Delvau, 1867) : Se dit — dans l’argot des coulisses — de toute pièce ou de tout comédien, littéraire l’une, consciencieux l’autre, qui ne plaisent point au public, qui ne le passionnent pas.

Passer le goût du pain

(Virmaître, 1894) : Étrangler un individu, lui faire passer le goût du pain (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Étrangler sa femme est lui faire passer le goût du pain.

Passer par les mains d’un homme ou d’une femme

(Delvau, 1864) : Coucher ensemble.

Est-ce qu’ils ne font pas tous des listes vraies ou fausses des femmes qui leur ont passé par les mains ?

La Popelinière.

L’Opéra n’eut jamais de danseuse on d’actrice
Qui ne lui passât par les mains.

Sénecé.

Toute la jeunesse de la cour lui passa par les mains.

(La France galante.)

Passer sa fantaisie ou son envie

(Delvau, 1864) : Faire l’acte vénérien.

Et après eu avoir très bien passé ma fantaisie.

Brantôme.

Car le roi n’eut pas plus tôt passé sa fantaisie avec la princesse de Monaco, qu’il pardonna à monsieur de Lauzun.

(La France galante.)

Et pour votre présidente, ce ne sera pas apparemment en restant, à dix lieues d’elle que vous vous en passerez la fantaisie.

De Laclos.

Car sans cesser, ou sur banc, ou sur lit.
Elle voulut en passer son envie.

Cl. Marot.

Voilà ; quand je suis amoureux.
J’en passe incontinent l’envie.

J. Grevin.

Si vous aimez ce garçon, eh bien ! ne pourriez-vous en passer votre envie ?

Tallemant des Réaux.

Passer sur le banc

(Fustier, 1889) : Expression qu’emploient les forçats quand ils vont, pour une infraction au règlement, recevoir des coups de corde.

Combien j’ai vu d’hommes passer sur le banc et s’en relever, atteints pour jamais dans les sources de la vie, parce qu’ils avaient, en présence d’un argousin, imprudemment laissé tomber de leur poche un mince cahier ou simplement quelques feuilles de papier à cigarette !

(Humbert : Mon bagne.)

Passeur

(Delvau, 1867) : s. m. Individu qui passe les examens de bachelier à la place des jeunes gens riches qui dédaignent de les passer eux-mêmes, — parce qu’ils en sont incapables.

(Rigaud, 1881) : Pauvre diable qui, moyennant un peu d’argent, passe le baccalauréat au lieu et place de certains jeunes cancres.

Passez-moi le fil

(Merlin, 1888) : Expression goguenarde et sans équivalent dans le langage ordinaire, quelque chose comme : elle est bonne, celle-là !

Passier

(Halbert, 1849) : Soulier.

Passif

(M.D., 1844) : Soulier.

(Virmaître, 1894) : Homme pour homme, celui qui subit. Habitué des latrines de la berge du Pont-Neuf, des bains de la rue de Penthièvre ou des pissotières des Champs-Elysées. Dans le peuple on dit :
— Il va ramasser des marrons dans l’allée des Veuves.
L’allusion est claire (Argot du peuple).

Passiffe

(Halbert, 1849) : Chaussure.

Passifleur

(Delvau, 1867) : s. m. Cordonnier, — dans le même argot [des voleurs].

(Rigaud, 1881) : Cordonnier.

Passifs

(Clémens, 1840) : Souliers.

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Souliers d’occasion, — dans l’argot des voleurs et des faubouriens. Le mot est expressif : des souliers qui ont longtemps servi ont naturellement pâti, souffert, — passus, passivus, passif. On dit aussi Passifles.

(Boutmy, 1883) : s. m. Chaussures, souliers.

Et mes passifs, déjà veufs de semelles,
M’ont aujourd’hui planté là tout à fait.

dit l’humoristique auteur de la chanson du Rouleur.

(La Rue, 1894) : Souliers. Passifleur, cordonnier.

(Virmaître, 1894) : Souliers. Il en est peu, en effet, qui résistent au mauvais temps, surtout depuis l’invention des semelles en cuir factice (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Souliers.

Passifs (les)

(Hayard, 1907) : Les souliers.

Passion

(d’Hautel, 1808) : Il est triste comme la passion. Se dit de quelqu’un ou de quelque chose qui est triste, ennuyeux.
Il est connu comme Barrabas et la passion. Voy. Barrabas.

Passions (à)

(Larchey, 1865) : « Vous êtes trop jeune pour bien connaître Paris ; vous saurez plus tard qu’il s’y rencontre ce que nous nommons des hommes à passions. Ces gens-là n’ont soif que d’une certaine eau prise à une certaine fontaine, et souvent croupie. » — Balzac, Père Goriot.

Pastille

(Rigaud, 1881) : Pièce de dix sous, — dans le jargon des joueurs. — Plus rien, pas une pastille pour ponter.

Pastiquer

(Larchey, 1865) : Passer. — Corruption de mot. V. Abadis.

(Delvau, 1867) : v. a. Passer, — dans l’argot des voleurs. Pastiquer la maltouze. Faire la contrebande.

(Rigaud, 1881) : Passer, — dans l’ancien argot.

(La Rue, 1894) : Passer. Pastiquer la maltouse, passer de la contrebande.

Pastourelle

(Rigaud, 1881) : « Les cavaliers désignent ainsi la sonnerie des hommes punis. » (Fr. de Reiffenberg.) Les cavaliers pour la pastourelle, en avant !

Patafiole

(d’Hautel, 1808) : Mot baroque et interjectif qui marque l’impatience et le mécontentement.
Que le bon Dieu te patafiole. Pour, que le bon Dieu te bénisse.

Patafioler

(Larchey, 1865) : Confondre.

Aux gardes du commerce !… Que le bon Dieu les patafiole !…

Gavarni.

V. pour l’étymologie de ce mot le Magasin pittoresque, t. II, p. 247.

(Delvau, 1867) : v. a. Confondre — dans l’argot du peuple. Ce verbe ne s’emploie ordinairement que comme malédiction bénigne, à la troisième personne de l’indicatif : — « Que le bon Dieu vous patafiole ! »

(Rigaud, 1881) : Confondre. — Que le bon Dieu vous patafiole ! — Enlever. Que le diable le patafiole !

(La Rue, 1894) : Confondre.

Patagueule

(Delvau, 1867) : s. m. Homme compassé, qui fait sa tête et surtout sa gueule, — dans l’argot des sculpteurs sur bois.

(Rigaud, 1881) : Ennuyeux, pas drôle.

C’est lui qui trouvait ça patagueule de jouer le drame devant le monde !

(E. Zola.)

Patapatapan

(d’Hautel, 1808) : Mot imitatif, pour exprimer le bruit du tambour, lorsqu’on bat un rappel.

Patapouf

(Larchey, 1865) : Gros homme soufflant plus qu’il ne respire. — Onomatopée.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme et quelquefois Enfant bouffi, épais, lourdaud. On dit aussi Gros Patapouf mais c’est un pléonasme inutile.

(Rigaud, 1881) : Homme d’un embonpoint respectable, soufflant, suant, geignant à chaque pas. Gros patapouf.

(Virmaître, 1894) : Homme gros et court sur jambes, qui peut à peine souffler en marchant. Dans le peuple on dit :
— Ce patapouf souffle comme un phoque (Argot du peuple).

Pataquès

(d’Hautel, 1808) : Quiproquo, calembourg, mot mal prononcé, mal interprêté ; faute de langue ; sottise, imbécilité.
Un faiseur de pataquès. Celui qui pèche continuellement contre la grammaire ; qui fait des cuirs en parlant.

(Delvau, 1867) : s. m. Faute de français grossière, liaison dangereuse, — dans l’argot des bourgeois, qui voudraient bien passer pour des puristes.

Pataraffe

(d’Hautel, 1808) : Ce mot ne s’emploie que par dérision, et dans le sens de paraffe, gribouillage, griffonage qu’on ne peut déchiffrer.

Patarasses

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Petites pelottes dont les forçats se servent pour empêcher le froissement des fers sur la peau.

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Tampons que les forçats glissent entre leur anneau de fer et leur chair, afin d’amortir la pesanteur de la manicle sur les chevilles et le coude-pied.

Patard

(d’Hautel, 1808) : Un patard. Nom que l’on donne à un gros sou double.
C’est aussi un sobriquet que l’on donne à un lourdaud, à un homme rustique et grossier.

(Larchey, 1865) : Monnaie de billon — En 1808, on donnait ce nom à un gros sou double. V. d’Hautel. — Le patar était une monnaie flamande qui valait un sou au quinzième siècle. V. Du Cange.

(Delvau, 1867) : s. m. Pièce de monnaie, gros sou, — dans l’argot des faubouriens, qui ne se doutent pas qu’ils emploient là une expression du temps de François Villon :

Item à maistre Jehan Cotard
Auquel doy encore un patard…
À ceste heure je m’en advise.

(Le Grand-Testament.)

(Rigaud, 1881) : Pièce de deux sous.

(La Rue, 1894) : Pièce de deux sous.

Patata-patata

(d’Hautel, 1808) : Mot qui rappelle le bruit d’un cheval courant au grand galop.

Patatra

(d’Hautel, 1808) : Interjection populaire ; espèce d’exclamation ironique que l’on fait lorsqu’on voit tomber quelqu’un-

Patatro

(Hayard, 1907) : Fuite.

Patatrot (faire)

(La Rue, 1894) : S’enfuir. Courir. Un patatrot, une course rapide. Jouer du jaja un patatrot, jouer des jambes, s’enfuir.

Pataud

(Delvau, 1867) : s. et adj. Lourdaud, grossier, niais, — dans l’argot du peuple.

Patauger

(d’Hautel, 1808) : Marcher dans la boue, barbotter, courir les rues dans un mauvais temps, et sans nécessité.

(Delvau, 1867) : v. n. Ne pas savoir ce qu’on fait ni ce qu on dit.

Pate

(d’Hautel, 1808) : Des pates de mouche. C’est ainsi que l’on appelle une écriture très-fine et mal formée.
Faire patte de velours. Faire l’hypocrite, déguiser sous des dehors caressans, une ame noire et le dessein de nuire.
Pate. Se prend aussi pour main.
Une pate d’arraignée. Se dit d’une main sèche et décharnée.
Il a de grosses vilaines pates. Se dit par raillerie de quelqu’un qui a les mains fortes et rudes.
Marcher à quatre pates. Marcher sur les pieds et sur les mains
Il ne peut remuer ni pied ni pate. Se dit de quelqu’un qu’une grande lassitude, ou une grande fatigue empêche de marcher.
Mettre la pate sur quelqu’un. Le battre, le maltraiter.
Si jamais il tombe sous ma pate, gare à lui. Espèce de menace que l’on fait à quelqu’un pour dire, qu’on ne l’épargnera pas, quand on en trouvera l’occasion.
Être entre les pates de quelqu’un. Être soumis à sa censure ; se dit en mauvaise part d’un homme dont on a sujet de craindre la sévérité.
Donner un coup de pate. Lâcher un trait malin et piquant.
Graisser la pate à quelqu’un. Le corrompre, le gagner par argent.

(Bras-de-Fer, 1829) : Lime.

(Delvau, 1867) : s. m. Apocope de patron, — dans l’argot des graveurs sur bois.

(Rigaud, 1881) : Lime. — Patron.

Pâte

(d’Hautel, 1808) : C’est une bonne pâte d’homme. Se dit au propre, d’un homme fort et robuste ; au figuré, d’un homme simple et sans malice ; d’un bon enfant.
Il est d’une bonne pâte. Locution ironique qui se dit en mauvaise part de celui qui fait à un autre des propositions ridicules.
N’avoir ni pain : ni pâte. Pour, n’avoir rien à manger.
Il ne sent que la pâte. Se dit du pain qui est gras-cuit, qui a été saisi par le feu.
Mettre la main à la pâte. Se dit ordinairement lorsque, dans une maison, chacun travaille à la cuisine, ou contribue de sa part au succès d’une affaire. Voy. Main.

Pâté

(d’Hautel, 1808) : Un gros pâté. Nom que l’on donne familièrement à un enfant gros, gras et bien portant.
Crier les petits pâtés. Se dit par plaisanterie des femmes quand elles sont en mal d’enfant.
Un pâté. Goutte d’encre tombée sur le papier.

(Delvau, 1867) : s. m. Tache d’encre sur le papier, — dans l’argot des écoliers, qui sont de bien sales pâtissiers. On dit aussi Barbeau.

(Delvau, 1867) : s. m. Mélange des caractères d’une ou plusieurs pages qui ont été renversées, — dans l’argot des typographes. Faire du pâté, c’est distribuer ou remettre en casse ces lettres tombées.

(Rigaud, 1881) : Mauvaise besogne, — dans le jargon des typographes.

(Boutmy, 1883) : s. m. Caractères mêlés et brouillés qu’on fait trier par les apprentis. Faire du pâté, c’est distribuer ces sortes de caractères.

Pate (la)

(anon., 1827) : La lime.

Pâte (mettre en)

(Boutmy, 1883) : v. Laisser tomber sa composition ou sa distribution. Quelquefois, une forme entière mal serrée est mise en pâte quand on la transporte. Remettre en casse les lettres tombées, c’est faire du pâté. Par extension, on dit de quelqu’un qu’il s’est mis en pâte, quand il a fait une chute. Être mis en pâte, Recevoir dans une rixe quelque horion ou quelque blessure.

Pâte (tomber en)

(Rigaud, 1881) : Renverser un ou plusieurs paquets composés. — Forme tombée en pâte, forme qui se renverse pendant le trajet de l’atelier de composition à l’imprimerie, forme qui n’est pas assez serrée et dont les caractères s’éparpillent et tombent, — en terme de typographe.

Pâté d’ermite

(anon., 1827) : Des noix.

(Bras-de-Fer, 1829) : Des noix.

(Delvau, 1867) : s. m. Noix, — dans l’argot du peuple, qui sait que les anachorètes passaient leur vie à mourir de faim.

(Rigaud, 1881) : Noix.

(La Rue, 1894) : Noix.

Pâté de veille

(Boutmy, 1883) : s. m. Collation que l’on fait dans les ateliers le premier jour des veillées. Hélas ! comme beaucoup d’autres coutumes, le pâté de veille est tombé en désuétude.

Pâte ferme

(Delvau, 1867) : s. f. Article sans alinéas, — dans l’argot des journalistes.

Pâtée

(d’Hautel, 1808) : Au propre, nom que l’on donne aux alimens que l’on prépare à certains animaux ; et par une extension basse et triviale, à la nourriture de l’homme.
Aller manger la pâtée. Pour aller prendre de la nourriture, ses repas accoutumés.
C’est une véritable pâtée. Se dit par mépris, des mets, des alimens qu’on a laissés trop cuire, et qui sont en bouillie.

(Larchey, 1865) : Correction.

Il avait voulu manger un grand gaillard. Aussi a-t-il reçu une pâtée.

Delagny, les Souteneurs, 1861.

(Delvau, 1867) : s. f. Nourriture, — dans l’argot des faubouriens. Prendre sa pâtée. Déjeuner ou dîner.

(Delvau, 1867) : s. f. Correction vigoureuse et même brutale. Recevoir une pâtée. Être battu.

Pâtée (donner la)

(Rigaud, 1881) : Donner des coups. — Recevoir la pâtée, recevoir quelque chose de solide en fait de coups, comme une pâtée. On dit plus fréquemment : tremper la soupe.

Patelette (la)

(Rossignol, 1901) : Postérieur.

Patelin

(Fustier, 1889) : Compatriote.

En qualité de patelins, nous avions été assez bien accueillis…

(Humbert : Mon bagne.)

Signifie aussi pays, lieu de naissance, — dans l’argot militaire.

(La Rue, 1894) : Compatriote. Le pays natal V. Pacquelin.

(Virmaître, 1894) : Pays. Corruption du vieux mot pasquelin, qui signifiait la même chose (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Pays.

(Hayard, 1907) : Pays.

Patenôtre

(d’Hautel, 1808) : Dire la patenôtre du singe. Murmurer entre ses dents, gronder tout bas.

Patente

(Delvau, 1867) : s. f. Casquette, — dans l’argot des faubouriens, qui ont traduit à leur façon le patent qui se trouve sur tous les produits anglais, chapeaux, manteaux, etc.

(Rigaud, 1881) : Casquette de voyou, casquette de soie plaquée sur la tempe. C’était, autrefois, la coiffure typique des souteneurs de barrière, leur patente. Ils l’ont remplacée par la desfoux, encore plus grotesque.

(La Rue, 1894) : Casquette de soie à ponts.

(Rossignol, 1901) : Casquette.

Patenté

(Fustier, 1889) : Souteneur.

Pater

(d’Hautel, 1808) : Il sait cela comme son pater. Pour, il y est très-expert, très-versé ; il le sait par cœur.
Il ne sait pas seulement son pater.
Pour dire, il est excessivement ignorant.

Pâtés d’ermites

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Nois.

Patience

(d’Hautel, 1808) : Il a de la patience comme un chat qui s’étrangle. Se dit en plaisantant d’une personne vive, pétulante, sujette à la colère et aux emportemens.
Il faut prendre de la racine de patience. Signifie, il faut se tenir à deux mains, pour ne pas s’impatienter, pour ne pas perdre courage ; se dit aussi quand on est vivement contrarié, ou qu’on est livré à un travail pénible et rebutant.
Un ouvrage de patience. C’est-à-dire, qui demande une grande application, de grands soins, du temps et de la constance.
La patience est la vertu des ânes. Parce que cet animal endure beaucoup de mauvais traitemens sans se plaindre.
Patience ! Espèce d’interjection, qui équivaut à un moment donc, attendez, ne m’interrompez pas.
Patience ! j’aurai mon tour. Menace que l’on fait à quelqu’un dont on a reçu une offense, pour dire qu’on s’en vengera.

(Delvau, 1867) : s. f. Jeu de cartes, — ou plutôt série de jeux de cartes, car il y a une trentaine de jeux de patience : la Loi salique, la Blocade, la Nivernaise, la Gerbe, le Crapaud, la Poussette, la belle Lucie, etc., etc.

Patinage

(Fustier, 1889) : Attouchement indécent. (V. Delvau : Patiner.)

Patiner

(d’Hautel, 1808) : Au propre ; glisser sur la glace avec des patins.
Patiner. Tâter, farfouiller indiscrètement, porter une main luxurieuse sur les appas d’une femme.

(Delvau, 1864) : Badiner — d’une façon indécente.

S’approchant des comédiennes, il leur prit les mains sans leur consentement et voulant un peu patiner.
Car les provinciaux se dêmènent fort et sont grands patineurs.

Scarron.

Ah ! doucement, je n’aime point les patineurs.

Molière.

Mais Quand Bacchus vient s’attabler
Près de fille au gentil corsage,
Je me plais à gesticuler ;
J’aime beaucoup le patinage.

L. Festeau.

Parfois il lui suffit de voir, de patiner.
De poser sur la motte une brûlante lèvre :
Il satisfait ainsi son amoureuse fièvre.

L. Protat.

Les petites paysannes
Qu’on patiné au coin d’un mur.
Ont, plus que les courtisanes.
Fesse ferme et téton dur.

De la Fixelière.

Tandis qu’elle lui fait cela, elle le baisa, coulant sa main sur son engin, qu’elle prend dans la braguette, et, quand elle l’a patiné quelque temps, elle le fait devenir dur comme un bâton.

Mililot.

Quand ils ont tout mis dans la notre, ils se délectent encore, en faisant, à nous sentir la main qui leur patine par derrière les ballottes.

Mililot.

Parmi les catins du bon ton,
Plus d’une, de haute lignée,
A force d’être patinée
Est flasque comme du coton.

E. Debraux.

(Delvau, 1867) : v. a. et v. n. Promener indiscrètement les mains sur la robe d’une femme pour s’assurer que l’étoffe de dessous en est aussi moelleuse que celle du dessus. Argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Se livrer à des attouchements trop libres sur la personne d’une femme.

Il a voulu patiner. Galanterie provinciale qui tient plus du satyre que de l’honnête homme.

(Scarron, Roman comique, Ire partie, ch. x.)

Patiner la dame de pique, patiner le carton, jouer aux cartes. — Patiner le trimard, faire le trottoir.

(La Rue, 1894) : Se presser. Galoper. Manier.

Patiner (se)

(Delvau, 1867) : Se sauver, Jouer des pattes, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Déguerpir, — dans le jargon du peuple.

(Virmaître, 1894) : Se sauver.
— Je me patine parce que je suis en retard.
Allusion aux patineurs qui avancent rapidement.
Patiner veut aussi dire se dépêcher de terminer une besogne.
— Je me patine de finir ma pièce, autrement samedi pas de galette.
Patiner du chiffon rouge,
se patiner de la langue : parler vite (Argot du peuple). N.

(Hayard, 1907) : Se dépêcher.

Patineur

(d’Hautel, 1808) : Celui qui se plait à patiner, qui glisse avec des patins.

(Delvau, 1867) : adj. et s. Homme qui aime à patiner les femmes.

(Rigaud, 1881) : Cultivateur en attouchements lascifs.

Ah ! doucement ! je n’aime point les patineurs.

(Molière, George Dandin.)

(Fustier, 1889) : Argot des voleurs et notamment des joueurs de bonneteau. Le patineur, c’est le banquier, celui qui tient les cartes, les patine et peut ainsi se livrer à toutes les tricheries. (V. Chocolat.)

(La Rue, 1894) : Bonneteur (celui qui tient les cartes).

Patiras

(Delvau, 1867) : s. m. Souffre-douleur de l’atelier. Les gens distingués disent Patito, comme à Florence.

Pâtissier

(d’Hautel, 1808) : Un pâtissier Jacques. Sobriquet que l’on donne à un mauvais pâtissier, dont la pâtisserie est matte, lourde et indigeste. Voy. Patronet.

Pâtissier (sale)

(Larchey, 1865) : Homme malpropre. V. Boulette.

Pâtissier, sale pâtissier

(Rigaud, 1881) : Tripoteur d’affaires ; homme sans aucune espèce de délicatesse et sans conscience en affaires.

Patoche

(Delvau, 1867) : s. f. Férule, — dans l’argot des enfants, dont les mains en conservent longtemps le souvenir.

Patoches

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Mains.

Patouiller

(Delvau, 1867) : v. a. Manier, peloter. Argot du peuple.

(Delvau, 1867) : v. n. Barboter, patauger. On dit aussi Patrouiller. Ce verbe est dans Rabelais.

(Rigaud, 1881) : Tourner et retourner une marchandise comestible, la manier grossièrement, de manière à la défraîchir.

(Virmaître, 1894) : Manier.
— Vous n’avez pas bientôt fini de me patouiller avec vos sales pattes ?
On patouille dans un coffre-fort.
On dit également patrifouiller.
— Ce cochon de quart d’œil a passé deux heures à patrifouiller dans mes frusques pour trouver de quoi me faire sapé, mais il est grinchi. C’était au moulin.
Patrifouiller
est le superlatif de fouiller (Argot des voleurs). N.

(Rossignol, 1901) : Palper, toucher, manier. Faire des attouchements à une personne est la patouiller.

Patouiller, tripatouiller

(La Rue, 1894) : Tourner et retourner. Manier. Peloter.

Patouilleur

(Delvau, 1867) : s. m. Peloteur.

Patraque

(d’Hautel, 1808) : Une patraque. Pour dire une mauvaise montre ; se dit généralement de toute chose mécanique dont les ressorts sont usés.
Une vieille patraque. Terme injurieux et de mépris, qui se dit d’une personne âgée, foible et débile, qui est hors d’état de supporter le travail et la fatigue.

(Larchey, 1865) : Patrouille (Vidocq). — Jeu de mots ironique. — On sait que les anciennes patrouilles étaient peu redoutables ; elles marchaient aussi mal qu’une patraque. V. Moucharde.

(Larchey, 1865) : Montre bonne ou mauvaise. — Patraque : En mauvais état de santé.

(Delvau, 1867) : s. f. Vieille montre qui marche mal ; machine usée, sans valeur.

(Delvau, 1867) : adj. Malade ou d’une santé faible, dans l’argot des bourgeois.

(Rigaud, 1881) : Patrouille.

(La Rue, 1894) : Patrouille.

Patres

(d’Hautel, 1808) : Envoyer quelqu’un ad patres. Pour l’envoyer promener lorsqu’il vous importune.
Il est allé ad patres. Pour, il est mort.

Patres (ad)

(Delvau, 1867) : adv. Au diable, — dans l’argot du peuple, qui se soucie peu de ses « pères ». Envoyer ad patres. Tuer. Aller ad patres. Mourir.

Patricotage

(Virmaître, 1894) : Les danseurs patricotent des jambes. On dit aussi :
— Il a patricoté dans la caisse.
Patricoter est ici pour tricoter (Argot du peuple). N.

Patrie

(Delvau, 1867) : s. f. Commode, — dans l’argot des bohèmes, qui serrent leurs hardes dans les grands journaux comme la Patrie, le siècle, etc., leurs seuls meubles souvent.

Patriotique

(d’Hautel, 1808) : La scie patriotique. On appeloit ainsi ironiquement et d’une manière triviale, les corvées que les citoyens, dans les troubles de la révolution, étoient obligés de faire, et qui consistoient à monter la garde aux prisons, à servir d’escorte dans les fêtes populaires, etc., etc., etc.

Patron

(Rigaud, 1881) : Marchand de vin quand il fait crédit. Lorsqu’il réclame son argent, c’est un empoisonneur, un pétroleur, — dans le vocabulaire des ivrognes.

(Fustier, 1889) : Colonel. Argot militaire.

Patron-Minette

(Delvau, 1867) : s. f. Association de malfaiteurs, célèbre il y a une trentaine d’années, à Paris comme la Camorra, à Naples.

(Rigaud, 1881) : Association de malfaiteurs, sous le règne de Louis-Philippe.

Quand le président des Assises visita Lacenaire dans sa prison, il le questionna sur un méfait que Lacenaire niait. — Qui a fait cela ? demanda le président. Lacenaire fit une réponse énigmatique pour le magistrat, mais claire pour la police. — C’est peut-être Patron-Minette.

(V. Hugo.)

Patron-minette

(La Rue, 1894) : L’aube.

Patron-Minette (dès)

(Delvau, 1867) : adv. Dès l’aube, — dans l’argot du peuple.

Patronet

(d’Hautel, 1808) : Sobriquet railleur et méprisant que l’on donne à un mauvais pâtissier ; à un Jacques, à un gargotier.

Patrouillage

(d’Hautel, 1808) : Saleté, malpropreté qu’on fait en barbottant, en patrouillant.

Patrouille (en)

(Larchey, 1865) : « Quatre jours en patrouille, pour dire en folies bachiques. »

Cabarets de Paris, 1821.

Patrouille (être en)

(Delvau, 1867) : Courir les cabarets, ne pas rentrer coucher chez soi. Argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Être en tournée nocturne pour cause de débauche.

Patrouiller

(d’Hautel, 1808) : Au propre l’action de faire patrouille ; au figuré, remuer de l’eau croupie, sale et bourbeuse ; manier malproprement les choses auxquelles on touche ; les gâter, les mettre en désordre ; virer, tourner de côté et d’autre.

(Larchey, 1865) : Faire patrouille.

En ma qualité de caporal postiche de voltigeurs, j’ai passé la nuit à patrouiller.

Festeau.

(Larchey, 1865) : Manier, patiner. — Mot à mot : rouler dans ses pattes.

Mais c’est vrai, tiens ! ça vous patrouille c’te marchandise, et puis ça part.

Vadé, 1788.

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Peloter.

(Delvau, 1867) : v. n. Faire patrouille, — dans l’argot des bourgeois, soldats-citoyens.

Patrouillis

(d’Hautel, 1808) : Barbotage, bourbier, fange, vilenies.

Patte

(Larchey, 1865) : Main.

Et toujours de ma patte Frisé comme un bichon.

Vadé, 1788.

(Larchey, 1865) : Habileté de main.

Mal dessiné, mais beaucoup de chic. — Oui, il a de la patte.

L. de Neuville.

(Larchey, 1865) : Pied. — Le testament de Villon parle déjà de « Soy soutenir sur les pattes. »

On en voit qui se faufilent dans des omnibus. Le reste s’en retourne à pattes, honteusement.

Alb. Second.

(Delvau, 1867) : s. f. Main, — dans l’argot des faubouriens. Le coup de patte, au figuré, est plutôt un coup de langue.

(Delvau, 1867) : s. f. Grande habileté de main, — dans l’argot des artistes. Avoir de la patte. Faire des tours de force de dessin et de couleur.

(Rigaud, 1881) : Pied, main, jambe. À patte, à pied.

Patte cassée (avoir la)

(La Rue, 1894) : Être découvert. Se casser la patte, se faire prendre.

Patte d’araignée (faire la)

(Delvau, 1864) : Passer doucement et habilement les quatre doigts et le pouce sur le membre d’un homme, et ses tenants et aboutissants, afin de provoquer une érection qui ne viendrait pas sans cette précaution.

J’avais beau patiner sa couille renfrognée,
Lui faire avec cinq doigts la patte d’araignée,
Sa pine, peu sensible à mes soins superflue.
Demeurait flasque et molle et ne rebandait plus.

Louis Protat.

Patte d’oie

(Larchey, 1865) : Triple ride qui imprime au coin de chaque œil, trois sillons d’apparence palmipède.

Aux tempes la patte d’oie caractéristique et au front les marches du palais montraient des rides élégantes, bien prisées à la cour de Cythère.

Balzac.

(La Rue, 1894) : Carrefour. Rides près de l’œil.

Patte de chat (la)

(Delvau, 1864) : Bordel fameux, situé sur le boulevard Courcelles, où presque toute la présente génération aura passé.

Ils entretienn’nt des gonzesses
Qui log’t à la Patt’ de chat.

Guichardet.

Patte de velours (faire)

(Virmaître, 1894) : Avoir envie de dire des injures à quelqu’un et au contraire lui faire risette. Avoir envie d’égratigner et au contraire caresser. Allusion au chat qui rentre ses griffes quand il est content :
— Il fait patte de velours (Argot du peuple). N.

Patte-d’oie

(Delvau, 1867) : s. f. Les trois rides du coin de l’œil, qui trahissent ou l’âge ou une fatigue précoce. Argot du peuple.

(Delvau, 1867) : s. f. Carrefour, — dans l’argot du peuple et des paysans des environs de Paris.

(Rigaud, 1881) : Carrefour.

Patte-mouillée

(Delvau, 1867) : s. f. Vieux chiffon imprégné d’eau, qui, à l’aide d’un carreau chaud, sert a enlever les marques du lustre sur le drap. Expression de l’argot des tailleurs.

Pattes

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Jambes, — dans l’argot des faubouriens. Fournir des pattes. S’en aller, s’enfuir. On dit aussi Se payer une paire de pattes, et Se tirer les pattes.

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Pieds, — dans l’argot des bourgeois.

Pattes (à)

(Delvau, 1867) : adv. Pédestrement.

Pattes (être sur ses)

(Rigaud, 1881) : Être debout, être levé. Mot à mot : être sur ses jambes. — Être sur ses pattes dès patron-minette.

Pattes (se tirer les)

(Rigaud, 1881) : S’en aller. La variante est : Se tirer les paturons.

Pattes de crapaud

(Merlin, 1888) : Épaulettes.

Pattes de mouche

(Larchey, 1865) : Caractères très fins.

Et l’écriture, il était avec des petites pattes de mouche bien agréables.

Festeau.

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Lettre de femme ou grimoire d’avocat. Argot du peuple.

Pattu

(Delvau, 1867) : adj. Épais, lourd, — dans l’argot du peuple.

Pâture

(d’Hautel, 1808) : C’est une bonne pâture. Pour une nourriture saine et bienfaisante.

Pâturer

(Delvau, 1867) : v. n. Manger, — dans l’argot des ouvriers. On dit aussi Prendre sa pâture.

Paturon

(Halbert, 1849) : Pied.

(Larchey, 1865) : Pied, pas. — Terme hippique. — V. Flacul, Rebâtir.

Paturon de cornaut

(Halbert, 1849) : Pied de bœuf.

Paturon de morne

(Halbert, 1849) : Pied de mouton.

Paturons

(anon., 1827) : Les pieds.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Pieds.

(Bras-de-Fer, 1829) : Les pieds.

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Les pieds, — dans l’argot des Faubouriens, qui disent cela au moins depuis Vadé :

À cet ensemble on peut connoître
L’élégant et le petit-maître
Du Pont-aux-Choux, des Porcherons,
Où l’on roule ses paturons.

Jouer des paturons. Se sauver.

Paturons (les)

(M.D., 1844) : Les pieds.

Paturons de cornant

(anon., 1827) : Pieds de bœuf.

Paturons de morne

(anon., 1827) : Pieds de mouton.

(Bras-de-Fer, 1829) : Pieds de mouton.

Paturot

(Delvau, 1867) : s. m. Bonnetier, homme crédule, — dans l’argot des cens de lettres, qui consacrent ainsi le souvenir du roman de Louis Reybaud.

Paume

(Delvau, 1867) : s. f. Perte, échec quelconque, — dans l’argot des faubouriens. Faire une paume. Faire un pas de clerc.

(Rigaud, 1881) : Perte, insuccès. Faire une paume, ne pas réussir. — Paumer, perdre.

(La Rue, 1894) : Perte. Insuccès.

Paumé

(Clémens, 1840) : Arrêté, pris.

(Virmaître, 1894) : Être pris, empoigné. Les agents arrêtent un voleur en lui mettant généralement la paume de la main sur l’épaule. L’allusion est claire. Être empaumé : être fourré en prison (Argot des voleurs).

Paumé (être)

(Hayard, 1907) : Être pris, empoigné.

Paumé marron

(Virmaître, 1894) : Paumé, pris, marron, l’être. Je suis marron signifie être refait. Un gogo est marron dans une affaire qui rate.
— On m’a pris ma place, je suis marron.
Synonyme de rester en panne (Argot des voleurs). N.

Paumer

(un détenu, 1846) : Prendre, saisir, empoigner.

(Larchey, 1865) : Perdre.

Je ne roupille que poitou ; je paumerai la sorbonne si ton palpitant ne fade pas les sentiments du mien.

Vidocq.

(Larchey, 1865) : Empoigner. V. Du Cange. — Du vieux mot paumoier. — V. Cigogne.

Rends-moi la bourse, ou sinon je te paume.

le Rapatriage, parade, dix-huitième siècle.

(Delvau, 1867) : v. a. Perdre, — dans l’argot des voleurs. Paumer la sorbonne. Devenir fou, perdre la tête.

(Delvau, 1867) : v. a. Empoigner, prendre — avec la paume de la main. S’emploie au propre et au figuré. Être paumé. Être arrêté. Être paumé marron. Être pris en flagrant délit de tricherie, de vol ou de meurtre.

(Rigaud, 1881) : Dépenser, — dans le jargon des ouvriers. Paumer son fade, dépenser l’argent de sa paye.

(Rigaud, 1881) : Arrêter, appréhender au corps. Se faire paumer ; mot à mot : se faire mettre la paume de la main au collet.

(Rigaud, 1881) : Perdre, — dans le jargon des voleurs. — Paumer l’atout, perdre courage.

(La Rue, 1894) : Perdre. Dépenser. Empoigner. Arrêter. Se paumer, s’égarer.

(Virmaître, 1894) : Perdre.
— Tu fais une drôle de gueule.
— J’avais deux sigues d’affure et j’en paume quatre, y a de quoi.
— Fallait pas jouer (Argot des voleurs). N.

(Rossignol, 1901) : Perdu. — « J’ai paumé ma bourse. » — « J’ai paumé au jeu. » — Celui qui a de la perte a de la paume.

(Rossignol, 1901) : Prendre, surprendre, arrêter. — « J’ai été paumé par ma mère au moment où je fouillais dans sa bourse. » — « Le môme Bidoche a été paumé en volant à l’étalage. »

(Hayard, 1907) : Perdre.

Paumer ses plumes

(La Rue, 1894) : S’ennuyer.

Paupière (se battre la)

(Larchey, 1865) : Voir œil.

Pauses (compter des)

(Rigaud, 1881) : Dormir à côté de son pupitre, — dans le jargon des musiciens de théâtre.

Pauteau

(Rossignol, 1901) : Associé, complice. On dit aussi mon social ou sociable.

Pautre

(Bras-de-Fer, 1829) : Bourgeois.

Pauvrard, e

(Delvau, 1867) : adj. et s. Excessivement pauvre.

Pauvre

(d’Hautel, 1808) : Pauvre comme Job. Se dit d’une personne extrêmement indigente, mais qui cependant à l’exemple de ce patriarche, reste constamment fidèle aux lois de la probité.
C’est un pauvre homme. Se dit par mépris d’un homme, sans talent, sans capacité.-

Pauvreté

(d’Hautel, 1808) : Il se jette dessus vous comme la pauvreté sur le monde. Se dit d’un homme importun, qui ne cesse de tourmenter, qui obsède par ses demandes indiscrètes.
Pauvreté n’est pas vice ; non, mais c’est bien pis, répondoit l’ingénieux Dufresny, à qui l’on faisoit fréquemment l’application de ce proverbe.
Pauvreté. Pour sottises, paroles dénuées de sens ; discours insensés.

Pauvreté d’un homme (la)

(Delvau, 1864) : Son membre, qui est une richesse pour lui — quand il est maquereau.

Il montra toute sa pauvreté.

(Moyen de parvenir.)

N’avez-vous pas honte de montrer ainsi votre pauvreté !

Cervantes.

Pavé

(d’Hautel, 1808) : Il a la tête dure comme un pavé. Se dit d’une personne sans intelligence et sans pénétration.
Être sur le pavé. Pour être hors de maison, n’avoir pas d’ouvrage.
C’est tout pavé d’ici là. Manière goguenarde de dire qu’une course est très-longue, qu’un lieu est très-éloigné d’un autre.
Tâter le pavé. Agir avec prudence et circonspection.
Être sur le pavé du roi. Être dans un lieu public, d’ou personne n’a le droit de vous renvoyer.
Il est tombé sur le pavé. Pour dire sa fortune est bouleversée, il est ruiné.
Il a le gosier pavé. Se dit d’un goulu qui mange des alimens bouillans.
De pavé sec et bois mouillé, libera nos domine. Dicton populaire qui signifie que l’un et l’autre de ces inconvéniens sont dangereux.

(Larchey, 1865) : Éloge maladroit. — Allusion au pavé de la Fontaine.

C’était un journal pavé de bonnes intentions ; mais on y rencontrait plus de pavés encore que de bonnes intentions.

Alb. Second.

(Delvau, 1867) : s. m. Bonne intention malheureuse, comme celle de l’ours de la Fontaine. Réclame-pavé. Éloge ridicule à force d’hyperboles, qu’un ami, — ou un ennemi, — fait insérer à votre adresse dans un journal.

(Delvau, 1867) : adj. Insensible, — dans l’argot du peuple. Avoir le gosier pavé. Manger très chaud ou boire les liqueurs les plus fortes sans sourciller.

(Rigaud, 1881) : Éloge exagéré et si maladroitement lancé qu’il assomme celui qui en est l’objet.

Pave (on)

(Rigaud, 1881) : Lorsqu’un débiteur prudent ne veut pas passer dans une rue où il compte un créancier il dit qu’on pave. Quand on possède plusieurs créanciers dans la même rue : « Il y a des barricades ». On dit encore : la rue est barrée, c’est-à-dire barrée par les créanciers.

(Virmaître, 1894) : Rue dans laquelle on ne peut passer à cause d’un créancier (Argot du peuple).

Pavé mosaïque

(Delvau, 1867) : s. m. Le sol de la salle des réunions, — dans l’argot des francs-maçons.

Pavillon

(un détenu, 1846) : Fou.

(Larchey, 1865) : Fou, homme dont les idées flottent tous les vents comme un pavillon. — Pavillonner : Deviser joyeusement, plaisanter, déraisonner.

On renquillera dans la taule a mesigue pour refaiter gourdement, et chenument pavillonner, et picter du pivois sans lance.

Vidocq.

(Delvau, 1867) : s. et adj. Fou, — dans l’argot des faubouriens.

(La Rue, 1894) : Fou. Mensonge fait sans nécessité.

Pavillon, Pavillonne

(Rigaud, 1881) : Fou, folle. — Pavillonnage, folie. Pavillonner, déraisonner.

Pavillonner

(Delvau, 1867) : v. n. Avoir des idées flottantes ; déraisonner. On dit aussi Être pavillon.

Pavoi

(Halbert, 1849) : Insensé.

Pavois

(Larchey, 1865) : « Être pavois, c’est être dans la vigne du Seigneur, dans toute la joie de Bacchus, atteindre le parfait bonheur, c’est enfin être au pavois. » — Ch. Coligny.

(Delvau, 1867) : adj. et s. En état d’ivresse. Être pavois. Être gris, déraisonner à faire croire que l’on est gris.

Pavois ou pivois

(La Rue, 1894) : Ivre.

Pavoisé

(Rigaud, 1881) : Mis en gaieté par le vin, — dans le jargon des ouvriers. — Se pavoiser, se mettre en ribotte. On disait autrefois ; pavois, être pavois, par altération, sans doute, de pivois.

Pavoiser (se)

(Larchey, 1865) : Faire toilette. V. Astiquer.

(Delvau, 1867) : S’endimancher. Argot des marins. S’endimancher, pour les faubouriens, a un double sens : il signifie d’abord mettre ses habits les plus propres ; ensuite s’amuser, c’est-à-dire boire, comme ils en ont l’habitude à la fin de chaque semaine.

Paxon

(Rossignol, 1901) : Paquet.

Payant

(Rigaud, 1881) : Et, plus fréquemment, imbécile de payant. Dans le jargon des coulisses tout spectateur naïf et enthousiaste a été baptisé du sobriquet de « payant, imbécile de payant ».

Paye

(d’Hautel, 1808) : Il a reçu sa paye, on lui a donné sa paye. Se dit d’un enfant auquel on a infligé quelque correction ; que l’on a maltraité, battu.

Paye (bonne)

(Larchey, 1865) : Débiteur solvable.

Une lorette très-mauvaise paye.

Ed. Lemoine.

Payer

(d’Hautel, 1808) : Adieu, porte-toi bien ; je payerai le médecin. Plaisanteries, goguettes populaires, usitées en se séparant de gens avec lesquels on est très-familier.
Il veut tout savoir et ne rien payer. Se dit d’un investigateur, d’un curieux fort avare.
Payer ric à ric. Se faire tirer l’oreille pour payer une somme ; la payer par petits à comptes.
Il payera les pots cassés. Signifie qu’on fera retomber sur quelqu’un le dommage survenu dans une affaire.
Tant tenu, tant payé. Pour dire qu’on ne doit payer un ouvrier qu’à proportion du temps qu’on l’a employé.
Payer en monnoie de singe, en gambades. Signifie se moquer de celui à qui l’on doit.
Payer bouteille, pinte, chopine, demi-setier. Pour dire payer à boire à quelqu’un.

(Fustier, 1889) : Argot des lycées. S’exonérer, au moyen d’une exemption, d’un satisfecit, d’une punition encourue. Payer ses arrêts, sa retenue. Sortie payante, sortie de faveur accordée à relève qui remet en paiement une ou plusieurs exemptions que son travail, sa bonne conduite lui ont fait obtenir.

Depuis longtemps, la France a protesté contre les sorties dites pavantes ou de faveur et contre les punitions actuellement en vigueur.

(France, 1881.)

(La Rue, 1894) : Faire, accomplir. Être condamné. Avoir payé, avoir subi des condamnations, faire payer, condamner.

Payer (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. S’offrir, se donner, se procurer, — dans l’argot des petites dames et des faubouriens. Se payer un homme. Avoir un caprice pour lui. Se payer une bosse de plaisir. S’amuser beaucoup.

(Rigaud, 1881) : Se passer une fantaisie.

Payer bouteille

(Delvau, 1867) : Offrir à boire chez le marchand de vin. Argot des ouvriers.

Payer la goutte (faire)

(Delvau, 1867) : Siffler, — dans l’argot des coulisses.

(Rigaud, 1881) : Siffler un acteur.

Payer un homme (se)

(Virmaître, 1894) : Moyen que possèdent toutes les femmes sans débourser d’argent. Cette expression est généralement employée par les femmes à caprices.
— Elle se paye autant d’hommes qu’elle change de chemises (Argot des filles). N.

Payer un moos, la goutte (Se faire)

(Fustier, 1889) : Argot théâtral. Jouer un rôle à emboîtage.

Payer une course (se)

(Delvau, 1867) : Courir, — dans l’argot des faubouriens.

Payer, Aglaé (tu vas me le) !

(Rigaud, 1881) : Locution très répandue, il y a une dizaine d’années, lorsqu’on était mécontent de quelqu’un, lorsqu’une proposition paraissait extravagante ou déplacée, une prétention exagérée.

Payot

(Bras-de-Fer, 1829) : Forçat écrivain.

(Delvau, 1867) : s. m. Forçat chargé d’une certaine comptabilité.

(Rigaud, 1881) : Forçat cantinier et comptable, une des places les plus recherchées des anciens bagnes. C’était une place accordée ordinairement aux anciens notaires, aux agents de change qui avaient eu des malheurs.

Pays

(d’Hautel, 1808) : Bonjour pays. Se dit en saluant un compatriote.
C’est mon pays. Pour dire il est né dans le même pays que moi.
Autant de pays, autant de guises. Pour dire que chaque peuple à des mœurs différentes.
Juger à vue de pays. Pour dire par approximation ; sans être précisément certain.
De quel pays venez-vous donc ? Se dit à celui, qui ignore une nouvelle que tout le monde sait depuis long-temps.
Il lui a fait voir bien du pays. Signifie, qu’on a donné bien de l’exercice à un homme ; qu’on l’a entretenu d’affaires pénibles.
Il a gagné le pays, il a vidé le pays. Pour, il s’est sauvé, il s’est enfui.
Battre du pays. S’éloigner de son sujet, dire un grand nombre de choses inutiles.
Il est encore bien de son pays celui-là. Pour, il est bien sot, bien ridicule, bien niais, de s’imaginer cela ; se dit généralement de ceux qui font des propositions que l’on ne peut accepter.

