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L

L

(d’Hautel, 1808) : Il en a dans l’L, ou elle. Se dit d’un homme qui commence à devenir âgé, qui a passé la cinquantaine par une allusion homonymique du mot aile avec la lettre l.

(Rigaud, 1881) : Lettre que les bouchers, dans leur jargon, substituent à la première de chaque mot commençant par une consonne, tandis qu’ils rejettent celle-ci à la fin en l’accompagnant des désinences em, é, lem, sem, uche, fum. Exemple : Louchébem, boucher. — Linvé loussem, vingt sous. — Loucharmuche, mouchard. — Louave, saoûl. — Lésélemfum, fille publique. — D’autres fois, ils placent le mot lésé entre deux autres comme dans : linvé lésé loussem, vingt sous ; linvé lésé lousdré, vingt francs.

L’absinthe ne vaut rien après déjeuner

(Boutmy, 1883) : Locution peu usitée, que l’on peut traduire : Il est désagréable, en revenant de prendre son repas, de trouver sur sa casse de la correction à exécuter. Dans cette locution, on joue sur l’absinthe, considérée comme breuvage et comme plante. La plante possède une saveur amère. Avec quelle amertume le compagnon restauré, bien dispos, se voit obligé de se coller sur le marbre pour faire un travail non payé, au moment où il se proposait de pomper avec acharnement. Déjà, comme Perrette, il avait escompté cet après-dîner productif.

L’ange ou lance

(Halbert, 1849) : L’eau.

L’artif

(Halbert, 1849) : Ration de pain.

L’attiffe

(Halbert, 1849) : Linge blanc.

L’estome

(Halbert, 1849) : L’estomac.

L’être

(Larchey, 1865) : Être vierge.

Je le suis encore, m’a-t-elle dit en riant, je voudrais cesser de l’être par un joli homme comme toi.

Rétif, 1786.

La

(Delvau, 1867) : s. m. Mot d’ordre, signal ; invitation à se mettre à l’unisson, — dans l’argot des gens de lettres. Donner le la. Indiquer par son exemple, par sa conduite, ce que les autres doivent faire, dire, écrire.

(d’Hautel, 1808) : Au sortir de là. Pour quand cela seroit ainsi.
est redondant quand il est employé ainsi qu’il suit :
As-tu été là où je t’ai dit.
Il ne sait là où il a mis cette chose. Où
suffit seulement ici.

La camoufle s’exbigne

(Halbert, 1849) : La chandelle s’éteint.

La danser

(Larchey, 1865) : Être battu.

Ah ! je te tiens et tu vas la danser.

Id.

(Larchey, 1865) : Être maltraité en paroles.

Quiconque poussait les enchères était empoigné, témoin une jeune fringante qui la dansa, mais tout du long.

Vadé, 1788.

La faire à l’oseille

(Rossignol, 1901) : Ne pas tenir parole à un ami qui compte sur vous, c’est la lui faire à l’oseille.

J’ai des échéances aujourd’hui, je comptais pour les payer sur le prêt que je t’ai fait ; ne me remboursant pas, tu me la fais à l’oseille.

La faire belle

(Rossignol, 1901) : Gagner beaucoup d’argent par le travail ou toute autre façon, c’est la faire belle.

La frotte

(Rossignol, 1901) : La gale.

La jeter mal

(Rossignol, 1901) : Celui qui est mal habillé ou qui a un vêtement excentrique, ou qui marque mal, la jette mal.

La mine

(Halbert, 1849) : Le Mans.

La morphe

(Halbert, 1849) : Onguent.

La Nouvelle

(Rossignol, 1901) : Le bagne.

La palférinette

(Delvau, 1867) : s. f. Princesse de la bohème galante, de bal et de trottoir, — dans l’argot des gens de lettres, qui ont consacré ainsi le souvenir de La Palférine de H. de Balzac.

La pousse

(Halbert, 1849) : La gendarmerie.

La reniflette

(Rossignol, 1901) : Police.

La rousse

(Rossignol, 1901) : Police.

La rousse en planque

(Halbert, 1849) : La police vient.

La semaine des quatre jeudis

(Virmaître, 1894) : On dit d’une personne sale et crasseuse qu’elle se débarbouille la semaine des quatre jeudis, c’est-à-dire jamais. Un paresseux ne travaille jamais que cette semaine-là.
— Quand allez-vous me payer mon terme ? demande un propriétaire à son locataire.
— La semaine des quatre jeudis.
Cette expression est synonyme de remettre aux calendes grecques (Argot du peuple). N.

La table est mise

(Virmaître, 1894) : Les enfants du peuple portent des pantalons fendus par derrière, on en comprend la raison. Quand le moutard a fait ses besoins, il oublie de rentrer sa chemise ; il en passe toujours un lambeau, souvent taché de moutarde ; les gamins lui crient :
— La table est mise.
Allusion à la nappe (Argot du peuple). N.

La tour ou tour pointue

(Rossignol, 1901) : Dépôt de la préfecture de police où sont conduits tous les individus arrêtés.

Là-bas

(Larchey, 1865) : Maison du correction de Saint-Lazare.

Julia à Amandine : Comme ça, cette pauvre Angèle est là-bas ? — Ne m’en parle pas. Elle était au café Coquet a prendre un grog avec Anatole. Voilà un monsieur qui passe, qui avait l’air d’un homme sérieux avec des cheveux blancs et une montre. Il lui offre une voiture, elle accepte, un cocher arrive, et… emballée ! Le monsieur était un inspecteur.

Les Cocottes, 1864.

(Delvau, 1867) : adv. de l. Saint-Lazare, — dans l’argot des filles, qui n’aiment à parler qu’allusivement de ce Paraclet forcé.

(Rigaud, 1881) : Prison. — Prison de Saint-Lazare que les filles appellent encore : La campagne. — Revenir de la campagne, revenir de Saint-Lazare.

Labago

(Rigaud, 1881) : Là-bas.

(La Rue, 1894) : Là-bas. Lago, là.

Laboratoire

(Delvau, 1867) : s. m. Cuisine, — dans l’argot des restaurateurs, chimistes ingénieux qui savent transformer les viandes et les vins de façon à dérouter les connaisseurs.

Labourer

(d’Hautel, 1808) : Labourer sa vie. Pour gagner péniblement sa vie.
Il faut diablement labourer pour se retirer sur cet ouvrage. Se dit d’un ouvrage peu lucratif, où il faut travailler beaucoup pour ne pas faire grand bénéfice.
Labourer. Remuer la terre. Ce peuple change l’initiale de ce mot en r, et prononce rabourer. Il en fait de même pour tous les composés de ce verbe.

Laboureur (le)

(Delvau, 1864) : Le membre viril, qui est chargé de défricher les vagins vierges avec le soc de sa petite charrue, et de féconder les vagins stériles en déchargeant dedans.

Combien pourtant que bien faible me semble
Pour labourer à deux terres ensemble.

Cl. Marot.

Quoi faisant, j’appliquerai dorénavant mes dix mille écus à une terre que je labourerai tout seul.

(La France galante.)

Les autres enflaient en longueur par le manche que l’on nomme le laboureur de nature.

Rabelais.

Un demi-pied de la ressemblance au laboureur de nature.

Tabarin.

Lac (être dans le)

(La Rue, 1894) : Être pris, perdu, tomber dans l’embarras ou dans la misère.

(Virmaître, 1894) : Être pendu. L. L. Être dans le lac, c’est ne plus rien avoir à espérer, être aussi bas que possible. Lac, ici, est synonyme de lacet, être enlacé, pris par la misère, enserré dans les filets d’une femme ou d’un usurier, comme le pauvre oiseau dans le lac du braconnier (Argot du peuple). N.

(Hayard, 1907) : Être perdu, roulé.

Lacet

(Larchey, 1865) : Poucette. — V. Marchand.

Lacets

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Poucettes, — dans l’argot des voleurs. Les marchands de lacets. Les gendarmes.

(La Rue, 1894) : Poucettes. Marchand de lacets, gendarme.

(Virmaître, 1894) : Menottes. Le gendarme ou l’agent sont des marchands de passe-lacets (Argot des voleurs). V. Alliances.

Lacets (marchand de)

(Rigaud, 1881) : Gendarme à la poursuite d’un voleur, — dans l’ancien argot.

Lâchage

(Rigaud, 1881) : Abandon.

Lachard

(Virmaître, 1894) : Diamant de vitrier (Argot des voleurs). N.

(Hayard, 1907) : Diamant à couper le verre.

Lachard, lacheton

(La Rue, 1894) : Diamant de vitrier.

Lâche

(Delvau, 1867) : s. et adj. Paresseux, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Saint Lâche.

Lâche (saint)

(Rigaud, 1881) : Grand paresseux.

Lâcher

(d’Hautel, 1808) : Ce verbe reçoit un grand nombre d’acceptions parmi le vulgaire. Voici les manières les plus usitées d’en faire usage.
Lâcher quelqu’un. L’abandonner, le planter là.
On dit qu’une femme a lâché son mari, pour exprimer qu’elle l’a abandonné pour aller avec un autre ; qu’elle s’est séparée de lui.
En lâcher de bonnes. Dire des gausses, des contes bleus, des gasconnades.
En lâcher une. Pour donner essor à un mauvais vent.
Lâcher le pied. Pour s’enfuir honteusement ; montrer les talons.

(Delvau, 1864) : Quitter une femme dont on est l’amant, ou un homme dont on est la maîtresse.

Après ! Milie veut te lâcher.

Ch. Monselet.

— On dit aussi, dans le même sens : lâcher d’un cran.

(Delvau, 1867) : v. a. Quitter. Lâcher d’un cran. Abandonner subitement.

(Rigaud, 1881) : Sortir un objet, exhiber. — Lâcher le tuyau de poêle, lâcher le sifflet d’ébène.

(Rigaud, 1881) : Quitter, abandonner.

Voilà les femmes !… ça vous lâche dans le malheur.

(Dumanoir et d’Ennery, Les Drames du cabaret, 1864.)

Lâcher le coude, laisser tranquille. On dit à quelqu’un qui vous ennuie : Lâche-moi le coude.Lâcher comme un pet, abandonner sans vergogne, à l’improviste, — dans le jargon du peuple. — Lâcher la rampe, mourir. — Lâcher le paquet, faire des aveux. — Lâcher de l’argent, payer. — Lâcher l’écluse, uriner. — En lâcher un, sacrifier à crepitus.

Lâcher (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Oublier les lois de la civilité puérile et honnête, ventris flatum emittere, — dans l’argot des bourgeois. On dit aussi En lâcher un ou une, — selon le sexe de l’incongruité.

(Rigaud, 1881) : Produire en société un bruit trop personnel ; donner le jour à une émanation trop intime.

Lâcher d’un cran

(Rossignol, 1901) : « Fiche-nous la paix, tu nous ennuies, lâche-nous d’un cran. — Ma maîtresse m’a quitté, elle m’a lâché d’un cran. »

Lâcher de (se)

(Rigaud, 1881) : Faire de la dépense, faire acte de générosité, offrir quelque chose. Je me lâche de deux consommations. — Je me lâche de cinq francs.

Lâcher la bonde

(Virmaître, 1894) : Se comprend de deux manières. Lâcher la bonde : faire ses besoins. Lâcher la bonde à son tempérament : donner cours à sa violence, à son mauvais caractère. Dans les ateliers, quand le contre-coup gueule trop fort, on dit : Gare, il a lâché sa bonde (Argot du peuple). N.

Lacher la rampe

(Virmaître, 1894) : Mourir (Argot des serruriers).

Lâcher la rampe

(Delvau, 1867) : v. a. Mourir, — dans l’argot des faubouriens.

Lâcher le coude de quelqu’un

(Delvau, 1867) : v. a. Cesser de l’importuner, — dans l’argot des faubouriens. C’est plutôt une exclamation qu’un verbe : Ah ! tu vas me lâcher le coude ! dit-on à quelqu’un qui ennuie, pour s’en débarrasser.

Lacher les écluses

(Virmaître, 1894) : Pisser. L’allusion est juste, malgré que cela ne fasse pas monter la Seine. On dit aussi : mon pantalon ne tient pas l’eau (Argot du peuple). N.

Lâcher ses écluses

(Rossignol, 1901) : Uriner.

Lâcher son écureuil

(Delvau, 1867) : v. a. Meiere, — dans l’argot des voyous.

Lacher son gaz

(Virmaître, 1894) : Éternuer bruyamment par en bas. Quand cela arrive à quelqu’un dans la rue, les gamins lui disent :
— Dieu vous bénisse ! (Argot du peuple). N.

Lâcher un cran

(Delvau, 1867) : v. a. Se déboutonner un peu quand on a bien dîné, — dans l’argot des bourgeois.

Lâcher un pain

(Rossignol, 1901) : Flanquer un coup de poing ou une gifle.

Lâcher une naïade

(Delvau, 1867) : v. a. Meiere, — dans l’argot facétieux des ouvriers. Ils disent aussi Lâcher les écluses.

Lâcher une pastille du sérail

(Rossignol, 1901) : Odeur qui n’a rien de la pastille.

Lacher une sournoise

(Virmaître, 1894) : Vesser en sourdine. Pet avorté (Argot du peuple).

Lacher une tubéreuse

(Virmaître, 1894) : Pet foireux qui répand une odeur qui ne rappelle pas précisément la rose (Argot du peuple).

Lâcher une tubéreuse

(Delvau, 1867) : (V. Se lâcher.)

Lacheton

(Virmaître, 1894) : Diamant de vitrier (Argot du peuple). V. Lachard.

Lâcheur

(Larchey, 1865) : Homme sur lequel on ne peut compter. — Mot à mot : qui lâche ses amis.

Le lâcheur est la lorette de l’amitié.

A. Scholl, 1858.

Se lâcher de : Se payer. V. Rotin.

(Delvau, 1867) : s. et adj. Homme qui abandonne volontiers une femme, — dans l’argot de Breda-Street, où le rôle d’Ariane n’est pas apprécié à sa juste valeur.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme qui laisse ses camarades « en plan » au cabaret, ou ne les reconduit pas chez eux lorsqu’ils sont ivres, — dans l’argot des ouvriers, que cette désertion humilie et indigne. Beau lâcheur. Homme qui fait de cette désertion une habitude.

(Delvau, 1867) : s. et adj. Confrère qui vous défend mal quand on vous accuse devant lui, et qui même, joint ses propres railleries à celles dont on vous accable. Argot des gens de lettres. lâcheur ici est synonyme de Lâche.

(Rigaud, 1881) : Homme qui n’est pas partisan des liaisons amoureuses de longue durée.

Méfie-toi, Nini, c’est mon lâcheur de la semaine dernière.

(Grévin.)

Tous les maris sont des lâcheurs.

(Clairville et Siraudin, Le Mot de la fin.)

(Rigaud, 1881) : « On appelle ainsi les pilotes qui se chargent de conduire les bateaux depuis Bercy jusqu’au Gros-Caillou, en leur faisant traverser tous les ponts de Paris. » (É. de la Bédollière.)

Lâcheur, Lâcheuse

(Rigaud, 1881) : Homme, femme sur qui l’on ne peut compter.

Cet admirable lâcheur qu’on appelle l’Angleterre.

(La France, du 8 juin 1878.)

Mauvais, mauvaise camarade. — Celui, celle qui ne prend pas la défense d’un ami dont on dit du mal.

Lâchez la commande

(Rigaud, 1881) : Mot à mot : lâchez le fil commandé, en terme de machiniste. C’est, au théâtre, l’ordre d’allumer le lustre.

Un machiniste est sur le théâtre ; il crie : lâchez la commande… À cet ordre, un fil descend du cintre ; on y attache une herse à gaz, et, à un nouvel ordre, la herse remonte.

(Ch. de Boigne.)

Lachez-moi d’un cran

(Virmaître, 1894) : Allez-vous en. Compliment peu flatteur fait habituellement aux gens qui vous importunent. On lâche sa ceinture d’un cran quand on a trop mangé. On la serre d’un cran quand on a faim. On lâche sa femme ou sa maîtresse d’un cran quand elle est par trop embêtante. Mourir, c’est lâcher la vie d’un cran. Quand un homme est maussade en société, on lui dit :
— Allons, lâchez-vous d’un cran, déboutonnez-vous.
Ce à quoi un farceur répond. — Ah ! non, il y a des dames.
On dit aussi : remonter d’un cran dans l’estime du monde (Argot du peuple). N.

Lacorbine

(Rigaud, 1881) : Surnom que se donnententre eux les Éphestions de trottoir ; nom sous lequel les désignent généralement les inspecteurs du service des mœurs. C’est une déformation du mot « la courbée ».

Lacromuche

(Rigaud, 1881) : Souteneur de filles. C’est le mot macro « maquereau » par substitution de L à M et dotation de la désinence argotique muche. Dans l’argot des bals de la barrière du Trône, la plupart très poissonneux, lacromuche sert à désigner un « garçon », un « jeune homme » quelconque.

Lad

(Fustier, 1889) : Garçon d’écurie.

Autour du favori un cercle s’est formé pendant que les lads sellent le cheval sous la surveillance de l’entraîneur.

(Vie Parisienne, 1882.)

Lafarger

(Delvau, 1867) : v. a. Se débarrasser de son mari en l’empoisonnant ou de tout autre façon, — dans l’argot du peuple, plus cruel que la justice, puisqu’il fait survivre le châtiment au coupable.

Laffe

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : La vie. Esbigner la laffe, avoir la vie sauve.

(Halbert, 1849) : La vie.

(Delvau, 1867) : s. f. Potage, soupe, — dans l’argot des voleurs.

(Virmaître, 1894) : Soupe. On dit aussi : mouise, tambouille. Les maçons disent mortier, parce qu’ils empilent du pain dans le bol tant qu’il en peut tenir, ce qui forme une pâtée épaisse qui ressemble à du mortier (Argot du peuple). N.

(Hayard, 1907) : Soupe.

Lago

(M.D., 1844) : Là.

(Delvau, 1867) : adv. Là, — dans le même argot [des voleurs]. Labago. Là-bas.

(Rigaud, 1881) : Ici, — dans le jargon des voleurs.

(Rossignol, 1901) : La.

(Hayard, 1907) : Là.

Lago (saint)

(Rigaud, 1881) : La prison de Saint-Lazare.

Lagout

(Halbert, 1849) : Eau à boire.

(Rigaud, 1881) : Eau, — dans l’ancien argot.

(La Rue, 1894) : Eau à boire.

Laideron

(d’Hautel, 1808) : Mot injurieux et piquant, que l’on donne à une demoiselle extrêmement laide, qui fait la hautaine, la prude, la belle et l’agréable.

(Delvau, 1867) : s. m. Fille ou femme fort laide, — dans l’argot des bourgeois, dont l’esthétique laisse beaucoup à désirer. On dit aussi Vilain laideron, — quand on veut se mettre un pléonasme sur la conscience.

Laigre

(Rigaud, 1881) : Fête, foire.

(Hayard, 1907) : Foire.

Laine

(d’Hautel, 1808) : Des tireurs de laine. Voleurs qui détroussent les passans la nuit dans les rues.

(Larchey, 1865) : Mouton (Vidocq).

(Delvau, 1867) : s. f. Ouvrage, — dans l’argot des tailleurs.

(Rigaud, 1881) : Drap, — dans le jargon des tailleurs. Avoir de la laine, avoir de l’ouvrage.

(La Rue, 1894) : Ouvrage.

Lainé

(Delvau, 1867) : s. m. Mouton, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Mouton.

(La Rue, 1894) : Mouton.

Laïque (la)

(Fustier, 1889) : L’école laïque.

Ya pas classe à la laïque, tantôt, puisque tu es d’enterrement, emmène donc le gossinet ; Ça l’amusera c’t’enfant.

(Petite République française, février 1887.)

Laisser

(d’Hautel, 1808) : Il y a des gens qui prennent tout, mais lui ne laisse rien. Antithèse, jeu de mots trivial et vulgaire. Pour dire qu’un homme est égoïste, qu’il aime à prendre partout ses aises, sans s’inquiéter des besoins des autres.
C’est à prendre ou à laisser. Manière pressante de mettre le marché à la main ; ne pas souffrir que l’on marchande sur quelque chose.
Laisser ses os ou ses bottes dans un lieu. Pour y perdre la vie ; y mourir.
Je lairai, tu lairas, etc. Se dit par syncope pour je laisserai, tu laisseras, etc. Manière vicieuse de parier, fort usitée parmi le peuple.

Laisser aller (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. N avoir plus d’énergie, s’habiller sans goût et même sans soin ; se négliger. Argot du peuple.

Laisser aller le chat au fromage

(Delvau, 1867) : Perdre tout droit à porter le bouquet de fleurs d’oranger traditionnel. L’expression est vieille, — comme l’imprudence des jeunes filles. Il y a même à ce propos, un passage charmant d’une lettre écrite par Voiture à une abbesse qui lui avait fait présent d’un chat : « Je ne le nourris (le chat) que de fromages et de biscuits ; peut-être, madame, qu’il n’était pas si bien traité chez vous ; car je pense que les dames de *** ne laissent pas aller le chat aux fromages et que l’austérité du couvent ne permet pas qu’on leur fasse si bonne chère. »

Laisser aller son chat au fromage

(Delvau, 1864) : Se laisser foutre par un homme.

Dites-moy, et ne mentez point,
Vous êtes-vous laissée aller ?

(Farces et Moralités.)

La fille a laissé aller le chat au fromage si souvent que l’on s’est aperçu qu’il fallait rélargir sa robe.

(Variétés hist. et littér.)

Laisser de ses plumes

(Delvau, 1867) : v. a. Perdre de l’argent dans une affaire ; ne sortir d’un mauvais pas qu’en finançant.

Laisser en plan

(Larchey, 1865) : Abandonner.

Et cet animal de barbier qui me laisse en plan.

Cormon.

Laisser faire (se)

(Delvau, 1864) : Consentir, quand on est femme et un peu amoureuse, à ce qu’un homme qui bande raide vous trousse, vous écarte les cuisses et vous baise.

Qui ne voulant perdre son temps,
Et craignant de mourir pucelle,
Se le laissa faire à dix ans.

Collé.

Après, elle lui laissa tout faire.

Tallemant des Réaux.

Chevaucher simplement une femme qui se laisse faire et que la honte ou la froideur empêchent de passer outre dans la recherche du plaisir, c st une satisfaction commune.

Mililot.

Laisser fuir son tonneau

(Delvau, 1867) : Mourir, — dans l’argot des marchands de vin.

Laisser pisser le mérinos

(Delvau, 1867) : v. n. Ne pas se hâter ; attendre patiemment le résultat d’une affaire, d’une brouille, etc. Argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Savoir attendre le moment favorable. Attendre patiemment le résultat d’une affaire.

(La Rue, 1894) : Ne pas se bâter, attendre le résultat d’une affaire pour en profiler.

Laisser pisser le mouton

(Rossignol, 1901) : Ne pas se faire de mauvais sang, laisser aller les choses.

Laissez pisser le mouton, chaque chose vient à son temps.

Laisser ses bottes quelque part

(Delvau, 1867) : v. a. Y mourir, — dans l’argot du peuple.

Laisser tomber son pain dans la sauce

(Delvau, 1867) : S’arranger de manière à avoir un bénéfice certain sur une affaire ; montrer de l’habileté en toute chose.

Laisser tomber une perle

(Virmaître, 1894) : Ces perles-là ne pourraient guère se mettre aux oreilles des dames car elles n’ont pas le parfum de celles de la gazelle (Argot du peuple). V. Pousser sa moulure.

(Rossignol, 1901) : Léger bruit venant des entrailles.

Laissez pisser le mérinos

(Virmaître, 1894) : Ne vous tourmentez pas, laissez marcher les choses, elles vont bien. Autrefois on disait : Laissez pisser le mouton, ce qui est absolument la même chose (Argot du peuple).

Lait

(d’Hautel, 1808) : Le vin est le lait des vieillards. Pour dire que cette liqueur, prise avec modération, ranime la vieillesse.
Vin sur lait rend le cœur gai. Se dit pour engager quelqu’un qui a déjeuné avec du lait, à boire un coup après.
Si on lui tordoit le nez, il en sortiroit du lait. Reproche que l’on fait à un jeune homme sans expérience, à un ignorant qui veut en remontrer à plus expérimenté que lui.
C’est sa vache à lait. Se dit d’une personne qui fournit à toutes les dépenses d’un prodigue, d’un dissipateur.

(Delvau, 1867) : s. m. Encre, — dans l’argot des voleurs. Lait à broder. Encre à écrire. Lait de cartaudier. Encre d’imprimerie.

Lait (boire du)

(La Rue, 1894) : Être content, heureux. Être applaudi, félicité.

Lait à broder

(Larchey, 1865) : Encre (id.) — Allusion ironique à la couleur de l’encre. V. Broder.

(Rigaud, 1881) : Encre, — dans le jargon des voleurs.

(Virmaître, 1894) : Encre. Dans les prisons, quand le lazagneur écrit une lettre pour un camarade, il dit qu’il se sert du lait à brodancher pour attendrir celui à qui on écrit. Brodancher pour broder. Encre est ici une figure, car souvent c’est le lait qui en sert. Dans les prisons on sait que toutes les lettres des détenus adressées à des parents ou à des amis passent par le greffe. Le greffier ou le directeur lit la lettre et si elle ne contient rien de contraire au règlement il la vise par ce signe : V. Le plus grand souci des prisonniers est d’éviter cette formalité gênante surtout si la lettre est adressée à un complice. Alors ils emploient le lait pour écrire entre les lignes écrites à l’encre. Pour cela il faut du lait écrémé et du papier non glacé, parce que l’écriture serait grasse, brillante et la supercherie serait apparente. Pour faire apparaître l’écriture il suffit de frapper fortement la lettre avec un chausson plein de poussière ; la poussière s’attache aux caractères qui deviennent lisibles. Autrefois dans les prisons on se servait d’oignons, mais le truc fut découvert, on n’en vend plus dans les cantines, tandis que l’on y trouve du lait (Argot des voleurs). N.

Lait à broder, lait de la vache noire

(La Rue, 1894) : Encre.

Lait de vieillard

(Delvau, 1867) : s. m. Vin, — dans l’argot du peuple, qui dit cela pour avoir le droit de téter jusqu’à cent ans.

Lait des vieillards

(Rigaud, 1881) : Vin, s’il faut en croire les vieux ivrognes.

Laité

(d’Hautel, 1808) : Une poule laitée. Pour dire un homme foible, efféminé, qui ne met aucune vigueur dans ses actions.

Laïus

(Larchey, 1865) : Discours.

Dans le dialecte de l’École polytechnique, tout discours est un laïus, depuis la création du cours de composition française en 1804. L’époux de Jocaste, sujet du premier morceau oratoire traité par les élèves, a donné son nom au genre. Les députés à la Chambre, les avocats au barreau, les journalistes dans les premiers-Paris, piquent des laïus.

La Bédollière.

Pour les officiers sortant de Saint-Cyr, le laïus est un broutta, du nom d’un professeur de l’École, doué d’une certaine facilite d’élocution. Ce qui a fait le verbe broutasser et le substantif broutasseur.

De Vauvineux.

(Delvau, 1867) : s. m. Discours quelconque, — dans l’argot des Polytechniciens, chez qui ce mot est de tradition depuis 1804, époque de la création du cours de composition française, parce que le sujet du premier morceau oratoire à traiter par les élèves avait été l’époux de Jocaste. Piquer un Laïus. Prononcer un discours. Les Saint-Cyriens, eux, disent Brouta (du nom d’un professeur de l’École), broutasser et broutasseur.

Laïus (sécher le)

(Rigaud, 1881) : Ne pas se donner la peine de faire le discours dont le sujet a été donné par le professeur, — dans le jargon des Écoles.

Laize

(Rossignol, 1901) : Femme prostituée.

Lama (grand)

(Fustier, 1889) : Chef, maître suprême.

Le grand lama est arrivé hier soir. Pendant que M. Raynal se couchait, affolé par les toasts et les feux d’artifice à Montauban, M. Ferry débarquait à Cahors.

(Figaro, avril 1884.)

Lambert

(Delvau, 1867) : Nom qu’on donne, depuis l’été de 1864 à toute personne dont on ignore le nom véritable. Appeler Lambert. Se moquer de quelqu’un dans la rue.

Lambert (ohé) ! As-tu vu Lambert ?