(Larchey, 1865) : Compatriote. V. d’Hautel, 1808. — V. Coterie.

Falleix trouvait son vieux pays trop cher.

Balzac.

Ces primeurs exposées pour le plaisir des caporaux et de leurs payses.

Id.

(Delvau, 1867) : s. m. Compagnon, — dans l’argot des ouvriers.

(Delvau, 1867) : s. m. Compatriote, — dans l’argot des soldats.

Pays Bréda

(Delvau, 1867) : Le quartier Bréda, une des Cythères parisiennes. Argot des gens de lettres.

Pays des marmottes (le)

(Delvau, 1867) : La terre, — dans l’argot du peuple. S’en aller dans le pays des marmottes. Mourir. On dit aussi le Royaume des taupes.

Pays latin

(Delvau, 1867) : Le quartier des Écoles, genus latinum. On dit plutôt le Quartier latin.

Pays-Bas

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Les possessions de messire Luc, — métropole et colonies.

Pays-Bas (les)

(Delvau, 1864) : La nature de la femme et les parties circonvoisines.

Ce ne sont point ses draperies,
Son tabac ni ses broderies
Dont on fait cas ;
Mais chemise fine et de Frise
Donne goût pour la marchandise
Des Pays-Bas.

Collé.

Pays, payse

(Merlin, 1888) : Compatriote.

Paysage (faire bien dans le)

(Rigaud, 1881) : Concourir au coup d’œil général, produire bon effet, rehausser une toilette. — Pour les mondaines, un bracelet en diamants fait bien dans le paysage, les soirs d’Opéra. Pour un ivrogne, une rangée de bouteilles sur le dressoir fait bien dans le paysage.

Paysan

(d’Hautel, 1808) : C’est un gros paysan. Se dit par mépris d’un rustre, d’un lourdaud, d’un homme grossier et stupide.
C’est lui qui est le paysan. Pour dire, c’est lui qui est dupe de la farce ; qui supporte les charges de cette affaire.

Payse

(Delvau, 1864) : Qualité que se donnent devant leurs maîtres les bonnes et les cuisinières, pour avoir le loisir de causer de — et de piner avec — son pays, qui est ordinairement un troupier français.

Mais, ne t’ai-je pas dit, Chauvin,
Que je n’ puis plus boire de vin ?
Combien de fois faut-il que je te l’dise ;
Je m’ai pas assez méfié d’la pays…
Pas assez méfié d’ la payse.

Allard.

(Delvau, 1867) : s. f. Maîtresse, — dans l’argot des soldats, qui sont volontiers du même pays que la bonne d’enfants qu’ils courtisent.

Péaix

(un détenu, 1846) : Malin, méchant. Faire le péaix : faire le méchant.

Peau

(d’Hautel, 1808) : Il crève dans sa peau. Se dit de quelqu’un qui éprouve une jalousie intérieure, un dépit secret.
La peau lui démange. Se dit d’un querelleur, d’un homme qui cherche dispute sans fondement ; qui s’expose à se faire battre.
Elle a envie de sa peau. Se dit d’une femme qui recherche un homme en mariage.
Je ne voudrois pas être dans sa peau. Signifie qu’on ne voudroit pas être à la place de quelqu’un qui s’est attiré une mauvaise affaire.
Il ne changera pas de peau ; il mourra dans sa peau. Se dit d’un homme incorrigible.

(Larchey, 1865) : Laide ou vieille prostituée.

(Delvau, 1867) : s. f. Fille ou femme de très mauvaise vie, — dans l’argot des faubouriens. C’est le jeu de mots latins : pellex et pellis. On dit aussi Peau de chien.

(Rigaud, 1881) : Prostituée de rebut.

(La Rue, 1894) : Basse prostituée. De la peau ! Non, rien.

Peau (de la) !

(Fustier, 1889) : Non ! Rien !

Peau (en)

(La Rue, 1894) : Nu. Femme en robe décolletée.

Peau (traîner sa)

(Rigaud, 1881) : Traîner son corps de côté et d’autre ; ne savoir que faire de sa personne.

Peau courte (avoir la)

(Virmaître, 1894) : Accident qui arrive à ceux qui mangent trop de haricots. Mot à mot : péter (Argot du peuple).

Peau d’ane

(Delvau, 1867) : s. f. Tambour, — dans l’argot des troupiers, qui ne savent pas que cet instrument de percussion est plus souvent recouvert d’une peau de chèvre ou de veau. Faire chanter ou ronfler la peau d’âne. Battre le rappel, — dans l’argot du peuple, à qui cette chanson cause toujours des frissons de plaisir.

Peau d’âne

(Rigaud, 1881) : Tambour.

(Merlin, 1888) : Tambour.

Peau de bite et balai de crin

(Rigaud, 1881) : Même signification, — dans l’argot de la marine, que peau de libi et peau de nœud, — dans celui-de l’armée de terre. C’est une formule dénégative qui équivaut à : rien, pas le sou, jamais de la vie.

Peau de bouc

(Fustier, 1889) : Sein. Argot des régiments d’Afrique qui donnent aussi le nom de peau de bouc aux petites outres goudronnées qui leur servent de bidons.

Peau de lapin

(Rigaud, 1881) : Nom qu’on donne aux professeurs les jours de cérémonie, parce que l’insigne de leur grade est une peau d’hermine. (Albanès, Mystères du collège, 1845.)

(Virmaître, 1894) : Nom donné aux ouvrières cartonnières :
— Jamais mes peaux de lapins ne turbinent le lundi (Argot du peuple). N.

Peau de lapin (faire la)

(Rigaud, 1881) : Agioter sur les contre-marques, — dans le jargon des voyous.

Peau de libi

(Rigaud, 1881) : Non, ne pas, — dans le jargon du régiment. Et les synonymes : peau de balle, peau de nœud. Se dit souvent d’une manière ironique. Il est poli, peau de nœud ! traduisez : On n’a jamais vu de particulier moins poli. — Dans le jargon des voleurs : Faire peau de balle signifie avoir manqué un vol, n’avoir rien trouvé à voler.

Peau de Zobi

(Rossignol, 1901) : Ce mot qui se dit souvent, même dans les chansons de cafés-concerts, ne veut toujours rien dire de la façon dont il est employé. Zobi est arabe, c’est le superflu qui distingue l’homme de la femme. J’ai bien souvent entendu des gens se servir de ce mot, ignorant ce qu’ils disaient.

Peau ou Peau de balles

(Rossignol, 1901) : Rien. Celui qui ne possède que peau, nib ou gninte n’est pas riche. — « Je devais t’acheter des bottines, mais tu n’auras que peau de balles. » Diminutif de balloches, allusion à l’appendice qui distingue le sexe.

Peau trop courte (avoir la)

(Rigaud, 1881) : C’est une aimable plaisanterie qu’on lance pour s’excuser d’une incongruité sonore. — Parler, pendant le sommeil, avec l’antipode de la bouche.

Peausser (se)

(Larchey, 1865) : Se déguiser. — Mot à mot : se cacher dans la peau de.

Je vais me peausser en gendarme.

Balzac.

(Rigaud, 1881) : Se déguiser.

Peautre

(d’Hautel, 1808) : Envoyer quelqu’un à peautre. Phrase triviale et populaire qui signifie, chasser, renvoyer quelqu’un.

Pébroque

(Hayard, 1907) : Parapluie.

Peccata

(d’Hautel, 1808) : C’est un gros peccata. Pour dire un rustre, un grossier personnage.

Peccavi

(Halbert, 1849) : Péché.

Péché

(d’Hautel, 1808) : Elle est laide comme un péché mortel. Locution satirique, pour dire qu’une femme est laide à faire peur.
Ils se sont dit les sept péchés mortels. Pour ils se sont dit les plus grosses injures.
Péché mignon. Inclination vicieuse de laquelle on ne peut se défaire.
Mettre quelqu’un au rang des péchés oubliés. N’y vouloir plus songer ; en perdre le souvenir, la mémoire.
Rechercher les vieux péchés de quelqu’un. Rechercher minutieusement les erreurs passées d’une personne ; scruter sa vie privée, à dessein de lui nuire.

Pêche

(Fustier, 1889) : Tête, physionomie.

Pêche (poser une)

(Fustier, 1889) : Alvum deponere.

Pêche à quinze sous

(Delvau, 1867) : s. f. Lorette de premier choix, — dans l’argot des cens de lettres, qui consacrent ainsi le souvenir du demi-Monde d’Alexandre Dumas fils.

(Rigaud, 1881) : Pécheresse du dessus du panier… de la prostitution. — Métaphore du cru Dumas fils, tonneau du Demi-Monde.

Je sais bien qu’on n’a encore aujourd’hui qu’une médiocre estime pour le panier des pêches à quinze sous.

(Ed. Texier, Les Choses du temps présent.)

N’étaient-elles pas plus sympathiques, ces filles de Paris… que toutes ces drôlesses, pêches à quinze sous de Dumas fils ?

(Maxime Rude.)

Pécher

(d’Hautel, 1808) : Qui perd pèche. Proverbe qui signifie que celui qui a perdu quelque chose se laisse souvent aller à des jugemens téméraires, et passe quelquefois les bornes de la justice et de la modération.

(Delvau, 1864) : Faire l’acte copulatif, — qui est bien le plus agréable des sept péchés capitaux.

Si le cœur vous en dit,-et si votre âme goûte
Les appas d’un si doux péché,
Achetez un galant.

De Senserade.

Combien de fois s’est commis le péché ?
Trois fois sans plus, répond le camarade.

Grécourt.

Ma fille et ce jeune homme
Sont dans cet âge où, n’en déplaise à Rome,
Il faut pécher si l’on veut être heureux.

Comte de Chevigné.

Pêcher

(d’Hautel, 1808) : Pour dire, prendre.
Où a-t-il donc pêché cet argent là ? Se dit d’un homme sans fortune, sans moyens, qui fait tout-à-coup de grosses dépenses.
Pêcher en eau trouble. Se prévaloir du désordre d’une affaire pour en faire son profit, s’enrichir des misères publiques.
Pêcher au plat. Prendre au plat ; se dit particulièrement de quelqu’un qui aime à jouir de ce qui ne lui cause point de peine.
Toujours pêche qui en prend un. Pour dire que celui qui fait un petit gain ne perd pas son temps.

Pêcher une friture dans le Styx

(Delvau, 1867) : Être mort, — dans l’argot des faubouriens qui ont lu M. de Chompré. Aller pêcher une friture dans le Styx. Mourir.

Pécheresse

(Delvau, 1864) : Gourgandine, femme qui veut être juste et qui, en conséquence, pèche sept fois par jour, en collaboration avec les hommes.

Il ne veut pas affirmer, ni que ce fût une pécheresse, ni qu’elle fût femme de bien.

Sarrazin.

Pécheur

(d’Hautel, 1808) : Un vieux pécheur. Pour dire, un vieux libertin, un homme qui, quoique dans un âge avancé, a conservé toux les vices d’une jeunesse corrompue.

Péchon

(La Rue, 1894) : Enfant.

Péchon, Peschon de Ruby

(Rigaud, 1881) : Petit vaurien, enfant ; du provençal pichoun, petit, — dans l’ancien argot.

Péchonner

(La Rue, 1894) : Voler. Péchonnerie, vol.

Pécore

(d’Hautel, 1808) : Une petite pécore. Une petite fille sottement orgueilleuse ; une petite impertinente.

Pecque

(d’Hautel, 1808) : Terme injurieux que l’on applique à une femme revêche et acariâtre, à une pie grièche qui se mêle dans toutes les affaires pour les envenimer.

Pectoral (s’humecter le)

(Rigaud, 1881) : Boire. (Dict. comique.)

Pécume

(Halbert, 1849) : Argent.

Pécune

(d’Hautel, 1808) : Pour, argent monnoyé.

(Larchey, 1865) : Argent. — Vieux mot. V. Roquefort.

(Delvau, 1867) : s. f. Argent, — dans l’argot du peuple, hdèle à l’étymologie (pecunia) et à la tradition : « Repoignet-om nostre trésor el champ, et nostre pécune allucet-om el sachet. » (Sermons de saint Bernard.)

(Rigaud, 1881) : Argent.

Pédé

(Halbert, 1849) : Sodomiste.

(Delvau, 1867) : s. m. Apocope de Pédéraste, — dans l’argot des voyous, imitateurs inconscients de ces grammairiens toulousains du VIe siècle, qui disaient tantôt ple pour plenus, tantôt ur pour nominatur.

Pédé (?)

(Rossignol, 1901) : Actif de chatte. Si vous voyez un individu mettre la main sur le cou d’un jeune homme et lui demander : « Sais-tu lire ? — Oui, Monsieur. » S’il lui met ensuite la main sur les reins, et qu’il lui demande : « Tu sais écrire ? — Oui, Monsieur. » Et qu’il descende la main encore plus bas en demandant : « Tu sais calculer ? — Oui, Monsieur. » Et si l’individu tape avec satisfaction à l’endroit où il a mis la main en dernier en disant : « J’aime ça, j’aime ça, »vous pouvez croire que c’est un pédé.

Pédé, Pédéro

(Rigaud, 1881) : Pédéraste.

Pédéraste

(Virmaître, 1894) : Ce mot est trop connu pour avoir besoin de l’expliquer autrement que par ceci : homme qui commet volontairement des erreurs de grammaire et met au masculin ce qui devrait être au féminin (Argot du peuple).

Pedero

(un détenu, 1846) : Sodomiste.

Pédéro

(Delvau, 1867) : s. f. Non conformiste, — dans l’argot des faubouriens. Ils disent quelquefois aussi, facétieusement, Don Pédéro.

Pédéro, pédé

(Larchey, 1865) : Pédéraste (Vidocq).

Pedzouille

(Rigaud, 1881) : Paysan. — Homme faible, sans énergie, poltron.

Peg

(un détenu, 1846) : Péril, danger.

Pégal

(Rossignol, 1901) : Mont-de-piété.

Pégale

(Rigaud, 1881) : Mont-de-Piété, — dans le jargon des voyous. En argot, pèse a le sens d’argent. Pégale doit être un dérivé de pèse et une déformation de pésale.

Pégoce

(Delvau, 1867) : s. m. Pou, — dans l’argot des voleurs. Ils disent aussi Puce d’hôpital.

(Rigaud, 1881) : Pou. La variante est : puce d’hôpital. — Pégosier, pouilleux.

(Virmaître, 1894) : Pou. On dit aussi gau. Abasourdir des gaux : tuer les poux qui morganent sur son cuir (Argot des voleurs).

Pégoces

(anon., 1827) : Pous.

(Bras-de-Fer, 1829) : Poux.

(Halbert, 1849) : Pous.

Pegosse

(un détenu, 1846) : Vermine.

Pégosse

(Hayard, 1907) : Pou.

Pégots

(Rossignol, 1901) : Poux. Pégosses, poux.

Pégraine

(un détenu, 1846) : Misère.

(Delvau, 1867) : s. f. Faim, — dans l’argot des vagabonds et des voleurs. À proprement parler, cela signifie, non qu’on n’a rien du tout à manger, mais bien qu’on n’a pas trop de quoi, — une nuance importante. Caner la pégraine. Mourir de faim.

Pègre

(M.D., 1844) : Voleur.

(un détenu, 1846) : Petit voleur.

(Larchey, 1865) : Voleur.

Un jour à la Croix-Rouge, nous étions dix à douze, tous pègres de renom.

Vidocq.

Pégrenne : Faim, misère. — Pégrenner : Faire maigre chère. V. Bachasse.

(Delvau, 1867) : s. m. Voleur. Ce mot est fils du précédent, comme le vice est fils de la misère — et surtout de la fainéantise (pigritia, — piger). Pègre à marteau. Voleur de petits objets ou d’objets de peu de valeur.

(Delvau, 1867) : s. f. Le monde des voleurs. Haute pègre. Voleurs de haute futaie, bien mis et reçus presque partout. Basse pègre. Petits voleurs en blouse, qui n’exercent que sur une petite échelle et qui ne sont reçus nulle part — qu’aux Madelonnettes ou à la Roquette.

(Rigaud, 1881) : Voleur, de l’italien pegro, pigro, fainéant.

(La Rue, 1894) : Voleur. La pègre, le monde des malfaiteurs. Pègre ou peigne à marteau, voleur sans notoriété. Pegriot, jeune voleur. Pègre de la grande vergne, voleur de Paris.

Pègre (haute)

(Larchey, 1865) : « Association des voleurs les plus anciens et les plus exercés ; ils ne commettent que de gros vols et méprisent les voleurs ordinaires qui sont appelés dérisoirement pégriots, chiffonniers, pègre à marteau, ou blaviniste, par un pègre de la haute. » — Vidocq.

La première catégorie de voleurs se compose de la haute pègre, c’est-à-dire le vol en bottes vernies et en gants jaunes. C’est un homme jeune, élégant, distingué ; vous ne le rencontrerez qu’en coupé… Deux ou trois fois par an, il travaille, mais ses expéditions sont toujours fructueuses.

Canler.

Pègre (la)

(Rigaud, 1881) : Le monde des malfaiteurs. « Le troisième dessous », suivant l’expression de Victor Hugo. Il comprend les escarpes et les grinches, qui se subdivisent, pour les derniers, d’après les spécialités, en bonjouriers, caroubleurs, chanteurs, cambrioleurs, roulottiers, chineurs, robignolleurs, cerfs-volants, etc. etc. Depuis le pégriot, qui vole le mouchoir, jusqu’au drogueur de la haute, qui émet pour plusieurs centaines de mille francs d’actions imaginaires, depuis le voleur qui travaille sur la grande route avec accompagnement de gourdin, jusqu’à l’assassin de profession, tout ce qui vit de vol et d’assassinat fait partie de la pègre. De même qu’il y a la haute et la petite banque, le haut et le petit commerce, de même il y a la haute et la petite pègre. La haute pègre ou les pègres de la haute, c’est l’aristocratie du vol et de l’assassinat ; la basse pègre ou pégriots, c’est le prolétariat du crime.

La haute pègre a ses grands hommes, ses héros. Lacenaire, Verger, sont les demi-dieux de la haute pègre. Dumollard n’est qu’un ignoble pégriot.

(Moreau-Christophe, Le Monde des coquins.)

Pègre à marteau, Pégriot

(Rigaud, 1881) : Voleur à qui l’occasion ou l’audace a manqué pour se faire un nom dans le monde des scélérats ; c’est le prolétaire du vol. — C’est un affreux voyou doublé d’un voleur.

Pègre, pégriot

(Hayard, 1907) : Voleur ; petit voleur.

Pegrenne

(La Rue, 1894) : Misère, malheur. Faim.

Pégrenne

(Rigaud, 1881) : Misère, malheur, faim. Caner la pégrenne, casser la pégrenne, mourir de faim. Fine pégrenne, à toute extrémité, — dans l’ancien argot.

Pégrenné

(Rigaud, 1881) : Affamé ; très misérable.

Pégrer

(Delvau, 1867) : v. n. Voler. Signifie aussi : Être misérable, souffrir.

Pègres

(Virmaître, 1894) : Voleurs. Les pègres forment deux catégories : la haute et la basse pègre (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Voleurs.

Pègres de la grande vergne

(Bras-de-Fer, 1829) : Voleurs de grande ville.

Pegriot

(Larchey, 1865) : Apprenti voleur se faisant la main aux étalages. — Canler. — V. Boucannier.

Pégriot

(Halbert, 1849) : Petit voleur.

(Delvau, 1867) : s. m. Apprenti voleur, ou qui vole des objets de peu de valeur.

(Virmaître, 1894) : Petit voleur. Diminutif de pègre. Le pégriot est d’une très grande utilité pour les ratiboiseurs de boutanches, qui pratiquent le vol au radin (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Jeune voleur.

Pégriot (brûler le)

(La Rue, 1894) : Effacer les traces d’un vol.

Peigne

(d’Hautel, 1808) : Se donner un coup de peigne. Pour dire, se battre ; vider une querelle, un différend à coups de poing.
Sale comme un peigne. C’est-à-dire, au-delà de toute expression.

(Delvau, 1867) : s. m. Clé, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Clé. De même que le peigne débrouille les cheveux, la clé débrouille la serrure.

(La Rue, 1894) : Clé.

Peigné

(d’Hautel, 1808) : Un mal peigné. Un homme mal vêtu, malpropre, dont l’habillement est dans un grand désordre, ce qui dénote fort souvent un vaurien.

Peigne à marteau

(Clémens, 1840) : Mauvais, ou petit voleur.

Peigne des Allemands

(Delvau, 1867) : s. m. Les cinq doigts.

Peigne-cul

(Delvau, 1867) : s. m. Fainéant, traîne-braies, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Mal appris, grossier.

(Virmaître, 1894) : Homme vil, bas, flatteur. Mot à mot : homme de rien. Terme de profond mépris, en usage dans les ateliers, pour qualifier un ouvrier qui donne toujours raison au patron (Argot du peuple).

(Hayard, 1907) : Voyez fleure-fesses.

Peignée

(d’Hautel, 1808) : Pour batterie, dispute, rixe, querelle où l’on en vient aux coups.
Ils se sont donnés une bonne peignée. Pour, ils se sont battus ; ils se sont arrangés comme il faut.

(Delvau, 1867) : s. f. Coups échangés, — dans l’argot des faubouriens, qui se prennent souvent aux cheveux. On dit aussi Coup de peigne. Se foutre une peignée. Se battre.

(Rigaud, 1881) : Scène de pugilat entre dames. La peignée a pour synonyme le crêpage de chignons.

Peignée, coup de peigne

(Larchey, 1865) : Lutte dans laquelle on s’empoigne aux cheveux, et, par extension, combat.

Les enfants des sans-culottes qui vont se f… un coup de peigne avec les brigands de la Vendée.

1793, Hébert.

Là-dessus, elles commencent à se repasser une peignée des mieux administrées, criant, jurant, se rossant comme deux enragées.

Vidal, 1833.

Peigner

(d’Hautel, 1808) : Se peigner. Pour dire se battre se prendre aux cheveux.
Peigner quelqu’un à la turque. Le maltraiter, le rosser, lui donner la bastonnade.

Peigner (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Se battre. C’est le verbe to pheese des Anglais. On dit aussi Se repasser une peignée.

(Rigaud, 1881) : Se battre. Ici les poings font l’office de peigne et démêlent le différend.

(La Rue, 1894) : Se battre.

Peigner un diable qui n’a pas de cheveux

(Virmaître, 1894) : Réponse d’un débiteur malheureux à un créancier obstiné (Argot du peuple).

Peinard

(Delvau, 1867) : s. m. Vieillard ; homme souffreteux, usé par l’âge ou les chagrins, — dans l’argot du peuple.

(Rossignol, 1901) : Prudent, malin.

Peinard (en)

(Hayard, 1907) : Doucement.

Peindre en pleine pâte

(Delvau, 1867) : v. a. Peindre à pleines couleurs, — dans l’argot des artistes.

Peine

(d’Hautel, 1808) : Il a perdu son temps, aussi sa peine. Pour, il a travaillé inutilement, il a pris des soins inutiles.
Peine de vilain n’est comptée pour rien. Signifie qu’on fait peu d’attention à la peine d’un artisan, tandis qu’au contraire on exalte le plus petit travail, les moindres fatigues, ou démarches d’un homme de qualité.
Elle en vaut bien la peine. Pour dire que quel qu’un mérite les égards, le respect qu’on a pour sa personne. Se dit aussi d’une femme jolie à qui l’on fait la cour.
Ce n’est pas la peine d’en parler. Se dit finement pour exagérer un service, tout en feignant de vouloir en diminuer le prix.
À grand peine. Pour dire aisément, facilement.
Homme de peine. Nom que l’on donne communément à un portefaix, à un crocheteur, et à tout homme dont l’industrie consiste dans la force physique.

Peiner

(Rigaud, 1881) : Travailler beaucoup, se donner beaucoup de mal à l’ouvrage ; avoir beaucoup de peine, beaucoup d’ennui.

Peintre

(Larchey, 1865) : Balayeur. V. Pinceau.

(Delvau, 1867) : s. m. Balayeur, — dans l’argot des troupiers.

Peinture

(d’Hautel, 1808) : En peinture. Expression comique passée parmi le peuple, qui s’en sert à tort et à travers.
Il est, brave, mais c’est en peinture. Se dit d’un hâbleur, d’un fanfaron qui recule au champ d’honneur.
Il est riche, mais c’est en peinture. Se dit d’un olibrius, d’un gascon qui vante sans cesse ses biens et ses terres, et qui a à peine de quoi diner.
On dit aussi d’un homme qui n’a pas quitté le clocher de son village, et qui parle continuellement de pays qu’il n’a point vus, il a voyagé, mais c’est en peinture ; etc, etc, etc.

Peinture (ne pouvoir voir en)

(Larchey, 1865) : Détester quelqu’un au point de ne pouvoir souffrir son image.

Peintureur

(d’Hautel, 1808) : Sobriquet que l’on donne à un peintre au balai, à un barbouilleur.

Peinturlure

(Delvau, 1867) : s. f. Mauvaise peinture, — dans l’argot du peuple.

Peinturlurer

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Barbouiller une toile sous prétexte de peindre.

Peinturlurer (se)

(Delvau, 1867) : Se maquiller.

Peinturlureur

(Larchey, 1865) : Mauvais peintre. — On emploie le verbe Peinturlurer.

(Delvau, 1867) : s. m. Barbouilleur, mauvais peintre.

Pékin

(Larchey, 1865) : « On nomme Pékin tout ce qui n’est pas militaire, comme nous appelons militaire tout ce qui n’est pas civil. » — Talleyrand.

De vieux dialogues militaires des règnes de Henri III et Henri IV emploient souvent le mot piquini ou péquin pour désigner les adversaires en religion. Ainsi, dans un de ces dialogues, nous voyons un papiste traiter Coligny de pékin ; un autre est intitulé les Pékins de Montauban.

Ambert, Constitutionnel du 25 juin 1854.

(Delvau, 1867) : s. m. Bourgeois, — dans l’argot des troupiers, qui ont le plus profond mépris pour tout ce qui ne porte pas l’uniforme. On écrit aussi Péquin.

(Rigaud, 1881) : Sujet de la cour des Miracles qui faisait partie de l’armée des croisés, au XIIe siècle. (Hist. de la prostitution, par Pierre Dufour.)

(Merlin, 1888) : Civil, bourgeois.

Pékin de bahut

(Rigaud, 1881) : Élève de Saint-Cyr qui a fini ses études. Il est affranchi de l’école, du bahut.

Pékin, Péquin

(Rigaud, 1881) : Bourgeois, tout individu qui ne porte pas l’uniforme militaire, — dans le jargon des troupiers. Mot à mot : habitant de Pékin, Chinois, pour exprimer et la distance qui sépare le civil du militaire et le peu de cas qu’on fait du bourgeois au régiment.

Les pékins et les militaires,
Toujours courant, toujours dehors,
Vont et viennent, fiévreuse foule
Comme une frémissante houle.

(A. Pommier, Paris.)

Pélago

(Delvau, 1867) : n. de l. La prison de Sainte-Pélagie, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Prison de Sainte-Pélagie, la patronne des journalistes. Les journalistes, qui subissent une condamnation pour délit de presse, sont pensionnaires de Sainte-Pélagie. Mais, il faut tout dire, ils sont séparés des malfaiteurs.

(La Rue, 1894) : La prison de Sainte-Pélagie.

(Virmaître, 1894) : La prison de Sainte-Pélagie. Cette expression est une défiguration du mot Pélagie par l’emploi du suffixe go. Ce fait se produit souvent en argot (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Prison de Sainte-Pélagie, démolie en l’année 1899.

(Hayard, 1907) : Sainte-Pélagie.

Pelard

(M.D., 1844) : Du foin.

(Delvau, 1867) : s. m. Foin, — dans le même argot [des voleurs].

(La Rue, 1894) : Foin.

Pelarde

(Delvau, 1867) : s. f. Faulx.

Pelé

(d’Hautel, 1808) : Qui n’a point de cheveux. Il y avoit trois pelés et un tondu. Se dit par dérision d’une compagnie peu nombreuse, d’une cérémonie, d’une fête où il n’y avoit presque personne.
C’est un pelé qui se moque d’un tondu. Se dit d’un homme qui a les mêmes défauts que celui dont il veut se moquer.

(Delvau, 1867) : s. m. Sentier battu.

(Rigaud, 1881) : Grande route. Elle est aussi chauve qu’une demi-douzaine d’Académiciens.

(La Rue, 1894) : Grand chemin, route.

Pélerin

(d’Hautel, 1808) : Pour, fourbe, hypocrite, qui fait le bon apôtre.
Vous ne connoissez pas le pélerin. Se dit en mauvaise part ; pour, vous ne connoissez pas l’homme.
Rouge au soir, blanc au matin, c’est la journée du pélerin. Signifie, qu’il faut boire du vin blanc le matin, et du rouge le soir ; et dans un autre sens que ces deux couleurs de l’horizon, dénotent que le jour qui commence sera beau.

Pèlerin

(Rigaud, 1881) : Individu dont on ignore le nom, particulier, le premier venu. — Quel est ce pèlerin-là ?

(Fustier, 1889) : Gardien de la paix. Argot du peuple. Allusion aux pèlerines en caoutchouc que les gardiens portent depuis l’année dernière.

Pèleriner

(Rigaud, 1881) : Faire un pèlerinage.

Sans le 4 septembre, les pèlerins ne pèlerineraient pas, n’auraient jamais songé à la possibilité de pèleriner.

(G. Guillemot, Le Mot d’ordre, du 5 septembre 1877.)

Pelés et un tondu (trois)

(Rigaud, 1881) : Société peu nombreuse. Très peu de monde dans une réunion, dans une soirée, dans une salle de spectacle, à une solennité quelconque.

Les trois pelés et un tondu qui ont manifesté ces jours-ci sur la place de la Bastille.

(Le Triboulet, du 6 juin 1880.)

Pélican

(La Rue, 1894) : Paysan.

Pellard

(anon., 1827) : Du foin.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Foin.

(Bras-de-Fer, 1829) : Foin.

(Halbert, 1849) : Du foin.

(Larchey, 1865) : Foin (Vidocq). — Diminutif du vieux mot pel : poil. L’herbe est le poil de la terre. On dit pelouse.

(Rigaud, 1881) : Foin, — dans le jargon des voleurs.

Pelle

(d’Hautel, 1808) : C’est la pelle qui se moque du fourgon. Se dit d’un homme qui reprend dans les autres les défauts dont il est personnellement entaché.

(Larchey, 1865) : Chemin (Id.). — Pelle au cul (Recevoir la) : Être mis violemment à la porte.

Mon rival, J’en suis convaincu, Va recevoir la pelle au cu.

De Longchamps, 1809.

Pelle (ramasser une)

(Merlin, 1888) : Faire un impair.

(Rossignol, 1901) : Faire une chute, tomber. Ce mot veut aussi dire ne pas réussir une entreprise, une chose, y perdre de l’argent.

Peller (se)

(Rossignol, 1901) : Tomber.

Pélo

(Rigaud, 1881) : Sou, — dans le jargon des ouvriers.

(Virmaître, 1894) : Sou.
— Je suis dans une dèche carabinée, depuis une semaine je n’ai pas touché un pélo (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Sou.

(Hayard, 1907) : Sou.

Pelot, pépète

(La Rue, 1894) : Pièce d’un sou.

Pelotage

(Rigaud, 1881) : Flatterie. — Lascif égarement des mains. « À bas les pattes, pas de pelotage, ça porte malheur ! » ont l’habitude de dire les demoiselles qui n’ont pas celle de se laisser séduire par de belles paroles.

Pelote

(d’Hautel, 1808) : Elle a fait sa pelote. Se dit en mauvaise part d’une personne qui s’est enrichie d’une manière illicite ; et familièrement d’un homme qui à force d’économie, est parvenu à se composer une petite fortune.

(Delvau, 1867) : s. f. Gain plus ou moins licite, — dans l’argot du peuple. Faire sa pelote. Amasser de l’argent.

(Rigaud, 1881) : Bourse, — dans l’ancien argot. — Économies. Faire sa pelote, mettre de l’argent de côté.

Pelote (faire sa)

(Larchey, 1865) : Arrondir sa bourse.

J’fais, comme on dit, ma p’tite p’lote Tout en élevant mes bambins.

Dalès, Chansons.

Peloter

(d’Hautel, 1808) : Peloter en attendant partie. S’amuser, s’essayer à quelque chose, que l’on doit par la suite embrasser sérieusement.
Se peloter. Pour dire, se battre, se prendre aux cheveux.

(Larchey, 1865) : Caresser des charmes arrondis en pelote. — Pelotteur : Flatteur.

Se montrer rampant, pelotteur et bêta.

Wado, Chansons.

(Delvau, 1867) : v. a. Manquer de respect à une femme honnête en se livrant de la main, sur sa personne, aux mêmes investigations que Tartufe sur la personne d’Elmire. Par extension, Amadouer par promesses quelqu’un dont on attend quelque chose.

(Rigaud, 1881) : C’est l’équivalent de patiner, mais avec plus de délicatesse de touche. — Flatter quelqu’un pour obtenir un service. — Peloter le carton, peloter la dame de pique, jouer aux cartes. — Peloter le carme, faire les yeux doux aux sébiles des changeurs, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Flatter. Courtiser une femme avec la main.

Peloter (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Se disputer et même se battre, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Peloter avec quelqu’un.

Peloter le carme

(Virmaître, 1894) : On sait que les changeurs, pour attirer les regards, placent dans leurs vitrines des sébiles remplies d’or ; les pauvres diables s’arrêtent a contempler ces richesses comme le savoyard mange son pain à l’odeur des cuisines du Café Anglais. Ils pelotent le carme… moralement (Argot du peuple).

Peloter les couilles d’un homme

(Delvau, 1864) : Lui passer une main vive et légère — un souffle ! — sur les testicules, afin de provoquer l’érection de son membre et par conséquent la jouissance.

La femme d’une main lui pelote la couille ;
L’autre, dans mille endroits en tous sens le chatouille.

Louis Protat.

Peloter sa bûche

(Delvau, 1867) : v. a. Travailler avec soin, avec goût, avec amour du métier. Argot des tailleurs.

Pelotes

(Hayard, 1907) : Seins.

Peloteur

(Delvau, 1867) : adj. et s. Homme oui aime à flatter les femmes — de la main.

(Rigaud, 1881) : Libertin qui, à l’exemple de Tartuffe, se livre sur la première Elmire venue à des effets de main. Le peloteur est au patineur ce que le peintre qui peint à petits pinceaux est à celui qui peint en pleine pâte.

(Rigaud, 1881) : Bas flatteur qui cherche à obtenir quelque chose. — Ouvrier qui fait le bon apôtre auprès du patron, qui le flatte et l’encense à tout propos.

Peloton

(d’Hautel, 1808) : C’est un vrai peloton de graisse. Se dit d’un enfant de bel embonpoint, frais et vermeil.

Peloton de chasse

(Rigaud, 1881) : Peloton de punition. (L. Larchey)

(Merlin, 1888) : Peloton de punition, le bal.

Pelouet

(Halbert, 1849) : Loup.

Pelouette

(Halbert, 1849) : Louve.

Pelure

(un détenu, 1846) : Redingotte.

(Larchey, 1865) : Vêtement. — C’est en effet une pelure pour le corps. V. Épates.

(Delvau, 1867) : s. f. Habit ou redingote, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Habit, redingote, paletot. — Pelure d’oignon, vêtement très léger, vêtement très usé.

(La Rue, 1894) : Habit.

(Virmaître, 1894) : Paletot ou veston.
— J’enquille ma pelure à manger le rôti (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Vêtement que l’on a sur soi.

(Hayard, 1907) : Paletot.

Penaillon

(d’Hautel, 1808) : Pour dire haillon, guenille.
Un vieux penaillon. Terme injurieux et de mépris, que l’on donne à un vieux libertin, à un homme que l’âge n’a pu rendre sage.

Penard

(d’Hautel, 1808) : Terme de raillerie. Grison, vieillard pervers et libertin, qui courtise les fillettes.

Pénard

(Rigaud, 1881) : Tranquille, — dans le jargon des voleurs.

Penaud

(d’Hautel, 1808) : Il est penaud comme un fondeur de cloches. Pour dire que quelqu’un est honteux de n’avoir point réussi dans une affaire.

Pend au nez (ça vous)

(Rigaud, 1881) : Cela vous arrivera bientôt, infailliblement. — En épousant une pareille femme, il le sera… ça lui pend au nez.

Pendaison

(d’Hautel, 1808) : Exécution de pendu. Terme burlesque par lequel le peuple exprime l’action d’attacher quelqu’un à une potence, au gibet.

Pendant

(d’Hautel, 1808) : Ce sont les deux pendans. Se dit par raillerie de deux personnes qui ont les mêmes inclinations, les mêmes habitudes, les mêmes défauts.

Pendante

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Chaîne de montre.

(Larchey, 1865) : Boucle d’oreilles, chaîne (Vidocq).

(Rigaud, 1881) : Boucle d’oreilles.

Pendantes

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Boucles d’oreilles, — dans l’argot des voleurs.

Pendard

(d’Hautel, 1808) : Vaurien, coquin, fripon qui mérite la corde ; libertin, homme de mauvaise vie.
On dit dans le même sens, au féminin, une pendarde.

Pendards

(Virmaître, 1894) : Seins qui pendent comme de vieilles vessies. Cette expression est attribuée à Talleyrand. Il assistait à la toilette d’une grande dame. Il regardait une femme de chambre lui lacer son corset ; elle lui dit en minaudant :
— Vous regardez mes petits coquins ?
— Vous pourriez dire vos grands pendards (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Seins.

Pendiller

(d’Hautel, 1808) : Se dit des choses viles ou de peu d’importance qui, suspendues en l’air, sont agitées par le vent.

Pendilleuse

(M.D., 1844) : Des boucles d’oreilles.

Pendre

(d’Hautel, 1808) : Cela lui pend au nez comme une citrouille. Pour, cela ne peut lui échapper ; c’est inévitables.
Par compagnie, on se fait pendre. Se dit quand on fait quelque chose d’illicite pour complaire à sa compagnie.
Il se feroit pendre pour cela. Se dit pour exprimer la passion de quelqu’un pour un objet quel conque.
Il est toujours pendu à sa ceinture. Se dit ironiquement de quelqu’un qui accompagne continuellement une personne, qui la suit partout.
Il y a de quoi se pendre. Se dit par exagération d’un évènement désespérant ; de quelque chose qui excite le dépit, et pour marquer le regret qu’on a d’avoir manqué une occasion favorable.
Je veux être pendu, etc. Espèce de serment que l’on fait pour affirmer quelque chose.
Dire pis que pendre de quelqu’un. Ternir sa réputation par des médisances, de noires calomnies.
Autant vous en pend à l’œil. Pour, vous êtes menacé du même accident.
Il est sec comme un pendu. Se dit d’un homme d’une extrême maigreur.
Il a sur lui de la corde de pendu. Se dit d’un homme qui a du bonheur au jeu ; qui y gagne beaucoup, et généralement de ceux qui réussissent dans toutes leurs entreprises.

Pendre au nez

(Delvau, 1867) : Se dit — dans l’argot du peuple — à propos de tout accident, heureux ou malheureux, coups ou million, dont on est menacé. On a dit autrefois Pendre aux oreilles. (V. le Tempérament, 1755)

Pendu

(Rigaud, 1881) : Professeur adjoint à l’école de Saint-Cyr, — dans le jargon des Saint-Cyriens.

Pendu (se payer un)

(Virmaître, 1894) : On sait que les brocanteurs pendent à leur étalage les vêtements qu’ils ont à vendre. Ils passent les manches dans un bâton, ce qui donne l’aspect des bras. Vu d’un peu loin, on jurerait un pendu. Se payer un pendu, c’est acheter ce vêtement (Argot du peuple).

Pendu glacé

(Halbert, 1849) : Réverbère.

(Delvau, 1867) : s. m. Réverbère. Argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Réverbère.

(La Rue, 1894) : Réverbère.

(Virmaître, 1894) : Le candélabre en forme de potence qui supporte le bec de gaz. Les voleurs n’aiment pas beaucoup ces pendus-là.
— J’ai été paumé pour avoir barbotté un pante, sans ce chameau de pendu glacé, je me cavalais à la frime du sergot (Argot des voleurs). N.

Penduglacé

(Larchey, 1865) : Réverbère (Id.). — Allusion à la suspension et au vitrage du réverbère.

Pendulard

(Virmaître, 1894) : Voleur de pendules. Les Allemands, en 1870, nous ont donné un joli échantillon de leur savoir faire dans ce genre de vol. Ce sont les bonjouriers qui pratiquent ce vol, principalement dans les loges de concierges (Argot des voleurs). N.

Pendule (remonter sa)

(Rigaud, 1881) : Battre sa femme de temps en temps, pour ne pas en perdre l’habitude, — dans le jargon du peuple.

Pendule à plumes

(Delvau, 1867) : s. f. Coq, — dans l’argot des gens de lettres, qui ont lu la Vie de Bohème.

(Virmaître, 1894) : Le coq qui chante chaque matin à heures fixes. On dit également réveil-matin. C’en est un très économique qui n’a pas besoin d’être remonté et qui a l’avantage de pouvoir être mangé quand il a cessé de plaire (Argot du peuple).

Péniche

(Rigaud, 1881) : Pied, — dans le jargon des voyous. — Il repousse des péniches, il sent mauvais des pieds. Allusion à la barque appelée « péniche ».

(La Rue, 1894) : Galoche. Grand pied.

Péniches

(Virmaître, 1894) : Souliers, lorsqu’ils sont d’une dimension démesurée (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Chaussures.

(Hayard, 1907) : Souliers.

Pénil

(Delvau, 1864) : (du latin penicillus, dérive de penis). Selon Lignac, c’est le membre viril. — Selon d’autres savants c’est la partie antérieure de l’os qui environne les parties naturelles, et où pousse le poil, qui est l’indice de la puberté. — Le pénil s’appelle aussi Mont de Vénus.

Penillière

(Delvau, 1864) : Poil qui couvre la nature de la femme.

Moi, grands dieux ! oublier ton joli cripsimen,
Sa brune pénilliêre et ton dur abdomen,
Ton ostium et ces fessons d’albâtre !

(T. du Bordel.)

Et puis se redressant un peu.
Rouge comme un tison de feu,
L’enfonça dans sa pénillière.

(Cabinet satyrique.)

Et sans cacher sa pénillière
Fut des fillettes chambrière.

(Recueil de poésies françaises.)

Pénitence (être en)

(Fustier, 1889) : « Un autre coin amusant est celui des femmes en pénitence. On appelle Être en pénitence, à Monte-Carlo, ne pas jouer. Elles sont en pénitence pour la journée, la semaine ou la fin du mois, parce qu’elles ont perdu ce qu’elles avaient à jouer et que leurs maris ou leurs fils ne veulent plus desserrer les cordons de leurs bourses. C’est un véritable enfer que de voir jouer et de ne pas jouer. »

(Revue politique et littéraire, 1882.)

Penne, peigne

(Larchey, 1865) : Clé (Vidocq)

Pennon

(d’Hautel, 1808) : Faire de pennon bannière. Passer d’une place obscure à une grande dignité.

Penser

(d’Hautel, 1808) : Honny soit qui mal y pense. Proverbe qui signifie qu’il ne faut pas faire de jugemens téméraires ; se défier des apparences, et ne pas interprêter mal ce qui est innocent.

Pensionnaire

(d’Hautel, 1808) : Pensionnaire du roi. Prisonnier ; homme détenu, qui est nourri aux dépens du roi.

Pente

(d’Hautel, 1808) : Pour, fredaine, farce, tour de jeunesse.
Se donner des pentes. Prendre des airs, des tons au-dessus de sa condition ; dépenser plus que les moyens ne le permettent ; se choyer, se dorlotter.

(Halbert, 1849) : Poire.

Pente (avoir une)

(Larchey, 1865) : Être ivre à trébucher sur un terrain plat comme si on rencontrait une pente brusque.

(Delvau, 1867) : v. a. Être gris ou commencer à se griser, — dans l’argot des faubouriens.

Pépé

(Merlin, 1888) : Se dit d’un Espagnol.

Pépée

(Delvau, 1867) : s. f. Poupée, — dans l’argot des enfants.

Pépète

(Delvau, 1867) : s. f. Pièce d’un sou, — dans l’argot des ouvriers ; de cinquante centimes, — dans l’argot des voleurs ; d’un franc, — dans l’argot des filles.

Pépètes

(Virmaître, 1894) : Sous.
— Ça commence à être rudement rasant, pas un pé-pète à la clé (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Sous.

Pépette

(Rigaud, 1881) : Pièce de dix sous, — dans le jargon du peuple. C’est-à-dire petite pièce ; déformation de piécette.

Je tope dans les gens à remontoir, plus de beignes et des pépètos.

(Huysmans, les Sœurs Vatard.)

Pépettes

(Hayard, 1907) : Sous, argent.

Pépie

(d’Hautel, 1808) : Petite peau blanche qui vient sur la langue des oiseaux, et qui les empêche de boire.
Avoir la pépie. Manière bachique qui signifie avoir soif de vin.
Il n’aura pas la pépie. Se dit en plaisantant d’un bon buveur, d’un homme qui boit dur et sec.
On dit aussi d’une petite babillarde, qu’Elle n’a pas la pépie.
Vulgairement, et par corruption, on prononce pipi.

Pépie (avoir la)

(Delvau, 1867) : Avoir soif, — maladie des oiseaux, état normal des ivrognes. Mourir de la pépie. Avoir extrêmement soif.

Pépin

(Larchey, 1865) : Vieux parapluie.

De vilains noms qu’on l’apostrophe, Qu’on l’appelle pépin, rifflard, Le parapluie est philosophe.

V. Mabille.

(Delvau, 1867) : s. m. Vieux parapluie, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Rifflard.

(Delvau, 1867) : s. m. Enfant — dans l’argot des fantaisistes qui ont lu Shakespeare (Conte d’Hiver). De l’enfant-pépin sort en effet l’homme-arbre.

(Rigaud, 1881) : Le pépin est un vieux parapluie, un parapluie grotesque, démodé.

Mon riflard deviendra pépin
Ses ressorts perdront leur souplesse.

(J. Cabassol, Ma Femme et mon parapluie, chanson.)

(La Rue, 1894) : Vieux parapluie. Caprice. Passion.

(Virmaître, 1894) : Avoir un pépin, aimer quelqu’un. Se dit aussi à la poule qui se joue au billard. Quand un joueur a derrière lui un adversaire maladroit, il est protégé par un pépin, il est couvert. Pépin, par le même motif, signifie parapluie (Argot du peuple). N.

(Rossignol, 1901) : Parapluie.

Pépin (avoir avalé un fameux)

(Rigaud, 1881) : Être très visiblement enceinte.

Pépin (avoir un)

(Hayard, 1907) : Avoir un caprice.

Péquin

(d’Hautel, 1808) : Terme injurieux qui équivaut à ignorant, sot, imbécile ; homme intéressé, avare au dernier degré. C’est aussi un sobriquet que les soldats se donnent entre eux.

Perce

(d’Hautel, 1808) : Il n’a ni trou ni perce. Se dit en plaisantant d’un habit qui, quoique fort usé, n’a point de trou, n’est pas déchiré.

Perce-oreille

(d’Hautel, 1808) : Sorte de petit insecte long et menu ; beaucoup disent vicieusement, Pince-oreille.

Percentage

(Rigaud, 1881) : Synonyme de tant pour cent, — dans l’argot de la Bourse.

Percer

(d’Hautel, 1808) : Les os lui percent la percent la peau. Se dit par exagération d’une personne fort maigre Voyez Bas, Panier.

Percer d’un autre (en)

(Delvau, 1867) : Raconter une autre histoire ; faire une plaisanterie d’un meilleur tonneau.

Perche

(d’Hautel, 1808) : C’est une grande perche. Se dit par raillerie d’une femme de grande stature, dépourvue de tous les agrémens de son sexe.

(Rossignol, 1901) : Priape.

Perche (être à la)

(Rigaud, 1881) : Ne pas manger tous les jours ; crever la faim ; faire concurrence à une perche comme maigreur, — dans le jargon des ouvriers.

Percher

(d’Hautel, 1808) : Se percher. Se dit de ceux qui montent sur des endroits élevés pour mieux entendre ou pour mieux voir.

(Delvau, 1867) : v. n. Habiter, loger au hasard, — dans l’argot des bohèmes, qui changent souvent de perchoir, et qui devraient bien changer plus souvent de chemise.

(La Rue, 1894) : Loger.

(Virmaître, 1894) : Loger au hasard, tantôt ici, tantôt là. Allusion à l’oiseau qui perche tantôt sur une branche tantôt sur une autre (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Loger, demeurer.

(Hayard, 1907) : Loger.

Perdre

(d’Hautel, 1808) : Prends garde de le perdre. Locution ironique et adversative pour faire entendre à quelqu’un qu’une chose ne s’accomplira pas selon qu’il le prétend ; qu’il se flatte d’une vaine espérance.
C’est le jeu de coquinbert, où qui gagne perd. Facétie qui se dit quand on perd par complaisance et quand l’occasion le demande.
Il ne faut pas laisser perdre les bonnes coutumes. Se dit par raillerie de quelqu’inclination vicieuse ; de quelque défaut dont on ne peut se déshabituer.
Se dit aussi en parlant d’une fête, d’une partie de plaisir qui arrive annuellement.
Quelle heure est-il ? — Il est l’heure perdue, la bête la cherche. — Réponse triviale et facétieuse que l’on fait à celui qui demande quelle heure il est.
Courir comme un perdu ; crier comme un perdu. Courir à toutes jambes, crier de toutes ses forces.
C’est du bien perdu. Se dit en parlant d’un prodigue auquel on fait des libéralités, et généralement de tout ce qu’on donne aux personnes qui ne peuvent ou ne savent pas en profiter.
Pour un de perdu cent de retrouvés. Se dit pour faire entendre que la perte qu’on a faite est de peu de valeur, qu’on peut la réparer facilement.

Perdre (le)

(Larchey, 1865) : Perdre son pucelage.

Je l’ai perdu, s’écriait la jeune Perrette. De mon hymen, c’était le gage.

Gustave, Ch., 1836.

Perdre de vue

(Rossignol, 1901) : Perpétuité.

Perdre le goût du pain

(Delvau, 1867) : Mourir, — dans l’argot du peuple. Faire perdre à quelqu’un le goût du pain. Le tuer.

Perdre le nord

(Delvau, 1867) : v. a. Se troubler ; s’égarer ; dire des sottises ou des folies, — dans l’argot du peuple, qui n’a pas inventé pour rien le mot boussole. Autrefois on disait Perdre la tramontane, ce qui était exactement la même chose, tramontane étant une corruption de transmontane (transmoutanus, ultramontain, au-delà des monts, d’où nous vient la lumière).

Perdre le Nord

(Rossignol, 1901) : Celui qui perd la mémoire ou qui est déséquilibré perd le Nord. On dit aussi d’un individu atteint d’une maladie contagieuse : il a perdu le Nord, il est au Midi.

Combien de gens ici-bas, sur la terre,
En voyageant ont visité le Midi ;
D’autres y sont nés, de leur pays sont fiers.
C’est là que trop souvent on m’a dit :
Il y a un autre Midi en France,
Que beaucoup de gens ne connaissent encore :
C’est l’hôpital où l’on voit la souffrance,
Qui est combattue par le docteur Ricord.

Perdre sa clef

(Fustier, 1889) : Avoir la colique.

Perdre ses bas

(Delvau, 1867) : Ne plus savoir ce que l’on fait, par distraction naturelle ou par suite d’une préoccupation grave.

(Virmaître, 1894) : Oublier.
— Tu perds donc tes bas, que tu manques au rendez-vous que tu m’as donné ?
— Prêtez-moi mille francs.
— Vous perdez donc vos bas, mon vieux ?
Ici le sens est ironique. On dit aussi :
— Tu fais dans tes bas.
Pour : Tu te moques de moi (Argot du peuple).

Perdre ses légumes

(Rigaud, 1881) : Aller à la garde-robe, — dans le jargon des ouvriers.

Perdre son bâton

(Delvau, 1867) : Mourir, — dans l’argot des faubouriens, qui disent cela probablement par allusion au bâton, ressource unique des aveugles pour marcher droit.

Perdre son innocence

(Delvau, 1864) : C’est-à-dire son pucelage, — bien après sa chasteté. — Baiser ou être baisée pour la première fois, au sortir du collège ou du couvent où l’on a fait ses études pour cela.

Enfin, ma pauvre âme aux abois
N’opposa que faible défense,
Et je perdis mon innocence
Dans l’épaisseur du bois.

A. Pécatier.

Perdre un quart

(Delvau, 1867) : v. a. Aller au convoi d’un camarade, — dans l’argot des tailleurs, qui, pendant qu’ils y sont, perdent bien toute la journée.

Perdrix

(d’Hautel, 1808) : On mange bien des perdrix sans orange. Se dit lorsqu’il manque quelqu’assaisonement à un ragoût, à un mets quelconque, que l’économie a fait retrancher ; ou pour faire entendre qu’il ne faut pas être délicat sur le manger qu’il faut savoir se passer des choses que l’on ne peut se procurer.
À la S. Remi tous perdreaux sont perdrix.
Perdrix de Gascogne.
Terme ironique pour dire de l’ail, parce que les Gascons en sont très amateurs.

Perdrix hollandaise

(Rigaud, 1881) : Pigeon domestique, — dans le jargon des chasseurs. Lorsque, faute de mieux, le fusil d’un chasseur a descendu un pigeon, le chasseur dit qu’il a tué une perdrix hollandaise.

Perdu (l’avoir)

(Delvau, 1867) : N’avoir plus le droit de porter à son corsage le bouquet de fleurs d’oranger symbolique. Argot des bourgeois. On dit de même, en parlant d’une jeune fille vierge : Elle l’a encore. Je n’ai pas besoin d’ajouter que, dans l’un comme dans l’autre cas, il s’agit de Pucelage.

Perdu son bâton (avoir)

(Delvau, 1867) : Être de mauvaise humeur, — dans l’argot des coulisses. L’expression date d’Arnal et du Sergent Mathieu, sa pièce de début au théâtre du Vaudeville. Il s’était choisi, pour jouer son rôle, un bâton avec lequel il avait répété et auquel il paraissait tenir beaucoup. Malheureusement, le jour de la première représentation, au moment où il allait entrer en scène, impossible de retrouver le bâton magique ! Arnal est furieux et surtout troublé ; il entre en scène, il joue, mais sans verve, — et l’on siffle !

Père

(d’Hautel, 1808) : Ce mot joint à un nom propre, désigne parmi nous la familiarité, il ne s’emploie qu’en parlant à un homme âgé. Parmi les Grecs et les Latins, c’étoit une épithète honorable que les cadets donnoient à leurs aînés.
Un père Duchesne. Pour dire, un criard, un homme qui s’emporte sans sujet, et dont la colère n’est nullement à craindre.
Le père la Ressource, la mère la Ressource. Sobriquet flatteur que l’on donne à une personne fertile en expédiens, à laquelle on a toujours recours dans de mauvaises affaires, et qui, par ses conseils, sa fortune ou son crédit sait vous tirer d’embarras.
À la ronde, mon père en aura. Pour point de façon, point de cérémonie, chacun à son tour. Se dit lorsque dans une distribution, quelqu’un refuse la part qu’on lui présente pour l’offrir à son voisin.
Un père, ou une mère la joie. Homme ou femme d’une humeur joviale, qui amusent les autres par des bouffonneries, et qui mettent tout en train.
Le Père ou la mère aux écus. Personnes fortunées, mais dont l’extérieur n’est pas fastueux.
Je l’ai renvoyée chez son grand-père. Pour, je l’ai tancé fortement ; je l’ai envoyé promener.
Quand ce seroit pour mon père, je ne le ferois pas mieux. Se dit par exagération ; pour, il m’est impossible de mieux faire.
Un père douillet. Homme qui se dorlotte, qui aime à prendre ses commodités.
Le père aux autres. Se dit en plaisantant des personnes ou des choses dont le volume est très considérable,

Père aux écus

(Delvau, 1867) : s. m. Homme riche, — dans l’argot du peuple.

Père caillou

(Rigaud, 1881) : Individu insensible aux avances des grecs ; celui qui, aussi dur à entamer qu’un caillou, résiste à toutes les séductions d’une partie de cartes, — dans le jargon des tricheurs.

Père Coupe-toujours

(Rigaud, 1881) : Le bourreau, — dans le jargon des voyous.

Père Douillard

(Rigaud, 1881) : Entreteneur. Homme qui a de l’argent, de la douille, — dans le jargon des filles.

Père éternel à trois francs la séance

(Rigaud, 1881) : Modèle d’atelier qui pose les têtes de saints, les têtes de Dieu le père. — Tête de vieillard à barbe blanche.

Père Fauteuil

(Delvau, 1867) : s. m. Le cimetière du Père Lacbaise, — dans l’argot facétieux des marbriers.

Père François

(Rossignol, 1901) : Le coup du père François est de mettre autour du cou d’un passant un foulard ou une courroie au moment où il tourne le dos à l’agresseur. Celui qui a passé le foulard fait aussitôt un demi-tour et, tout en retenant les deux bouts, se courbe en avant ; de ce fait la victime perd pied, et instinctivement prend avec les deux mains l’objet qui l’étrangle, ce qui permet au complice de fouiller les poches tout à son aise. En plaisantant J’ai fait un jour le coup du père François à un de mes amis, un Italien de première force. Je ne l’ai tenu sur mes épaules que le temps de le soulever de terre, ce qui ne l’a pas empêché de tomber inerte ; et il a été un moment avant de reprendre connaissance. Je me suis bien juré de ne jamais recommencer, et je ne conseille à personne de jouer de la sorte.

Père frappart

(Larchey, 1865) : Marteau (Vidocq). — Calembour.

Père Frappart

(Delvau, 1867) : s. m. Marteau, — dans l’argot du peuple.

Père La Capote

(Rigaud, 1881) : Sergent d’habillement.

Père la Tuile (le)

(Delvau, 1867) : Dieu, — dans l’argot des faubouriens, qui ne sont pas plus irrévérencieux oue les peintres qui l’appellent le Père Eternel.

Père La Tuile (le)

(Rigaud, 1881) : Dieu.

Père la tuile (le)

(Virmaître, 1894) : Dieu. Il n’est pourtant jamais tombé sur personne. Cette expression est en usage dans le monde des prisons.
— As-tu entendu le ratichon balancer sa jasante au Père la Tuile (Argot des voleurs).

Père La Violette

(Rigaud, 1881) : Napoléon Ier.

Père la Violette (le)

(Delvau, 1867) : L’empereur Napoléon Ier, — dans l’argot des bonapartistes, qui disaient cela sous la Restauration, à l’époque où mademoiselle Mars était forcée d’arracher une guirlande de violettes qu’elle avait fait coudre à sa robe dans une pièce nouvelle.

Père peinard (en)

(Virmaître, 1894) : Y aller doucement, sans se presser, sans se faire de bile. Les agents arrivent en Père Peinard pour surprendre un voleur en flagrant délit (Argot du peuple). N.

Perette

(d’Hautel, 1808) : Perette à l’ognon. Nom que l’on donne à une petite fille indiscrète et babillarde ; ou qui s’en fait trop accroire.

Performances

(Fustier, 1889) : Argot de turf. Manière de courir d’un cheval, de se comporter pendant la course.

Péritorse

(Delvau, 1867) : s. m. Paletot ou redingote, — dans l’argot des étudiants, qui, frais émoulus du collège, n’ont pas de peine à parler grec.

Perle

(d’Hautel, 1808) : La perle des garçons ou des filles. Pour, dire un jeune homme ; une jeune demoiselle recommandables par des qualités personnelles et par leurs vertus.
Je ne suis pas venu ici pour enfiler des perles. C’est-à-dire, pour perdre mon temps à des bagatelles, à des frivolités.

Perlé

(d’Hautel, 1808) : De l’ouvrage perlé. Pour dire un ouvrage fait avec un soin infini.

Perler

(Delvau, 1867) : v. a. Travailler avec soin, avec minutie, — dans l’argot des bourgeois. Perler sa conversation. N’employer, en parlant, que des expressions choisies — et prétentieuses.

Perlo

(Rossignol, 1901) : Tabac.

Perlot

(La Rue, 1894) : Tabac.

(Virmaître, 1894) : Tabac — dérivé de semper. L. L. Semper s’écrit Saint-Père dans toutes les prisons. À la centrousse de Melun, on chante depuis des années :

Pour du tabac, disait un pègre,
Et pour trois pouces de Saint-Père. (Argot des voleurs).

(Hayard, 1907) : Tabac.

Perlot, Perlo

(Rigaud, 1881) : Tabac à fumer. — dans le jargon des chiffonniers.

Perlotte

(Delvau, 1867) : s. f. Boutonnière, — dans l’argot des tailleurs, qui perlent ordinairement cette partie des vêtements.

(Rigaud, 1881) : Boutonnière, — dans le jargon des tailleurs.

Permanence

(Fustier, 1889) : Argot de joueurs. Série de numéros qui sortent à la roulette ou au trente et quarante.

Il (le marqueur) a d’abord ses abonnés à qui il vend les permanences vingt francs par semaine.

(Revue politique et littéraire, 1882.)

Permettre

(d’Hautel, 1808) : À vous permis. Pour, vous pouvez faire ce que vous jugerez à propos, ce qui vous plaira.

Permission (se faire signer une)

(Fustier, 1889) : Argot militaire. Présenter une feuille de papier à cigarette et se faire donner le tabac. (Ginisty : Manuel du parfait réserviste.)

Permission de 24 heures

(Merlin, 1888) : Garde à monter en dehors de la caserne. Faveur peu enviée.

Permission de 24 heures (avoir une)

(Fustier, 1889) : Argot militaire. Prendre la garde.

Permission de dix heures

(Delvau, 1867) : s. f. Pardessus de femme, à capuchon, taillé sur le patron du manteau des zouaves, et fort à la mode il y a vingt-ans.

(Rigaud, 1881) : Canne à épée, gourdin, bâton ferré.

Permission de dix heures, de minuit

(La Rue, 1894) : Gourdin, canne à épée.

Permission trempe (la)

(Rigaud, 1881) : Permission attendue et sur laquelle on fonde peu d’espoir, — dans le jargon des troupiers.

Peronnelle

(d’Hautel, 1808) : Terme injurieux et de mépris, qui se dit d’une jeune femme sotte, dédaigneuse et impertinente ; d’une coureuse ; d’une mauvaise langue.

Pérou

(d’Hautel, 1808) : Ce n’est pas le Pérou que ta connoissance. Propos vulgaire et grossier qui se dit par mépris à quelqu’un, pour lui faire entendre qu’on ne met aucune importance à cultiver son amitié ; qu’il n’y a rien à gagner avec lui.

(Larchey, 1865) : « Ce n’est pas le Pérou que ces bougres-là » — Hébert, 1793. — C’est-à-dire : Ce sont de pauvres bougres. — Allusion aux richesses naturelles du Pérou.

Pérou (ce n’est pas le)

(Delvau, 1867) : Expression de l’argot du peuple, qui l’emploie ironiquement à propos d’une chose qui ne lui paraît pas difficile à faire, ou qu’on lui vante trop. Se dit aussi à propos d’une affaire qui ne parait pas destinée à rapporter de gros bénéfices.

Perpète

(Delvau, 1867) : s. f. Apocope de Perpétuité, — dans l’argot des forçats.

Perpète (à)

(Rigaud, 1881) : À perpétuité, — dans le jargon des voleurs. — Être à perpète, être condamné à perpétuité.

Perpette

(Rossignol, 1901) : Perpétuité.

Perpétuel

(d’Hautel, 1808) : C’est un mouvement perpétuel. Se dit d’une personne d’une vivacité, d’une turbulence insupportables, qui ne peut rester une minute tranquille.

Perpignan

(Fustier, 1889) : Nom que les charretiers donnent au manche de leur fouet. Les meilleurs manches de fouet se fabriquent, paraît-il, en cette ville.

Perroquet

(d’Hautel, 1808) : Un perroquet. On appelle ainsi un homme qui répète, sans comprendre, ce qu’il a entendu.
De la soupe à perroquet. Pour dire, du pain trempé dans du vin.

(Delvau, 1864) : Le membre viril, qui répète toujours la même chose — sans parvenir à ennuyer les femmes.

Elle m’a prêté sa cage
Pour loger mon perroquet.

Gautier-Guarouille.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme qui ne sait que ce qu’il a appris par cœur. Argot du peuple.

(Delvau, 1867) : s. m. Verre d’absinthe, — dans l’argot des troupiers et des rapins, qui font ainsi allusion à la couleur de cette boisson, que l’on devrait prononcer à l’allemande : poison. Étouffer un perroquet. Boire un verre d’absinthe. L’expression a été employée pour la première fois en fittérature par Charles Monselet.

(La Rue, 1894) : Verre d’absinthe. L’étrangler, le boire.

(Virmaître, 1894) : Absinthe. Allusion à la couleur verte de la liqueur, qui ressemble à celle du perroquet (Argot du peuple). V. Poileuse.

(Rossignol, 1901) : Verre d’absinthe pure.

(Hayard, 1907) : Absinthe.

Perroquet (étouffer un)

(Larchey, 1865) : « Cette locution signifie, dans le langage des ateliers, prendre un verre d’absinthe. » — M. Bayeux. — Allusion à la couleur verte du verre à pattes dont la main du buveur semble en effet étrangler le cou.

Perroquet (un)

(Rigaud, 1881) : Un verre d’absinthe. — Étouffer, asphyxier un perroquet, boire un verre d’absinthe.

Perroquet de falaise

(Fustier, 1889) : Douanier. Allusion de couleur.

Perroquet de savetier

(Delvau, 1867) : s. m. Le merle, — dans l’argot des faubouriens. On le dit quelquefois aussi de la Pie.

(Rigaud, 1881) : Pie, merle, géai.

Perruche

(Rossignol, 1901) : Verre d’absinthe mêlée de sirop ou de sucre.

Perruche (une)

(Rigaud, 1881) : Un verre d’absinthe, — dans le jargon des ivrognes qui veulent varier un peu les dénominations et préfèrent la femelle, la perruche, au mâle, le perroquet.

Perruque

(Larchey, 1865) : Suranné. — V. Mâchoire.

Le mot perruque était le dernier mot trouvé par le journalisme romantique qui en avait affublé les classiques.

Balzac.

(Larchey, 1865) : Détournement, abus de confiance. — C’est un superlatif de faire la queue.

(Delvau, 1867) : s. f. Cheveux en broussailles, mal peignés, — dans l’argot des bourgeois, ennemis des coiffures romantiques.

(Delvau, 1867) : s. f. Détournement de matériaux appartenant à l’Etat, — dans l’argot des invalides, souvent commis à leur garde. Faire une perruque. Vendre ces matériaux.

(Delvau, 1867) : adj. et s. Vieux, suranné, classique, — dans l’argot des romantiques, qui avaient en horreur tout le siècle de Louis XIV. Le parti des perruques. L’École classique, — qu’on appelle aussi l’École du Bon Sens.

(Rigaud, 1881) : Vieux, passé de mode. Lors de la querelle des classiques et des romantiques, ces derniers traitaient les classiques de « Perruques ». Racine était une « perruque et un polisson ».

(Rigaud, 1881) : Vente clandestine d’objets appartenant à l’État ou à une grande administration. — Faire une perruque, vendre clandestinement des objets appartenant à une grande administration. C’est une variante de faire la queue. — En terme d’atelier, c’est faire un outil pour soi, dans les usines où les ouvriers sont censés fournir leurs outils.

Le travailleur prend le bois et fait son outil au compte de la maison. S’il est aux pièces, il remet son désir pour le moment où il sera à la journée.

(Le Sublime.)

(La Rue, 1894) : Vol au détriment de l’État. Le fonctionnaire qui le commet se nomme perruquier.

(Virmaître, 1894) : Vieille perruque, vieux serin, homme qui n’est pas fin-de-siècle. Perruque (En faire une) : Vendre des matériaux qui appartiennent à autrui (Argot des entrepreneurs).

Perruque (faire)

(La Rue, 1894) : Fabriquer avec des matériaux soustraits.

Perruquemar

(Delvau, 1867) : s. m. Coiffeur, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Perruquier.

Perruquer (se)

(Delvau, 1867) : Porter de faux cheveux pour faire croire qu’on en a beaucoup. Argot du peuple. Du temps de Tabourot, on disait une perruquée en parlant d’une Coquette à la mode qui ajoutait de faux cheveux à ses cheveux naturels, — comme faisaient les coquettes du temps de Martial, comme font les femmes de notre temps. D’où vient cette épigramme du seigneur des Accords :

Janneton ordinairement
Achepte ses cheveux, et jure
Qu’ils sont à elle entièrement :
Est-elle à vostre advis perjure ?

Vous devinez la réponse : Non, elle n’est point « perjure » parceque ce que nous achetons est nôtre.

Perruquier

(d’Hautel, 1808) : C’est moi qui suis le perruquier dans cette affaire. Locution triviale ; pour dire que l’on est dupé dans une affaire, que les frais en demeurent à votre charge.
On prononce vulgairement perrutier.

Perruquier (laissez passer le)

(Merlin, 1888) : Signal d’avertissement donné aux travailleurs de la tranchée, lorsque arrive un obus ou une bombe qui les rasent souvent de près.

Perruquier de la crotte

(Rigaud, 1881) : Décrotteur.

Persiennes

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Lunettes, — dans l’argot des voyous.

(Rigaud, 1881) : Lunettes.

Persigner

(Rigaud, 1881) : Enfoncer. Se dit au figuré et au propre. — Persigner une lourde, enfoncer une porte. Persigner un client, tromper un individu.

Persil

(d’Hautel, 1808) : Grêler sur le persil. Exercer son autorité, son pouvoir, son crédit, sa critique contre des gens foibles, ou sur des sujets de nulle importance.

(Rigaud, 1881) : Exercice de la promenade au point de vue de la prostitution.

C’était la grande retape, le persil au clair soleil, le raccrochage des catins illustres.

(E. Zola, Nana.)

(Virmaître, 1894) : Faire le persil, aller au persil : raccrocher. On n’est pas fixé sur l’origine et la valeur de cette expression. Francisque Michel la fait venir de pesciller ; Delvau dit qu’elle a pour motif que les filles raccrochent dans les terrains vagues où pousse le persil ; le peuple, qui ne connaît ni l’un ni l’autre, applique cette expression aussi bien aux filles de la rue qu’à celles du boulevard, parce que la fille trotte dans la boue et qu’elle a les pieds sales ; or, depuis plus de cinquante ans, on dit d’une fille qui a les pieds malpropres :
— Elle a du persil dans les pieds ; de là : faire son persil (Argot des souteneurs).

(Rossignol, 1901) : Une fille publique fait son persil, lorsqu’elle fait les cent pas dans la rue à la recherche de michets.

Persil (aller au)

(Halbert, 1849) : Accoster le passant.

(Rigaud, 1881) : Faire une promenade intéressée dans les rues et lieux publics, — dans le jargon des filles. Les variantes sont : Persiller, faire son persil.

Persil (faire son persil)

(Hayard, 1907) : Faire le trottoir.

Persil dans les pieds (avoir du)

(Delvau, 1867) : Se dit d’une femme qui a les pieds sales — à force d’avoir marché.

Persil en fleur

(Halbert, 1849) : Commerce florissant d’une fille.

Persil, persillage

(La Rue, 1894) : Promenade d’une femme qui exerce la prostitution. Elle va persiller, faire son persil. Le persil c’est le miché sérieux. On la nomme persilleuse. V. Biche. Le persil désigne encore la partie la plus fréquentée du bois de Boulogne.

Persiller

(Delvau, 1864) : Se promener, le soir, quand on est putain libre, sur le trottoir des rues et des boulevards où l’on est assurée de rencontrer des hommes qui bandent ou à qui l’on promet de les faire bander.

Pour persiller l’ jour dans la pépinière,
De vingt penauds, j’ lui paye un p’tit panier.

Elles explorent le boulevard, persillent dans les squares.

Lynol.

(Delvau, 1867) : v. n. Raccrocher, — dans l’argot des souteneurs de filles. On dit aussi Aller au persil et Travailler dans le persil. Francisque Michel, qui se donne tant de peine pour retrouver les parchemins de mots souvent modernes qu’il ne craint pas, malgré cela, de faire monter dans les carrosses du roi, reste muet à propos de celui-ci, pourtant digne de sa sollicitude. Il ne donne que Pesciller, prendre. En l’absence de tout renseignement officiel, me sera-t-il permis d’insinuer que le verbe Persiller pourrait bienvenir de l’habitude qu’ont les filles d’exercer leur déplorable industrie dans les lieux déserts, dans les terrains vagues — où pousse le persil ?

Persiller, cueillir du persil, faire son persil

(Larchey, 1865) : Raccrocher.

Elles explorent les boulevarts, persillent dans les squares nouveaux, dans l’espoir d’y rencontrer des miches sérieux.

Lynol.

Le miché représente ici le persil indispensable au pot-au-feu de la prostitution. V. Tante.

Persilleuse

(Delvau, 1867) : s. f. Femme publique. Se dit aussi du Jeune homme qui joue le rôle de Giton auprès des Encolpes de bas étage.

(Rigaud, 1881) : Prostituée qui se promène pour chercher de l’ouvrage. — Les persilleuses typiques ou boulonnaises, se tiennent le long des allées, des contre-allées du bois de Boulogne, du bois de Vincennes. Ces hamadryades entraînent dans les taillis les infortunés que leurs charmes ont séduits. La persilleuse est souvent une pseudo-ouvrière ou une ouvrière sans ouvrage. Elle va alors au persil avec un petit panier à la main. Bien des filles du peuple font croire à leurs parents qu’elles vont à l’atelier et n’ont d’autre occupation que de faire leur persil.

(Rossignol, 1901) : Celle qui fait le persil.

Personne

(d’Hautel, 1808) : J’ai trouvé monsieur personne. Pour dire que l’on a trouvé les portes fermées, que tout le monde étoit sorti dans la maison où l’on alloit pour affaire.
Il y a personne et personne. Pour dire que toutes les personnes ne se ressemblent pas, qu’on en rencontre dans la société de différentes conditions.

Personnifié

(d’Hautel, 1808) : C’est l’insolence, la bêtise personnifiée. Pour dire qu’une personne a les caractères distinctifs d’un impertinent, d’un sot, d’une bête, d’un stupide.

Perte

(d’Hautel, 1808) : Il n’y a pas grand’perte. Se dit par mépris d’une personne ou d’une chose facile à remplacer, à réparer.

Pertuis aux légumes

(Delvau, 1867) : s. m. La gorge, — dans l’argot des ouvriers qui ont servi dans l’infanterie de marine. D’où : Faire tour-mort et demi-clef sur le pertuis aux légumes, pour : Étrangler quelqu’un.

Pesant

(d’Hautel, 1808) : Il vaut son pesant d’or. Manière d’exagérer le mérite de quelqu’un. On dit dans le sens opposé et par ironie d’un homme sans capacité, qu’il vaut son pesant de plomb.

Pesanteur

(d’Hautel, 1808) : Il est d’une pesanteur ! Manière satirique, de dire qu’un homme a l’esprit lourd, qu’il est d’un ennui mortel.

Pesciller

(Larchey, 1865) : Prendre. — Du vieux mot peschier : pêcher. Servir, Criblage.

(La Rue, 1894) : Prendre.

Pesciller d’esbrouffe

(Delvau, 1867) : Prendre de force, d’autorité — dans l’argot des voleurs.

(Virmaître, 1894) : Prendre d’autorité. Le voleur à l’esbrouffe pescille de cette façon le portefeuille ou le portemonnaie du bourgeois (Argot des voleurs). V. Vol à l’esbrouffe.

Pesé

(Clémens, 1840) : Argent.

Pèse

(un détenu, 1846) : Argent monnayé.

(Rigaud, 1881) : Argent, paye. — Descendre son pèse, dépenser son argent.

Pesé ou Pèze

(Delvau, 1867) : s. f. Résultat d’une collecte faite entre voleurs libres au profit d’un voleur prisonnier ; résultat pesant.

Pèse, pèze

(La Rue, 1894) : Argent. Collecte.

Peser

(d’Hautel, 1808) : Il ne pèse pas lourd. Se dit par raillerie d’un fanfaron ; pour exprimer qu’il fait plus d’embarras qu’il n’est fort.
Il ne pèse pas deux onces. Se dit au propre d’un homme d’une très-foible constitution ; au figuré de quelqu’un qui marque une grande vivacité, une joie excessive, comme par exemple, lorsqu’on a déchargé sa conscience d’un grand fardeau.
Il ne pèse pas plus qu’une plume. Se dit par exagération d’une personne très-légère.
Il pèse à la main. Se dit d’un homme qui a l’esprit lourd ; qui manque d’intelligence.

Pessigner ou pessiguer

(Virmaître, 1894) : Ouvrir.
— J’ai une carouble qui pessigne toutes les lourdes sans fric-frac (Argot des voleurs).

Pessiguer

(Delvau, 1867) : v. a. Ouvrir, soulever, — dans l’argot des voleurs. Pessiguer une lourde. Ouvrir une porte.

(Rigaud, 1881) : Soulever ; du provençal pessuguer, pincer, voler habilement.

Pessiguier

(La Rue, 1894) : Ouvrir. Soulever. Maltraiter.

Pessiller

(Halbert, 1849) : Prendre.

Pessiller (se)

(Rigaud, 1881) : S’emporter, — dans le jargon des voleurs.

Pestaille

(Rossignol, 1901) : Agent de police.

Pestailles

(Virmaître, 1894) : Agents de la sûreté ou sergents de ville. Pour les voleurs, ce sont des pestes ; ils ont ajouté la finale de railles, l’ancien mot, et n’en ont fait qu’un (Argot des voleurs). N.

Peste

(d’Hautel, 1808) : Un petit peste. Un petit garçon malicieux, espiègle, rusé et enjoué.

(d’Hautel, 1808) : C’est une peste. Se dit d’une personne qui a l’incommodité de lâcher de mauvais vents.

Peste !

(d’Hautel, 1808) : Interjection, qui marque la surprise, l’étonnement, le mécontentement.

Peste, pestaille

(Hayard, 1907) : Agent de la sureté.

Pester

(d’Hautel, 1808) : Pester entre cuir et chair. Éprouver un dépit intérieur, sans oser le faire éclater.

Pet

(d’Hautel, 1808) : Fier comme un pet. Pour dire, hautain, orgueilleux ; qui affecte l’air méprisant et dédaigneux.
Pet en l’air. On appeloit ainsi à Paris, il y a quelques années, une espèce de casaquin que portoient les femmes.
Pet de nonne. Espèce de pâtisserie soufflée.
Un pet à vingt ongles. Manière burles désigner l’enfant dont une fille est accouchée.
On tireroit plutôt un pet d’un âne mort. Se dit d’un homme avare et dur à la desserre.

(Clémens, 1840) : Manquer un vol.

(Delvau, 1867) : s. m. Incongruité sonore, jadis honorée des Romains sous le nom de Deus Crepitus, ou dieu frère de Stercutius, le dieu merderet. Glorieux comme un pet. Extrêmement vaniteux. Lâcher quelqu’un comme un pet. L’abandonner, le quitter précipitamment.

(Delvau, 1867) : s. m. Embarras, manières. Faire le pet. Faire l’insolent ; s’impatienter, gronder. Il n’y a pas de pet. Il n’y a rien à faire là dedans ; ou : Il n’y a pas de mal, de danger.

(Virmaître, 1894) : Signal convenu pour prévenir ses complices qu’il y a du danger.
— Pet, pet, v’là les pestailles.
On dit également :
— Au bastringue du Pou Volant, il y aura du pet ce soir (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Danger.

Sauvons-nous, il y a du pet.

Pet (curieux comme un)

(Rigaud, 1881) : Extrêmement curieux. Le pet n’est pas casanier de son naturel ; il demande à sortir et à se produire.

Pet (faire le)

(Rigaud, 1881) : Faire faillite.

Pet (il y a du)

(Rigaud, 1881) : Attention ! la police est là ! — dans le jargon des voleurs. — Attention ! le patron est de mauvaise humeur, il va y avoir de l’abattage, des réprimandes, — dans le jargon des ouvriers. Il y a du pet, ça sent mauvais, quand le patron ou le contre-maître fait une réprimande d’ensemble.

(La Rue, 1894) : Attention ! Méfiez-vous.

(Hayard, 1907) : Il y a du danger.

Pet à vingt ongles

(Delvau, 1867) : s. m. Enfant nouveau-né, — dans l’argot du peuple. Faire un pet à vingt ongles. Accoucher.

(Rigaud, 1881) : Nouveau-né. Abouler un pet à vingt ongles, accoucher.

(Virmaître, 1894) : Enfant nouveau-né (Argot du peuple).

Pet de lapin

(Rossignol, 1901) : Une chose qui ne vaut rien, ne vaut pas un pet de lapin.

Pet honteux

(Rigaud, 1881) : Exhalaison fondamentale sortant sans tambour ni trompette. L’éclair sans le tonnerre.

Pet-en-l’air

(Fustier, 1889) : Petit veston court.

Contre l’habit léger et clair
La loutre a perdu la bataille :
Nous arborons le pet-en-l’air,
Et les femmes ne vont qu’en taille.

Richepin.

Pet, Pétage

(Rigaud, 1881) : Plainte en justice.

Pétarade

(d’Hautel, 1808) : Longue suite de pets.

(Delvau, 1867) : s. f. Longue suite de sacrifices au dieu Crepitus, — dans l’argot des faubouriens, amis des joyeusetés scatologiques, et grands amateurs de ventriloquie.

Pétard

(Clémens, 1840) : Éveil, se faire de la bile.

(un détenu, 1846) : Un sou.

(Delvau, 1867) : s. m. Derrière de l’homme ou de la femme. Se dit aussi pour Coup de pied appliqué au derrière.

(Delvau, 1867) : s. m. Bruit, esclandre.

N’bats pas l’quart,
Crains l’pétard,
J’suis Bertrand l’pochard !

dit une chanson populaire.

(Rigaud, 1881) : Derrière. — Haricot. Le haricot est tantôt un musicien, tantôt un pétard, tantôt exécutant, tantôt musique. Allusion compréhensible, même pour les enfants.

(Fustier, 1889) : Sou.

À droite, un comptoir en étain
Qu’on astique chaque matin.
C’est la qu’on verse
Le rhum, les cognacs et les marcs
À qui veut mettre trois pétards
Dans le commerce.

(Gaulois, 1882.)

(Fustier, 1889) : Argot des artistes et des gens de lettres. Succès bruyant.

Pourquoi ce qui n’avait pas réussi jusqu’alors, a-t-il été, cette fois, un événement de librairie ? ce qu’on appelle, en argot artistique, un pétard.

(Gazette des Tribunaux, 1882. )

(La Rue, 1894) : Un sou. Soumet. Haricot. Postérieur. Bagarre.

(Virmaître, 1894) : Sou. C’est une corruption du mot patard, expression employée par François Villon. En Suisse, il y a des siècles, patard était une monnaie divisionnaire ; en terme de mépris, on disait : un patard de vache (Argot du peuple). N.

(Virmaître, 1894) : Le derrière.
— Crois-tu qu elle est bien en viande ? Quel riche pétard ! On en mangerait une tranche.
L’allusion se devine ; souvent il tire des feux d’artitice (Argot du peuple). N.

(Rossignol, 1901) : Sou.

(Rossignol, 1901) : Le derrière.

(Rossignol, 1901) : Tapage, bruit.

Avez-vous fini de faire du pétard, on n’entend que vous.

Pétard (faire du)

(Hayard, 1907) : Faire de l’esclandre.

Pétard, patard

(Hayard, 1907) : Sou.

Pétard, péteux

(Larchey, 1865) : Derrière. — On entend de reste l’étymologie de ce bruyant synonyme.

Sur son péteux, V’là que je l’étale.

Le Casse-Gueule, ch., 1841.

Pétard : Haricot (Vidocq). — Effet pris pour la cause.

Pétard, Petgi

(Rigaud, 1881) : Esclandre, tapage, scène violente et imprévue c’est le moment qui suit la découverte du pot-aux-roses. Lorsqu’un mari revient à l’improviste de la chasse, et que sa femme… il fait un pétard s’il est expansif et verbeux.

Pétardier

(Rossignol, 1901) : Celui qui a l’habitude de faire du pétard. Pétardier est aussi celui qui se fâche, qui s’emporte à tous propos. Une femme est pétardière.

Pétardier, pétardière

(Virmaître, 1894) : Faire du tapage, du bruit.
— Ah ! tu sais, il ne faut pas remmener quand il a le nez sale, c’est un pétardier (Argot du peuple).

Pétards

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Haricots.

Pétase

(Delvau, 1867) : s. m. Chapeau ridicule, — dans l’argot des romantiques, qui connaissent leur latin (petasus). Employé pour la première fois en littérature par Bonnardot (Perruque et Noblesse, 1837).

(Virmaître, 1894) : Chapeau ridicule comme en portent les paysans les jours de fête. Ce chapeau se transmet de père en fils, tant pis si la tête est plus ou moins forte. Il en est qui datent du siècle dernier (Argot du peuple).

Pétasse

(Rigaud, 1881) : Fille publique, pour putasse.

(Virmaître, 1894) : Vieille femme avachie qui perd ses vestiges en marchant. Putain et soularde (Argot des souteneurs).

(Hayard, 1907) : Sale femme.

Pétaud

(d’Hautel, 1808) : La cour du roi Pétaud. Pour dire, une maison en désordre ; une assemblée tumultueuse ; un lieu où chacun est maître.

Pétaudière

(d’Hautel, 1808) : C’est une véritable pétaudière. Locution ironique, qui a toutes les acceptions de la cour du roi Pétaud.

(Delvau, 1867) : s. f. Endroit tumultueux, où l’on crie tellement qu’il est impossible de s’entendre, — dans l’argot des bourgeois, qui connaissent de réputation la cour du roi Pétaud.

Pète ou que ça dise pourquoi (il faut que ça) !

(Rigaud, 1881) : Il faut qu’une chose, qu’un ouvrage se fasse à n’importe quel prix.

Pète-sec

(Delvau, 1867) : s. m. Patron sévère, chef rigide, qui gronde toujours et ne rit jamais.

Pète-sec (monsieur)

(Virmaître, 1894) : Individu qui ne rit jamais et paraît toujours en colère. Surnom donné au régiment aux ofliciers dont la rigueur est proverbiale (Argot du peuple).

Péter

(d’Hautel, 1808) : On dit trivialement, et par raillerie, d’un homme logé au dernier étage d’une maison, qu’Il entend les anges péter.
Pète qui a peur.
Se dit par plaisanterie aux gens poltrons, pour les défier, les narguer ; et pour faire entendre que ceux qui sont peureux ne doivent pas s’engager dans des affaires périlleuses.
Il ne pétera plus. Se dit par ironie d’un homme qui est mort, et pour lequel on n’avoit aucune considération.
Péter comme un roussin. Péter fréquemment.
Péter plus haut que le cul. Voyez Cul.
Péter à la sourdine. Vesser ; lâcher des vents coulis, faire des pets étouffés, qui, sans faire de bruit, se font néanmoins sentir vivement à l’odorat.
Péter dans la main. Ne pas tenir sa parole ; y manquer dans le moment où la personne à laquelle on l’avoit engagée a le plus besoin de secours.

(Larchey, 1865) : Se plaindre en justice (Vidocq).

(Delvau, 1867) : v. n. Se plaindre à la justice. Argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Se plaindre en justice.

(La Rue, 1894) : Se plaindre en justice.

(Virmaître, 1894) : Se plaindre.
— Ah ! mon vieil aminche, comme ta frime est toquarde, tu as les douilles savonnées, d’où que tu sors ?
— De la boîte aux cailloux. À cause d’un mec qui a pété au moissonneur, j’ai passé à la planche à pain.
Péter,
mot à mot : faire du pet, se plaindre à la justice (Argot des voleurs). N.

Péter au point

(Rigaud, 1881) : Perdre au jeu de cartes faute d’un point.

Péter dans la main

(Larchey, 1865) : Pousser trop loin la familiarité. Faire défaut au moment nécessaire. — Dans ce dernier sens, allusion au levier qui éclate entre les mains. (V. d’Hautel, 1808.)

(Delvau, 1867) : v. n. Être plus familier qu’il ne convient. Argot du peuple. Signifie aussi : Manquer de parole ; faire défaut au moment nécessaire.

(Rigaud, 1881) : Laisser échapper une bonne occasion, rater une affaire au dernier moment, voir une place qui vous était promise donnée à un autre.

Péter dans la soie

(Rigaud, 1881) : Être vêtue d’une robe de soie.

Péter dans le linge des autres

(Rigaud, 1881) : Porter des habits d’emprunt, être habillé avec la défroque d’un autre.

Péter de graisse

(Rigaud, 1881) : Être très gras. Et la variante : Péter dans sa peau.

Péter la châtaigne (faire)

(Rigaud, 1881) : Métamorphoser une fille en femme.

Péter la sous-ventrière (s’en faire)

(Virmaître, 1894) : Terme ironique employé pour dire à quelqu’un qui vous fait une demande saugrenue :
— Tu t’en ferais péter la sons-ventrière.
Synonyme de : Tu n’en voudrais pas.
Avoir mangé à s’en faire péter la sous-ventrière (Argot du peuple). N.

Péter plus haut que le cul

(Delvau, 1867) : v. n. Faire le glorieux ; entreprendre une chose au-dessus de ses forces ou de ses moyens ; avoir un train de maison exagéré, ruineux. Faire le pet plus haut que le cul, c’est ce que Henry Monnier, par un euphémisme très clair, appelle Sauter plus haut que les jambes.

(Rigaud, 1881) : Faire plus de dépense que n’en comporte la position de fortune.

(Virmaître, 1894) : Faire de l’embarras, de l’esbrouffe, vouloir prouver que l’on est riche lorsque l’on n’a pas le sou. Homme ou femme qui s’habille élégamment en se privant sur la nourriture :
— Ils veulent péter plus haut qu’ils n’ont le cul.
C’est le cas des filles de boutique et des commis de magasins. Dans le peuple, par ironie, on les appelle :
Tout sur le dos, rien dans l’estomac (Argot du peuple). N.

Péter son lof

(Delvau, 1867) : v. n. Mourir, — dans l’argot des marins, pour qui c’est changer de lof, c’est-à-dire naviguer sur un autre bord. Ils disent aussi Virer de bord.

Péter sur le mastic

(Delvau, 1867) : v. n. Renoncer à travailler ; envoyer promener quelqu’un. Argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Abandonner l’ouvrage, envoyer l’ouvrage au diable.

(La Rue, 1894) : Renoncer au travail.

Péteur

(Delvau, 1867) : adj. et s. Homme qui se plaît à faire de fréquents sacrifices au dieu Crépitus.

(Virmaître, 1894) : Dénonciateur. Comme pour dénoncer il faut parler, le mot péteur doit être pris dans le sens de péter du bec (Argot des voleurs).

Péteur, péteuse

(Rigaud, 1881) : Plaignant, plaignante.

Péteux

(d’Hautel, 1808) : Mot poissard et trivial. Pour le derrière, les fesses.
Tomber sur son péteux. Pour se laisser tomber sur le derrière, sur les fesses.
Un péteur. Terme injurieux qui équivaut à lâche, poltron ; freluquet.

(Delvau, 1867) : s. m. Messire Luc, l’éternelle cible aux coups de pied.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme honteux, timide, sans énergie.

(Rigaud, 1881) : Qui se sent fautif.

Peteux (des)

(M.D., 1844) : Des haricots.

Petillards

(Virmaître, 1894) : Diamants. Pétiller est dit pour briller. C’en est le superlatif.
— Les durailles de la gonzesse sont pétillants aux pendus glacés (Argot des voleurs). N.