(Rigaud, 1881) : Apostrophe, cri, scie qui s’est produit pour la première fois le 15 août 1864, le jour de la fête de Napoléon III. Du bout d’une rue à l’autre, sur les impériales des omnibus, dans les gares, dans les wagons, on n’entendait que le cri de : Ohé Lambert ! As-tu vu Lambert ? Cela dura trois ou quatre mois. Depuis on a passé à d’autres exercices. — Étymologie : Une femme de la campagne, venue à Paris pour la fête du 15 août, perdit ou égara, au débarcadère du chemin de fer de l’Ouest, son mari qui s’appelait Lambert ; et, pendant plus d’un quart d’heure, on entendit cette épouse éplorée demander à tous les échos : « Lambert ! » Les détracteurs de l’Empire prétendirent que le mot était un mot d’ordre venu de la rue de Jérusalem, et mis en circulation par la police, à la seule fin de distraire le peuple des idées politiques, dont on trouvait, aux Tuileries, qu’il s’occupait un peu trop.

Lambin

(d’Hautel, 1808) : Nom piquant que l’on donne à un homme indolent, paresseux, et qui est d’une lenteur extrême dans toutes ses actions.

(Delvau, 1867) : s. et adj. Paresseux, flâneur, — dans l’argot du peuple. Il emploie ce mot depuis très longtemps, trois siècles à peu près, si l’on en croit le Dictionnaire historique de M. L.-J. Larcher, qui le fait venir de Lambin, philosophe français, « lent dans son travail et lourd dans son style ». Signifie aussi hésitant.

Lambiner

(d’Hautel, 1808) : Agir mollement et avec nonchalance.

(Delvau, 1867) : v. n. Hésiter à faire une chose, à prendre un parti ; flâner.

Lambinerie

(d’Hautel, 1808) : Lenteur, nonchalance, tatillonnage que l’on apporte dans une affaire.

Lame

(d’Hautel, 1808) : Une bonne lame ; une fine lame. Pour dire une femme adroite, fine et rusée.
On dit aussi d’un bon tireur d’armes, d’un soldat vaillant et courageux, que c’est une bonne lame.

(Delvau, 1867) : s. f. Tombeau, — dans l’argot des romantiques, qui avaient ressuscité les vieux mots des poètes du XVIe siècle. Être couché sous la lame. Être mort.

(Hayard, 1907) : Couteau.

Lame (vieille)

(Rigaud, 1881) : Terme d’amitié entre anciens militaires.

Lamine

(Delvau, 1867) : n. de l. Le Mans, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Le Mans, — dans l’ancien argot.

Lampas

(Rigaud, 1881) : Gosier, gosier d’ivrogne dont la vocation est de lamper.

Lampe

(Delvau, 1867) : s. f. Verre à boire, — dans l’argot des francs-maçons. Ils disent aussi Canon.

Lampe (il n’y a plus d’huile dans la)

(Rigaud, 1881) : Il est bien près de la mort, il n’a plus de forces. Il s’éteint comme une lampe, à laquelle l’huile manque.

Lampe-à-mort

(Rigaud, 1881) : Ivrogne endurci, ivrogne que rien ne peut désaltérer.

Lampée

(d’Hautel, 1808) : Une lampée. Terme d’ivrogne qui signifie un grand verre de vin.
Boire tout d’une lampée. Avaler un verre de vin d’un seul trait.

(Delvau, 1867) : s. f. Grand coup de vin, — dans l’argot du peuple.

Lamper

(d’Hautel, 1808) : Boire à grands coups, sabler, avaler tout d’un trait les verres de vin.

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Boire abondamment. On disait, il y a deux siècles : Mettre de l’huile dans la lampe pour emplir un verre de vin.

Lampeur

(d’Hautel, 1808) : Un bon lampeur. Franc buveur ; homme qui vit continuellement dans la débauche et l’ivrognerie.

Lampie

(Delvau, 1867) : s. f. Repas, — dans l’argot des voleurs.

Lampion

(Halbert, 1849) : Sergent de ville.

(Larchey, 1865) : Chapeau à cornes.

Je passe le pantalon du cipal et je coiffe le lampion.

Bourget.

(Larchey, 1865) : Œil. — Allusion à la flamme.

Si j’te vois faire l’œil en tirelire à ton perruquier du bon ton, Calypso, j’suis fâché d’te l’dire, Foi d’homme ! j’te crève un lampion.

Chanson populaire.

(Delvau, 1867) : s. m. Chapeau, — dans l’argot des voyous.

(Rigaud, 1881) : Bouteille. — Œil. — Chapeau. — Sergent de ville.

(La Rue, 1894) : Chapeau. Œil. Bouteille. Gardien de la paix.

(Hayard, 1907) : Verre d’eau-de-vie.

Lampion rouge

(Fustier, 1889) : Poste de police. Allusion aux réverbères à vitres rouges qui indiquent les postes et les commissariats de police.

Lampions

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Yeux, — dans l’argot des faubouriens.

Si j’te vois fair’ l’œil en tir’lire
À ton perruquier du bon ton,
Calypso, j’suis fâché d’te l’dire,
Foi d’homme ! j’te crève un lampion !

dit une chanson qui court les rues. Lampions fumeux. Yeux chassieux.

Lampistron

(Virmaître, 1894) : Lanterne. Vient de lampiste, c’est le mot déformé (Argot des voleurs), V. Brulotte. N.

(Hayard, 1907) : Lanterne.

Lampistron, sourdoche

(La Rue, 1894) : Lanterne.

Lance

(d’Hautel, 1808) : Baisser sa lance. Rabattre de ses prétentions ; devenir humble et souple, de haut et fier que l’on étoit.
Être à beau pied sans lance. Être démonté, désarmé ; n’avoir plus d’équipages.

(anon., 1827) : Eau.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Eau.

(Bras-de-Fer, 1829) : Eau.

(Clémens, 1840) : Eau, larme.

(un détenu, 1846) : Eau pour boire.

(Larchey, 1865) : Eau (Vidocq). — Pour désigner l’eau, on a fait allusion à son extrême fluidité ; on a dit la chose qui se lance. Dans Roquefort, on trouve lancière : endroit par où s’écoule l’eau surabondante d’un moulin. V. Mourir, Trembler.

(Delvau, 1867) : s. f. Pluie, — dans l’argot des faubouriens, qui ont emprunté ce mot à l’argot des voleurs. À qui qu’il appartienne, il fait image.

(Delvau, 1867) : s. f. Balai, — dans le même argot [des faubouriens].

(Rigaud, 1881) : Eau. — Balai. Lancier du préfet, balayeur, cantonnier.

(Merlin, 1888) : Pluie. — Il tombe des lances, il pleut. Expression empruntée à l’argot parisien.

(La Rue, 1894) : Eau. Pluie. Balai. Lanciers du préfet, Balayeurs.

(Virmaître, 1894) : Eau, pluie.
— Il tombe de la lance à ne pas mettre un chien dehors.
Le peuple a emprunté ce mot à l’argot des voleurs.

(Rossignol, 1901) : Eau.

(Hayard, 1907) : Eau, pluie.

Lancé

(Larchey, 1865) : Gris.

Patara, au moins aussi lancé que le cheval, tapait sur la bête à tour de bras.

Phys. du Matelot, 1843.

(Larchey, 1865) : Rapide projection de la jambe.

Paul a un coup de pied si vainqueur et Rigolette un si voluptueux saut de carpe ! Les admirateurs s’intéressaient à cet assaut de lancés vigoureux.

1847, Vitu.

(Delvau, 1867) : s. m. Effet de jambes, dans l’argot des bastringueuses.

(Delvau, 1867) : adj. Sur la pente de l’ivresse, — dans l’argot des bourgeois.

(Rigaud, 1881) : Légèrement pris de vin.

Lance (de la)

(M.D., 1844) : De l’eau.

Lance (la)

(Delvau, 1864) : Le membre viril, avec lequel on blesse agréablement les femmes, qui, toutes, adorent les lanciers. Une belle arme, la lance ! De beaux hommes, les lanciers !

Il dit qu’il était aussi bien fourni de lance que la femme de cul.

Bonaventure Desperriers.

Et m’ayant montré sa lance, qui était droite, il me prit à force de corps et me coucha à la renverse sur le lit.

Mililot.

Lance de saint Crépin

(Delvau, 1867) : s. f. Alène, — dans l’argot du peuple, qui sait que saint Crépin est le patron des cordonniers.

Lance l’eau

(La Rue, 1894) : Pompier.

Lancefé

(Rossignol, 1901) : Conciergerie où vont les condamnés qui font appel.

Lancequiner

(anon., 1827) : Pleuvoir.

(Bras-de-Fer, 1829) : Pleuvoir.

(Hayard, 1907) : Pleuvoir.

Lancequiner (il va)

(Halbert, 1849) : Il va pleuvoir.

Lancequiner, Lansquiner

(Rigaud, 1881) : Pleuvoir. — Pleurer. — Uriner.

Lancer

(Halbert, 1849) : Pisser.

(Delvau, 1867) : v. n. Meiere, — dans l’argot des voleurs.

Lancer (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. De timide devenir audacieux auprès des femmes. Argot des bourgeois.

Lancer son prospectus

(Rigaud, 1881) : Jouer de la prunelle, faire entrevoir sous le feu des prunelles tout un monde de voluptés, — dans le jargon des filles.

Lancer une femme

(Rigaud, 1881) : Produire une femme dans le monde où l’on s’amuse. La lancer sur le chemin de la fortune, la mettre à la mode. Les gandins prononçaient et les gommeux prononcent : Je la lince. Une femme lancée est une femme qui occupe un certain rang dans la prostitution dorée, un des premiers sujets du monde galant. « Bientôt on la fêtera, on viendra verser à ses pieds les richesses du Potose ; on l’habillera de soie, on emplumera son chapeau… Alors elle sera lancée. » (Les Filles d’Hérodiade, 1845.)

Lanceur

(Delvau, 1867) : s. m. Libraire qui sait vendre les livres qu’il édite, — dans l’argot des gens de lettres. Bon lanceur. Éditeur intelligent, habile, qui vendrait même des rossignols, — par exemple Dentu, Lévy, Marpon, etc. Le contraire de lanceur c’est Étouffeur, — un type curieux, quoiqu’il ne soit pas rare.

Lanceuse

(Delvau, 1867) : s. f. Lorette vieillie sous le harnois, qui sert de chaperon, et de proxénète, aux jeunes filles inexpérimentées, dont la vocation galante est cependant suffisamment déclarée.

Lancier

(d’Hautel, 1808) : Un chaud lancier. Un fanfaron ; un hâbleur, qui se vante d’actions qu’il n’a pas faites.

Lancier du préfet

(Delvau, 1867) : s. m. Balayeur, — dans l’argot des faubouriens.

(Virmaître, 1894) : Balayeur. Allusion au long manche du balai qui ressemble à celui de la lance des lanciers (Argot du peuple).

Lanciers

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Quadrille à la mode il y a une dizaine d’années. Danser les lanciers. Danser ce quadrille.

Lanciers (danser les)

(Larchey, 1865) : « Quant à cet inévitable quadrille des lanciers, je ne vous dissimule pas qu’il commence à m’agacer cruellement le système nerveux. » — Alb. Second, 1857. — V. œil ! (Mon).

Lanciner

(Fustier, 1889) : Ennuyer. Lancinant, ennuyeux.

(La Rue, 1894) : Ennuyer.

Landau

(Rigaud, 1881) : Hotte de chiffonnier.

Landau à baleines

(anon., 1827) : Parapluie.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Parapluie.

(Rigaud, 1881) : Parapluie.

Comme si une poupée et un landau à baleines c’était pas la même chose ! Tous les deux se retournent et vous lâchent quand il fait mauvais.

(Huysmans, Marthe.)

Landeau à baleines

(Bras-de-Fer, 1829) : Parapluie.

Landernau

(Delvau, 1867) : n. de l. Ville de Bretagne située entre la Madeleine et la porte Saint-Martin, — dans l’argot des gens de lettres, qui ne se doutent peut-être pas que l’expression est octogénaire. Il y a du bruit dans Landernau. Il y a un événement quelconque dans le monde des lettres ou des arts.

Landier

(d’Hautel, 1808) : (gros chenet de fer). Il est froid comme un landier. Se dit d’un homme sec et flegmatique.

(Halbert, 1849) : Blanc.

(Delvau, 1867) : s. m. Employé de l’octroi, — dans l’argot des voleurs, qui ont conservé le souvenir du Landit de Saint-Denis.

(Rigaud, 1881) : Préposé de l’octroi.

(La Rue, 1894) : Employé de l’octroi. Blanc.

(Virmaître, 1894) : Employé de l’octroi. Autrefois, lorsque la foire du landit battait son plein, toutes les marchandises devaient payer un droit fixe, des employés étaient préposés pour le percevoir ; les fraudeurs nombreux les nommaient les landiers. Dans le peuple, on dit des gabelous, en souvenir de la gabelle (Argot du peuple).

(Hayard, 1907) : Douanier.

Landière

(Delvau, 1867) : s. f. Boutique de marchand forain.

(Rigaud, 1881) : Boutique foraine. En souvenir de la célèbre foire du landit qui se tenait à Saint-Denis.

(La Rue, 1894) : Boutique de forain.

(Virmaître, 1894) : Boutique de marchand forain. Ce mot est également un souvenir de la célèbre foire du landit où les escholiers de la rue du Fouarre allaient en procession s’approvisionner de papier. Une chronique du temps dit que la tête de la colonne était à la Plaine-Saint-Denis, alors que la queue était encore sur le parvis Notre-Dame (Argot des forains).

(Hayard, 1907) : Baraque de forain.

Landreux

(Rigaud, 1881) : Infirme, — dans l’ancien argot.

Langouste

(Fustier, 1889) : Argot du peuple. Chaussettes.

Languard

(d’Hautel, 1808) : Pour, babillard, hâbleur, qui a plus de langue que d’effet.

Languard, e

(Delvau, 1867) : adj. et s. Bavard, bavarde, mauvaise langue, — dans l’argot du peuple. Le mot sort des poésies de Clément Marot.

Langue

(d’Hautel, 1808) : C’est une belle chose que la langue. Se dit par mépris en parlant d’un fanfaron, d’un pédant qui, à dessein de rabaisser les autres, se vante de faire ce dont il n’est pas capable.
S’il en avoit autant sur le bout de la langue, il ne parleroit si à son aise. Voy. Bout.
Marie quatre langues. Sobriquet offensant que l’on donne à une commère, à une femme qui s’occupe sans cesse de divulguer les secrets des autres.
Il n’a pas sa langue dans sa poche. Se dit d’un homme loquace et babillard, qui manie bien l’instrument de la parole.
Une méchante langue, une langue de vipère. Celui qui dit du mal de tout le monde.
Tirer la langue d’un pied de long. Être dans la nécessité, dans l’extrême besoin.
Avoir la langue longue. Ne pouvoir garder un secret.
Mince comme la langue d’un chat. Se dit par mépris d’une chose de peu de valeur.
Il n’aura jamais assez de langue pour le restant de ses jours. Se dit d’un parleur éternel, qui babille à tort et à travers.
Avoir la langue grasse. Au figuré, tenir des propos obscènes.
Avoir la langue bien pendue. S’exprimer avec précision et facilité.
Il lui a donné du plat de la langue. Pour, il l’a enjôlé par ses beaux discours.
La langue lui a fourché. Pour, il a dit quelque chose contre son intention.
Qui langue a, à Rome va. Signifie qu’avec le don de la parole, on peut se frayer les chemins les plus difficiles.
Il a la langue bien affilée. Se dit d’un diseur de riens, d’un homme fort indiscret.
Un coup de langue est pire qu’un coup de lance. L’un est du moins souvent aussi dangereux que l’autre.
Voilà une langue qui n’a jamais menti. Plaisanterie usitée lorsqu’on sert sur table la langue de quelqu’animal.

Langue (avaler sa)

(Larchey, 1865) : Mourir. V. Claquer.

Langue de chat

(Virmaître, 1894) : Petit morceau de savon très mince, en forme de langue de chat, que les vagabonds portent constamment dans leur poche. On nomme aussi langue de chat, une sorte de petit gâteau sec que l’on mange en buvant du thé (Argot du peuple). N.

Langue des Dieux (la)

(Delvau, 1867) : La poésie, — dans l’argot des académiciens, dont cependant les vers n’ont rien de divin.

Langue exercée

(Delvau, 1864) : Qui possède à fond la science du gamahuchage soit pour femmes soit pour hommes.

Dit à Sophie, à la langue exercée,
De démontrer sur Édile Reynier
Comment on fait l’amour au gynécée
Et sur quel rhythme il le faut pratiquer.

J. Duflot.

Langue fourrée

(Rigaud, 1881) : Allusion libertine au coup fourré de l’escrime et appliquée au langage de l’amour. En latin, lingua duplex, id est quum in basiis lingua linguæ promiscetur.

Langue verte

(Delvau, 1867) : s. f. Argot des joueurs, des amateurs de tapis vert. Il y a, dans les Nuits de la Seine, drame de Marc Fournier, un professeur de langue verte qui enseigne et pratique les tricheries ordinaires des grecs. Le sens du mot s’est étendu : on sait quel il est aujourd’hui. Langue verte ! Langue qui se forme, qui est en train de mûrir, parbleu !

(Rigaud, 1881) : Argot des tricheurs, langue irrégulière, bas langage. Tantôt verte comme une pomme au mois d’août, tantôt verte comme un gibier trop faisandé.

Langues (faire une ou des)

(Delvau, 1864) : Introduire plus ou moins profondément sa langue dans la bouche d’une femme lorsqu’on est homme, d’un homme lorsqu’on est femme, ce qui donne un avant-goût du plaisir que l’on va goûter tout à l’heure en foutant. On dit aussi : faire langue fourrée.

Il lui fait une langue prolongée.

H. Monnier.

Puis, lorsqu’on a dormi, l’haleine est si mauvaise,
Que, pour faire une langue, on n’est pas à son aise.

Louis Protat.

Languilleur

(Fustier, 1889) : « Joseph deux fois par semaine, exerce au marché de la Villette la profession peu connue de languilleur. Le languilleur est l’homme auquel on amène, avant de les tuer, les cochons vivants. Il les empoigne par le cou et les serre jusqu’à ce qu’ils tirent la langue. Il la saisit et y cherche une tache qui, si elle existe, prouve que la bête n’est pas saine et doit être refusée par les bouchers. »

(Paris-Journal, 1882.)

Languiner

(Halbert, 1849) : Pleuvoir.

Lanla landerirette

(Delvau, 1864) : Refrain de couplets qui sert a gazer les gros mots. Il représente tantôt le vit, tantôt le con, etc., etc.

Auprès de sa jeune épouse,
Un mari peu complaisant
Dans une fureur jalouse
S’écria : Rien n’est plus grand
Que ton lanla landerirali
Que ton lanla landerira
A ce reproche la femme
De ce mari peu galant
Répondit ; Vilain infâme,
Que n’en puis-je dire autant
De ton lanla landerirette,
De ton lanla landerira !

Anonyme.

Lansq

(Larchey, 1865) : Partie de lansquenet.

Cette espèce de cornichon qui l’a dansé de 1,500 fr. hier au lansq.

Jaime.

(Rigaud, 1881) : Lansquenet, nom d’un jeu de cartes.

Lansquailler

(Delvau, 1867) : v. n. Meiere, — dans l’argot des voleurs. On dit aussi Lascailler.

(Virmaître, 1894) : Faire ses besoins.

Je viens de mettre dans un trou rond
Ce qu’un jour avec impudence
Le ministre Thiers sur un balcon
Fit voir aux citoyens de France.

Ce quatrain est de Gérard de Nerval (Argot des voleurs).

Lansque

(Delvau, 1867) : s. m. Apocope de Lansquenet, — dans l’argot de Breda-Street. Faire un petit lansque. Jouer une partie de lansquenet.

Lansquine

(Delvau, 1867) : s. f. Eau pluviale, — dans le même argot [des voleurs].

(Rigaud, 1881) : Pluie.

Quand je vois ces pauvres diables sans turbin… s’en aller sous la lansquine.

(Le Sans-culotte, 1878.)

(Virmaître, 1894) : Eau. pluie (Argot du peuple). V. Lance.

(Rossignol, 1901) : Pluie. Il lansquine, il pleut.

Lansquiner

(Clémens, 1840) : Pleurer.

(M.D., 1844) : Pleuvoir.

(un détenu, 1846) : Pleuvoir.

(Larchey, 1865) : Pleurer. — De lance : eau.

Bien des fois on rigolle qu’on devrait lansquiner.

Vidocq.

(Delvau, 1867) : v. n. Pleuvoir. Lansquiner des chasses. Pleurer.

(La Rue, 1894) : Pleuvoir. Pleurer. La pluie ressemble aux hachures produites sur l’horizon par les lances d’une troupe de lansquenets. On dit aussi tomber des hallebardes.

(Virmaître, 1894) : Pleuvoir.
— Il lansquine à torrent.
Lansquiner des chasses : Pleurer. La pluie tombe des yeux (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Épancher de l’eau.

(Rossignol, 1901) : Pleuvoir. Le ciel se couvre, il va lansquiner.

Lansquiner des chasses

(M.D., 1844) : Pleurer.

Lansquiner.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Pleuvoir.

Lansquineur

(Virmaître, 1894) : Petit mendiant qui fait semblant de pleurer à chaudes larmes sur la voie publique pour attendrir les passants (Argot du peuple).

Lanterne

(d’Hautel, 1808) : Long comme une lanterne. Nonchalant ; homme d’une lenteur extrême.
On ne lui fait point accroire que des vessies sont des lanternes. Se dit d’un homme fin, pénétrant, auquel on ne peut en compter facilement.

(anon., 1827) : Fenêtre.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Fenêtre.

(Bras-de-Fer, 1829) : Fenêtre.

(Delvau, 1864) : La nature de la femme, dans laquelle l’homme met sa chandelle — sans la moucher.

Margot s’endormit sur un lit
Une nuit toute découverte,
Robin, sans dire mot, saillît,
Il trouva sa lanterne ouverte.

(Cabinet satyrique.)

(Hayard, 1907) : Fenêtre.

Lanterne (radouber la)

(Rigaud, 1881) : Bavarder.

Lanterne (vieille)

(Rigaud, 1881) : Femme galante qui a gagné ses invalides.

Lanterne ou vanterne

(Halbert, 1849) : Fenêtre.

Lanterner

(d’Hautel, 1808) : Au propre, tarder, marchander, hésiter, être dans l’irrésolution ; impatienter, ennuyer.
Lanterner. Pendre quelqu’un à une lanterne : exécution funeste que le peuple se permettoit fréquemment dans les troubles de la révolution.

(Delvau, 1867) : v. n. Temporiser ; hésiter ; marchander et n’acheter rien. Argot du peuple.

(Delvau, 1867) : v. a. Ennuyer quelqu’un, le faire attendre plus que de raison, se moquer de lui.

(Fustier, 1889) : N’être plus apte aux choses de l’amour.

— Dis-moi, petite… crois-tu que… ? — Dame ! vous savez, monsieur avec mamz’elle, faut pas lanterner… — Ben oui ! mais voilà ! à présent c’est que j’lanterne !…

(Almanach des Parisiennes, 1882.)

(Virmaître, 1894) : Faire une chose mollement, accomplir un travail à regret : lanterner pour l’achever. Lanterner : synonyme de muser (abréviation de s’amuser). Marcher comme un chien qu’on fouette (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Faire une chose lentement. Mettre deux heures pour faire un travail de vingt minutes, c’est lanterner.

Lanternerie

(d’Hautel, 1808) : Irrésolution, nonchalance, paresse, oisiveté, lenteur que l’on apporte dans une affaire.

Lanternes de cabriolet

(Larchey, 1865) : Yeux fort saillants.

Oh ! c’est vrai ! t’as les yeux comme les lanternes de ton cabriolet…

Gavarni.

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Yeux gros et saillants.

Lanternier

(d’Hautel, 1808) : Un grand lanternier. Homme d’une excessive lenteur, irrésolu, indéterminé en toutes choses.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme irrésolu, sur lequel il ne faut pas compter.

Lantiberner

(d’Hautel, 1808) : Traîner en longueur, amuser par des discours frivoles ; abuser de la patience et de la complaisance de quelqu’un.

Lantiméche

(Rigaud, 1881) : Nom d’amitié, sobriquet tout intime. — Père Lantiméche, mère Lantiméche. — Les concierges des deux sexes se donnent volontiers entre eux « du Lantiméche ».

Lantimèche

(Delvau, 1867) : s. m. Imbécile ; jocrisse, — dans l’argot des faubouriens.

Lantiponnage

(d’Hautel, 1808) : Contes bleus, discours futiles et importuns.

(Delvau, 1867) : s. m. Discours importun, hésitation à faire ou dire une chose, — dans l’argot du peuple.

Lantiponner

(d’Hautel, 1808) : Hésiter, marchander, s’amuser à des bagatelles, à des riens ; passer son temps à des niaiseries ; badauder.

(Delvau, 1867) : v. n. Passer son temps à bavarder, à muser.

(Rigaud, 1881) : Parler pour ne rien dire.

(La Rue, 1894) : Bavarder. Muser, perdre son temps à des riens.

(Virmaître, 1894) : Synonyme de rasoir et de bassinant. Généralement, les concierges passent leur temps à lantiponner, c’est-à-dire à bavarder (Argot du peuple).

(Hayard, 1907) : Embêter, ennuyer quelqu’un.

Lanturlu

(d’Hautel, 1808) : Dans le langage populaire, ce mot équivaut à, allez au diable, allez-vous faire fiche.

(Larchey, 1865) : Vient de l’ancien mot enturlé qui signifiait fol, étourdi. V. Du Cange. — On aura dit l’enturlé, puis lanturlu.

(Delvau, 1867) : s. m. Écervelé, extravaguant, hurluberlu. On disait autrefois L’Enturlé.

Laouth

(Fustier, 1889) : Cheval. Argot des régiments d’Afrique.

Lapheur

(Hayard, 1907) : Celui qui fabrique des faux papiers.

Lapin

(d’Hautel, 1808) : Un lapin ferré. Nom burlesque que le peuple donne à un cheval.
Il trotte comme un lapin. Se dit de quelqu’un qui met une grande promptitude dans ses courses.
On dit par dérision d’une femme qui fait beaucoup d’enfans, que c’est une lapine.

(Larchey, 1865) : Bon compagnon.

Ils ont appelé dans leurs rangs Cent lapins quasi de ma force.

Festeau.

C’est un fameux lapin, il a tué plus de Russes et de Prussiens qu’il n’a de dents dans la bouche.

Ricard.

L’homme qui me rendra rêveuse pourra se vanter d’être un rude lapin.

Gavarni.

Au collège, on appelle lapins des libertins en herbe, pour lesquels Tissot eût pu écrire un nouveau Traité. Lapin a aussi sa signification dans le monde des messageries.

et puis le jeune homme était un lapin, c’est-à-dire qu’il avait place sur le devant, a côté du cocher.

couailhac.

(Larchey, 1865) : Apprenti compagnon.

Pour être compagnon, tu seras lapin ou apprenti.

Biéville.

(Delvau, 1867) : s. m. Apprenti compagnon, — dans l’argot des ouvriers.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme solide de cœur et d’épaules, — dans l’argot du peuple. Fameux lapin. Robuste compagnon, à qui rien ne fait peur, ni les coups de fusil quand il est soldat, ni la misère quand il est ouvrier.

(Delvau, 1867) : s. m. Camarade de lit, — dans l’argot des écoliers, qui aiment à coucher seuls. On sait quel était le lapin d’Encolpe, dans le Satyricon de Pétrone.

(Rigaud, 1881) : Voyageur, — dans le jargon des conducteurs d’omnibus. — En lapin, placé sur le siège d’une voiture, à côté du cocher.

(La Rue, 1894) : Voyageur d’omnibus. Fameux compagnon. Lapin ferré gendarme à cheval. Poser un lapin, abuser de la confiance d’une fille en oubliant de la payer, ou bien donner un rendez-vous galant à une femme et ne pas s’y rendre.

(Rossignol, 1901) : Promettre une chose et ne pas la tenir est poser un lapin. Un homme qui promet de l’argent à une femme et qui ne lui en donne pas lui pose un lapin.

(Rossignol, 1901) : Connu des conducteurs d’omnibus qui en étouffent le plus possible ; si ce n’est pas une grosse affaire pour le dividende des actionnaires de la compagnie, c’est toujours une augmentation de salaire pour le lapineur. Chaque voyageur qui n’est pas sonne au cadran par le conducteur, c’est pour celui-ci 30 centimes de gain, et un lapin pour la compagnie. J’en ai connu un qui trouvait que ce système n’allait pas assez vite : il avait deux clés et avant d’arriver à la tête de ligne, il descendait le cadran de vingt ou trente places. Il y a aussi le lapin pour le cocher de maison bourgeoise : c’est lorsqu’il prend un client pour une petite course pendant que son maître est au cercle ou ou en visite.