Petin Tondu (le)

(Delvau, 1867) : L’empereur Napoléon Ier, — dans l’argot des invalides.

Petit

(d’Hautel, 1808) : Manger des petits pieds. Pour dire vivre de perdrix, de faisans, de chapons, de volailles fines, d’ortolans ; se délicater, se choyer.
Mon petit. Ma petite. Nom de bienveillance et d’amitié que les gens de condition donnent aux personnes qui sont dans leur familiarité.
Les gros mangent les petits. Pour dire que souvent les hommes puissans oppriment les hommes foibles.
Être réduit au petit pied. Être ruiné ; vivre médiocrement.
C’est du petit monde. Se dit par mépris des gens pauvres ; du menu peuple.

(Delvau, 1867) : s. m. Enfant, — dans l’argot du peuple, qui ne fait aucune différence entre la portée d’une chienne et celle d’une femme.

(Rigaud, 1881) : Amant de cœur, — dans le jargon des femmes galantes.

(Rigaud, 1881) : Bout de cigarette encore fumable, — dans le jargon des voyous. — Suivant la longueur du bout c’est le mègo, l’orphelin, le petit.

Petit (en faire un)

(Rigaud, 1881) : Mot à mot : faire un petit baccarat, — dans le jargon des joueurs. — Nous ne sommes pas venus ici pour enfiler des perles : si nous en faisions un petit ?

Hé ! Zéphirin, en fait-on un petit, cette nuit ?

(Cavaillé, Les Filouteries du jeu.)

Petit (le)

(Rigaud, 1881) : Le point de huit au baccarat, — dans le jargon des joueurs. — C’est le plus petit des deux plus beaux points du jeu.

(Rigaud, 1881) : Le derrière, — dans le jargon des filles.

Petit blanc

(Delvau, 1867) : s. m. Vin blanc.

(Rigaud, 1881) : Vin blanc très ordinaire.

Petit bleu

(Rigaud, 1881) : Vin rouge au litre, mauvais vin rouge.

Petit bonhomme d’un sou

(Delvau, 1867) : s. m. Jeune soldat.

Petit Bordeaux

(Delvau, 1867) : s. m. Cigare de cinq centimes, de la manufacture de Tonneins. Argot du peuple.

(Delvau, 1867) : s. m. Petit verre de vin de Bordeaux.

Petit cadeau

(Delvau, 1864) : Les deux sous du garçon des filles, — avec cette différence que les garçons les attendent, et qu’elles les demandent avant de commencer les exercices, car après, l’homme, un peu fatigué, redemanderait plutôt son argent que de redonner la moindre chose.

Dis donc, joli garçon, si tu veux que je sois bien gentille il faut me faire ton petit cadeau… tu sais, le cadeau qu’on fait toujours aux petites dames.

Lemercier de Neuville.

Je compris qu’un petit cadeau
N’était qu’une vétille ;
Bref, je tombe dans le panneau.
Puis, de fil en aiguille,
Ell’ montre tout son petit jeu.
-Qu’abat la quille à Mayeux…
Qu’abat (bis) la quille ?

Alex. Marie.

Petit camarade

(Delvau, 1867) : s. m. Confrère malveillant, débineur, — dans l’argot des gens de lettres, qui ont emprunté cette expression aux acteurs. Pour la rendre plus ironique, on dit : Bon petit camarade.

Petit caporal

(Larchey, 1865) : Napoléon Ier. — Allusion au grade imaginaire que lui décerna l’enthousiasme de ses soldats, au lendemain d’une victoire.

Le souhait de S.M. Prussienne et les appréciations du petit caporal.

M. Saint-Hilaire.

(Delvau, 1867) : n. d’h. Napoléon, — dans l’argot des vieux troupiers. Ils disaient encore : l’Autre, le Petit Tondu et le Père la Violette.

(Merlin, 1888) : Les anciens soldats désignaient ainsi Napoléon Ier, qu’ils appelaient également le petit Tondu, l’Autre, la Redingote grise, le père La Violette.

Petit centre (le)

(Delvau, 1864) : Par devant, le con ; — le cul par derrière.

Elle est sourde ainsi comme un sourd
À ceux qui lui parlent d’amour ;
Mais, touchez-lui son petit centre.
Cela s’endure doucement,
Et pour écouter son amant,
Elle a l’oreille au bas du ventre.

(Cabinet satyrique.)

Petit chien, grosse queue

(Delvau, 1864) : Façon de parler proverbiale pour dire que les hommes de petite taille ont presque toujours un fort membre, comme contraste à l’Hercule ancien, qui n’avait qu’une quéquette.

Petit cochon

(Delvau, 1867) : s. m. Dame qu’on n’a pu rentrer assez vite et qui se trouve bloquée dans le camp de l’adversaire. Argot des joueurs de jacquet. Engraisser des petits cochons. Avoir plusieurs dames bloquées.

Petit con, grand verre

(Delvau, 1864) : « Heureux qui, méprisant les grandeurs de la terre, Font dans un petit con et boit dans un grand verre, Vide l’un, remplit l’autre, et passe avec gaitê Du cul de la bouteille au con de la beauté. »

Boufflers.

Petit frère (?)

(Rossignol, 1901) : Voir bogue.

Petit frère (le)

(Delvau, 1864) : Le membre viril — pour qui toutes les femmes sont des sœurs (en Jésus-Christ) avec lesquelles on est heureux de commettre des incestes.

Chez la marié, au matin,
Une prudente mère
Lui doit du plus heureux destin
Confier le mystère.
La mariée, en soupirant,
Attend le petit frère,
Vraiment,
Attend le petit frère.

Ducray-Duminil.

Petit jeune homme

(Delvau, 1864) : Le membre viril.

Quand de tes bras le monsieur se dégomme.
Avec pudeur, avec honnêteté,
Fais la toilette à son petit jeune homme :
Il faut avoir de l’amabilité.

L. Festeau.

Petit lait

(Delvau, 1867) : s. m. Chose de peu d’importance ; vin faible, — dans l’argot des bourgeois.

Petit lait (c’est du)

(Rigaud, 1881) : Ça ne fait pas de mal. On dit d’un vin léger, peu fourni en alcool :

Ça se boit comme du petit lait.

Petit lapin

(Delvau, 1864) : La nature de la femme, à laquelle nous faisons une chasse passionnée, armés du fusil à deux on trois coups fabrique par le Devismes céleste.

Le p’tit lapin d’ma femme !

dit le refrain d’une chanson indécente moderne autorisée par la préfecture de police.

Petit manteau bleu

(Larchey, 1865) : Homme bienfaisant — L’usage de ce mot est la plus belle récompense qu’ait pu ambitionner un philanthrope bien connu.

On parlerait de toi comme d’un petit manteau bleu.

Balzac.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme bienfaisant, — dans l’argot du peuple, qui a ainsi consacré le souvenir des soupes économiques de M. Champion.

(Rigaud, 1881) : Philanthrope. — En souvenir de « l’homme au petit manteau bleu ».

Petit monde

(Delvau, 1867) : s. m. Les membres de la famille, femme et enfants. Se dit aussi à propos d’une Maîtresse.

(Delvau, 1867) : s. m. Lentille, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Lentille, — dans l’ancien argot. — La petite bourgeoisie, le monde des boutiquiers, — dans le jargon des vieux débris du faubourg Saint-Germain.

(Virmaître, 1894) : Lentille. On dit aussi par allusion de forme et presque de couleur : punaise (Argot des voleurs).

Petit nom

(Delvau, 1867) : s. m. Prénom, nom patronymique, — dans l’argot du peuple, et spécialement celui des petites dames. C’est le short name des biches anglaises.

Petit père noir

(Delvau, 1867) : s. m. Broc de vin rouge, — dans l’argot des faubouriens. Petit père noir de quatre ans. Broc de quatre litres.

(Rigaud, 1881) : Broc de vin. — Litre de vin rouge.

Petit pied, petit con

(Delvau, 1864) : Proverbe qui forme pendant avec cet autre : Long nez, longue pine.

Regarde au nez et tu verras combien
Grand est celui qui aux femmes fait bien ;
Regarde su pied pour au rebours connaître
Quel le vaisseau d’une femme doit être.

(Moyen de parvenir.)

Petit salé

(Virmaître, 1894) : Petit enfant.
— Tu ne vas pas faire taire ton salé ; fous-y donc sa gamelle pourqu’il ne chialle plus (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Jeune enfant.

Petit trou (le)

(Delvau, 1864) : La nature de la femme.

Vilaine ! tu prétends faire entrer cela dans ton petit trou ! Je t’en, défie.

La Popelinière.

O petit trou, trou mignard, trou velu,
D’un poil follet mollement crespelu,
Qui, à ton grè, domptes les plus rebelles.

(Cabinet satyrique.)

Petit vase

(Delvau, 1864) : Le con.

Bien connaissez, ami lecteur,
Une espèce de coquillage,
Conque de mer qu’on nomme un pucelage !
Hé bien, de ce vase enchanteur
Tels sont les bords qui de la rose,
Ou plutôt du plus fin corail
Ont la couleur…

Plancher-Valcour.

Petit voltigeur (le)

(Delvau, 1864) : Le membre viril, qui, par ses évolutions habiles et réitérées, fait la joie du corps dans lequel il sert comme engagé volontaire.

Dieux ! qu’il sera beau sous les armes.
Quand l’Amour, ce dieu protecteur.
Mouillera, pour doubler ses charmes,
Le front du petit voltigeur.

Guillemé.

Petit-Bleu

(Fustier, 1889) : Carte-télégramme. V. Omnibus.

Petit-Hôtel

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Lieun où l’on est déposé avant que d’être conduit en prison. Faire une pose au petit-hôtel, être mis au corps-de-garde.

Petit-Mazas (le)

(Rigaud, 1881) : Le passage du Soleil à Clichy-la-Garenne, un des quartiers habités par les chiffonniers, qui se plaisent à donner des noms pittoresques à leurs cités, comme ceux de : La Cité des Vaches, route de la Révolte ; La Fosse-aux-Lions, à Grenelle ; Le Petit-Bicêtre, du côté de la barrière de Fontainebleau ; La Butte-aux-Puces, quartier des Buttes-Chaumont.

Petit-monde

(Larchey, 1865) : Lentille (Vidocq). — Allusion de forme.

Petit-noir

(Rigaud, 1881) : Petit ramoneur.

(Rigaud, 1881) : Mélange de chicorée et de marc de café vendu et 10 centimes le bol.

Quelques ouvriers retardataires fumaient leur pipe en sirotant un petit noir.

(Hennique, La Dévouée.)

Par extension, débit de café pour les ouvriers.

Fonds de commerce à vendre. Crémerie. Petit-noir. Loyer neuf cents francs.

(Petit Journal, du 1er juillet 1880.)

Petit-nommer

(Delvau, 1867) : v. a. Appeler quelqu’un par son petit nom.

Petit-qué

(Boutmy, 1883) : s. m. Le point-virgule ; il est ainsi nommé parce que ce signe (;) remplaçait autrefois le mot latin que dans les manuscrits et les premiers livres imprimés.

Petite bête (chercher la)

(Rigaud, 1881) : Chercher dans une œuvre les fautes de détail ; rechercher les petites erreurs qu’a pu commettre un écrivain.

Petite bière (ce n’est pas de la)

(Rigaud, 1881) : C’est fameux, c’est important, pris dans un sens ironique ; c’est-à-dire : ça n’est pas fameux, ça ne vaut pas grand’chose.

Petite bière (ce n’est pas de la) !

(Delvau, 1867) : Expression de l’argot du peuple qui l’emploie le plus souvent avec ironie, en parlant de choses d’importance ou qu’on veut faire passer pour importantes.

Petite chatte

(Delvau, 1867) : s. f. Drôlesse qui joue avec le cœur des hommes comme une véritable chatte avec une véritable souris, — dans l’argot de M. Henri de Kock, romancier, élève et successeur de son père.

Petite dame

(Delvau, 1864) : Fille ou femme souvent grande, ou tout au moins de taille ordinaire, qui ne se trouve pas dans le cas de la fille de Jephté, pleurant de n’avoir pu perdre sa virginité.

Je suis la patronne de ce bazar, la mère de dix-huit petites dames auxquelles il te sera défendu de toucher, par exemple.

Lemercier de Neuville.

(Delvau, 1867) : s. f. Fille ou femme, grande ou petite, qui depuis plus ou moins de temps, a jeté son bonnet par-dessus les moulins et sa pudeur par-dessus son bonnet et qui fait métier et marchandise de l’amour.

(Rigaud, 1881) : Femme plus ou moins entretenue.

Petite fille

(Delvau, 1867) : s. f. Bouteille. Argot des faubouriens.

(Virmaître, 1894) : Demi-bouteille.
— Viens-tu boire une bouteille ?
— Non, une petite fille surtira (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Demi-bouteille de vin.

Petite flûte (la)

(Delvau, 1864) : Le membre viril, dont savent jouer les Tulou femelles connues sous le nom de suceuses.

Petite maison

(Delvau, 1864) : Bordel particulier qu’avaient, au siècle dernier, aux portes de Paris, les grands seigneurs et les gros financiers : personne n’y baisait qu’eux, et ils y baisaient le plus de filles qu’ils pouvaient.

Mener des fermes de nom
À sa petite maison,
Voilà les belles manières.

Collé.

Petite marine

(Bras-de-Fer, 1829) : Bande de voleurs.

Petite oie (la)

(Delvau, 1864) : Le travail — attrayant — qui précède le coït ; pelotage des couilles de l’homme par la femme, gamahuchage de la femme par l’homme, etc., etc. La petite oie est moins indigeste — pour la pine — que la grande oie : il y a des gens qui s’en contentent — de peur de vérole.

Or, n’est-il pas certain que l’homme qui triche et ceux qui, comme nous, jouissent des plaisirs de la petite oie, pe font rien de plus que ces moines, que ces religieuses, qua tout je qui vit dans lé célibat ? Ceux-ci conservent dans leurs reins, en pure perte, une semence que les premiers répandent on pure perte.

(Thérèse philosophe.)

Elle avait déjà laissé prendre la petite oie à un homme qui la cajolait.

Tallemant des Réaux.

Et il fut maître de ce que nous appelons en France la petite oie.

(La France Galante.)

La petite oie, enfin ce qu’on appelle
En bon français les préludes d’amour.

La Fontaine.

Je ne vis pas dessous la soie
Jambes, cuisses et la petite oie.

Théophile.

Petite-main

(Rigaud, 1881) : Ouvrière fleuriste qui fait les pétales et commence à gaufrer, — dans le jargon des fleuristes.

(Fustier, 1889) : Il est assez difficile de définir exactement ce que, dans l’argot des ateliers, on entend par cette expression. L’exemple suivant le fera comprendre :

Ils n’étaient que sept pour suffire à cela : un homme, un contre-maître, une femme, la monteuse et sept enfants, les petites-mains. On appelle petites-mains des jeunes gens, filles et garçons qui ne sont plus des apprentis et ne sont pas encore des ouvriers. Il y en a beaucoup même qui n’ont jamais été des apprentis et ne seront jamais des ouvriers. On les reconnaît à ceci : qu’ils reçoivent un salaire d’apprenti pour un travail d’ouvrier.

(Fournière : Sans métier.)

Petits cons

(Delvau, 1864) : Synonymes : l’anneau, le bijou, le petit centre, le conin, le conichon, l’hiatus divin, le petit lapin, la pissette, le trou chéri, etc., etc. Voici le pour :

Dans un petit con de jeunesse,
Qui n’entend ruse ni finesse,
Jamais je ne vais que le pas.
Je n’ai à faire aucun partage,
Je laboure tout l’héritage,
Encor ne me suffit-il pas.
[…]
Ces petits cons à grosse motte
Sur qui le poil encor ne flotte.
Sont bien de plus friands boucons ;
Le monde s’en irait grand erre
Si j’étais tout seul sur la terre
Et qu’il n’y eût que des grands cons.

Le Sr de Sygognes.

Le contre :

Les cons si estroits de closture
Mettent un vit à la torture
Et le laissent sans mouvement :
J’aimerais mieux branler la pique
Que de foutre en paralytique :
Le plaisir gît au remûment.
[…]
Foutre des cons de ces pucelles,
Serrés comme des escarcelles,
Où te vit n’est en liberté ;
J’ai dans le con de ma voisine
Ma chambre, antichambre et cuisine,
Logis d’hiver, logis d’été.

Motin.

Petits pains (faire des)

(Delvau, 1867) : Faire l’aimable, le gentil, afin de se rabibocher. Argot des coulisses.

Petits vits

(Delvau, 1864) : Synonymes : l’asticot, la bibite, le fifre, guiguitte, la quéquette, le salsifis, etc., etc.

Ces petits vits desquels l’enflure
À peine garnit l’ouverture
Des cons, voire des plus petits,
Sont haïs de nous autres, filles,
Et les estimons inhabiles
À chatouiller nos appétits.
Ces petits vits à la douzaine
Ne rendent la nature pleine
Et ne donnent jusque au bout ;
Il semble qui l’on nous farfouille
Ou d’un fétu, ou d’une douille :
Il faut égalité partout
[…]
Ils vont vagabonds par la place,
Sans marquer ni chemin ni trace :
Les murs n’approchent nullement,
Le plancher sur leur chef se hausse,
C’est une volupté sans sauce :
Le plaisir vient du frottement.

Le Sr de Sygognes.

Peton

(d’Hautel, 1808) : Diminutif. Petit pied. Il ne se dit que par plaisanterie des pieds des enfans.

Péton

(Rigaud, 1881) : Petit pied. — De jolis petits pétons.

Pétons

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Pieds, — dans l’argot des enfants, des mères et des amoureux.

Petouze

(anon., 1827) : Pistole.

(Bras-de-Fer, 1829) : Pistole.

Pétouze

(Halbert, 1849) : Pistole.

Pétouze, Pitroux

(Rigaud, 1881) : Pistolet, fusil, — dans l’ancien argot.

Pétra

(Delvau, 1867) : s. m. Paysan, homme grossier, — dans l’argot des bourgeois.

Pétras

(d’Hautel, 1808) : Mot vulgaire et trivial qui signifie, balourd, ignorant, grossier personnage.

Pétrifier

(d’Hautel, 1808) : Être pétrifié. Pour, rester stupéfait ; être saisi d’étonnement ; rester en extase.

Pétrin

(d’Hautel, 1808) : Pour, embarras, peine, mauvais état des affaires.
Il s’est mis dans le pétrin jusqu’au cou. Pour, il s’est fourré dans une mauvaise affaire.

(Delvau, 1867) : s. m. Embarras, position fausse ; misère, — dans l’argot du peuple, qui geint alors. Être dans le pétrin jusqu’au cou. Être dans une misère extrême.

Pétrin (être dans le)

(Rigaud, 1881) : Être dans rembarras, dans la gêne.

Pétrir

(d’Hautel, 1808) : Il est pétri de vif-argent. Pour, il est très-vif, très-turbulent ; il se met facilement en colère.
Elle est pétrie de graces. Pour exprimer qu’une femme ou une demoiselle a de l’aisance, de l’amabilité, de la grace dans tous ses mouvemens.

Pétrole

(Rigaud, 1881) : Mauvais vin. — Mauvaise eau-de-vie.

(Virmaître, 1894) : Mauvaise eauvie servie dans les assommoirs. Elle brûle l’estomac (Argot du peuple). N.

Pétroler

(Rigaud, 1881) : Incendier les maisons et les monuments publics au moyen du pétrole comme sous la Commune.

Pétroleur

(Rigaud, 1881) : Marchand de vin, — dans le jargon des ouvriers qui ont à se plaindre des consommations ou à qui le marchand de vin réclame avec acharnement de l’argent.

Pétroleur, Pétroleuse

(Rigaud, 1881) : Incendiaire sous la Commune. Partisan de la Commune.

Pétrousquin

(Delvau, 1867) : s. m. La partie du corps sur laquelle on tombe le plus souvent, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Petzouille. Privat d’Anglemont (Paris-Anecdote) donne à ce mot la signification de Bourgeois, public. Il s’est trompé.

(Rigaud, 1881) : Derrière. Paysan. — Public, dans le jargon des saltimbanques. Entortiller le pétrousquin en faisant la manche, soutirer de l’argent au public en faisant la quête.

(La Rue, 1894) : Le postérieur. Badaud.

(Virmaître, 1894) : La partie du corps sur laquelle on tombe le plus souvent. A. D. Pétrousquin, paysan. Malgré la croyance populaire, le paysan n’est pas aussi cul qu’il le paraît. Ce n’est donc pas de là, que vient l’expression. Pétrousquin, ne viendrait-il pas de Pétrus, avec une finale ajoutée (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Paysan.

(Hayard, 1907) : Paysan.

Petsouille

(Virmaître, 1894) : Cette expression est suffisamment claire. Elle désigne un jardinier habitué à travailler la terre ; elle est un terme de mépris lorsqu’elle est employée vis-à-vis d’un bourgeois (Argot du peuple).

Petzouille

(Rigaud, 1881) : Derrière.

(Rossignol, 1901) : Paysan, campagnard.

(Hayard, 1907) : Même sens — paysan.

Peu

(d’Hautel, 1808) : Si peu que rien. Pour dire, très-peu, excessivement peu.
Peu ou prou ; ni peu ni prou. Pour, peu ou beaucoup ; ni peu ni beaucoup.
Excusez du peu. Se dit ironiquement de quelqu’un qui, quelque chose qu’on fasse, se plaint qu’on ne lui donne pas assez ; se dit aussi dans le même sens, de celui qui trouve qu’on le surcharge d’un ouvrage désagréable.
Il n’y en a pas pour peu. Pour dire, il y en a beaucoup.

Peu (excusez du)

(Larchey, 1865) : Terme ironique pour dire : Excusez l’apparente énormité du chiffre.

Il y avait 25 000 Français par terre… Excusez du peu !

Balzac.

Peu mon neveu (un)

(Rigaud, 1881) : Oui ; je crois bien.

Peuple

(d’Hautel, 1808) : Du petit peuple. Nom de mépris que l’on donne aux artisans, aux ouvriers de la plus basse classe du peuple, qui, cependant, par leur industrie, leurs fatigues et leurs peines, font la fortune de nos gros négocians.
La voix du peuple est la voix de Dieu. Pour dire que le sentiment général, ordinairement, est fondé sur la justice et la vérité.

(Delvau, 1867) : s. m. Public, — dans le même argot [des faubouriens]. Se foutre du peuple. Insulter à l’opinion reçue, accréditée. Un faubourien dit volontiers à un autre, lorsqu’il est molesté par lui ou lorsqu’il en reçoit une blague un peu trop forte : Est-ce que tu te fous du peuple ?

(Delvau, 1867) : s. et adj. Commun, vulgaire, trivial, — dans l’argot des bourgeoises, qui peut-être s’imaginent être sorties de la cuisse de Jupiter ou d’un Montmorency. Être peuple. Dire ou faire des choses de mauvais goût.

Peuple (faire un)

(Fustier, 1889) : Argot des voyous. Faire partie de la figuration dans un théâtre quelconque.

Peuple, du public (se moquer du)

(Larchey, 1865) : Insulter à l’opinion.

Grande colère du père Duchesne contre M. Veto qui se fout du peuple.

1793, Hébert.

Encore fort usité.

Peuplier

(Fustier, 1889) : Gros fragment de tabac.

Peut-être

(d’Hautel, 1808) : Un peut-être empêche de mentir.

Pévéreux

(d’Hautel, 1808) : Pour, pédant, homme fier, hautain, orgueilleux.
Il fait son pévéreux. Pour, il fait le précieux, l’important.

Pèze

(Larchey, 1865) : Argent (Vidocq). — De pesos, monnaie espagnole.

(Rossignol, 1901) : Argent.

(Hayard, 1907) : Argent.

Pèze ou pèse

(Virmaître, 1894) : Argent. L’expression est due à Frédérick-Lemaître. Il jouait avec Clarisse Miroy à la Porte-Saint-Martin sous la direction Harel. Ce dernier n’aimait pas payer ; un soir qu’il était en retard avec les appointements du grand artiste, celui-ci ne voulut pas entrer en scène avant d’être réglé. Il envoya Clarisse à la caisse ; elle en revint peu après avec un énorme sac de pièces de cent sous. Elle le tend il à Frederick.
— Tiens, pèse !
Depuis ce temps, on dit dans le peuple :
— As-tu du pèse ? (Argot du peuple).

Phalange

(Fustier, 1889) : Main.

Ils vous ont des façons étranges,
Pires que des étaux de fer.
De vous écraser les phalanges,
En vous disant : « Bonjour, mon cher ! »

(Frondeur, déc. 1879.)

Phalangekès

(La Rue, 1894) : Doigt.

Pharamineux

(Larchey, 1865) : Éblouissant comme un phare.

(Delvau, 1867) : adj. Étonnant, prodigieux, inouï, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Fameux, merveilleux, éblouissant ; c’est-à-dire lumineux comme un phare.

Pharaon

(Delvau, 1867) : s. m. Roi de n’importe quel pays, — dans l’argot gouailleur des gens de lettres.

Phare

(Delvau, 1867) : s. m. Lampe, — dans l’argot des typographes.

(Rigaud, 1881) : Lampe, — dans le jargon des typographes.

Pharos

(anon., 1827) : Gouverneur d’une ville.

(Bras-de-Fer, 1829) : Gouverneur d’une ville.

(Halbert, 1849) : Gouverneur d’une ville.

(Rigaud, 1881) : Gouvernement. — Ministre. — Préfet et, en général, tous les hauts fonctionnaires ! de l’État, qui, en grand uniforme, sont éblouissants comme des phares, — dans le jargon des voleurs.

Phénomène

(Delvau, 1867) : s. m. Parent qui vient pleurer sur une tombe, ou seulement la visiter, — dans l’argot cruel et philosophique des marbriers de cimetière.

(Rigaud, 1881) : Original.

Philanthrope

(Larchey, 1865) : Filou (Vidocq). — Jeu de mots.

(Delvau, 1867) : s. m. Filou, — dans l’argot des voyous.

(Rigaud, 1881) : Filou, — dans le jargon des voleurs. Et la variante : Philibert. — Jeu de mots par changement de finales.

(La Rue, 1894) : Filou.

Philémon-baucis

(Virmaître, 1894) : Quand deux bourgeois jouent aux dominos, et que l’un d’eux se débarrasse du double-six, il s’écrie en riant :
— Filez mon beau six (Argot des bourgeois).

Philibert

(Rossignol, 1901) : Celui qui fait le Philippe.

Philippe

(Larchey, 1865) : Écu à l’effigie de Louis-Philippe.

On dit que tu as poissé nos philippe.

Balzac.

(Delvau, 1867) : s. m. Pièce décent sous en argent à l’effigie de Louis-Philippe, de Charles X ou de Napoléon, — dans l’argot des faubouriens, qui ont voulu avoir leurs louis comme les gentilshommes.

(Rossignol, 1901) : Celui qui a la spécialité de faire le vol au rendez-moi ou rendem, fait le philippe.

Philippes

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Écus de six francs.

(Bras-de-Fer, 1829) : Écus.

Philistin

(Larchey, 1865) : « À propos, qu’est-ce qu’un Philistin ? — Autrefois, en Grèce, il s’appelait béotien ; on le nomme cokney en Angleterre ; épicier ou Joseph Prud’homme à Paris, et les étudiants d’Allemagne lui ont conféré l’appellation de Philistin. » — Neuville.

(Delvau, 1867) : s. m. Bourgeois, — dans l’argot des romantiques.

(Delvau, 1867) : s. m. Vieil ouvrier abruti, — dans l’argot des tailleurs.

(Rigaud, 1881) : Ouvrier abruti par la boisson, — dans le jargon des tailleurs.

(Fustier, 1889) : Ouvrier tailleur.

Les ouvriers aux pièces, les plus gais, ont la qualification de philistins.

(Henri IV, 1882.)

(La Rue, 1894) : Bourgeois n’aimant ni les arts, ni les lettres.

Philosophe

(Larchey, 1865) : Pauvre. — Philosophie : Misère (Vidocq). — Allusion ironique à la nécessité de la sagesse. — Philosophe : Savate, vieux soulier revenu des vanités de ce monde V. Arpion.

(Delvau, 1867) : s. m. Misérable, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Misérable, — dans l’argot de la police. — Grec opérant sans compère. (L. Larchey) Dans l’argot des grecs, on entend encore, par philosophe, le tricheur qui se contente d’un petit bénéfice et cultive les dupes d’un petit rapport. C’est sous ce nom que les matadors de la Grèce désignent leurs confrères en blouse qui exercent chez les marchands de vin.

(Fustier, 1889) : Argot des lycéens. Élève de la classe de philosophie.

(La Rue, 1894) : Misérable. Grec. Vieux soulier.

Philosophes

(Halbert, 1849) : Souliers.

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Souliers d’occasion, — dans l’argot des ouvriers.

(Rigaud, 1881) : Vieux souliers.

(Virmaître, 1894) : Des souliers. Ils sont bien forcés d’accepter le temps comme il est, boue ou neige, et le pied qui les chausse. On appelle également philosophes des grecs qui opèrent seuls dans les cercles et dans les tripots. Le philosophe d’allumage est celui qui prépare les pontes, qui en ce cas deviennent des pantes (Argot du peuple). N.

(Rossignol, 1901) : Souliers.

Philosophes de neuf-jours

(Delvau, 1867) : Souliers percés.

Philosophie

(Delvau, 1867) : s. f. Misère.

(Rigaud, 1881) : Misère. — Faire sa philosophie, être malheureux, — dans le jargon des déclassés.

(La Rue, 1894) : Misère.

Photo

(Rigaud, 1881) : Photographie. Photographe. — Aller chez le photo ; se payer sa photo.

Photographe

(Rossignol, 1901) : Aide de l’exécuteur qui tient par les oreilles la tête du condamné, lorsqu’il a le cou dans la lunette de la guillotine ; il tire dessus de façon qu’il ne la rentre pas dans les épaules, et que le couteau lui tombe sur le cou. L’aide qui fait habituellement le photographe est en activité depuis quarante ans, ayant débuté à l’âge de 16 ans. Il était précédemment exécuteur en Corse. Il y avait à une époque un bourreau par cour d’appel et, lors de leur suppression, il vint comme aide à Paris où il construisit les guillotines actuelles, les anciennes ayant été brûlées en 1871. Étant le plus ancien et le seul de première classe, il comptait sur la succession de Deibler qui lui revenait de droit, mais le ministre de la Justice a jugé à propos de nommer le plus jeune, arrivé, il y a six ans, d’Algérie, où il était aide de l’exécuteur Rasenœud [NDLR : Rasseneux], nom prédestiné.

Photographier (aller se faire)

(Rigaud, 1881) : Aller se faire f…iche, comme l’écrivait le père Duchêne. Variante adoucie.

Phraseur

(Delvau, 1867) : s. m. Beau diseur de phrases, c’est-à-dire bavard, — dans l’argot du peuple.

Physique

(d’Hautel, 1808) : Il a un drôle de physique. Se dit par ironie d’un homme dont la constitution est bizarre, originale, difforme ; qui a la figure risible et singulièrement contournée.

Piaf

(Larchey, 1865) : Vanité, orgueil (Vidocq). — Au moyen âge. l’homme fastueux était un piafart. V. Roquefort. — Mot expressif : — Le vaniteux piaffe comme un cheval de luxe.

(Rigaud, 1881) : Orgueil, amour-propre. De piaffer ; emprunt au vocabulaire hippique. Le cheval qui piaffe témoigne de l’orgueil à sa manière, un orgueil mêlé d’impatience.

Piaffe

(d’Hautel, 1808) : Hâblerie, fanfaronnade ; éclat emprunté.
Tout en lui n’est que piaffe. Pour, il n’a qu’un luxe imposteur ; tout en lui n’est que faux brillant.

(Delvau, 1867) : s. f. Orgueil, vantardise, esbrouffe.

Piaffeur

(d’Hautel, 1808) : Pompeux, brillant, magnifique ; qui impose par des dehors trompeurs.

Piaffeuse

(Fustier, 1889) : La dernière expression du chic est celle de piaffeuse pour désigner la femme élégante et bien prise dans le harnais de la mode. Le mot n’a rien de désobligeant ; piaffeuse : qui se tient droite et porte beau.

(Gaulois, sept. 1887.)

Piaille

(Rossignol, 1901) : Domicile, maison.

Piailler

(d’Hautel, 1808) : Crier, dire des injures, jeter les hauts cris.

(Delvau, 1867) : v. a. Crier.

Piaillerie

(d’Hautel, 1808) : Criaillerie, clabauderie.

Piailleur

(d’Hautel, 1808) : Celui qui ne fait que piailler ; qui crie pour la moindre chose.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme qui aime à gronder, à crier après les gens. On dit aussi Piaillard.

Pian-pian

(d’Hautel, 1808) : Mots dérivés de l’Italien, et qui signifient tout doucement.
Qui va pian va san, qui va san va long-temps. Signifie que celui qui va doucement va plus loin que celui qui va d’abord trop vivement.

Piane-piane

(Delvau, 1867) : adv. Doucement, piano-piano, — dans l’argot des bourgeois.

Pianiste

(Rigaud, 1881) : Valet de bourreau. Celui qui accompagne le bourreau comme un pianiste accompagne un chanteur ; celui qui joue une partie accessoire dans la représentation de la mort juridique, — dans le jargon des voyous.

(La Rue, 1894) : Valet de bourreau.

Piano

(Rossignol, 1901) : Poèle, cuisinière, ainsi nommé par les chefs de cuisine.

Piano (jouer du)

(Rigaud, 1881) : Trotter d’une manière irrégulière, — dans le jargon des maquignons.

Piano (vendre son)

(Rigaud, 1881) : « Le moindre récit pathétique, une phrase sentimentale, un mottouchant, un mouchoir sur les yeux, une larme et la croix de sa mère, tout cela se traduit par : vendre son piano. Depuis le jour où Bouffé, dans Pauvre Jacques, fit couler des ruisseaux de larmes dans une scène où il est forcé de vendre son piano, les verbes s’attendrir, pleurer, s’apitoyer, larmoyer, etc. ont été remplacés par : vendre son piano. » (J. Dullot.)

Piano du pauvre (le)

(Virmaître, 1894) : Des haricots. Allusion au bruit du lendemain (Argot du peuple).

Pianomane

(Rigaud, 1881) : Infortuné de l’un ou de l’autre sexe atteint de la manie du piano.

La loge Asberg était mélomane, pianomane forcenée, en la personne de sa fille chérie.

(Ch. de Boigue.)

Pianotage

(Rigaud, 1881) : Action de mal jouer du piano.

Pianoter

(Larchey, 1865) : Jouer médiocrement du piano.

On ne devait pas pianoter pendant la nuit.

Balzac.

(Delvau, 1867) : v. n. Toucher du piano, médiocrement ou non, — dans l’argot du peuple, ennemi de cet instrument de bourgeois.

(Rigaud, 1881) : Jouer suffisamment du piano pour se faire plaisir à soi-même et agacer les autres.

Pianoter, Jouer du piano

(Rigaud, 1881) : Filouter, — dans l’argot des voyous.

Pianoteur

(Delvau, 1867) : adj. et s. Amateur qui connaît le piano pour en avoir entendu parler et qui tape dessus comme s’il était sourd — et ses voisins aussi. Au féminin Pianoteuse.

Piasser

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Se coucher.

Piau

(d’Hautel, 1808) : Mot du jargon typographique qui signifie mensonge, bourde, conte fait à plaisir.
Conter sa piau. Causer au lieu de travailler.

(anon., 1827) : Lit.

(Bras-de-Fer, 1829) : Lit.

(Delvau, 1867) : s. f. Mensonge, histoire, blague, — dans l’argot des typographes.

(Rigaud, 1881) : Lit. Pincer le piau, garder, prendre le lit.

Notre auteur a été si fourlour qu’il s’est vu contraint de pincer le piau.

(La Caricature, journal, dessin de Traviès.)

(Rigaud, 1881) : Plaisanterie, charge d’atelier. — Mensonge, — dans le jargon des typographes.

(Boutmy, 1883) : s. f. Conte, plaisanterie incroyable, menterie. Conter une piau, c’est mentir, faire un conte invraisemblable. Nous ne connaissons pas l’origine de cette locution.

(La Rue, 1894) : Lit. Mensonge. Plaisanterie, blague. Piausser, se coucher.

(Virmaître, 1894) : Cette expression est employée dans les ateliers de composition en réponse à une question indiscrète ou ridicule. Piau, c’est tout dire. Quand on ne veut pas répondre, on se contente de dire :
— Il est derrière le poêle chez Cosson. C’est tout.
Si l’insistance est trop grande, on dit :
— Va donc chier dans le cassetin aux apostrophes.
Cette dernière expression est également employée quand un camarade devient riche :
— Il a chié dans le cassetin aux apostrophes.
En ce cas, elle ne sert pas souvent, car nos camarades, les typos, nous ressemblent, le travail ne les enrichit guère (Argot d’imprimerie). N.

Piaulard

(d’Hautel, 1808) : Qui crie, qui pleure toujours. Le peuple prononce pialard.

Piaule

(M.D., 1844) : Maison.

(Halbert, 1849) : Chambre, taverne.

(Virmaître, 1894) : La maison.
— Y a pas, faut rappliquer à la piaule de la dabe, sans ça pas de boulottage à la clé.
Pourquoi piaule ? Delvau dit que c’est une allusion aux nombreux enfants qui piaillent dans la maison. Ne serait-ce pas plutôt à cause du pieu (lit) dont par déformation on a fait piaule ? C’est plus que probable (Argot du peuple).

(Hayard, 1907) : Maison.

Piaule ou Piolle

(Delvau, 1867) : s. f. La maison, le logis, — dans l’argot des voleurs, qui peut-être ont voulu faire allusion aux nombreux enfants qui y piaillent comme autant de moineaux affamés. La piaule a l’air rupin. L’appartement est bon à dévaliser.

Piaule, piolle

(Larchey, 1865) : Taverne. — Du vieux mot piot : vin. V. Roquefort. Ce dernier donne pioller, s’enivrer. V. Artie.

Piauler

(d’Hautel, 1808) : Se dit des enfans qui crient, qui pleurent sans motifs.

Piaulle

(La Rue, 1894) : Maison. Logement. Se piauller, rentrer chez soi.

Piaulle, Piolle

(Rigaud, 1881) : Maison, logement, chambre. — Piauler, dormir.

Piausser

(Bras-de-Fer, 1829) : Se coucher.

(Delvau, 1867) : v. n. Mentir, blaguer, — dans l’argot des typographes.

(Rigaud, 1881) : Se coucher. C’est la variante de pioncer et de piauler, dormir.

(Rigaud, 1881) : Blaguer, mentir, plaisanter, faire des charges, — dans le jargon des typographes. — Piausseur, mauvais plaisant, conteur de bourdes.

(Boutmy, 1883) : v. intr. Dire des piaux, mentir.

Piausser (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Revêtir un vêtement nouveau, une nouvelle peau, — dans l’argot des voyous. Quelques-uns, puristes du ruisseau, disent Peausser.

Piausser ou pioncer

(Halbert, 1849) : Se coucher, dormir.

Piausseur

(Delvau, 1867) : s. m. Menteur, blagueur.

(Boutmy, 1883) : adj. Qui conte des piaux, qui fait des mensonges.

Piautre

(Delvau, 1867) : s. m. Mauvais garnement, — dans l’argot du peuple. Envoyer au piautre. Envoyer au diable. Vieille expression se trouvant dans Rétif de la Bretonne.

Pic (à)

(Delvau, 1867) : adv. A point nommé, à propos, heureusement. Venir ou Tomber à pic. Arriver au moment le plus opportun.

Pic (tomber à)

(Larchey, 1865) : Tomber à point.

Pic en terre

(Clémens, 1840) : Poularde.

Picaillons

(Larchey, 1865) : Écus.

Je lui pinçais ses picaillons.

Robert Macaire, ch., 1836.

J’leur donnerons des picalions. Vive la paix ! Vive la nation !

Chanson poissarde du Consulat. Tourneur fils.

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Pièces de monnaie, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Pièces de cinq francs. — Un certain nombre de pièces de monnaie d’argent. Avoir des picaillons.

Madame Zéphyrin l’aurait plumé, lui aussi s’il avait eu des picaillons.

(Vast-Ricouard, Le Tripot.)

Pichenet

(Delvau, 1867) : s. m. Petit vin de barrière agréable, — dans l’argot des ouvriers.

(Virmaître, 1894) : Petit vin aigre que l’on boit à Argenteuil (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Vin.

Pichet

(Delvau, 1867) : s. m. Litre de vin.

Pichet, Pichnet, Piccolet, Piccolo, Piccolino

(Rigaud, 1881) : Petit vin suret. Vin du pays de Suresnes ou d’Argenteuil, vin d’un pays qui n’a jamais été renommé par ses vignobles.

Pichet, pichnet, piccolo, picton

(La Rue, 1894) : Petit vin suret.

Pick-pocket

(Delvau, 1867) : s. m. Voleur, — dans l’argot des anglomanes et des gens de lettres.

Picorage

(Larchey, 1865) : Vol commis sur la grande route (Vidocq). — Allusion ornithologique.

(Delvau, 1867) : s. m. Travail sur les grandes routes, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Butin provenant d’un vol de grand chemin. (Fr. Michel.) Le picorage n’est autre chose que le grapillage, la maraude, genre de vol pratiqué dans les campagnes au préjudice de la récolte.

Picoreur

(Virmaître, 1894) : Voleur de grands chemins. Le picorage est le vol commis au hasard sur le passant qui est picoré, ou dans les fermes isolées. Le voleur picore comme la poule, dans les armoires ; il y trouve plus de butin que sur le fumier (Argot des voleurs).

Picoterie

(d’Hautel, 1808) : Lardon, trait satirique, raillerie ; mot piquant, et quelquefois offensant.

Picotin

(Delvau, 1867) : s. m. Déjeuner ou souper, — dans l’argot du peuple, qui travaille en effet comme un cheval. Le slang anglais a le mot équivalent dans le même sens (peck). Gagner son picotin. Travailler avec courage.

Picotin d’avoine

(Delvau, 1864) : Ration de sperme que l’homme marié donne plus ou moins fréquemment a sa femme, afin qu’elle n’aille pas se plaindre a ses voisines — et surtout se faire consoler par ses voisins.

Soudain que la gouge on emmanche,
Lui rebailler le picotin,
Si l’instrument ne se démanche.

G. Coquillart.

Picoure

(Halbert, 1849) : Haie ou épine.

(Delvau, 1867) : s. f. Haie, — dans l’argot des voleurs, qui, en leur qualité de vagabonds, ont eu de fréquentes occasions de constater que les oiseaux y viennent picorer. Déflotter la picoure. Voler le linge qui flotte sur les haies. La picoure est fleurie. Le linge sèche sur les haies. On dit aussi Picouse.

Picouse

(Larchey, 1865) : Haie d’épines. V. Défleurir.

(Rigaud, 1881) : Haie. — Défleurir la picouse, voler du linge qui sèche en plein air.

Picouse, picoure

(La Rue, 1894) : Haie. Défleurir la picoure, voler du linge sur les haies.

Pictancher, picter

(La Rue, 1894) : Boire.

Picter

(anon., 1827) : Boire.

(Bras-de-Fer, 1829) : Boire.

(Clémens, 1840) : Boire.

(M.D., 1844) : Boire.

(Halbert, 1849) : Boire.

(Larchey, 1865) : Boire. — De piquette : petit vin. V. Pavillonner.

(Hayard, 1907) : Boire.

Picter ou Pitancher

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Boire.

Picter, Pictonner

(Rigaud, 1881) : Boire. — La picter à la douce et la flancher au frotin, boire, sans se presser, une bouteille de vin et la jouer au billard.

Picton

(anon., 1827) : Boisson.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Boisson.

(Bras-de-Fer, 1829) : Boisson.

(Clémens, 1840) : Vin.

(un détenu, 1846) : Vin.

(Delvau, 1867) : s. m. Vin bleu, sûret, — dans l’argot du peuple, qui se pique la langue et le nez en en buvant, surtout comme il en boit. « Il en boit comme un Poitevin, » dirait un étymologiste en s’appuyant sur les habitudes d’ivrognerie qu’on prête aux Pictones.

(Rigaud, 1881) : Petit vin nouveau.

Vive le picton, Le picton a du bon.

(Louis Huart, Ulysse ou les porcs vengés.)

Un coup d’picton / Moi je m’en fiche / Il faut que j’liche / Un coup d’picton, / J’aime bien mieux l’huil’ que l’ coton.

(B. Dorilas, Un coup de picton.)

Picton, piqueton

(Larchey, 1865) : Vin supérieur à la piquette. — L’un et l’autre mot font allusion à l’effet produit par le vin commun qui picote le palais. V. Biture.

Si l’ancien picton n’est que de la piquette, Espérons ct’année en fair’ de meilleur.

Layale, ch., 1855.

Pictonner

(Delvau, 1867) : v. n. Boire ferme et longtemps. On dit aussi Picter et Pictancer.

Pie

(d’Hautel, 1808) : Jaser comme une pie borgne, comme une pie dénichée. Caqueter, parler beaucoup, faire de propos, des commérages.
Pie grièche. Femme qui a l’humeur maussade, acariâtre. Le peuple dit, par corruption, pégrièche.
Il donne à manger à la pie.
Se dit d’un joueur qui met dans sa poche une partie du gain qu’il a fait au jeu, pour faire croire qu’il a très-peu gagné.

(La Rue, 1894) : Vin. V. Pivois.

Pie-grièche

(Delvau, 1867) : s. f. Femme criarde et querelleuse, — dans l’argot du peuple, qui a souvent le malheur de tomber, comme Trimalcion, sur une Fortunata pica pulvinaris.

Piéçard

(Rigaud, 1881) : Ouvrier qui travaille à ses pièces, — dans le jargon des carrossiers.

Pièce

(d’Hautel, 1808) : Une bonne pièce, une méchante pièce. Se dit en plaisantant d’une personne fine, adroite et rusée, et notamment d’un enfant espiègle.
Il est tout d’une pièce. Pour, il a trop de roideur dans son maintien ; il a l’air gauche et emprunté.
Emporter la pièce. Railler quelqu’un d’une manière outrageante.
Mettre quelqu’un en pièces. Le déchirer par des médisances, des calomnies.
C’est l’ordinaire, c’est la pièce de bœuf. Se dit de quelque chose qui est d’un usage journalier ; d’un ouvrage de longue haleine, que l’on peut suspendre et reprendre à volonté.
Jouer pièce à quelqu’un. Lui faire quelques méchans tours, quelqu’affront.
Il lui donnera la monnoie de sa pièce. Pour, il lui rendra injure pour injure ; mauvais traitement contre mauvais traitement.
Être près de ses pièces. Être mal dans ses affaires ; être dénué d’argent.
On lui a donné la pièce. Pour dire, on lui a donné une petite gratification, un pour-boire.

(Delvau, 1867) : s. m. Lentille, — dans l’argot des voleurs. Ils disent aussi Entière et Petit Monde.

(Rigaud, 1881) : Lentille, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Lentille.

Pièce (bonne)

(Rigaud, 1881) : Mauvais sujet ; par ironie.

Pièce (tuer une)

(Rigaud, 1881) : Abîmer une pièce, — dans le jargon des charpentiers.

Pièce à femmes

(Rigaud, 1881) : Exhibition de femmes sur un théâtre, dans une pièce où les mollets doivent avoir de l’esprit, les épaules de la finesse, et les yeux du jeu.

Pièce à tiroirs

(Delvau, 1867) : s. f. Drame à changements a vue, vaudeville à travestis. Argot des coulisses.

(Rigaud, 1881) : Pièce dans laquelle un acteur change plusieurs fois de rôle. Levassor excellait dans les pièces à tiroirs. Aujourd’hui c’est Brasseur qui a recueilli son héritage.

Pièce à trucs

(Rigaud, 1881) : Féerie, pièce où l’auteur s’efface devant le machiniste.

Pièce d’architecture

(Delvau, 1867) : s. f. Discours en prose ou pièce de vers, — dans l’argot des francs-maçons.

Pièce d’estomac

(Delvau, 1867) : s. f. Amant. — dans l’argot des filles. L’expression a plus d’un siècle.

Pièce d’été

(Delvau, 1867) : s. f. Vaudeville ou drame médiocre, — dans l’argot des comédiens, qui ne jouent leurs bonnes pièces que l’hiver.

Pièce de 4

(Merlin, 1888) : Seringue.

Pièce de bœuf

(Larchey, 1865) : « Grand article de pathos sur les choses du moment qui ouvre les colonnes de Paris. On l’appelle aussi la pièce de résistance. Un excellent journal qui ne servirait pas tous les jours à ses abonnés la pièce de bœuf ne serait pas sûr de réussir. » — 1826, Biog. des Journalistes. — On dit aujourd’hui tartine.

(Delvau, 1867) : s. f. Drame, comédie ou vaudeville où l’on a le plus de succès. Argot des coulisses. On dit aussi Rôle de bœuf.

(Delvau, 1867) : s. f. « Grand article de pathos sur les choses du moment qui ouvre les colonnes de Paris. » Argot des journalistes. On dit aussi Pièce de résistance.

Pièce de dix sous

(Delvau, 1867) : s. f. Le derrière du corps humain, — dans l’argot des troupiers. On dit aussi Double six.

(Virmaître, 1894) : Monnaie affectionnée par les pédérastes. Ils la préfèrent particulièrement quand elle est neuve (Argot du peuple). N.

(Rossignol, 1901) : Voir bocal.

(Hayard, 1907) : Anus.

Pièce de résistance

(Rigaud, 1881) : Premier Paris, article d’en-tête d’un journal, — dans le jargon des journalistes. — Le filet rôti, l’aloyau, la dinde, dans un dîner bourgeois.

Pièce de sept

(Fustier, 1889) : Individu corpulent.

Pièce de six liards

(Rossignol, 1901) : Voir bocal.

Pièce du milieu

(Delvau, 1864) : La nature de la femme, a laquelle l’homme se plaît a substituer son morceau.

Le dieu d’amour se pourrait peindre
Tout aussi grand qu’un autre dieu,
N’était qu’il lui suffit d’atteindre
Jusqu’à la pièce du milieu.

Regnier.

Elle sautait dans le lit sans craindre de montrer ses pièces.

D’Ourville.

Pièce du Pape, Pièce suisse

(Rigaud, 1881) : Femme de mauvaise mine. Les voyous employaient cette expression à l’époque où la convention monétaire n’existait pas entre la France et les États-Romains, entre la France et la Suisse. Les pièces du Pape et les pièces suisses étaient refusées.

Pièce grasse

(Merlin, 1888) : Sobriquet des cuisiniers en pied qui sont loin de briller par la propreté. La pièce grasse, proprement dite, est un morceau d’étoffe, imbibé d’huile et servant à l’entretien du flingot.

(Fustier, 1889) : Argot militaire. Cuisinier.

Pièces (coupeurs de)

(Rigaud, 1881) : « Leur métier consiste à abréger les mélodrames en vogue et les mettre à la portée des théâtres de marionnettes qui courent les foires. Cette mutilation se paye dix francs la pièce. » (Privat d’Anglemont.)

Pied

(d’Hautel, 1808) : Donnez un coup de pied jusqu’à cet endroit. Manière de parler métaphorique, pour engager quelqu’un à se transporter dans un lieu.
Il a un petit pied, mais les grands souliers lui vont bien. Se dit par raillerie d’une personne qui a le pied gros et mal fait, et qui a la prétention de se chausser en pied mignon.
Mettre les pieds dans le plat. Pour, ne plus garder de mesure ; casser les vitres.
J’en ai cent pieds par-dessus la tête. Pour, je suis dégoûté de cette affaire ; je donnerois volontiers tout au diable.
Il a trouvé chaussure à son pied. Pour dire, il a rencontré ce qu’il lui falloit ; et, dans un sens contraire, il a trouvé à qui parler ; quelqu’un qui lui a résisté.
Déferré des quatre pieds. Battu à plattes coutures.
Il se trouvera toujours sur ses pieds. Signifie qu’un homme industrieux et laborieux, quelque chose qui arrive, trouvera toujours de quoi subsister.
Il croit tenir Dieu par les pieds. Se dit pour exagérer le contentement de quelqu’un.
Il a eu un pied de nez. Se dit d’un homme qui a été trompé dans ses espérances ; qui a reçu quelque mortification.
La vache a bon pied. Pour dire qu’un plaideur est riche ; qu’il peut satisfaire aux frais d’un procès.
Elle n’a point de pieds. Se dit d’une chose que l’on attend, et qui n’arrive pas comme on le désire.
Tenir le pied sur la gorge à quelqu’un. Lui faire des propositions déraisonnables ; le tenir avec beaucoup de sévérité.
Il fait cela haut le pied. Pour, d’une manière supérieure, avec habileté, perfection.
Elle sèche sur pied. Se dit d’une personne consumée par le chagrin et la tristesse.
Il voudroit être à cent pieds sous terre. Se dit d’un homme qui est dégoûté de la vie ; qui mène une vie malheureuse.
C’est un pied d’Escaut, un pied plat, un pied poudreux. Se dit d’un misérable, d’un chevalier d’industrie, d’un homme obscur, sans moyens, sans fortune, et qui ne jouit d’aucune considération.
Chercher quelqu’un à pied et à cheval. Le chercher partout.
Faire rage de ses pieds tortus. Intriguer ; se donner beaucoup de mouvement pour la négociation d’une affaire.
Les petits pieds font mal aux grands. Se dit d’une femme qui se trouve souvent mal dans sa grossesse.
Quand on lui donne un pied, il en prend quatre. Se dit d’un homme entreprenant, qui abuse de la liberté qu’on lui a donnée.
Faire le pied de derrière. Saluer avec le pied ; faire des révérences à n’en plus finir.
Faire le pied de grue. C’est-à-dire, le soumis, l’hypocrite, le tartuffe ; s’humilier devant quelqu’un dont on veut tirer parti.
Faire le pied de veau. Flatter, caresser, cajoler quelqu’un qui est puissant ; lui marquer de l’obéissance, de la soumission.
Il ne faut pas lui marcher sur le pied. Se dit d’une personne susceptible qui se pique de la moindre des choses, et que l’on n’offense pas impunément.
Être en pied. Pour dire, être sur ses gardes ; être en mesure ; être en fonds ; être bien dans ses affaires.
Faire pieds neufs. Mettre un enfant au monde ; accoucher.
Mettre quelqu’un au pied du mur. Le réduire au silence ; le confondre ; le mettre hors d’état de répondre.
Au pied de la lettre. Pour dire, à proprement parler.
Des pieds de mouches. On appelle ainsi une écriture mal formée, difficile à lire.
Disputer sur des pieds de mouches. C’est-à dire, sur des bagatelles.
Mettre quelqu’un sur le bon pied. Le contraindre à faire son devoir.
Aller de son pied gaillard. Voyager lestement et sans frais.
Vous êtes encore sur vos pieds. Pour dire, vous êtes encore en état de faire ce qu’il vous plaira.

(Halbert, 1849) : Sol.

(Fustier, 1889) : Part. Ce à quoi on a droit.

Mon pied ! ou je casse ! Ma part ou je te dénonce.

(Humbert : Mon bagne.)

(La Rue, 1894) : Part. En avoir son pied. En avoir suffisamment.

(Hayard, 1907) : Partage.

Pied (avoir son)

(Rossignol, 1901) : Part, compte.

J’ai quatre atouts dans mon jeu, j’ai mon pied.

Pied (donner un coup de)

(Larchey, 1865) : Marcher vivement. — V. d’Hautel, 1808.

Je vais donner un coup de pied jusque dans les salons.

About.

Pied (en avoir son)

(Rigaud, 1881) : En avoir assez.

Pied (être)

(Rigaud, 1881) : Étaler sa bêtise, — dans le jargon des collégiens.

(La Rue, 1894) : Être bête (comme ses pieds).

Pied (ne pas se moucher du)

(Rigaud, 1881) : Être riche, être à son aise. — Faire bien les choses. Chez le peuple on se mouchait et l’on se mouche encore avec le mouchoir de ses cinq doigts ; on secoue le résultat et lorsqu’on est propre on l’essuie avec le pied. Celui qui ne se mouche pas du pied a donc le moyen d’acheter des mouchoirs, un luxe pour beaucoup de gens. L’expression est vieille. On la trouve dans les Turlupinades recueillies et réunies en une comédie par Adrien de Monluc, prince de Chabanois.

La fortune m’a tourné le dos, moy qui avais feu et lieu, pignon sur rue, et une fille belle comme le jour, que nous gardions à un homme qui ne se mouche pas du pied.

(La Comédie des Proverbes.)

Pied bleu

(Larchey, 1865) : Conscrit portant encore les guêtres bleues du paysan.

Le pied bleu ne prête pas longtemps à rire par sa gaucherie.

La Bédollière.

(Delvau, 1867) : s. m. Conscrit, — dans l’argot des troupiers.

Pied de banc

(Delvau, 1867) : s. m. Sergent, — dans le même argot [des troupiers].

(Merlin, 1888) : Sergent. Quatre pieds à un banc, quatre sergents dans une compagnie.

Pied de biche

(Halbert, 1849) : Outil de voleur casseur de portes.

(Virmaître, 1894) : Pince (Argot des voleurs). V. Monseigneur.

(Rossignol, 1901) : Sonnette. Se dit aussi d’une pièce en fer à l’usage des voleurs.

Pied de biche (faire le)

(La Rue, 1894) : Faire une collecte. Mendier à domicile.

Pied de biche (tirer le)

(Rossignol, 1901) : Mendier à domicile.

Pied de cochon

(Larchey, 1865) : Pistolet. — Allusion de forme.

(Delvau, 1867) : s. m. Pistolet.

Pied de Cochon

(Rigaud, 1881) : Pistolet.

Pied de cochon

(Fustier, 1889) : Farce, tromperie. Jouer un pied de cochon à quelqu’un, lui faire une plaisanterie d’un goût douteux.

Pied de Cochon (jouer un)

(Rigaud, 1881) : Mystifier.

Pied de con (un)

(Delvau, 1864) : Un con qui aurait la capacité d’engloutir un vit de douze pouces.

J’ croit ben qu’ la seul’ médecine
Qui pourrait m’guérir tout d’ bon
Et m’empêcher d’ fair’ baton,
Ce s’rait d’fair’ sombrer ma pine,
Capitain’, dans un pied d’con.

G. de la Landelle.

Pied de nez

(Clémens, 1840) : Fait, attrapé.

(Delvau, 1867) : s. m. Polissonnerie des gamins de Paris, que connaissaient déjà les gamins de Pompéi. Faire des pieds de nez à quelqu’un. Se moquer de lui. Avoir un pied de nez. Ne pas trouver ce qu’on cherche ; recevoir de la confusion d’une chose ou d’une personne.

(Delvau, 1867) : s. m. Pièce d’un sou, — dans l’argot des voyous.

(Rigaud, 1881) : Pièce d’un sou.

Pied de vit (un)

(Delvau, 1864) : Un membre de douze pouces. On vous en souhaite. — Va-t’en voir s’ils viennent !

— Alors, dit Cloris tout allègre,
Un pied de mouton au vinaigre
Est bon selon mon appétit.
Mais Charlotte ces mots rehausse :
— J’aime mieux un ton pied de vit ;
Il n’y faut point chercher de sauce.

(Épigramme sur les appétits de quelques dames.)

Sans-bruit, accourez à moi ;
Avec un bon pied-de-roi,
Tous serez tôt secourue.

(Variétés hist. et littér.)

Pied droit (partir du)

(Merlin, 1888) : Contrairement aux principes. Lors de sa libération, le militaire se promet de partir du pied droit de la caserne, c’est-à-dire en narguant cette discipline qui lui est à charge.

Pied-de-biche, charlotte

(La Rue, 1894) : Pince d’effraction.

Pied-de-cochon

(La Rue, 1894) : Pistolet. Mauvais tour que l’on joue à quelqu’un avant de se sauver.

Pied-plat

(Delvau, 1867) : s. m. Homme du peuple ; goujat, — dans l’argot des bourgeois, qui s’imaginent peut-être avoir le fameux cou-de-pied à propos duquel lady Stanhope fit à Lamartine ces prophéties de grandeurs que devait réaliser en partie la révolution de Février.

(La Rue, 1894) : Goujat.

Pieds (avoir avalé ses)

(Rigaud, 1881) : Avoir l’haleine fétide.

Pieds (où mets-tu tes)

(Fustier, 1889) : Locution militaire voulant dire : De quoi te mêles-tu ?

Pieds (se tirer des)

(Rigaud, 1881) : Se sauver, quitter un lieu, une société.

(Merlin, 1888) : S’évader, s’échapper, fuir.

Pieds à dormir debout

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Pieds plats et spatulés. — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Pieds longs et larges.

Pieds attachés ou gelés (avoir les)

(La Rue, 1894) : Ne pas pouvoir ou ne pas vouloir faire une chose commandée ou désirée.

Pieds blancs

(Merlin, 1888) : Fantassins. Allusion à leurs guêtres.

Pieds dans le dos (avoir les)

(La Rue, 1894) : Être suivi par les gendarmes.

Pieds dans le plat (mettre les)

(Rigaud, 1881) : Ne plus garder aucune espèce de ménagements.

Pieds de châlits (avoir les)

(Rigaud, 1881) : Être minutieux ; ne rien laisser traîner, — dans le jargon des troupiers.

Pieds de mouche

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Notes d’un livre, ordinairement imprimés en caractères minuscules, — dans l’argot des typographes. Et, à ce propos, qu’on me permette de rappeler le quiproquo dont les bibliophiles ont été victimes. On avait attribué à Jamet l’aîné, bibliographe, un livre en 6 vol. in-8o, intitulé : Les Pieds de mouche, ou les Nouvelles Noces de Rabelais (V. la France littéraire de 1769). Or, savez-vous, lecteur, ce que c’était que ces nouvelles noces de maître Alcofribas Nasier ? C’étaient les notes — en argot de typographes, pieds de mouche — qui se trouvent dans l’édition de Rabelais de 1732, en 6 vol. pet. in-8o. Faute d’impression au premier abord, et plus tard ânerie dont eût ri François Rabelais à ventre déboutonné.

Pieds de Philoctète

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Pieds fâcheusement sudateurs, — dans l’argot des gens de lettres, qui font allusion à l’empoisonnement de l’île de Lemnos par l’exécuteur testamentaire d’Hercule. Avoir avalé le pied de Philoctète. Avoir une haleine digne du pied du fils de Pœan.

Pieds en avant (sortir les)

(Rigaud, 1881) : Sortir de chez soi dans un cercueil.

Il arriva donc à la maison de Jeoffrin et monta dans la chambre d’où la trépassée ne devait plus sortir que les pieds en avant.

(Hennique.)

Pieds funiculés (avoir les)

(Virmaître, 1894) : Refuser de marcher. Allusion au funiculaire de Belleville qui marche quand il veut (Argot du peuple). N.

Pieds nattés (avoir les)

(Rigaud, 1881) : Ne pas avoir l’intention ou la possibilité de sortir. — Ne pas être disposé à danser, — dans le jargon des soldats de cavalerie. — Alors, comme ça, Mam’zelle a les pieds nattés ?

Pieds-de-biches (polisseur de)

(Hayard, 1907) : Mendiant à domicile.

Pier

(Rigaud, 1881) : Boire, — dans l’ancien argot ; d’où sont venus pionner et pictonner.

Pierre

(d’Hautel, 1808) : Jeter des pierres dans le jardin de quelqu’un. Faire devant lui des reproches qu’il ne peut s’empêcher de s’attribuer.
Du vin à fendre les pierres. Hyperbole, pour dire, que du vin est spiritueux, excellent.
La pierre en est jetée. Pour, il n’est plus temps de changer de résolution : parodie du proverbe latin, alea jacta est.
Trouver des pierres en son chemin.
Pour dire des obstacles, des empêchemens à ce qu’on a dessein de faire.
Une pierre de scandale. Personne ou action qui porte au scandale.
Il ne trouvera pas la pierre philosophale. Se dit par raillerie d’un homme peu intelligent, sans pénétration, et qui fait le bel esprit.

Pierre à affuter

(Virmaître, 1894) : Le pain. En le coupant, cela n’affûte pourtant pas le couteau, mais c’est une allusion au va et vient du couteau sur la pierre à repasser, quand le rémouleur lui donne le fil, ou quand le boucher l’aiguise sur son fusil (Argot du peuple).

Pierre à affûter

(Delvau, 1867) : s. f. Le pain, — dans l’argot des bouchers.

(Rigaud, 1881) : Pain, — dans le jargon des bouchers, et pierre brute, — dans celui des francs-maçons.

(La Rue, 1894) : Pain.

(Rossignol, 1901) : Le pain.

Pierre à décatir

(Delvau, 1867) : s. f. Farce des tailleurs à l’usage de tout nouveau. C’est leur huile de cottrets.

Pierre blanche

(Fustier, 1889) : Échafaud. Guillotine. Allusion aux pierres blanches qui se voient encore sur la place de la Roquette et sur lesquelles reposaient autrefois les montants de la guillotine.

Je sais ce qui m’attend, les trois pierres blanches ou la perpett.

(Gazette des Tribunaux, août 1883.)

Pierre brute

(Delvau, 1867) : s. f. Pain, — dans l’argot des francs-maçons. Ils disent aussi Manne.

Pierre de touche

(Delvau, 1867) : s. f. Confrontation, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Confrontation.

(La Rue, 1894) : Confrontation.

Pierre nu-tête

(Rossignol, 1901) : Voir bogue.

Pierrette

(Rigaud, 1881) : Femelle du pierrot, personnage de carnaval.

Une Pierrette qui se respecte, vois-tu, n’a jamais qu’un pierrot. — À la fois.

(Gavarni.)

Pierreuse

(d’Hautel, 1808) : Prostituée, vile courtisane, raccrocheuse dans le plus bas degré. Ce sobriquet a été donné à ces femmes parce qu’elles font ordinairement leur honteux commerce dans les lieux où l’on bâtit, et où il y a un grand nombre de pierres.

(Larchey, 1865) : « Prostituée qui, même dans sa sphère de turpitudes, est tombée au plus bas degré de l’abjection… elle cherche toujours les ténèbres… Derrière des monceaux de démolition, des tas de pierres, des restes d’édifices en ruines, elle traque l’homme que le hasard amène. » — F. Béraud. — V. d’Hautel, 1808.

(Delvau, 1867) : s. f. Fille ou femme qui, dit F. Béraud, même dans sa sphère de turpitudes, est tombée au plus bas degré de l’abjection. Son nom lui vient de ce qu’elle exerce dans les lieux déserts, derrière des monceaux de démolition, etc.

(Rigaud, 1881) : Misérable prostituée qui rôdaille autour des maisons en construction, aux abords des terrains vagues, sans feu ni lieu, et n’a pour alcôve qu’un amas de graviers. — La pierreuse est souvent doublée d’un macrotin qui se tient à distance et surgit à l’improviste, lorsque le moment de dévaliser le client paraît propice.

(La Rue, 1894) : Prostituée errante.

(Virmaître, 1894) : Fille publique qui bat son quart dans les terrains vagues, où il se trouve plus de cailloux que d’herbe (Argot des souteneurs).

(Hayard, 1907) : Fille publique.

Pierrot

(Larchey, 1865) : Collerette à grands plis comme celle du pierrot des Funambules.

Mme Pochard a vu les doigts mignons d’Anne aplatir sur son corsage les mille plis d’un pierrot taillé dans le dernier goût.

Ricard, 1820.

(Larchey, 1865) : Niais. — Même allusion funambulesque.

Le valet de cantine se fait rincer l’bec par les pierrots.

Wado, Chansons.

(Delvau, 1867) : s. m. Vin blanc, — dans l’argot des faubouriens. Asphyxier le pierrot. Boire un canon de vin blanc.

(Delvau, 1867) : s. m. Collerette à larges plis, du genre de celle que Debureau a rendue classique.

(Delvau, 1867) : s. m. Couche de savon appliquée à l’aide du blaireau sur la figure de quelqu’un, — dans l’argot des coiffeurs, qui emploient ce moyen pour débarbouiller un peu leurs pratiques malpropres, auxquelles ils veulent éviter le masque de crasse que laisserait le passage du rasoir. Le pierrot n’est en usage que dans les faubourgs, où la propreté est une sainte que l’on ne fête pas souvent.

(Rigaud, 1881) : Le mâle de la pierrette, personnage de carnaval.

(Rigaud, 1881) : Au bout d’une année de présence sous les drapeaux, de « bleu » qu’il était, le soldat reçoit le sobriquet de pierrot, qu’il conservera jusqu’à la quatrième année, époque à laquelle il obtient le surnom de « la classe ».

(Merlin, 1888) : Terme injurieux et méprisant ; épithête donnée au mauvais soldat.

(Fustier, 1889) : Argot d’école. Dans les écoles d’arts et métiers on désigne ainsi l’élève de première année.

Les anciens ont tous démissionné. Nous ne sommes plus que des pierrots et des conscrits.

(Univers, 1886.)

Pierrot !

(Delvau, 1867) : Terme de mépris, fréquemment employé par les ouvriers, et qui sert de prologue à beaucoup de rixes, — celui qui est traité de pierrot voulant prouver qu’il a la pince d’un aigle. Les femmes légères emploient aussi ce mot, — mais dans un sens diamétralement opposé au précédent.

Pierrot (un)

(Rigaud, 1881) : Un verre de vin blanc.

Piétiner

(d’Hautel, 1808) : Frapper des pieds contre terre, comme le font ordinairement les enfans quand ils sont en colère.

Piètre

(d’Hautel, 1808) : Mesquin, chétif, triste, abattu, harrassé ; tout ce qui est d’une qualité ou d’une condition médiocre.

(Clémens, 1840) : Jeannot, niais, dont se servent les tireurs de cartes.

(Rigaud, 1881) : Ancien sujet de la Cour des Miracles. Le piètre jouait le rôle de faux boiteux dans la grande comédie des infirmités pour rire. On dit encore en Basse-Normandie piètre, pour boiteux.

(La Rue, 1894) : Compère des tireurs de cartes. Faux estropié.

Piétrerie

(d’Hautel, 1808) : Lâdrerie, mesquinerie, chose vile et méprisable. Le peuple dit par corruption pieutre, pieutrerie.

Piètres

(anon., 1827) : Estropiés.

(Bras-de-Fer, 1829) : Estropiés.

Pieu

(d’Hautel, 1808) : Roide comme un pieu. Se dit d’une personne qui a de la roideur dans son maintien, dans ses manières, entièrement dépourvue de graces.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Lit.

(M.D., 1844) : Un lit.

(un détenu, 1846) : Lit.

(Halbert, 1849) : Lit.

(Larchey, 1865) : Lit. — Allusion à la dureté des lits de bagne, de prison et de corps-de-garde.

On peut enquiller par la venterne de la cambriolle de la larbine qui n’y pionce quelpoique, elle roupille dans le pieu du raze.

(Vidocq).

(Delvau, 1867) : s. m. Lit, couchette, — dans l’argot des faubouriens. Aller au pieu. Aller se coucher. Se coller dans le pieu. Se coucher. Être en route pour le pieu. S’endormir.

(Rigaud, 1881) : Lit ; barre ; traverse. — Rivé au pieu, passionnément épris d’une fille, d’une femme galante ; c’est-à-dire rivé au lit.

Ce mot terrible, dont l’argot a baptisé le lit des sales amours.

(Ed. et J. de Goncourt, Le Vieux Monsieur.)

(Merlin, 1888) : Lit. — Le lit militaire n’a, en effet, rien à envier à la dureté du pieu.

(La Rue, 1894) : Lit.

(Virmaître, 1894) : Le lit. Se fourrer au pieu. Se coller dans le pieu. Allusion à ce que l’on s’y enfonce comme le pieu s’enfonce dans la terre (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Lit.

(Hayard, 1907) : Lit.

Pieu (le)

(Delvau, 1864) : Le membre viril — qu’où enfonce dans ce terrain mouvant qu’on appelle le vagin de la femme.

Jamais mon pieu ne ballotte,
Et sitôt qu’je l’ pousse d’un bord,
Crac ! il se dress’ comme un r’ssort.

G. de la Landelle.

Pieuter

(Rossignol, 1901) : Se coucher.

Pieuvre

(Delvau, 1867) : s. f. Petite dame, femme entretenue, — dans l’argot des gens de lettres, qui disent cela depuis l’apparition des Travailleurs de la mer, où V. Hugo décrit si magistralement le combat de Giliatt contre un poulpe monstrueux. L’analogie est heureuse : jamais les drôlesses n’ont été plus énergiquement caractérisées.

(Rigaud, 1881) : Femme galante. Ainsi désignée en 1866, en souvenir de la pieuvre des Travailleurs de la mer de V. Hugo.

Pieuvrisme

(Delvau, 1867) : s. m. Métier de fille, corruption galante, commerce d’amour.

Pieux

(d’Hautel, 1808) : Mot équivoque et satirique qui signifie qu’une personne sue des pieds, qu’elle exhale une mauvaise odeur.

Pif

(Delvau, 1867) : s. m. Nez, dans l’argot du peuple. N’en déplaise à Francisque Michel qui veut faire ce mot compatriote de Barbey d’Aurevilly, je le crois très parisien. On disait autrefois se piffer de vin, ou seulement se piffer :

On rit, on se piffe, on se gave !

chante Vadé en ses Porcherons. Se piffer de vin, c’est s’empouprer le visage et spécialement le nez, — le pif alors ! On dit aussi Piton.

(La Rue, 1894) : Nez. Vin. Se piffer, s’enivrer.

Pif, paf

(d’Hautel, 1808) : Pour exprimer le bruit que l’on fait, en frappant quelqu’un, en le souffletant, ou le bruit de quelqu’arme à feu que l’on décharge.

Pif, Piffard, Piton

(Rigaud, 1881) : Nez et principalement nez bien en chair et haut en couleur, nez d’ivrogne.

L’aubergine de leur pif.

(A. Pommier, Paris.)

Pif, pivase

(Larchey, 1865) : Nez. — Ce dernier mot donne à penser que pif vient de pivois. Ce serait alors un nez de buveur.

L’autre jour, rue Saint-Martin, Voilà qu’un plaisant gamin le dit, riant aux éclats : C’cadet-là quel pif qu’il a !

Guinad, Ch., 1839.

Piffard

(Delvau, 1867) : s. et adj. Homme d’un nez remarquable, soit par son volume, soit par sa couleur.

Piffe

(Halbert, 1849) : Nez.

Piffer

(un détenu, 1846) : Avoir en horreur, détester.

Piffer (se)

(Rigaud, 1881) : Se bourrer de nourriture ; pour s’empiffrer.

Piffin (Biffin)

(un détenu, 1846) : Chiffonnier.

Piffre

(d’Hautel, 1808) : Un gros piffre. Une grosse piffresse. Se dit par raillerie de personnes excessivement grosses et replettes, et qui mangent goulument.

Pige

(Larchey, 1865) : Année (Vidocq). — Mot à mot : mesure de temps. V. Piger.

(Delvau, 1867) : s. f. Année, — dans l’argot des voleurs.

(Delvau, 1867) : s. f. Défi, — dans l’argot des écoliers. Faire la pige. Se défier à jouer, à courir, etc.

(Delvau, 1867) : s. f. Le nombre de lignes que tout compositeur de journal doit faire dans une heure. Prendre sa pige. Prendre la longueur d’une page, d’une colonne.

(Rigaud, 1881) : Année. — Nombre de lignes qu’un typographe doit composer dans un temps donné.

(Boutmy, 1883) : s. f. Tâche que doivent faire, pour être admis à la commandite, les compositeurs de journaux. La pige est de 30, 35, 40 et 42 lignes à l’heure.

(La Rue, 1894) : Année. La tâche du typographe.

(Virmaître, 1894) : Année. Synonyme de berge (Argot des voleurs).

(Virmaître, 1894) : Expression employée dans les imprimeries pour constater quel est celui des compositeurs qui lève le plus de lignes à l’heure (Argot des imprimeurs).

(Virmaître, 1894) : Employé par les enfants quand ils jouent aux billes ; à l’aide d’une paille ou d’un petit morceau de bois, ils mesurent la distance de la bille la plus près du but pour trancher le différend (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Année.

(Hayard, 1907) : Année.

Pigeon

(d’Hautel, 1808) : Un niais, un sot, un homme simple et crédule, que les fripons attirent dans un piège pour le duper ; l’escroquer.
Plumer le pigeon. Filouter, duper, tromper un homme simple et naturel.
Il ne faut pas laisser de semer, par la crainte des pigeons. Signifie qu’il ne faut abandonner une affaire, pour quelque léger inconvénient qu’on y rencontre ; ni se laisser décourager par les clameurs des sots et des ignorans.

(Clémens, 1840) : Facile à gagner au jeu.

(Delvau, 1864) : Jeune homme innocent, ou vieillard crédule, dont les filles se moquent volontiers, prenant son argent et ne lui laissant pas prendre leur cul, et le renvoyant, plumé a vif, au colombier paternel ou conjugal.

Près de là je vois un pigeon,
Qui se tenait droit comme un jonc,
Le nez au vent et l’âme en peine,
Il regardait d’un air vainqueur,
Ma nymphe qu’avait mal au cœur :
Pour un cœur vierge, quelle aubaine !

Ant. Watripon.

J’lui dit : Ma fille, allons, n’fais pas d’ manière. Et j’ la conduit moi-même au pigeonnier.

(Chanson nouvelle.)

J’ai ma colombe.
— Moi, je tiens mon pigeon.

(les Bohémiens de Paris.)

(Delvau, 1867) : s. m. Homme qui se laisse volontiers duper par les hommes au jeu et par les femmes en amour. Avoir son pigeon. Avoir fait un amant, — dans l’argot des petites dames. Plumer un pigeon. Voler ou ruiner un homme assez candide pour croire à l’honnêteté des hommes et à celle des femmes. On dit aussi Pigeonneau. Le mot est vieux, — comme le vice. Sarrazin (Testament d’une fille d’amour mourante, 1768), dit à propos des amants de son héroïne, Rose Belvue :

…De mes pigeonneaux
Conduisant l’inexpérience,
Je sus, dans le feu des désirs,
Gagner par mes supercheries
Montres, bijoux et pierreries,
Monuments de leurs repentirs.

(Delvau, 1867) : s. m. Acompte sur une pièce à moitié faite, — dans l’argot des vaudevillistes.

(Rigaud, 1881) : Avance sur un livre, sur une pièce de théâtre, — dans le jargon des libraires.

(La Rue, 1894) : Dupe. Acompte. Pigeon voyageur, prostituée exploitant les trains de banlieue.

(Virmaître, 1894) : Homme facile à plumer. Plumer un pigeon, c’est plumer un individu qui a un béguin pour une fille.
— Je tiens mon pigeon, il laissera sa dernière plume dans mon alcôve (Argot des filles).

Pigeon voyageur

(Rigaud, 1881) : Fille publique qui choisit les trains de banlieue pour exercer son industrie. — Le pigeon voyageur va se réfugier de préférence dans un wagon occupé par un monsieur seul… À la première station, le pigeon passe dans un autre wagon, et ainsi de suite. Il y en a qui poussent de la sorte jusqu’à Versailles.

Pigeonner

(Larchey, 1865) : Duper. Le mot est vieux ; la chose est toujours nouvelle.

Un de ceux qui se laissent si facilement pigeonner.

Dialogues de Tahureau, 1585.

(Delvau, 1867) : v. a. Tromper.

(Rigaud, 1881) : Tromper.

Pigeonnier

(Rigaud, 1881) : Le boudoir d’une femme galante.

Pigeons (élever des)

(Rigaud, 1881) : Gagner au jeu l’argent des dupes, vulgo : pigeons, — dans l’argot des grecs. C’est encore tenir une table d’hôte où les imbéciles tombent victimes de leur passion pour le jeu.

Piger

(d’Hautel, 1808) : Terme de jeu, dont les écoliers, les enfans se servent, dans les cas douteux, et qui signifie, disputer, contester entre soi l’avantage de la partie, prétendre être le plus près du but, vouloir l’emporter sur son adversaire.
J’en pige. Pour dire je gagne, je l’emporte, je fais des points dans cette partie.

(un détenu, 1846) : Prendre quelqu’un sur le fait.

(Larchey, 1865) : Mesurer. — La pige est chez les ouvriers un morceau de bois donnant la longueur indiquée par le plan. — Au moyen âge on appelait pigours les fabricants de certaines mesures de capacité ?

(Larchey, 1865) : Considérer, mesurer de œil.

Pige-moi ça, regarde-moi un peu ce chique !

La Bédollière.

(Larchey, 1865) : Saisir. V. d’Hautel, 1808.

(Delvau, 1867) : v. n. Mesurer, — dans l’argot des écoliers lorsqu’ils débutent. On dit aussi Faire la pige.

(Delvau, 1867) : v. a. Prendre ; appréhender au collet, — dans l’argot du peuple. Se faire piger. Se faire arrêter, se faire battre. Signifie aussi S’emparer de… Piger une chaise. Piger un emploi.

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Considérer, contempler, admirer. Piges-tu que c’est beau ? C’est-à-dire : Vois-tu comme c’est beau ?

(Rigaud, 1881) : Prendre, filouter. — Regarder. — Mesurer. — On m’a pigé mon porte-plume. — Je te pige, va ! — Il faut que je pige pour la justification, — en terme de typographe.

(Rigaud, 1881) : Prendre en flagrant délit, — dans le jargon des collégiens. — Le pion m’a pigé à cramer une sèche et m’a collé pour dimanche.

(Rigaud, 1881) : Dépasser, — dans le jargon des canotiers de la Seine. Avec sa périssoire il pige tous les canots.

(Fustier, 1889) : Lutter. Se mesurer avec quelqu’un. « Je ne vois guère que le Président de la République qui pourra piger avec lui, et encore !

(Figaro, 1882.) — Battre.

(La Rue, 1894) : Prendre, filouter. Regarder. Mesurer. Aller plus vite ou faire mieux. Frapper.

Piger la vignette

(Boutmy, 1883) : v. Regarder avec complaisance quelqu’un ou quelque chose de divertissant.

Piges

(un détenu, 1846) : Années.

Piget

(Larchey, 1865) : Château (Vidocq).

(Delvau, 1867) : s. m. Château, — dans l’argot des voleurs.

(La Rue, 1894) : Château.

Piget, Pipet

(Rigaud, 1881) : Château, — dans l’ancien argot.

Pignard

(Larchey, 1865) : Postérieur (id). — Ancien. V. Roquefort, Pigné.

Pignard ou proie

(Halbert, 1849) : Cul, derrière.

Pignocher

(d’Hautel, 1808) : Manger sans appétit, et avec dégoût, tripoter dans son assiette,

(Delvau, 1867) : v. n. Manger avec dégoût, trier les morceaux qu’on a sur son assiette. Argot du peuple. On disait autrefois Épinocher.

(Delvau, 1867) : v. a. Peindre ou dessiner avec un soin méticuleux, — dans l’argot des artistes, ennemis de l’art chinois.

(Fustier, 1889) : Peindre minutieusement. Argot des artistes. — Manger du bout des dents.

Un soir qu’il pignochait des œufs qui sentaient la vesse.

(Huysmans : À vau-l’eau.)

(Virmaître, 1894) : Terme employé dans les ateliers de peintres pour désigner un artiste qui peint à petits coups de pinceau. Il pignoche sa toile. Meissonier était le roi des pignocheurs (Argot des artistes).

Pignocher (se)

(Rigaud, 1881) : Se battre. C’est une variante de se peigner.

(La Rue, 1894) : Se battre.

Pignocheur

(d’Hautel, 1808) : Qui mange sans appétit, qui n’est pas en train, qui se fait violence pour manger.

Pignon

(d’Hautel, 1808) : Avoir pignon sur rue. Avoir une maison à soi ; avoir un magasin, ou une boutique qui donne sur la rue.

Pignouf

(Larchey, 1865) : Chez les cordonniers, le maître s’appelle pontif, l’ouvrier gniaf, et l’apprenti pignouf.

(Larchey, 1865) : Homme grossier, mal élevé.

Cet animal d’Amédée n’a pas le sou. — Prends-en un autre. — Où ça ! tous des pignoufs ici.

1860, À bas le quartier latin.

(Rigaud, 1881) : Apprenti cordonnier. — Grossier personnage, malappris.

En voilà un petit pignouf de calicot, qui m’a fait boire de la groseille quand j’avais demandé du madère !

(G. Lafosse, Petit journal amusant.)

Le Pignouflard, c’est le pignouf dans toute sa beauté, la dernière expression du goujat.

(Fustier, 1889) : Elève reçu à l’École normale, mais qui n’a pas encore subi l’épreuve du canularium. (V. ce mot.)

(La Rue, 1894) : Grossier. Avare. Goujat. Apprenti cordonnier.

(Virmaître, 1894) : Un miché qui pose un lapin à une fille est un pignouf (Argot des filles).

Pignouf ou pignoufle

(Delvau, 1867) : s. m. Paysan, — dans l’argot des voyous. Voyou, — dans l’argot des paysans de la banlieue de Paris. Apprenti, — dans l’argot des ouvriers cordonniers. Homme mal élevé, — dans l’argot de Bréda-Street.

Pigoche

(Delvau, 1867) : s. f. Morceau de cuivre, et ordinairement Écrou avec lequel les gamins font sauter un sou placé par terre, en le frappant sur les bords. Jouer à la pigoche. Faire sauter un sou en l’air. C’est l’enfant qui le fait sauter le plus loin qui a gagné.

Pigrer

(La Rue, 1894) : Voler. Pigrage, vol.

Pigut

(Fustier, 1889) : Argot des lycées. Lieux d’aisances. Piguter, aller aux lieux d’aisances.

Pilche

(Rigaud, 1881) : Étui, — dans l’ancien argot, de l’anglais pilcher, fourreau.

Pile

(d’Hautel, 1808) : N’avoir ni croix ni pile. Être dépourvu, dénué d’argent.

(Delvau, 1867) : s. f. Correction méritée ou non, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Volée de coups de poing et de coups de pied. — Pile sterling, forte pile, tout ce qu’il y a de mieux en fait de pile. — Flanquer une pile que le diable en prendrait les armes, battre avec acharnement.

(La Rue, 1894) : Correction, volée de coups. Valeur de 100 francs.

Pile !

(Delvau, 1867) : Exclamation du même argot [des faubouriens], lorsque quelque chose tombe et se casse.

Pile (en recevoir une)

(Virmaître, 1894) : Être battu à plate couture (Argot du peuple).

Pile (recevoir une)

(Hayard, 1907) : Recevoir une volée.

Pile (une)

(Virmaître, 1894) : Cent francs (Argot des voleurs).

Pile ou face

(Rigaud, 1881) : Exclamation faubourienne usitée lorsque quelqu’un se laisse tomber ou laisse tomber quelque chose.

Piler

(Delvau, 1867) : v. a. Pousser plus ou moins brutalement, — plutôt plus que moins, — dans l’argot des gamins. Signifie aussi Battre.

Piler du poivre

(Larchey, 1865) : Marcher avec la plante des pieds écorchées, en souffrant à chaque pas comme si du poivre pilé brûlait la chair.

(Delvau, 1867) : Avoir des ampoules et marcher sur la pointe des pieds, par suite d’une très longue marche, — dans l’argot du peuple. Se dit également des cavaliers ou amazones novices, par suite d’exercices équestres trop prolongés. S’emploie aussi pour signifier Médire de quelqu’un en son absence, et S’ennuyer à attendre. Faire piler du poivre à quelqu’un. Le jeter plusieurs fois par terre, en le maniant avec aussi peu de précaution qu’un pilon.

(Rigaud, 1881) : Ne pas se tenir d’aplomb à cheval, suivre, à contre-temps, le mouvement du trot, de façon à ce que le postérieur s’enlève de la selle et y retombe avec force, mouvement qui rappelle l’action de piler du poivre dans les mortiers des droguistes.

(Merlin, 1888) : Marquer le pas, ou monter une faction. En cavalerie, enfourcher sans étriers un cheval à réactions dures.

(Virmaître, 1894) : Individu qui a des chaussures neuves qui lui font mal ; il marche sur la pointe des pieds. Il pile du poivre. On dit également :
— Il est dans la prison de Saint-Crépin.
Quand une personne est absente et que l’on médit d’elle, on pile du poivre sur son compte.
On connaît cette anecdote de Tortoni :
Il y avait une vingtaine de journalistes réunis. Chaque fois que l’un s’en allait, aussitôt il était arrangé de belle façon, et ainsi de suite jusqu’au dernier.
Celui-là, en partant, se dit : au moins on ne pilera pas de poivre sur mon compte ; je reste seul.
Le garçon l’accompagna et dit en fermant la porte : — Quel crétin que ce coco-là, il se croit l’égal de Victor Hugo et il est plus bête que trente-six cochons.
Le garçon pilait du poivre.
Faire piler du poivre à quelqu’un :
lui casser la tête sur le pavé (Argot du peuple). N.

Piler le poivre

(Delvau, 1867) : Monter une faction, — dans l’argot des troupiers.

(Rigaud, 1881) : Être en faction, — dans le jargon des troupiers.

Piler ou polir le bitume

(Halbert, 1849) : Se promener pour chercher pratique.

Pilier

(d’Hautel, 1808) : Se frotter au pilier. Prendre les mauvaises habitudes des personnes que l’on fréquente.
Un pilier de cabaret. Ivrogne de profession, qui du matin au soir ne décesse de boire, ne bouge pas du cabaret.
Il a de bons gros piliers. Se dit en plaisantant d’un homme qui a les jambes grosses et massives.

(Halbert, 1849) : Maître de maison de femme.

(Larchey, 1865) : Habitué dont la présence soutient un établissement comme un pilier soutient un plafond.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme qui ne bouge pas plus d’un endroit que si on l’y avait planté. Argot du peuple. Pilier de cabaret. Ivrogne. Pilier d’estaminet. Culotteur de pipes. Pilier de Cour d’assises. Qui a été souvent condamné.

(Rigaud, 1881) : Fidèle habitué d’un endroit. — Pilier de café, pilier de bal public.

(Rigaud, 1881) : Commis. — Pilier de boutanche, commis de magasin. — Pilier de paquelin, commis voyageur. — Pilier du creux, pilier de la boite, chef de maison, patron d’un établissement.

(La Rue, 1894) : Le mari de la matrone au prostibulum.

Pilier de boutanche

(Delvau, 1867) : s. m. Commis, — dans l’argot des voleurs. Pilier de paclin. Commis voyageur. Pilier du creux. Patron, maître du logis.

Pilier de cabaret

(Virmaître, 1894) : Soulard qui ne quille pas le mastroquet. C’est, en effet, une des colonnes de la boutique. Les ménagères emploient souvent cette expression quand leur mari rentre par trop imbibé (Argot du peuple).

Pilier de cour d’assises

(Virmaître, 1894) : Récidiviste qui a subi plusieurs condamnations. Cheval de retour (Argot du peuple).

Pilier de paquelin

(La Rue, 1894) : Faux commis-voyageur exploitant les hôtels de province en se faisant donner par le propriétaire des avances sur de prétendus ballots de marchandise qu’il doit recevoir, et qu’il ne reçoit jamais.

Pilier du creux

(Larchey, 1865) : Maître du logis. — Même allusion. Pilier nous paraît plutôt une forme de pilleur, pillard dans Pilier de boutanche : Commis de boutique, et Pilier de pacquelin : Commis voyageur. Ces deux derniers volent leurs patrons et leurs hôteliers.

Pillard

(d’Hautel, 1808) : Maraudeur, escogrife ; homme qui aime à prendre, plagiaire.

Piller

(d’Hautel, 1808) : Se piller. Se prendre de paroles ; se dire réciproquement des injures.
Pille-moi ça. Se dit pour agacer un chien.