(Rossignol, 1901) : Homme fort, courageux. Sans doute pour faire allusion aux quarante lapins du capitaine Lelièvre, qui tinrent à Mazagran tête pendant plusieurs jours à des milliers d’Arabes. C’est à la suite de ce fait d’armes que les zéphirs ont été autorisés a porter la moustache.

Lapin (coller un)

(Rigaud, 1881) : Abuser de la confiance d’une femme qui vend l’amour tout fait, en oubliant de la rémunérer.

Lapin (en poser un)

(Virmaître, 1894) : Promettre cinq louis à une fille, ne pas les lui donner et lui faire son mouchoir. Faire attendre quelqu’un dans la rue par dix degrés de froid (Argot des filles). N.

Lapin (en)

(Delvau, 1867) : adv. Être placé sur le siège de devant, avec le cocher, — dans l’argot du peuple.

Lapin (étouffer un)

(Rigaud, 1881) : Ne pas sonner une place, — dans le jargon des conducteurs d’omnibus, lorsqu’il leur arrive de frustrer leur administration de trente centimes.

Lapin (fameux)

(Rigaud, 1881) : Courageux. — Lapin ferré, gendarme.

Lapin (manger un)

(Boutmy, 1883) : v. Aller à l’enterrement d’un camarade. Cette locution vient sans doute de ce que, à l’issue de la cérémonie funèbre, les assistants se réunissaient autrefois dans quelque restaurant avoisinant le cimetière et, en guise de repas des funérailles, mangeaient un lapin plus ou moins authentique. Cette coutume tend à disparaître ; aujourd’hui, le lapin est remplacé par un morceau de fromage ou de la charcuterie et quelques litres de vin. Nous avons connu un compositeur philosophe, le meilleur garçon du monde, qui, avec raison, se croyait atteint d’une maladie dont la terminaison lui paraissait devoir être fatale et prochaine. Or, une chose surtout le chiffonnait : c’était la pensée attristante qu’il n’assisterait pas au repas de ses funérailles ; en un mot, qu’il ne mangerait pas son propre lapin. Aussi, à l’automne d’antan, par un beau dimanche lendemain de banque, lui et ses amis s’envolèrent vers le bas Meudon et s’abattirent dans une guinguette au bord de l’eau. On fit fête à la friture, au lapin et au vin bleu. Le repas, assaisonné de sortes et de bonne humeur, fut très gai, et le moins gai de tous ne fut pas le futur macchabée. N’est-ce pas gentil ça ? C’est jeudi. Il est midi ; une trentaine de personnes attendent à la porte de l’Hôtel-Dieu que l’heure de la visite aux parents ou aux amis malades ait sonné. Pénétrons avec l’une d’elles, un typographe, « dans l’asile de la souffrance ». Après avoir traversé une cour étroite, gravi un large escalier, respiré ces odeurs douceâtres et écœurantes qu’on ne trouve que dans les hôpitaux, nous entrons dans la salle Saint-Jean, et nous nous arrêtons au lit no 35. Là gît un homme encore jeune, la figure hâve, les traits amaigris, râlant déjà. Dans quelques heures, la mort va le saisir ; c’est le faux noyé dont il a été question à l’article attrape-science. Au bruit que fait le visiteur en s’approchant de son lit, le moribond tourne la tête, ébauche un sourire et presse légèrement la main qui cherche la sienne. Aux paroles de consolation et d’espoir que murmure son ami, il répond en hochant la tête : « N-i-ni, c’est fini, mon vieux. Le docteur a dit que je ne passerais pas la journée. Ça m’ennuie… Je tâcherai d’aller jusqu’à demain soir… parce que les amis auraient ainsi samedi et dimanche pour boulotter mon lapin. » Cela ne vaut-il pas le « Plaudite ! » de l’empereur Auguste, ou le « Baissez le rideau la farce est jouée ! » de notre vieux Rabelais ?

Lapin (poser un)

(Hayard, 1907) : Promettre et ne pas tenir.

Lapin (rude)

(Hayard, 1907) : Homme fort, audacieux, courageux.

Lapin (un rude)

(Virmaître, 1894) : Homme fort, un risque tout, en tout et en toutes choses. Dans le peuple, une femme dit :
— Mon homme est un rude lapin (Argot du peuple). N.

Lapin de collidor

(Virmaître, 1894) : Domestique. Quand une femme vient aux halles accompagnée d’un larbin, les marchandes, en remettant les achats au domestique pour les porter à la voiture, lui disent :
— Tiens, mon vieux lapin de collidor (Argot du peuple). N.

Lapin de corridor

(Hayard, 1907) : Domestique.

Lapin de gouttière

(Delvau, 1867) : s. m. Chat.

Lapin du bois de Boulogne

(Fustier, 1889) : Filles publiques qui, l’été venu, font élection de domicile au Bois de Boulogne, quærentes quos devorent.

Ces amoureuses vagabondes, qu’on appelle en langage familier les lapins du Bois de Boulogne et qui ont à leur arc plusieurs cordes…

(République française, juin 1885.)

Lapin ferré

(Delvau, 1867) : s. m. Gendarme à cheval, — dans l’argot des voleurs. Ils l’appellent aussi Liège.

(Virmaître, 1894) : Gendarme à cheval (Argot des voleurs).

Lapineur

(Virmaître, 1894) : Genre de vol accompli par le conducteur d’omnibus qui oublie de sonner les voyageurs. Lapineur vient sans doute du nom du voyageur, qu’on désignait jadis sous le nom de lapin (Argot des voleurs).

Lapp

(Rossignol, 1901) : Rien.

Il m’a fait travailler pour lapp. — Je suis malheureux, je n’ai que lapp.

Laranque

(Hayard, 1907) : Quarante.

Larante

(La Rue, 1894) : Pièce de 2 fr. V. Beurre.

Larbin

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Mendiant.

(Clémens, 1840) : Domestique.

(un détenu, 1846) : Domestique, valet.

(Delvau, 1867) : s. m. Domestique, — dans l’argot des faubouriens, qui ont emprunté ce mot à l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Domestique.

Nous avons perdu le domestique, nous avons créé le larbin. Le larbin est an domestique ce que le cabotin est au comédien.

(N. Roqueplan.)

Le mot avait primitivement le sens de mendiant. C’est ainsi qu’il est expliqué dans le glossaire d’argot des Mémoires d’un forçat ou « Vidocq dévoilé ». — D’ailleurs les domestiques se livrent plus ou moins à la mendicité vis-à-vis de leurs maîtres.

(La Rue, 1894) : Domestique. Suce-larbin, bureau de placement.

(Virmaître, 1894) : Domestique (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Domestique.

(Hayard, 1907) : Domestique.

Larbin, bine

(Larchey, 1865) : Domestique (Vidocq).

Le faux larbin va se poster sous la porte cochère.

Paillet.

Larbinerie : Valetaille. V. Garçon, Pieu.

Larbin, Larbin savonné

(Rigaud, 1881) : Valet d’un jeu de cartes. — Quatorze de tyrans et trois larbins.

Larbine

(Rigaud, 1881) : Servante, bonne à tout faire.

Larbinerie

(Delvau, 1867) : s. f. Domesticité, valetaille.

(Rigaud, 1881) : Domesticité.

Larbinier

(Virmaître, 1894) : Complice qui se déguise en domestique pendant que le cambrioleur opère. C’est le larbinier qui va préalablement en reconnaissance pour préparer le vol (Argot des voleurs).

Larcins

(Delvau, 1864) : Petits vols amoureux, commis lestement et adroitement : ravir des baisers a une fille, lui prendre les tétons, le cul, les classes, etc., etc., sont des larcins qui sont répréhensibles, — selon l’humeur et le tempérament de la victime.

L’autre jour, au fond d’un jardin,
Il vous aperçut endormie ;
Il vous fit plus d’un doux larcin…
Vous étiez donc bien assoupie ?…
Si vous dormez comme cela,
Dites votre mea culpa.

(Vieille chanson anonyme.)

Larcotier

(Rigaud, 1881) : Luxurieux, — dans l’ancien argot.

Larcottier

(Larchey, 1865) : Paillard (Vidocq). — Mot à mot : larguotier : amateur de largues.

Lard

(d’Hautel, 1808) : Vilain comme lard jaune. Très-intéressé ; d’une avarice sordide.
Faire du lard. Dormir la grasse matinée.
Elle est grasse à lard. Se dit d’une femme qui a un embonpoint rustique et ridicule.

(Delvau, 1864) : le membre viril, — que grignottent si volontiers ces charmantes souris qu’ont appelle les femmes. Voyez : Couenne, chair, viande.

Gentils galants de rond bonnet,
Aimant le sexe féminin
Gardez si l’atelier est net,
Avant de larder le connin.

(Ancien Théâtre français.)

(Delvau, 1867) : s. m. La partie adipeuse de la chair, — dans l’argot du peuple, qui prend l’homme pour un porc. Sauver son lard. Se sauver quand on est menacé. Les ouvriers anglais ont la même expression : To save his bacon, disent-ils.

(Rigaud, 1881) : Graisse humaine. Perdre son lard, maigrir.

(La Rue, 1894) : Sa propre graisse, son corps. Sauver son lard, éviter un danger. Faire du lard, paresser au lit. Signifie aussi la marmite du souteneur.

(Rossignol, 1901) : Jeune enfant.

Lard (couenne de)

(Rigaud, 1881) : Brosse.

Lard (faire du)

(Larchey, 1865) : Engraisser.

La femme ronfle et fait du lard.

Festeau.

Lard (vieux)

(Virmaître, 1894) : Terme de mépris employé pour qualifier les vieilles rouleuses. Superlatif : Vieux lard rance (Argot du peuple). N.

Lard, lardon, salé

(Hayard, 1907) : Enfant.

Lardé aux pommes

(Rigaud, 1881) : Ragoût de pommes de terre au lard. — Un lardé aux pommes, une portion de pommes de terre au lard.

Au prix où sont les lardés aux pommes aux trente neuf marmites.

(Tam-Tam, du 6 juin 1880.)

Lardée

(Boutmy, 1883) : s. f. « Composition remplie d’italique et de romain. » (P. Vinçard.) Vieilli.

Larder

(d’Hautel, 1808) : Au figuré, s’épancher en paroles piquantes sur le compte de quelqu’un ; le mettre en pièces dans ses propos.

(Larchey, 1865) : Percer d’un coup de pointe. — Lardoire : Épée.

Vous verrez si je manie bien la lardoire.

Ricard.

(Delvau, 1867) : v. a. Percer d’un coup d’épée ou d’un coup de sabre, — dans l’argot des troupiers. Se faire larder. Recevoir un coup d’épée.

(Rigaud, 1881) : Donner un coup d’épée, un coup de couteau.

(Hayard, 1907) : Accoucher.

Lardoire

(Delvau, 1867) : s. f. Epée ou sabre.

(Rigaud, 1881) : Épée.

(La Rue, 1894) : Épée.

Lardon

(d’Hautel, 1808) : Raillerie, brocard, paroles fines et quelquefois mordantes.

(Fustier, 1889) : Jeune homme. Argot du peuple.

C’que c’est que la vie ! On était quat’cinq lardons. On a tiré ensemble quinze berges de rigolade, de flemme et de jeunesse.

(Mirliton, journal, oct. 1885.)

(Virmaître, 1894) : Enfant. Diminutif de lard. Dans le peuple, pour la chair de l’homme ou de la femme, on dit : le lard ; comme l’enfant est le produit des deux sexes, de là, lardon. Quand quelqu’un, dans une conversation, vous pique à chaque moment, on dit :
— As-tu bientôt fini de me larder ?
Allusion au veau que le charcutier pique de lardons (Argot du peuple). N.

(Rossignol, 1901) : Synonyme de lard.

Larenaque

(Rossignol, 1901) : Police.

Large

(d’Hautel, 1808) : Il n’est pas long, mais il est diablement large. Se dit d’un homme qui est très-long dans ses opérations ; qui fait attendre long-temps après lui.
Il est large, mais c’est des épaules. Voy. Épaules.
Tout du long et tout du large. Pour dire, à son aise.
Gagner le large. Pour, se sauver, s’enfuir.

(Delvau, 1867) : adj. Généreux, qui ne regarde pas à la dépense, — dans l’argot du peuple, qui parle comme écrivait Clément Marot :

Ils sçavent bien
Que vostre père est homme large ;
À souper l’auront, à la charge
Pour dix buveurs maistres passez.

(Traduction du Colloque d’Erasme.)

Large (du)

(Rigaud, 1881) : Partez ; cédez la place.

Large (envoyer quelqu’un au)

(Fustier, 1889) : L’envoyer promener.

Hier, je comptais presque sur lui… Ah ! bien ouiche ! il m’a envoyé au large.

(Vie Parisienne, 1882.)

Large (ne pas la mener)

(Rigaud, 1881) : Avoir peur, n’être pas rassuré. Large des épaules, large du cul, avare.

Large des épaules

(Larchey, 1865) : Avare. — Équivoque sur le mot large. — V. d’Hauthel, 1808.

(Delvau, 1867) : Avare. Cette expression se trouve dans le Dictionnaire de Leroux, édition de 1786, qui n’est pas la première édition.

Largoji

(Rossignol, 1901) : L’argot.

Largonji

(La Rue, 1894) : Argot des bouchers consistant à déformer les mots en substituant la lettre l a la première consonne qu’on reporte à la fin du mot et qu’on fait suivre des finales é, em, es, oc, i, ique, uche. Ex. : largonji pour jargon, lapierpès pour papier, alareilpé pour appareil, lianopuche, pour piano, élicierpem pour épicier. Quand le mot commence par in, an ou en c’est la seconde consonne oui est remplacée par l ; ex. : enlerfem (enfer). Si la lettre l se trouve en présence de trois consonnes réunies elle se reporte à la suivante ; ex. : entrelolsoc (entresol). Quelques mots échappent à ces règles générales : alibme (abîme), lajemcrès (jamais), etc.

Largue

(anon., 1827) : Catin.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Fille de joie.

(Bras-de-Fer, 1829) : Femme, catin.

(M.D., 1844) : Fille prostituée.

(un détenu, 1846) : Une femme.

(Delvau, 1864) : femme, maîtresse, dans l’argot des voleurs, des voyous et des bohèmes.

Toi non plus, ta ne m’as pas l’air d’une largue ordinaire.

Lemercier de Neuville.

Les largues nous pompent le nœud.

Dumoulin-Darcy.

(Larchey, 1865) : Femme. — V. Coquer, Momir.

Si j’éprouve quelque malheur, je me console avec ma largue.

Vidocq.

(Delvau, 1867) : s. f. Femme, maîtresse, — dans l’argot des voleurs et des souteneurs. Larguepé. Femme publique.

(Rigaud, 1881) : Femme. — Largue en vidange, femme en couches. (Colombey.) — Largue d’altèque, jeune femme. Largue en panne, femme abandonnée.

(La Rue, 1894) : Femme. Larguepé, prostituée.

(Virmaître, 1894) : Femme publique. Les voleurs disent larguepé par une adjonction de finale. M. Marcel Schwob dit que largue s’explique par marque (Villon. J. de l’arg.), qu’on a eu lasquemé, puis que la finale est tombée ; de là largue. Halbert d’Angers donne largue ou lasque. C’est largue qui a subsisté (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Femme.

(Hayard, 1907) : Femme.

Larguepé

(Rigaud, 1881) : Prostituée, — dans le jargon des voleurs.

Larguottier

(Delvau, 1867) : s. m. Libertin, ami des largues. On dit aussi Larcottier.

(La Rue, 1894) : Coureur de filles.

Larigot

(d’Hautel, 1808) : Espèce de flûte dont on ne fait plus usage.
S’en donner à tire larigot. S’en donner à cœur joie, mettre de l’excès dans ses plaisirs.

Larme

(d’Hautel, 1808) : Il pleure en filou, sans verser une larme. Voy. Filou.
Il est sur le pont de Sainte-larme. Se dit d’un enfant grimaud, qui témoigne quelqu’envie de pleurer.

(Delvau, 1867) : s. f. Très petite quantité, — dans l’argot des bourgeois, qui prennent une larme d’eau-de-vie dans une larme de café et se trouvent gris.

Larmon

(Virmaître, 1894) : Étain (Argot des voleurs). N.

(Hayard, 1907) : Étain.

Larque

(Clémens, 1840) : Femme publique.

(Hayard, 1907) : Femme.

Larque ou largue

(Halbert, 1849) : Catin.

Larron

(d’Hautel, 1808) : L’occasion fait le larron. Signifie que les actions bonnes ou mauvaises, dépendent souvent des circonstances.
Il ne faut pas crier au larron. Se dit quand on achette quelque chose trop cher, ou sa juste valeur.
Il faut être marchand ou larron. Pour dire qu’un marchand qui vend trop cher dérobe.
Au plus larron la bourse. Se dit par allusion à l’histoire de Judas, à qui on avoit confié la bourse.

Larronneau

(d’Hautel, 1808) : Petit filou qui exerce ses friponneries sur des choses de peu de valeur.

Larrons

(Boutmy, 1883) : V. Voleurs, s. m. pl.

Lartie, lartif, larton

(Larchey, 1865) : Pain. — On devrait dire l’artie, l’artif, l’arton. — Au moyen âge, artuit signifiait Repas. V. Roquefort. — Il est à remarquer que /artos/ en grec veut dire Pain — Larton brutal : Pain noir. — Larton savonné : Pain blanc. — brutal est un diminutif de brut. Savonné s’explique de lui-même. V. Tremblant. — Lartonnier : boulanger.

Lartif

(un détenu, 1846) : Pain.

(Rossignol, 1901) : Pain.

Lartif ou lartille

(Virmaître, 1894) : Pain (Argot des voleurs). V. Bricheton.

Lartif, ou Lartille, ou Larton

(Delvau, 1867) : s. m. Pain, — dans l’argot des voleurs qui ne veulent pas dire artie. Larton brut. Pain bis. Larton savonné. Pain blanc. Lartille à plafond. Pâté, — à cause de sa croûte.

Lartin

(Rigaud, 1881) : Mendiant, — dans l’ancien argot.

Larton

(Bras-de-Fer, 1829) : Pain.

(un détenu, 1846) : Pain.

(Virmaître, 1894) : Pain (Argot des voleurs). V. Bricheton.

(Rossignol, 1901) : Pain.

Larton brutal

(anon., 1827) : Pain bis.

(Bras-de-Fer, 1829) : Pain bis.

(Clémens, 1840) : Pain noir.

(Halbert, 1849) : Pain bis.

Larton brutale

(M.D., 1844) : Pain bis.

Larton savoné

(M.D., 1844) : Pain blanc.

Larton savonné

(anon., 1827) : Pain blanc.

(Bras-de-Fer, 1829) : Pain blanc.

(Clémens, 1840) : Pain blanc.

(Halbert, 1849) : Pain blanc.

Larton, Lartif

(Rigaud, 1881) : Pain, — dans l’ancien argot.

Larton, lartif

(La Rue, 1894) : Pain. V. Arton.

(Hayard, 1907) : Pain.

Lartonnier

(Rigaud, 1881) : Boulanger.

(Virmaître, 1894) : Voleur qui a pour spécialité de dévaliser les boutiques de boulangers. Lartonnier est impropre ; on devrait dire lartonneur (Argot des voleurs). N.

(Hayard, 1907) : Boulanger.

Lartonnier, ière

(Delvau, 1867) : s. Boulanger, boulangère.

Las

(d’Hautel, 1808) : J’en suis las comme d’une vieille morue. Se dit de quelqu’un ou de quelque chose qui obsède, qui impatiente, qui rebute.
Un las d’aller. Voy. Aller.
Las. On fait vulgairement un calembourg de ce mot ; et, quand quelqu’un dit qu’il est las, on ajoute malignement che ; ce qui fait lâche.

Las de chier (grand)

(Rigaud, 1881) : Grand efflanqué, grand molasse, — dans le jargon des voyous. C’est l’équivalent moderne de l’ancien las-d’aller.

Ce rongneux las-d’aller se frottait à mes bas.

(Regnier, Satire x.)

Lascailler

(anon., 1827) : Pisser.

(Bras-de-Fer, 1829) : Pisser.

(Larchey, 1865) : Pisser (Vidocq). — De lance. On dit encore : lancer de l’eau. V. Lansquiner.

(Rigaud, 1881) : Uriner, — dans le jargon des voleurs.

Lascar

(Larchey, 1865) : Fantassin.

Vient de l’arabe el-askir qui a la même signification. Date sans doute de l’expédition d’Égypte.

De Vauvineux.

A-t-il du toupet, le vieux Lascar ! dit l’invalide dans son langage pittoresque.

Balzac.

(Delvau, 1867) : s. m. Nom que — dans l’argot des troupiers et du peuple — on donne à tout homme de mauvaises mœurs, à tout réfractaire, à tout insurgé contre la loi, la morale et les choses établies. C’est une allusion aux mœurs des matelots indiens, malais ou autres, qui naviguent sur des bâtiments européens, hollandais principalement, et qui, tirés de la classe des parias, ne passent pas pour de parfaits honnêtes gens.

(Rigaud, 1881) : Soldat qui a longtemps servi, soldat qui connaît toutes les ficelles du métier.

Ah ! le lascar ! se dit Max, il est de première force, je suis perdu.

(Balzac, Un Ménage de garçon.)

(La Rue, 1894) : Homme roué, qui connaît toutes les ficelles.

Lascard

(Merlin, 1888) : Débauché, insoumis, paresseux, — de la langue sabir.

Lasciveté

(Delvau, 1864) : Prédisposition à l’amour ; art des courtisanes pour exciter les désirs des hommes.

Si la présence de l’empereur seul ne suffit pas pour les exciter, elles puisent dans leur lasciveté même un aimant mutuel.

La Popelinière.

Cette lasciveté de formes se reflète
Dans son justement bizarre et singulier.

A Glatigny.

Lasqué

(Virmaître, 1894) : Vingt centimes (Argot des voleurs). N.

Latif

(Delvau, 1867) : s. m. Linge blanchi, — dans l’argot des voleurs.

(La Rue, 1894) : Linge.

(Virmaître, 1894) : Linge blanc (Argot des voleurs).

(Hayard, 1907) : Linge blanc.

Latin

(d’Hautel, 1808) : Être au bout de son latin ; perdre son latin.
Il ne fait que cracher du grec et du latin.
Du latin de cuisine.
Pour dire, un latin barbare et corrompu.

(Rigaud, 1881) : Argot, — dans le jargon des voleurs. — Le petit dictionnaire d’argot (Paris, 1827, imprimé chez Guiraudet) porte en sous-titre « latin-français », c’est-à-dire argot-français.

Latine

(Delvau, 1867) : s. f. maîtresse d’étudiant.

Je suis latine
Gaiment je dine
Sur le budget de mon étudiant !

dit une chanson moderne.

Latqué

(Hayard, 1907) : Quatre.

Latrine

(Delvau, 1864) : Femme galante usée et sale, et qui continue à baiser, parce qu’il y a des gens qui ne sont pas difficiles.

Pourtant on fout cette latrine !
Ne vaudrait-il pas mieux cent fois
Moucher la morve de sa pine
Dans le mouchoir de ses cinq doigts ?

A. De Musset.

Latrompem

(Rossignol, 1901) : Patron (argot de boucher).

Latte

(d’Hautel, 1808) : Pour épée, sabre.
Tirer la latte. Pour se battre au sabre ou à l’épée.
Gras et dodu comme une latte. Voy. Gras.
Tu me scies le dos avec une latte. Pour, tu m’impatientes, tu m’obsèdes par tes propos.

(Delvau, 1867) : s. f. Sabre de cavalerie, — dans l’argot des troupiers. Se ficher un coup de latte. Se battre en duel.

(Rigaud, 1881) : Sabre de cavalerie. — Sabre droit des dragons, — dans l’argot du régiment.

(Merlin, 1888) : Sabre de cavalerie.

Lattife

(Rigaud, 1881) : Linge blanc, — dans le jargon des voleurs.

Laumi

(Halbert, 1849) : Perdu.

Laumie

(Halbert, 1849) : Perdue.

Laumir

(Halbert, 1849) : Perdre.

(Delvau, 1867) : v. a. Perdre, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Perdre, — dans l’ancien argot.

(La Rue, 1894) : Perdre.

(Virmaître, 1894) : Perdre.
— Il a laumi son pognon (Argot des voleurs).

(Hayard, 1907) : Perdre.

Laune

(Hayard, 1907) : Agent.

Laure

(Rigaud, 1881) : Maison de prostitution, — dans l’ancien argot ; du bas latin, laura, monastère.

Laurent

(d’Hautel, 1808) : Il est dedans comme le frère Laurent. Voy. Dedans.

Lavabe

(Delvau, 1867) : s. m. Place de parterre à prix réduit, — dans l’argot des voyous.

(Rigaud, 1881) : Contre-marque achetée pendant un entr’acte ou donnée par un spectateur qui va voir chez lui la suite du spectacle. — Billet à prix réduit.

(La Rue, 1894) : Place au théâtre achetée à prix réduit dans un entr’acte.

Lavabes

(Larchey, 1865) : « Les lavabes sont ceux que l’on fait entrer au parterre des théâtres, en ne payant que quinze sous par place. » — Cinquante mille voleurs de plus Paris, Paris, 1830, in-8. — « Gustave achetait un lavabe pour les Variétés. » — Id.

Lavabo

(Delvau, 1864) : Cuvette spécialement destinée aux soins de propreté, qu’exige la fréquente dépense de sperme.

Tu m’as ému, Scapin… Ton discours est fort beau
Je t’amène ma fille : achête un lavabo.

A. Glatigny.

Lavage

(Delvau, 1867) : s. m. Vente au rabais d’objets ayant déjà eu un premier propriétaire, — dans l’argot des filles et des bohèmes, qui ont l’habitude de laver précisément les choses les plus neuves et les plus propres, afin de s’en faire de l’argent comptant.

(Rigaud, 1881) : Vente pour cause de misère.

(La Rue, 1894) : Vente au rabais d’objets dont on veut se débarrasser.

Lavage, lessive

(Larchey, 1865) : Vente, à gros rabais, d’objets ayant déjà eu un premier propriétaire.

Les quatre volumes in-12 étaient donnés pour cinquante sous… Barbet n’avait pas prévu ce lavage.

Balzac.

À la Bourse, une Lessive est une opération désastreuse, qui vous nettoie. V. Nettoyer.

Lavasse

(d’Hautel, 1808) : Pluie qui tombe abondamment. Il signifie aussi vulgairement gronde, blâme, reproche, réprimande.
Il a reçu une bonne lavasse. Signifie au propre, il a été bien mouillé ; et au figuré, on l’a grondé, vespérisé.

(Delvau, 1867) : s. f. Mauvais bouillon, trop lavé d’eau, où la viande a été trop épargnée. Argot des bourgeois. Se dit aussi du mauvais café.

(Rigaud, 1881) : Soupe ordinaire, — dans le jargon des prisons. Lavasse sénatoriale, lavasse ministérielle, soupe grasse. Lavasse présidentielle, soupe énormément grasse ; mot très rarement employé, et pour cause.

(La Rue, 1894) : Soupe dans les prisons. Lavasse ministérielle, soupe grasse.

Lavement

(d’Hautel, 1808) : Il me tourmente comme un lavement. Se dit d’une personne pressante qui ne laisse pas de répit jusqu’à ce qu’on l’ait satisfaite.
Rendre quelque chose comme un lavement. C’est-à-dire, s’acquitter d’une obligation presqu’aussitôt qu’on l’a contractée ; rendre à quelqu’un avec une précipitation affectée les politesses qu’on a reçues de lui.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme ennuyeux, tracassier, canulant, — dans l’argot du peuple, qui n’aime pas les détersifs.

(Rigaud, 1881) : Adjudant, — en style de régiment. Le mot se renverse. C’est pourquoi, à l’infirmerie, les lavements ont reçu le nom « d’adjudants ». — Laisse-moi vite passer, j’ai un adjudant dans le ventre.

(Rigaud, 1881) : Ennuyeux personnage, rabâcheur, tannant. — Pressé comme un lavement, très pressé, allusion au lavement qui, une fois absorbé, n’aime pas à rester longtemps en place.