(Boutmy, 1883) : v. intr. Prendre des sortes dans la casse de ses compagnons. C’est voler.

Pillerot

(Fustier, 1889) : Voleur.

Pilleur de boîtes

(Boutmy, 1883) : s. m. Celui qui pille la casse de ses camarades. V. Fricoteur.

Piloche

(Rigaud, 1881) : Dent, — dans le jargon des voleurs.

Pilon

(Rigaud, 1881) : Doigt, — dans le même jargon.

(Fustier, 1889) : Argent. Argot du peuple. Pilonner, tuer pour avoir de l’argent.

(La Rue, 1894) : Doigt.

(Rossignol, 1901) : Mendiant. Le mendiant pilon est celui qui a une jambe de bois.

Pilonner

(Rossignol, 1901) : Mendier.

Pilons

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Les doigts, et spécialement le pouce, — dans le même argot [des voleurs].

Piloter

(Delvau, 1867) : v. a. Conduire, guider, — dans l’argot du peuple.

Pimbèche

(d’Hautel, 1808) : Sobriquet injurieux ; impertinente, sotte bégueule ; précieuse ridicule.

Pimbêche

(Delvau, 1867) : s. f. Femme dédaigneuse, — dans l’argot des bourgeois.

Pimpant

(d’Hautel, 1808) : Faire le pimpant. Terme railleur et plaisant qui signifie faire l’élégant, le faquin, le fringant ; se donner des airs, se carrer ; être recherché dans sa parure.

Pimpelotter (se)

(Larchey, 1865) : Se régaler.

Elle n’haït pas de gobichonner et de se pimpelotter.

La Correctionnelle.

(Delvau, 1867) : S’amuser, rigoler, gobichonner, — dans l’argot des faubouriens.

Pimpions

(Larchey, 1865) : Espèces monnayées. — Au moyen âge, on appelait Pipion une petite monnaie espagnole. Du Cange.

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Pièces de monnaie, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Monnaie, — dans le jargon des voleurs.

Pinçant

(Halbert, 1849) : Ciseaux.

(Rigaud, 1881) : Ciseaux, — dans l’ancien argot.

Pinçants

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Ciseaux, — dans le même argot [des voleurs].

(La Rue, 1894) : Ciseaux.

Pinçard

(Fustier, 1889) : Bon cavalier. Argot des élèves de l’école de Saumur.

Il s’en va de la queue au crâne de la bête,
Tantôt penche à tribord, tantôt penche à bâbord.
S’il est vraiment pinçard, il entre dans le port.
Mais s’il est maladroit, hélas ! pique sa tête.

(Nos farces à Saumur.)

Pinçart

(Rigaud, 1881) : En terme de maréchal-ferrant, un cheval est pinçart quand il marche sur la pince du pied.

Pince

(d’Hautel, 1808) : Il est sujet à la pince. Se dit d’un homme dont la bonne foi est souvent en défaut.
Il craint la pince. Pour il redoute les poursuites de la justice.
Il a de bonnes pinces. Se dit de quelqu’un qui a le poignet fort ; qui sert vigoureusement ce qu’il tient.

(Rigaud, 1881) : Main, — dans le jargon du peuple.

Ne vous essuyez pas la pince à votre mouchoir ou à votre paletot.

(L’art de se conduire dans la société des pauvres bougres.)

Pincé

(Virmaître, 1894) : Être pincé, être pris. Être pincé : être amoureux.
— Je suis pincé pour Nana. Je n’en dors plus.
En pincer pour quelqu’un, c’est avoir un ardent désir (Argot du peuple). N.

(Rossignol, 1901) : Pris, surpris en fautant.

Pince (chaud de la)

(Larchey, 1865) : Débauché. — Corruption de mot.

C’était un chaud de la pince, Qui peuplait dans chaqu’ province L’hospice d’s enfants trouvés.

Festeau.

Pince (tenir à la)

(Rigaud, 1881) : Exercice acrobatique qui consiste à tenir le sommet du crâne de son partner entre les cinq doigts, — dans le jargon des saltimbanques.

Pince sans rire

(d’Hautel, 1808) : Railleur, homme qui, sans avoir l’air d’y toucher, dit des choses piquantes et offensantes.

(Larchey, 1865) : Homme sévère.

Pince-cul

(Larchey, 1865) : Bal public de dernier ordre. — V. Casse-gueule.

Ce bal inouï que l’argot téméraire de ses habitués avait surnommé le pince…

P. Féval.

(Delvau, 1867) : s. m. Bastringue de la dernière catégorie. Argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Bastringue, où les amateurs de la liberté de pincer peuvent prendre du plaisir à pleine main.

Une fille qui respecte sa parentelle peut aller danser au Banquet d’Anacréon : ou aux Mille Colonnes, seulement elle ne va pas au bal Grados. C’est une infamie que ce pince-cul-là !

(Huysmans, Les Sœurs Vatard.)

(La Rue, 1894) : Bal, bastringue de la plus basse catégorie.

(Virmaître, 1894) : Bal de bas étage où l’on pelote la marchandise avant de l’emmener bacher (Argot des souteneurs).

(Rossignol, 1901) : Bal de bas étage.

Pince-dur

(Delvau, 1867) : s. m. Adjudant, — dans l’argot des soldats, qui ont la mémoire des punitions subies.

(Rigaud, 1881) : Adjudant sous-officier.

Pince-loque

(Halbert, 1849) : Aiguille.

Pince-loques

(Virmaître, 1894) : Aiguille, l’aiguille, en effet, sert à repriser les loques, à les raccommoder. Elle rapproche les trous, elle les pince (Argot des voleurs).

Pince-maille

(d’Hautel, 1808) : Avare, pauvre hère ; celui qui vit misérablement.

Pince-sans-rire

(Delvau, 1867) : s. m. Homme caustique, qui blesse les gens sans avoir l’air d’y toucher, ou qui dit les choses les plus bouffonnes sans se dérider. On dit aussi Monsieur Pince-sans-rire.

(Delvau, 1867) : s. m. Agent de police, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Agent de police, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Agent de police.

Pinceau

(d’Hautel, 1808) : On lui a donné un vilain coup de pinceau. Se dit d’un homme contre lequel on s’est permis quelque satire, que l’on a tourné en ridicule.

(Larchey, 1865) : Balai. — Allusion de forme. — V. Giberne.

Les hommes de corvée sont tous là prêts le pinceau eu main, je veux dire le balai en joue.

Vidal, 1833.

(Delvau, 1867) : s. m. Plume a écrire, — dans l’argot des francsmaçons.

(Delvau, 1867) : s. m. La main ou le pied, — dans l’argot des faubouriens, qui ont entendu parler du peintre Ducornet. Détacher un coup de pinceau. Donner un soufflet.

(Delvau, 1867) : s. m. Balai, — dans l’argot des troupiers.

(Rigaud, 1881) : Balai, — dans le jargon du régiment. — Voyons voir, administrez un coup de pinceau, et là, vivement !

(Merlin, 1888) : Balai.

(La Rue, 1894) : Balai. Pied.

(Virmaître, 1894) : Balai.
— Quel riche coup de pinceau (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Balai.

(Hayard, 1907) : Balai.

Pinceau (faire)

(Rigaud, 1881) : Peindre sa flamme sur la porte du temple de Cythère avec le pinceau de l’amour.

Pincer

(d’Hautel, 1808) : On l’a pincé. Pour dire on s’est saisi de sa personne ; on l’a incarcéré.
Pincer sans rire. Piquer, offenser quelqu’un sans avoir l’air d’y penser.

(anon., 1827) : Prendre.

(Bras-de-Fer, 1829) : Prendre.

(Clémens, 1840) : Arrêter.

(Halbert, 1849) : Prendre.

(Larchey, 1865) : Arrêter.

Nomme l’coupable, qu’on l’pince

1813, Désaugiers.

En pincer : Avoir du goût.

Comm’ j’en pince pour le spectacle, j’vas souvent z’à la Gaîté.

1809, Brazier.

On dit par extension en pincer pour Mme X : Aimer Mme X.

(Larchey, 1865) : Exécuter.

En revenant. je pinçais la chansonnette.

Ricard.

Le professeur nous pinçait une nuance de cancan véritablement inédite.

L. Reybaud.

(Delvau, 1867) : v. n. Être vif, — dans l’argot du peuple. Cela pince dur. Il fait très froid.

(Delvau, 1867) : v. a. Voler, filouter, — dans l’argot des faubouriens.

(Delvau, 1867) : v. a. Prendre sur le fait, arrêter. Pincer au demi-cercle. Arrêter quelqu’un, débiteur ou ennemi, que l’on guettait depuis longtemps.

(Delvau, 1867) : v. a. Exécuter. Pincer le cancan. Le danser. Pincer de la guitare. En jouer. Pincer la chansonnette. Chanter.

(Rigaud, 1881) : Filouter. — Exécuter. — Pincer le cancan, danser le cancan. — Pincer de la guitare, pincer de la harpe, être sous les verrous.

(La Rue, 1894) : Filouter. Exécuter. Arrêter sur le fait. Pincer de la harpe. Être en prison. V. Harpe.

Pincer (en)

(Rigaud, 1881) : Faire partie de, en être, — dans le jargon des voleurs.

Quand je vous récidive qu’on en pince et dur.

(P. Mahalin, Les Monstres de Paris.)

Pincer de la guitare

(Delvau, 1867) : v. n. Être prisonnier, — par allusion à l’habitude qu’ont les détenus d’étendre les mains sur les barreaux de leur prison ou sur le treillage en fer du parloir grillé. On dit aussi pincer de la harpe.

(Virmaître, 1894) : Toutes les fenêtres des cellules des prisonniers sont garnies de barreaux de fer. Ils pincent de la guitare avec les barreaux. Allusion aux cordes de la guitare (Argot des voleurs).

Pincer des frétillantes

(Virmaître, 1894) : Danser. L’image est jolie, les jambes frétillent. Quand la Goulue pince des frétillantes dans un cavalier seul distingué, elle pince le pas du hareng saur en détresse (Argot du peuple).

Pincer le cul

(Delvau, 1864) : Aimer à prendre à belles mains les fesses d’une femme, — où d’un homme quand on est pédéraste.

Il lui pince amoureusement le cul.

H. Monnier.

Godefroy, la nuit, après boire,
Pinça le cul, sournoisement
À Renaud encor presque imberbe.

B. de Maurice.

Pincer pour (en)

(Rigaud, 1881) : Être épris de, être amoureux de. — J’en pince dur pour la blonde du second.

Pincer un coup de sirop

(Delvau, 1867) : v. a. Boire à s’en griser un peu, — dans l’argot des faubouriens.

Pincer, rattraper au demi-cercle

(Larchey, 1865) : Prendre à l’improviste. — Terme d’escrime.

Pinces (les)

(Hayard, 1907) : Les mains.

Pincette

(d’Hautel, 1808) : Baiser en pincette ou à la pincette. Serrer doucement avec les doigts, les joues de la personne que l’on veut embrasser.

Pincette (baiser à la)

(Rigaud, 1881) : Baiser que donnent les enfants en pinçant de chaque main les joues de la personne qu’ils embrassent.

Pincettes

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Mouchettes, — dans l’argot des francs-maçons, qui disent aussi Pinces.

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Les jambes, — surtout lorsqu’elles sont longues et maigres. Argot des faubouriens.

(Virmaître, 1894) : Jambes, quand elles sont minces.
— Tu fais sécher les bas sur des pincettes (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Les jambes.

Pincettes (se tirer les)

(Rigaud, 1881) : Décamper. Les pincettes, ce sont les jambes, qui ont fourni à l’argot un assez joli contingent de transformations.

Pinchard

(Delvau, 1867) : s. m. Siège pliant, — dans l’argot des artistes.

Pinchard, e

(Delvau, 1867) : adj. De mauvais goût, un peu canaille, — dans l’argot des gens de lettres. Se dit surtout à propos de la Voix de certaines filles habituées à parler haut dans les soupers de garçons.

Pine

(Delvau, 1864) : L’outil masculin, l’engin avec lequel l’humanité pine et se perpétua. On n’ose pas prononcer le mot, mais on adore la chose, et il n’est pas de rêve de jeune fille qui ne soit agréablement troublé par ce dieu qui n’a pas encore trouvé d’athée. Pine vient, soit du grec πηνη, corde, soit du latin pénis, queue, soit du français pénil.

L’autre la nommait sa pine.

Rabelais.

En notre troupe il y avait un prêtre breton qui avait la pine si offensée.

(Moyen de parvenir.)

Ton valet a mal à la pine,
Ton anus est en désarroi,
Fort aisément je m’imagine
Ce qu’il a pu faire avec toi.

(Épigrammes.)

Elle me dit qu’elle était fort étonnée qu’à mon âge je ne fusse pas plus instruite que cela sur le pinage, et qus si je voulais être discrète, elle m’instruirait parfaitement.

(Anaïs.)

Pour lors, un bracquemard du plus fort calibre la finit et la venge cinq ou six fois de l’insuffisante pinette qui vient de l’émoustiller.

(Les Aphrodites.)

Attends que je défasse tout cela : nous verrons la pine après.

La Popelinière.

… Piner est le mot des maçons.

L. Protat.

Dieu…
Pour les sétons et les cautères
Il fit les pois,
Et pour les pines solitaires
Il fit les doigts,

(Parnasse satyrique.)

Pinet

(Halbert, 1849) : Denier.

Pingaud

(Hayard, 1907) : Joli, élégant, poli, bien élevé.

Pingaud (il est)

(Virmaître, 1894) : Il est joli, bien élevé.
— Ah ! Madame, le joli enfant que vous avez là.
— Fais voir à Madame que tu es pingaud ; souhaite-lui le bonjour.
— Est-ce que je la connais, c’te vache-là.
— Oh ! c’est y Dieu possible, un enfant que j’ai porté neuf mois dans mon sein…
— Fous-moi le cul dans ta hotte, tu me porteras trois mois de plus ; ça fera un an (Argot du peuple).

Pingouin

(Rigaud, 1881) : Public, — dans le jargon des saltimbanques. Pingouin maigre, public peu nombreux, pingouin gras, public nombreux.

Vois-tu le pingouin, comme il s’allume ?… ça n’est rien… À la reprise je vas l’incendier.

(E. Sue, Les Misères des Enfants-Trouvés.)

(Fustier, 1889) : Terme injurieux. Synonyme d’imbécile, de propre à rien.

(La Rue, 1894) : Public.

Pingre

(d’Hautel, 1808) : Un pingre. Pour dire un avare, un homme parcimonieux et intéressé ; un ladre, un fesse mathieu.

(Halbert, 1849) : Pauvre, avare. On dit aussi Arca.

(Delvau, 1867) : s. et adj. Avare ; homme qui pousse l’économie jusqu’au vice. Argot du peuple. Signifie aussi Voleur.

(Virmaître, 1894) : Avare qui rapine sur tout. Le roi des pingres était un nommé Crétin, un des plus riches propriétaires de Lyon ; il déchirait les marges blanches des affiches apposées sur les murs, pour en faire des quittances pour toucher ses loyers. Quand il pleuvait, il lâchait ses poules dans les champs ; elles lui rapportaient à leurs pattes la terre du voisin ! (Argot du peuple).

(Hayard, 1907) : Avare.

Pingrerie

(d’Hautel, 1808) : Vilenie, lâdrerie, intérêt bas et sordide.

(Delvau, 1867) : s. f. Ladrerie.

Pinos

(anon., 1827) : Des deniers.

(Bras-de-Fer, 1829) : Des deniers.

(Halbert, 1849) : Des deniers.

Pinte

(d’Hautel, 1808) : Je donnerois une pinte de mon sang pour lui. Pour exprimer l’extrême attachement qu’on a pour quelqu’un.
Mettre pinte sur chopine. Boire à coups redoublés ; s’enivrer.
Il n’y a que la première pinte qui coûte. Pour dire que dans les plus petites affaires comme dans les plus grandes, il n’y a que le commencement qui donne de la peine.

Pinter

(d’Hautel, 1808) : Ivrogner, ribotter, faire débauche de vin.

(Delvau, 1867) : v. n. Boire abondamment.

(Rigaud, 1881) : Boire. Pinte-à-mort.

Pinxit

(Delvau, 1867) : s. m. Peintre, — dans l’argot des artistes, qui font ainsi allusion au verbe latin qu’ils ajoutent toujours à leur nom au bas de leurs toiles.

Pioche

(Larchey, 1865) : Travail opiniâtre. V. Bûche.

Les cours cessent au mois de juillet ; le temps de pioche commence.

La Bédollière.

(Delvau, 1867) : s. f. Le no 7, — dans l’argot des joueurs de loto.

(Delvau, 1867) : s. f. Fourchette, — dans l’argot des francs-maçons.

(Delvau, 1867) : s. f. Travail, besogne quelconque, — dans l’argot des ouvriers. Se mettre à la pioche. Travailler.

(Delvau, 1867) : s. f. Étude, apprentissage de la science des mathématiques, — dans l’argot des Polytechniciens. Temps de pioche. Les quinze jours qui précèdent les interrogations générales et pendant lesquels les élèves repassent soigneusement l’analyse, la géométrie et la mécanique.

(Rigaud, 1881) : Voleur à la tire.

Pioche (être)

(Delvau, 1867) : Être bête comme une pioche, — dans l’argot du peuple.

Piocher

(d’Hautel, 1808) : Pour travailler avec ardeur, avec assiduité.

(Larchey, 1865) : Travailler assidûment. V. d’Hautel, 1808.

Tu peux piocher douze heures par jour… une colonne de feuilleton par heure.

L. Reybaud.

(Larchey, 1865) : Battre.

Je te pioche, je te fais danser la malaisée.

Paillet.

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Étudier avec ardeur, se préparer sérieusement à passer ses examens, — dans l’argot des étudiants. Piocher son examen. Se préparer à le bien passer.

(Delvau, 1867) : v. n. Avoir recours au tas, — dans l’argot des joueurs de dominos, dont la main fouille ce tas. On dit aussi Aller à la pioche.

(Delvau, 1867) : v. a. Battre, donner des coups à quelqu’un, — dans l’argot des faubouriens. Se piocher. Se battre.

(Rigaud, 1881) : Travailler avec ardeur. — Battre. — Voler à la tire.

(La Rue, 1894) : Voler à la tire. Battre. Travailler avec ardeur. La pioche, le travail.

(Virmaître, 1894) : Travailler dur et ferme.
— Je pioche mon examen.
Piocher est synonyme de fouiller.
Allusion à l’ouvrier qui fouille la terre en la piochant (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Beaucoup travailler.

Piocher, Jouer la pioche

(Rigaud, 1881) : Avoir recours au talon, chaque fois qu’un domino demandé manque à l’appel.

Piocheur

(d’Hautel, 1808) : Ouvrier qui fait beaucoup d’ouvrage ; qui travaille à bride abattue, et souvent à dessein de rattraper le temps perdu.

(Larchey, 1865) : « Les professeurs établissent deux catégories, celle des élèves forts dans leurs classes, des travailleurs, et celle des faibles qu’on flétrit du nom de paresseux (en style technique, les piocheurs et les cancres). » — H. Rolland.

(Larchey, 1865) : Homme travailleur et judicieux.

Le Piocheur. Celui-ci a pris la carrière au sérieux, il étudie les choses, les hommes, les affaires.

Balzac.

(Delvau, 1867) : s. m. Étudiant qui se préoccupe plus de ses examens que de Bullier, et des cours de l’École que des demoiselles des bastringues du quartier.

(Rigaud, 1881) : Travailleur sérieux.

Piole

(Clémens, 1840) : Boutique.

Piôle

(Hayard, 1907) : Maison.

Pioler

(Halbert, 1849) : Tavernier.

Piolet

(Halbert, 1849) : Gobelet.

Pioleur, probloque

(La Rue, 1894) : Propriétaire.

Piolier

(La Rue, 1894) : Tavernier. Hôtelier.

Piolle

(anon., 1827) : Cabaret, taverne.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Cabaret.

(Bras-de-Fer, 1829) : Cabaret, taverne.

(un détenu, 1846) : Maison.

(Rigaud, 1881) : Cabaret. — Hôtel garni à la nuit, — dans le jargon des voyous. — Piollier, piollière, cabaretier, cabaretière, logeur à la nuit.

Piollier

(anon., 1827) : Tavernier.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Cabaretier.

(Bras-de-Fer, 1829) : Cabaretier.

Pion

(d’Hautel, 1808) : Damer le pion à quelqu’un. Lui jouer quelque mauvais tour, le supplanter dans une affaire ; l’emporter sur lui avec une supériorité marquée, le contraindre à céder ; le forcer à s’avouer vaincu.

(Halbert, 1849) : Ivre.

(Delvau, 1867) : s. m. Maître d’études, — dans l’argot des collégiens, qui le font marcher raide, cet âge étant sans pitié.

(Rigaud, 1881) : Ivre ; de pier, boire. Être pion, être gris.

(Rigaud, 1881) : Maître d’étude. Le souffre-douleur d’un collège, d’un pensionnat. La plupartdu temps, c’est un pauvre diable de bacho qui pioche un examen en faisant la classe, en menant les élèves à la promenade, en allant les conduire au lycée.

Quelle est l’étymologie du mot pion ? Un collégien nous fait savoir que généralement on le considère comme un diminutif d’espion

(Albanès, Mystère du collège.)

(La Rue, 1894) : Maître d’études. Être pion, être ivre.

Pion (être)

(Delvau, 1867) : Avoir bu, être ivre-mort, — dans l’argot des typographes.

Pionçage

(Rigaud, 1881) : Sommeil. De pioncer dormir. Un fort pionçage, un sommeil prolongé.

Pionce

(Delvau, 1867) : s. f. Sommeil, — dans l’argot des faubouriens.

Pioncer

(anon., 1827) : Dormir.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Dormir.

(Bras-de-Fer, 1829) : Dormir.

(M.D., 1844) : Dormir.

(un détenu, 1846) : Dormir. — Pionçage, sommeil.

(Larchey, 1865) : Dormir. — De pieu : lit.

Nous nous sommes mis à pioncer, nous ne pensions plus à l’appel.

Vidal, 1833. — V. Boc.

(Delvau, 1867) : v. n. Dormir.

(Rigaud, 1881) : Dormir.

(Merlin, 1888) : Dormir.

(La Rue, 1894) : Dormir.

(Virmaître, 1894) : Dormir à poings fermés (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Dormir.

(Hayard, 1907) : Dormir.

Pionceur

(Delvau, 1867) : adj. et s. Homme qui aime à dormir.

Pionne

(Rigaud, 1881) : Sous-maîtresse, souffre-douleur d’un pensionnat de demoiselles.

Pionser

(Clémens, 1840) : Coucher dormir.

Pionville

(M.D., 1844) : Être en ribotte.

Piot

(d’Hautel, 1808) : Pour vin. C’est un gaillard qui aime le piot. Se dit d’un homme qui a le défaut de boire ; qui est enclin à l’ivrognerie.

Piote

(Rigaud, 1881) : Insulte de cavalier à fantassin.

Piou

(Delvau, 1867) : s. m. Soldat. On dit plutôt Pioupiou.

Piou, pioupiou

(Larchey, 1865) : Soldat du centre. — Corruption du vieux mot pion : fantassin. V. Roquefort.

Militairement parlant, le pioupiou, comme l’euphonie de ce nom semble l’indiquer, est au jean-jean et au tourlourou ce que musicalement parlant le demi-ton est à deux tons naturels qui se suivent dans l’ordre de la gamme.

M. Saint-Hilaire, 1841.

Hier, la cuisinière de mon propriétaire a fait tourner son lait et la tête d’un pioupiou.

Commerson.

Pioupiou

(Rigaud, 1881) : Soldat d’infanterie.

L’uniforme blanc des gardes-françaises rappelait un peu leur costume, (le costume des Pierrots) aussi le populaire appelait-il ces soldats « des Pierrots… ». De plus, lorsqu’ils (les Parisiens) voyaient passer un garde-française : — Pioupiou, criaient-ils. Cette moquerie eut pour résultat de faire donner le sobriquet de pioupiou aux soldats de l’infanterie française.

(Aug. Challamel.)

(La Rue, 1894) : Soldat d’infanterie de ligne.

Pioupou ou piou

(Merlin, 1888) : Fantassin. — M. Francisque Michel fait dériver ce mot de pion, vieux mot français qui signifiait soldat d’infanterie.

Piouvilé

(M.D., 1844) : S’être enivré.

Pipe

(d’Hautel, 1808) : Fumer sans pipe. Avoir un dépit secret, enrager en soi-même.
Il ne vaut pas une pipe de tabac. Se dit d’une personne médiocre en toutes choses, et pour laquelle on n’a aucune espèce de considération.

(Delvau, 1867) : s. f. Tête, visage.

Ils dis’nt en la voyant picter :
Sa pipe enfin commence à s’culotter !

dit une chanson qui court les rues.

(Rossignol, 1901) : Faire une cigarette est faire une pipe.

As-tu une pipe à me donner, je n’ai plus de tabac.

Pipé

(Delvau, 1867) : s. m. Château, — dans l’argot des voleurs.

(La Rue, 1894) : Découvert.

(Virmaître, 1894) : Château. Il est presque impossible de trouver le pourquoi des principales expressions employées par les voleurs pour désigner des choses spéciales, telles que bergerie, grange, ferme, etc., etc. J’en ai questionné un certain nombre, tous m’ont répondu :
— Ça s’appelle comme ça, voilà tout (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Voir pincé.

Pipe (c’est bon dans la)

(Rigaud, 1881) : Ça augmente le bien-être, ça améliore la situation, — dans le jargon des troupiers. C’est l’équivalent militaire du : Ça met du beurre dans les épinards.

Pipe (casser ou débourrer sa)

(Merlin, 1888) : Mourir.

Pipe (casser sa)

(Larchey, 1865) : Mourir. — Ceux qui sont morts ne fument plus.

Papa avait beaucoup de blessures, et un jour il cassa sa pipe, comme on dit au régiment.

Méry.

(Rigaud, 1881) : Mourir. Les morts ne fument plus… que la terre. — Cette expression a, sans doute, été consacrée par le peuple qui a voulu faire une vulgaire allusion à un usage emprunté au cérémonial des funérailles des évêques. D’après le cérémonial, la crosse d’un évêque mort est brisée et figure placée sur un coussin, dans le cortège funèbre.

On placé aux pieds du prélat (Mgr Dupanloup), sur un second coussin cramoisi, la crosse brisée en trois tronçons.

(Figaro, du 24 octobre 1878, funérailles de Mgr Dupanloup.)

Nous avons prédit cent fois pour une que Dupanloup briserait sa crosse sans être cardinal.

(Tam-Tam, du 20 octobre 1878.)

Pipe (fumer sans)

(Rigaud, 1881) : Être en colère. — S’impatienter.

Pipe (tête de)

(Virmaître, 1894) : La tête. Allusion à ce que la plupart de nos grands hommes ont eu l’honneur d’être moulés en terre de pipe et fumés par le peuple, culottés quelquefois. Il existe une chanson sur ce sujet :

Ils disent en le voyant picter
Sa pipe enfin commence à s’culotter.

Ou dit d’un individu grotesque qu’il a une tête de pipe (Argot du peuple).

Pipe (une)

(Merlin, 1888) : Saxophone recourbé.

Pipée

(d’Hautel, 1808) : Prendre à la pipée. Surprendre avec adresse et fourberie ; attrapper, duper quelqu’un.

Pipelet

(Larchey, 1865) : Portier. Du nom d’un portier ridicule des Mystères de Paris.

Si vous avez un mauvais portier, envoyez-le-moi : je suis le grand redresseur de torts, le Cabrion des pipelets.

Privat d’Anglemont.

Chapeau Pipelet : Chapeau tromblon. — Même origine.

(Delvau, 1867) : s. m. Concierge, — dans l’argot du peuple, qui emploie cette expression, qui est une injure, depuis la publication des Mystères de Paris d’Eugène Sue. Chapeau-Pipelet. Chapeau de forme très évasée par le haut, comme en porte, dans le roman d’Eugène Sue, la victime de Cabrion.

Pipelet, lourdier

(La Rue, 1894) : Concierge.

Pipelet, Pipelette

(Rigaud, 1881) : Portier, portière. Pipelet est le nom célèbre d’un des personnages des Mystères de Paris, portier typique qui, depuis le succès de ce roman d’Eugène Sue, a servi de parrain à MM. les concierges.

Piper

(d’Hautel, 1808) : Pour tromper, filouter, escroquer.

(Larchey, 1865) : Fumer la pipe.

Il me semble qu’on a pipé ici.

Gavarni.

(Delvau, 1867) : v. n. Fumer la pipe ou le cigare.

(Rigaud, 1881) : Fumer la pipe, le cigare ou la cigarette. — Piper, comme un Turc, fumer beaucoup.

(Rossignol, 1901) : Fumer.

Piperie

(d’Hautel, 1808) : Tromperie, tricherie, volerie au jeu.

Pipet

(anon., 1827) : Château.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Château.

(Bras-de-Fer, 1829) : Château.

(Halbert, 1849) : Château.

Pipeur

(d’Hautel, 1808) : Escroc, filou, qui trompe au jeu.

Pipi

(Delvau, 1867) : s. m. Résultat du verbe meiere, — dans l’argot des enfants. Faire pipi. Meiere.

Pipit

(Delvau, 1867) : s. m. L’alouette, — dans l’argot des paysans de la banlieue de Paris.

Piposse

(Rossignol, 1901) : Mot hébreu qui veut dire bogue ; on le prononce le plus souvent en argot de boucher lipospaime.

Pipot

(Rigaud, 1881) : Élève de l’École polytechnique.

Piquage (faire un)

(Rigaud, 1881) : Voler du vin ou de l’alcool à l’aide d’un trou pratiqué dans la barrique ; genre de vol en usage chez certains camionneurs, chez certains employés des chemins de fer ; moyen économique de se saouler sans passer par le marchand de vin.

Piquante

(M.D., 1844) : Une fourchette.

(Larchey, 1865) : Épingle (Vidocq). — Effet pour la cause.

(Delvau, 1867) : s. f. Épingle, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Épingle.

(La Rue, 1894) : Fourchette. Épingle.

Piquante en dur

(Clémens, 1840) : Fourchette.

Piquante en jon

(Clémens, 1840) : Épingle en or.

Piquantine

(Halbert, 1849) : Puce.

Pique

(d’Hautel, 1808) : Il a passé par les piques. Se dit lors que quelqu’un s’est trouvé dans des circonstances périlleuses, qu’il a essuyé quelque perte ; qu’il a couru de grands dangers.
Voilà bien rentrée de piques noires. Se dit de celui qui interrompt mal à propos un autre.
C’est un bon as de pique. Se dit par injure d’un stupide, d’un sot.
Pique. Signifie aussi bisbille, mésintelligence, querelle.

(Delvau, 1864) : Le membre viril.

Laquelle passa et repassa par les piques de neuf amoureux.

Brantôme.

Lors la lascive imprudemment applique
Son savoir grec pour redresser ma pique.

(Cabinet satyrique.)

Mais voyez ce brave cynique,
Qu’un bougre a mis au rang des chiens,
Se branler gravement la pique
À la barbe des Athéniens.

Piton.

De vieilles bigornes qui n’épargnent ni or ni argent pour se faire piquer.

Molière.

Il piquait ses pages au lieu de piquer ses chevaux.

Agrippa d’Aubigne.

En jouant au piquet,
Ma Philis me disait :
Je me sens tout en feu
De vie voir si beau jeu ;
Mais que me sert, hélas !
Que j’écarte si bien,
Si, dans ce que je porte,
Il n’entre jamais rien.

(Goguette du bon vieux temps.)

(Delvau, 1867) : s. f. Petite querelle d’amis, petite brouille d’amants, — dans l’argot des bourgeois.

Piqué des vers (n’être pas)

(Delvau, 1867) : Être bien conservé, avoir de l’élégance, de la grâce, — dans l’argot du peuple, qui emploie cette expression à propos des gens et des choses. On dit aussi N’être pas piqué des hannetons.

Piqué des vers (pas)

(Rigaud, 1881) : Très frais, très joli. — Elle n’est pas piquée des vers, la bourgeoise ! on dit aussi dans le même sens : Elle n’est pas piquée des z’hannetons.

Pique en terre

(Rigaud, 1881) : Volaille ; par allusion à la manière donl les poules cherchent leur nourriture.

Pique escouanes

(Clémens, 1840) : Boucle d’oreilles.

Pique-assiette

(d’Hautel, 1808) : Sobriquet injurieux que l’on donne à un parasite, à un écornifleur de diner ; à un homme qui vit sur le commun.

Pique-chien

(Rigaud, 1881) : Concierge de l’École polytechnique, — dans le jargon des élèves de cette école.

(Merlin, 1888) : Portier consigne.

(Fustier, 1889) : Argot des élèves de l’École polytechnique. Le pique-chien n’est point, à proprement parler, comme le dit Rigaud dans son Dictionnaire d’argot moderne, le concierge de École. C’est un adjudant chargé de surveiller la sortie et la rentrée des élèves. Comme là se borne presque toutes ses occupations, il a tout le loisir de dormir, de piquer son chien.

Pique-en-terre

(Larchey, 1865) : Volaille. — Mot imagé. On sait que les poules piquent toujours la terre du bec.

(Delvau, 1867) : s. f. Volaille quelconque vivante, — dans l’argot des faubouriens.

Pique-escouanes

(La Rue, 1894) : Boucles d’oreilles.

Pique-pou, pique-prune

(La Rue, 1894) : Tailleur.

Pique-poux

(Delvau, 1867) : s. m. Tailleur, — dans l’argot des faubouriens, qui ont voulu faire une allusion au mouvement de l’aiguille sur l’étoffe. On dit aussi Pique-puces et Pique-prunes. Pourquoi ne dit-on pas plutôt Pique-Pouce ?

Pique-prune

(Virmaître, 1894) : Ouvrier tailleur. Allusion à la marche de l’aiguille. On dit aussi : Pique-puce et pique-poux. C’est un terme de métier (Argot du peuple).

Pique-prunes

(Rossignol, 1901) : Tailleur.

Pique-vert

(La Rue, 1894) : Scie faite d’un ressort de montre.

(Virmaître, 1894) : Petite scie fabriquée avec un ressort de montre (Argot des voleurs).

Piquelard

(Delvau, 1867) : s. m. Charcutier. Le mot sort du Théâtre italien de Ghérardi (les Deux Arlequins).

Piquenique

(d’Hautel, 1808) : Repas, partie de plaisir où chacun paye son écot.

Piquenter

(M.D., 1844) : Un poulet.

Piquepou

(Rigaud, 1881) : Tailleur, — dans le jargon du peuple. C’est sans doute une déformation de piqueprou, c’est-à-dire pique beaucoup, dans l’ancienne langue française. Le mot est loin d’être jeune. La variante est : Pique-prune ; prune également mis pour prou.

Piquer

(d’Hautel, 1808) : Il est piqué comme une courte pointe. Se dit d’un homme très-susceptible, qui a pris de l’humeur, qui s’est offensé pour une frivolité, une bagatelle, et dont le silence et la réserve témoignent le mécontentement.
On ne sait quelle mouche l’a piqué. Pour, on ne connoît point le sujet de sa bourderie, de sa mauvaise humeur.
Se piquer. Se vanter, s’énorgueillir de quelques talens ; faire le fanfaron, marquer de l’arrogance et de l’orgueil, comme le font ordinairement les petits maîtres, les fats, les pédans.

(Delvau, 1867) : v. a. Faire quelque chose, — dans l’argot des Polytechniciens. Piquer l’étrangère. S’occuper d’une chose étrangère à la conversation.

(Rossignol, 1901) : Chiffonner.

Piquer en victime

(Delvau, 1867) : v. n. Plonger dans l’eau, les bras contre le corps, au lieu de plonger les mains en avant au-dessus de la tête.

(Rigaud, 1881) : Plonger les pieds en avant, le corps raide, les mains collées aux cuisses.

Piquer l’étrangère

(Merlin, 1888) : Rêvasser, être distrait.

(Fustier, 1889) : Argot du régiment. Tomber de cheval.

Piquer le banc

(Rigaud, 1881) : Attendre quelqu’un sur un banc. — Se reposer sur un banc aux Champs-Élysées en attendant un amoureux de rencontre, — dans le jargon des filles.

(La Rue, 1894) : Attendre fortune sur un banc public.

Piquer le nez (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Boire avec excès, à en devenir ivre, — dans l’argot du peuple.

(Virmaître, 1894) : Se payer une belle soulographie (Argot du peuple).

Piquer le tasseau (se)

(Fustier, 1889) : V. Delvau : Se piquer le nez.

Piquer sa plaque

(Delvau, 1867) : v. a. Dormir, — dans l’argot des tailleurs. Signifie aussi, par extension, Mourir.

Piquer son chien

(Delvau, 1867) : Dormir, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi, Piquer un chien. D’où vient cette expression ? S’il faut en croire M. J. Duflot, elle viendrait de l’argot des comédiens et sortirait de l’Aveugle de Montmorency, une pièce oubliée. Dans cette pièce, l’acteur qui jouait le rôle de l’aveugle, tenant à ne pas s’endormir, avait armé l’extrémité de son bâton d’une pointe de fer qui, par suite du mouvement d’appesantissement de sa main, en cas de sommeil, devait piquer son caniche placé entre ses jambes, et chaque fois que son chien grognait, c’est qu’il avait piqué son chien, c’est-à-dire qu’il s’était laissé aller au sommeil.

(Rigaud, 1881) : Dormir pendant le jour. — Les tailleurs disent avec une variante : Piquer sa plaque.

(La Rue, 1894) : Dormir pendant le jour.

Piquer son fard

(Virmaître, 1894) : Rougir en entendant un propos grossier (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Rougir.

Piquer son fard, piquer un soleil

(Rigaud, 1881) : Rougir.

Piquer son moulin

(Virmaître, 1894) : Salade trop épicée. Elle vous pique le moulin (la bouche) (Argot du peuple). N.

Piquer un chien

(Larchey, 1865) : Dormir. On trouve dans Rabelais un exemple de dormir en chien.

Sur l’étude passons. Il n’est qu’un seul moyen de la bien employer, c’est de piquer son chien.

Souvenirs de Saint-Cyr.

(Larchey, 1865) : Dormir. — Rabelais l’écrit dormir en chien dans son livre IV, page 159. C’est, dit le Duchat, son annotateur, Dormir indifféremment à toute heure et en tous lieux.

Lorsque la nuit est sombre, que les voyageurs pioncent ou piquent leur chien.

Paillet.

Piquer un cinabre

(Delvau, 1867) : v. n. Rougir subitement, du front aux oreilles et des oreilles aux mains. Argot des artistes.

Piquer un Pédé

(Clémens, 1840) : Lever un rivette.

Piquer un renard

(Larchey, 1865) : Vomir. — V. Renard. — Piquer un soleil : Rougir subitement. — Piquer l’étrangère : V. ce mot. — Piquer une tête : S’élancer ou tomber la tête la première. — Piquer un laïus : V. ce mot. — Piquer une carte :

Lui imprimer certaines marques imperceptibles, et susceptibles de ne les faire connaître a d’autres qu’à vous.

Mornand.

Piquer sur quatre : Gagner une partie d’écarté presque perdue, lorsque votre adversaire a sur vous quatre points d’avance. — Se piquer le nez : V. ce mot. — Pas piqué des vers, des hannetons : Vigoureux, intact, frais, sain.

C’est qu’il fait un froid qui n’est pas piqué des vers ici !

Gavarni.

Une jeunesse entre quinze et seize, point piquée des hannetons, un vrai bouton de rose.

Montépin.

C’est qu’elle n’était pas piquée des vers, Et oui, morbleu ! C’est ce qu’il faut à Mahieu.

Les amours de Mahieu, ch., 1832.

(Rigaud, 1881) : Restituer forcément un bon ou un mauvais repas.

Piquer un soleil

(Delvau, 1867) : v. n. Rougir subitement, — dans l’argot du peuple.

(La Rue, 1894) : Rougir.

Piquer une m…

(La Rue, 1894) : Rester court, interloqué.

Piquer une muette

(Fustier, 1889) : Faire silence. Argot de Saint-Cyr.

Aujourd’hui, il sera piqué une muette au réfectoire.

(Maizeroy : Souvenirs d’uu Saint-Cyrien.)

Piquer une note

(Rigaud, 1881) : Pour le professeur, c’est marquer une note à l’élève ; pour l’élève, c’est obtenir une note : piquer un cinq, un dix, un dix-sept, — dans le jargon des élèves du cours de mathématiques spéciales. Piquer le bâton d’encouragement, obtenir la note 1, la plus mauvaise note. Piquer une huître, ne pas savoir répondre au professeur, quand on passe au tableau en colle.

Piquer une plate

(Fustier, 1889) : Ne pouvoir, ne savoir répondre aux questions posées à un examen, argon des élèves de l’École navale. Nos lycéens disent : piquer une sèche.

Le timonier apparaît. — M. A…, au cabinet de bâbord ! — M. A… court un grand danger de piquer une plate. Heureusement l’interrogation est remise à huitaine.

(Illustration, octobre 1885.)

Piquer une romance

(Merlin, 1888) : Dormir, renfler.

(Fustier, 1889) : Dormir. Argot militaire.

(Virmaître, 1894) : Dormir. Allusion au ronflement du dormeur qui est une sorte de chanson en faux-bourdon (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Dormir.

Piquer une sèche

(Fustier, 1889) : Argot des lycéens et des élèves des Écoles. Avoir un zéro, c’est-àdire la note très mal, pour une des parties d’un examen.

Il est constant que tout pipo qui est sorti sans piquer une sèche, de ses examens généraux, se croit parfaitement apte à régenter l’État.

(Gaulois, mars 1881. V. Delvau : Sec.)

Piquet

(Rigaud, 1881) : Livre de messe. Juge de paix, dans le jargon du peuple.

Piquette

(Virmaître, 1894) : Fourchette. L’allusion est claire (Argot des voleurs). N.

Piqueur

(d’Hautel, 1808) : Un piqueur d’assiette. Voy. Pique-assiette.
Un piqueur d’escabelle. Clerc de procureur, ou de notaire.
Un piqueur de coffre. Se dit d’un courtisan, d’un homme qui plante le piquet dans une antichambre.

Piqueuse de trains

(Rigaud, 1881) : Raccrocheuse qui attend la pratique dans les gares, assise sur un banc dans une gare de chemin de fer. Elle guette l’arrivée des trains.

Pire

(d’Hautel, 1808) : Ça ne va pas pire. Réponse que l’on fait à quelqu’un qui demande comment on se porte, pour exprimer que l’on ne va pas plus mal que de coutume ; qu’on se porte passablement bien.

Piron

(M.D., 1844) : Un canard.

Pironien

(Delvau, 1867) : adj. et s. Homme enclin à la gaieté comme les Byroniens à la tristesse ; disciple de Lord Piron, le poète gaillard. Argot des gens de lettres.

Pironisme

(Delvau, 1867) : s. m. La gaie science — où excellait Piron.

Pirouette

(d’Hautel, 1808) : Un faiseur de pirouettes. Un homme léger, inconstant, qui ne s’amuse qu’à des futilités ; un débiteur qui échappe à ses créanciers, par subterfuge.

Pirouette sur le nombril (faire une)

(Delvau, 1864) : Faire l’acte vénérien.

Quand j’ rencontre un’ gourgande,
J’ brave encor le péril,
Et j’ lui fais faire, si j’bande,
La pirouett’ sur l’ nombril.

(Chanton d’étudiant.)

Cette expression, très ancienne, serait plus juste, si elle donnait à penser que la femme fait le dessus. Exemple :

Jusqu’à ce que Vénus passe sur le disque du soleil, ou que la sultane Moscha fasse une pirouette sur le nombril de Sa Hautesse ; ce qui revient au même.

(Compère Mathieu.)

Pirouetter

(d’Hautel, 1808) : On l’a fait pirouetter d’une rude manière. Se dit d’un homme que les poursuites ont obligé de s’échapper, de fuir.
Il ne fait que pirouetter. Se dit de celui qui répète à chaque instant les mêmes discours, les mêmes propos.

Pis

(d’Hautel, 1808) : Vieux mot qui signifioit poitrine. Le peuple l’a conservé, et s’en sert par dérision pour désigner l’estomac, les seins trop volumineux d’une femme.

(Delvau, 1867) : s. m. La gorge de la femme, — dans l’argot malséant du peuple :

Les femmes, plus mortes que vives,
De crainte de se voir captives,
Et de quelque chose de pis
De la main se battent le pis.

dit Scarron dans son Virgile travesti.

Pis (tant)

(d’Hautel, 1808) : Adverbe. Le peuple dit par barbarisme, tant pire.

Pissat

(Delvau, 1867) : s. m. Résultat du verbe Meiere.

Pissat d’âne

(Rigaud, 1881) : Eau-de-vie jaune-clair ; eau-de-vie coupée d’eau. Allusion à la couleur.

(Rossignol, 1901) : Bière chaude et mauvaise.

Pissat de vache

(Delvau, 1867) : s. m. Mauvaise bière.

Pisse froid

(Rigaud, 1881) : Homme méthodique concentré en lui-même.

(Virmaître, 1894) : Homme guindé, raide, froid, dont l’aspect vous glace. Homme qui, en parlant, laisse tomber ses mots avec une lenteur monotone. Se dit de tout homme à l’aspect peu sympathique (Argot du peuple).

Pisse-froid

(d’Hautel, 1808) : Mot injurieux et satirique, qui se dit d’un homme flegmatique, sombre et sournois, sans vigueur du tempérament.

(Delvau, 1864) : Bande-à-l’aise.

Où diable Valère a-t-il raccroché ce pisse-froid-là ?

Comte de Caylus.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme lymphatique, tranquille qui ne se livre pas volontiers, — dans l’argot du peuple, ennemi des flegmatiques.

Pisse-huile

(Rigaud, 1881) : Lampiste, — dans le jargon du collège. (L. Larchey)

Pisse-trois-gouttes

(Delvau, 1867) : s. m. Homme qui s’arrête à tous les rambuteaux. On dit parfois : Pisse-trois-gouttes dans quatre pots de chambre, pour désigner un homme qui produit moins de besogne qu’on ne doit raisonnablement en attendre de lui.

Pisse-vinette

(Rossignol, 1901) : Cocons, asticots morts.

Pissenlits (arroser les)

(Rigaud, 1881) : Uriner en plein champ.

Pissenlits par la racine (manger des)

(La Rue, 1894) : Être mort.

Pissenlits par la racine (manger les)

(Rigaud, 1881) : Être mort.

Pisser

(d’Hautel, 1808) : Pisser des os. Accoucher ; mettre au monde un enfant.

Pisser (envoyer)

(Delvau, 1867) : Congédier brutalement un ennuyeux. On dit aussi Envoyer chier.

Pisser à l’anglaise

(Delvau, 1867) : v. n. Disparaître sournoisement au moment décisif.

(Virmaître, 1894) : S’en aller subrepticement sans payer son écot. Pisser à l’anglaise : quitter un salon sans saluer les maîtres de la maison pour ne pas jeter le trouble dans la réunion… ou parce que l’on s’embête à quarante francs par tête (Argot du peuple).

Pisser au cul

(Rigaud, 1881) : Mépriser profondément ; faire autant de cas de quelqu’un que d’une pissotière, le traiter comme une pissotière.

Pisser au cul de quelqu’un

(Delvau, 1867) : v. a. Le mépriser. — dans l’argot des voyous.

Pisser comme les poules

(Virmaître, 1894) : Aller au cabinet. Pour qualifier un individu très niais, on dit :
— Il a une gueule à mener les poules pisser (Argot du peuple).

Pisser contre le soleil

(Delvau, 1867) : v. n. Faire des efforts inutiles, se tourmenter vainement. On connaît l’enfance de Gargantua, lequel « mangeoit sa fouace sans pain, crachoit au bassin, petoit de gresse, pissoit contre le soleil, » etc.

Pisser de l’œil

(Virmaître, 1894) : Pleurer.
— Depuis que mon homme a foutu le camp, je pisse de l’œil comme une fontaine Wallace (Argot du peuple). N.

Pisser des lames de canif, pisser des clous de sabot

(Rigaud, 1881) : Souffrir en urinant, par suite d’une maladie de la vessie, par suite d’une maladie vénérienne.

Pisser des lames de rasoir en travers

(Virmaître, 1894) : Celui qui est dans ce cas-là n’est pas heureux. L’image est juste pour indiquer les douleurs cuisantes qu’éprouvent les pauvres diables qui ont reçu un coup de pied de Vénus. Pour témoigner à une personne qu’elle vous impatiente, on lui dit : Vous me faites pisser des lames de rasoir en travers (Argot du peuple).

Pisser des lames de rasoir en travers (faire)

(Delvau, 1867) : Ennuyer extrêmement quelqu’un, — dans l’argot des faubouriens, qui n’ont pas d’expression plus énergique pour rendre l’agacement que leur causent certaines importunités. On dit aussi Faire chier des baïonnettes.

(Rigaud, 1881) : Ennuyer quelqu’un au dernier point ; le faire moralement souffrir à force de l’ennuyer.

Pisser des os

(Delvau, 1864) : Accoucher, mettre au monde une pauvre petite créature qui s’en repentira un jour.

Ils lui feront enfler la panse,
Et, comme à moi, pisser des os.

(Cabinet satyrique.)

(Delvau, 1867) : v. a. Accoucher, — dans l’argot du peuple. On dit aussi d’une femme qui met au monde un enfant qu’Elle pisse sa côtelette.

Pisser des yeux

(Rossignol, 1901) : Pleurer.

Pisser dessus

(Fustier, 1889) : Pisser sur quelqu’un. Le mépriser, n’en pas faire cas.

J’en demande pardon à M. le maire et à mes collègues du conseil : Je les couvre de mon mépris et je leur pisse dessus.

(Moniteur universel, 1883.)

Pisser droit

(Delvau, 1864) : Bander roide et dru.

Bande ta pine et débande ta lyre :
L’important, au lit, est de pisser droit.

(Parnasse satyrique.)

Pisser les poules (mener)

(Rigaud, 1881) : Donner, en riant, un mauvais prétexte pour s’en aller, pour quitter l’ouvrage. — Être occupé à ne rien faire, ne pas vouloir dire où l’on va.

Pisser ou chier (envoyer)

(Larchey, 1865) : Renvoyer au loin. — Ce terme injurieux ; remonte à une haute antiquité. — Au mot Pissare, Du Cange cite une lettre de rémission de 1465, où, entre autres injures et grandes parolles reprochées au délinquant, on rapporte qu’il envoya pisser son adversaire. V. Foirer.

Pisser sa côtelette

(Larchey, 1865) : Accoucher, mettre au monde un enfant. — d’Hautel (1808) emploie dans le même sens pisser des os.

(Rigaud, 1881) : Accoucher.

Pisser une cotelette

(Virmaître, 1894) : Accoucher. On dit aussi :
— Elle pisse des os.
Pisser une côtelette
est une allusion à la légende biblique d’Adam et Eve (Argot du peuple).

Pisser une côtelette, pondre

(Hayard, 1907) : Accoucher.

Pisseuse

(d’Hautel, 1808) : Une pisseuse. Sobriquet injurieux que les polissons donnent aux femmes, et notamment aux petites filles.

(Delvau, 1864) : La femme.

De la chatouillarde amourette,
Soudain en la quête on te jette,
Tant qu’on revienne tout tari
Par ces pisseuses de Paris.

Jodelle.

À chaqu’ pisseus’ qu’il rencontrait,
Le petit bandit répétait…

(Chanson anonyme moderne.)

(Delvau, 1867) : s. f. Petite fille.

(Rigaud, 1881) : Petite fille. Femme. — La voisine a accouché. — Qu’est-ce qu’elle a fait ? — Une pisseuse.

Pissin de cheval

(Rigaud, 1881) : Mauvaise bière chaude.

Pissote

(Delvau, 1867) : s. f. Endroit où l’on conjugue le verbe Meiere. Le petit café situé vis-à-vis le théâtre du Palais-Royal n’est pas désigné autrement par les artistes.

Pissoter

(d’Hautel, 1808) : Uriner ; pisser fréquemment.

(Delvau, 1867) : v. n. Avoir une incontinence d’urine.

Pissotière

(d’Hautel, 1808) : Vessie urinale. Au figuré, terme de mépris, pour dire un jet d’eau, ou une fontaine qui jette peu d’eau.

Pistache

(Rigaud, 1881) : Légère ivresse. Pincer sa pistache, être légèrement ivre. Pourquoi pistache ? — Est-ce que l’ivrogne de la première heure arborerait les tons verts de la pistache ?

(La Rue, 1894) : Ivresse.

(Rossignol, 1901) : Celui qui est gai d’avoir un peu bu a sa pistache.

Pistache (prendre une)

(Merlin, 1888) : Se griser. — On dit aussi, suivant le degré de l’ivresse : prendre une biture, une muffée, une cuite.

Pister

(Fustier, 1889) : Suivre les voyageurs à la piste lors de leur arrivée dans une ville et leur offrir un hôtel qu’on leur vante.

Pisteur

(Rigaud, 1881) : Homme qui suit les femmes à la piste. Il ne faut pas confondre le pisteur avec le suiveur. Le suiveur est un fantaisiste qui opère à l’aventure. Il emboîte le pas à toutes les femmes qui lui plaisent, ou, mieux, à toutes les jolies jambes. Parmi cent autres, il reconnaîtra un mollet qu’il aura déjà ! chassé. Il va, vient, s’arrête, tourne, retourne, marche devant, derrière, croise, coupe l’objet de sa poursuite, qu’il perd souvent au détour d’une rue. Plus méthodique, le pisteur surveille d’un trottoir à l’autre son gibier. Il suit à une distance respectueuse, pose devant les magasins, sous les fenêtres, se cache derrière une porte, retient le numéro de la maison, fait sentinelle et ne donne de la voix que lorsqu’il est sur du succès. Le pisteur est, ou un tout jeune homme timide, plein d’illusions, ou un homme mûr, plein d’expérience. — Le pisteur d’omnibus est un désœuvré qui suit les femmes en omnibus, leur fait du pied, du genou, du coude, risque un bout de conversation, et n’a d’autre sérieuse occupation que celle de se fairo voiturer de la Bastille à la Madeleine et vice versa. Cet amateur du beau sexe est ordinairement un quinquagénaire dont le ventre a, depuis longtemps, tourné au majestueux. Il offre à tout hasard aux ouvrières le classique mobilier en acajou ; les plus entreprenants vont jusqu’au palissandre. Les paroles s’envolent, et acajou et palissandre restent… chez le marchand de meubles. Peut-être est-ce un pisteur qui a trouvé le proverbe : « Promettre et tenir font deux ».

Pistole

(d’Hautel, 1808) : Il est cousu de pistoles. Se dit pour exagérer la fortune de quelqu’un.
Pistole de gueux. Liard ; jeton.

(Delvau, 1867) : s. f. Cellule à part, — dans l’argot des prisons, où l’on n’obtient cette faveur que moyennant argent. Être à la pistole. Avoir une chambre à part.

(Virmaître, 1894) : Pièce de dix francs dans l’argot des maquignons et des bouchers. La pistole, dans les prisons, est une chambre à part où les détenus, par faveur et moyennant une redevance quotidienne, jouissent de quelques douceurs. Sous la Révolution, pour être à la pistole, à la Conciergerie, les prisonniers payaient pour un lit 27 livres 12 sous le premier mois, et 25 livres 10 sous les mois suivants. Sous la Terreur, les prisonniers payaient 15 livres par nuit. Chaque lit rapportait 22 000 livres par mois. Alboize et A. Maquet qui me donnent ces chiffres dans leur Histoire des prisons de l’Europe, ajoutent que la Conciergerie était le premier hôtel garni de Paris. Les détenus qui sont à la pistole s’appellent des pistoliers (Argot des voleurs).

(Hayard, 1907) : Pièce de dix francs.

Pistole (grande)

(Rigaud, 1881) : Pièce de dix francs. — Petite pistole, pièce de dix sous, — dans le jargon des maquignons et des chiffonniers.

Pistolet

(d’Hautel, 1808) : Si ses yeux étoient pistolets, ils me tueroient. Se dit d’un homme qui manifeste sa colère, en lançant des regards irrités, foudroyans sur quelqu’un.
Il s’en est allé après avoir tiré son coup de pistolet. Se dit lorsque quelqu’un s’est retiré d’une conversation, d’une dispute, après avoir lâché une apostrophe vive et piquante.

(Delvau, 1864) : Le vit.

Une fille de village
M’a prins en affection ;
Je luy donnay mon pistolet
Qu’elle a mis comme relique
Dans le tronc de sa boutique.

(Chansons folastres.)

(Larchey, 1865) : Demi-bouteille de champagne. Double allusion au petit calibre de la fiole et à l’explosion de son contenu. — C’est aussi un homme singulier.

On rit avec toi et tu te fâches… En voilà un drôle de pistolet !

Gavarni.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme qui ne fait rien comme personne. On dit aussi Drôle de pistolet.

(Delvau, 1867) : s. m. Demi-bouteille de Champagne.

(Rigaud, 1881) : Demi-bouteille de vin de Champagne.

(La Rue, 1894) : Demi-bouteille de Champagne. Homme singulier.

Pistolet (drôle de)

(Rigaud, 1881) : Original.

Pistolet à 4 nœuds

(Merlin, 1888) : Le fouet du tringlot.

Pistolet à la saindhomme

(Fustier, 1889) : Petit crochet avec lequel le mégottier exerce son industrie.

(La Rue, 1894) : Crochet du ramasseur de mégots.

Piston

(Larchey, 1865) : Importun. — On connaît l’agaçante régularité du coup de piston. — On use du verbe pistonner. — Piston : Préparateur du cours de physique.

(Delvau, 1867) : s. m. Interne ou externe qu’affectionne, que protège le médecin en chef d’un hôpital. Argot des étudiants en médecine.

(Delvau, 1867) : s. m. Préparateur du cours de physique, — dans l’argot des lycéens.

(Delvau, 1867) : adj. et s. Remuant, tracassier, ennuyeux, — dans l’argot des aspirants de marine.

(Rigaud, 1881) : Importun. — Pistonner, ennuyer.

(Rigaud, 1881) : Interne protégé par le médecin en chef d’un hôpital.

(Rigaud, 1881) : Préparateur d’un cours de physique.

(Merlin, 1888) : Voyez Capiston.

(La Rue, 1894) : Puissante protection. Homme protégé. Pistonner, protéger.

Pistonner

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Diriger, protéger, aider.

(Delvau, 1867) : v. a. Ennuyer, tracasser, tourmenter.

Pitaine-Crayon

(Rigaud, 1881) : Garçon de la salle de dessin à l’École Polytechnique, — dans le jargon des Polytechniciens. Pitaine-torchon, garçon de laboratoire à la même école.

Pitance

(Halbert, 1849) : Nourriture.

Pitancher

(anon., 1827) : Boire.

(Bras-de-Fer, 1829) : Boire.

(Halbert, 1849) : Manger, boire.

(Delvau, 1867) : v. n. Boire, — dans l’argot du peuple, qui dit cela depuis longtemps, comme le prouvent ces vers de Vadé :

Le beau sexe lave sa gueule
Et pitanche tout aussi sec
Que si c’étoit du Rometsec.

On dit aussi Pictancer.

(Rigaud, 1881) : Boire. Pitancher à mort, boire jusqu’à plus soif.

(La Rue, 1894) : Boire. Manger.

Pitaud

(d’Hautel, 1808) : C’est un franc Pitaud ; une grosse pitaude. Terme de mépris, pour dire, un homme lourd, grossier ; un rustre, un gros paysan.
Pataud est plus usité.

Pitié

(d’Hautel, 1808) : Après Saint-Victor, c’est la pitié. Se dit par mépris d’un homme misérable ; d’une maison où l’indigence se fait sentir.
Il vaut mieux faire envie que pitié. Signifie qu’il faut se moquer des propos des jaloux.
C’est grand pitié. Se dit par ironie d’une chose que l’on méprise.
Il raisonne à faire pitié. Se dit par mépris pour faire entendre qu’une personne tient des discours qui n’ont pas le sens commun.

Piton

(Larchey, 1865) : Nez saillant comme un piton vissé dans une planche.

Ah ! quel nez, quel beau piton ! Chacun dit : Venez donc voir, C’est un marchand d’éteignoirs.

Pecquet, Chansons.

(Delvau, 1867) : s. m. Nez d’un fort volume et coloré par l’ivrognerie. Argot des faubouriens.

(Virmaître, 1894) : Nez extraordinaire qui se rapproche de la trompe de l’éléphant.
— Monsieur, ôtez votre nez de là, dit Gavroche à un homme affligé d’un piton phénoménal, pour que je voie l’heure à Notre-Dame (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Nez.

(Hayard, 1907) : Nez.

Pitre

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Paillasse. Faire le pitre, faire le paillasse ou la parade.

(Larchey, 1865) : « Qui ça, Giroflée ! — Notre pitre donc, notre paillasse. » — E. Sue.

(Delvau, 1867) : s. m. Paillasse de saltimbanque ; bouffon de place publique. Par extension on donne ce nom à tout Farceur de société, à tout homme qui amuse les autres — sans être payé pour cela.

(Rigaud, 1881) : Farceur en chambre ; amuseur de société ; celui qui, dans une réunion, dans un dîner, remplit l’office d’un pitre de foire, fait rire les enfants et qu’on invite parce qu’il coûte moins cher qu’un joujou. — Servir de pitre, amuser les autres en faisant rire de soi.

Pitre de Comme

(Rigaud, 1881) : Mot à mot : pitre de commerce. Commis-voyageur. On connaît les plaisanteries rances des voyageurs de commerce, la célébrité qu’ils se sont acquise dans les tables d’hôte.

Pitre du comme

(Delvau, 1867) : s. m. Commis voyageur, — dans l’argot des voleurs. Quant ils veulent être plus clairs, ils disent : Pitre du commerce.

Pitrou

(Delvau, 1867) : s. m. Pistolet, fusil, — dans le même argot [des voleurs].

Pitroux

(Larchey, 1865) : Pistolet (Vidocq). — Allusion à la détonation. Au moyen âge, on appelait petereau de petites bouches à feu.

Pituite

(d’Hautel, 1808) : Flegme ; et non picuite, comme on le dit par corruption.

Pituiter

(Larchey, 1865) : Déblatérer. — Allusion au caractère pernicieux de la pituite.

On en a déjà assez pituité sur notre compte.

Lynol.

(Delvau, 1867) : v. a. Médire, faire des indiscrétions, bavarder. Argot des faubouriens.

Pivasse

(M.D., 1844) : Un enfant.

Pivaste

(Halbert, 1849) : Enfant.

Pive

(Virmaître, 1894) : Vin (Argot des voleurs). V. Pivois.

(Hayard, 1907) : Vin.

Piver

(Larchey, 1865) : Ressort de montre ou de pendule servant à couper les barreaux. — Il revient à la charge contre le fer, comme le piver contre l’arbre qu’il perce de son bec.

Pivert

(Delvau, 1867) : s. m. Scie faite d’un ressort de montre, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Ressort de montre dont les prisonniers se servent en guise de lime. Allusion à la dureté du bec du pivert.

Pivoi citron

(Halbert, 1849) : Vinaigre.

Pivoi ou Pive

(Rossignol, 1901) : Vin.

Pivoi savonné

(Halbert, 1849) : Vin blanc.

Pivoi vermoisé

(Halbert, 1849) : Vin rouge.

Pivoiner

(Delvau, 1867) : v. n. Rougir, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Rougir ; par allusion à la couleur de la pivoine.

Pivois

(anon., 1827) : Du vin.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Vin. Pivois savoneux, vin blanc.

(Bras-de-Fer, 1829) : Du vin.

(M.D., 1844) : Du vin.

(un détenu, 1846) : Vin.

(Larchey, 1865) : Vin — Allusion à la couleur rouge de la pivoine. V. Pavillonner, Solir, Tremblant, Artie.

On s’pousse du pivois à six ronds dans l’battant.

Chansonnier. impr. Stahl, 1836.

Avons-je du vin ? — Non. — Apportez du pivois, hé vite !

Vadé, 1788.

Peut-être aussi est-ce un diminutif du vieux mot piot : vin ? — Pivoiner : Rougir (Vidocq).

(Virmaître, 1894) : Vin rouge. Je ne vois guère qu’une raison à cette expression : c’est une allusion de couleur. Pivois vient certainement de pivoine (Argot du peuple).

(Hayard, 1907) : Vin.

Pivois de blanchimont

(Virmaître, 1894) : Vin blanc (Argot des voleurs).

Pivois ou Pive

(Delvau, 1867) : s. m. Vin, — dans l’argot des voleurs, qui l’appellent ainsi peut-être parce qu il est rouge comme une pivoine, ou parce qu’il est poivré comme l’eau-de-vie qu’ils boivent dans leurs cabarets infects. En tout cas, avant de leur appartenir, ce mot a appartenu au peuple, qui le réclamera un de ces jours. Pivois maquillé. Vin frelaté. Pivois de Blanchimont. Vin blanc. On dit aussi Pivois savonné. Pivois citron. Vinaigre.

Pivois savoné

(anon., 1827) : Vin blanc.

Pivois savonné

(Bras-de-Fer, 1829) : Vin blanc.

Pivois, pive, pie, picton

(Rigaud, 1881) : Vin :

Un certain vin se dit pivois, à cause de la ressemblance de son raisin avec la pive, nom patois du fruit appelé improprement pomme de pin.

(Ch. Nodier.)

La pomme de pin sert encore d’enseigne à maint cabaret de village. — Pive à quatre nerfs, demi-setier ; mot à mot : vin à quatre sous. — Pivois savonné, vin blanc ; pivois citron, vinaigre, — dans l’ancien argot.

Pivot

(Larchey, 1865) : Plume. V. Servir. — Le bec d’une plume figure assez bien un petit pivot.

(Delvau, 1867) : s. m. Plume, — dans le même argot [des voleurs].

(Rigaud, 1881) : Plume à écrire.

(La Rue, 1894) : Plume à écrire.

Pivot de conversion

(Merlin, 1888) : Même facétie que pour le parapluie de l’escouade.

Pivoter

(Rigaud, 1881) : Obéir. Mot à mot : tourner au commandement, en terme d’école militaire.

Ses supérieurs pourront le faire pivoter à leur aise.

(Saint-Patrice.)

(Merlin, 1888) : Travailler, marcher beaucoup.

(Fustier, 1889) : Argot militaire. Manœuvrer dur et beaucoup.

Pivots, pive

(La Rue, 1894) : Vin. Homme ivre.

Pivre, pivoi

(Halbert, 1849) : Vin.

Placarde

(Bras-de-Fer, 1829) : Place d’exécution.

(Clémens, 1840) : Celui qui figure en plein vent.

(Larchey, 1865) : Place. — Diminutif. V. Parrain.

(Delvau, 1867) : s. f. La place où se font les exécutions, — dans le même argot [des voleurs]. Avant 1830, c’était la place de Grève ; sous Louis-Philippe, ç’a été la barrière Saint-Jacques ; depuis une douzaine d’années, c’est devant la prison de la Roquette. On dit aussi Placarde au quart d’œil.

(Rigaud, 1881) : Place publique, — dans le jargon des voleurs.

(Virmaître, 1894) : La place. Non pas seulement comme le dit A. Delvau la place où se font les exécutions, mais bien n’importe laquelle. La placarde du fourmillon : la place du marché (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Place. Lorsqu’un marchand a obtenu une place dans une fête ou marché, il a sa placarde.

(Hayard, 1907) : Place.

Placarde (la)

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : La place où se font les exécutions.

Place

(d’Hautel, 1808) : C’est aujourd’hui la Saint-Lambert, qui quitte sa place la perd. Se dit en plaisantant lorsqu’on saisit l’instant ou quelqu’un se lève pour prendre son siège et s’asseoir à sa place.
Des complimens de la place Maubert. Des injures, ou des civilités communes et triviales.
Se mettre à la place du niais. Prendre la place la plus commode ; se mettre au beau milieu de la table.
Ta place est au cimetière. Se dit à celui qui redemande une place qu’il a quittée, et dont on s’est emparée.

(Delvau, 1867) : s. f. Chambre meublée ou non, — dans l’argot des ouvriers qui ont été travailler en Belgique. À Bruxelles, en effet, une chambre seule est une place ; deux chambres sont un quartier. (V. ce mot.)

Placé

(Fustier, 1889) : Argot de turf. Un cheval est placé quand il n’est distancé par le gagnant que de quelques longueurs.

Si votre patriotisme vous pousse à prendre un cheval gaulois gagnant, gardez-vous à carreau en prenant en même temps les goddems placés.

(Voltaire, juin 1882.)

Place d’armes

(Rigaud, 1881) : Estomac.

(Virmaître, 1894) : La poitrine (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Poitrine, estomac.

Place Saint-Pierre

(Rossignol, 1901) : Place où l’on monte la guillotine, à la porte de la prison de la Roquette ; allusion aux cinq pierres immobiles sur lesquelles est placée la machine du supplice.

Placer

(d’Hautel, 1808) : Avoir le cœur bien placé. Pour avoir de l’honneur, de la vertu ; avoir une grande probité. On dit, dans un sens contraire, avoir le cœur mal placé.

Placeur de lapins

(Rigaud, 1881) : Farceur qui fait de la morale, moraliste qui vit aux dépens des autres et produit ses amis dans le monde galant.

Desgenais n’est, malgré ses malédictions à fracas, qu’un simple placeur de lapins.

(L. Chapron, Gaulois du 18 août 1877.)

Placier

(Delvau, 1867) : s. m. Homme qui fait la place de Paris ; courtier en marchandises. Argot des marchands.

(Rossignol, 1901) : Chiffonnier qui a son quartier et rues attitrés ; il y a encore mille cinq cents placiers à Paris. La place se cède entre eux pour la somme de 30 à 150 francs, même plus, et le rapport est de 2 à 3 francs par jour.

Plafond

(Delvau, 1867) : s. m. Crâne, cerveau, — dans l’argot des faubouriens. Se crever le plafond. Se brûler la cervelle.

(La Rue, 1894) : Tête. Front.

Plafond (avoir une araignée dans le)

(Rigaud, 1881) : Dire, faire des extravagances.

Plafond (se défoncer le)

(Rigaud, 1881) : Se brûler la cervelle.

Plaindre

(d’Hautel, 1808) : Se plaindre que la mariée est trop belle. Se plaindre sans sujet, sans fondement ; se récrier sur l’excellence de quelque chose.

Plaire

(d’Hautel, 1808) : Plaît-il. Interrogation pour faire répéter ce qu’on n’a pas entendu, ou pas compris ; c’est aussi une manière civile de répondre à quelqu’un qui appelle.

Plaisir (avoir du)

(Delvau, 1864) : Jouir, en faisant l’alto venereo, — le seul acte qui cause un vrai plaisir.

Un jeune gars s’accusait d’avoir pris
Le grand plaisir, à qui tout autre cède.

Grécourt.

Je dois au grand sénéchial les prémices de mes plaisirs.

Diderot.

Mais du plaisir avant cette aventure,
Léda connut le trait doux et fatal.

Parny.

Quelle est ma surprise aujourd’hui !
Dans ce nain je trouve un hercule.
Faut-il qu’il soit si ridicule
D’avoir du plaisir avec lui ?

(Chanson anonyme moderne.)

Époux, dans les bras de vos dames.
Vous goûtez les plaisirs des dieux.

Chanu.

Plamousse

(Delvau, 1867) : s. f. Soufflet, dans l’argot du peuple, qui a dit jadis Mouse pour Visage.

Plamuf

(Hayard, 1907) : Coup.

Plan

(d’Hautel, 1808) : Mettre quelque chose en plan. Pour dire mettre un habit, un bijou, un effet quelconque en gage, lorsqu’on a fait de la dépense en un lieu et que l’on n’a pas de quoi payer.

(Clémens, 1840) : Étui à l’usage des voleurs.

(un détenu, 1846) : Prison. Être au plan : emprisonné ; cachette, Mont-de-Piété.

(Halbert, 1849) : Prison, cachot.

(Delvau, 1867) : s. m. Le Mont-de-Piété, — dans l’argot des faubouriens. Être en plan. Rester comme otage chez un restaurateur, pendant qu’un ami est à la recherche de l’argent nécessaire à l’acquit de la note. Laisser en plan. Abandonner, quitter brusquement quelqu’un, l’oublier, après lui avoir promis de revenir. Laisser tout en plan. Interrompre toutes ses occupations pour s’occuper d’autre chose.

(Delvau, 1867) : s. m. Prison, — dans l’argot des voleurs. Être au plan. Être en prison. Tomber au plan. Se faire arrêter.

Quoi tu voudrais que je grinchisse
Sans traquer de tomber au plan ?

dit une chanson publiée par le National de 1835.

(Delvau, 1867) : s. m. Arrêts, — dans l’argot des soldats. Être au plan. Être consigné.

(Delvau, 1867) : s. m. Moyen, imaginalion, ficelle, — dans l’argot des faubouriens. Tirer un plan. Imaginer quelque chose pour sortir d’embarras. Il n’y a pas plan. Il n’y a pas moyen de faire telle chose.

(Rigaud, 1881) : Mont-de-Piété. Mot à mot : la planche où sont les objets laissés en nantissement. — Mettre au plan, engager au Mont-de-Piété ou ailleurs.

M’man, j’ai mis ma veste au plan hier soir.

(Gavarni.)

(Rigaud, 1881) : Prison. — Hospice des Enfants-Trouvés.

(Rigaud, 1881) : Moyen. Il y a plan, il n’y a pas plan ; expression dont se servent beaucoup d’ouvriers lorsqu’ils vont demander de l’ouvrage. — Patron, est-ce qu’il y a plan ? Mot à mot : est-ce qu’il y a moyen de travailler chez vous ?

Oui, il n’y a pas plan, murmurait Céline.

(Huysmans, les Sœurs Vatard.)

(La Rue, 1894) : Le Mont-de piété. Prison. Abandon. Moyen : il n’y a pas plan. Étui à l’usage des voleurs.

(Virmaître, 1894) : Le Mont-de-Piété. Allusion à la planche sur laquelle on emmagasine les effets engagés (Argot du peuple).

(Virmaître, 1894) : Prison.
— Je tire dix berges de plan.
Tomber en plan :
se faire arrêter.
Être en plan : rester en gage pour un écot.
Laisser sa femme en plan c’est synonyme de la lâcher (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Prison.

(Rossignol, 1901) : Mont-de-piété.

Plan (le)

(Hayard, 1907) : Le mont-de-Piété. La prison.

Plan (mettre en, laisser en)

(Rigaud, 1881) : Quitter quelqu’un sans le prévenir, planter là.

Plan (mettre en)

(Larchey, 1865) : Engager.

Pour faire à sa belle Un don digne d’elle, L’employé met sa montre en plan.

Désaugiers, 1815.

Plan de couillé

(Virmaître, 1894) : Faire de la prison pour un autre. Faire de la prison sans avoir joui du produit de son vol. Couillé est le diminutif de couillon. Dialogue au Dépôt :
— Pourquoi que t’es ici ?
— J’ai pas de piaule pour pagnoter.
— Je file la comète ; j’ai été fabriqué par un sale sergot.
— Et ton nière ?
— Mon orgue ? J’étais méquard de la bande à Bibi.
— Alors tu vas aller au carré des petites gerbes.
— Veux-tu me désenflaquer et m’aider à casser la ficelle ?.
— Pour aller à la boîte aux cailloux, où y a pas mèche de faire chibis ; où on ne boulotte que des bourres-coquins et où on ne lampe que du sirop de macchabée ? y a pas de pet.
— Je te donne la paire de sigues, mais tu ne bonniras que peau.
— Tes sigues, c’est du carme à l’estorgue.
— Non, c’est du bath.
— C’est pas assez, car si les palpeurs me foutent deux bergesde Centrousse, ça serait du plan de couillé.
Mot à mot : de la prison pour rien (Argot des voleurs).

Plan de couyé

(Halbert, 1849) : Subir une peine pour un autre.

Plancarde

(Clémens, 1840) : Bascule de la guillotine.

Planche

(d’Hautel, 1808) : Compter sur lui, c’est se fier sur une planche pourrie. Pour dire, qu’une personne ne mérite aucune confiance, qu’on ne doit faire aucun fonds sur ses promesses.
Faire la planche. Donner l’exemple, montrer le chemin, encourager un autre en faisant une chose le premier. Cette expression est aussi reçue parmi les nageurs, et signifie nager étant couché sur le dos.

(Rigaud, 1881) : Sabre, — dans le jargon des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Femme très maigre. — Femme qui n’a pas que l’apparence de la froideur.

(Rigaud, 1881) : Tableau noir servant aux démonstrations mathématiques, — dans le jargon du collège. — Passer à la planche, passer au tableau.

Planché

(Rigaud, 1881) : Condamné.

Planché (être)

(Delvau, 1867) : Être condamné, — dans l’argot des voleurs.

Planche (faire la)

(Fustier, 1889) : « Ta maîtresse ? il y a un mois qu’elle vient faire la planche dans mon garni ! »

(Événement, 1885.)

Planche (faire sa)

(Larchey, 1865) : Montrer une froideur excessive. — Sans planche : Sans façon.

L’écaillère de ses propos poissards vous entretient sans planche.

Cabarets de Paris, 1821.

Planche au pain : Banc des prévenus.

(Delvau, 1867) : Témoigner du dédain, faire sa Sophie, — dans l’argot des faubouriens. Sans planche. Avec franchise, rondement.

Planche à lavement

(Virmaître, 1894) : Le confessionnal. On y lave sa conscience ; pour certains, il faudrait une rude lessive (Argot des voleurs).

Planche à pain

(Merlin, 1888) : Au propre, planche longue et mince destinée à recevoir les rations de pain et de biscuit des hommes ; au figuré, un individu bâti en Don Quichotte.

(Virmaître, 1894) : Cour d’assises. Se dit aussi d’une femme maigre (Argot des voleurs). N.

Planche à tracer

(Delvau, 1867) : s. f. Table, — dans l’argot des francs-maçons. Ils disent aussi Plate-forme et Atelier.

(Delvau, 1867) : s. f. Feuille de papier blanc, — dans le même argot [des francs-maçons]. Signifie aussi Lettre, missive quelconque.

(Rigaud, 1881) : Table à manger, — dans le jargon des francs-maçons qui disent encore atelier.

Planche au pain

(Bras-de-Fer, 1829) : Cour d’assises.

(Clémens, 1840) : Banc des accusés.

(Halbert, 1849) : Banc des accusés, tribunal.

(Delvau, 1867) : s. f. Le banc des accusés, — dans l’argot des prisons. Être mis sur la planche au pain. Passer en Cour d’assises.

(Rigaud, 1881) : Banc des prévenus. — Lit, — dans le jargon des filles publiques.

(La Rue, 1894) : Le banc des accusés. Lit.

Planche au pin (la)

(M.D., 1844) : Banc des accusés.

Planche-au-pain

(un détenu, 1846) : Banc des accusés.

Plancher

(d’Hautel, 1808) : Le plancher des vaches. La terre ferme sur laquelle on marche.
Il n’est rien tel que de marcher sur le plancher des vaches. Pour dire, qu’il y a moins de risque à courir en voyageant sur terre que sur mer.
Il faut soulager le plancher. Se dit, pour inviter quelques personnes à sortir d’une chambre où il y a trop de monde.

(d’Hautel, 1808) : Terme populaire qui équivaut à se moquer, se jouer de quelqu’un, le railler, le persiffler, le promener.
Est-ce que tu planches ? Pour te moques-tu de moi ?

(Larchey, 1865) : Moquer.

Est-ce que tu planches ? pour : Te moques-tu de moi ?

1808, d’Hautel.

Plancherie : Mauvaise plaisanterie.

I’me propose le bâton. Moi, j’lui dis : Allons donc ! Tu planches.

Ch., Avignon, 1813.

Planché : Condamné.

(Delvau, 1867) : v. n. Se moquer, rire, — dans l’argot des voleurs et des faubouriens. On dit aussi Flancher.

(Rigaud, 1881) : Quitter un ami de prison, — dans le jargon des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Plaisanter. — Parles-tu sérieusement ou planches-tu ?

(Rigaud, 1881) : Coucher à la salle de police, sur la planche du gouvernement. J’ai planché deux jours, — dans le jargon du régiment.

(La Rue, 1894) : Rire, se moquer. Condamner. Quitter un ami de prison.

Plancher (débarrasser le)

(Rigaud, 1881) : S’en aller, lorsqu’on importune quelqu’un. Débarrassez-moi le plancher.

Plancher des vaches

(Larchey, 1865) : « La terre était sa vraie patrie ; la terre, le plancher des vaches. »

J. Janin.

(Delvau, 1867) : s. m. La terre, — dans l’argot du peuple, à qui Rabelais a emprunté cette expression pour la mettre sur les lèvres de ce poltron de Panurge.

Plancherie

(Rigaud, 1881) : Plaisanterie d’un goût douteux.

Planches

(Delvau, 1867) : s. f. La scène, le théâtre en général, — dans l’argot des acteurs. Balayer les planches. Jouer dans un lever de rideau ; commencer le spectacle. Brûler les planches. Cabotiner. Signifie aussi Débiter son rôle avec un entrain excessif.

(Delvau, 1867) : s. f. L’établi, — dans l’argot des tailleurs. Avoir fait les planches. Avoir été ouvrier avant d’avoir été patron.

(Rigaud, 1881) : Établi de tailleur. — Avoir fait les planches, avoir travaillé comme ouvrier avant d’être devenu patron.

Planches (avoir des)

(Rigaud, 1881) : Mot à mot : avoir l’habitude des planches, jouer la comédie depuis longtemps ; être sur la scène aussi à l’aise que chez soi. Madame Thierret avait des planches autant qu’actrice du monde.

Plancheur, Plancheuse

(Rigaud, 1881) : Mauvais plaisant, mauvaise plaisante.

Plançonner

(Delvau, 1867) : v. a. Bredouiller, — dans l’argot des coulisses, où l’on a conservé le souvenir du brave Plançon, acteur de la Gaîté.

(Rigaud, 1881) : Bredouiller. Dérivé de Plançon, mauvais acteur de la Gaîté qui bredouillait à la fin et souvent au commencement de chaque tirade. (Argot des coulisses).

Planque

(Clémens, 1840) : Cachette.

(un détenu, 1846) : Guet. Hommes en planque : hommes qui font le guet.

(Halbert, 1849) : Cachette.

(Larchey, 1865) : Cachette. V. Bayafe. — Planquer : Cacher. V. Déplanquer, Enplanquer.

(Larchey, 1865) : Observation. — On se cache pour bien observer.

J’allai en compagnie de H., et le laissant en planque (en observation), je montai chez Chardon.

Canler.

(Delvau, 1867) : s. f. Cachette, — dans l’argot des voleurs. Être en planque. Être prisonnier. Signifie aussi Être en observation.

(Rigaud, 1881) : Lieu, endroit, cachette. — Poste d’observation d’où un agent de police surveille un malfaiteur.

(La Rue, 1894) : Cachette. Lieu, endroit, maison. Poste d’observation d’un agent qui guette un malfaiteur. Planquer, abandonner, poster, placer. Se planquer, se mettre à couvert.

(Rossignol, 1901) : Un agent de police est en planque lorsqu’il est à un endroit quelconque pour surveiller un individu.

(Hayard, 1907) : Cachette.

Planque (en faire une)

(Virmaître, 1894) : Agent qui se planque pour surveiller des individus. Être en planque, être filé. Mot à mot : planque, attendre. La chanson des mecs dit :

Jadis pour une fille, la plus chouette des catins
Tous les mecs se mettaientu en planque
C’qui lui valait le flac dont casquaient les rupins
Sans les grinchir ni d’truc ni d’banque. (Argot des voleurs).

Planqué (être)

(Halbert, 1849) : Faire le guet.

Planque à larbin

(Virmaître, 1894) : Bureau de placement spécial pour les domestiques (Argot des voleurs). V. Suce-larbin.

Planque à larbins

(Rigaud, 1881) : Bureau de placement.

Planque à plombes

(Rigaud, 1881) : Pendule.

Planque à sergots

(Rigaud, 1881) : Poste de police.

Planque à suif

(Rigaud, 1881) : Tripot.

Planque à tortorer

(Rigaud, 1881) : Restaurant.

Planque des gouâpeurs

(Rigaud, 1881) : Dépôt de la préfecture de police.

Planquer

(un détenu, 1846) : Faire le guet.

(Halbert, 1849) : Cacher.

(Delvau, 1867) : v. a. Cacher. Signifie aussi Emprisonner.

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Mettre quelque chose de côté, — dans l’argot des typographes.

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Engager quelque chose au Mont-de-Piété, mettre au plan. Argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Cacher. — Observer. — Mettre de l’argent de côté.

(Virmaître, 1894) : Cacher.
— Pour dépister la rousse, je vais me planquer un marqué chez un garnaffier de mes aminches (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Faire une planque ; veut aussi dire cacher, dissimuler.

en me couchant, je suis obligé de planquer mon porte-monnaie pour que ma femme n’y fasse pas une descente.

Planquer (mettre en planque)

(Hayard, 1907) : Accumuler.

Planquer (se)

(Rigaud, 1881) : Se cacher. — Planquer le marmot, cacher un objet volé.

Planquer des sortes

(Boutmy, 1883) : v. Cacher les lettres ou sortes qui entrent en grande quantité dans un travail en cours d’exécution. L’ouvrier qui planque des sortes cause un préjudice à tous ses compagnons, qui ne trouvent plus celles qui devraient être dans des casses ou bardeaux d’un usage commun.

Planques

(Rossignol, 1901) : Marques scrofuleuses sur le visage.

Plans (tirer des)

(Merlin, 1888) : Chercher un moyen.

Planter

(d’Hautel, 1808) : S’il est bien planté, il reviendra. Se dit d’une personne dont on fait peu de cas, et qui s’en est allée avec humeur.
Il est allé planter ses choux. Se dit par raillerie d’un homme qui s’est retiré à la campagne.
Planter là quelqu’un. L’abandonner, le quitter, lui retirer son amitié, sa protection, ses secours.
Arrive qui plante. Locution adverbiale qui marque la résolution dans laquelle on est, de ne pas changer d’idée quelque chose qu’il arrive.
Il m’a planté-là pour reverdir. Pour, il m’a abandonné subitement ; il m’a fait croquer le marmot.

(Halbert, 1849) : Laisser.

(Fustier, 1889) : Coïre.

(La Rue, 1894) : Coïre.

Planter des cornes

(Delvau, 1864) : Introduire son membre dans le vagin d’une femme mariée à un autre homme, — ce qui fait pousser des cornes à celui-ci et quelquefois un enfant à celle-là.

Planter la quelqu’un

(Delvau, 1867) : v. a. Le quitter brusquement, soit parce qu’il vous ennuie, soit parce qu’on est pressé. C’est l’ancienne expression : Planter là quelqu’un pour reverdir, mais écourtée et plus elliptique.

Planter le harpon

(Delvau, 1867) : v. a. Lancer une idée, avancer une proposition, — dans l’argot des marins.

Planter son poireau

(Delvau, 1867) : v. a. Attendre quelqu’un qui ne vient pas, — dans l’argot des faubouriens.

Planter un acte

(Rigaud, 1881) : Veut dire que le mouvement général et les positions en sont fixés. On dit planter la décoration dans le même sens. (A. Bouchard.) Planter un comparse. Le faire grimer, le placer, lui dessiner la marche à suivre et lui donner les indications nécessaires. (Musée Philipon, Théâtre de Bourg-en-Bresse.)

Planter un chou

(Fustier, 1889) : Tromper indignement.

Mon ci-devant m’a planté un chou colossal.

(Réveil, 1882.)

Planter un drapeau

(Virmaître, 1894) : Autrefois on disait faire un puff. Les ouvriers et les petits employés ont l’habitude de manger à la semaine ou au mois chez leur restaurateur ; fréquemment quand ils quittent leur place, ils ne payent pas le gargotier.
— Pourquoi ne passeslu pas par-là ?
— J’ai planté un drapeau.
Allusion au drapeau planté par les cantonniers sur la voie publique qu’ils réparent pour avertir qu’il ne faut pas passer là (Argot du peuple). N.

(Rossignol, 1901) : Faire une dette chez un marchand de vin ; on dit aussi faire un pouf.

Planter un homme

(Delvau, 1864) : Baiser une femme.

Que fais-tu donc là ? demandait un passant à Diogène, qui, en sa qualité de cynique, n’avait pas craint de trousser une fille en plein Agora et était en train de besogner avec elle, — Tu le vois ; je plante un homme, répondit-il.

A. François.

Plantes (user ses)

(Rigaud, 1881) : Marcher beaucoup. Mot à mot : user les plantes de ses pieds.

Planteur

(d’Hautel, 1808) : Un planteur de choux. Se dit par ironie d’un gentilhomme, ou d’un homme de distinction qui s’est retiré à la campagne.

Planteuse de bois

(Virmaître, 1894) : Femme qui fait son mari cocu. Mot à mot : elle lui plante du bois sur la tête (Argot du peuple). N.

Plantureusement

(d’Hautel, 1808) : Abondamment, largement, en grande quantité.

Plantureux

(d’Hautel, 1808) : Abondant, fertile.
Un pays plantureux. Qui abonde en toute chose.

Plaquer

(d’Hautel, 1808) : Plaquer un soufflet sur la joue. Pour donner un soufflet.
Plaquer quelque chose au nez de quelqu’un. Lui faire en face quelques reproches offensans.

(Halbert, 1849) : Venir, cacher.

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Abandonner, laisser là.

(Rigaud, 1881) : Quitter. — Remettre quelqu’un à sa place. Invectiver avec verve sans laisser à l’adversaire le temps de la réplique ; c’est-à-dire appliquer invectives sur invectives, comme on applique plaque sur plaque.

(Rigaud, 1881) : Confondre, interlouer, mettre dans l’impossibilité e répondre, aplatir moralement ; c’est le synonyme de coller. — As-tu vu comme je te l’ai plaqué ? il n’a plus soufflé mot.

(La Rue, 1894) : Quitter subitement. Venir. Cacher. Confondre, interloquer ; coller. Remettre quelqu’un à sa place. Invectiver vivement.

(Rossignol, 1901) : Quitter sa maîtresse est la plaquer. Quitter une société est aussi la plaquer.

Il est tard, bonsoir, je vous plaque.

Plaquer (se)

(Rigaud, 1881) : Se jeter, se précipiter. — Se plaquer dans la limonade, se jeter à l’eau.

Plaquer sa viande sous l’édredon

(Fustier, 1889) : Se coucher.

À onze heures et demie on a levé la séance. Le fait est qu’il était rien temps d’aller plaquer sa viande sous l’édredon.

(Henri IV, 1882.)

Plaques de garde-champêtre

(Merlin, 1888) : Les deux ou trois brisques d’un vieux sergent.

Plat

(d’Hautel, 1808) : Avoir le ventre plat. Pour n’avoir rien mangé depuis long-temps ; avoir le ventre creux.
Faire merveille du plat de la langue. Dire de belles paroles, tenir de beaux discours, mais ne point les mettre à exécution.
Donner du plat de la langue. Flatter, cajoler, caresser quelqu’un.
Mettre les petits plats dans les grands. Faire beaucoup de frais pour recevoir quelqu’un, mettre tout en l’air, ne rien épargner pour le bien traiter.
Mettre les pieds dans le plat. Voyez Pied.
Un bon plat de gelée. Pour dire une forte gelée.
On dit figurément d’un vin frelaté, sans goût et sans saveur : qu’il est plat.

(un détenu, 1846) : Argent en matière.

Plat à barbe

(Rigaud, 1881) : Hausse-col d’officier. (L. Larchey)

Plat d’affiches (prendre un)

(Rigaud, 1881) : Ne pas avoir de quoi déjeuner, — dans le jargon des ouvriers. À l’heure du déjeuner, celui qui n’a ni argent, ni crédit, flâne comme une âme en peine et fait des stations devant les affiches des théâtres.