Laver

(d’Hautel, 1808) : Pour, vendre, se défaire de ses effets, de ses bijoux.
Il a lavé sa montre, ses boucles, etc. Pour dire, il les a vendues.
À laver un More, on y perd son savon. Signifie que c’est peine perdu de parler raison à un homme incapable de l’entendre.
Laver la tête à quelqu’un. Lui faire de vives réprimandes.
Se laver les mains d’une affaire. Ne prendre aucune part à son résultat ; se mettre à couvert des reproches que l’on pourroit faire.

(anon., 1827) : Vendre.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Vendre.

(Bras-de-Fer, 1829) : Vendre.

(Halbert, 1849) : Vendre.

(Delvau, 1867) : v. a. Vendre à perte les objets qu’on avait achetés pour les garder. Pourquoi laver au lieu de vendre ? M. J. Duflot prétend que cela vient de l’habitude qu’avait Théaulon de remettre à son blanchisseur, afin qu’il battit monnaie avec, les nombreux billets auxquels il avait droit chaque jour. (L’Institution Porcher — la claque — ne fonctionnait pas encore.) « Un jour, dit M. Duflot, le vaudevilliste avait à sa table quelques amis, parmi lesquels Charles Nodier et quelques notabilités politiques, quand le blanchisseur entra pour prendre les billets. — C’est mon blanchisseur, messieurs, dit-il. Bernier, ajouta-il, en se tournant vers lui, vous trouverez mon linge dans ma chambre à coucher ; sur la cheminée, il y a un petit paquet que vous laverez aussi. » Le petit paquet que Bernier trouva contenait les billets de spectacle, et Bernier fut obligé de comprendre que laver voulait dire vendre. Depuis ce jour, il ne manquait jamais de dire, en entrant chez Théaulon : « C’est le blanchisseur de Monsieur : Monsieur a-t-il quelque chose à laver ? »

(Rigaud, 1881) : Vendre pour cause de misère ou de gêne momentanée.

Ma foi ! j’avais une marine de je ne sais plus qui, je la décroche, je la fourre dans mon châle ; et je pars laver ça.

(Ed. et J. de Goncourt.)

(Virmaître, 1894) : Vendre ses frusques. On dit aussi nettoyer son complet (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Vendre.

J’ai lavé (vendu) mon bobino un cig.

(Hayard, 1907) : Vendre ; (se laver les pieds), être relégué.

Laver ! (va te)

(Fustier, 1889) : Expression injurieuse, synonyme de : Vous m’ennuyez !

Laver (se)

(Delvau, 1864) : Faire les ablutions de prudence autant que de propreté, après le coït — qui a naturellement pollué les parties sexuelles. — C’est la grande affaire des putains, qui dépensent en un soir plus d’eau que tes ivrognes n’en boivent dans toute leur vie. C’était aussi la grande affaire des Romains post rem veneream ; ils se lavaient presque religieusement, quasi religiose. Martial en témoigne assez. — Pourquoi les femmes honnêtes n’imitent-elles pas les filles publiques, et les bourgeois les Romains ?

Les hommes, lorsqu’ils ont foutu
A double couillon rabattu,
Se lavent dans, une terrine.

Dumoulin-Darcy.

Pourtant il leur manque, en somme
(Ce qui vaut bien un écu),
De savoir sucer un homme
Et de se laver le cul.

De la Fizelière.

Laver la tête

(Delvau, 1867) : v. a. Faire de violents reproches, et même dire des injures, — dans l’argot du peuple, qui ne fait que traduire le verbe objurgare de Cicéron.

Laver la vaisselle

(Virmaître, 1894) : V. Descendre à la crémerie.

Laver les pieds (se)

(Rigaud, 1881) : Aller à Cayenne aux frais de l’État. Les voleurs disaient, dans le même sens, il y a quelques années : Prendre un bain de pieds.

Laver son linge (avoir)

(Virmaître, 1894) : Le condamné qui a subi sa peine a lavé son linge. Il sort de prison blanc comme neige (Argot des voleurs).

Laver son linge sale en famille

(Virmaître, 1894) : Se disputer dans son intérieur, se faire des reproches sanglants (Argot du peuple).

Laver, lessiver

(Larchey, 1865) : Vendre, ironiquement envoyer ses effets mobiliers à une lessive dont ils ne reviennent pas. Même allusion dans Passer au bleu et Nettoyer.

Comme ce n’était pas la première fois que j’avais lavé mes effets sans savon.

Vidal, 1833.

Il a lavé sa montre, ses bijoux, pour dire qu’il les a vendus.

1808, d’Hautel.

Lavette

(d’Hautel, 1808) : C’est une lavette. Se dit par mépris d’une femme qui est mal vêtue ; qui est toute chiffonnée, toute mouillée.

(Delvau, 1864) : Le membre viril — peu viril.

Mais c’machin, s’change en lavette,
Grâce au pouvoir d’la vertu,
Et j’ m’en tire quitte et nette
Avec un peu d’ colle au cul

(Parnasse satyrique.)

(Delvau, 1867) : s. f. Langue, — dans l’argot des faubouriens, qui le disent aussi bien à propos des hommes que des chiens.

(Rigaud, 1881) : Langue. — Laveter, bavarder. — Laveteur, bavard.

(La Rue, 1894) : Langue.

(Virmaître, 1894) : Langue. Dans le peuple, cette expression veut dire mou. On dit aussi : Mou comme une chiffe, apocope de chiffon rouge, langue (Argot des voleurs). N.

(Rossignol, 1901) : Langue.

(Hayard, 1907) : Langue.

Laveur

(Virmaître, 1894) : Complice qui vend aux receleurs les effets volés (Argot des voleurs).

Lavoir

(Delvau, 1867) : s. m. Le confessionnal, — dans l’argot des voyous, qui ne vont pas souvent y dessouiller leur conscience, même lorsqu’elle est le plus chargée d’impuretés.

(Rigaud, 1881) : Confessionnal. On y fait la lessive de la conscience, plus noire, souvent, que le linge le plus sale. Lavoir public. Journal, — dans le jargon des filles.

Nous ne sommes pas venues ici pour nous engueuler à propos de ces lavoirs publics.

(H. de Lynol, Encore une industrie inconnue, 1860.)

(La Rue, 1894) : Confessionnal.

(Virmaître, 1894) : Confessionnal. Mot à mot, on y lave sa conscience (Argot des voleurs). V. Planche à lavement.

(Hayard, 1907) : Confessionnal.

Lazagne

(Larchey, 1865) : Lettre (Vidocq). — Allusion aux lazagnes, longues bandes de pâtes d’Italie, ressemblant assez à des morceaux de papier. V. Balancer.

(Delvau, 1867) : s. f. Lettre, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Lettre, — dans le jargon des voleurs. Balanceur de lazagnes, écrivain public.

(La Rue, 1894) : Lettre. Billet de banque.

(Virmaître, 1894) : Lettre (Argot des voleurs).

(Hayard, 1907) : Lettre.

Lazagneur

(Virmaître, 1894) : Prisonnier qui écrit pour ses camarades de prison (Argot des voleurs).

Lazzi-Loff

(Delvau, 1867) : s. m. Maladie qui ne se guérit qu’à l’hôpital du Midi et à Lourcine. Même argot [des voleurs].

Lazzi-loff

(La Rue, 1894) : Syphilis.

(Virmaître, 1894) : M. Prudhomme tient son fils par la main, un collégien de quinze ans, rue Notre Dame de Lorette ; il hèle l’omnibus Batignolles-Clichy-Odéon :
— Conducteur, vous passez rue de Tournon, devant chez Ricord ?
— Oui, Monsieur. Alors, poussant son fils dans la voiture :
— Montez, petit cochon ! (Argot du peuple). V. Chaude-lance.

Le

(Delvau, 1864) : et quelquefois aussi la. (Sous-entendu vit ou pine.)

Le voilà qui se durcit vraiment… qui se raidit… Attends, que je me renverse tout a fait pour que nous le fassions entrer quelque part.

La Popelinière.

Il dit qu’il voulait qu’on le lui coupât, qu’il ne faisait son devoir.

(La France galante.)

Le 36 du mois

(Virmaître, 1894) : Réponse à un créancier qui demande :
— Quand me paierez-vous ? (Argot du peuple). N.

Le mettre à quelqu’un

(Larchey, 1865) : En faire accroire, tromper.

Le pète

(Rossignol, 1901) : Postérieur.

Le royaume des taupes

(Larchey, 1865) : La terre.

Il est au royaume des taupes, il est mort.

Oudin, 1640.

Le, La, Les

(Rigaud, 1881) : Articles que messieurs les maîtres d’hôtel des maisons qui se respectent — s’inspirant des traditions de la Régence, — ne manquent jamais de placer avant le nom de chaque plat porté sur le manuscrit gastronomique, vulgo menu. Ainsi ce sera : Le potage velours, les filets de sole à la Joinville, la poularde truffée, les asperges en branche, la timbale de Bontoux. C’est-à-dire : le merveilleux potage, les admirables filets, la succulente poularde, les énormes asperges, la sans pareille timbale.

Léchard

(Virmaître, 1894) : Jeune homme (Argot des voleurs). N.

Lèche-cul

(Delvau, 1864) : Petit chien havanais, king’s-Charles, épagneul, ou de n’importe quelle autre race, qu’affectionnent volontiers les filles pour en être gamahuchées, — Voir Gimblette.

(Rigaud, 1881) : Adulateur sans vergogne, bas flatteur.

(Virmaître, 1894) : V. Fleure-fesse.

(Hayard, 1907) : Peloteur, obséquieux, vil.

Lèche-curé

(Rigaud, 1881) : Bigot, bigote, — dans le jargon du peuple.

Lèchecul

(Delvau, 1867) : s. m. Flatteur outré ; flagorneur, — dans l’argot du peuple.

Léchée (peinture)

(Rigaud, 1881) : Tableau peint à petits pinceaux, d’une manière minutieuse.

Lécher

(d’Hautel, 1808) : Il s’en est léché les doigts. Se dit d’un gourmand à qui l’on n’a pas servi assez d’un mets auquel il prenoit goût.

(Virmaître, 1894) : Peindre un tableau avec un soin méticuleux. Dans les ateliers, on dit d’un peintre lécheur qu’il fait de la peinture de demoiselle (Argot des artistes peintres). N.

Lécher le grouin

(Rigaud, 1881) : Embrasser. (Dict. comique.) Aujourd’hui l’on dit plus fréquemment : sucer, se sucer le caillou.

Lécher un tableau

(Delvau, 1867) : v. a. Le peindre trop minutieusement, à la hollandaise, — dans l’argot des artistes.

Lécheur

(Delvau, 1867) : s. et adj. Qui aime à embrasser ; qui se plaît à recevoir et à donner des baisers, — dans l’argot du peuple, qui n’est pas précisément de la tribu des Amalécites.

Lécheur, Lécheuse

(Rigaud, 1881) : Celui, celle qui, à tout bout de champ, trouve moyen d’embrasser. Celui, celle qui se fond en caresses.

Lecture (être en)

(Virmaître, 1894) : Femme occupée sur sa chaise longue (Argot des filles). N.

Lédé

(Virmaître, 1894) : Dix centimes (Argot des voleurs). N.

Ledru-rollin

(Fustier, 1889) : Ouvrier ébéniste. Argot du peuple et notamment des ouvriers du faubourg Saint-Antoine.

Plusieurs maisons du côté de la rue de Charonne sont toutes pleines d’ouvriers de ce genre qui ont leur établi chez eux et qui travaillent pour la trôle. Quelques-uns portent un nom spécial. On les appelle les Ledru-Rollin, parce que les bâtiments où ils ont leur nid appartenaient à l’ancien montagnard de 1848 et sont encore aujourd’hui la propriété de sa veuve.

(J. Vallès : Tableau de Paris.)

Léger

(d’Hautel, 1808) : Il est léger comme l’oiseau de Saint Luc. (un bœuf). Se dit par ironie d’un rustre, d’un lourdaud, d’un homme épais et de mauvaise tournure.

Légitimard

(Fustier, 1889) : Partisan du comte de Chambord, de la monarchie légitime. — Qui se rapporte à la monarchie.

De Chambord, le vingt-neuf septembre,
Les légitimards ont fêté
Par un petit banquet en chambre
L’anniversaire peu vanté.

(L’Esclave Ivre, no 4.)

Légitime

(Delvau, 1867) : s. f. Épouse, — dans l’argot des bourgeois.

(Rigaud, 1881) : Pour femme légitime. — Qu’est-ce qu’a vu ma légitime ?

Légre

(Delvau, 1867) : s. f. Foire, marché, — dans l’argot des voleurs.

Lègre

(Larchey, 1865) : Foire (Vidocq). V. Servir.

(La Rue, 1894) : Foire. Marché.

(Virmaître, 1894) : Foire, marché (Argot des voleurs). V. Légreur.

(Hayard, 1907) : Foire, marché.

Légrer

(Virmaître, 1894) : Lever, tromper (Argot des voleurs). N.

Légreur (le)

(Virmaître, 1894) : Est un forain qui tient un jeu dans les foires et qui annonce, pour allécher le public, des lots imaginaires (Argot des voleurs). N.

Légume

(d’Hautel, 1808) : Vulgairement on fait ce mot féminin, et l’on dit : de bonnes légumes, pour de bons légumes.

(Fustier, 1889) : Fonctionnaire. Gros légume. Fonctionnaire puissant et haut placé.

Légumes

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Oignons, œils de perdrix, durillons des pieds, — dans l’argot des faubouriens. J’en ai entendu un s’écrier : « Oui, quand il poussera des légumes entre les doigts de pied de Louis XIV ! » On dit aussi Champignons.

Légumier

(Rigaud, 1881) : Cuisinier chargé du département des légumes, dans un grand restaurant.

La truffe n’est pas de son domaine ; elle appartient en propre au grand chef, qui la distribue d’après les besoins… et la suit de l’œil.

(Eug. Chavette, Restaurateurs et restaurés, 1867.)

Légumiste

(Delvau, 1867) : s. m. Homme qui, par respect pour les bêtes, se nourrit exclusivement de légumes, comme un vertueux brahmine. Il y a une Société des légumistes.

Lem

(Delvau, 1867) : Désinence javanaise, — mais d’un javanais spécial aux saltimbanques, et quelquefois aussi aux voleurs. Parler en lem. Ajouter cette syllabe à tous les mots pour les rendre inintelligibles au vulgaire. On dit aussi Parler en luch — et alors on remplace lem par luch.

Lem (parler en)

(Larchey, 1865) : Soumettre chaque substantif à l’emploi d’une même syllabe finale et à la transposition de deux lettres. On peut ainsi parler un français inintelligible pour les profanes. Ce système consiste : 1o à ajouter la syllabe lem à chacun des mots qui viennent à la bouche ; 2o à troquer la lettre l de lem contre la première lettre du mot qu’on prononce.

Et alors que tous les trucs seront lonbem (bons).

Patrie du 2 mars 1852.

On parle en luch comme en lem. On combine quelquefois les deux.

Lemmefuche

(Hayard, 1907) : Femme.

Lempe

(M.D., 1844) : Drap de lit.

Lendore

(d’Hautel, 1808) : Un lendore. Pour, un nonchalant, un longis, un apathique ; un homme qui a toujours l’air endormi.

(Delvau, 1867) : s. m. Paresseux, nonchalant, endormi, — dans l’argot du peuple.

Lentille

(d’Hautel, 1808) : Le peuple de Paris prononce nentille ; comme il dit caneçon, au lieu de caleçon.

(Virmaître, 1894) : Punaise (Argot des voleurs). N.

(Hayard, 1907) : Punaise.

Léon

(Delvau, 1867) : n. d’h. Le président des assises, — dans l’argot des voleurs, renards qui se sentent en présence du lion.

(Rigaud, 1881) : Président de Cour d’assises, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Le président des assises.

(Virmaître, 1894) : Le président de la cour d’assises.
— Quelle tapette, le léon de la planche à pain.
Léon, dans le peuple, est employé à tout propos :
— Vas y Léon, tape dessus. (Argot du peuple).

Lerch

(Hayard, 1907) : Cher.

Lermon

(Delvau, 1867) : s. m. Étain, — dans le même argot [des voleurs].

Lermond

(Halbert, 1849) : Étain.

Lermoné

(Halbert, 1849) : Étamé.

Lermonée

(Halbert, 1849) : Étamée.

Lermoner

(Delvau, 1867) : v. a. Étamer.

Les jambes en manche de veste

(Rossignol, 1901) : Jambes tordues, mal faites.

Les routes sont sures ici, on ne verse pas souvent

(Virmaître, 1894) : Exclamation d’un ivrogne dans une maison où l’on verse à boire avec parcimonie (Argot du peuple). N.

Les toiles se touchent

(Virmaître, 1894) : Cette expression signifie ne pas avoir d’argent : les toiles des poches se touchent (Argot du peuple). N.

Les vingt-huit jours

(Virmaître, 1894) : Quand les réservistes partent, ils emportent généralement dans un mouchoir quelques menus objets de toilette. Quand les agents arrêtent un individu, on le conduit au poste de police où on le fouille très minutieusement ; les objets qu’il possède sont enveloppés dans un mouchoir. Quand le lendemain, à 9 heures du matin, on le conduit au bureau du commissaire de police, l’agent qui le tient porte le petit paquet ; comme généralement ils sont huit ou dix à la file, quand ils passent, le peuple dit par allusion : Tiens ! les vingt-huit jours ! (Argot du peuple). N.

Lesbien

(Delvau, 1867) : s. m. Ce que les voleurs anglais appellent un gentleman of the back-door. Argot de gens de lettres.

Lesbienne

(Delvau, 1864) : Femme qui préfère Sapho à Phaon, le clitoris à la pine ; Parisienne qui semble née à Lesbos, « terre des nuits chaudes et langoureuses. »

Elle aime tout les rats,
Et voudrait, la lesbienne,
Qu’à sa langue de chienne
Elles livrent leurs chats.

J. Duflot.

(Delvau, 1867) : s. f. Fleur du mal, et non du mâle.

(Rigaud, 1881) : Femme qui suit les errements de Sapho ; celle qui cultive le genre de dépravation attribué à Sapho la Lesbienne.

Lesbombe

(Rossignol, 1901) : Prostituée.

(Hayard, 1907) : Femme.

Lesbonde

(Virmaître, 1894) : V. Accouplée.

Lescailler

(Halbert, 1849) : Pisser de l’eau.

Lésée

(Fustier, 1889) : Femme.

La frangine ! Je n’y ai seulement pas parlé ! Elle ferait bien mieux de s’occuper de ses lésées (femmes) !

(A. Humbert : Mon bagne.)

(Hayard, 1907) : Femme.

Lésée, Lésébombe

(Rigaud, 1881) : Fille publique, — dans le jargon des voyous. — Les bouchers disent : lesélem ou lesèlumfum, lèséslem-fuch, en ajoutant lem, lumfum, ou lemfuch ; fum et fuch sont pour fumelle, altération de femelle. — Lésébombe en purée, fille publique mal mise, dans la misère.

Lésée, lésébonde

(La Rue, 1894) : Fille publique.

Lésine

(d’Hautel, 1808) : Avarice, parcimonie, vilenie.

Lésiner

(d’Hautel, 1808) : Pour, être chiche, vilain, avaricieux, égoïste.

(La Rue, 1894) : Tricher. Hésiter.

Lésineur

(d’Hautel, 1808) : Qui est trop économe ; qui marchande sur la moindre chose ; qui meurt d’avarice.

Lessere

(Clémens, 1840) : Faire le compère au jeu.

Lessin

(Clémens, 1840) : Poltron.

Lessiner

(Clémens, 1840) : Craindre.

(La Rue, 1894) : Craindre.

Lessivant

(Delvau, 1867) : s. m. Avocat d’office, — dans l’argot des voleurs, qui ont grand besoin d’être blanchis. Les Gilles Ménage de Poissy et de Sainte-Pélagie prétendent qu’il faut dire Lessiveur.

(Virmaître, 1894) : Avocat d’office (Argot des voleurs).

Lessive

(d’Hautel, 1808) : Faire la lessive du gascon. Voyez Gascon.

(Delvau, 1867) : s. f. Plaidoirie, — tout avocat ayant pour mission de blanchir ses clients, fussent-ils nègres comme Lacenaire, ce Toussaint-Louverture de la Cour d’assises.

(Delvau, 1867) : s. f. Perte, — dans l’argot des joueurs.

(Delvau, 1867) : s. f. Vente à perte, de meubles, de vêtements ou de livres, — dans l’argot des bohèmes et des lorettes. Faire sa lessive. Se débarrasser au profit des bouquinistes, des livres envoyés par les éditeurs ou par les auteurs, — dans l’argot des bibliopoles, qui n’en enlèvent pas assez souvent les ex-dono.

Lessive de gascon

(Delvau, 1867) : s. f. Propreté douteuse qui ne résiste pas à l’examen, — dans l’argot des bourgeois, heureux d’avoir du linge. Faire la lessive du Gascon. Retourner sa chemise quand elle est sale d’un côté, — ce que font beaucoup de bohèmes. On connaît ce mot d’un vaudevilliste propret à propos d’un autre vaudevilliste goret : « Faut-il que cet homme ait du linge sale, pour pouvoir en mettre ainsi tous les jours ! »

Lessive du Gascon

(Rigaud, 1881) : Propreté très superficielle. Un faux-col retourné, pas de chemise, et les mains à peine lavées, voilà la lessive du Gascon.

Lessive, lessivage

(Rigaud, 1881) : Vente pour cause de nécessité première, vente quand même. — Grosse perte d’argent. — Mauvaise opération financière. — Plaidoyer, — dans le jargon des voleurs.

Lessiver

(Delvau, 1867) : Défendre un prévenu en police correctionnelle, un accusé en Cour d’assises.

(Rossignol, 1901) : Vendre. Celui qui vend ce qui lui appartient lessive.

Lessiver (se faire)

(Delvau, 1867) : Perdre au jeu.

Lessiveur

(Rigaud, 1881) : Avocat. C’est lui qui est chargé de laver le linge sale de l’accusé.

(La Rue, 1894) : Avocat.

(Virmaître, 1894) : Avocat. Il y a souvent des clients qui en ont besoin d’une rude de lessive pour blanchir leur conscience. V. Blanchisseur.

(Rossignol, 1901) : Avocat (parce qu’il blanchit son client).

(Hayard, 1907) : Avocat.

Lessiveur de pétrousquin

(Virmaître, 1894) : Voleur qui dévalise les paysans. Mot à mot : il les lessive (Argot des voleurs).

Lest (jeter son)

(Rigaud, 1881) : Rejeter par en haut le lest de la nourriture, vulgo vomir.

Lettre

(d’Hautel, 1808) : Prendre tout au pied de la lettre. Pour dire, interpréter les choses dans un sens opposé à celui qu’on veut faire entendre ; se fâcher pour la plus légère plaisanterie.

Lettre de Jérusalem

(Delvau, 1867) : s. f. Escroquerie par lettre, dont Vidocq donne le détail aux pages 241-253 de son livre.

Lettre moulée

(Delvau, 1867) : s. f. Le journal, — dans l’argot des gens de lettres, qui ont emprunté cette expression à Paul-Louis Courier.

Leudé

(Hayard, 1907) : Deux.

Leurré

(Halbert, 1849) : Trompé.

Leurrer

(d’Hautel, 1808) : Pour duper, tromper, attrapper.
Se leurrer. Pour dire, se bercer d’une vaine espérance.

Levage

(Larchey, 1865) : Opération qui consiste de la part d’un homme à faire sa maîtresse d’une femme, ne fût-ce que pour un jour. De la part d’une femme, c’est amener un homme à lui faire des propositions. — Terme de chasse.

(Delvau, 1867) : s. m. Escroquerie, — dans l’argot des faubouriens. Séduction menée à bonne fin, — dans l’argot des petites dames. Galanteries couronnées de succès, — dans l’argot des gandins.

(Rigaud, 1881) : Séduction facile et en coupe réglée. — Les filles font des levages dans les bals publics à coups de cancan, les femmes galantes, au théâtre, à coups de lorgnette ; les grandes cocottes, au bois de Boulogne, à coups de huit-ressorts, sur la plage à coups de costume de naïades, à Monaco à coups de cartes.

(La Rue, 1894) : Escroquerie. Séduction facile. Lever une femme.

Levage (faire un)

(Hayard, 1907) : Aller coucher avec une femme.

Levage au crachoir (un)

(Virmaître, 1894) : Lever une femme par une faconde intarissable, l’éblouir par un luxe de paroles, pour l’empêcher de songer à la galette (Argot du peuple).

Levanqué

(Virmaître, 1894) : Deux francs (Argot des voleurs). N.

Levanqué, larantqué

(Hayard, 1907) : Deux francs, quarante sous.

Levé (être)

(Delvau, 1867) : Être suivi par un garde du commerce, — dans l’argot des débiteurs.

Lève-pieds

(Larchey, 1865) : Escaliers, échelle (Vidocq). — Effet pris pour la cause.

(Delvau, 1867) : s. m. Échelle, escalier, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Échelle ; escalier.

(Virmaître, 1894) : V. Montante.

Levée

(Rigaud, 1881) : Arrestation de filles publiques ; râfle opérée par la police sur les boulevards, dans les cafés, dans les hôtels garnis, chaque fois que le flot de la prostitution menace de monter trop haut.

Lever

(d’Hautel, 1808) : Lever les épaules. Manière d’exprimer un mécontentement, un mépris intérieur.
Lever le menton à quelqu’un. Pour, le protéger, l’aider de sa fortune et de son crédit dans ses entreprises.
Lever la crète. Pour, devenir fier, hautain, orgueilleux, quand on est en bonne fortune.

(Larchey, 1865) : Faire un levage. — V. Flanelle.

Tiens, Xavier qui vient d’être levé par Henriette.

Monselet.

J’irai ce soir à Bullier, et si je ne lève rien…

Lynol.

(Larchey, 1865) : Capter, empaumer.

Il lève un petit jeune homme. Vous verrez qu’il en fera quelque chose.

De Goncourt.

(Larchey, 1865) : Voler.

Robert dit : Je suis levé et il nous appelle filous.

Monselet.

Tiens, dit le voleur, voici un pantre bon à lever.

Canler.

(Delvau, 1867) : v. a. Capter la confiance, — dans l’argot des faubouriens. Signifie aussi voler. Se faire lever de tant. Se laisser gagner ou « emprunter une somme de… »

(Rigaud, 1881) : Séduire facilement. — Lever une femme. Ce mot, pris dans cette acception galante, remonte au siècle dernier. Nous en trouvons un premier exemple dans les Anecdotes sur la comtesse Dubarry, publiées en 1776, Londres.

Le comte philosophe, (Lauraguais) ne pouvant se passer d’une maîtresse, fut tout simplement lever une fille chez la Gourdan, comme on va lever une pièce d’étoffe chez un marchand.

(Rigaud, 1881) : Tromper, mentir pour obtenir un service. — Emprunter. — Lever quelqu’un de dix francs. — Être levé, se faire lever, être trompé, être volé, se faire voler. — Pour une fille, être levée, se faire lever, c’est avoir séduit un homme, se faire suivre par un homme qui paraît animé des meilleures intentions, très animé.

(Rigaud, 1881) : Prendre possession d’un titre, d’une valeur cotée à la Bourse, en terme de Bourse. — Lever cent Lyon-Méditerranée. — « Levez-vous, madame ? — Non, monsieur, je préfère que vous me reportiez », dit une dame assise à un coulissier. (La Bourse, dessin par Lefils.)

(Fustier, 1889) : Trouver.

Il avait appris par un de ces industriels de son monde qui ont la spécialité de lever les chopins (de dénicher des affaires)…

(Humbert : Mon bagne.)

(Virmaître, 1894) : Lever une affaire, la prendre à un autre. Lever un homme au café ou sur une promenade publique.
— À quelle heure vous levez-vous ?
— Quand on me couche. (Argot des filles).

(Rossignol, 1901) : Emmener chez soi ou ailleurs une femme que l’on rencontre est faire un levage ; on a lève.

(Rossignol, 1901) : Corrompre. On lève un fonctionnaire en lui faisant un don d’argent ou cadeau. Les députés qui se sont laissé corrompre pour l’affaire du Panama ont été levés.

(Hayard, 1907) : Capturer.

Lever à jeun (se)

(Delvau, 1864) : Se lever sans avoir fait l’acte copulatif, même une pauvre petite fois.

Souvent je me levais à jeun
D’avec ce sacrilège ;
Et jamais le défunt
N’en fit qu’un :
Le bel époux de neige !

Collé.

Lever de rideau

(Delvau, 1867) : s. m. Petite pièce sans importance, de l’ancien ou du nouveau répertoire, qui se joue la première devant les banquettes, au milieu du bruit que font les spectateurs à mesure qu’ils arrivent. Argot des coulisses.

Lever la jambe

(Larchey, 1865) : Danser le cancan (haute école).

Elle levait la jambe avant Rigolboche.

Les Étudiants, 1860.

(Delvau, 1867) : v. a. Danser le chahut d’une façon supérieure. Argot des gandins.

Lever la lettre

(Delvau, 1867) : v. a. Être compositeur d’imprimerie, — dans l’argot des typographes.

(Rigaud, 1881) : Prendre les lettres typographiques dans leurs casses respectives. — Terme de typographe.

(Virmaître, 1894) : Prendre les lettres dans la casse pour aligner les mots dans le composteur et former les phrases (Argot d’imprimerie).

Lever le bras

(Delvau, 1867) : v. a. N’être pas content, — dans le même argot [des typographes].

(Rigaud, 1881) : N’être pas content, — dans le jargon des typographes.

Lever le coude

(Larchey, 1865) : Boire à longues rasades. — Usité dès 1808.

Ça n’a pas d’ordre, ça aime trop à lever le coude.

Privat d’Anglemont.

(Delvau, 1867) : v. a. Boire, — dans l’argot du peuple.

Lever le croupion ou le cul

(Delvau, 1864) : Se remuer sous l’homme, dans l’acte copulatif.

C’est plaisir de la voir lever le croupion à chaque coup de queue.

Seigneurgens.

Elle levait toujours le cul de peur d’user les draps.

Tabarin.

Blaise hausse la bouteille,
Et Margot lève le cul

Collé.

Je n’aime point ces demoiselles.
Qui lèvent par trop le devant.

Collé.

Lever le cul devant (s’être)

(Virmaître, 1894) : Être de mauvaise humeur. On dit aussi : il est de mauvais poil (Argot du peuple).

Lever le pied

(Delvau, 1867) : v. a. Fuir en emportant la caisse.

(Virmaître, 1894) : V. Mettre la clé sous la porte.

(Rossignol, 1901) : Fuir. Un caissier lève le pied lorsqu’il a levé la caisse de son patron.

(Hayard, 1907) : Filer sans payer ses créanciers.

Lever le siège

(Delvau, 1864) : Débander après avoir bandé devant une femme qui fait trop de façons pour se laisser baiser.

Une trop longue défense a souvent fait lever le siège d’une place qui voulait se rendre : il arrive des accidents.

Collé.

Lever les petits clous

(Boutmy, 1883) : v. Composer. Un bon leveur est un ouvrier qui compose habilement et vite.

Lever quelqu’un

(Clémens, 1840) : Emmener une personne, l’attirer dans un lieu.

Lever un homme

(Delvau, 1864) : S’arranger de façon, lorsqu’on est femme, à attirer, dans un bal ou sur le boulevard, par ses œillades ou ses effets de croupe, l’attention et les désirs d’un homme qui, ainsi allumé, suit, monte, paie et baise.

Ces filles ne vont au Casino que pour lever des hommes ou se faire lever par eux.

A. François.

Tiens ! Xavier qui vient d’être levé par Henriette.

Monselet.

On dit aussi dans le même sens : Faire un homme.

(Delvau, 1867) : v. a. Attirer son attention et se faire suivre ou emmener par lui. Argot des petites dames. Lever un homme au souper. S’arranger de façon à se faire inviter à souper par lui.

Lever une femme

(Delvau, 1864) : Ou seulement lever. Dire des galanteries à une femme, au bal ou dans la rue, et l’emmener coucher avec soi pour en faire.

J’irai ce soir à Bullier, si je ne lève rien…

Lynol.

(Delvau, 1867) : v. a. « Jeter le mouchoir » à une femme qu’on a remarquée au bal, au théâtre ou sur le trottoir. Argot des gandins, des gens de lettres et des commis. Lever une femme au crachoir. La séduire à force d’esprit ou de bêtises parlées.

Leveur

(Delvau, 1867) : s. m. Pick-pocket.

(Delvau, 1867) : s. m. Lovelace de bal ou de trottoir.

(Rigaud, 1881) : C’est le compère du voleur à l’Américaine, celui qui est chargé de lever, c’est-à-dire de dénicher la dupe et de lier conversation avec elle. Le leveur était autrefois désigné sous le nom de jardinier.

Leveur (bon)

(Rigaud, 1881) : Compositeur d’imprimerie qui lève vite la lettre.

Leveuse

(Rigaud, 1881) : « Il y a parmi elles, (les femmes des bals publics) une catégorie de femmes qu’on a flagellées de l’épithète de le-veuses. Pour celles-ci, le bal est un prolongement du trottoir. » (Ces dames du Casino, 1862.)

Lèvre

(d’Hautel, 1808) : Avoir le cœur sur les lèvres. Être sincère ; parler franchement et ouvertement. Signifie aussi éprouver une grande envie de vomir.
Avoir la mort sur les lèvres. Être dangereusement malade ; traîner en langueur.
Avoir quelque chose sur le bord des lèvres. Voy. Bord.

Levure

(Rigaud, 1881) : Fuite. Pratiquer une levure, se sauver.

Lézard

(Delvau, 1867) : s. m. Mauvais compagnon, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Mauvais camarade. — Paresseux. — Voleur de chiens. — Industriel qui spécule sur les récompenses promises pour restitutions de chiens perdus. — Faire le lézard, lézarder, ne rien faire.

(La Rue, 1894) : Mauvais compagnon. Voleur de chiens.

Lézardes

(Boutmy, 1883) : s. f. Raies blanches produites dans la composition par la rencontre fortuite d’espaces placées les unes au-dessous des autres. On y remédie par des remaniements.

Léziner

(Delvau, 1867) : v. a. Tromper au jeu ; hésiter avant de faire un coup. Même argot [des voleurs].

(Rigaud, 1881) : Tricher ; hésiter. — Lézine, tricherie.

Liard

(d’Hautel, 1808) : Un tire-liard. Homme avide et intéressé ; fesse-mathieu.
Il n’aura qu’un liard, il répète toujours la même chose. Se dit à celui qui porte continuellement les mêmes plaintes, ou qui réitère des remontrances que l’on n’aime pas entendre.
Il est gros comme pour deux liards de beurre. Voy. Beurre.

Liarder

(d’Hautel, 1808) : Être minutieux dans les affaires ; y montrer un intérêt bas et sordide ; disputer pour des bagatelles ; chicaner ; être fort économe, d’une ladrerie peu commune.

Liardeur

(Delvau, 1867) : s. et adj. Homme qui couperait un liard en quatre pour moins dépenser, — dans l’argot du peuple, qui n’est point avare, n’étant pas riche.

Libertin

(Delvau, 1864) : Homme qui prend volontiers des libertés avec les femmes, — des libertés et le cul.

Chez ce libertin cagot
Qu’ j’ai tant d’mal à satisfaire.

Jules Poincloud.

Libertinage

(Delvau, 1864) : Talent particulier, science particulière pour faire jouir les femmes quand on est homme et les hommes quand on est femme.

Sais-tu que tu es d’un libertinage affreux, et que je ne veux point, moi, suivre ton exemple !

La Popelinière.

Libertine

(Delvau, 1864) : Femme qui connaît à merveille les secrets du métier d’amour.

J’ai vu, jeunes Français, ignobles libertines,
Vos mères, belles d’impudeur,
Aux baisers du Cosaque étaler leurs poitrines
Et s’enivrer de son odeur.

Aug. Barbier.

Libre (être)

(Rigaud, 1881) : Dans le jargon des filles, c’est n’avoir contracté aucun engagement pour la soirée et au-delà. Liberté ! que de polissonneries on commet en ton nom !

Lice

(Larchey, 1865) : Bas de soie (Vidocq). — Les bas de soie sont plus lisses que les autres.

(Rigaud, 1881) : Bas de soie.

Lichade

(Delvau, 1867) : s. f. Embrassade, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Embrassade. — Bon repas, partie fine.

Lichance

(Delvau, 1867) : s. f. Repas plus ou moins plantureux. Lichance soignée. Gueuleton. On dit aussi Lichade.

(Virmaître, 1894) : Repas épatant où les convives repus roulent sous la table.
— À la noce de mon cousin Ro-bosse, il y a eu une si bath lichance, que j’en ai boulotté pour quinze jours (Argot du peuple).

Lichard, licheur

(Larchey, 1865) : Gourmand. — Mot de langue romane). V. Roquefort.

Je vois que tu es toujours un fameux licheur.

E. Sue.

Liche

(Rigaud, 1881) : Bombance. — Licher, boire en fin connaisseur.

Liche-à-mort

(Fustier, 1889) : Buveur intrépide. Langage plus que familier.

Il absorbe une bouteille qui file gentiment, puis une seconde ; jamais on n’avait vu un liche-à-mort de sa force.

(Gazette des Tribunaux, juillet 1884.)

Liche-frite

(Virmaître, 1894) : Pommes de terre frites (Argot du peuple).

Liche, lichette

(Larchey, 1865) : Régal. Être en liche : Faire bombance.

Licher

(anon., 1827) : Boire.

(Bras-de-Fer, 1829) : Boire.

(Larchey, 1865) : Aimer les bons plats, faire débauche. — Jadis, on disait licharder.

Je liche chez le mannezingue, motus !

Paillet.

Buvons plutôt bouteille. En lichant, nous ne penserons pas à toutes ces bagatelles.

Chanson poissarde, 1772.

(Larchey, 1865) : Boire. — V. Béquiller.

Puis il liche tout’la bouteille. Rien n’est sacré pour un sapeur.

Houssot.

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Manger et boire à s’en lècher les lèvres.

Licher le morviau (se)

(Fustier, 1889) : S’embrasser.

Lichette

(Delvau, 1867) : s. f. Petite quantité de quelque chose. Se dit aussi pour Goutte d’eau-de-vie ; petit verre.

Licheur

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Qui boit aux dépens d’autrui.

Licheur, euse

(Delvau, 1867) : s. f. Homme, femme, qui aime à manger et à boire. On dit aussi Lichard.

Licheur, Licheuse

(Rigaud, 1881) : Buveur, buveuse. Gourmand, gourmande.

Lichoter un rigolboche

(Fustier, 1889) : Argot du peuple. Faire un bon dîner.

On va trimballer sa blonde, mon vieux ; nous irons lichoter un rigolboche à la place Pinel.

(Huysmans : Sœurs Vatard.)

Lico

(Fustier, 1889) : Immédiatement. Abrév. d’illico.

Lidré

(Hayard, 1907) : Dix.

Lie

(d’Hautel, 1808) : Mot du vieux langage qui signifie, vie joyeuse, bombance, bonne chère.
Faire chère lie. Faire grande chère.

Lie de froment

(Delvau, 1867) : s. f. Les fumées humaines, — dans l’argot du peuple.

Liége

(Bras-de-Fer, 1829) : Gendarme.

Liège

(Rigaud, 1881) : Gendarme. (Colombey).

Lien

(d’Hautel, 1808) : Il n’est pas échappé, puisqu’il traîne son lien. Se dit d’un homme qui n’est pas tout-à-fait hors d’une mauvaise affaire.

Lier

(d’Hautel, 1808) : J’ai bien d’autres poids à lier, que de m’occuper de cette affaire. Se dit d’une affaire de peu d’importance, et pour laquelle on n’a aucune considération.
La bécasse est liée. Se dit en plaisantant d’une fille nouvellement mariée.

Lieu

(d’Hautel, 1808) : Les lieux. Terme elliptique. Pour dire les privés.
N’avoir ni feu ni lieu. Être sans domicile sans refuge.

Lieue

(d’Hautel, 1808) : Faire quatorze lieues en quinze jours. Marcher lentement ; agir avec mollesse et nonchalamment.
On dit d’une personne contre laquelle on a de l’humeur, qu’on voudroit être à cent lieues d’elle.
Il est à cent lieues de ce qu’on lui dit.
Pour, il n’y fait aucune attention.

Lièvre

(d’Hautel, 1808) : Il ne faut pas courir deux lièvres à-la-fois. C’est-à-dire, traiter deux affaires en même temps.
Vouloir prendre un lièvre du son du tambour. Vouloir exécuter une entreprise avec éclat, lorsque la discrétion pouvoit seule la faire réussir.
Prendre le lièvre au collet. Saisir l’occasion dès qu’elle se présente.
Le lièvre revient toujours à son gîte. Pour dire qu’on finira par prendre un homme que l’on poursuit, dans les lieux même où il avoit habitude de se fixer.

Lignante

(Rigaud, 1881) : Vie ; — vient de ligne dite « de vie », une des plus importantes au point de vue de la chiromancie.

(La Rue, 1894) : Vie.

Lignard

(Larchey, 1865) : Officier ou soldat des troupes de ligne.

(Delvau, 1867) : s. m. Soldat de la ligne, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Soldat d’infanterie de ligne.

(Rigaud, 1881) : Rédacteur de journal payé à la ligne.

(Rigaud, 1881) : Typographe chargé de la ligne courante.

(Rigaud, 1881) : Pêcheur à la ligne, — dans le jargon des canotiers de la Seine.

(Boutmy, 1883) : s. m. Compositeur qui fait spécialement la ligne courante.

(Virmaître, 1894) : V. Fantaboche.

Ligne

(Fustier, 1889) : Bande d’individus.

(La Rue, 1894) : Bande d’individus.

Ligne (faire la)

(Rigaud, 1881) : Aux heures de la journée où les clientes sont rares, les commis en nouveautés se partagent, à tour de rôle, la vente ; c’est ce qu’ils appellent faire la ligne.

Ligne (pêcheur à la)

(Rigaud, 1881) : Celui qui tire à la ligne en écrivant un article de journal.

Ligne (tirer à la)

(Larchey, 1865) : Écrire des phrases inutiles dans le seul but d’allonger un article payé à tant la ligne. Vive la ligne !

Je rapporte un petit magot. Ah ! quelle chance ! Vive la ligne !

Léonard, parodie, 1863.

Ce vivat, poussé fréquemment aux jours d’émeute où l’on veut gagner le cœur des troupes de ligne, est devenu proverbial et s’applique ironiquement à tous les cas d’enthousiasme.

(Rigaud, 1881) : Allonger un article de journal payé à tant la ligne.

Ligne d’argent (pêcher à la)

(Rigaud, 1881) : Acheter du poisson après une pêche infructueuse.

Lignes à voleur

(Rigaud, 1881) : Lignes composées d’une syllabe ou d’un mot de trois ou quatre lettres qu’il était possible de faire entrer dans la ligne précédente en espaçant moins large. Les lignes étant comptées pleines, on conçoit l’intérêt du compositeur à n’avoir qu’un mot à mettre dans une ligne. (Typographes parisiens, Boutmy.)

(Boutmy, 1883) : s. f. pl. Lignes composées d’une syllabe ou d’un mot de trois ou quatre lettres qu’il était possible de faire entrer dans la ligne précédente en espaçant moins large. Les lignes à voleurs, sont faciles à reconnaître, et elles n’échappent guère à l’œil d’un correcteur exercé, qui les casse d’ordinaire impitoyablement. Les lignes étant comptées pleines, on conçoit l’intérêt du compositeur à n’avoir qu’un mot à mettre dans une ligne. Toutefois c’est le fait d’ouvriers peu soigneux.

Lignotte

(Delvau, 1867) : s. f. Corde, lien, — dans l’argot des voleurs, qui répugnent sans doute à employer lignette, un mot de la langue des honnêtes gens. Ils disent aussi Ligotte.

Ligore

(Rigaud, 1881) : Cour d’assises.

Ligorgnots

(Rossignol, 1901) : Limousins. Presque tous les ligorgnots sont garçons maçons.

Ligot

(Fustier, 1889) : Grande ficelle dont se servent les agents de police et qui entoure le poignet droit, puis le corps, à la ceinture.

Ligotage

(Rigaud, 1881) : Terme de police.

Le ligotage enchaîne les mains au moyen d’une ficelle que l’on serre savamment jusqu à ce que le sang jaillisse.

(Procès de la Lanterne 27 janv. 1879, plaidoirie de Me Delattre.)

Tout le monde sait depuis M. Jacob jusqu’au dernier employé de la préfecture, que les individus qui ne veulent pas avouer sont attachés et frappés jusqu’à ce qu’ils aient avoué.

(Procès de la Lanterne, déposition de M Crouza, inspecteur de la police de sûreté, 1879).

Ligote

(Larchey, 1865) : Lien, corde. — Mot de langue romane. V. Roquefort. — Ligoter : Lier.

(Rossignol, 1901) : Corde mince de trois mètres de long, dont se servent les agents de la sûreté pour attacher le poignet de la main droite d’un détenu. Cette corde fait deux fois le tour du ventre et retient la main dans la ceinture du pantalon ; cela suffit à paralyser les mouvements d’un détenu qui chercherait à prendre la fuite.

Ligoter

(M.D., 1844) : Attacher.

(Rossignol, 1901) : Attacher. Voir Ligote.

Ligottante

(Virmaître, 1894) : La corde (Argot des voleurs).

(Hayard, 1907) : Corde pour ligotter.

Ligottante, Ligotte

(Rigaud, 1881) : Corde, du latin ligare.Ligotter, lier.

Ligotte

(Clémens, 1840) : Cordes.

(un détenu, 1846) : Corde.

(La Rue, 1894) : Corde. Ligotter, lier fortement.

Ligotte de rifle

(La Rue, 1894) : Camisole de force.

Ligotte de rifle, Ligotte riflarde

(Rigaud, 1881) : Camisole de force. Mot à mot : liens de feu, liens brûlants.

Ligotter

(Clémens, 1840) : Attacher.

(Delvau, 1867) : v. a. Lier, — dans le même argot [des voleurs].

(Virmaître, 1894) : Attacher les mains. Quand le prisonnier est trop récalcitrant, on le ficèle comme un saucisson (Argot du peuple).

Ligousse

(d’Hautel, 1808) : Terme baroque et facétieux. Pour sabre, épée, flamberge, estramaçon ; toute arme tranchante.
Tirer la ligousse. Tirer l’épée, se battre avec des armes tranchantes.

Lilange

(Delvau, 1867) : n. de l. Lille, — dans le même argot [des voleurs].

Lillange

(Rigaud, 1881) : La ville de Lille.

Lillois

(Larchey, 1865) : Fil (Vidocq). — On en fait beaucoup en Flandre. V. Lyonnaise.

(Delvau, 1867) : s. m. Fil à coudre.

(Rigaud, 1881) : Fil, — dans l’ancien argot.

(La Rue, 1894) : Fil.

Limace

(Clémens, 1840) : Chemise.

(M.D., 1844) : Chemise.

(un détenu, 1846) : Chemise.

(Delvau, 1864) : Membre viril — qui n’est pas viril ; par exemple, celui des vieillards, qui ce sait plus relever fièrement la tôte au premier appel d’une femme, et aspire honteusement a la tombe, comme le nez du père Aubry.

Bien qu’en toi sa limace ait été dégorgée,
Pour toi je bande encore…

Louis Protat.

(Delvau, 1867) : s. f. Fille à soldats, — dans l’argot des faubouriens.

(Delvau, 1867) : s. f. Chemise, — dans l’argot des voleurs et des vendeurs du Temple.

(Rigaud, 1881) : Prostituée du dernier ordre.

(Merlin, 1888) : Chemise, — de l’argot parisien.

(La Rue, 1894) : Basse prostituée. Chemise.

(Virmaître, 1894) : V. Rôdeuse.

(Virmaître, 1894) : Chemise (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Chemise.

(Hayard, 1907) : Chemise.

Limace, lime

(Larchey, 1865) : Chemise. — Mot de langue romane. Du Cange donne le même sens au latin limas.Limacier : Chemisier. V. Gouêpeur.

Limace, Lime

(Rigaud, 1881) : Chemise.

En faisant son affaire sans limace on ne laisse pas de pièces à conviction près du machabé, et on n’a pas de raisiné sur sa pelure.

(J. Richepin, l’Assassin nu.)

Limacier, chemisier ; limacière, lingère.

Limacière

(Delvau, 1867) : s. f. Lingère.

Limaçon

(d’Hautel, 1808) : C’est un limaçon qui sort de sa coquille. Se dit par mépris d’un homme obscur qui s’élève tout-à-coup au-dessus de sa condition. Beaucoup disent colimaçon.

Limande

(d’Hautel, 1808) : Plate comme une limande. Se dit méchamment d’une femme maigre et dépourvue des agrémens extérieurs de son sexe.

(Larchey, 1865) : Homme nul et plat comme le poisson de ce nom (Vidocq).

(Delvau, 1867) : s. f. Homme plat, — dans l’argot des voleurs et des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Personne molle, onséquieuse, plate au moral.

(La Rue, 1894) : Homme plat.

(Virmaître, 1894) : Plate comme une limande.
— Prends garde, la limande va te couper dans le pieu.
On dit également d’une femme qui a la figure en lame de couteau :
— Elle a une gueule de limande.
Quand elle grimace :
— Elle a une gueule de raie (Argot du peuple). V. Sac à os.

Limande (faire la)

(Rigaud, 1881) : Faire l’obséquieux, se mettre à plat ventre devant quelqu’un, s’aplatir moralement. Allusion à la limande, poisson très plat.

Limasse

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Chemise.

Limasse, lime

(anon., 1827) : Chemise.

Lime

(d’Hautel, 1808) : C’est une lime sourde. Pour, c’est un sournois, un hypocrite, dont toutes les actions sont perfides et cachées.

(Bras-de-Fer, 1829) : Chemise.

(Virmaître, 1894) : Diminutif de limace (Argot des souteneurs).

(Rossignol, 1901) : Chemise.

Lime ou limace

(Halbert, 1849) : Chemise.

Lime sourde

(Delvau, 1867) : s. f. Sournois, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Sournois.

(La Rue, 1894) : Sournois.

Limer

(Delvau, 1864) : Rester longtemps sur une femme sans arriver à l’éjaculation.

L’étudiant limant encore, pour l’acquit de sa conscience, car il ne bande plus aussi raide.

H. Monnier.

Mais sans folle ivresse,
Il ne fait rien
Qu’il ne lime sans cesse.

Collé.

(Larchey, 1865) : Aller lentement en affaire.

(Delvau, 1867) : v. n. « Aller lentement en affaire, » — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : S’exprimer difficilement. — Rester longtemps sur un ouvrage.

(Virmaître, 1894) : Fait qui se produit après trente ans de mariage (Argot du peuple).

Limeur

(Rigaud, 1881) : Celui qui s’exprime avec difficulté. — Lent au travail.

Limogère

(Delvau, 1867) : s. m. Chambrière, — dans le même argot [des voleurs].

Limonade

(Larchey, 1865) : Assiette (Vidocq). — Comparaison de l’assiette à une rouelle de limon.

(Delvau, 1867) : s. f. Eau, — dans l’argot des faubouriens. Tomber dans la limonade. Se laisser choir dans l’eau.

(Delvau, 1867) : s. f. État de limonadier.

(Delvau, 1867) : s. f. Assiette, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Gilet de flanelle, — dans le jargon des voyous. C’est un dérivé de lime, qui veut dire chemise.

(Rigaud, 1881) : Eau, — dans le jargon des ivrognes. — Se plaquer dans la limonade, se jeter à l’eau.

(La Rue, 1894) : Eau. Assiette. Tomber dans la limonade, être en déconfiture.

(Virmaître, 1894) : Eau. Tomber dans la limonade, ce n’est pas « se laisser choir dans l’eau », comme le dit A. Delvau, c’est tomber dans la misère : — Il est tombé dans la limonade. Il existe à ce sujet une chanson : Ah ! il est tombé dans la limonade (Argot du peuple). N.

(Rossignol, 1901) : Eau. Limonade veut aussi dire misère. Être dans la Limonade, c’est être miséreux.

Limonade (tomber dans la)

(Rigaud, 1881) : Faire de mauvaises affaires ; se ruiner.

Limonade de Linspré

(Rigaud, 1881) : Champagne, — dans le jargon des voleurs. C’est mot à mot : limonade de prince.

Limonadier de postérieurs

(Rigaud, 1881) : Apothicaire. (Le Nouveau Vadé, 1824.)

Limousin

(d’Hautel, 1808) : Un gros Limousin. Un gros garçon bien lourd, bien épais.
Manger du pain comme un Limousin. Signifie manger beaucoup de pain.

(Delvau, 1867) : s. m. Maçon, — dans l’argot du peuple, qui sait que les castors qui ont bâti Paris et qui sont en train de le démolir appartiennent à l’antique tribu des Lémovices.

(Rigaud, 1881) : Maçon, gâcheur de plâtre.

Limousine

(Delvau, 1867) : s. f. Blouse de charretier.

(Delvau, 1867) : s. f. Plomb, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Plomb en feuille ; toit en plomb.

(La Rue, 1894) : Plomb en feuille.

Limousiner

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Bâtir des maisons.

(Rossignol, 1901) : Le maçon qui fait le gros d’une construction limousine ; c’est un Limousin limousinant.

Limousineur

(Delvau, 1867) : s. m. Voleur de plomb sur les toits.

(Rigaud, 1881) : Voleur de plomb en feuille, de toitures en plomb.

(La Rue, 1894) : Voleur de plomb sur les toits. V. Gras-double.

Limousineurs

(Larchey, 1865) : « On donne le nom de voleurs au gras double ou de limousineurs à des ouvriers couvreurs qui volent le plomb des couvertures, en coupent de longues bandes avec de bonnes serpettes, puis l’aplatissent et le serrent à l’aide d’un clou. Ils en forment ainsi une sorte de cuirasse qu’ils attachent à l’aide d’une courroie sous leurs vêtements. » — Petit Journal. — Allusion à leurs vêtements de plomb, non moins imperméables que les gros manteaux nommés limousines.

Limousinier

(Virmaître, 1894) : Voleur de tuyaux de plomb dans les maisons en construction. Il se nomme également voleur de gras double, parce que les feuilles de plomb ou de zinc roulées ressemblent aux rouleaux de tripes que l’ou voit à l’étalage des tripiers (Argot du peuple).

Lincé

(Virmaître, 1894) : Vingt-cinq centimes (Argot des voleurs).

Linceul

(d’Hautel, 1808) : Drap de toile.
Le peuple de Paris prononce ce mot comme deuil, et dit linceuil, au lieu de prononcer linceul comme dans seul.

Linge

(d’Hautel, 1808) : Aimer le linge fin. Expression figurée qui signifie aimer à faire sa cour au beau sexe ; avoir la passion des femmes.
Être curieux de linge sale. Locution ironique et figurée ; qui signifie être malpropre dans ses yêtemens.

(Delvau, 1867) : s. m. Chemise, — dans l’argot du peuple. Jupon blanc de dessous, — dans l’argot des filles. Avoir du linge. Porter une chemise blanche. Faire des effets de linge. Retrousser adroitement sa robe, de façon à montrer trois ou quatre jupons éblouissants de blancheur et garnis de dentelles — de coton.

(Rigaud, 1881) : Élégante fille publique.

(La Rue, 1894) : Joueur de bonneteau. Femme galante ayant une certaine toilette.

(Hayard, 1907) : Femme.

Linge (avoir du)

(Larchey, 1865) : Avoir une garde-robe bien montée.

Et Bovarine ! Qu’est-ce que c’est ? Ça a-t-il du linge ?

Lem. de Neuville.

Lingé (être)

(Rigaud, 1881) : Porter du linge blanc ; avoir une chemise blanche.

Linge à règles

(Rigaud, 1881) : Personne d’une malpropreté révoltante, — dans le jargon des voyous.

Linge convenable

(Rigaud, 1881) : Femme dont le souteneur n’a qu’à se louer. Mot à mot : linge, femme qui convient. — Se payer un linge convenable, devenir le Desgrieux d’une élégante Manon.

Linge lavé (avoir son)

(Delvau, 1867) : S’avouer vaincu ; être pris, — dans l’argot des voleurs, qui, une fois en prison, n’ont plus a s’occuper de leur blanchisseuse.

(Rigaud, 1881) : Être arrêté, — dans le jargon des voleurs. C’est la variante : d’être propre.

(La Rue, 1894) : Être arrêté.

(Virmaître, 1894) : Les voleurs en prison comme les troupiers, n’ont plus à s’occuper de la blanchisseuse (Argot des voleurs).

Lingère

(d’Hautel, 1808) : Une lingère au petit crochet. Voy. Crochet.

Lingot

(Virmaître, 1894) : Forain qui met de la porcelaine ou de la verrerie en loterie. La roue qui tourne pour indiquer le numéro gagnant se nomme un lingot (Argot des forains). N.

Lingre

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Couteau. Refroidir avec le lingre, tuer à coups de couteau.