Plat d’épinards

(Delvau, 1867) : s. m. Paysage peint, — dans l’argot du peuple et des bourgeois, dédaigneux des choses d’art presque au même degré. Ils devraient varier leurs épigrammes. Je vais leur en indiquer une, que j’ai entendu sortir de la bouche d’un enfant que l’on interrogeait devant un Corot : « Ça, dit-il, c’est de la salade ! »

Plat de chat

(Virmaître, 1894) : Il ne s’agit pas de la gibelotte de gouttière servie chez les Borgias à vingt-trois sous (Argot des filles). V. Accouplées.

Plat du jour

(Rigaud, 1881) : « Il n’est pas de cabaret où il ne se confectionne chaque jour ce que le restaurateur appelle dans son argot un plat du jour, c’est-à-dire un plat humain, possible, semblable à la nourriture que les hommes mariés trouvent chez eux ; un plat, enfin, que l’on peut manger sans en mourir. » (Th. de Banville, La Cuisinière poétique.)

(Virmaître, 1894) : Femme nouvelle servie aux habitués des maisons de rendez-vous avant qu’elle ne serve au public (Argot des filles). N.

Plat-cul

(Virmaître, 1894) : Tomber sur le côté pile. Les typographes disent sur le côté de deux. Allusion à l’envers de la page (Argot du peuple).

Plat-gueux

(Virmaître, 1894) : Homme lâche (Argot du peuple). V. Plat-ventre.

Plat-ventre (se mettre à)

(Virmaître, 1894) : Se dit de quelqu’un qui rampe devant un supérieur. Se mettre à plat ventre, c’est le comble de l’humiliation et de l’abaissement (Argot du peuple).

Platatim

(d’Hautel, 1808) : Mot adverbial et burlesque, parodié du latin, pour dire plat à plat.

Plateau

(Delvau, 1867) : s. m. Plat, — dans l’argot des francs-maçons.

(Rigaud, 1881) : Plat, — dans le jargon des francs-maçons.

Platée

(d’Hautel, 1808) : Ce que contient un plat. Se dit par mépris en parlant d’un plat chargé de mauvaise nourriture, d’alimens vils et bas.

(Delvau, 1867) : s. f. Grande quantité de choses ou de gens, — dans l’argot du peuple, par corruption de Plentée, vieille expression gu’on trouve dans le roman d’Aucassin :

Se je vois u gaut ramé.
Jà me mengeront li lé,
Li lion et sengler
Dont il i a plenté. (beaucoup.)

Platée, Platelée

(Delvau, 1867) : s. f. La quantité de mets contenue dans un plat.

Platine

(d’Hautel, 1808) : Pour dire une bonne langue, une voix forte, un gosier rustique.
Il a une bonne platine. Se dit d’un grand babillard, d’un homme qui parle avec une grande volubilité et pendant long-temps ; d’un crieur public qui fait de grands efforts de voix.

(Larchey, 1865) : « Il a une bonne platine, se dit d’un grand babillard. » — 1808, d’Hautel.

(Delvau, 1867) : s. f. Faconde, éloquence gasconne, — dans le même argot. Avoir une fière platine. Parler longtemps ; mentir avec assurance.

(Merlin, 1888) : Verve, faconde, — de l’argot parisien.

(La Rue, 1894) : Faconde, bavardage.

(Rossignol, 1901) : Voir grelot.

Platine (bonne)

(Rigaud, 1881) : Langue bien pendue, loquacité, bavardage.

Platre

(Halbert, 1849) : Argent. On dit aussi du pognon.

Plâtre

(Larchey, 1865) : Argent (Vidocq). — Il bouche plus d’un trou. Malgré la possibilité de cette image, on doit y voir une allusion à la blancheur de l’argent.

(Delvau, 1867) : s. m. Argent monnayé, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Argent. — Montre, matière d’argent, — dans le jargon des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Pour emplâtre. Mauvais ouvrier typographe, lent au travail.

(Boutmy, 1883) : s. m. Simple paquetier, et plus spécialement mauvais compositeur.

(La Rue, 1894) : Argent. Au plâtre, riche.

(Rossignol, 1901) : Argent.

(Hayard, 1907) : Argent.

Plâtre (en avoir)

(Virmaître, 1894) : Posséder beaucoup d’argent. Allusion au propriétaire qui fait construire une maison : il a du plâtre (Argot du peuple).

Plâtre (être au)

(Rigaud, 1881) : Avoir de l’argent. L’argent est à la poche ce que le plâtre est à un mur crépi. C’est une figure pour dire que celui qui a de l’argent n’est pas décrépit. Les voleurs ont emprunté cette expression à l’argot des maçons.

Plâtre-chaud

(d’Hautel, 1808) : Sobriquet injurieux que l’on donne à un mauvais ouvrier en maçonnerie.

Plâtrer

(d’Hautel, 1808) : Couvrir, cacher, dissimuler quelque chose sous des apparences peu solides.

Plats à barbe

(Rigaud, 1881) : Grandes oreilles.

(Merlin, 1888) : Cymbales.

(Virmaître, 1894) : Oreilles démesurées, se détachant du visage.
— Faudrait un balai pour nettoyer tes plats à barbe (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Grandes oreilles.

Platue

(Halbert, 1849) : Galette.

(Delvau, 1867) : s. f. Galette, — dans le même argot [des voleurs].

(La Rue, 1894) : Galette.

Plein

(d’Hautel, 1808) : J’en ai tout plein et puis encore. Locution vicieuse et triviale ; pour j’en ai beaucoup, j’en ai abondamment, excessivement.
Tout plein de gens, tout plein de monde. Pour, un grand nombre de gens, beaucoup de personnes.
Cette bouteille est pleine de vide. Se dit par plaisanterie d’une bouteille où il n’y a plus rien, et où l’on croyoit trouver quelque chose.
Le sac est plein. Se dit quand un homme a mis le comble à ses iniquités, et qu’il provoque sur lui le châtiment et la vengeance. On se sert aussi de cette locution pour exprimer que quelqu’un a beaucoup mangé ; ou qu’une femme est enceinte.
Donner à pleines mains. C’est-à-dire libéralement, avec profusion.
Ce vin sent la framboise à pleines bouche. Pour dire, a le goût de la framboise, laisse à la bouche l’odeur de la framboise.
Être plein de soi. Avoir une grande présomption, être trop favorablement prévenu de son mérite.
Elle a toujours le ventre plein. Se dit par raillerie d’une femme qui a des grossesses très-rapprochées, très-fréquentes.
Un visage de pleine lune. Un visage large, plein et ouvert.
Ce drap est à pleine main. Pour dire qu’il est bien fabriqué, qu’il est bien fourni.

(Fustier, 1889) : Argot des joueurs de roulette. L’un des casiers sur lesquels se trouvent inscrits les numéros correspondant à ceux de la roulette. Faire un plein, c’est placer sa mise en plein sur un numéro, au lieu de la disposer soit à cheval, soit d’une façon transversale.

Plein (être)

(Delvau, 1867) : Être ivre — à ne plus pouvoir avaler une goutte, sous peine de répandre tout ce qu’on a précédemment ingéré. Argot du peuple. On dit aussi explétivement Plein comme un œuf et Plein comme un boudin.

Plein comme un boudin (être)

(Virmaître, 1894) : Être repu de nourriture et de boisson. Mot à mot : avoir mangé comme un cochon (Argot du peuple).

Plein comme un œuf

(Rigaud, 1881) : Repu. — Avoir son plein, être repu.

Plein de soupe

(Delvau, 1867) : s. m. Homme dont le visage annonce la santé. On dit aussi Gros plein de soupe.

Plein de soupe (gros)

(Rigaud, 1881) : Joufflu. — Gros réjoui.

Plein, plein comme un œuf, comme un sac

(Larchey, 1865) : Saoul.

Un homme plein comme un œuf, pour avoir trop mangé.

Le Duchat, 1738.

Pleine lune

(Delvau, 1867) : s. f. Un des nombreux pseudonymes de messire Luc. On dit aussi Demi-lune.

Plette

(Halbert, 1849) : Peau.

Plette, pelette

(La Rue, 1894) : Peau.

Pleurant

(Larchey, 1865) : Oignon (Vidocq). — Il fait pleurer.

(Delvau, 1867) : s. m. Ognon, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Oignon. Il pousse aux larmes ni plus ni moins que certains mélodrames.

(La Rue, 1894) : Oignon.

Pleurer

(d’Hautel, 1808) : Il pleure en filou sans verser une larme. Voyez Larme.
Elle pleure aussi facilement qu’un autre pisse. Se dit par raillerie d’une femme qui pleure à volonté ; qui fond en larmes à la moindre contrariété qu’elle éprouve.
Faire pleurer la bonne Vierge. Se dit en plaisantant des enfans qui font des grimaces, qui se tirent les yeux et s’élargissent la bouche avec les doigts.
Pleurer comme un veau, comme une vache. Se dit par ironie d’une personne qui verse une grande quantité de larmes, qui jette les hauts cris pour des choses qui n’en valent pas la peine.
Il pleure d’un œil et rit de l’autre. Se dit d’un enfant contrarié qui pleure et rit tout à la fois.
Ne pleurer quelqu’un que d’un œil. Affecter une fausse sensibilité par l’absence ou la perte de quelqu’un que l’on ne regrette qu’en apparence.
Il pleure le pain qu’il mange. Se dit d’un avare qui se reproche la nourriture, les premiers besoins.
On diroit qu’il a pleuré pour avoir un habit, un chapeau. Se dit par ironie d’un homme qui a un habit écourté ou un petit chapeau, quand la mode est d’en porter un grand.

(Delvau, 1864) : Décharger.

Maman, j’ai plus d’une fois
Trouvé ma couche trempée :
Mon cœur était aux abois ;
Je fus bientôt détrompée.
Je fis cesser mes alarmes :
Ces pleurs qui mouillaient mon lit,
Ces pleurs n’étaient pas des larmes…
Mon petit doigt me l’a dit.

V. Combes.

Pleurer (faire)

(La Rue, 1894) : Escroquer ou voler.

Pleurer en filou

(Delvau, 1867) : Hypocritement, sans larmes, — dans l’argot du peuple.

Pleurer ses péchés

(Delvau, 1864) : Avoir la chaude-pisse.

Las ! si ce membre eut l’arrogance
De fouiller trop les lieux sacrez,
Qu’on lui pardonne son offense,
Car il pleure assez ses péchés.

Régnier.

Pleurésie

(d’Hautel, 1808) : Prends garde d’attraper une pleurésie. Se dit par raillerie à une personne indolente, qui fait tout avec lenteur et nonchalance.

Pleureur

(d’Hautel, 1808) : Ou dit vulgairement pleureux, comme amoureux.

Pleurnicher

(d’Hautel, 1808) : Mot satirique ; répandre des larmes sans être ému ; affecter du chagrin, de la douleur que l’on ne ressent point ; minauder, pleurer à la manière des enfans, afin d’obtenir ce que l’on désire.

(Delvau, 1867) : v. a. Pleurer mal à propos ou sans sincérité.

Pleurnicherie

(Delvau, 1867) : s. f. Plainte hypocrite, larmes de crocodile.

Pleurnicheur

(Delvau, 1867) : s. et adj. Homme qui pleure mal, qui joue la douleur. Pleurnicheuse. Femme qui tire son mouchoir à propos de rien.

Pleurnicheux, pleurnicheuse

(d’Hautel, 1808) : Celui ou celle qui pleurniche ; qui fait mine d’être affecté de quelque chose ; qui prodigue ses larmes.

Pleut (il)

(Larchey, 1865) : « Ces mots il pleut signifient, en langue de francmaçonnerie : Taisons-nous, parce qu’on nous écoute. » Aventures de J. Sharp, 1789.

(Rigaud, 1881) : Formule négative pour non, jamais. Voulez-vous me rendre un service ? — Il pleut.

(Rigaud, 1881) : Silence ! Attention ! voici du monde, — dans le jargon des typographes. On dit : « il pleut » pour avertir un camarade de se taire ou de parler d’autre chose, quand le rédacteur en chef, le secrétaire de la rédaction ou un étranger entre à l’imprimerie, et qu’on bêche quelqu’un de la boite.

Pleut (il) !

(La Rue, 1894) : Silence ! Attention !

Pleutre

(d’Hautel, 1808) : Terme injurieux et de mépris, qui équivaut à misérable, manan, rustre, manœuvre, homme sans moyens, sans éducation, sans capacité, et qui ne jouit d’aucune considération dans le monde.

(Delvau, 1867) : s. m. Pauvre sire, homme méprisable. S’emploie aussi adjectivement dans le même sens.

Pleuvoir

(d’Hautel, 1808) : Il dépense de l’argent comme s’il en pleuvoit. Se dit d’un dissipateur, d’un prodigue, d’un homme qui fait des dépenses inutiles et folles.
Quand il pleuvroit des hallebardes la pointe en bas. Se dit par exagération, pour, quelque mauvais temps qu’il puisse faire.
Des écoute s’il pleut. Des promesses vaines, des espérances incertaines, des projets hasardés.
Ila bien plu sur sa fripperie. Se dit de quelqu’un qui a fait une forte maladie, ou dont la fortune a été bouleversée.
Il en pleut. Se dit aussi des choses qui sont fort abondantes, et qu’on trouve communément,

(Rigaud, 1881) : Uriner, — dans le jargon des troupiers ; Aller pleuvoir. — Si tu savais comme tu me fais pleuvoir !

(Fustier, 1889) : Être abondant.

Pleuvoir à verse

(Delvau, 1867) : Aller mal, très mal, — en parlant des choses ou des gens. Argot des faubouriens. S’emploie surtout à la troisième personne de l’indicatif présent : Il pleut à verse.

Pleuvoir comme du chien

(Delvau, 1867) : v. n. À verse. Les Anglais ont à peu près la même expression : To rain cats and dogs (Pleuvoir des chiens et des chats), disent-ils. C’est l’équivalent de : Il tombe des hallebardes.

Pleuvoir des chasses

(Delvau, 1867) : v. n. Pleurer. Argot des faubouriens et des voleurs.

Pliant

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Couteau. Jouer du pliant, donner des coups de couteau.

(Rigaud, 1881) : Couteau de poche, — dans l’ancien argot.

Plier

(d’Hautel, 1808) : Plier la toilette. Pour dire, voler, dévaliser une personne.
Il vaut mieux plier que rompre. Signifie qu’il vaut mieux céder que se perdre en résistant.

Plier ses chemises

(Delvau, 1867) : v. n. Mourir, — dans l’argot du peuple.

Plier son éventail

(Rigaud, 1881) : Faire des signes d’intelligence aux messieurs de l’orchestre, — dans le jargon des demoiselles de théâtre.

Plioir

(d’Hautel, 1808) : Petit ustensile qui sert à plier et à couper le papier, et non ployoir, comme le disent les brocheuses et un grand nombre de personnes.

Plis (des) !

(Delvau, 1867) : Exclamation faubourienne de la même famille que Des navets ! du flan !

(Rigaud, 1881) : Des bêtises ! Rengaine de la famille de : « des navets ! des nèfles ! » — Le mot comporte l’idée d’un sous-entendu obscène à l’adresse du sieur podex.

Plis (des) !

(La Rue, 1894) : Formule négative comme des nèfles ! des navets ! etc.

Plomb

(d’Hautel, 1808) : La calotte de plomb. Pour dire, l’expérience que donnent le temps et un âge mûr.
Il lui faudroit un peu de plomb dans la tête. Se dit d’une tête légère ; d’un étourdi.
Fondre du plomb. Se croiser les bras ; paresser ; passer la journée à ne rien faire.
N’avoir ni poudre ni plomb. Être sans argent, sans moyens ; être dénué de ressources.
Jeter son plomb sur quelque chose. Former un dessein pour y parvenir.
Être en plomb. Pour dire, être mort ; être dans un cercueil de plomb.
Un cul de plomb. On appelle ainsi un homme qui ne prend pas d’exercice ; qui n’a pas d’activité. On le dit aussi d’un homme très-assidu, qui ne bronche pas quand il est à l’ouvrage.
Le plomb. Maladie honteuse et secrète qu’engendrent le vice et la débauche.

(Delvau, 1864) : La vérole — avec laquelle on blesse, et quelquefois on tue la personne à qui on la communique.

Le plus marlou peut attraper le plomb.

Dumoulin.

(Larchey, 1865) : « Gaz caché dans les fentes des pierres, et qui tue comme la foudre le vidangeur qui en est atteint. » — Berthaud. — Plomb : Vérole. — Plomber : Infecter, donner la vérole.

(Delvau, 1867) : s. m. Gorge, gosier, — dans l’argot des faubouriens. L’expression est juste, surtout prise ironiquement, le plomb (pour Cuvette en plomb) étant habitué, comme la gorge, à recevoir des liquides de toutes sortes, et la gorge, comme le plomb, s’habituant parfois à renvoyer de mauvaises odeurs. Jeter dans le plomb. Avaler.

(Delvau, 1867) : s. m. Hydrogène sulfuré qui se dégage des fosses d’aisances, — dans l’argot du peuple.

(Delvau, 1867) : s. m. Sagette empoisonnée décochée par le « divin archerot. »

(Rigaud, 1881) : Chambre de domestique ; chambre sous les plombs du toit.

(Rigaud, 1881) : Gaz délétère ; gaz hydrogène sulfuré qui se dégage des fosses d’aisances.

(Rigaud, 1881) : Gosier. — Est-ce que c’est ton plomb ou tes pieds qui schelinguent comme ça ? — C’est les deux.

(Rigaud, 1881) : Syphilis. — Être au plomb, avoir gagné la syphilis, — dans le jargon des voyous. — Manger du plomb, être blessé, tué par une arme à feu. (L. Larchey)

(La Rue, 1894) : Gosier. Gaz délétère des fosses d’aisances. Syphilis.

(Rossignol, 1901) : La gorge.

(Hayard, 1907) : Estomac, gosier.

Plomb (avoir une carotte dans le)

(Virmaître, 1894) : Puer de la bouche. Plomb est une expression déjà ancienne. Théophile Gautier faisant goûter à Alexandre Dumas père de la fine Champagne excessivement rare, celui-ci avala son petit verre d’un seul coup.
— Ah ! dit Théophile Gautier, tu jettes ça dans le plomb (Argot du peuple). N.

Plombe

(Bras-de-Fer, 1829) : Demi-heure.

(Larchey, 1865) : Heure. — Onomatopée. — Plombe imite le bruit grave d’une sonnerie de grosse horloge. V. Momir, Crosser. — Plomber : Sonner.

(Delvau, 1867) : s. f. Heure, — dans l’argot des voleurs. Mèche. Demi-heure. Mèchillon. Quart d’heure.

(Rigaud, 1881) : Heure. Dix plombes se décrochent, dix heures sonnent.

(La Rue, 1894) : Heure.

(Rossignol, 1901) : Heure. Il est 6 plombes et 10 broquilles.

(Hayard, 1907) : Heure.

Plombé

(La Rue, 1894) : Ivre.

(Virmaître, 1894) : Ivre ; l’homme ivre est lourd comme du plomb. L. L. Plombé veut dire atteint d’une maladie qui a fait la fortune de Charles Albert.
— Elle m’a plombé jusqu’à la moelle (Argot du peuple). N.

(Rossignol, 1901) : Il y a peu de temps, il y avait une chanson de concert où l’on disait : Vaut mieux s’la faire plomber, Que s’la faire arracher.

(Hayard, 1907) : Avarié.

Plombe (une)

(Halbert, 1849) : Une heure.

Plombe (une) qui noche

(Halbert, 1849) : Une heure qui sonne.

Plomber

(anon., 1827) : Puer.

(Bras-de-Fer, 1829) : Puer.

(M.D., 1844) : Sentir mauvais.

(un détenu, 1846) : Puer, exhaler de mauvaises odeurs.

(Halbert, 1849) : Puer.

(Delvau, 1864) : Se dit de l’odeur particulière que porte avec soi la femme qui ne se lave pas, ou qui échauffe trop son vagin seule ou en collaboration avec les hommes.

Nom d’un’ trombe !
Comm’ ça plombe
Dans ta vieille catacombe !

(Parnasse satyrique.)

(Delvau, 1867) : v. n. Exhaler une insupportable odeur, — dans l’argot des faubouriens, qui se souviennent des plombs du vieux Paris, plus funestes que ceux de Venise. Plomber de la gargoine. Fetidum halitum emittere.

(Delvau, 1867) : v. n. Donner à quelqu’un des raisons de se plaindre du « divin archerot ».

(Delvau, 1867) : v. n. Être lourd, pesant — comme du plomb.

(Rigaud, 1881) : Sonner. — La guimbarde ne plombe plus, la pendule ne sonne plus.

(Rigaud, 1881) : Communiquer la syphilis. — Être plombé, avoir du plomb de Vénus dans l’aile. — Sentir mauvais, répandre une odeur qui rappelle celle des plombs. — Plomber du goulot, sentir mauvais de la bouche.

(La Rue, 1894) : Sentir mauvais. Communiquer la syphilis.

(Rossignol, 1901) : Puer. On dira aussi : Ça plombe, qui a écrasé une perle ?

Plomber de la gargue

(Virmaître, 1894) : Sentir mauvais de la bouche. Tuer les mouches au vol (Argot du peuple).

Plomber de la gargue, danser tout seul

(Clémens, 1840) : Puer, sentir mauvais de la bouche.

Plombes

(Virmaître, 1894) : Heures.
— Voilà dix plombes qui se décrochent au tintamarre de l’antonne ; le ratichon va grimper à son zinc pour débagouler sa jasante au père la Tuile.
Plombes, allusion au marteau qui tombe d’aplomb sur la cloche (Argot des voleurs).

Plongeon

(d’Hautel, 1808) : Faire le plongeon. Expression métaphorique qui signifie, s’échapper, se dérober, devenir tout-à-coup invisible.

Plonger

(La Rue, 1894) : Voler à la tire.

Plongeur

(Larchey, 1865) : Misérable, déguenillé (Vidocq). — Allusion au costume primitif du plongeur. V. Paffe.

(Delvau, 1867) : adj. et s. Homme misérable, déguenillé, — dans l’argot des voleurs. Celui qui lave la vaisselle, — dans l’argot des cuisiniers.

(Rigaud, 1881) : Pauvre, misérable, — dans le jargon des voleurs. — Laveur de vaisselle, — dans l’argot des limonadiers et des restaurateurs.

(La Rue, 1894) : Misérable, gueux.

(Rossignol, 1901) : Employé qui, dans les cuisines de restaurants, lave la vaisselle.

Plotte

(anon., 1827) : Bourse.

(Bras-de-Fer, 1829) : Bourse.

(Halbert, 1849) : Bourse.

Plotte ou Pouchon

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Bourse.

Plotte, pelotte

(La Rue, 1894) : Bourse. Économies.

Plouse

(Halbert, 1849) : Paille.

(La Rue, 1894) : Paille.

Ployant

(Clémens, 1840) : Portefeuille.

(M.D., 1844) : Portefeuille.

(Larchey, 1865) : Portefeuille. — Un portefeuille se ploie.

Les dimanches tu grinchiras dans les toles bogues et ployants.

Vidocq.

(Delvau, 1867) : s. m. Portefeuille, — dans l’argot des voleurs.

(La Rue, 1894) : Portefeuille. Faire le ployant, payer avec des valeurs qu’on sait mauvaises.

Ployant, Ployé

(Rigaud, 1881) : Portefeuille.

Pluc

(Rigaud, 1881) : Butin, — dans l’ancien argot.

(La Rue, 1894) : Butin.

Pluie

(d’Hautel, 1808) : Après la pluie vient le beau temps. Pour dire qu’après un temps malheureux, il succède ordinairement un temps heureux et favorable.

Plumade

(Rigaud, 1881) : Paillasse, — dans l’ancien argot. — Et plumarde, aujourd’hui.

Plumage

(Halbert, 1849) : Paillasse.

Plumard

(Rigaud, 1881) : Lit. Se plumarder, se coucher, se mettre au lit, — dans l’argot du régiment.

(Merlin, 1888) : Voyez Poussier.

(Virmaître, 1894) : Lit de plumes. C’est un simple changement de finale, comme pour épicemar et frimard (Argot du peuple).

(Hayard, 1907) : Lit.

Plume

(d’Hautel, 1808) : Il y a laissé ses plumes. Se dit d’un homme à qui il a coûté beaucoup d’argent pour se tirer d’une affaire.
La belle plume fait le bel oiseau. Pour dire que la parure et les ornemens font ressortir la figure.

(Larchey, 1865) : Pince à effraction. V. Caroubleur. — Plume de Beauce : Paille. — On sait combien la Beauce est riche en céréales. On appelle Chartres la ville des pailleux.

Quelle poésie ! la paille est la plume de Beauce.

Balzac.

(Delvau, 1867) : s. f. Monseigneur, — dans le même argot [des voleurs].

(Rigaud, 1881) : Pince à effraction. — C’est avec cette plume que les voleurs signent leurs noms sur les portes.

(Rigaud, 1881) : Pelle-racloir dont se servent les maçons pour mêler la chaux, — dans le jargon des maçons.

(La Rue, 1894) : Pince-monseigneur. Cheveu.

Plume (tailler une)

(Rigaud, 1881) : Mordre à pleine bouche au fruit défendu, — dans l’argot des filles publiques.

Plume de beauce

(Halbert, 1849) : Paille.

Plume de Beauce

(Delvau, 1867) : s. f. La paille, — dans le même argot [des voleurs].

(Rigaud, 1881) : Paille, — dans l’ancien argot.

(La Rue, 1894) : Paille.

Plumepatte

(Merlin, 1888) : Synonyme de Dache.

Plumer

(d’Hautel, 1808) : Plumer quelqu’un. Lui escroquer son argent au jeu, ou par un vil artifice ; le ruiner.

(Rigaud, 1881) : Dépouiller un homme dans l’intimité. — Gagner au jeu l’argent d’un imbécile. L’homme plumé est un pigeon.

(La Rue, 1894) : Dépouiller un homme. Plumer l’oie du marché, tricher au jeu.

(Virmaître, 1894) : Dépouiller. Allusion à l’oiseau que la cuisinière plume pour le faire rôtir. Ruiner un individu, lui prendre jusqu’à sa dernière plume.
— Il faut à tout prix que vous sortiez de cette affaire, vous y laisseriez vos plumes (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Se coucher.

Plumer (se)

(Hayard, 1907) : Se coucher.

Plumer des pigeons

(Delvau, 1864) : Ruiner des hommes assez fous pour payer l’amour de certaines femmes plus qu’il ne vaut ; ou seulement leur arracher quelques billets de mille francs ou quelques louis.

Oiseaux plumés qu’a dispersés l’orage,
Ils vont chercher un monde plus parfait.
Mon épicier devient un personnage,
Arthur n’est rien, Oscar est sous-préfet.

Gustave Nadaud.

Plumer un homme

(Delvau, 1867) : v. a. Le dépouiller au jeu de l’amour ou du hasard.

Plumes

(Rigaud, 1881) : Cheveux destinés à la hotte, — dans le jargon des chiffonniers.

(Virmaître, 1894) : Cheveux.
— Tu veux toujours paraître jeune, mais tu te déplumes.
— Tu as rudement grandi ; ta tête dépasse tes cheveux (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Cheveux.

(Hayard, 1907) : Cheveux.

Plumes de beauce

(Virmaître, 1894) : Bottes de paille. On sait que les plaines de la Beauce sont fertiles en graminées ; le blé, le seigle et l’avoine y sont cultivés avec soin. Dans les prisons où les détenus n’ont pour literie qu’une simple paillasse, ils disent, par ironie, qu’ils couchent sur de la plume de Beauce (Argot des prisons).

Plumes de Beauce

(Rossignol, 1901) : Paille.

Plumet

(Delvau, 1867) : s. m. Ivresse, — dans l’argot des ouvriers. Avoir son plumet. Être gris. On dit aussi Avoir son panache.

Plumet (avoir son)

(Larchey, 1865) : S’enivrer. — Comparaison de la trogne à la couleur rouge d’un plumet d’uniforme.

N’est-ce pas que j’dois vous faire l’effet D’avoir c’qui s’appelle un plumet. Messieurs, c’est le picton !

Ch. Voizo, Ch.

M. Alphonse Duchesne a fait une chanson intitulée : J’ai mon plumet. (Paris, Roger, 1863.)

(Rigaud, 1881) : Être complètement ivre. C’est être complet au point de vue de l’ivresse. — Pourrait bien être une allusion au plumet des Suisses, réputés, comme on sait, buveurs intrépides.

Je pense que c’était un suisse du quartier, car il avait un plumet.

(Aventures des bals et des bois, 1745.)

Plure

(anon., 1827) : Redingotte, manteau.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Habit.

(Bras-de-Fer, 1829) : Redingote, manteau.

(Clémens, 1840) : Redingote.

(M.D., 1844) : Redingotte.

(Halbert, 1849) : Redingote, manteau.

Plus

(d’Hautel, 1808) : Tant et plus. Pour dire, abondamment, avec profusion.
Ni plus ni moins que, etc. Pour tout autant, tout de même que, etc.

Plus (il n’en faut)

(Rigaud, 1881) : C’est vieux, usé. — En voilà assez. — On ne m’y prendra plus. Locution qu’on a mise à toutes les sauces. — À bas, les gêneurs, il n’en faut plus. — Comment va votre femme ? — Il n’en faut plus. — Vous m’avez fait poser deux heures, il n’en faut plus. — Que dit-on de la pièce nouvelle ? — Il n’en faut plus.

Plus de gaz dans son compteur

(Virmaître, 1894) : Mourir. Le robinet de la vie est fermé, les yeux sont éteints (Argot du peuple). N.

Plus fine

(La Rue, 1894) : Excréments.

Plus souvent

(Larchey, 1865) : Jamais.

Ma sainte te ressemble, Nini. — Plus souvent que j’ai un air chose comme ça !

Gavarni.

(Delvau, 1867) : s. m. Sacrifice au Dieu Crepitus.

(Rigaud, 1881) : Non, jamais. Formule négative. — Plus souvent que je lui prêterais de l’argent.

Plus souvent !

(Delvau, 1867) : Jamais ! Terme de dénégation et de refus. Argot du peuple.

Plus-fine

(Delvau, 1867) : s. f. Le stercus humain séché et pulvérisé. L’expression est vieille — comme toutes les plaisanteries fécales.

Et dit-on que de la plus fine
Son brun visage fut lavé ?…

(Cabinet satyrique.)

(Rigaud, 1881) : Guano de provenance humaine.

Pochard

(Delvau, 1867) : s. m. Homme qui a l’habitude de s’enivrer. Malgré tout mon respect pour l’autorité de la parole de mes devanciers et mon admiration pour leur ingéniosité, à propos de ce mot encore, je suis forcé de les prendre à partie et de leur chercher une querelle — non d’Allemand, mais de Français. L’un, fidèle à son habitude de sortir de Paris pour trouver l’acte de naissance d’une expression toute parisienne, prend le coche et s’en va en Normandie tout le long de la Seine, où il pèche un poisson dans les entrailles duquel il trouve, non pas un anneau d’or, mais l’origine du mot pochard : des frais de voyage et d’érudition bien mal employés ! L’autre, qui brûle davantage, veut qu’un pochard soit un homme « qui en a plein son sac ou sa poche ». Si cette étymologie n’est pas la bonne, elle a du moins le mérite de n’être pas tirée par les cheveux. Mais, jusqu’à preuve du contraire, je croirai que l’ivrogne ayant l’habitude de se battre, de se pocher, on a dû donner tout naturellement le nom de pochards aux ivrognes.

(Rigaud, 1881) : Ivrogne fainéant et ami des plaisirs. M. Fr. Michel le fait venir de poisson, poichon, poçon, mesure de vin. Pourquoi ne viendrait-il pas de pochon, coup, contusion dont la figure de l’ivrogne induré est généralement illustrée ?

Pochard, poche

(Larchey, 1865) : Ivrogne. (Vidocq, 1837). — Mot à mot : Ivre, ivrogne, homme qui remplit ou qui a rempli de vin la poche de son estomac.

Je ne sais pas ce que j’ai… je crois que je suis un peu pochard.

M. Michel.

Pocharder

(Larchey, 1865) : Enivrer.

Pisque tu soldes ma de pense, J’n’me pochardrai qu’avec toi.

Festeau.

Pocharderie : Ivrognerie (Vidocq, 1837).

(Rigaud, 1881) : Enivrer.

Pocharder (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. S’ivrogner, vivre crapuleusement.

Pocharderie

(Delvau, 1867) : s. f. Ivrognerie.

(Rigaud, 1881) : État du pochard ; ivrognerie.

Pochards (le signe de la croix des)

(Rigaud, 1881) : « Il consiste à prononcer « Montparnasse » sur la tête, à l’épaule droite « Ménilmonte », à l’épaule gauche « La Courtille », au milieu du ventre « Bagnolet », et dans le creux de l’estomac, trois fois « Lapin sauté. » » (Le Sublime.)

Poche

(d’Hautel, 1808) : Elle est grande comme ma poche. Se dit ironiquement et par mépris d’une petite personne, qui veut se carrer et se donner des airs.
Jouer de la poche. Pour dire, débourser beaucoup d’argent, faire de grosses dépenses.
Il a votre affaire dans sa poche. Pour dire, il tient la décision de votre affaire.

(Delvau, 1867) : s. f. Ivrognesse, — dans l’argot des faubouriens, qui de cochon a déjà fait coche. On dit aussi Poche, au masculin, à propos d’un ivrogne.

(Rigaud, 1881) : Apocope de pochard.

Quand on est poch’ on s’en revient chantant.

(Le Déménag. à la sonnette de bois, chans.)

Poche-œil

(Delvau, 1867) : s. m. Coup de poing appliqué sur l’œil, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Pochon.

Poche, pochard

(La Rue, 1894) : Ivrogne.

Pocher

(d’Hautel, 1808) : Meurtrir, froisser, faire des contusions.

(Delvau, 1867) : v. a. Meurtrir, donner des coups. Se pocher. Se battre, surtout à la suite d’une débauche de vin.

(Boutmy, 1883) : v. intr. Prendre trop d’encre avec le rouleau et la mettre sur la forme sans l’avoir bien distribuée. Peu usité.

Pocheté

(Rigaud, 1881) : Imbécile, niais.

(La Rue, 1894) : Niais. En avoir une pocheté, être très bête ou être ivre.

Pochetée

(Fustier, 1889) : Inintelligence. En avoir une pochetée, avoir la compréhension difficile.

(Hayard, 1907) : Imbécile.

Pochetée (avoir une)

(Virmaître, 1894) : Avoir une forte dose de bêtise.
— Il en a une rude pochetée.
Synonyme de gourde (Argot du peuple).

Pochette

(d’Hautel, 1808) : Belle pochette et rien dedans. Signifie autant que, belle montre et peu de rapport.

Pochettes

(Virmaître, 1894) : Les joues. Comme les poches, elles se gonflent (Argot du peuple).

Pochon

(Larchey, 1865) : Coup de poing.

Suivant qu’un pochon bien appliqué vient nuancer un œil ou froisser un nez.

H. Rolland.

(Rigaud, 1881) : Contusion à l’œil. — Le pochon marque l’œil, le poche, le boursoufle, et le rend semblable à un œuf poché.

(Hayard, 1907) : Coup.

Pochon, poche-œil

(La Rue, 1894) : Contusion à l’œil.

Pocker

(Rigaud, 1881) : Jeu de cartes d’importation américaine. C’est une sorte de bouillotte, moins vivace que l’autre, et qui se joue à six.

Poêle

(d’Hautel, 1808) : Il n’y a pas de plus embarrassé que celui qui tient la queue de la poêle. Pour dire que celui qui administre, qui dirige une affaire difficile, est plus embarrassé que ceux qui se contentent d’en parler.

Poêle à châtaignes

(Delvau, 1867) : s. f. Visage marqué de petite vérole, — par allusion aux trous, de la poêle dans laquelle on fait rôtir les marrons.

Poêle à marrons

(Rigaud, 1881) : Visage grêlé, — dans le jargon du peuple.

(Virmaître, 1894) : Homme grêlé. Allusion à la poêle percée de trous (Argot du peuple). N.

Poêle, Poil

(Rigaud, 1881) : Réprimande. — Ficher un poêle, un poil, réprimander.

Le patron nous fichera un poêle, si nous ne sommes pas rentrés à quatre heures du matin.

(J. Rousseau, Paris-Dansant.)

Poêlon

(d’Hautel, 1808) : Poêlon sans queue. Sobriquet injurieux que l’on donne à une mauvaise cuisinière ; à une cuisinière de petite maison.

Poëtereau

(d’Hautel, 1808) : Terme de mépris, petit et fort mauvais poëte.

Poétraillon

(d’Hautel, 1808) : Faiseur devers à la douzaine, poète qui rime malgré Minerve.

(Rigaud, 1881) : Mauvais poète.

Poétriau

(Delvau, 1867) : s. m. Mauvais poète, rapin du Parnasse. Le mot est d’H. de Balzac, à qui il répugnait sans doute de dire poétereau, — comme tout le monde.

Pogne

(Clémens, 1840) : Main.

(un détenu, 1846) : Main. Truquer de la pogne : mendier.

(Delvau, 1867) : s. f. Apocope de Poignet, — dans l’argot du peuple. Avoir de la poigne. Être très fort — et même un peu brutal.

(Rigaud, 1881) : Voleur, — dans l’ancien argot.

Pogne-main (à)

(Delvau, 1867) : adv. Lourdement, brutalement, à la main pleine.

Pogne, Poigne

(Rigaud, 1881) : Main. — Vigueur. Préfet à poigne, préfet qui montre de la vigueur. — Avoir une bonne poigne, avoir la main solide.

Pognes

(Rossignol, 1901) : Les mains.

(Hayard, 1907) : Mains.

Pognes (les)

(M.D., 1844) : Les mains.

Pognon

(M.D., 1844) : De l’argent.

(Delvau, 1867) : s. m. Argent, monnaie qu’on remue à poignée, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Argent de poche. — Pognon secret, économies, argent, caché, argent mignon.

(La Rue, 1894) : Argent.

(Virmaître, 1894) : Argent, monnaie. Allusion à l’argent mis à même la poche et que l’on prend à poignée. Une poignée d’argent ; de là, pognon (Argot des souteneurs).

(Rossignol, 1901) : Argent.

(Hayard, 1907) : Argent.

Pognon (du)

(Merlin, 1888) : De l’argent.

Pognoniste

(Rossignol, 1901) : Celui qui a du pognon.

Poids

(d’Hautel, 1808) : J’ai bien d’autres poids à lier. Voyez Lier.
Acheter quelque chose au poids de l’or. Le payer excessivement cher.
Un homme de poids. Pour dire, un homme qui jouit d’un grand crédit, d’un pouvoir considérable.

Poignard

(Delvau, 1864) : Le membre viril.

Mais Robin, las de la servir,
Craignant une nouvelle plainte,
Lui dit : hâte-toi de mourir,
Car mon poignard n’a plus de pointe.

Régnier.

Leve sa cotte, et puis lui donne
D’un poignard à travers le corps.

La Fontaine.

Heureuse ta nymphe légère,
Qui trompant sa jalouse mère.
Peut saisir un poignard si doux.

Grécourt.

(Delvau, 1867) : s. m. Retouche à un vêtement terminé, — dans l’argot des tailleurs et des couturières.

(Rigaud, 1881) : Vêtement qui revient au tailleur, à la couturière pour être retouché. — Retouche à faire à un vêtement.

Poignarder

(d’Hautel, 1808) : Ses cheveux poignardent le ciel. Se dit par raillerie d’une personne qui est coiffée ridiculement.
La curiosité le poignarde. Pour dire que quel qu’un est d’une curiosité excessive.

(Rigaud, 1881) : Retoucher un vêtement.

Poignarder le ciel

(Delvau, 1867) : v. a. Se dit — dans l’argot du peuple — de tout ce oui se redresse : cheveux, nez, col, pointe de cravate, etc., etc.

Poigne (avoir de la)

(Virmaître, 1894) : Raide, dur comme une barre de fer. Diriger une affaire avec énergie, commander avec rudesse. Cette expression date de l’Empire, qui inventa les préfets à poigne (Argot du peuple).

Poigne, pogne

(Larchey, 1865) : Main (Vidocq, 1837). — Mot à mot : Main qui empoigne.

J’ai la poigne solide, ça me suffit, et je vous étrangle.

E. Lemoine.

Pognon : Argent.

Poignée

(d’Hautel, 1808) : C’est arrangé comme une poignée de sottises. Se dit d’une chose en désordre, d’un ouvrage fait à la hâte, dans lequel on ne peut se reconnoître.

Poignée de salsifis

(La Rue, 1894) : Volée de coups.

Poignée de viande par la figure (foutre une)

(Rigaud, 1881) : Donner, un coup de poing sur le visage, appliquer un maître soufflet, — dans le jargon des bouchers.

Poignet (la veuve)

(Rigaud, 1881) : Exercice de l’onanisme.

Poignon

(un détenu, 1846) : Argent monnayé.

Poigre, Poique

(Rigaud, 1881) : Poète, littérateur, — dans le jargon des voleurs. Le second mot, poique, n’est qu’une déformation moderne du premier.

Poigre, poique

(La Rue, 1894) : Poète, littérateur.

Poil

(d’Hautel, 1808) : Avoir un poil dans la main. Être disposé à ne rien faire, se laisser gagner par l’oisiveté.
Il y a laissé son poil. Se dit en parlant d’un homme qui dans une affaire a eu du dessous, ou un grand désavantage.
Poil de Judas. Cheveux ou barbe rousse.
Être au poil et à la plume. Être bon et habile à plusieurs choses.
Un brave à trois poils. Fanfaron, homme qui dit plus qu’il n’en fait.
C’est un gaillard à poil, un luron à poil. Se dit d’un homme fort, vigoureux, et bien taillé ; ou fin, habile et rusé.
Il a de beaux poils. Se dit par ironie de quel qu’un qui n’a pas de beaux cheveux.
Reprendre du poil de la bête. Se remettre au travail, reprendre ses travaux accoutumés après plusieurs jours de féerie.
Un poil ne passe pas l’autre. Se dit d’un homme ajusté, vêtu avec recherche.
Il se laisseroit arracher la barbe poil à poil. Se dit d’un poltron, qui souffre et passe sous silence les offenses les plus graves.

(Larchey, 1865) : Réprimande.

(Delvau, 1867) : s. m. Paresse, envie de flâner, — dans le même argot [du peuple]. Avoir un poil dans la main, ou tout simplement le poil. N’avoir pas envie de travailler. Nos pères disaient d’un homme fainéant : « Il est né avec un poil dans la main, et on a oublié de le lui couper. »

(Delvau, 1867) : s. m. Réprimande, objurgation, — dans l’argot des ouvriers paresseux.

(Delvau, 1867) : s. m. Courage, — dans l’argot du peuple, qui, sans croire, comme les Anciens, aux gens qui naissent avec des poils sur le cœur (V. Pline, Histoire naturelle), a raison de supposer que les gens velus de corps sont plus portés à l’énergie que ceux à corps glabre. D’où les deux expressions : Avoir du poil, c’est-à-dire du courage, et Être à poils, c’est-à-dire résolu.

(La Rue, 1894) : Paresse. Avoir un poil dans la main. Réprimande. Courage. Faire le poil, surpasser, tromper. Tomber sur le poil, battre.

Poil (avoir du)

(Hayard, 1907) : Être solide, d’attaque.

Poil (bougre à)

(Rigaud, 1881) : Homme courageux, plein d’énergie.

Poil (en avoir quelque part)

(Virmaître, 1894) : Homme courageux qui ne redoute rien. Dans le peuple, on dit le mot carrément (Argot du peuple).

Poil (en recevoir un)

(Virmaître, 1894) : Être fortement grondé. On dit aussi recevoir un galop ou un gras. Ce mot remplace suif (Argot du peuple).

Poil (faire le)

(Delvau, 1867) : Surpasser, faire mieux ou plus vite, — dans le même argot [du peuple]. Signifie aussi : Jouer un tour Supplanter. Autrefois on disait Faire la barbe.

(Rigaud, 1881) : Surpasser. — Tromper.

Poil (tomber sur le)

(Rigaud, 1881) : Battre. — Tomber sur le poil à bras raccourcis exprime le superlatif de l’action.

Poil au c. (avoir du)

(Rigaud, 1881) : Avoir du courage, de l’énergie, — dans le jargon du peuple.

Poil blond ou noir (avoir le)

(Delvau, 1864) : Avoir le pénis garni de poils blonds ou noirs.

Et jusques au nombril retroussant son peignoir.
Leur montra qu’étant blonde elle avait le poil noir.

L. Protat.

Poil dans la main (avoir un)

(Rigaud, 1881) : Être paresseux, Allusion à un poil imaginaire qui empêche de travailler celui qui en est détenteur. — Avoir un fameux poil dans la main, être très paresseux.

Poil dans la main (en avoir un)

(Virmaître, 1894) : Paresseux qui ne veut pas travailler, qui fête tous les jours la Sainte-Flemme.
— Il faudrait une rude paire de ciseaux pour lui couper le poil qu’il a dans la main (Argot du peuple).

Poil de brique

(Virmaître, 1894) : Femme ou homme à cheveux rouges, rouquin. On dit dans le peuple, par allusion à la couleur :
— Trois jours de plus dans le ventre de sa mère, elle était rôtie (Argot du peuple). N.

(Rossignol, 1901) : Celui qui a les cheveux roux.

Poil de mon sac

(Rossignol, 1901) : Voir Poil de brique.

Poil de sec (ne pas avoir un)

(Rigaud, 1881) : Éprouver une vive émotion. Allusion à la transpiration qu’une forte émotion procure à certaines personnes.

Poileuse

(Virmaître, 1894) : Absinthe. Dans les assommoirs où l’on débite de l’absinthe commune à la mesure, on emploie cette expression. Elle vient de ce que l’homme, abruti par cette boisson, ne peut plus travailler ; il est poileux. Mot à mot : il a un poil (Argot du peuple). N.

Poiloux