(Bras-de-Fer, 1829) : Couteau.

(Halbert, 1849) : Couteau.

(Larchey, 1865) : Couteau (Vidocq).Lingrer : Frapper à coups de couteau. — Lingrerie : coutellerie. — Lingriot : Canif. — Quadruple allusion à Langres, ancienne capitale de la coutellerie.

(Delvau, 1867) : s. m. Couteau, — dans l’argot des voleurs, qui savent que Langres est la patrie de la coutellerie. Lingriot. Petit couteau ; canif ; bistouri.

(Rigaud, 1881) : Couteau. Mot à mot : couteau de Lingres, pour Langres, patrie de la coutellerie française. — Lingrerie, coutellerie. — Lingriot, petit couteau, canif.

(Virmaître, 1894) : Couteau. Quelques auteurs disent lingue, c’est une erreur, lingre est une corruption de Langres, ville renommée pour la fabrication de ses couteaux (Argot des voleurs).

(Hayard, 1907) : Couteau.

Lingre, lingue

(La Rue, 1894) : Couteau.

Lingre, surin, vingt deux

(Clémens, 1840) : Couteau.

Lingrer

(Delvau, 1867) : v. a. Frapper à coups de couteau.

(Rigaud, 1881) : Donner des coups de couteau.

Lingrerie

(Delvau, 1867) : s. f. Coutellerie.

Lingres

(anon., 1827) : Couteaux.

Lingreur

(Virmaître, 1894) : Assassin qui tue à l’aide d’un couteau (Argot des voleurs).

Lingue

(M.D., 1844) : Un couteau.

(Rigaud, 1881) : Couteau. C’est la forme moderne de lingre. Jouer du lingue.

(Rossignol, 1901) : Couteau.

Linguer

(Rossignol, 1901) : Donner des coups de couteau.

(Hayard, 1907) : Frapper à coups de couteau.

Linotte

(d’Hautel, 1808) : Une tête de linotte. Tête de petit maître ; légère et mal organisée, dépourvue de sens et de jugement.
Siffler la linotte. Boire à excès ; faire débauche de vin.
Siffler la linotte, signifie aussi attendre long-temps et vainement quelqu’un dans la rue.

Linqcé

(Hayard, 1907) : Cinq.

Linspré

(Delvau, 1867) : s. m. Prince, — dans l’argot des voleurs, qui cultivent l’anagramme comme le grand Condé les œillets.

(Rigaud, 1881) : Prince, — dans le jargon des voleurs. — Mot retourné.

(La Rue, 1894) : Prince.

Linspre ou l’insapré

(Virmaître, 1894) : C’est plutôt cette dernière expression qui est la vraie, car elle signifie inspecteur et non prince (Argot des bouchers).

Linvé

(Rigaud, 1881) : Un franc, vingt sous, — dans le jargon des voyous, par abréviation de linvé loussem ; emprunté au jargon des bouchers. Déformation argotique en et lem.

(Virmaître, 1894) : Un franc (Argot des voleurs). N.

(Rossignol, 1901) : Vingt. Ce mot est de l’argot de boucher, mais il est dit par tous les individus parlant un peu argot. Les chiffres se prononcent ainsi : 1. Unlaime ; 2. Leudé ; 3. Loitré ; 4. Latequé ; 5. Linqcé ; 6. Lixsé ; 7. Leptsaime ; 8. Luihaime ; 9. Leufnique ; 10. Lixdé ; 20. Linvé ; 40. Larantequé.

(Hayard, 1907) : Vingt.

Lion

(d’Hautel, 1808) : Un chien vivant vaut mieux qu’un lion mort. C’est-à-dire que la mort fait disparoître tout-à-coup la puissance et les honneurs dont on étoit revêtu.
Battre le chien devant le lion. Réprimander quelqu’un sur lequel on a de l’autorité, pour une faute que commet souvent une personne que l’on n’ose reprendre.

(Larchey, 1865) : « Depuis que nous avons attrapé ce mot anglais, qui s’applique à Londres à toutes sortes de notabilités, nous en avons fait abus comme du calicot et du fil d’Écosse. Il ne se fait pas un vaudeville, un feuilleton, un roman de mœurs contemporains, qui. ne parle des lions de Paris. Aujourd’hui, pour être lion, la moindre chose suffit : avec un paletot jaune, un chapeau neuf, des moustaches, vous êtes reçu lion d’emblée. » — Roqueplan, 1841. — Deriège a fait la Physiologie du Lion. — Un lionceau est un lion ridicule.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme qui, à tort ou à raison, — à tort plus souvent qu’à raison, — a attiré et fixé sur lui, pendant une minute, pendant une heure, pendant un jour, rarement pendant plus d’un mois, l’attention capricieuse de la foule, soit parce qu’il a publié un pamphlet scandaleux, soit parce qu’il a commis une éclatante gredinerie, soit pour ceci, soit pour cela, et même pour autre chose ; homme enfin qui, comme Alcibiade, a coupé la queue à son chien, ou, comme Alphonse Karr, s’est fait dévorer par lui, ou, comme Empédocle,

Du plat de sa sandale a souffleté l’histoire.

Être le lion du jour. Être le point de mire de tous les regards et de toutes les curiosités.

(Delvau, 1867) : s. m. Le frère aîné du gandin, le dandy d’il y a vingt-cinq ans, le successeur du fashionable — qui l’était du beau — qui l’était de l’élégant — qui l’était de l’incroyable — qui l’était du muscadin, — qui l’était du petit-maître, etc. Ce mot nous vient d’Angleterre.

(Rigaud, 1881) : Élégant (1840). — Lion, lionne du jour, homme, femme à la mode ; célébrité éphémère.

Lionceau

(Delvau, 1867) : s. m. Apprenti lion, — garçon tailleur qui cherche à se faire passer pour le comte d’Orsay ou pour Brummel, et qui réussit rarement, le goût étant une fleur rare comme l’héroïsme.

Lionne

(Larchey, 1865) : « C’étaient de petits êtres féminins, richement mariés, coquets, jolis, qui maniaient parfaitement le pistolet et la cravache, montaient à cheval comme des lanciers, prisaient fort la cigarette, et ne dédaignaient pas le champagne frappé. »

F. Deriège.

(Delvau, 1867) : s. f. Femme à la mode — il y a trente ans. C’était « un petit être coquet, joli, qui maniait parfaitement le pistolet et la cravache, montait à cheval comme un lancier, prisait fort la cigarette et ne dédaignait point le Champagne frappé. » Aujourd’hui, mariée ou non, grande dame ou petite dame, la lionne se confond souvent avec celle qu’on appelle drôlesse.

Lionnerie

(Larchey, 1865) : Monde des lions.

Nous étions installés dans un restaurant cher à la lionnerie.

Mornand.

(Delvau, 1867) : s. f. Haute et basse fashion.

Lioubion

(Clémens, 1840) : Bonnet.

Lipède

(Rossignol, 1901) : Garçon maçon.

Lipète

(Rigaud, 1881) : Prostituée portée sur sa bouche.

Lipette

(Hayard, 1907) : Client naïf.

Lipette, ligorniot

(La Rue, 1894) : Maçon.

Lipette, Limousinant

(Rigaud, 1881) : Maçon qui pose les moellons et fait les murs.

Lippe

(d’Hautel, 1808) : Faire ou pousser la lippe. Allonger la mine ; être de mauvaise humeur ; faire la moue.

(Delvau, 1867) : s. f. Moue, grimace, — dans l’argot du peuple. Faire sa lippe. Bouder.

Lippée

(d’Hautel, 1808) : Coureur de lippées. Parasite, gourmand, homme qui feroit dix lieues pour un bon dîner.

(Delvau, 1867) : s. f. Simple bouchée ; repas insuffisant. Franche lippée. Repas copieux.

Lipper

(Delvau, 1867) : v. n. Courir de cabaret en cabaret, y manger, — et surtout y boire.

Lippu

(d’Hautel, 1808) : Qui a de grosses lèvres ; qui a l’air renfrogné et de mauvaise humeur.

Liquette

(Rigaud, 1881) : Chemise. — Décarrer le centre des liquettes, démarquer du linge. Mot à mot : faire sortir le nom des chemises.

(La Rue, 1894) : Chemise.

(Virmaître, 1894) : V. Limace.

(Rossignol, 1901) : Chemise.

(Hayard, 1907) : Chemise.

Liqueur

(Delvau, 1864) : Le sperme, qu’on pourrait mettre en bouteille sous le nom de Crème de cocus, car c’est avec cela qu’on les fait.

En moins de six coups de cul, je me vis arrosée largement de la liqueur amoureuse.

Mililot.

Ja trente ans limitent mon âge
Sans avoir goûté la liqueur
Dont le petit archer vainqueur
Charme des filles la tristesse.

Tabarin.

L’autre jour, épanchant cette ligueur divine,
Dont nos plaisirs et nous, tirons notre origine.

Grécourt.

Le paillard darde au fond sa bénigne liqueur.

Piron.

Liqueur seminale

(Delvau, 1864) : Le sperme, qui est la semence fécondante par excellence, « liqueur blanche et épaisse comme bouillie, que les amants rendent tous deux l’un dans l’antre, avec un délice qui ne se peut exprimer. »

Liquid

(Larchey, 1865) : « Liquid est mis ici pour liquidation. Le coulissier, facétieux et aussi de belles manières, se plaît à abréger ses formules comme la jeunesse dédorée de l’époque, et elle dit liquid comme on dit d’autor, d’achar, soc ou démoc. » — Mornand. — « Les ventes et achats de chemins de fer se liquident tous les quinze jours et la rente à la fin de chaque mois. Si vous êtes acheteur de 3 000 fr. de rente fin du mois à 72 fr., que la rente baisse a 71 fr., votre perte s’élève à 1,050 fr., courtage compris. Vous pouvez continuer votre opération en vous faisant reporter. On ajoute alors au cours de 71 fr. le prix du report, plus un nouveau courtage. La cherté des reports tempère souvent les dispositions à la hausse. Il est en effet très-onéreux pour un acheteur de rente de passer 70 c. de report, ce qui, sur 3 000 fr. de rente, augmente de 700 fr. le prix d’achat. » — De Mériclet.

(Rigaud, 1881) : Liquidation, — en terme de Bourse.

Liquide

(Delvau, 1867) : s. f. Apocope de Liquidation, — dans l’argot des coulissiers.

(Delvau, 1867) : s. m. Vin, — dans l’argot du peuple, qui fait semblant d’ignorer qu’il existe d’autres corps aqueux. Avoir absorbé trop de liquide. Être ivre.

(Rigaud, 1881) : Toutes sortes de boissons, l’eau exceptée, — dans le jargon des ivrognes.

Liquide de bacchus

(Virmaître, 1894) : Vin (Argot du peuple).

Liquide de canard

(Virmaître, 1894) : Eau (Argot du peuple). V. Lance.

Lire

(Boutmy, 1883) : v. a. Indiquer sur une épreuve, à l’aide de signes particuliers, les fautes qu’on y découvre. Lire et corriger sont pour le correcteur des mots synonymes. Lire en première, corriger la première épreuve, celle qui est faite immédiatement après le travail du compositeur. Lire en seconde ou en bon, corriger l’épreuve déjà lue par l’auteur et sur laquelle il a écrit : bon à tirer. Lire au pouce, corriger en première sans l’aide d’un teneur de copie.

Lire aux astres

(Delvau, 1867) : v. n. Muser, faire le gobe-mouches ; regarder en l’air au lieu de regarder par terre, — comme astrologue de la fable.

(Virmaître, 1894) : Synonyme de bailler à la lune, mettre trois heures pour faire une course de cinq minutes (Argot du peuple). V. Gobe-mouches.

Lironjaime

(Rossignol, 1901) : Girond. C’est de l’argot de boucher qui veut dire : bien, beau. Un beau gars est lironjaime ou girond. Une jolie femme est lironjaime ou gironde.

Lisdré

(Virmaître, 1894) : V. Fricadier.

Lisette

(Larchey, 1865) : Gilet long. V. Tirant. — Doit avoir la même racine que Lice.

(Delvau, 1867) : s. f. Gilet long, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Gilet long ; gilet de cocher.

(La Rue, 1894) : Gilet long.

Lisières

(d’Hautel, 1808) : Les lisières sont pires que le drap. Voy. Drap.
Se laisser conduire à la lisière. Laisser prendre un grand empire à quelqu’un sur son esprit ; se laisser maîtriser.

Lit

(d’Hautel, 1808) : Prendre quelqu’un au saut du lit. Se rendre chez lui de très-bonne heure, et avant qu’il ne soit levé.
Un lit de pierre ou de sel. Expression figurée, pour un amas de pierres ou de sel.
Lit de misère. On nomme ainsi le lit sur lequel on place les femmes qui sont en mal d’enfant.

Lit à coups de poing (faire un, expédier un)

(Rigaud, 1881) : Faire un lit à la hâte sans retourner les matelas. On dit également « faire un lit à l’anglaise ».

Litanie

(d’Hautel, 1808) : Long comme les litanies. Se dit d’un lambin, d’un longis qui n’en finit sur rien.

Litarge

(Virmaître, 1894) : V. Lance.

Liteaux

(d’Hautel, 1808) : Raies bleues ou de toute autre couleur qui sont aux extrémités des serviettes. Beaucoup de personnes disent, une serviette, une nappe à linteaux : c’est liteaux qu’il faut dire.
Un linteau est une pièce de bois dont on fait usage dans le bâtiment.

Lithographier (se)

(Delvau, 1867) : Tomber par terre, — dans l’argot des faubouriens, qui savent que lorsqu’on tombe, on a le visage désagréablement impressionné par la pierre.

Litière

(d’Hautel, 1808) : Il est sur la litière. Se dit en plaisantant d’un homme que la débauche ou une mauvaise conduite oblige de garder le lit.

Litré

(Hayard, 1907) : Trois.

Litrée

(Hayard, 1907) : Litre.

Litrer

(Larchey, 1865) : Contenir, posséder. — Ce terme a une forme aussi régulière que cuber. — V. Fourgat.

J’avais balancé le bogue que j’avais fourliné et je ne litrais que nibergue en valades.

Vidocq.

(Delvau, 1867) : v. a. Avoir, posséder, — dans l’argot des voleurs. V. Itrer.

(Rigaud, 1881) : Posséder, avoir, — dans l’ancien argot.

Litron

(Delvau, 1867) : s. m. Litre douteux servi dans un pot qui n’a pas toujours la contenance légale. Argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Litre qui n’a pas la taille réglementaire.

(Rossignol, 1901) : Litre de vin.

(Hayard, 1907) : Litre.

Litronner

(Rigaud, 1881) : Boire du vin au litre.

Litronneur

(Rigaud, 1881) : Buveur qui a un faible pour le vin au litre.

Littéral

(Fustier, 1889) : Argot des élèves des écoles militaires qui désignent ainsi le petit livre où se trouvent la théorie, les principes de la manœuvre, livre qu’il faut savoir littéralement par cœur.

Salle affreuse, où de la théorie
Nous avons tant beuglé le littéral,
Adieu…

(Écho de Paris, avril 1884.)

Littérature jaune

(Delvau, 1867) : s. f. Le Réalisme, — une maladie ictérique désagréable qui a sévi avec assez d’intensité dans les rangs littéraires il y a une dizaine d’années, et dont a été particulièrement atteint Champfleury, aujourd’hui (1867) presque guéri. L’expression, fort juste, appartient à Hippolyte Babou.

Littératurier

(Delvau, 1867) : s. m. Mauvais écrivain, — dans l’argot des gens de lettres.

Livraison de bois devant la porte

(Virmaître, 1894) : V. Capitonnée.

Livraison de bois devant sa porte (avoir une)

(Delvau, 1867) : v. a. Se dit, — dans l’argot des faubouriens, d’une femme richement avantagée par la Nature.

Livre

(d’Hautel, 1808) : Parler comme un livre. Faire le docteur ; parler savamment et avec facilité.
Il n’a jamais mis le nez dans un livre. Se dit par dénigrement d’un homme ignorant qui est par venu à un haut emploi.
Être écrit sur le livre rouge. Être noté dans les registres publics ou particuliers, pour quelques fautes que l’on se propose de punir à la première occasion.
Faire de cent sous quatre livres, et de quatre livres rien. Revendre, échanger à bas prix ce que l’on a payé fort cher ; faire des économies mal combinées, qui font perdre d’un côté ce que l’on gagne de l’autre.

Livre (une)

(Rossignol, 1901) : Cent francs.

Livre d’architecture

(Delvau, 1867) : s. m. Registre qui contient les procès-verbaux d’une loge, — dans l’argot des francs-maçons.

Livre des quatre rois

(Rigaud, 1881) : Jeu de cartes ! (F. Michel.)

Livre des rois

(Delvau, 1867) : s. m. Jeu de cartes. Argot des faubouriens.

Livre rouge

(Delvau, 1867) : s. m. Les registres du Dispensaire, — dans L’argot des filles.

(Rigaud, 1881) : Registre du dispensaire, — dans le jargon des filles.

(La Rue, 1894) : Registre du dispensaire.

Livrer

(d’Hautel, 1808) : Vendre et livrer c’est deux. Signifie que l’on ne réussit pas toujours dans les mesures que l’on prend pour tromper quelqu’un.

Livrer (se)

(Delvau, 1864) : Ouvrir son cœur, ses cuisses, son cul — et par conséquent le paradis — à un homme.

Elle est réduite aujourd’hui à se livrer au petit Dupré.

(La France galante.)

Je hais cette Lais qui trop facilement
Se livre aux premiers mots d’un galant qui la presse.

E. T. Simon.

Elle a donc fait le serment de ne se livrer, selon la nature, qu’à des nobles.

A. de Nerciat.

Livres libres, obscènes, orduriers, malsains

(Delvau, 1864) : Ouvrages où l’on parle sans vergogne, comme dans celui-ci, des parties naturelles des deux sexes et de leurs fonctions ; de cons, de vits, de culs, de fouterie, de gamahucherie, etc. Ils sont abominés par les personnes honnêtes qui ne foutent que dans l’obscurité la plus complète et en faisant passer leur vit par un trou de la chemise de leur dame, et qui enseignent à la jeunesse que les enfants se trouvent naturellement sous des feuilles de chou.

Un livre incendiaire a rallumé tous les feux que mon austérité commençait d’assoupir.

(Mon noviciat.)

Lob

(Rossignol, 1901) : Voir chatte.

Locandier

(Larchey, 1865) : « Le locandier est une des nombreuses variétés des voleurs au bonjour. Sous prétexte d’examiner un logement à louer et en dépit de la présence du concierge, il vole avec dextérité. »

A. Monnier.

(Delvau, 1867) : s. m. Variété de voleur au bonjour.

(Rigaud, 1881) : Voleur qui opère en visitant les appartements à louer. Sous prétexte de visiter un appartement, le locandier dérobe tout ce qu’il peut, prend l’empreinte des serrures, examine la place où il travaillera plus tard ; de l’italien locanda, maison.

(Virmaître, 1894) : Variété de voleur au bonjour (Argot des voleurs). V. Bonjourier.

Locataire

(d’Hautel, 1808) : C’est un mauvais locataire, de qui il faut donner congé. Locution basse et burlesque dont on sert pour excuser quelqu’incongruité, et en donnant essor à un vent importun.

Locatis

(d’Hautel, 1808) : Un locatis. Pour dire, un cheval de louage.

(Delvau, 1867) : s. m. Cheval de louage, — dans l’argot des commis de nouveautés, à qui leurs moyens défendent les pur-sang.

(Rigaud, 1881) : Habit en location ; cheval de louage ; voiture au mois et en général tous les effets mobiliers ou autres qu’on loue à la journée ou au mois.

(Fustier, 1889) : Mauvaise voiture de louage.

(La Rue, 1894) : Mauvaise voiture de louage.

Loche

(d’Hautel, 1808) : Sorte de petit poisson très-gras.
Elle est grasse comme une loche. Se dit d’une femme de petite stature, et qui a un embonpoint appétissant.

(Bras-de-Fer, 1829) : Oreille.

(Larchey, 1865) : Oreille. — Locher : Écouter (Vidocq).

(Delvau, 1867) : s. f. Paresseux, gras, mou, — dans l’argot du peuple, qui emploie ce mot au propre et au figuré, par allusion à la limace, grise ou rouge, qu’on voit se traîner, visqueuse, par les sentiers.

(Delvau, 1867) : s. f. Oreille, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Oreille. — Locher, écouter, entendre.

(La Rue, 1894) : Oreille. Paresseux.

(Virmaître, 1894) : Oreilles (Argot des voleurs). V. Esgourdes.

(Virmaître, 1894) : Paresseux, fainéant. Allusion à la loche qui se traîne péniblement. On dit également Paresseux comme un loir. Le loir dort au soleil (Argot du peuple). N.

Loche (mou comme une)

(Rigaud, 1881) : Flegmatique, sans énergie ; par altération de mou comme une loque.

Locher

(d’Hautel, 1808) : Il y a toujours quelque chose qui loche. Pour dire, qui va mal. On dit plus communément, qui cloche.

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Écouter.

(Delvau, 1867) : v. n. Branler, être près de tomber, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : N’être pas d’aplomb, menacer de tomber ; c’est clocher en supprimant le C.

(La Rue, 1894) : Écouler. Perdre l’équilibre, menacer de tomber.

(Virmaître, 1894) : Branler, tomber.
— Tu branles dans le manche, tu vas être renvoyé de ta place.
Ce à quoi les farceurs répondent :
— Tout ce qui branle ne tombe pas (Argot du peuple). N.

Loches

(Hayard, 1907) : Oreilles.

Locomotive

(Delvau, 1867) : s. f. Fumeur acharné, — dans l’argot des bourgeois, qui, sans s’en douter emploient là une expression de l’argot des voleurs anglais : Steamer.

Locomotive (fumer comme une)

(Rigaud, 1881) : Fumer beaucoup et très vite, — dans le jargon des fumeurs.

Lof

(M.D., 1844) : Bête.

Lofat

(Larchey, 1865) : Aspirant au grade de compagnon.

C’était pour le baptême d’un lofat… On devait le baptiser à la Courtille ; j’étais le parrain.

La Correctionnelle.

Loffard ou Loff

(Delvau, 1867) : s. et adj. Innocent, niais, pleurard, — dans l’argot des comédiens, qui ne se doutent pas qu’ils ont emprunté ce mot à l’argot des forçats, qui l’ont emprunté eux-mêmes à l’argot des marins. Le lof est le côté d’un navire qui se trouve frappé par le vent, qui le fait crier. Le loffard, au bagne, est le forçat frappé par une condamnation à perpétuité, et qui gémit comme un enfant sur son sort.

Loffat

(Delvau, 1867) : s. m. Aspirant compagnon, — dans l’argot des ouvriers.

Loffe

(Rigaud, 1881) : Spectateur, — dans l’ancien argot des comédiens ; c’est-à-dire imbécile, naïf. Le mot est emprunté à l’argot des voleurs.

(La Rue, 1894) : Niais, innocent. Pleurard. Faux. Mauvais.

Loffe, Loffiat

(Rigaud, 1881) : Niais, bêta.

Loffiat

(Larchey, 1865) : Maladroit, imbécile.

Loffitude

(M.D., 1844) : Bêtise.

(Delvau, 1867) : s. f. Niaiserie, bêtise.

(Rigaud, 1881) : Bêtise, naïveté. — Bonisseur de loffitudes, pitre, charlatan. Mot à mot, diseur de bêtises.

Lofiat

(d’Hautel, 1808) : Idiot, homme simple, crédule et borné.
Avoir l’air un peu lofiat. Avoir l’air hébété, sot et emprunté.

Loge

(Delvau, 1867) : s. f. Lieu de réunion, — dans l’argot des francs-maçons. Loge irrégulière. Assemblée de francs-maçons qui ne sont pas réguliers et avec lesquels on ne doit pas fraterniser.

Loge infernale

(Delvau, 1867) : s. f. Petite loge d’avant -scène, où se mettent par tradition, les gandins, — imitateurs serviles des lions. Se dit aussi des Premières chaises du premier rang, aux concerts en plein vent comme ceux des Champs-Elysées.

Loger

(d’Hautel, 1808) : Être logé aux quatre vents, à la belle étoile. Habiter une chambre ou le vent entre de tous les côtés ; coucher dans la rue, ou en plein air. Être logé chez Guillot le songeur. Être rêveur, pensif, triste, et enclin à la mélancolie.
Loger aux petites maisons. Pour dire, être fou.

Loger aux quatre vents

(Delvau, 1867) : v. n. Demeurer dans une maison mal close, où le vent entre comme chez lui.

Loger rue du Croissant

(Delvau, 1867) : v. n. Avoir pour femme une drôlesse qui donne dans le contrat autant de coups de canif qu’il y a de jours dans l’année.

Loger rue du croissant

(Virmaître, 1894) : Si tous les maris cocus devaient rester rue du Croissant, il faudrait prolonger cette rue jusqu’à Vincennes (Argot du peuple). V. Joseph. N.

Logeteau

(Merlin, 1888) : Le maréchal des logis.

Logis

(d’Hautel, 1808) : Le logis du roi. Pour geole, prison.
Il n’y a plus personne au logis. Se dit en parlant d’une personne qui est devenue folle ou qui vient d’expirer.

Loin

(d’Hautel, 1808) : Il en est revenu de plus loin. Se dit de quelqu’un qui est en danger, mais que l’on espère tirer d’embarras, et qui s’est trouvé dans des circonstances plus critiques, sans y avoir succombé.

(d’Hautel, 1808) : Il n’ira pas loin. Pour il mourra bientôt.
Il ne voit pas plus loin que son nez. Pour il n’a aucune pénétration, aucune sagacité.
Je le vois venir de loin. Pour je me doute de ce qu’il va faire, de ce qu’il veut tenter.
Il ne le portera pas loin. Pour il sera bientôt puni.
Il est auprès de cette femme comme le bénitier de l’église, près de la porte et loin du chœur. Calembourg, pour dire qu’un homme n’est pas aimé de la femme qu’il courtise, qu’il perd son temps à lui faire la cour.

Loir

(d’Hautel, 1808) : Dormir comme un loir. Dormir profondément.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme paresseux, dormeur, ami de ses aises. — dans l’argot du peuple, qui sait que cette sorte de gens, comme le mus nitela, mange les meilleurs fruits des espaliers et de la vie : d’où le vieux verbe loirer, pour dérober, voler.

Loisir

(d’Hautel, 1808) : Impromptu fait à loisir. V. Loisir.
Il n’a pas le loisir de se moucher ni d’être malade. Se dit d’un homme qui a de grandes occupations, qui est très-affairé.

Loité

(Virmaître, 1894) : Quinze centimes (Argot des voleurs). N.

Loitré

(Hayard, 1907) : Trois.

Lolo

(Delvau, 1867) : s. m. Lait, — dans l’argot des enfants.

Lolotte

(Delvau, 1867) : s. f. Fille ou femme qui aime pour vivre au lieu de vivre pour aimer. Argot des faubouriens.

Lombard

(Delvau, 1867) : s. m. Commissionnaire au Mont-de-Piété, — dans l’argot des ouvriers qui ont travaillé avec les Belges ; car c’est en effet le nom qu’on donne à Bruxelles, au Grand-Mont-de-Piété, et ce nom a sa valeur historique.

Londrès

(Larchey, 1865) : Cigare de la Havane.

Je me rejetai dans le fond de la voiture et j’allumai un londrès.

Mornand.

(Delvau, 1867) : s. m. Cigare de vingt-cinq centimes de la Havane, — ou d’ailleurs.

Long

(d’Hautel, 1808) : C’est du pain bien long. Se dit d’une affaire qui ne présente qu’un bénéfice très-éloigné.
En savoir long. Être fin et rusé ; être plus instruit que n’exige la délicatesse, la franchise et l’honnêteté.
Long comme une vielle, une flûte. Se dit d’un homme extrêmement long dans tout ce qu’il fait ; ou qui est d’une grandeur extraordinaire.
Long comme un jour sans pain. Voy. Jour.
Tirer la langue d’un pied de long. Être réduit à la plus affreuse nécessité.
Il en a eu tout du long de l’aune. Pour il a été bien étrillé, bien mal traité.
Savoir le court et le long d’une affaire. En connoître tous les détails, toutes les particularités.
Faire courte messe et long dîner. Rester plus long-temps à table qu’à la messe.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Niais, dupe. Filer le long, suivre une dupe, ne pas la perdre de vue.

(Clémens, 1840) : Facile à faire.

(Rigaud, 1881) : Niais, dupe, — dans l’ancien argot ; mot à mot : long à comprendre.

(La Rue, 1894) : Niais, dupe.

Long comme un jour sans pine

(Delvau, 1864) : Phrase ad usum prostibuli, parce que dans un bordel, où l’amour est la seule occupation des femmes, la journée paraît longue lorsqu’il ne vient pas de michés.

Long du mur (blanchi le)

(Rigaud, 1881) : Se dit d’un employé, d’un domestique, qui n’est pas blanchi aux frais de son patron, aux frais de son maître. L’employé de commerce qui n’est ni nourri ni blanchi chez son patron, dit qu’il est nourri de l’air dû temps et blanchi le long du mur.

Long du mur (le)

(Delvau, 1867) : Avec son argent, — dans l’argot du peuple. Pour bien comprendre cette expression pittoresque si fréquemment employée, je veux citer la réponse que me fit un jour un coiffeur : « Combien gagnez-vous chez votre patron ? — Trois francs par jour. — Alors vous êtes nourri ? — Nourri et blanchi, oui… le long du mur ! »

(Virmaître, 1894) : Les murs sont blancs ; quand on s’y frotte, on blanchit ses effets. Allusion à une bonne qui, avant d’entrer en place, demande ce qu’elle gagnera :
— Nourrie, vingt francs par mois, un jour de sortie.
— Et blanchie ?
— Le long des murs (Argot du peuple). N.

Long nez, longue pine

(Delvau, 1864) : Proverbe français qui ment — comme tous les proverbes. S’il ne mentait pas, il faudrait mettre l’acteur Hyacinthe dans une niche et l’adorer.

Longchamp

(Larchey, 1865) : « D’autres font une excursion au longchamp, cour oblongue, bordée d’une file de cabinets dont nous laissons deviner la destination. Comme c’est le seul endroit où pendant les heures d’étude, les élèves de l’École polytechnique puissent aller humer l’air, filer, causer, chercher des distractions, le lonchamp a acquis une grande importance. »

La Bédollière.

(Delvau, 1867) : s. m. Procession plus ou moins considérable de gens, — dans l’argot du peuple, qui consacre ainsi le souvenir d’une mode dont on ne parlera plus dans quelques années.

(Delvau, 1867) : s. m. Promenade favorite, — dans l’argot des Polytechniciens. C’est une cour oblongue, bordée d’une file de cabinets dont nous laissons deviner la destination, et où les élèves viennent fumer et causer pendant les heures d’étude.

(Rigaud, 1881) : Cour réservée aux latrines de l’École Polytechnique.

Longe

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Année. J’ai fauché le pré cinq longes, j’ai été aux galères pendant cinq ans.

(Clémens, 1840) : Année.

(Larchey, 1865) : Année (Vidocq). — Forme de longue. Une année est souvent longue à passer.

(Delvau, 1867) : s. f. Année, — dans l’argot des voleurs, qui tirent volontiers dessus lorsqu’ils sont en prison.

(Rigaud, 1881) : Année, an. — Tirer une longe, faire un an de prison.

(La Rue, 1894) : Année.

(Virmaître, 1894) : V. Berge.

(Rossignol, 1901) : Année.

(Hayard, 1907) : Année.

(Hayard, 1907) : Couteau.

Longé

(Delvau, 1867) : adj. Agé.

Longe (marcher sur sa)

(Merlin, 1888) : Se tromper grossièrement.

Longe (une)

(M.D., 1844) : Une année.

Longe ou longue

(Halbert, 1849) : Année.

Longis

(d’Hautel, 1808) : C’est un longis. Pour un paresseux, un oisif, un homme d’une lenteur insupportable.

(Delvau, 1867) : s. et adj. Homme nonchalant, lent à faire ce qu’il entreprend. Argot du peuple. On dit aussi Saint Longin. Longie. Nonchalante, paresseuse. On dit aussi Sainte-Longie.

Longitudinem

(d’Hautel, 1808) : Un longitudinem. Mot burlesque et pris du latin ; se dit d’un indolent, d’un paresseux, d’un homme nonchalant à l’excès.

Longue

(anon., 1827) : Année.

(Bras-de-Fer, 1829) : Année.

Longuette de trèfle

(Rigaud, 1881) : Tabac à chiquer, tabac en ficelle.

Longueur

(d’Hautel, 1808) : Une épée de longueur. Voyez Épée.

Lophe

(Larchey, 1865) : Faux. — V. Fafiot.

Lopheur

(Virmaître, 1894) : Fabricant de faux papiers (Argot des voleurs).

Lopin

(d’Hautel, 1808) : Pour portion, lot.
Il a emporté un bon lopin. Signifie il a emporté une bonne portion, il a été bien partagé dans cette affaire.

(Delvau, 1867) : s. m. Morceau. Signifie aussi : Postillon, crachat, expectoration abondante.

Loques

(Larchey, 1865) : « Le gamin de Paris a sa monnaie à lui, qui se compose de tous les petits morceaux de cuivre façonné qu’on peut trouver sur la voie publique. Cette curieuse monnaie, qui prend le nom de loques, a un cours invariable et bien réglé dans cette petite bohème d’enfants. » V. Hugo.

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Boutons de guêtre ou de pantalon, en cuivre, — dans l’argot des écoliers, qui les recueillent avec soin. Jouer aux loques. Jouer avec des boutons comme avec des billes, à la bloquette, à la pigoche, etc.

(Rigaud, 1881) : Boutons de culottes avec lesquels, faute de sous, jouent les gamins. — Boutons qui, à la rigueur, servent demarques aux joueurs de loto.

(Virmaître, 1894) : Vieux vêlements usés jusqu’à la corde. Cette expression s’applique également aux vieux morceaux de ferrailles qui servent d’enjeu aux enfants (Argot du peuple).

Loquette

(d’Hautel, 1808) : Il faut lui arracher ce qu’il doit loquette par loquette. Se dit d’un homme qui se fait tirer l’oreille pour payer ses dettes, qui, comme on dit, est dur à la desserre.

Loqueur

(La Rue, 1894) : Dénonciateur.

Lorcefé

(Delvau, 1867) : s. f. La prison de la Force, — dans l’argot des voleurs, qui, pour ce mot, se sont contentés de changer la place des lettres et de mettre un é au lieu d’un a. La Lorcefé des largues. Saint-Lazare, qui est la prison, la maison de Force où l’on renferme les femmes.

(Rigaud, 1881) : La Force. (Ancienne prison de Paris.)

Lorcefé des poniffes

(Virmaître, 1894) : Prison de Saint-Lazare (Argot des filles).

Lorcefée (la)

(Bras-de-Fer, 1829) : La force.

Lordant, Lourdier, Lourdière

(Rigaud, 1881) : Portier, portière.

Loret

(Delvau, 1867) : s. m. Monsieur peu délicat et peu difficile, qui vit volontiers des miettes de la table amoureuse de la lorette. Le mot appartient à Nestor Roqueplan.

Lorette

(Delvau, 1864) : Femme entretenue par Monseigneur Tout-le-Monde, et qui habite volontiers dans les environs de l’église de notre dame de Lorette. D’ou son nom, qui lui a été donné par Nestor Roqueplan.

Je suis coquette
Je suis lorette
Reine du jour, reine sans feu ni lieu !
Eh bien ! J’espère
Quitter la terre
En mon Hotel… Peut-etre en l’Hotel-Dieu

G. Nadaud.

(Larchey, 1865) : « C’est peut-être le plus jeune mot de la langue française ; il a cinq ans à l’heure qu’il est, ni plus ni moins, l’âge des constructions qui s’étendent derrière Notre-Dame-de-Lorette, depuis la rue Saint-Lazare jusqu’à la place Bréda, naguère encore à l’état de terrain vague, maintenant entourée de belles façades en pierres de taille, ornées de sculptures. Ces maisons, à peine achevées, furent louées à bas prix, souvent à la seule condition de garnir les fenêtres de rideaux, pour simuler la population qui manquait encore à ce quartier naissant, à de jeunes filles peu soucieuses de l’humidité des murailles, et comptant, pour les sécher, sur les flammes et les soupirs de galants de tout âge et de toute fortune. ces locataires d’un nouveau genre, calorifères économiques à l’usage des bâtisses, reçurent, dans l’origine, des propriétaires peu reconnaissants, le surnom disgracieux, mais énergique, d’essuyeuses de plâtres. l’appartement assaini, on donnait congé à la pauvre créature, qui peut-être y avait échangé sa fraîcheur contre des fraîcheurs. À force d’entendre répondre « rue Notre-Dame-de-Lorette » à la question « où demeurez-vous, où allons-nous ? » si naturelle à la fin d’un bal public, ou à la sortie d’un petit théâtre, l’idée est sans doute venue à quelque grand philosophe, sans prétention, de transporter, par un hypallage hardi, le nom du quartier à la personne, et le mot Lorette a été trouvé. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’il a été lithographié pour la première fois par Gavarni, dans les légendes de ses charmants croquis, et imprimé par Nestor Roqueplan dans ses Nouvelles à la main. Ordinairement fille de portier, la Lorette a eu d’abord pour ambition d’être chanteuse, danseuse ou comédienne ; elle a dans son bas âge tapoté quelque peu de piano, épelé les premières pages de solfège, fait quelques pliés dans une classe de danse, et déclamé une scène de tragédie, avec sa mère, qui lui donnait la réplique, lunettes sur le nez. Quelques-unes ont été plus ou moins choristes, figurantes ou marcheuses à l’Opéra ; elles ont toutes manqué d’être premiers sujets. Cela a tenu, disent-elles, aux manœuvres d’un amant évincé ou rebuté ; mais elles s’en moquent. Pour chanter, il faudrait se priver de fumer des cigares Régalia et de boire du vin de Champagne dans des verres plus grands que nature, et l’on ne pourrait, le soir, faire vis-à-vis a la reine Pomaré au bal Mabile pour une polka, mazurka ou frotteska, si l’on avait fait dans la journée les deux mille battements nécessaires pour se tenir le cou-de-pied frais. La Lorette a souvent équipage, ou tout au moins voiture. — Parfois aussi elle n’a que des bottines suspectes, à semelles feuilletées qui sourient à l’asphalte avec une gaîté intempestive. Un jour elle nourrit son chien de blanc-manger ; l’autre, elle n’a pas de quoi avoir du pain, alors elle achète de la pâte d’amandes. Elle peut se passer du nécessaire, mais non du superflu. Plus capable de caprice que la femme entretenue, moins capable d’amour que la grisette, la Lorette a compris son temps, et l’amuse comme il veut l’être ; son esprit est un composé de l’argot du théâtre, du Jockey Club et de l’atelier. Gavarni lui a prêté beaucoup de mots, mais elle en a dit quelques-uns. Des moralistes, même peu sévères, la trouveraient corrompue, et pourtant, chose étrange ! elle a, si l’on peut s’exprimer ainsi, l’innocence du vice. Sa conduite lui semble la plus naturelle du monde ; elle trouve tout simple d’avoir une collection d’Arthurs et de tromper des protecteurs à crâne beurre frais, à gilet blanc. Elle les regarde comme une espèce faite pour solder les factures imaginaires et les lettres de change fantastiques : c’est ainsi qu’elle vit, insouciante, pleine de foi dans sa beauté, attendant une invasion de boyards, un débarquement de lords, bardés de roubles et de guinées. — Quelques-unes font porter, de temps à autre, par leur cuisinière, cent sous à la caisse d’épargne ; mais cela est traité généralement de petitesse et de précaution injurieuse à la Providence. » — Th. Gautier, 1845.

(Delvau, 1867) : s. f. Fille ou femme qui ne vit pas pour aimer, mais au contraire, aime pour vivre. Le mot a une vingtaine d’années (1840), et il appartient à Nestor Roqueplan, qui a par un hypallage audacieux, ainsi baptisé ces drôlesses du nom de leur quartier de prédilection, — le quartier Notre-Dame-de-Lorette.

(Rigaud, 1881) : Femme galante, femme entretenue. M. Prudhomme l’appelle « la moderne hétaïre ». Le mot a été créé en 1840 par Nestor Roqueplan.

Comme Vénus aphrodite de l’écume des flots, la lorette était née de la buée des plâtres malsains, là-haut, dans les quartiers bâtis en torchis élégants, la petite Pologne des femmes. Roqueplan s’était fait son parrain ; Balzac son historien ; Gavarni sa marchande de mots et de modes.

(Les Mémoires du bal Mabille.)

Qu’est-ce que la lorette ? C’est la loi du divorce rétablie et, pour plus d’un mari, je le dis avec tristesse, la patience du mariage… La lorette n’est ni fille, ni femme, à proprement parler. C’est une profession c’est une boutique.

(Eug. Pelletan, La nouvelle Babylone.)

Elle a un père à qui elle dit : Adieu papa ; tu viendras frotter chez moi dimanche. — Elle a une mère qui prend son café quotidien sur un poêle en fonte.

(Ed. et J. de Goncourt.)

Il y a mille et une manières, en apparence de devenir lorette, mais au fond c’est la même. Une pauvre fille que l’on vend, une pauvre fille que l’on trompe.

(Paris-Lorette.)

Une lorette, parlant d’un entreteneur pour lequel elle a du goût, dit : « Mon homme » ; l’entreteneur qu’elle considère et respecte est son monsieur ; quant à l’entreteneur pur et simple, quoi qu’il fasse, et quoi qu’il donne, il n’est jamaisqu’un mufle.

(Idem.)

Aujourd’hui les lorettes célèbres de 1840 ont vieilli. Elles comptent leur dépense avec leurs cuisinières, prennent l’omnibus quand il pleut, et élèvent des oiseaux. La lorette pure est maintenant un type évanoui, une race disparue.

(Paris à vol de canard.)

Lorette, lolo

(La Rue, 1894) : Femme galante entretenue.

Lorgne

(Larchey, 1865) : Borgne (Vidocq). — Abréviation de Calorgne. — Lorgne : As (id.).

(Delvau, 1867) : s. m. Borgne, — dans l’argot des voleurs. Ils disent aussi Lorgne-bè.

(Rigaud, 1881) : Borgne ; avec changement de la première lettre ; et la variante lorgnebé, — dans le jargon des bouchers.

(Rigaud, 1881) : As, — dans le jargon des voleurs. C’est-à-dire borgne. L’as est une carte borgne, n’ayant qu’un point au milieu. Les ouvriers disent « borgne » pour désigner un as. — Quatorze de borgnes, quatorze d’as. M. Fr. Michel donne lorgue ; ce doit être une faute d’impression.

(La Rue, 1894) : Borgne. As.

(Virmaître, 1894) : Borgne. On dit aussi : lorgnebé. Le borgne ne lorgne que d’un œil. On dit aussi : Il ne peut voir que d’un bon œil (Argot du peuple).

(Hayard, 1907) : Le postérieur.

Lorgner

(d’Hautel, 1808) : Regarder quelqu’un du coin de l’œil ; lancer des regards indiscrets sur quelqu’un.
Lorgner une femme. La regarder avec recherche ; en devenir amoureux.

Lorgnerie

(d’Hautel, 1808) : Coup-d’œil fréquent, regards curieux, expressifs et quelquefois incivils.

Lorgneux

(d’Hautel, 1808) : Pour lorgneur. Nom que l’on donne à un homme qui regarde avec curiosité ; à un indiscret qui cherche à connoître ce qui ne le concerne pas.

Lorgue

(Delvau, 1867) : s. m. As, — dans le même argot [des voleurs].

Loriot

(d’Hautel, 1808) : Oiseau, qui est de la-grosseur du-merle.
Un compère Loriot. Un bon vivant, un réjoui bon temps.
C’est aussi le nom d’une espèce de pustule qui vient aux paupières.

Lorquet

(Rigaud, 1881) : Sou, — dans le jargon des voyous ; emprunté à celui des bouchers.

Lorrain

(d’Hautel, 1808) : Lorrain vilain, traître à Dieu et à son prochain. Dénomination injurieuse, passée en proverbe, et que l’on applique aux habitans de la Lorraine, qui naissent, dit-on, avec le germe de ces vices odieux.

Lors (la)

(M.D., 1844) : Prison de la force.

Lot

(d’Hautel, 1808) : Gagner le gros lot. Au propre, gagner une somme considérable à la loterie. Le figuré de cette locution cache un sens libre et malhonnête que l’on s’abstient d’expliquer ici.

Lotir

(d’Hautel, 1808) : Le voilà bien loti. Locution ironique pour, le voilà bien avancé ; le voilà dans une belle affaire.

Loto, boule de loto

(La Rue, 1894) : Œil.

Lou

(Rigaud, 1881) : Pièce manquée, ouvrage abîmé, en terme d’ouvrier du fer. En terme de théâtre, un lou ou loup signifie froid pour froid de loup, et sert à designer un très court intervalle de temps pendant lequel, contre toutes les règles de l’art dramatique, la scène reste vide ; ce qui jette un froid « Pendant que je vais m’habiller, pour éviter un petit froid ce qu’au théâtre nous appelons un lou. » (Clairville et Siraudin.)

(La Rue, 1894) : Pièce manquée, argot des mécaniciens et des tailleurs.

Lou (faire un)

(Rigaud, 1881) : Louter une Pièce. Rendre une pièce impropre à sa destination. Terme des ouvriers du fer.

Louage

(d’Hautel, 1808) : Vente, mort et mariage résolvent tout louage.

Louarfs

(Hayard, 1907) : Fortifications.

Louave

(Rigaud, 1881) : Soûl, — dans le jargon des bouchers. En substituant, comme dans la plupart des mots de leur jargon, L à la première lettre et ajoutant la désinence ave.

(La Rue, 1894) : Ivre.

Louave (faire un)

(Rigaud, 1881) : Voler un ivrogne, — dans le jargon des voleurs qui prennent leur bien un peu partout.

Louba

(La Rue, 1894) : Enfant.

Loubacs

(Rossignol, 1901) : Poux de corps qui se trouvent dans les parties poilues.

Loubion

(Larchey, 1865) : Bonnet. — Loubionnier : Bonnetier.

(Delvau, 1867) : s. m. Bonnet d’homme ou de femme, — dans le même argot [des voleurs].

(Rigaud, 1881) : Bonnet. — Loubionnier, loubionnière, marchand, marchande de bonnets. — Mercier, mercière.

(La Rue, 1894) : Bonnet.

Loubionnier

(Delvau, 1867) : s. m. Bonnetier.

Louche

(Bras-de-Fer, 1829) : Main.

(Clémens, 1840) : Cuillère.

(M.D., 1844) : Une cuillère.

(Halbert, 1849) : Cuiller.

(Larchey, 1865) : Main. — Comparaison de la main à la grande cuiller appelée de temps immémorial louche. V. Roquefort.

(Delvau, 1867) : s. f. Cuiller à potage, — dans l’argot du peuple. Un mot provincial acclimaté maintenant à Paris.

(Delvau, 1867) : adj. Douteux, équivoque.

(Rigaud, 1881) : Main ; par allusion à la cuiller à potage dite « louche ».

(Rossignol, 1901) : Cuiller à bouche.

(Hayard, 1907) : La main.

Louche (la)

(anon., 1827) : La main.

(Rigaud, 1881) : La police, — dans le jargon des voleurs. — La louche renifle, la police tient la piste.

Louchée

(Halbert, 1849) : Cuillerée.

(Delvau, 1867) : s. f. Cuillerée, — dans l’argot des voleurs.

Loucher (faire)

(Larchey, 1865) : Faire changer de manière de voir, d’opinion.

Avec qui tu veux que je soye ? Est-ce que ça te fait loucher ?

Monselet.

(Delvau, 1867) : Donner envie ; exciter la convoitise, — dans l’argot du peuple, où l’on emploie souvent cette expression ironique pour refuser quelque chose.

(Rigaud, 1881) : Gêner, embarrasser. — Faire envie, donner le désir de. — On dit vulgairement de quelqu’un qui regarde beaucoup une femme, qu’elle le fait loucher. — Une chose que l’on désire, dont on a envie, fait loucher.

Loucher de la jambe

(Delvau, 1867) : v. n. Boîter. Loucher de l’épaule. Être bossu. Loucher de la bouche. Avoir le sourire faux.

Louches

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Les mains, — dans l’argot des voleurs, qui ne savent pas prendre franchement, honnêtement, et en en demandant la permission.

Louchon

(Delvau, 1867) : s. m. Individu affligé de strabisme, — dans l’argot du peuple.

Louchon, Louchonne

(Rigaud, 1881) : Homme, femme qui louche.

Louchonne

(Virmaître, 1894) : La cuillère (Argot des voleurs). N.

(Hayard, 1907) : Lune.

Louer

(d’Hautel, 1808) : Il a loué son ventre. Se dit d’une personne qui a été engagé à dîner quelque part.
Il est loué. Pour dire, il est invité, il est engagé ailleurs.
Cet homme a des chambres à louer dans la tête. Se dit d’un homme qui a la tête mal organisée, qui déraisonne continuellement.

(d’Hautel, 1808) : Louanger, faire l’éloge de quelqu’un.
Dieu soit loué ! Exclamation qui équivaut à, Dieu merci, etc.

Louf

(Virmaître, 1894) : Abréviation de loufoque (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Fou.

Louf, Loufoque

(Hayard, 1907) : Fou.

Louffe

(Rossignol, 1901) : Celui qui lâche une louffe est un mal élevé, car il n’est pas convenable de louffer en société ; il est vrai qu’une louffe ne s’entend pas, mais se sent.

Louffe, Lousse

(Rigaud, 1881) : Pet taciturne.

Louffiat

(Rigaud, 1881) : Mal appris, grossier personnage.

(La Rue, 1894) : Mal appris. Grossier.

Louffoc

(Rossignol, 1901) : Fou.

Loufia

(Rossignol, 1901) : Garçon de restaurant ou de café.

Loufiarder

(Virmaître, 1894) : Vesser sourdement (Argot du peuple). N.

Loufiat

(Delvau, 1867) : s. m. Voyou, homme crapuleux, — dans l’argot des faubouriens.

(Hayard, 1907) : Garçon de café.

Louflon

(Fustier, 1889) : Fils de franc-maçon.

Loufoque

(Rigaud, 1881) : Fou, — dans l’argot des voleurs ; en remplaçant, comme dans le jargon des bouchers, la première lettre par un L, et rejetant l’F à la fin avec addition de la désinence oque.

Non, c’est pas le père Duchêne qui est loufoque, c’est vous autres qui êtes des ahuris.

(Le père Duchêne, 1879.)

(La Rue, 1894) : Fou.

(Virmaître, 1894) : Fou (Argot des bouchers).

Louftingue

(Hayard, 1907) : Fou.

Lougé

(Halbert, 1849) : Agé.

(Rigaud, 1881) : Agé, — dans l’ancien argot.

Louille

(Rigaud, 1881) : Fille publique, — dans l’argot des voleurs. Louille est pour « fouille ».

Louis

(d’Hautel, 1808) : Un louis d’aveugle. Un liard ; un jeton, ou toute autre petite pièce de monnoie de peu de valeur.
On n’est pas louis d’or, on ne peut plaire à tout le monde. Se dit pour excuser un homme qui a beaucoup d’ennemis, et parce qu’en effet il est difficile de réunir tous les suffrages, tandis que l’or plaît généralement à tout le monde.

Louis (la)

(Rigaud, 1881) : Abréviation de Louis XV. — Sous le nom de « Louis XV » les souteneurs désignent les femmes publiques aux crochets desquelles ils vivent largement, par allusion à ce monarque qui passe pour avoir été très généreux avec ses maîtresses.

C’est la meilleure de toutes les Louis XV que j’ai eues.

(Max. du Camp. Paris, t. III. — 1875.)

J’couch’ quéqu’fois sous des voitures ; Mais on attrap’ du cambouis. J’ veux pas ch’linguer la peinture, Quand j’ sue’ la pomme à ma Louis.

(Jean Richepin, Chanson du rôdeur.)

Il convient d’observer qu’à Saint-Pétersbourg, le peuple appelle des Louis ceux auxquels en France on a donné, entre autres surnoms, celui d’Alphonse.

Louis d’or

(Delvau, 1867) : s. m. Insurgé de Romilly, — dans l’argot facétieux des faubouriens, qui entendent dire depuis si longtemps et qui répètent eux-mêmes si volontiers que marcher dedans c’est signe d’argent. On dit aussi Pièce de vingt francs.

Louis d’or (n’être pas)

(Delvau, 1867) : Ne pouvoir plaire à tout le monde, soit par son visage quand on est femme, soit par son caractère quand on est homme, soit par son talent quand on est artiste ou écrivain. C’est une phrase souvent employée, de l’argot du peuple, qui sait que les Louis — XV ou non — seront toujours les bien-aimés, mais qui ignore les âpres joies des grands dédaigneux, jaloux de plaire seulement à un petit nombre d’amis ou de lecteurs de choix. Odi profanum vulgus, et arceo.

Louis XV

(La Rue, 1894) : Maîtresse V. Biche.

Louisette

(Delvau, 1867) : s. f. Premier nom donné à la guillotine, « en l’honneur » du docteur Louis, secrétaire perpétuel de l’Académie de chirurgie et inventeur, du moins importateur de cet instrument de mort. On l’a appelée aussi Louison.

Louisette, Petite Louison

(Rigaud, 1881) : Surnom attribué primitivement à la guillotine.

Malgré le triomphe insolent du docteur Louis, qui n’eut pas honte d’humilier son rival, jusqu’à faire appeler Petite Louison, l’instrument de mort dont la propriété se trouvait en litige, Guillotin ne tarda pas à rentrer dans ses droits.

(Alph. Cordier, Le Docteur Guillotin.)

Nul n’a songé depuis à les lui contester, si bien que le sensible docteur passe pour être à la fois et le Christophe Colomb et l’Améric Vespuce de ce nouveau mode de, décollation.

Loulou

(Delvau, 1867) : s. m. Petit chien-loup, — dans l’argot du peuple.

(Delvau, 1867) : Terme d’amitié, caresse de femme à amant ou d’amant à maîtresse. On dit aussi Gros loulou.

Loulou, louloutte

(Larchey, 1865) : Mot d’amitié.

La louloutte à son chéri.

Montépin.

Louloutte

(Larchey, 1865) : Petite dent. — Allusion aux dents du loup dont on effraie toujours les petits enfants.

Loup

(d’Hautel, 1808) : Faire un loup ou des loups. Jargon typographique, qui signifie faire des dettes criardes, devoir au marchand de vin, au boucher, au boulanger, à la fruitière, etc. C’est surtout pour les marchands de vin que les loups sont le plus redoutables.
La faim chasse le loup hors du bois. Pour dire que la nécessité contraint à faire ce à quoi on répugne.
Cette chose est sacrée comme la patte d’un loup. Pour faire entendre qu’il ne faut pas s’y fier.
Il ou elle a vu le loup. Se dit d’une personne qui a beaucoup voyagé, qui a une grande expérience ; et d’une jeune fille qui a eu plusieurs enfans.
Aller à la queue loup loup. Aller les uns après les autres.
Il est comme le loup, il n’a jamais vu père. Se dit d’un enfant naturel ; parce que, dit-on, le loup déchire par jalousie celui qui a couvert la louve.
Marcher à pas de loup. Doucement, dans le dessein d’attraper quelqu’un.
Quand on parle du loup, on en voit la queue. Se dit quand quelqu’un arrive dans le moment où on parloit de lui.
Manger comme un loup. Pour, manger avec excès.
Être enrhumé comme un loup. Avoir un très gros rhume. Voy. Brebis, Bergerie, Chien.

(Larchey, 1865) : Dette criarde, créancier. V. d’Hautel, 1808. — Au théâtre, c’est une scène manquée. on dit faim de loup et froid de loup ! pour dire grande faim et grand froid. — ces deux causes font en effet sortir les loups du bois.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme qui se plaît dans la solitude et qui n’en sort que lorsqu’il ne peut pas faire autrement. Argot du peuple. Malgré le væ soli ! de l’Écriture et l’opinion de Diderot : « Il n’y a que le méchant qui vit seul, » les loups-hommes sont plus honorables que les hommes-moutons : la forêt vaut mieux que l’abattoir.

(Delvau, 1867) : s. m. Créancier, — dans l’argot des typographes. Faire un loup. Faire une dette, — et ne pas la payer.

(Delvau, 1867) : s. m. Absence de texte, solution de continuité dans la copie. Même argot [des typographes].

(Delvau, 1867) : s. m. Pièce manquée ou mal faite, — dans l’argot des tailleurs. On dit aussi Bête ou Loup qui peut marcher tout seul.

(Rigaud, 1881) : Solution de continuité dans un manuscrit envoyé à l’imprimerie.

(Rigaud, 1881) : Dette criarde. Créancier nécessiteux que la faim fait souvent sortir des bornes de la modération.

(Boutmy, 1883) : s. m. Créancier, et aussi la dette elle-même. Faire un loup, c’est prendre à crédit, principalement chez le marchand de vin. Le jour de la banque, le créancier ou loup vient quelquefois guetter son débiteur (nous allions dire sa proie) à la sortie de l’atelier pour réclamer ce qui lui est dû. Quand la réclamation a lieu à l’atelier, ce qui est devenu très rare, les compositeurs donnent à leur camarade et au créancier une roulance, accompagnée des cris : Au loup ! au loup !

(Fustier, 1889) : Dans l’argot théâtral, défaut que produit un vide dans l’enchaînement des scènes.

Les auteurs ont fort bien senti qu’il y avait là un loup comme on dit en style de coulisse, et ils ont essayé de le faire disparaître…

(A. Daudet.)

(Virmaître, 1894) : V. Contre-coup.

Loup (avoir vu le)

(Rigaud, 1881) : Signifiait au XVIIe siècle avoir couru bien des dangers ; signifie aujourd’hui avoir couru bien des aventures galantes, en parlant d’une femme. Ces femmes-là n’ont pas besoin de parler du loup pour en voir la queue, et elles courent bien des dangers en s’abandonnant au premier venu.

Loup (connaître le)

(Delvau, 1864) : De vue seulement. Avoir été baisée dans une forêt quelconque, ou sur le bord d’un bois… de lit.

Ignorant le masculin,
La novice, humble nonette,
Destine à l’enfant divin.
Certaine fente coquette,
Or, la sœur Marion qui connut le loup,
Dit : vous vous trompez, mais du tout au tout,
A Jésus, faut une quéquette.

Al. Flan.

Loup (faire un

(Rigaud, 1881) : Contracter une dette, — dans le jargon des ouvriers. — Viens-tu prendre un litre ? — As-tu du pèse ? — Non, je ferai un loup.

Loup-cervier

(Delvau, 1867) : s. m. Homme qui fait des affaires d’argent ; Boursier, — dans l’argot des gens de lettres.

(Virmaître, 1894) : Alors que les boursiers se réunissaient devant Tortoni, on les nommait ainsi. Aujourd’hui, l’expression n’est plus en vogue, mais le boursier est toujours synonyme de loup-cervier (Argot des boursiers).

Loup-garou

(d’Hautel, 1808) : Un loup garou. Homme qui a l’humeur farouche, qui ne veut faire société avec personne.

Loup-phoque

(Boutmy, 1883) : s. m. Celui qui est hannetonné. Ce mot a été nouvellement introduit dans l’atelier typographique. L’orthographe que nous donnons ici est-elle exacte ? Nous ne savons ; peut-être est-ce loup-foc ou loufoc.

Loupate

(Rigaud, 1881) : Pou, — dans le jargon des voyous ; emprunté au jargon des boucliers. Déformation argotique en late.

Loupe

(Larchey, 1865) : Fainéantise, flânerie.

Ma salle devient un vrai camp de la loupe.

Decourcelle, 1836.

Louper : Flâner, rôder comme un loup errant. — Mot de la même famille que chat-parder.

Quand je vais en loupant, du côté du Palais de Justice.

Le Gamin de Paris, ch., 1838.

Loupeur : Flâneur, rôdeur.

Que faisaient-elles au temps chaud, ces loupeuses ?

Lynol.

(Delvau, 1867) : s. f. Paresse, flânerie, — dans l’argot des ouvriers, qui ont emprunté ce mot à l’argot des voleurs. Ici encore M. Francisque Michel, chaussant trop vite ses lunettes de savant, s’en est allé jusqu’en Hollande, et même plus loin, chercher une étymologie que la nourrice de Romulus lui eût volontiers fournie. « Loupeur, dit-il, vient du hollandais looper (coureur), loop (course), loopen (courir). L’allemand a Läufer... le danois lœber... : enfin le suédois possède lopare... Tous ces mots doivent avoir pour racine l’anglo-saxon lleàpan (islandais llaupa), courir. »
L’ardeur philologique de l’estimable M. Francisque Michel l’a cette fois encore égaré, à ce que je crois. Il est bon de pousser de temps en temps sa pointe dans la Scandinavie, mais il vaut mieux rester au coin de son feu les pieds sur les landiers, et, ruminant ses souvenirs de toutes sortes, parmi lesquels les souvenirs de classe, se rappeler : soit les pois lupins dont se régalent les philosophes anciens, les premiers et les plus illustres flâneurs, la sagesse ne s’acquérant vraiment que dans le far niente et le far niente ne s’acquérant que dans la pauvreté ; — soit les Lupanarii, où l’on ne fait rien de bon, du moins ; soit les lupilli, qu’employaient les comédiens en guise de monnaie, soit le houblon (humulus lupulus) qui grimpe et s’étend au soleil comme un lézard ; soit enfin et surtout, le loup classique (lupus), qui passe son temps à rôder çà et là pour avoir sa nourriture.

(Rigaud, 1881) : Bamboche, paresse, flânerie. — Bambocheur, fainéant, flâneur. — Camp de la loupe, réunion de vagabonds.

C’était, — c’est peut-être encore — une guinguette du boulevard extérieur, près de la barrière des Amandiers. Cette guinguette était flanquée, d’un côté, par un pâtissier nommé Laflème, et, de l’autre, par un marchand de vin nommé Feignant.

(A. Delvau)

(La Rue, 1894) : Bamboche, flânerie, paresse. Loupeur, bambocheur, flâneur.

Loupe (camp de la)

(Delvau, 1867) : s. m. Réunion de vagabonds. C’était une guinguette du boulevard extérieur, alors près de la barrière des Amandiers. Cette guinguette était flanquée, d’un côté par un pâtissier nommé Laflème, et, de l’autre, par un marchand de vin, nommé Feignant…

Loupel

(Delvau, 1867) : s. m. Avare ; homme tout à fait pauvre, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Pouilleux. — Dans le patois du Midi pel signifie pou ; lou pel le pou.

(La Rue, 1894) : Pouilleux. Avare.

Louper

(Delvau, 1867) : v. n. Flâner, vagabonder, — dans l’argot des ouvriers.

(Rigaud, 1881) : Vagabonder, paresser, bambocher. — Tirer une loupe, courir de mauvais lieux en mauvais lieux.

(La Rue, 1894) : Regarder. Faire des dettes. Flâner.

Loupeur

(Delvau, 1867) : s. m. Flâneur, vagabond, ouvrier qui se dérange.

(Virmaître, 1894) : Mauvais ouvrier qui flâne, qui tue le temps en loupant pour attendre l’heure de la sortie et qui a plus souvent les yeux fixés sur la pendule que sur son ouvrage. En 1848, un marchand de vins, boulevard de Belleville, avait pris pour enseigne : Au camp de la loupe, tenu par Feignant (Argot du peuple).

(Virmaître, 1894) : Désigne le voleur qui, à la tombée de la nuit, vole des diamants chez les bijoutiers au moyen d’une loupe à deux branches (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Un individu peu courageux au travail, qui n’aime qu’à flâner, est un loupeur.

Loupeur, Loupeuse

(Rigaud, 1881) : Vaurien, drôlesse ; bambocheur, bambocheuse.

Loupeuse

(Delvau, 1867) : s. f. Fille ou femme de mauvaise vie qui, n’aimant pas le travail honnête et doux de l’atelier, préfère le rude et honteux travail de la débauche.

Loupiat

(Delvau, 1867) : s. m. Fainéant, Loupeur, -dans l’argot des faubouriens.

Loupiau

(Rigaud, 1881) : Jeune, — dans le jargon des voleurs.

Loupion

(Delvau, 1867) : s. m. Chapeau d’homme, rond. Même argot [des faubouriens].

Loupiot

(La Rue, 1894) : Enfant.

(Virmaître, 1894) : Enfant (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Enfant.

(Hayard, 1907) : Enfant.

Loupruse

(Delvau, 1864) : Gourgandine chaude comme une louve, et aimant a courir après leg hommes.

Lourd

(d’Hautel, 1808) : Lourd comme un plomb. Se dit d’un homme épais, grossier, ignorant et très-ennuyeux.
Il n’est pas lourd. Se dit en plaisantant d’un homme de petite complexion, qui fait le fanfaron, le faux brave.

Lourdaud

(d’Hautel, 1808) : Un gros lourdaud. Homme rustre, brutal et sans éducation.

(Bras-de-Fer, 1829) : Portier.

Lourdaut

(anon., 1827) : Portier.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Portier.

Lourde

(d’Hautel, 1808) : Porte. Terme d’argot.
Brider la lourde. Fermer la porte.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Porte.

(Bras-de-Fer, 1829) : La porte.

(Clémens, 1840) : Porte.

(M.D., 1844) : Porte.

(un détenu, 1846) : Porte. Boucler la lourde : fermer la porte ; débrider la lourde ; l’ouvrir.

(Halbert, 1849) : Porte.

(Larchey, 1865) : Porte. — On ne les faisait pas légères jadis et pour cause. V. Bocson, Tremblant. — Lourdier : Portier. V. Lordant.

(Delvau, 1867) : s. f. Porte, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Porte. — Débrider la lourde, ouvrir la porte, boucler la lourde, fermer la porte.

(Rigaud, 1881) : Hôtel garni, — dans le jargon des voyous.

(La Rue, 1894) : Porte. Hôtel garni. Lourdier, portier.

(Rossignol, 1901) : Porte.

(Hayard, 1907) : Porte.

Lourde (la)

(anon., 1827) : La porte.

(Merlin, 1888) : La porte de la salle de police, peu facile à décrocher.

Lourdeau

(Halbert, 1849) : Portier.

Lourderie

(d’Hautel, 1808) : Gaucherie, faute grossière contre le bon sens, la politesse et l’urbanité.

Lourdier

(Delvau, 1867) : s. m. Portier.

(Fustier, 1889) : Concierge, portier. Argot des voleurs, des joueurs de bonneteau. V. Chocolat.

(Rossignol, 1901) : Portier.

Lourdier (le)

(Virmaître, 1894) : V. Pessigner les lourdes.

Lousse

(Rigaud, 1881) : Gendarmerie départementale ; soldat de la gendarmerie départementale.

Lousses

(Bras-de-Fer, 1829) : Gendarmes du département.

Loustaud (envoyer à)

(Rigaud, 1881) : Envoyer coucher, envoyer au diable ; mot à mot : envoyer à la maison. Loustaud vient du provençal l’oustal qui veut dire la maison. La véritable orthographe devrait être l’oustaud. On envoie à l’oustaud, comme on enverrait « à cette niche ! »

Lousteau

(Halbert, 1849) : Domicile, diable.

Loustic ou Loustique

(Merlin, 1888) : Farceur, bouffon, conteur de gaudrioles qui fait rire les autres, — de l’allemand Lustig.

Louve

(d’Hautel, 1808) : Une louve. Mot injurieux que l’on applique à une femme pervertie, livrée au vice et à la débauche.

(Delvau, 1864) : Femme débauchée et hystérique.

Par la mort Dieu, vous dites vrai. Saint Antoine arde la louve.

(Les Cents Nouvelles nouvelles.)

Car à toute heure on vous trouve
Faisant la chatte ou la louve.
En public ou à l’écart.

(Cabinet satyrique.)

En outre tu es un adultère qui as souillé mon lit avec cette louve.

Ch. Sorel.

Louveteau

(Delvau, 1867) : s. m. Fils d’affilié, — dans l’argot des francs-maçons. On dit aussi Louveton et Louftot.

Louvetier

(Rigaud, 1881) : Ouvrier qui doit partout où on a voulu lui faire crédit ; ouvrier qui demande du crédit à tout le monde et qui ne paye personne.

(Boutmy, 1883) : s. m. Celui qui fait des dettes, qui a des loups. Ce terme est pris en mauvaise part, car le typo auquel on l’applique est considéré comme faisant trop bon marché de sa dignité.

Louviers

(Larchey, 1865) : Habit de drap de Louviers.

La veste de petite tenue avait remplacé le fin louviers.

Ricard.

Louvre

(Delvau, 1867) : s. m. Maison quelconque en pierre de taille, — dans l’argot des bourgeois, pour lesquels la colonnade de Perrault est le nec plus ultra de l’art architectonique. Ils disent aussi Petit Louvre, — pour ne pas scandaliser dans leurs tombes François Ier Henri II et Charles IX.

Lovelace

(Delvau, 1867) : s. m. Libertin, grand séducteur, — dans l’argot des bourgeois, qui éternisent ainsi le souvenir du principal héros du roman de Richardson (Clarisse Harlowe).

Lubé

(Hayard, 1907) : Affaire ; (le petit) faire l’amour.

Lubricité

(Delvau, 1864) : Ardeur amoureuse, paillardise.

Son œil blanchit et s’illumine,
Et son flanc plein de volupté
Surpasse en ardeur Messaline
Et l’antique lubricité.

A.

toutes se font une joie d’enfant de se voir mettre leurs fesses à nu, d’en montrer la blancheur et le contour, et de recevoir dessus de fines atteintes de verges de myrte, de la part, d’une main flatteuse et légère, parce que ce badinage les aiguillonne et qu’il sert, en effet, à irriter la lubricité

La Popelinière.

Lucarne

(d’Hautel, 1808) : Mot burlesque, pour la vue, les yeux.
Il n’a plus qu’une lucarne. Se dit d’un homme borgne ; qui n’y voit que d’un œil.

(Larchey, 1865) : Lorgnon monocle.

Du malheureux monde comme ça, on n’y voit que d’un œil et encore pas sans lucarne.

Gavarni.

(Delvau, 1867) : s. f. Monocle, — dans l’argot des faubouriens. Crever sa lucarne. Casser le verre de son lorgnon.

(Rigaud, 1881) : Chapeau de femme. — Monocle.

(La Rue, 1894) : Monocle. Chapeau de femme.

Lucarnes

(Hayard, 1907) : Les yeux.

Luce (Sainte)

(d’Hautel, 1808) : À la Sainte-Luce, les jours croissent du saut d’une puce. Dicton populaire, parce qu’à cette époque les jours commencent à croitre d’une manière imperceptible.

Luch (parler en)

(Larchey, 1865) : Voir lem.

Lucque

(Rigaud, 1881) : Faux passe-port, faux certificat. — Papiers. — Porte-lucque, portefeuille.

Lucrèce

(Delvau, 1867) : s. f. Femme chaste, en apparence du moins, — dans l’argot du peuple, qui a entendu parler de l’héroïsme de la femme de Collatin, et qui n’y croit que sous bénéfice d’inventaire. Faire la Lucrèce. Contrefaire la prude et l’honnête femme.

Lucrèce (faire la)

(Delvau, 1864) : Faire la chaste, comme l’épouse de Collatin, devant tous les Sextus, généralement quelconques, — et finir par ouvrir ses cuisses comme elle devant l’impertinent engin du fils de Tarquin le Superbe.

Le plaisir de se venger d’une femme qui avait fait la Lucrèce.

Saint-Evremond

Mais malgré son air virginal,
Sachez que la bougresse
A mon vit donna certain mal
Qui lui fit faire l’A…
Ah ! il m’en souviendra,
Larira,
D’avoir aimé une Lucrèce.

Anonyme.

Luctrème

(Rigaud, 1881) : Fausse clé, — dans le jargon des voleurs. — Filer le luctrème, ouvrir une porte à l’aide d’une fausse clé. (L. Larchey) C’est mot à mot : donner luctrème onction à une porte ; luctrème pour l’extrême, par déformation.

Luctrême

(La Rue, 1894) : Fausse clé.

Luire

(La Rue, 1894) : Cerveau. Signifie aussi joli.

Luis

(Fustier, 1889) : Jour. Delvau donne luisant.

Luisant

(anon., 1827) : Le jour.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Le jour.

(Bras-de-Fer, 1829) : Le jour.

(un détenu, 1846) : Soleil.

(Halbert, 1849) : Le jour.

(Delvau, 1867) : s. m. Soleil, ou Jour, — dans l’argot des voleurs. On dit aussi Luisard.

(Fustier, 1889) : Le descendant direct du dandy et du lion. De mode en 1884, ce qualificatif n’a point tardé à être délaissé.

De toutes les appellations données depuis le commencement du siècle aux créateurs de la mode et de l’élégance, celle qui se rapproche le plus du type baptisé aujourd’hui luisant est le lion.

(Gaulois, 1884.)

(La Rue, 1894) : Soleil ou jour. Soulier verni.

(Virmaître, 1894) : Le jour (Argot des voleurs). N.

(Rossignol, 1901) : Chapeau haut de forme.

Luisant, luisard

(Hayard, 1907) : Le soleil.

Luisant, reluit

(Larchey, 1865) : Jour. — Allusion. à la lumière.

Pitanchons pivois chenâtre jusques au luisant.

Grandval, 1723.

Luisante

(anon., 1827) : La lune, la fenêtre.

(Bras-de-Fer, 1829) : Chandelle.

(Halbert, 1849) : La nuit, la fenêtre.

(Larchey, 1865) : Lune. — Luisard : Soleil.

(Delvau, 1867) : s. f. La Lune. On dit aussi Luisarde.

(Rigaud, 1881) : Lune. — Chandelle, dans l’ancien argot.

(La Rue, 1894) : Lune.

(Hayard, 1907) : Fenêtre.

Luisante, luisarde

(Hayard, 1907) : La lune.

Luisants

(Rigaud, 1881) : Souliers vernis, — dans le jargon des ouvriers.

Luisard

(anon., 1827) : Le soleil.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Le soleil.

(Bras-de-Fer, 1829) : Le soleil.

(Virmaître, 1894) : V. Bourguignon.

Luisard, de

(Halbert, 1849) : Le soleil, la lune.

Luisarde

(anon., 1827) : La lune.

(Bras-de-Fer, 1829) : La lune.

Luisarde, Luisant

(Rigaud, 1881) : Jour. — Soleil ; surnommé aussi par les voleurs le grand lumignon.

Lumière

(d’Hautel, 1808) : Allumer la lumière. V. Allumer.

Lumignon

(Virmaître, 1894) : V. Bourguignon.

Luminaire

(d’Hautel, 1808) : Perdre son luminaire. Pour, perdre la vue.

Lunanche

(M.D., 1844) : Des lunettes.

Lunch

(Delvau, 1867) : s. m. Collation légère entre le déjeuner et le dîner — dans l’argot des gandins, qui répudient ainsi notre ancien goûter. Le mot et la mode sont anglais ; seulement le lunch anglais a cet avantage sur le lunch parisien, qu’il est une réfection copieuse, — un troisième déjeuner ou un premier dîner, — destiné à ravitailler les estomacs épuisés par les luttes des bustings, quand il y a des élections.

Luncher

(Delvau, 1867) : v. n. Manger des gâteaux arrosés de bordeaux chez un pâtissier en renom.

Lundi

(d’Hautel, 1808) : Petit lundi, grande semaine. Maxime populaire qui signifie que quand on ne fait pas une grande débauche le lundi, la semaine doit être lucrative.

Lundi (faire le)

(Rigaud, 1881) : Chômer le lundi, — dans le jargon des ouvriers. — La plupart des ouvriers travaillent le dimanche ou une grande partie du dimanche ; en outre, ce jour-là, ils s’occupent à mettre de l’ordre chez eux ce jour-là les prix des chemins de fer sont sensiblement augmentés ; autant de raisons qui plaident en faveur du chômage du lundi. — Le lundi, c’est le dimanche des ouvriers, surtout quand la paye a eu lieu le samedi précédent.

À la table voisine de la sienne, il y avait deux hommes en habits d’ouvriers qui faisaient le lundi.

(P. Mazerolles, La Misère de Paris.)

Lundicrate

(Delvau, 1867) : adj. et s. Feuilletoniste du lundi, — dans l’argot dés gens de lettres. Ce mot appartient à M. Pierre Véron.

Lundiste

(Fustier, 1889) : V. Delvau : Lundicrate.

Ce fut cette fois un succès éclatant. J’ai voulu lire les appréciations des lundistes d’alors, j’y ai trouvé ce que j’attendais.

(P. Perret.)

Lune

(d’Hautel, 1808) : Être dans sa bonne ou sa mauvaise lune. Se dit des gens capricieux, qui ont tantôt l’humeur agréable, et tantôt insupportable.
C’est une pleine lune. Se dit d’une figure rebondie, d’un visage large et réjoui.
Il a un quart de lune dans la tête. Pour dire, il est un peu fou.
Faire un trou à la lune. Pour, faillir, faire banqueroute ; s’en aller furtivement ; mettre la clef sous la porte.

(Delvau, 1867) : s. f. Caprice ; mauvaise humeur, — dans l’argot du peuple. Être dans ses lunes. Avoir un accès de mauvaise humeur, de misanthropie.

(Delvau, 1867) : s. f. Visage large, épanoui, rayonnant de satisfaction et de santé. On dit aussi Pleine lune.

(Delvau, 1867) : s. f. Le second visage que l’homme a à sa disposition, et qu’il ne découvre jamais en public, — à moins d’avoir toute honte bue. On dit aussi Pleine lune.

(Fustier, 1889) : Pièce de vingt sous. Argot du bagne.

On arrivait à supprimer tout risque en achetant à la fois le servant et l’argousin. L’un ne coûtait pas plus cher que l’autre. C’était affaire de quelques lunes.

(Humbert : Mon bagne.)

Lune (la faire voir)

(Virmaître, 1894) : Montrer son cul :

Quand j’étais petit je n’étais pas grand
Je montrais mon cul a tous les passants.

Allusion à la rondeur ; facile à comprendre (Argot du peuple).

Lune à douze quartiers

(Delvau, 1867) : s. f. Roue, — dans l’argot des voleurs.

Lune, pleine lune

(Larchey, 1865) : Derrière. — Allusion de forme. — V. Cadran.

J’ai pincé n’importe quoi, j’ai cru que c’était dans la figure. — En voilà une bonne ! il a pris la lune de Pétronille pour sa figure.

P. de Kock.

(Rigaud, 1881) : Derrière.

(La Rue, 1894) : Le postérieur. Pièce d’un franc. Faire un trou à la lune, faire faillite. On dit aussi passer en lunette.

Lunette

(Delvau, 1867) : s. f. Le cercle de la trulla, — dans l’argot du peuple.

Lunette (passer en)

(Rigaud, 1881) : Nuire, tromper, ruiner. — Être passé en lunette, avoir fait faillite, — dans le jargon des ouvriers du fer.

Lunette d’approche

(Rigaud, 1881) : Guillotine, — dans le jargon des voyous. — Passer à la lunette, être guillotiné.

Lunette de viande

(Merlin, 1888) : Le postérieur.

Lunettes

(d’Hautel, 1808) : Si vous n’y voyez pas, mettez vos lunettes. Se dit à quelqu’un qui s’est trompé.
Voilà un beau nez à porter lunettes. Se dit en plaisantant de quelqu’un qui a un grand nez.

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Les nates, — qui sont en effet de petites lunes.

Lunettes (donner une paire de)

(Fustier, 1889) : Argot des joueurs de billard. Livrer deux billes tellement rapprochées que l’adversaire ne peut manquer de caramboler.

Lupanar

(Delvau, 1864) : Bordel. Mot solide… bâti par les Romains ; on s’en sert encore.

J’ai rêvé que j’étais au fond d’un lupanar ;
C’était comme un immense et splendide bazar
Dans lequel enculeurs, enculés, maquerelle,
Maquereaux et putains se ruaient pêle-mêle.

Louis Protat.

Je suis roublard
Et j’ pourrais écrir’ les mémoires
Du lupanar.

Lemercier de Neuville.

Luque

(Delvau, 1867) : s. m. Faux certificat, faux passeport, loques de papier, — dans l’argot des voleurs. Porte-luque. Portefeuille. Luque signifie aussi image, dessin.

(La Rue, 1894) : Papiers, faux certificat, faux passeport.

Luques

(anon., 1827) : Faux certificats.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Faux papiers, actes falsifiés.

(Halbert, 1849) : Faux certificats.

Luquet

(Halbert, 1849) : Faux papiers, images.

Luqueur

(Virmaître, 1894) : Voleur qui escroque les gens à l’aide de faux papiers (Argot des voleurs).

Lurelure (à)

(Delvau, 1867) : loc. adv. Au hasard, sans dessein, sans réflexion surtout, — dans l’argot du peuple.

Lurette (belle)

(Fustier, 1889) : Longtemps : Corruption de belle heurette, il y a belle heure que…

Luron

(Delvau, 1867) : s. m. Homme hardi, déluré. Joyeux luron. Bon compagnon.

(Rigaud, 1881) : Hostie. — Avaler le luron, communier, — dans le jargon des voleurs.

Luron (avaler le)

(La Rue, 1894) : Communier.

Lusignante

(Rigaud, 1881) : Amante, maîtresse légitime.

(La Rue, 1894) : Amie, amante.

Lusquin

(Halbert, 1849) : Charbon.

(Delvau, 1867) : s. m. Charbon, — dans l’argot des voleurs. Lusquine. Cendre.

(Rigaud, 1881) : Charbon, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Charbon.

(Virmaître, 1894) : Charbon (Argot des voleurs).

(Hayard, 1907) : Charbon.

Lusquines

(Halbert, 1849) : Cendres.

(Rigaud, 1881) : Cendres.

Lusquineur

(Virmaître, 1894) : Voleur qui s’habille en charbonnier pour dévaliser les baquets des véritables charbonniers. C’est une variété du roulottier (Argot des voleurs).

Lustre

(Halbert, 1849) : Juge.

(Delvau, 1867) : s. m. La claque, — dans l’argot des coulisses. Chevaliers du lustre. Gens payés pour applaudir les pièces et les acteurs, qui se placent ordinairement au parterre au-dessous du lustre. On dit aussi Romains.

(Delvau, 1867) : s. m. Juge, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Juge, — dans l’ancien argot. Il éclaire l’affaire.

(Rigaud, 1881) : Lampe, — dans le jargon des voleurs. — Lustre en toc, lampe de cuivre.

(La Rue, 1894) : Juge. La claque, au théâtre.

(Virmaître, 1894) : V. Palpeurs.

Lustre (admirateur du)

(Larchey, 1865) : Claqueur posé au parterre sous le lustre.

Les admirateurs du lustre donnèrent, mais le public resta froid.

L. Reybaud.

Lustre (chevalier du)

(Rigaud, 1881) : Claqueur. La place ordinaire des claqueurs était et est encore, dans beaucoup de théâtres, au parterre, sous le lustre.

Lustré, ée

(Halbert, 1849) : Jugé, jugée.

Lustrer

(Halbert, 1849) : Juger.

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Juger.

(Rigaud, 1881) : Juger, — dans l’ancien argot.

Lustucru

(d’Hautel, 1808) : Monsieur Lustucru. Mot baroque dont on se sert en plaisantant pour suppléer au nom d’une personne que l’on n’a pas présent à la mémoire, et pour laquelle on n’a aucune considération.

(Delvau, 1867) : s. m. Imbécile ; évaporé, extravagant, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Niais, étourneau.

Lux

(Fustier, 1889) : Jargon des lycéens, qui entendent parler ainsi du jardin du Luxembourg.

Luxure

(Delvau, 1864) : Un des sept péchés capitaux, dont le libertinage humain a fait un péché véniel — ou plutôt vénériel, dirait Commerson.

Ne parlons plus des pompes et des fêtes du plus grand des empereurs : réfléchissons combien il est plus grand dans ses luxures.

La Popelinière.

Lycée

(Delvau, 1867) : s. m. Prison, — dans l’argot des voleurs, qui y font leurs humanités et parmi lesquels se trouve, de temps en temps, un Aristote de la force de Lacenaire qui leur enseigne sa Logique du meurtre et sa Philosophie de la guillotine.

(Rigaud, 1881) : Prison, — Aller au lycée, aller en prison.

(La Rue, 1894) : Prison.

Lynx

(d’Hautel, 1808) : Avoir des yeux de Lynx. Avoir une vue perçante et indiscrète ; voir tout ce qui se passe ; appercevoir de fort loin.

Lyonnaise

(Larchey, 1865) : Soierie (Vidocq). — Lyon est le grand centre de la fabrication des soieries.

(Delvau, 1867) : s. f. Soierie, — dans l’argot des faubouriens, qui pratiquent volontiers l’hypallage et la métonymie.

(Rigaud, 1881) : Soierie ; robe de soie. — Être à la lyonnaise, porter une robe de soie, — dans le jargon des voleurs qui savent qu’on fabrique beaucoup de soieries à Lyon.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique