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G

G (la cote)

(Rigaud, 1881) : Objets insignifiants qu’un clerc de notaire s’approprie pendant les inventaires. (Littré.) — G pour j’ai, — dans le jargon de MM. les clercs, amis du calembour.

G. D. G.

(Delvau, 1867) : Phrase ironique qu’emploient fréquemment les faubouriens, qui dédaignent d’en dire plus long, affectant de n’en pas savoir davantage. Avec ou sans g, d. g. ? disent-ils souvent, à propos des moindres choses. Il est mutile d’ajouter que ce sans g. d. g. est l’abréviation de sans garantie du gouvernement.

G. G.

(Delvau, 1867) : s. m. Bon sens, jugeotte. Avoir du g.-g. N’être pas un imbécile.

Gabahoter

(Delvau, 1864) : Gamahucher une femme.

Et s’il ne me suffit pas de gabahoter,
Je greluchonne alors aussi, sans hésiter.

L. Protat.

Gabari

(Virmaître, 1894) : Perdre au jeu, jargon des ouvriers de fer. L. L. Le gabari est une plaque de tôle ou de zinc taillée sur un modèle donné pour que l’ouvrier mécanicien ou menuisier puisse confectionner exactement sa pièce. Avant l’invention de la machine à diviser, une roue d’engrenage ne pouvait être juste sans le secours du gabari pour aligner les dents (Argot des ouvriers). N.

Gabari (passer au)

(Rigaud, 1881) : Perdre, perdre au jeu, être vaincu, — dans le jargon des ouvriers du fer. Avoir passé un camaro au gabari, avoir gagné une partie de cartes à un camarade.

Gabatine

(d’Hautel, 1808) : Fourberie ; subtilité ; menterie ; phrases flatteuses et galantes ; cajoleries.
Donner de la gabatine. Pour dire, tromper quelqu’un ; chercher à lui en faire accroire.

(Delvau, 1867) : s. f. Plaisanterie, — dans l’argot du peuple, héritier des anciens gabeurs, dont il a lu les prouesses dans les romans de chevalerie de la Bibliothèque Bleue. Donner de la gabatine. Se moquer de quelqu’un, le faire aller, en s’en moquant.

(Rigaud, 1881) : Raillerie, plaisanterie, tromperie ; vieux mot français.

La gabatine est franche et la ruse subtile.

(Le Docteur amoureux, comédie.)

Il est vrai, notre nation
Donne souvent la gabatine.

(ocarron. Poésies.)

Galans fiéfés, donneurs de gabatine.

(Deshouillères.)

(La Rue, 1894) : Raillerie.

Gabegie

(d’Hautel, 1808) : Micmac ; intrigue ; manigance ; pratique secrète ; mauvais dessein.
Il y a la-dessous de la gabegie. Pour dire quelque chose qui n’est pas naturel ; quelque manège.

(Larchey, 1865) : Mauvais dessein. De l’ancien mot gaberie : tromperie. V Roquefort.

Assurément, il y a de la gabegie là-dessous.

Deslys.

(Delvau, 1867) : s. f. Fraude, tromperie. Est-ce un souvenir de la gabelle, ou une conséquence du verbe se gaber ?

(Rigaud, 1881) : Fraude ; cachotterie.

(La Rue, 1894) : Fraude, cachotterie.

Gabelle

(d’Hautel, 1808) : Frauder la gabelle. Voy. Frauder.

Gabelou

(Larchey, 1865) : Employé des contributions indirectes. — Du vieux mot gabloux : officier de gabelle. V. Roquefort.

Bras-Rouge est contrebandier… il s’en vante au nez des gabelous.

E. Sue.

(Delvau, 1867) : s. m. Employé de l’octroi, le Gabellier de nos pères.

(La Rue, 1894) : Douanier ou employé d’octroi.

Gâchage

(Rigaud, 1881) : Désordre, gaspillage. — Gâcheuse, gaspilleuse.

Gâcher

(d’Hautel, 1808) : Au propre détremper du plâtre. Au figuré, travailler malproprement ; bousiller.
Un ouvrage gâché. C’est-à-dire, bousillé, fait à la hâte, sans soins, sans précaution.

(Delvau, 1867) : v. n. Se dit à propos du mauvais temps, de la boue et de la neige qui rendent les rues impraticables. Cependant, au lieu de Il gâche, on dit plus fréquemment : Il fait gâcheux ou il fait du gâchis.

Gâcher du gros

(Delvau, 1867) : v. a. Levare ventris onus.

(Rigaud, 1881) : Sacrifier à la compagnie Lesage.

(Virmaître, 1894) : Aller pisser comme les poules. Allusion aux maçons qui mangent énormément et qui font de même (Argot du peuple).

Gâcher serré

(Rigaud, 1881) : Travailler avec ardeur ; terme emprunté aux maçons.

Gachette (appuyer sur la)

(Merlin, 1888) : Mettre les points sur les i.

Gâcheur

(d’Hautel, 1808) : Sobriquet injurieux que l’on donne, dans tout état, à un mauvais ouvrier ; c’est aussi dans quelques métiers le nom qui distingue celui qui dirige les ouvriers.

(Delvau, 1867) : adj. et s. Écrivain médiocre, qui gâche les plus beaux sujets d’articles ou de livres par son inhabileté ou la pauvreté de son style. Argot des gens de lettres.

(Virmaître, 1894) : Le président de la Cour d’assises. Quand il condamne, il gâche la vie des gens (Argot des voleurs). N.

Gâcheuse

(Delvau, 1867) : s. f. Femme ou fille du monde de la galanterie, qui ne connaît le prix de rien excepté celui de ses charmes.

Gâchis

(d’Hautel, 1808) : Plusieurs choses brouillées ensemble ; saleté, vilenies répandues dans quelqu’endroit ; perplexité, embarras.
Le voilà dans un beau gấchis. Se dit d’un homme qui s’est mis dans un grand embarras, ou dans un état honteux.

(Delvau, 1867) : s. m. Embarras politique ou financier. Il y aura du gâchis. On fera des barricades, on se battra.

Gadin

(Delvau, 1867) : s. m. Bouchon, — dans l’argot des voyous. Flancher au gadin. Jouer au bouchon.

(Delvau, 1867) : s. m. Vieux chapeau qui tombe en loques. Argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Bouchon, — dans l’ancien argot.

(Rigaud, 1881) : Chapeau délabré, chapeau qui arbore des tons roux.

(Rigaud, 1881) : Soulier ; abréviation de rigadin.

(La Rue, 1894) : Bouchon. Chapeau usé. Soulier.

(Virmaître, 1894) : Vieux chapeau. L. L. Le gadin est un bouchon. Le jeu qui consiste à abattre le bouchon chargé de gros sous se nomme gadiner. Il y a plus de cinquante ans que cette expression est populaire (Argot du peuple). N.

(Rossignol, 1901) : Bouchon. Une personne qui tombe ramasse un gadin.

Gadouan

(Delvau, 1867) : s. m. Garde national de la banlieue, — dans l’argot des voyous.

Gadoue

(Larchey, 1865) : Sale femme. — Du vieux mot gadoue : ordure, fumier.

Fils, mon fiston, roule ta gadoue, mon homme, ça pue.

Cat. poissard, 1844.

Rouler veut dire ici Mener plus loin.

(Delvau, 1867) : s. f. Immondices des rues de Paris, qui servent à faire pousser les fraises et les violettes des jardiniers de la banlieue. D’où l’on a fait Gadouard, pour Conducteur des voitures de boue.

(Delvau, 1867) : s. f. Fille ou femme de mauvaise vie, — dans l’argot des faubouriens, sans pitié pour les ordures morales.

(Rigaud, 1881) : Sale femme. Mot à mot : femme qui se traîne dans la gadoue, la boue.

(Rossignol, 1901) : Femme de rien, rouleuse.

Gaf

(Bras-de-Fer, 1829) : Guet.

Gafe

(Larchey, 1865) : Soldat de service. — Gafe de sorgue : Patrouille. — Gafer : Guetter. — Gafeur : Sentinelle (Vidocq). — Est-ce une acception figurée du vieux mot gafe : crochet ? — Gafer serait mot à mot accrocher (V. ce mot) les malfaiteurs. C’est une image analogue à celle que présente la raclette. V. ce mot.

Gâfe

(Hayard, 1907) : Geôlier, gardien de prison, chiourme.

Gâfe (faire le)

(Hayard, 1907) : Faire le guet.

Gâfe à gail

(Hayard, 1907) : Garde à cheval.

Gâfe de sorgue

(Hayard, 1907) : Garde de nuit.

Gâferie

(Hayard, 1907) : Les gardes-chiourmes.

Gaff

(un détenu, 1846) : Gardien, surveillant, vedette.

(Fustier, 1889) : Gardien de la paix en bourgeois. V. plus bas Guignol.

Gaffe

(Clémens, 1840) : Celui qui fait le guet.

(Delvau, 1867) : s. f. Les représentants de l’autorité en général, — dans l’argot des voleurs, qui redoutent probablement leur gaflach (épée, dard). Être en gaffe. Monter une faction ; faire sentinelle ou faire le guet.

(Delvau, 1867) : s. m. Représentant de l’autorité en particulier. Gaffe à gail. Garde municipal à cheval ; gendarme. Gaffe de sorgue. Gardien de marché ; patrouille grise. On dit aussi Gaffeur.

(Delvau, 1867) : s. m. Gardien de cimetière, — dans l’argot des marbriers.

(Delvau, 1867) : s. f. Bouche, langue, — dans l’argot des ouvriers. Se dit aussi pour action, parole maladroite, à contretemps. Coup de gaffe. Criaillerie.

(Rigaud, 1881) : Balourdise. Faire gaffe sur gaffe.

(Rigaud, 1881) : Patrouille ; gardien, guichetier. — Gaffe des machabées, gardien de cimetière. — Gaffe à gayet, garde municipal à cheval. — Gaffe de sorgue, gardien de nuit dans un marché. — Être en gaffe, être en faction.

(Rigaud, 1881) : « Cette main est terrible, c’est-à-dire dans l’argot significatif du jeu, une vraie gaffe ! » (A. Cavaillé.) Elle tire tout l’argent des pontes vers le banquier comme ferait une gaffe.

(La Rue, 1894) : Balourdise. Gardien. Surveillance. Guet. Bouche, langue.

(Virmaître, 1894) : Faire le guet pour avertir des complices de l’arrivée de la rousse ou des passants qui pourraient les déranger (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Gardien de prison.

(Rossignol, 1901) : Faire ou dire une maladresse. Prendre la main de son ami, dessous la table, croyant prendre celle de sa femme, c’est faire une gaffe.

(Hayard, 1907) : Dire ou faire une bêtise.

Gaffe (en commettre une)

(Virmaître, 1894) : Dire ou faire une bêtise, parler trop et à côté (Argot du peuple).

Gaffe de sorgue

(Virmaître, 1894) : Gardien de marché ou surveillant de maisons en construction. Autrefois, c’étaient des invalides qui remplissaient ces fonctions (Argot des voleurs).

Gaffer

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Surveiller.

(Fustier, 1889) : Commettre des fautes, des sottises.

(La Rue, 1894) : Regarder, surveiller, guetter.

(Rossignol, 1901) : Faire le guet.

Gaffer, Faire gaffe

(Rigaud, 1881) : Surveiller. — Gaffer la mirette, ouvrir l’œil.

Gaffeur

(Virmaître, 1894) : Qui commet des gaffes. Il y en a de célèbres, par exemple, dire au maître de la maison dans laquelle on est invité :
— Qui est donc cette vilaine bossue qui fait tant de grimaces.
— Monsieur, c’est ma femme (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Celui qui fait des gaffes.

Gaffeur, euse

(Fustier, 1889) : Du verbe argotique gaffer, commettre des impairs.

J’en connais (une femme) une qui est fort jolie, et qui possède un salon fort convenablement fréquenté… Un peu gaffeuse, par exemple.

(Charivari, avril 1887.)

Gaffeur, Gaffeur de braise

(Rigaud, 1881) : Caissier, — dans le jargon des voleurs. Mot à mot : celui qui garde l’argent.

Gaffier

(Clémens, 1840) : Gardien.

(Rigaud, 1881) : Voleur qui rôde aux halles centrales pour faire récolte de porte-monnaie dans la poche des ménagères et des bonnes.

(Fustier, 1889) : Synonyme de l’argot gaffur.

Lucien D…, soixante ans, député de la Seine-Inférieure, terriblement maladroit ; réputation méritée de gaffier.

(Bataille, nov. 1885.)

Gaffeur est beaucoup plus usité.

Gaffiller

(La Rue, 1894) : Faire attention. Gaffille ! Guette.

Gaffre

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Gardien. Gaffre de garuche, gardien de prison.

(Halbert, 1849) : Gardien de prison.

Gafiller

(Fustier, 1889) : Écouter attentivement ; prêter attention à… Argot des rôdeurs.

Gaga

(Delvau, 1867) : s. m. Gâteau, — dans l’argot des enfants, qui, de même que M. Jourdain faisait de la prose sans le savoir, emploient à leur insu l’allitération, l’aphérèse et l’apocope. Ouf !

(Rigaud, 1881) : Pour gâteux, crétin. — Tiens ! Amanda et son gaga.

Gage

(d’Hautel, 1808) : Casser aux gages. Voyez Casser.

(Halbert, 1849) : Cheval.

Gager

(d’Hautel, 1808) : Je gagerois ma tête à couper. Affirmation folle et extravagante, pour dire qu’on est très-sûr de ce que l’on avance.

Gagne-pain

(d’Hautel, 1808) : Instrument, ou le métier avec lequel chacun gagne sa vie.

Gagne-petit

(d’Hautel, 1808) : Surnom que l’on donne à un artisan ambulant, et notamment aux émouleurs de couteaux, de ciseaux, qui vont de maison en maison avec une meule sur le dos.

Gagner

(d’Hautel, 1808) : Gagner la porte ; gagner les champs. Pour s’esquiver ; s’en aller ; décamper.
N’est pas marchand qui toujours gagne. Signifie que le commerce a ses vicissitudes ; que tous les jours n’apportent pas également du bénéfice.
Crier ville gagnée. Se glorifier à haute voix d’un avantage que l’on a remporté.
On leur a bien fait gagner leur avoine. Se dit des hommes ou des animaux que l’on a bien fait travailler.

Gagner des mille et des cents

(Delvau, 1867) : v. a. Gagner beaucoup d’argent, — dans l’argot des bourgeois.

Gagner le gros lot

(Virmaître, 1894) : C’est assez extraordinaire de ne pas mettre à une loterie et d’avoir cette chance. Ce gros lot se gagne sans billet.

La garde qui veille aux barrières du Louvre
N’en défend pas les rois.

On dit aussi : je suis assaisonné (Argot du peuple). V. Quinte, quatorze et le point.

Gagui

(d’Hautel, 1808) : Une grosse gagui. Nom que l’on donne par dérision à une fille ou femme qui a beaucoup d’embonpoint, et qui fait l’enjouée, la résolue.

Gaguie

(Delvau, 1867) : s. f. Bonne commère d’autant d’embonpoint que de gaieté. Argot du peuple.

Gahisto

(Rigaud, 1881) : Diable, — dans l’ancien argot, du basque gaiztoa, mauvais.

Gai

(Rigaud, 1881) : Légèrement gris. Mot à mot : mis en gaieté par la boisson.

Gai (être)

(Larchey, 1865) : Montrer une gaîté due à un léger excès de boisson.

(Delvau, 1867) : Avoir un commencement d’ivresse, — dans l’argot des bourgeois. On dit aussi Être en gaieté.

Gail

(un détenu, 1846) : Cheval.

(Delvau, 1867) : s. m. Cheval, — dans l’argot des souteneurs de filles et des maquignons. Quelques Bescherelle de Poissy veulent qu’on écrive gaye et d’autres gayet.

(Boutmy, 1883) : s. m. Cheval.

(Hayard, 1907) : Cheval.

Gail, Gayet

(Rigaud, 1881) : Cheval, — dans l’ancien argot. Remis en circulation depuis quelque temps, principalement par les maquignons.

Gail, gayet, gaillon

(La Rue, 1894) : Cheval.

Gaillarde

(Delvau, 1867) : s. f. Fille ou femme à qui les gros mots ne font pas peur et qui se plaît mieux dans la compagnie des hommes que dans la société des femmes. Argot des bourgeois.

Gaillardes

(Virmaître, 1894) : Joues (Argot des voleurs). V. Jaffles.

Gaille

(Clémens, 1840) : Cheval.

(M.D., 1844) : Un cheval.

Gaillon

(Rigaud, 1881) : Cheval. C’est une forme nouvelle de gail, gaye. Les cochers de fiacre appellent leurs chevaux tantôt des gaillons, tantôt des canards.

Gajard

(Virmaître, 1894) : Gros homme (Argot des voleurs). N.

(Hayard, 1907) : Homme robuste (pour gaillard).

Gala

(Delvau, 1867) : s. m. Repas copieux, fête bourgeoise.

Galant

(d’Hautel, 1808) : Mot équivoque et trivial qui se dit de quelqu’un qui a la gale.

(Delvau, 1864) : Amant — d’une galanterie douteuse, souvent.

Elle a quatre galants,
Et de la préférence
Les flatte en même temps.

Collé.

Galanterie

(Delvau, 1864) : Maladie vénérienne.

Sur la fin de la quatrième année, je m’aperçus que la supérieure m’avait communiqué ce qu’on appelle une galanterie.

Du Laurens.

Je suis un malheureux qui ne mérite pas
De posséder si tôt de si charmants appas.
Je suis dans un état…
— Achevez, Je vous prie :
Auriez-vous attrapé quelque galanterie ?

Legrand.

(Delvau, 1867) : s. f. Le mal de Naples, — depuis si longtemps acclimaté à Paris.

Galapiat

(Larchey, 1865) : Galopin. — Corruption du mot.

Il dit aux avocats : Vous êtes un tas de galapiats qui vous fichez du monde.

Balzac.

(Delvau, 1867) : s. m. Fainéant, voyou, — dans l’argot du peuple. On dit aussi : Galapiau, Galapian, Galopiau, qui sont autant de formes du mot Galopin.

Galapiat, Galapiau

(Rigaud, 1881) : Galopin, mauvais drôle, — dans le jargon du peuple.

Galbe

(Delvau, 1867) : s. m. Physionomie, bon air, élégance, — dans l’argot des petites dames. Être truffé de galbe. Être à la dernière mode, ridicule ou non, — dans l’argot des gandins. Ils disent aussi Être pourri de chic.

Galbeux

(Delvau, 1867) : adj. Qui a du chic, une désinvolture souverainement impertinente, — ou souverainement ridicule.

(Rigaud, 1881) : Qui a du galbe, de l’élégance, — dans le jargon des peintres.

Rien ne vaut encore le bon gommeux disant, avec son accent à lui, du vaudeville qu’on vient de jouer : « C’est excessivement galbeux, tout ce qu’il y a de plus galbeux ! »

(Figaro du 5 nov. 1878.)

Le mot galbeux, parti des ateliers d’artistes, est un mot qui a fait son chemin. Il est très fréquemment employé, non seulement par les gommeux, mais encore par les ouvriers.

(Virmaître, 1894) : Avoir du galbe, posséder un visage correct et avenant. On dit d’une jolie fille :
— Elle est galbeuse.
Au superlatif : elle est truffée de galbe (Argot des filles).

(Rossignol, 1901) : Être beau ou bien mis, c’est être galbeux.

Gale

(d’Hautel, 1808) : La gale ni l’amour ne peuvent se cacher. Parce que ces deux maladies ont des signes visibles ; des indices certains.
Qui a la gale la gratte. Synonyme de qui se sent morveux se mouche.

(Delvau, 1867) : s. f. Homme difficile à vivre, ou agaçant comme un acarus, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Teigne.

Gale (mauvaise)

(Rigaud, 1881) : Femme acariâtre, mauvaise langue.

Galefretier

(d’Hautel, 1808) : Homme d’une basse extraction, sans aveu.

Galer

(d’Hautel, 1808) : Pour gratter.
Il ne fait que se galer. Se dit de celui qui éprouve de fréquentes démangeaisons, et qui se gratte continuellement.

Galère

(d’Hautel, 1808) : C’est une véritable galère. Se dit d’une maison où l’on a beaucoup de peine, et peu de profits.
Vogue la galère ! Pour au jour le jour ; prenons le temps comme il vient ; abandonnons tout au hasard ; ne pensons point à l’avenir.

Galerie

(d’Hautel, 1808) : Ce sont ses galeries. Se dit d’un homme qui hante souvent le même lieu ; qui va se promener toujours dans le même endroit.

(Delvau, 1867) : s. f. La foule d’une place publique ou les habitués d’un café, d’un cabaret. Parler pour la galerie. Faire des effets oratoires ; — parler, non pour convaincre, mais pour être applaudi, — et encore, applaudi, non de ceux à qui l’on parle, mais de ceux à qui on ne devrait pas parler. Que de gens, de lettres ou d’autre chose, ont été et sont tous les jours victimes de leur préoccupation de la galerie ?

(Boutmy, 1883) : s. f. Salle de composition, le plus ordinairement de forme rectangulaire. Les rangs sont placés perpendiculairement à chacun des grands côtés du rectangle. L’espace laissé libre au milieu est en partie occupé par les marbres.

Galérien

(d’Hautel, 1808) : Il travaille comme un galérien. Pour il est très assidu à son travail, il est alerte, laborieux, infatigable.

Galérienne

(Rigaud, 1881) : « Sous les sombres galeries qui bordent, au rez-de-chaussée, la salle de danse du Casino, se tiennent volontiers des femmes grasses et maquillées… On les appelle Galèriennes, parce qu’elles font galerie. » (Ces Dames du Casino, 1862.)

Galetas

(d’Hautel, 1808) : C’est un vrai galetas. Se dit par mépris d’une chambre mal en ordre, d’une maison mal tenue d’un tripot.

Galetouse

(La Rue, 1894) : Gamelle.

Galette

(Larchey, 1865) : Homme nul et plat ; contre-épaulette portée autrefois par les soldats du centre.

Pour revêtir l’uniforme et les galettes de pousse-cailloux.

La Bédollière.

Aux écoles militaires, une sortie galette est une sortie dont tous les élèves profitent, même ceux qui sont punis.

(Delvau, 1867) : s. f. Imbécile, homme sans capacité, sans épaisseur morale. Argot du peuple.

(Delvau, 1867) : s. f. Matelas d’hôtel garni.

(Rigaud, 1881) : Grand, complet, — dans le jargon des Saint-Cyriens.

(Rigaud, 1881) : Argent. Boulotter sa galette, manger son argent, — dans le jargon des voyous.

(Rigaud, 1881) : Individu sans intelligence.

(Rigaud, 1881) : Mauvais petit matelas aplati comme une galette.

(Fustier, 1889) : Petit pain rond et plat qu’on sert dans certains restaurants.

(La Rue, 1894) : Matelas. Imbécile. Mauvais soulier. Monnaie.

(Virmaître, 1894) : Argent (Argot du peuple). V. Aubert.

(Rossignol, 1901) : Argent.

(Hayard, 1907) : Argent.

Galette (avoir ou toucher de la)

(Merlin, 1888) : Avoir ou recevoir de l’argent. On dit aussi : avoir de la douille.

Galettes

(Rigaud, 1881) : Souliers ramassés dans la rue par les chiffonniers et vendus deux sous la paire aux ribouiseurs.

Galeux

(d’Hautel, 1808) : Qui se sent galeux se gratte. V. Gratter.
Il ne faut qu’une brebis galeuse pour gâter tout un troupeau. Signifie qu’un mauvais sujet peut corrompre toute la société où il se trouve.

Galfatre

(d’Hautel, 1808) : Sobriquet que l’on donne à un garçon d’hospice, ou à un garçon d’auberge.

(Rigaud, 1881) : Glouton.

Galfâtre

(La Rue, 1894) : Goulu.

Galienne ou galière

(Halbert, 1849) : Cavale.

Galier

(Halbert, 1849) : Cheval.

(Larchey, 1865) : Cheval (Bailly). V. Gayet.

Galifard

(Larchey, 1865) : « Commissionnaire, saute-ruisseaux qui porte au client les marchandises vendues au Temple. » — Mornand.

(Delvau, 1867) : s. m. Cordonnier, — dans l’argot des revendeuses du Temple.

(Rigaud, 1881) : Cordonnier.

(La Rue, 1894) : Apprenti cordonnier. Galifarde, apprentie, fille de boutique.

Galifard, Galifarde

(Rigaud, 1881) : Apprenti, apprentie, — dans le jargon des marchands du Temple.

Galifarde

(Delvau, 1867) : s. f. Fille de boutique.

Galiffar

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Bouchon.

Galimafrée

(d’Hautel, 1808) : Bribes, reste de viandes que l’on mêle et que l’on fricasse ensemble ; salmigondis.

(Delvau, 1867) : s. f. Ragoût, ou plutôt Arlequin, — dans l’argot du peuple. S’emploie aussi au figuré.

Galimathias

(d’Hautel, 1808) : Mélange de paroles obscures ; discours embrouillés ; confusion de toutes choses disparates et qui ne peuvent s’accorder.

Galiote

(Delvau, 1867) : s. f. « Complot entre deux joueurs qui s’entendent pour faire perdre ceux qui parient contre un de leurs compères. » On dit aussi Gaye.

Galiotte (faire une)

(Rigaud, 1881) : Tricher au détriment de ses associés et au profit d’un compère. — On fait généralement la galiotte à l’écarté : deux grecs tiennent les cartes ; l’un met cinq louis devant lui, ses associés le renforcent d’une cinquantaine ou d’une centaine de louis. Le compère tient tout et gagne tout, grâce au soin qu’a pris le premier grec de lui donner un jeu magnifique.

Galiotte, gaye

(Larchey, 1865) : Partie entamée entre une dupe et deux grecs.

Galipette

(La Rue, 1894) : Cabriole. Galipeteur, clown.

Galipot

(Delvau, 1867) : s. m. Stercus humain, — dans l’argot des ouvriers qui ont servi dans l’infanterie de marine. À proprement parler le Galipot est un mastic composé de résine et de matières grasses.

Galipoter

(Delvau, 1867) : v. n. Cacare.

Galipoter le fondement

(Delvau, 1864) : Besogner dans le derrière au lieu de besogner dans le devant, faire acte de bougre au lieu de faire acte d’honnête homme.

Maint’nant que j’ t’ai, sacré’ vessie,
Galipoté le fondement,
J’ te préviens qu’ j’ai z’une avarie
Qui me rong’ tout le tour du gland.

A. Karr.

Galli-baton

(Delvau, 1867) : s. m. Vacarme ; rixe, — dans l’argot des faubouriens.

Galli-trac

(Delvau, 1867) : s. m. Poule-mouillée, homme qui a le trac.

Gallier

(anon., 1827) : Cheval.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Cheval.

(Bras-de-Fer, 1829) : Cheval.

Galoche

(d’Hautel, 1808) : Un menton de galoche. Menton pointu et recourbé.

(Halbert, 1849) : Menton.

(Delvau, 1867) : s. f. Jeu du bouchon, — dans l’argot des gamins.

(Rigaud, 1881) : Jeu de bouchon.

Galons (arroser ses)

(Larchey, 1865) : Payer à boire lorsqu’on est promu sous-officier.

Je ne dis pas que… avec les camarades, pour arroser mes galons.

Cormon.

(Merlin, 1888) : Fêter sa promotion, en vidant force bouteilles, suivant l’usage. En cette occurrence, ce sont généralement les parents du promu qui ont casqué.

Galons d’imbécile

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Grade subalterne obtenu à l’ancienneté, — dans l’argot des troupiers.

(Rigaud, 1881) : Chevrons au-dessus du coude servant à marquer le nombre d’années de service dans un régiment.

(Merlin, 1888) : Galons de soldat de 1re classe ou de caporal.

Galop

(d’Hautel, 1808) : Donner un galop à quelqu’un. Pour le gourmander, lui donner un forte mercuriale.
Il s’en va au grand galop. Se dit de quelqu’un qui est tombé en langueur, et dont la vie est fort en danger.

(Larchey, 1865) : Réprimande énergique.

Tu as tant fait que ma mère va me donner un galop.

Champfleury.

Allusion au bruit précipité des paroles.

(Delvau, 1867) : s. m. Réprimande, — dans l’argot des ouvriers.

(La Rue, 1894) : Vive réprimande.

Galopé

(Delvau, 1867) : adj. Fait à la hâte, sans soin, sans goût.

Galoper

(d’Hautel, 1808) : Travailler à la hâte, bousiller, sabouler un ouvrage.

(Larchey, 1865) : Envahir au galop. Très-expressif et toujours pris au figuré.

Voilà la peur qui me galope. Qu’est-ce que je pourrai dire ?

E. Sue. — Galoper :

Travailler à la hâte, bousiller un ouvrage.

1808, d’Hautel.

(Delvau, 1867) : v. n. Se dépêcher. Signifie aussi Aller çà et là. Activement, ce verbe s’entend dans le sens de Poursuivre, Courir après quelqu’un.

Galoper une femme

(Delvau, 1867) : Lui faire une cour pressante.

Galopin

(d’Hautel, 1808) : Nom que l’on donne aux enfans qui courrent les rues, aux petits polissons ; sobriquet injurieux quand il s’attribue à un homme, et qui équivaut à manant ; individu qui n’a aucune recommandation personnelle.
Un galopin de cuisine. Un marmiton, un tourneur de broche ; celui qui exerce les plus bas emplois dans une cuisine.

(Delvau, 1867) : s. m. Apprenti, — dans l’argot des ouvriers. Mauvais sujet, — dans l’argot des bourgeois. Impertinent, — dans l’argot des petites dames.

(Rigaud, 1881) : Apprenti, terme d’amitié dont se servent les ouvriers pour stimuler le zèle de l’apprenti.

(Fustier, 1889) : Petit verre de bière.

Galopin (petit)

(Rigaud, 1881) : Petite chope de bière. Le galopin se vend quinze ou vingt centimes.

Galoubet

(Delvau, 1867) : s. m. Voix, — dans l’argot des coulisses. Avoir du galoubet. Avoir une belle voix. Donner du galoubet. Chanter.

(Rigaud, 1881) : Voix. — Avoir un bon galoubet, avoir une belle voix. — Galoubet fêlé, voix fausse, éraillée.

(La Rue, 1894) : Voix.

Galoubet (en avoir)

(Virmaître, 1894) : Posséder une belle voix ou crier bien fort. On dit d’un chanteur émérite :
— Il a un rude galoubet.

Galoubet (nettoyer son)

(Merlin, 1888) : Boire un coup.

Galouser

(Halbert, 1849) : Chanter.

Galtos

(Rigaud, 1881) : Gamelle, — dans l’argot des marins. Passer à galtos, manger à la gamelle.

Galtouze

(Merlin, 1888) : (?) Gamelle.

(La Rue, 1894) : Argent.

(Virmaître, 1894) : Argent (Argot du peuple). V. Aubert.

(Rossignol, 1901) : Argent.

(Hayard, 1907) : Argent, et aussi gamelle (en prison).

Galtron

(Halbert, 1849) : Poulain.

(Rigaud, 1881) : Petit cheval, — dans l’ancien argot.

Galuche

(Delvau, 1867) : s. m. Galon, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Galon. — Galucher, galonner.

Galuché

(La Rue, 1894) : Galouné.

Galucher

(Larchey, 1865) : Galonner. — Corruption de mot. — V. Tirant.

J’li ferai porter fontange et souliers galuchés.

Vidocq.

(Delvau, 1867) : v. a. Galonner.

Galuchet

(Larchey, 1865) : Valet de cartes. — Allusion aux galons de sa livrée.

Cinq atouts par le monarque son épouse et le galuchet.

Montépin.

Qu’est-ce que c’est que ça, galuchet ? — C’est le valet.

Méry.

(Delvau, 1867) : s. m. Valet, — dans l’argot des voyous.

(Rigaud, 1881) : Valet d’un jeu de cartes.

Je dormais jusqu’à cinq heures du soir et je voyais flotter sur mon traversin la grande ombre de Galuchet.

(Ed. About, Trente et Quarante.)

(La Rue, 1894) : Valet.

Galupe

(Rigaud, 1881) : Femme, — dans le jargon des voyous ; c’est-à-dire peau à gale.

(Fustier, 1889) : Femme, fille de mauvaise vie.

Les galup’s qu’a des ducatons
Nous rincent la dent.

(Richepin.)

Galupier

(Fustier, 1889) : Qui entretient des galupes. (Richepin.)

Galure

(Rigaud, 1881) : Chapeau haute forme, par abréviation de galurin, — dans le jargon des ouvriers. — Qui s’est assis sur mon galure ? Qui s’est trouvé mal sur mon galure ?

Galure ou Galurin

(Rossignol, 1901) : Chapeau.

Galurin

(Delvau, 1867) : s. m. Chapeau. Ce mot ne viendrait-il pas, par hasard, du latin galea, casque, ou plutôt de galerum, chapeau ?

(Rigaud, 1881) : Chapeau.

Vous mettez votre galurin ?

(Huysmans, les Sœurs Vatard.)

(La Rue, 1894) : Chapeau.

(Virmaître, 1894) : Chapeau. On dit quand il a une hauteur exagérée :
— Mince de galure (Argot du peuple). V. Bloum.

(Hayard, 1907) : Chapeau.

Galvaudage

(Larchey, 1865) : Tripotage.

Surtout pas de galvaudage ni de chipoteries.

Balzac.

Se galvauder : Compromettre sa réputation.

(Delvau, 1867) : s. m. Désordre, gaspillage de fortune et d’existence. Argot des bourgeois.

(Rigaud, 1881) : Flânerie crapuleuse, dégradation morale. — Mauvaise fréquentation. Se livrer au galvaudage, s’encanailler de parti pris.

Galvauder

(d’Hautel, 1808) : Traiter quelqu’un avec hauteur ; le maltraiter de paroles, l’injurier.

(Delvau, 1867) : v. a. Gâcher, gâter, dissiper.

Galvauder (se)

(Delvau, 1867) : Vivre dans le désordre ; ou seulement Hanter les endroits populaciers.

(Rigaud, 1881) : S’encanailler à plaisir, se traîner moralement dans la boue.

Galvaudeuse

(Rigaud, 1881) : Coureuse ; femme adonnée à la prostitution subalterne.

A côté de ce groupe bruyant de galvaudeuses, s’en forme un plus sérieux.

(F. d’Urville, Les Ordures de Paris.)

Galvaudeux

(Delvau, 1867) : s. m. Fainéant, bambocheur. Argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Vagabond. — Mauvais sujet. — Homme de peine qu’on emploie tantôt à une besogne, tantôt à une autre.

(Rigaud, 1881) : Individu qui se plaît dans la fréquentation de la crapule, celui qui s’encanaille par goût.

Gamahuché (être)

(Delvau, 1864) : Se dit de l’un comme de l’autre sexe, la langue étant à la disposition de tous les deux.

Un vit, sur la place Vendôme,
Gamahuché par l’aquilon.

(Parnasse satyrique.)

Gamahucher le canal

(Delvau, 1864) : Sucer un homme, aspirer la moelle qui coule dans son canal de l’urètre.

Si. comme la race canine,
Nous pouvions, sans gêne et sans mal,
Nous gamahucher le canal.

Dumoulin.

Gamahucher une femme

(Delvau, 1864) : La faire jouir en jouant de la langue dans son con, au lieu d’y jouer de la pine. Un métier de chien !

Celle-là, sur son lit nonchalamment couchée,
Par un vieux Cupidon était gamahuchée.

L. Protat.

Gamahuter

(Fustier, 1889) : Assassiner. Argot du peuple. Du nom de l’assassin Gamahut.

B… est venu gamahuter dans les bureaux du Cri du Peuple et il a été acquitté.

(Cri du Peuple, avril 1885.)

Gambade

(d’Hautel, 1808) : Faire des gambades d’oreillers. Pour bailler fréquemment, ce qui dénote l’envie de dormir.
Faire ses gambades. Danser follement ; faire des singeries, des fredaines.

Gambader

(d’Hautel, 1808) : Se réjouir, danser, cabrioler ; faire le fou ; se livrer à toutes les extravagances d’une jeunesse fougueuse.

Gambergement

(Rossignol, 1901) : Truc. Combinaison qui se trouve dans les jeux de hasard où il n’y a rien a toucher ; le gambergement se fait de lui-même.

Gamberger

(M.D., 1844) : Compter.

(M.D., 1844) : Compter.

Gambette

(Fustier, 1889) : Jambe. Jouer des gambettes, fuir.

Gambettes

(Virmaître, 1894) : Jambes.
— Elle est bien molletonnée (montée en gambettes) (Argot du peuple). V. Brancards.

(Rossignol, 1901) : Les jambes.

(Hayard, 1907) : Jambes.

Gambettiste

(Rigaud, 1881) : Partisan de la politique de M. Gambetta ; admirateur de M. Gambetta. — Fonctionnaire nommé par M. Gambetta, à l’époque de la guerre de 1870-71. — Préfet, général gambettiste.

Gambier

(Fustier, 1889) : Pipe en terre. Du nom du fabricant.

Gambillard

(Delvau, 1867) : adj. et s. Homme alerte qu’on rencontre toujours marchant.

(Rigaud, 1881) : Bon marcheur.

Gambille

(Rigaud, 1881) : Jambe.

(La Rue, 1894) : Jambe. Gambiller, sauter, danser, Gambillade, cancan, danse.

Gambiller

(d’Hautel, 1808) : Remuer les jambes ; se démener, se trémousser.

(M.D., 1844) : Danser.

(Larchey, 1865) : Danser. — Mot de langue romane. V. Roquefort. — Tout récemment une danseuse du Casino portait le sobriquet de Gambilmuche. V. Coquer. — Gambille : Jambe. Diminutif du vieux mot gambe.

(Delvau, 1867) : v. n. Danser, remuer les jambes. Il est tout simple qu’on dise gambiller, la première forme de jambe ayant été gambe.

Si souslevas ton train
Et ton peliçon ermin,
Ta cemisse de blan lin,
Tant que ta gambete vitz.

dit le roman d’Aucassin et Nicolette.

(Rigaud, 1881) : Danser ; sauter. — Gambilleur, gambilleuse, danseur, danseuse. — Gambilleur, gambilleuse de tourtouse, danseur, danseuse de corde.

(Virmaître, 1894) : Danser. Mot à mot : faire marcher ses gambettes (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Danser.

Gambilles

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Jambes.

(Rossignol, 1901) : Jambes.

Gambilleur

(Delvau, 1867) : s. m. Danseur, — dans l’argot des voleurs qui, comme de simples vaudevillistes, prennent le bien des autres où ils le trouvent. Gambilleur de tourtouse. Danseur de corde.

(Rigaud, 1881) : Bourreau.

L’même gambilleur qui t’a marqué sur l’épaule gauche t’a bien marqué.

(Le nouveau Vadé, 1824.)

(Rigaud, 1881) : Homme politique qui saute en l’honneur de tous les régimes, pourvu qu’il y trouve quelque avantage.

(Virmaître, 1894) : Danseur (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Danseur.

Gambilleur de tourtouse

(Virmaître, 1894) : Danseur de corde. Gambiller, danser, tortouse, corde. Cette expression servait autrefois à désigner la corde employée par le bourreau pour expédier ses clients dans l’autre monde. L’image est juste, le condamné gambille au bout de la tourtouse (Argot des voleurs).

Gambriade

(Rigaud, 1881) : Danse échevelée.

Game

(Halbert, 1849) : Rage.

Gamelage

(Rigaud, 1881) : Dénonciation, — dans le jargon des voleurs. — Gameler, dénoncer. C’est une forme nouvelle de l’ancien et classique manger le morceau : gameler, c’est-à-dire manger dans la gamelle.

Gameler

(La Rue, 1894) : Quitter. Dénoncer. On dit aussi attacher une gamelle, un bidon.

Gamelle

(Rigaud, 1881) : Auge de maçon.

Gamelle (en attacher une)

(Virmaître, 1894) : Quitter une femme avec laquelle on est collé, sans la prévenir. Rendre son tablier sans faire ses huit jours (Argot du peuple).

Gamelle (ramasser une)

(Fustier, 1889) : Argot militaire. Tomber.

Gamelle (s’attacher une)

(Hayard, 1907) : S’enfuir.

Gamelle (tremper une)

(Rigaud, 1881) : Synonyme de tremper une soupe, — dans le jargon des ouvriers ; c’est-à-dire porter des coups, assommer de coups. — Dans le jargon des voleurs, l’expression n’est qu’une variante de gameler et a également le sens de dénoncer.

Gameller

(Rossignol, 1901) : Quitter quelqu’un, c’est le gameller.

Gameller (se)

(Hayard, 1907) : Même sens : s’enfuir.

Gamelles

(Virmaître, 1894) : Seins. Les troupiers, dans les jardins publics, se placent de préférence sur les bancs, à côté des nourrices qui allaitent leurs nourrissons. Ils se pourléchent les lèvres à la vue des nichons blancs et volumineux.
— Mademoiselle, en voilà un heureux gaillard de manger à une pareille gamelle.
Quand il y en a pour un, il y en a pour deusse.
Le camarade se penche : « Il y en aurait bien pour troisse » (Argot des troupiers). N.

Gamet

(Delvau, 1867) : s. m. Raisin des environs de Paris avec lequel on fait de la piquette. Argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Raisin des environs de Paris, raisin qui sert à faire le ginglard.

Gamhriade

(Delvau, 1867) : s. f. La danse, et principalement le Cancan.

Gamin

(Delvau, 1867) : s. m. Enfant qui croit comme du chiendent entre les pavés du sol parisien, et qui est destiné à peupler les ateliers ou les prisons, selon qu’il tourne bien ou mal une fois arrivé à la Patte d’Oie de la vie, à l’âge où les passions le sollicitent le plus et où il se demande s’il ne vaut pas mieux vivre mollement sur un lit de fange, avec le bagne en perspective, que de vivre honnêtement sur un lit de misères et de souffrances de toutes, sortes.
Ce mot, né à Paris et spécial aux Parisiens des faubourgs, a commencé à s’introduire dans notre langue sous la Restauration, et peut-être même un peu auparavant, — bien que Victor Hugo prétende l’avoir employé le premier dans Claude Gueux, c’est-à-dire en 1834.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme trop impertinent, — dans l’argot des petites dames, qui ne pardonnent les impertinences qu’aux hommes qui en ont les moyens.

Gamin (faire le)

(Delvau, 1864) : Quand une femme a bien fait la patte d’araignée, collé un joli bécot sus le bout du vit d’un homme, quand, enfin, elle a usé de toutes les gamineries capables de le faire bander, elle n’a plus qu’à s’enfourcher sur la glorieux priape façonné par elle, — pour elle. — Alors : Hue ! dada !… notre gamin allant au trot, puis au galop : patatrot, patatrot ! — comme s’il sautait sur les genoux de son grand-père, — se bourre le vagin à sa fantaisie, jusqu’à ce que plaisir s’ensuivant, le cavalier tombe épuisé sur sa monture. — C’est du nanan ! — Voir le Tire-bouchon américain.

Gaminer

(Delvau, 1867) : v. n. Faire le gamin ou des gamineries.

Gaminerie

(Delvau, 1867) : s. f. Plaisanterie que font volontiers les grandes personnes à qui l’âge n’a pas apporté la sagesse et le tact. Faire des gamineries. Écrire ou faire des choses indignes d’un homme qui se respecte un peu.

Gamme

(d’Hautel, 1808) : Chanter la gamme. Gronder, réprimander, quereller, faire de vifs reproches.
Changer de gamme. Changer de ton, d’entretien, de conduite, de manière de vivre.
Mettre quelqu’un hors de gamme. Le mettre hors de lui-même ; le rendre confus, le troubler.

(Delvau, 1867) : s. f. Correction paternelle, — dans l’argot du peuple. Faire chanter une gamme. — Châtier assez rudement pour faire crier. On dit aussi Monter une gamme.

Gamme (monter une)

(Larchey, 1865) : Gronder, tancer crescendo.

(Rigaud, 1881) : Administrer une correction à un enfant jusqu’à ce qu’il crie. — Les gosses gueulent à la tortore. — Monte-z’y leur une gamme et qu’ils nous f… la paix : — Les enfants demandent à manger. — Bats-les et qu’ils nous laissent tranquilles. (Fragment d’une conversation faubourienne prise sur le vif.) Gamme signifiait, au XVIIe siècle, réprimande, récrimination, comme le prouvent les exemples suivants :

Je m’en vais le trouver et lui chanter sa gamme.

(Molière.)

Avec dame Junon, sa femme,
Qui souvent lui chante la gamme.

(Scarron.)

Ganache

(d’Hautel, 1808) : Au propre, la mâchoire inférieure du cheval ; au figuré, perruque vieille et crasseuse.
On dit aussi, et fort injurieusement, d’un homme âgé et radotteur, qui a l’esprit lourd et pesant, c’est une vieille ganache.

(Larchey, 1865) : « On dit d’un homme âgé et radoteur : C’est une vieille ganache. » — d’Hautel 1808. — Du vieux mot ganache : grosse mâchoire. V. ce mot.

Le père ganache ou le père dindon, ou bien encore le compère, c’est le nom d’un emploi dans lequel le père Brunet et Lepeintre jeune ont excellé. Ce type du vieillard imbécile et crédule est une création de Térence. On lui a donné le nom de ganache, à cause des efforts que fait la mâchoire pour articuler des sons.

Duflot.

(Larchey, 1865) : Ennemi du progrès.

Il déblatérait contre les ganaches de la Chambre.

G. Sand.

(Larchey, 1865) : Fauteuil de forme basse.

Puis s’étant blottie dans une ganache, elle tendit ses jambes.

Achard.

(Delvau, 1867) : s. f. Homme qui ne sait rien faire ni rien dire ; mâchoire. Dans l’argot des gens de lettres, ce mot est synonyme de Classique, d’Académicien.

Montesquieu toujours rabâche,
Corneille est un vieux barbon ;
Voltaire est une ganache
Et Racine un polisson !

dit une épigramme du temps de la Restauration.
Père Ganache. Rôle de Cassandre, — dans l’argot des coulisses. On dit aussi Père Dindon.

Ganaler

(un détenu, 1846) : Chanter dans les rues.

Gance

(anon., 1827) : Clique.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Bande, société, clique.

(Bras-de-Fer, 1829) : Clique.

(Halbert, 1849) : Clique.

(Delvau, 1867) : s. f. Clique, bande, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Société nombreuse et mal choisie.

(La Rue, 1894) : Société de gens tarés.

(Virmaître, 1894) : Bande. Association de malfaiteurs (Argot des voleurs).

Gandille

(Rigaud, 1881) : Épée, — dans l’ancien argot.

Gandin

(Delvau, 1864) : Imbécile bien mis qui paie les filles pour qu’elles se moquent de lui avec leurs amants de cœur. Il reste une consolation aux gandins qui grappillent dans les vignes amoureuses après ces maraudeurs de la première heure, c’est de se dire :

Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse !

A. Delvau.

Nous soupions au sortir du bal. Quelques gandins,
Portant des favoris découpés en jardin,
Faisaient assaut d’esprit avec des femmes rousses.

Th. De Banville.

(Larchey, 1865) : Dandy ridicule. Du nom d’un personnage de vaudeville.

L’œillet rouge à la boutonnière, Les cheveux soigneusement ramenés sur les tempes comme deux gâteaux de pommade, le faux-col, les entournures, le regard, les favoris, le menton, les bottes ; tout en lui indiquait le parfait gandin, tout, jusqu’à son mouchoir fortement imprégné d’essence d’idiotisme.

Figaro, 1858.

(Delvau, 1867) : s. m. Oisif riche qui passe son temps à se ruiner pour des drôlesses, — et qui n’y passe pas beaucoup de temps, ces demoiselles ayant un appétit d’enfer. Le mot n’a qu’une dizaine d’années. Je ne sais plus qui l’a créé. Peut-être est-il né tout seul, par allusion aux gants luxueux que ces messieurs donnent à ces demoiselles, ou au boulevard de Gand (des Italiens) sur lequel ils promènent leur oisiveté. On a dit gant-jaune précédemment.

(Delvau, 1867) : s. m. Coup monté ou à monter, — dans l’argot des voleurs. Hisser un gandin à quelqu’un. Tromper.

(Delvau, 1867) : s. m. Amorce, paroles fallaces, — dans l’argot des marchandes du Temple. Monter un gandin. Raccrocher une pratique, forcer un passant à entrer pour acheter.

(Rigaud, 1881) : Duperie, attrape-nigaud. Hisser un gandin à un gonse, tromper un individu. — Monter un gandin, — dans le jargon des revendeurs du Temple, signifie chauffer l’article, harceler le client pour lui faire acheter quelque chose.

(Rigaud, 1881) : Dandy dégénéré. Homme à la mise recherchée, prétentieuse et ridicule. D’où vient-il ? Est-ce de gant ? Est-ce de l’ancien boulevard de Gand ? Est-ce du nom d’un des personnages — Paul Gandin — des Parisiens de la Décadence, de Th. Barrière ? Est-ce de gandin, attrape-nigaud, en retournant la signification : nigaud attrapé ? Est-ce de dandy, avec changement du D en G, addition d’un N et réintégration de l’Y en I ? Je ne sais. — Le gandin s’éteignit en 1867, en laissant sa succession au petit-crevé qui creva en 1873, en léguant son héritage au gommeux, qui le léguera à un autre, et ainsi de suite jusqu’à la consommation des siècles.

(Rigaud, 1881) : Fort, — dans le jargon des barrières. Il est rien gandin.

(Fustier, 1889) : Honnête, convenable, gentil. Argot du peuple.

Autrefois on avait deux sous de remise par douzaine. À présent, on les prend (des pièces de cuivre) chez Touchin. Il ne donne rien, ce muffle-là. Vrai ! c’est pas gandin !

(Fournière : Sans métier.)

(La Rue, 1894) : Duperie. Coup monté. Riche oisif.

Gandin d’altèque

(Larchey, 1865) : Croix, décoration (Vidocq).

(Delvau, 1867) : s. m. Décoration honorifique quelconque, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Décoration honorifique ; ruban de décoration. Gandin pour gaudin, jeu de mots argotiques, par à peu près. Gaudin veut dire peinture décorative, décoration d’appartements.

(Virmaître, 1894) : Homme décoré d’un ruban quelconque. Homme portant une particule (Argot du peuple).

Gandin, battre un gandin

(Clémens, 1840) : Croix d’honneur, faire semblant d’être occupé.

Gandine

(Delvau, 1867) : s. f. La femelle du gandin, — un triste mâle et une triste femelle.

Gandinerie

(Delvau, 1867) : s. f. Actions, habitudes de gandin. Peu usité.

Gandinerie, gandinisme

(Larchey, 1865) : Genre du gandin.

La population du quartier latin aspira à la gandinerie, elle n’eut plus qu’un but, le luxe.

Le Passé de ces Dames, 1860.

Le gandinisme, c’est le ridicule dans la sottise.

G. Naquet.

Gandisme, Gandinisme

(Rigaud, 1881) : Manière d’être du gandin. Art d’élever la toilette à la hauteur d’une institution. C’est dandisme avec changement de la première lettre. Dandysme pourrait bien être la véritable étymologie.

Gandouse

(Rigaud, 1881) : Pour gadoue. Boue et même excréments humains.

Tous les gêneurs qui f… de la gandouse sur la route de Marianne.

(Le Titi, 1879.)

Gant

(d’Hautel, 1808) : Ne faut-il pas mettre des gants ou des mitaines pour lui parler. Se dit lorsqu’on a adressé quelques paroles dures et désobligeantes à quelqu’un, et qu’on vous en fait reproche.

(d’Hautel, 1808) : Souple comme un gant. Signifie doux, humble, que l’on manie comme on veut.
Il n’en aura pas les gants. Signifie, il n’en tirera pas vanité ; il n’en aura pas les prémices ; il ne s’attribuera pas la gloire de cette action.

Gant jaune

(Larchey, 1865) : « Il n y a plus que deux classes d’hommes en France… ceux qui portent des gants jaunes et ceux qui n’en portent pas. Quand on dit d’un homme qu’il porte des gants jaunes, qu’on l’appelle un gant jaune, c’est une manière concise de dire un homme comme il faut. C’est en effet tout ce qu’on exige pour qu’un homme soit réputé comme il faut. » — Alph. Karr, 1841.

(Rigaud, 1881) : Fashionable de 1840.

Ganter

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Convenir, agréer, — dans l’argot des bourgeois.

(Delvau, 1867) : v. n. Payer plus ou moins généreusement, — dans l’argot des filles. Ganter 5 ½. N’être pas généreux. Ganter 8 ½. Avoir la main large et pleine.

(Rigaud, 1881) : S’adapter à, en parlant d’un vêtement. Cette robe la gante. — Convenir : Cette femme le gante. — Ganter juste, être avare ; ganter large, être généreux, — dans le jargon des demoiselles entretenues.

(La Rue, 1894) : Convenir. Payer les faveurs d’une fille.

(Virmaître, 1894) : Il ou elle me gante. Synonyme de chausse.
— Cet homme me gante, il a une rude pointure.
Pas d’explications superflues (Argot des filles).

Gantière

(Fustier, 1889) : « En langage parisien, ce mot est un pavillon qui couvre certain commerce où il ne se débite pas que de la peau de chien ou de la peau de chevreau. »

(Voltaire.)

Gants

(Delvau, 1864) : Ce qu’on donne aux femmes galantes comme supplément au prix convenu pour les baiser, qu’elles vous demandent avant de vous ouvrir leurs cuisses et qu’il est prudent de ne leur donner qu’après avoir joui — si elles vous ont fait jouir. Ce sont nos anciennes épingles, la drinkgeld des Flamands, le paraguantes des Espagnols et la buena mancia des Italiens — à propos de laquelle on pourrait dire, avec Rabelais, que ces sortes de femmes aiment mieux la manche que le bras.

Leurs vêtements sont élégants,
Mais toujours quelque chose y cloche :
Dans leur bourse elles ont leurs gants,
Et leur corset est dans leur poche.

A. Delvau.

Employé dans un sens obscène pour désigner la virginité.
Elle fit toutes les grimaces que ses parents lui avaient dit de faire, pour lui faire croire qu’il en avait eu les gants.

(La France galante.)

Mainte fille a perdu ses gants.

La Fontaine.

Je puis donc m’attendre, dit Potiron, que si j’épouse cette demoiselle, je n’en aurai pas les gants.

Voisenon.

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Les deux sous du garçon des filles, — avec cette différence que les sous du premier sont en cuivre et les sous des secondes en argent, et même en or. Ce sont nos anciennes épingles, la drinkgeld des Flamands, le paraguantes des Espagnols et la buona mancia des Italiens.

(Rigaud, 1881) : Pourboire donné à ces dames ; le pourboire de la prostitution.

On donne ce qu’on veut à la femme pour ses gants.

(F. d’Urville, Les Ordures de Paris, 1874.)

(Rossignol, 1901) : Pourboire. Celui qui fait une mauvaise opération en est pour ses gants.

Gants (donner pour les)

(Larchey, 1865) : Donner une gratification en sus du prix convenu — Expression dont l’usage est restreint au monde de la galanterie banale. Prise au dix-septième siècle dans l’acception générale de pourboire. Elle venait de l’espagnol paragante.

Et le luy rendoit moyennant tant de paragante.

Tallemant des Réaux.

Gants (pour mes)

(Virmaître, 1894) : Pourboire sous quelque forme que ce soit. Cette expression, néanmoins, est plus généralement employée pour les filles qui réclament un supplément au prix convenu. Gant est synonyme d’épingle (Argot des filles).

Gants de… (avoir les)

(Delvau, 1867) : Avoir tout le mérite d’une découverte, tout l’honneur d’une affaire, etc. Se donner les gants de… Se vanter d’une chose qu’on n’a pas faite ; s’attribuer l’honneur d’une invention, le mérite d’une fine repartie, — en un mot, et il est de Génin, « s’offrir à soi-même un pourboire » gagné par un autre.

Ganymède

(Delvau, 1864) : Ce que l’on nommait anciennement un giton et que les Parisiens appellent une tante.

Gap

(La Rue, 1894) : Guet.

Garce

(d’Hautel, 1808) : Mot déshonnête et insultant que l’on ne donne qu’à une fille ou femme de mauvaise vie.

(Delvau, 1864) : Mot qui, dans le vieux langage, a signifié fille pucelle, et qui, dans le langage moderne, signifie tout le contraire.

Car il n’aſſiert à garces diffamées,
User des droits de vierges bien famées.

Cl. Marot.

Allons, la garce, haut la quille !
Mon vit est crânement drissé.

A. Karr.

(Delvau, 1867) : s. f. Fille ou femme qui recherche volontiers la compagnie des hommes, — surtout quand ils sont riches. Un mot charmant de notre vieux langage, que l’usage a défloré et couvert de boue. Il n’y a plus aujourd’hui que les paysans qui osent dire d’une jeune fille chaste : « C’est une belle garce. » S’emploie fréquemment avec de, à propos des choses.

Garçon

(d’Hautel, 1808) : Se faire beau garçon. Locution équivoque qui signifie se mettre dans un état honteux, s’embarrasser dans de mauvaises affaires.

(Delvau, 1867) : s. m. Voleur, — dans l’argot des prisons. Brave garçon. Bon voleur. Garçon de campagne. Voleur de grand chemin.

(La Rue, 1894) : Voleur consommé.

(Virmaître, 1894) : Les hôtes habituels des prisons appellent garçon un voleur. Le garçon de campagne est un voleur de grand chemin, qui a pour spécialité de dévaliser les garnaffes. V. ce mot (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Dans le monde des voleurs et rôdeurs de barrières, garçon veut dire homme sur qui on peut compter, incapable de faire une dénonciation. Garçon signifie aussi courageux ; celui qui fait le coup de poing à tout propos est un garçon.

(Hayard, 1907) : Voleur franc, à qui ses pairs n’ont rien à reprocher ; (être) être refait.

Garçon à deux mains

(Rigaud, 1881) : Garçon boucher qui travaille tantôt à l’abattoir, tantôt à l’étal. (Vinçard.)

Garçon d’accessoires

(Delvau, 1867) : s. m. Employé chargé de la garde du magasin où sont renfermés les accessoires. Argot des coulisses. On dit aussi Accessoiriste.

Garçon de cambrouse

(Larchey, 1865) : Voleur de campagne.

La cognade a gayet servait le trèpe pour laisser abouler une roulotte farguée d’un ratichon, de Charlot et de son larbin et d’un garçon de cambrouse que j’ai reconobré pour le petit Nantais.

Vidocq.

Au moyen âge, garson signifiait souvent vaurien. V. Roquefort.

Garçon de campagne

(Bras-de-Fer, 1829) : Voleur de grand chemin.

Garçon, Garçon de Cambrouse

(Rigaud, 1881) : Voleur, — dans le jargon des paysans des environs de Paris. — Garçon de campagne, voleur de grand chemin. — Brave garçon, bon voleur.

Garçonner

(Delvau, 1867) : v. n. Se plaire avec les petits garçons quand on est petite fille, et avec les jeunes hommes quand on est femme. Argot des hourgeois.

Garçonnet

(d’Hautel, 1808) : Diminutif de garçon.
Mon garçonnet. Nom que l’on donne par bienveillance à un petit garçon.

Garçonnière

(d’Hautel, 1808) : Terme de mépris. Fille qui a des mœurs irrégulières, et qui aime à fréquenter les garçons.

(Delvau, 1867) : adj. et s. Fille qui oublie son sexe en jouant avec des garçons qui profitent de cet oubli.

Garçons de campagne

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Voleurs de grand chemin.

Garde

(d’Hautel, 1808) : Descendre la garde. Tomber d’un lieu élevé ; s’en aller dans l’autre monde, mourir.

Garde (descendre la)

(Larchey, 1865) : Mourir.

Kléber, un grand mâtin qu’a descendu la garde, assassiné par un Égyptien.

Balzac.

Garde national

(Delvau, 1867) : s. m. Paquet de couenne, — dans l’argot des faubouriens, irrévérencieux envers l’institution inventée par La Fayette.

(Virmaître, 1894) : Paquet de couennes. On dit aussi nœud d’épée, allusion à la forme (Argot des charcutiers).

Garde nationale

(Rossignol, 1901) : Voir pédé.

Garde nationale (en être)

(Virmaître, 1894) : Femme pour femme (Argot des filles). V. Accouplées.

Garde nationale (être de la)

(Delvau, 1864) : Avoir des habitudes pédérastiques.

Il s’approche, je crois qu’il en veut à ma montre que je m’empresse de préserver ; il s’approche davantage, avance sournoisement la main vers l’objet chéri des dames : je vis qu’il était de la garde nationale, et alors…

J. Le Vallois.

(Rigaud, 1881) : Faire partie du régiment de Sapho, avoir un goût prononcé pour les plaisirs saphiques, — dans le jargon des filles. — Encore une qui est de la garde nationale.

Garde-manger

(Delvau, 1867) : s. m. Water-Closet, — dans l’argot du peuple, moins décent que l’argot anglais, qui ne fait allusion qu’à l’estomac en disant : Victualling-Office.

(Rigaud, 1881) : Postérieur. — Lieux d’aisances.

(Rossignol, 1901) : Le ventre. Les water-closets sont aussi le garde-manger.

Garde-proye

(Halbert, 1849) : Garde-robe.

Garder

(d’Hautel, 1808) : Est-ce que j’ai gardé les cochons un avec vous. Se dit à quelqu’un qui prend une trop grande familiarité ; qui vous tutoie sans en avoir le droit.
Garder une poire ou une pomme pour la soif. Ménager quand on est riche quelque chose pour le besoin qui peut venir.
Je lui en garde une bonne. Pour, j’attends l’occasion de me venger.
Chacun son métier, les vaches sont bien gardées. Signifie qu’il ne faut jamais se mêler d’une profession à laquelle le sort ne nous a point appelés.

(Delvau, 1867) : v. n. Être près du bouchon ou de l’une des pièces tombées. Argot des gamins.

Garder à carreau (se)

(Delvau, 1867) : S’arranger de façon à n’être pas surpris par une réclamation, par un désaveu, par une attaque, etc. Argot du peuple. Signifie aussi : Ne pas dépenser tout son argent. On dit de même Avoir une garde à carreau.

Garder un chien de sa chienne à quelqu’un

(Delvau, 1867) : Se proposer de lui jouer un tour ou de lui rendre un mauvais office. On dit aussi Garder une dent, et, absolument, la garder.

Garder une poire pour la soif

(Delvau, 1867) : Faire des économies ; épargner, jeune, pour l’heure où l’on sera vieux.

Gardes nationaux

(Rigaud, 1881) : « C’est ainsi qu’à Mazas, on a baptisé les haricots. » (Figaro du 15 sept. 1880.)

Gardien

(Delvau, 1867) : s. m. Variété de Sentinelle ou de Factionnaire. (V. Insurgé de Romilly.)

Gardiens de bananes

(Merlin, 1888) : Soldats de l’infanterie de marine appelés à garder les colonies, où poussent les bananiers.

Gare

(d’Hautel, 1808) : Gare la tête ceux qui en ont. Se dit en plaisantant et lorsqu’on a jeté quelque chose en l’air, pour avertir les personnes sur qui cela pourroit tomber, de prendre garde à elles.

Gare à fafflards

(Virmaître, 1894) : Bureau. Allusion à l’utilité de ce meuble pour garer ses papiers. Garer, serrer, faflards, papiers (Argot des voleurs).

Garé des voitures

(Larchey, 1865) : Prudent et rangé. — L’effrayant tohu-bohu de la circulation parisienne devait enfanter ce synonyme.

(Rigaud, 1881) : Rangé ; retiré du tourbillon des plaisirs.

Gare-l’eau

(Delvau, 1867) : s. m. « Pot qu’en chambre on demande. », — dans l’argot des voleurs. Ils disent aussi Reçoit-tout.

Garer son piton

(Virmaître, 1894) : Mettre son nez à l’abri des coups qu’il pourrait recevoir. Cette précaution est nécessaire dans les quartiers excentriques où les souteneurs mangent sans faire de façon, le piton du bourgeois qui n’apprécie pas les charmes de leurs marmites. Avant l’annexion de la banlieue à Paris, Belleville et la Villette étaient renommés pour ce genre d’exercice (Argot des souteneurs).

Gargamelle

(Virmaître, 1894) : Le gosier. C’est une très vieille expression qui a été remplacée par celles plus modernes de dalle, sifflet, couloir (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Gosier.

Gargamelle, gargoine, gargue

(Larchey, 1865) : Gosier. — Du bas latin. V. Du Cange. — De là le nom de Gargamelle donné par Rabelais à une gourmande. — Notre langue usuelle a encore Gargariser. V. Taper.

Gargamelle, Gargouenne, Gargouille

(Rigaud, 1881) : Gosier.

Le froid humide du dernier voyage m’ayant enroué la gargamelle comme une charrette mal graissée.

(Épitre aux curieux, frontispice des chansons de Gaultier-Garguille.)

Gargantua

(Delvau, 1867) : s. m. Grand mangeur, — dans l’argot du peuple.

Gargariser (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Boin ; un canon de vin ou un petit verre d’eau-de-vie.

(Rigaud, 1881) : Boire la goutte.

(Rigaud, 1881) : En terme de théâtre, c’est, pour un artiste dramatique, faire ronfler les R ; pour un artiste lyrique, c’est faire rouler les notes. Le mot est du chanteur Martin.

(Rigaud, 1881) : Se livrer, au piano, à une débauche d’arpèges.

Les joues enluminées, Ségurola, au piano, déchaînait une tempête de gammes vertigineuses. Aristide lui cria : Dis donc, auras-tu bientôt fini de te gargariser ?

(Hennique, La Dévouée.)

Gargariser le fusil (se)

(Rigaud, 1881) : Boire la goutte, — dans le jargon des soldats d’infanterie. C’est une variante du « gargariser » de Rabelais : « Bâille que je gargarise. »

Gargarisme

(Delvau, 1867) : s. m. Verre de vin ou d’eau-de-vie.

(Rigaud, 1881) : Petit verre.

Gargarisme, Gargouillade

(Rigaud, 1881) : Borborygmes ; le cri des boyaux en détresse.

Gargarismes

(Rigaud, 1881) : Débauche d’arpèges.

Gargarousse

(Fustier, 1889) : Gosier. (Richepin.)

Gargoine

(Delvau, 1867) : s. f. Gorge, gosier, γαραρεών. Se rincer la gargoine. Boire.

(Virmaître, 1894) : La bouche. Par abréviation : la gargue. Quelques uns écrivent gargouenne (Argot du peuple). V. Affamée.

Gargoine (la)

(Halbert, 1849) : Le museau, la bouche.

Gargot

(Delvau, 1867) : s. m. Petit restaurant où l’on mange à bon marché et mal. On dit aussi Gargote.

(Rigaud, 1881) : Restaurant de bas étage.

(Rigaud, 1881) : Entrepreneur d’abatage pour bouchers et charcutiers. Celui qui débite de la viande aux bouchers et aux charcutiers.

Gargotage

(d’Hautel, 1808) : Aliment mal apprêté ; ramassis, repas servi sans propreté.

(Delvau, 1867) : s. m. Mauvais ragoût ; chose mal apprêtée, — au propre et au figuré. On dit aussi Gargoterie.

Gargote

(d’Hautel, 1808) : Mauvaise auberge, où l’on est servi malproprement, et où l’on fait maigre chère.
Vivre à la gargote. Vivre en garçon ;manger à l’auberge.

Gargoter

(d’Hautel, 1808) : Boire et manger mal proprement ; fréquenter les mauvaises auberges, les cabarets borgnes.

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Cuisiner à la hâte et malproprement. On trouve « Gargoter la marmite » dans les Caquets de l’accouchée. Signifie aussi Hanter les gargotes.

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Travailler sans goût, à la hâte.

(Rigaud, 1881) : Faire de la mauvaise cuisine, de la cuisine qui rappelle celle des gargots.

(Virmaître, 1894) : Cuisinière qui rate tous ses ragoûts. Mot à mot : faire de la mauvaise cuisine, de la gargote. Gargoter un travail ou le savater, le gâcher en un mot (Argot du peuple).

Gargotier

(d’Hautel, 1808) : Aubergiste, mauvais traiteur ; celui qui tient gargote.

(Delvau, 1867) : s. m. Mauvais traiteur, au propre ; mauvais ouvrier au figuré.

Gargouëne

(un détenu, 1846) : Bouche, gorge.

Gargouenne

(anon., 1827) : Bouche.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Bouche. Plomber de la gargouenne, sentir mauvais de la bouche.

(Bras-de-Fer, 1829) : Bouche.

Gargouillade

(Delvau, 1867) : s. f. Borborygmes. Se dit aussi de Fioritures de mauvais goût.

Gargouille

(d’Hautel, 1808) : Grosse bouteille ; tuyau d’une gouttière par où l’eau s’écoule.
On donne aussi par mépris ce nom à une grosse fille de campagne ; à une femme replète et rebondie.

(Rossignol, 1901) : Gosier.

Gargouiller

(d’Hautel, 1808) : Les boyaux lui gargouillent dans le ventre. Manière populaire d’exprimer le bruit que font les intestins, lorsqu’on a besoin de manger.
Ils ne font que gargouiller. Se dit des enfans qui barbottent dans l’eau des ruisseaux.

(Delvau, 1867) : v. n. Avoir des borborygmes. On dit aussi Trifouiller.

(Rigaud, 1881) : Crever la faim ; avoir des borborygmes, faire de la musique avec ses boyaux.

Gargouillis

(d’Hautel, 1808) : Bruit produit par l’eau qui tombe d’une gargouille ; ou par les intestins, lorsqu’on éprouve quelque besoin naturel, ou qu’on a la colique.

Gargue

(Delvau, 1867) : s. f. Bouche, — dans l’argot des voleurs. C’est l’apocope de Gargoine.

(Rigaud, 1881) : Bouche, — clans le jargon des voleurs. — Ivoires en gargue, dents blanches.

(Virmaître, 1894) : La bouche (Argot du peuple).

(Hayard, 1907) : La bouche (de gargamelle).

Gargue (la)

(M.D., 1844) : La bouche.

Gargue, gargouenne

(La Rue, 1894) : Bouche.

Garibaldi

(Larchey, 1865) : Courte chemise rouge, petit chapeau de feutre. — Allusion au costume du patriote italien.

On peut faire le dandy,
La vareuse en futaine
Et le Garibaldi
Sur le coin de l’oreille.

Le Gai Compagnon maçon, chanson.

(Rigaud, 1881) : Biscuits secs farcis de raisins de Corinthe. Ce sont les petits-fours des petits bourgeois qui donnent de petits thés.

Garibaldi (coup de)

(Rigaud, 1881) : Coup de tête porté par un malfaiteur dans le creux de l’estomac de celui qu’il veut dépouiller. (L. Larchey) Ce coup se nomme encore : « Coup de bélier, coup de la rencontre », et le vol qui le suit : « Vol à la dure ».

Garnafe

(Rigaud, 1881) : Fermier, — dans l’ancien argot.

(La Rue, 1894) : Ferme. Garnafier, fermier.

Garnaffe

(Delvau, 1867) : s. f. Ferme, — dans le même argot [des voleurs].

Garnaffier

(Delvau, 1867) : s. m. Fermier, paysan.

Garnafier

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Fermier, cultivateur.

(Bras-de-Fer, 1829) : Fermier.

(Larchey, 1865) : Fermier. — Garnafle : Ferme (Vidocq).

Garnement

(d’Hautel, 1808) : Vaurien, vagabond, libertin. Vulgairement on prononce garniment, ce qui est un barbarisme ; garniment est un terme d’arts.

Garni

(Larchey, 1865) : « Un lit en bois peint, une commode en noyer, un secrétaire en acajou, une pendule en cuivre, des vases de porcelaine peinte avec des bouquets de fleurs artificielles sous verre ; cela s’appelle un garni. » — Champfleury.

Garnison

(d’Hautel, 1808) : On dit par plaisanterie d’une personne qui est sujette à la vermine, aux poux, qu’Elle a une garnison dans la tête.

(Delvau, 1867) : s. f. Pediculi, — dans l’argot du peuple. Naturellement c’est une garnison de grenadiers.

(Rigaud, 1881) : Réunion de poux sur une seule et même tête. — Collection de vermine dans un logement.

Garno

(Rigaud, 1881) : Garni, par antiphrase, sans doute. — Misérable chambre, misérable cabinet dégarni de meubles ; un lit, une chaise et, quelquefois, une commode, voilà l’ameublement du garno.

(Rigaud, 1881) : Hôtel garni. Les garnos de dernier ordre fréquentés par la crapule de Paris ont reçu des noms typiques ; en voici quelques-uns : le Pou volant, le Grand Collecteur, le Chien mort, la Gouape, la Retape, la Carne, la Camarde, la Boîte à Domange, la Débine, le Corbillard, la Loupe, la Gadoue, l’Auberge des Claque-Dents, la Charmante, la Punaise enragée, la Ruine, l’Abattoir, la Pégrotte, la Bérésina, le Choléra, le Grand-Pré, tous noms qui présentent une signification sui generis, qui dégagent une odeur de crime et de vermine.

(Rossignol, 1901) : Hôtel garni.

Garrau

(d’Hautel, 1808) : Il ressemble d Thibaut-Garrau, il fait son cas à part. C’est-à-dire, il ne communique ses affaires à personne.
Ce Thibaut-Garrau étoit d’Orléans, et gagna beaucoup de biens dans le négoce ;mais il ne voulut jamais avoir d’associé.

Gars à poil

(Delvau, 1864) : Homme qui a des couilles au cul et passe pour un rude jouteur.

… Mon aîné ?… c’est un gars à poil, et qui vous a une vraie pine de famille. Il foutra votre femme, vos deux filles, et vous enculera par-dessus le marché, histoire de dire qu’il a mis un pied chez vous.

(Les Deux Beaux-Pères.)

Garuche

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Prison. Comte de la garuche, geôlier.

Gas

(Delvau, 1867) : s. m. Garçon, enfant mâle, — dans l’argot du peuple, qui trouve plus doux de prononcer ainsi que de dire gars. Beau gas. Homme solide. Mauvais gas. Vaurien, homme suspect.

Gascar

(Rossignol, 1901) : Gascon. Terme de camelot.

Gascon

(d’Hautel, 1808) : Faire la lessive du gascon. Retourner sa chemise ou sa cravate, quand elle est sale d’un côté.
C’est un gascon. Pour, c’est un menteur, c’est un homme qui ne tient aucune de ses promesses.

Gasconnade

(d’Hautel, 1808) : Menterie, langage de gascon.

Gasconner

(d’Hautel, 1808) : Parler en gascon ; mentir ; craquer à la manière gasconne.

Gaspard

(Rigaud, 1881) : Chat, rat, — dans le jargon des chiffonniers. C’est le nom du chat et du rat dans leurs rapports avec la hotte.

Gaspillage

(d’Hautel, 1808) : Prodigalité, désordre profusion.

Gaspiller

(d’Hautel, 1808) : Bouleverser, gâter ; faire des dépenses inutiles.

Gaspilleur

(d’Hautel, 1808) : Brouillon, dépensier, dissipateur, prodigue.

Gat

(Rigaud, 1881) : Chat, — dans l’ancien argot ; mot emprunté au provençal gat, de l’espagnol gato.

Gâte-enfant

(d’Hautel, 1808) : Qui a trop d’indulgence, trop de foiblesse pour les enfans.

Gâte-métier

(d’Hautel, 1808) : Celui qui donne ses peines, ses services ; sa marchandise à trop bon compte.

(Delvau, 1867) : s. m. Ouvrier qui met trop de cœur à l’ouvrage ; marchand qui vend trop bon marché, — dans l’argot du peuple, qui, s’il le connaissait, citerait volontiers le mot de Talleyrand : « Pas de zèle ! Pas de zèle ! »

Gâte-pate

(d’Hautel, 1808) : Sobriquet que l’on donne à un mauvais boulanger, à un pâtissier Jacques.

Gâte-pâte

(Rigaud, 1881) : Lutteur redoutable. (L. Cladel.)

Gâte-sauce

(d’Hautel, 1808) : Sobriquet que l’on donne à un mauvais cuisinier, à un mauvais traiteur.

(Delvau, 1867) : s. m. Garçon pâtissier.

(Virmaître, 1894) : Garçon pâtissier. A. D. Gâte-sauce ne s’emploie pas exclusivement pour désigner un garçon pâtissier, cette expression s’applique à tous les métiers. Dire à un mari qu’il est cocu et troubler la félicité des amants, c’est gâter la sauce. Quand un commissaire de police tombe comme un aréolithe au milieu d’un tripot, la sauce est gâtée pour les joueurs. Dans le peuple, de tout, ce qui va mal, la sauce se gâte. Le synonyme est : ça tourne au vinaigre (Argot du peuple).

Gâteau

(d’Hautel, 1808) : Mère gâteau. On appelle ainsi une mère qui a de grandes foiblesses pour ses enfans. Ce nom se donne surtout aux grand’mamans, et généralement à toutes les personnes âgées qui ont beaucoup de complaisances pour les enfans.
Trouver la fève au gâteau. Rencontrer une occasion favorable ; avoir du bonheur ; faire fortune.
Avoir part au gâteau. Être intéressé dans quelque gain ou récompense ; avoir droit à une succession.
Il ne mange pas son gâteau dans sa poche. Se dit de quelqu’un qui ne fait point de cachettes ; qui partage de bon cœur les bénéfices d’une affaire avec ceux qui la lui ont procurée.

(Fustier, 1889) : Séquence. Argot des joueurs. V. infra : séquence.

Gâteau feuilleté

(Delvau, 1867) : s. m. Bottes qui se délitent, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Soulier dont la semelle se divise.

Gâteaux

(Rigaud, 1881) : Fragments de nuages apportant dans leurs flancs des amours de six ans ou des talismans envoyés du royaume des fées, — dans le jargon des coulisses. (J. Dullot.)

Gâter

(d’Hautel, 1808) : Gâter un enfant. Condescendre par foiblesse à ses moindres désirs, à ses caprices ; s’en rendre absolument l’esclave.

Gâter la taille (se)

(Delvau, 1867) : Pour une femme « devenir enceinte ».

Gâteuse

(Rigaud, 1881) : Long pardessus avec patte derrière formant ceinture, sorte de robe de chambre à l’usage des hommes et des femmes depuis 1873.

Que nous fait, je vous le demande, que le maréchal Canrobert ait fait son entrée dans Rome avec une redingote poudreuse et M. Patrice de Mac-Mahon avec une gâteuse ?

(John Lemoinne, Journal des Débats, du 18 janvier 1878.)

Gâteux

(Delvau, 1867) : s. m. Journaliste sans esprit, sans style et sans honnêteté, — dans l’argot des gens de lettres, qui n’y vont pas de plume morte avec leurs confrères.

(Rigaud, 1881) : Très sot, énormément bête.

Gatezar

(Fustier, 1889) : Élève de l’École des arts et métiers. Il est facile de voir dans ce mot une corruption de Gars des Arts. Le mot est employé dans toutes les écoles d’arts et métiers et aussi par le peuple des villes où se trouvent ces écoles.

Gau

(Delvau, 1867) : s. m. Pou, — dans l’argot des voleurs. Basourdir des gaux. Tuer des poux. On a écrit autrefois Goth ; Goth a été pris souvent pour Allemand ; les Allemands passent pour des gens qui « se peignent avec les quatre doigts et le pouce » : concluez.

(La Rue, 1894) : Pou. Gau picandi, pou de corps.

(Hayard, 1907) : Pou.

Gau dîneur

(Delvau, 1867) : s. m. Peintre-décorateur.

Gau picandi

(Virmaître, 1894) : Pou qui pique. Quand il provoque des démangeaisons trop vives, qu’il pique trop fort, comme aux jours d’orages, par exemple, pour s’en débarrasser on le tue ; cela s’appelle : basourdir un gau (Argot du peuple).

Gau picanti

(Delvau, 1867) : s. m. Le pediculus vestimenti.

Gauche

(d’Hautel, 1808) : Il ne connoît pas sa main gauche d’avec sa main droite. Se dit d’un homme inexpérimenté ; d’un mauvais ouvrier qui veut passer pour habile.

Gauche (à la)

(Rigaud, 1881) : À la queue, — dans le jargon des soldats de cavalerie. Vous arrivez en retard, mettez-vous à la gauche. La gauche est tout ce qui n’est pas bon. — Jusqu’à la gauche signifie, dans le même jargon, jusqu’à ce que vous n’en puissiez plus, jusqu’à la mort. Vous trotterez jusqu’à la gauche, s’il le faut.

Gauche (aller à)

(Rigaud, 1881) : Aller prendre ses repas, — dans le jargon des employés de magasins de nouveautés. — Dans presque tous ces magasins, la salle à manger est à gauche, les lieux d’aisances sont à droite. De là : aller à gauche, être à gauche, aller à droite, être à droite, pour établir la différence des fonctions.

Gaudiffe ou gaudille

(Halbert, 1849) : Épée.

Gaudille

(anon., 1827) : Épée.

(Bras-de-Fer, 1829) : Épée.

Gaudineur

(Larchey, 1865) : Décorateur (Vidocq). — De gaudiner : s’amuser. V. Roquefort. — La gaîté des peintres en bâtiment est proverbiale.

(Rigaud, 1881) : Peintre en décors. — Du vieux mot gaudine, bosquet.

Gaudissard

(Delvau, 1867) : s. m. Commis-voyageur, loustic, — dans l’argot du peuple. Le type appartient à Balzac, qui en a fait un roman ; mais le mot appartient à la langue du XVIe siècle, puisque Montaigne a employé Gaudisserie pour signifier Bouffonnerie, plaisanterie.

Gaudriole

(Delvau, 1867) : s. f. Parole leste dont une femme a le droit de rougir, — dans l’argot des bourgeois, qui aiment à faire rougir les dames par leurs équivoques.

Gaudrioler

(Delvau, 1867) : v. n. Rire et plaisanter aux dépens du goût et souvent de la pudeur.

Gaudrioles

(d’Hautel, 1808) : Colifichets, ornemens superflus ; gaillardises, sornettes, balivernes.

Gaudrioleur

(Delvau, 1867) : s. et adj. Bourgeois farceur, qui a de l’esprit aux dépens de Piron, qu’il a lu sans le citer, et de la morale, qu’il blesse sans l’avertir.

Gaule

(Halbert, 1849) : Cidre.

(Rossignol, 1901) : Voir bogue.

Gaulé

(Larchey, 1865) : Cidre (Vidocq). — Mot à mot, boisson gaulée dans les pommiers.

(Delvau, 1867) : s. m. Cidre, — dans l’argot des voleurs et des paysans.

Gaules de schtard

(Rigaud, 1881) : Barreaux de fer d’une prison.

(La Rue, 1894) : Barreaux des grilles de prison.

(Virmaître, 1894) : Barreau de prison. Gaule : allusion à la rigidité du fer (Argot des voleurs).

Gaulois

(Larchey, 1865) : « Autrefois c’était peut-être un compliment à un écrivain que de dire : Vous êtes Gaulois. L’esprit gaulois, c’est-à-dire la belle humeur triviale, est devenu un anachronisme. » — Aubryet.

(Delvau, 1867) : adj. et s. Homme gaillard en action, et surtout en paroles, — dans l’argot du peuple, qui a conservé « l’esprit gauois » de nos pères, lesquels étaient passablement orduriers.

Gaupe

(d’Hautel, 1808) : Terme d’injure et de mépris, qui se dit d’une femme malpropre et désagréable. ACAD.
Vulgairement on donne ce nom à une coureuse, à une femme de mauvaises mœurs.

(Delvau, 1864) : Fille légère — comme chausson.

(Delvau, 1867) : s. f. Fille d’une conduite lamentable.

(La Rue, 1894) : Basse prostituée.

Gauperie

(Delvau, 1867) : s. f. Actions, conduite, dignes d’une gaupe.

Gausse

(d’Hautel, 1808) : Conter des gausses. Faire des mensonges badins et plaisans ; lâcher des gasconnades.

Gausser (se)

(d’Hautel, 1808) : Pour se moquer, se jouer de quelqu’un.
Il s’emploie aussi sans pronom personnel, et signifie mentir, débiter des choses plaisantes et controuvées.

Gausserie

(d’Hautel, 1808) : Raillerie, moquerie, bouffonnerie.

Gausseur

(d’Hautel, 1808) : Moqueur, railleur, gascon ; conteur de gausses.

Gaussiller

(La Rue, 1894) : Se moquer.

Gautier-Garguille

(d’Hautel, 1808) : Je ne connois ni Gautier ni Garguille. C’est-à-dire personne.

Gaux

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Vermine.

(Halbert, 1849) : Époux.

(Larchey, 1865) : Pou (Vidocq).

(Rigaud, 1881) : Poux, vermine. — Estourbir des gaux, tuer des poux.

Gaux picantis

(Bras-de-Fer, 1829) : Pous.

Gaux-picantis

(anon., 1827) : Des pous.

Gavache

(Rigaud, 1881) : Auvergnat, habitant d’un pays de montagnes.

(Rigaud, 1881) : Poltron.

Et moi plus qu’un enfant, capon, flasque, gavache.

(Petrus Borel, Rhapsodies, 1831.)

Gave

(Fustier, 1889) : Estomac. (Richepin.)

Gavé

(Delvau, 1867) : s. m. Ivrogne, — dans l’argot des voleurs. Ils disent aussi Gaviolé.

Gavé, gaviolé

(Larchey, 1865) : Ivre (Vidocq). — Mot à mot : gorgé jusqu’au gosier. — Du vieux mot gaviot : gosier. V. Roquefort.

Gaver (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Manger, — dans l’argot du peuple, qui prend l’homme pour un pigeon.

Gaviau

(Rossignol, 1901) : Gosier.

Gavion

(d’Hautel, 1808) : Pour, le gosier, la gorge.
Il en a jusqu’au gavion. Se dit d’une personne qui a mangé avec excès, dont l’estomac ne peut plus rien contenir.
On dit vulgairement et par corruption gaviau.

Gaviot

(Delvau, 1867) : s. m. Gorge, gosier. Serrer le gaviot à quelqu’un. L’étrangler, l’étouffer. Autrefois on disait Gavion.

(Rigaud, 1881) : Gosier ; d’où gavé. — Avoir le gaviot à sec, être altéré.

(Virmaître, 1894) : Le gosier. Serrer le gaviot : faire passer le goût du pain. Mot à mot : étrangler un individu (Argot du peuple). V. Qui-Qui.

(Hayard, 1907) : Gosier.

Gavot

(Larchey, 1865) : Compagnon. V. Dévorant.

(Delvau, 1867) : s. m. Rival du Dévorant, — dans l’argot du compagnonnage.

(Rigaud, 1881) : Compagnon indépendant. — Les Gavots et les Dévorants étaient ennemis et se battaient toutes les fois qu’ils se rencontraient.

Ils se nomment compagnons du Devoir de Liberté, afin précisément qu’on ne les confonde pas avec vous autres Dévorants, qui n’êtes partisans d’aucune liberté.

(George Sand, le Compagnon du tour de France.)

Le mot gavot, dans la bouche d’un Dévorant, était une injure à l’adresse du compagnon indépendant.

Gavroche

(Delvau, 1867) : s. m. Voyou, — dans l’argot des gens de lettres, qui ont lu les Misérables de Victor Hugo.

(Rigaud, 1881) : Gamin de Paris. Le voyou sublime, type créé par M. V. Hugo dans les Misérables.

Gay

(Larchey, 1865) : Laid, drôle (Vidocq).

Gaye

(Virmaître, 1894) : Cheval. Quand le cheval est vieux on dit qu’il est une rosse (Argot des maquignons).

(Rossignol, 1901) : Cheval.

(Rossignol, 1901) : Inventer une chose désagréable à un ami pour le faire mettre en colère, c’est lui monter une gaye.

Gayerie

(Larchey, 1865) : Cavalerie (id.).

Gayet, galier

(Larchey, 1865) : Cheval. — Mot ancien ; car on trouve dans Roquefort le diminutif gaillofre ; mauvais cheval, rosse. V. Garçon.

Gaz

(Delvau, 1867) : s. m. Les yeux, que la passion allume si vite, — dans l’argot des faubouriens. Allumer son gaz. Regarder avec attention.

(Delvau, 1867) : s. m. Ventris flatus. On dit aussi Fuite de gaz. Lâcher son gaz. Crepitare. Avoir une fuite de gaz dans l’estomac. Feticium halitum emittere.

(Rigaud, 1881) : Eau-de-vie. Prendre un gaz, prendre un verre d’eau-de-vie. Le gaz allume l’ivrogne.

(Rigaud, 1881) : Yeux. — Allumer son gaz, regarder avec attention. — Fermer le gaz, dormir.

Gaz (lâcher le)

(Larchey, 1865) : Pêter. — Double allusion à la nature et à la mauvaise odeur de l’expulsion.

D’autres dans un coin, mais sans honte, Lâchent le gaz et font des renards.

Chansonnier, 1836.

(Rigaud, 1881) : Faire à voix basse l’éloge du haricot de Soissons.

Gaz dans l’estomac (avoir une fuite de)

(Rigaud, 1881) : Sentir mauvais de la bouche.

Gazer

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Ne pas dire les choses crûment, — dans l’argot des bourgeois.

Gazier

(Rigaud, 1881) : Celui qui a l’habitude de lâcher le gaz ; le panégyriste du haricot.

Gazon

(Larchey, 1865) : Perruque mal peignée, ébouriffée comme une touffe d’herbes.

(Delvau, 1867) : s. m. Perruque plus ou moins habilement préparée, destinée à orner les crânes affligés de calvitie.

(Rigaud, 1881) : Chevelure authentique, — dans le jargon du peuple. — Ne plus avoir de gazon sur la pelouse, être chauve.

(Rigaud, 1881) : Chevelure apocryphe, perruque « jouant la nature », comme s’expriment les prospectus et les traités de littérature de pissotière.

Je mets mon gazon, mes favoris, mon tuyau de poêle en toile cirée et me voilà cocher.

(X. de Montépin, Le Fiacre no 13.)

(La Rue, 1894) : Chevelure. Perruque.

(Rossignol, 1901) : Cheveux, perruque. Celui qui n’a plus de cheveux, n’a plus de gazon sur la fontaine.

Gazon de la femme

(Delvau, 1864) : Les poils de sa motte.

Nature t’a fourni un corsage bien fait,
Mais un con renfrogné, dont l’ouverture ronde
Assise est platement et sans aucun gazon.

Théophile.

Mais nos peintres, tondant leurs toiles
Comme des marbres de Paros,
Fauchent sur les beaux corps sans voiles
Le gazon où s’assied Eros.

Th. Gautier.

Gazouiller

(Halbert, 1849) : Parler.

(Larchey, 1865) : Parler. — Mot de langue romane. V. Roquefort.

Laquelle de tous les deux qu’a le plus de choses dans le gazouillage.

Vadé, 1788.

(Delvau, 1867) : v. n. Parler, — dans l’argot des faubouriens. Signifie aussi Répondre.

(Rigaud, 1881) : Sentir mauvais. Le gaz répand une odeur insupportable ; d’où gazouiller dans le sens de puer.

Oh ! là, là, ça gazouille, dit Clémence, en se bouchant le nez.

(E. Zola.)

(La Rue, 1894) : Puer.

Geai

(d’Hautel, 1808) : On dit trivialement d’une personne qui va souvent à la selle, qu’elle est comme un geai, qu’elle a toujours le derrière ouvert, par allusion à cet oiseau qui digère les alimens aussitôt qu’il les a pris.

Géant

(d’Hautel, 1808) : Aller à pas de géant. Se dit figurément, pour aller grand train ; faire de grands progrès dans une affaire.

Geffrard

(Rigaud, 1881) : Double cinq d’un jeu de dominos ; par allusion à la couleur du président Geffrard.

Geigneur

(Delvau, 1867) : s. et adj. Homme qui aime à se plaindre sans avoir de sérieux motifs de plainte, — dans l’argot du peuple, ennemi de ces hommes-femmes-là.

(Rigaud, 1881) : Pleurnicheur sempiternel qui passe sa vie à geindre.

Geindre

(d’Hautel, 1808) : Plaindre ; gémir continuellement sans sujet, et souvent les mains pleines.

(Delvau, 1867) : v. n. Se plaindre.

Gelée

(d’Hautel, 1808) : Un beau plat de gelée. Expression métaphorique, pour dire une belle gelée, un froid vif et serré.

Geler

(d’Hautel, 1808) : Il gèle à pierre fendre. Pour dire il gèle fortement.
Il n’a pas le bec gelé. Se dit d’un homme qui parle continuellement ; d’un grand babillard.

Gendarme

(d’Hautel, 1808) : On dit d’une femme hommasse, hardie et effrontée, que c’est un vrai gendarme.

(Delvau, 1864) : Concubine ou femme légitime qui, toujours pendue au bras de son homme, ou sur ses talons, le suit partout — et quand même.

(Delvau, 1867) : s. m. Hareng saur, — dans l’argot des charcutiers.

(Delvau, 1867) : s. m. Femme délurée et de grande taille, — dans l’argot du peuple.

(Delvau, 1867) : s. m. Fer à repasser, — dans l’argot des ménagères, qui ont constaté que la plupart de ces utiles instruments sortaient de la maison de la veuve Gendarme. Branleuse de gendarme. Repasseuse.

(Rigaud, 1881) : Hareng-saur.

(Rigaud, 1881) : Cigare d’un sou à bout coupé.

(Rigaud, 1881) : Breuvage composé de vin blanc, de sirop de gomme et d’eau ; très apprécié des ivrognes les lendemains des jours de fêtes bachiques. Dans leur reconnaissance, ils ont nommé le même mélange : un « protecteur ».

(Rigaud, 1881) : Gaillarde qui vaut un et quelquefois deux hommes. L’ouvrier parisien appelle volontiers sa femme « mon gendarme, le gendarme », quand elle est criarde, ou quand elle est maîtresse au logis, ou quand elle vient en gesticulant l’arracher aux douceurs du cabaret.

(La Rue, 1894) : Hareng saur. Cigare de cinq centimes. Logeur. Moisissure. Fer à repasser.

(Virmaître, 1894) : Fer à repasser. Gendarme est le nom du fabricant le plus renommé (Argot des blanchisseuses).

Gendarme déguisé en bourgeois

(Rigaud, 1881) : Canne à épée.

Ah ! fit-il, en repoussant vivement le poignard, ton gendarme déguisé en bourgeois.

(V. Hugo.)

Gendarmer

(d’Hautel, 1808) : Se gendarmer. Faire de la résistance, se débattre sur une affaire, s’escrimer, se mettre en colère.

Gendarmer (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. S’offenser. Signifie aussi : Regimber, résister.

Gendarmes

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Moisissures que le contact de l’air développe à la surface du vin, — dont cela arrête ainsi le travail de bonification.

(Rigaud, 1881) : Moisissures qui attaquent le vin, lorsqu’une barrique tire à sa fin.

Gendelettre

(Delvau, 1867) : s. m. Homme de lettres, — dans l’argot des bourgeois, qui font de ce mot ce que le peuple a fait du mot précédent, primitivement écrit gens d’armes.

Géné

(Fustier, 1889) : Général. Argot de l’École polytechnique.

L’habitude est à l’école d’abréger tous les mots. On ne dit pas le colonel, mais le colo, le général, mais le gêné…

(Gil Blas, juin 1882.)

Gène

(Delvau, 1867) : s. f. Pauvreté, — dans l’argot du peuple, dont c’est le vice principal.

Gêne

(d’Hautel, 1808) : Où il y a de la gêne il n’y a pas de plaisir. Proverbe populaire qui se dit en plaisantant, pour excuser les trop grandes libertés, les écarts que l’on se permet.

Gêné

(Virmaître, 1894) : Malheureux momentanément, embarrassé dans ses affaires. Gêné dans ses entournures : être habillé trop étroitement. Gêné par quelqu’un : n’avoir pas ses coudées franches, être tenu en laisse. Gêné : être mal à l’aise dans un milieu auquel on n’est pas habitué. Dans le peuple, gêné a une signification toute différente. Quand une femme a un amant, elle lui dit au moment psychologique :
— Fais comme mon mari, gêne-toi (Argot du peuple). N.

Gêné dans ses entournures

(Delvau, 1867) : Ennuyé, agacé par quelqu’un ou par quelque chose, — dans l’argot des faubouriens, qui aiment les vêtements larges et les «bons enfants ».

Général Macadam

(Delvau, 1867) : s. m. Le public, qui est le Salomon de toutes les filles. On disait le général Pavé, avant l’introduction en France du système d’empierrement des rues dû à l’ingénieur anglais Mac Adam.

Général pavé

(Virmaître, 1894) : Les filles publiques qui arpentent les rues du malin au soir à la recherche de clients sont entretenues par ce général, qui est souvent bien dur pour elles. L’allusion est claire (Argot du peuple). N.

Gêneur

(Delvau, 1867) : s. et adj. Type essentiellement parisien, — comme la punaise. C’est plus que l’importun, plus que l’indiscret, plus que l’ennuyeux, plus que le raseur : c’est — le gêneur.

(Rigaud, 1881) : Importun personnage qui fait de la morale à des gens qui ne demandent qu’à s’amuser. Le peuple les envoie à Chaillot rejoindre tous ceux qui l’ennuient. À Chaillot les gêneurs !

Génie (un)

(Merlin, 1888) : Un soldat du génie.

Génisse

(Delvau, 1867) : s. f. Femme trop libre.

Géniteur

(Delvau, 1864) : Homme qui ne peut baiser une femme sans lui faire un enfant, — genitor.

(Rigaud, 1881) : Père.

Trois ans se sont écoulés depuis que mon géniteur a cessé d’exister et de gouverner la France.

(Armand Charlemagne, Les trois B, 1809.)

Génitoires

(Delvau, 1864) : Les couilles, qui contiennent la liqueur de la génération.

Mes doigts, légèrement promenés sur les fesses, les cuisses et les génitoires de l’Adonis, paraissaient lui faire grand plaisir. — Oh ! oui, comme cela, chatouille, mon petit ange, chatouille-les bien !…

A. de Nerciat.

Et le montrait, voyant tout chacun ses génitoires.

(Les Cent Nouvelles nouvelles.)

Un roi dans les grecques histoires,
Sachant des siens la trahison,
Voulut, pour en tirer raison,
Qu’on leur coupât les génitoires.

(Cabinet satyrique.)

Genou

(d’Hautel, 1808) : Il coupe comme les genoux de ma grand’mère. Se dit d’un mauvais couteau qui n’est point affilé, qui n’est point habile à la coupe.
Rompre l’anguille au genou. Se servir de moyens peu convenables pour réussir dans une affaire.

(Larchey, 1865) : Tête chauve.

Il ébauchait une calvitie dont il disait lui-même sans tristesse : Crâne à trente ans, genou à quarante.

Victor Hugo.

(Delvau, 1867) : s. m. Crâne affligé de calvitie. Avoir son genou dans le cou. Être chauve.

(Rigaud, 1881) : Crâne dénudé. — Homme chauve. — On voit beaucoup de genoux à l’orchestre de la Comédie-Française.

Genre

(d’Hautel, 1808) : Avoir le genre ; prendre le genre ; être dans le bon genre. Ces locutions signifient, en termes de petit maître, avoir la tournure à la mode, les airs musqués ; faire l’important.
Pour parvenir à ce que l’on nomme le bon genre, ou le suprême bon ton, il faut d’abord maniérer son langage et grasseyer en parlant ; prendre un air hautain, délibéré et suffisant ; occuper continuellement la conversation de sa personne, de ses qualités, de son savoir, de ses goûts, de ses fantaisies ; parler tantôt de son coiffeur, de son tailleur, de son bottier ; puis de ses maîtresses, de chevaux ; des spectacles, de Brunet, de Forioso, et de mille autres objets de cette importance : un homme du bon genre doit en outre avoir en main une badine, avec laquelle, lorsqu’il ne la porte pas à sa bouche, il frappe à tort et à travers sur tous les meubles qui sont autour de lui ; et s’il n’est vautré sur un sopha, en présence de toutes les femmes, debout devant une glace, sur laquelle ses yeux sont constamment fixés, il s’enthousiasme des charmes de sa personne ; et, tout en fredonnant quelqu’air fade et langoureux, il s’occupe négligemment à réparer les désordres d’une Titus ébourriffée ; enfin tout ce qui est ridicule, outré, insipide et féminin, doit se trouver réuni dans ce qu’on appelle un homme du bon genre.
On ne sait de quel genre il est, s’il est mâle ou femelle. Se dit d’un homme sournois, et qui mène une vie très-retirée.

(Larchey, 1865) : Ostentation.

Un éteignoir d’argent, pus que ça de genre !

La Bédollière.

Monsieur fait du genre : Monsieur fait ses embarras.

(Delvau, 1867) : s. m. Manières ; embarras ; pose, — dans l’argot du peuple. Que ça de genre ! est son exclamation favorite à propos de choses ou de gens qui « l’épatent ».

Genre (se donner un)

(Rigaud, 1881) : Vouloir paraître ce qu’on n’est pas. — Se donner un genre artiste, militaire. — Se donner du genre, singer les grandes manières.

Ne pas dîner pour s’acheter des gants.

Genre humain

(d’Hautel, 1808) : Les hommes pris ensemble.
C’est l’horreur du genre humain. Se dit de quelqu’un qui inspire de l’aversion, pour lequel on a le plus grand mépris ; ou de quelque chose que l’on veut décréditer.

Genreux

(Rigaud, 1881) : Élégant, celui qui fait du genre, — dans le jargon du peuple.

Une histoire scandaleuse, dont potine à cette heure tout le Paris genreux.

(Petite Lune, 1879.)

Gens

(d’Hautel, 1808) : Ce n’est pas pour de si bonnes gens, c’est pour mon père et ma mère. Se dit en badinant, lorsque l’on fait à la grosse quelque chose pour soi, et à dessein de faire entendre que l’on ne craint pas d’en avoir des réprimandes.
Nous sommes gens de revue. Se dit pour marquer la confiance que l’on a dans une personne avec laquelle on a contracté quelqu’obligation ; se dit aussi d’une affaire que l’on remet à un autre moment.
Il y a gens et gens. Pour dire que tous les hommes ne se ressemblent pas, qu’ils ont des mœurs différentes.
Vous moquez-vous des gens ? C’est se moquer des gens. Espèce d’apostrophe que l’on fait à quelqu’un qui fait des propositions déraisonnables.

(d’Hautel, 1808) : C’est la crême des honnêtes gens. V. Crême.
Gens de sac et de corde. Pour dire filous, voleurs qui méritent la corde.
À gens de village trompette de bois. Voyez Bois.
De fines gens. Des personnes adroites, rusées, dont il faut se méfier.
Nous prenez-vous pour des gens au — delà de l’eau. C’est-à-dire, pour des gens qui ne savent rien, auxquels on peut aisément en conter.

Gens de lettres (société des)

(Rigaud, 1881) : Chantage par lettre. — Faire partie de la Société des gens de lettres, adresser une lettre à quelqu’un en le menaçant de mort, s’il ne dépose pas une certaine somme à un endroit désigné. En pareil cas, la marche à suivre est de porter immédiatement l’épître au commissaire de police.

Gentilhomme

(d’Hautel, 1808) : C’est un gentilhomme de Beauce, qui reste au lit quand on refait ses chausses. Se dit ironiquement d’un homme pauvre qui fait le gros seigneur.

Gentilhommerie

(d’Hautel, 1808) : Terme de mépris. Se dit en parlant de quelqu’un de petite noblesse, ou nouvellement anobli.

Gentilhommière

(d’Hautel, 1808) : Petite maison qui sert d’apanage à un noble pauvre.

Gentille (être bien)

(Delvau, 1864) : Bien arranger un homme, le faire jouir à gogo.

Joli garçon, viens avec moi, tu ne t’en repentiras pas… je serai bien gentille…

Lemercier de Neuville.

Gentille au dodo (être bien)

(Delvau, 1864) : Promesse que vous fait une fille en vous raccrochant ; cela consiste à vous faire jouir comme jamais vous n’avez joui avec aucune femme, soit en vous suçant, soit en vous branlant, soit en se laissant enculer par vous, soit en vous faisant postillon pendant que vous la foutez, — et tout cela pour arriver à vous faire tirer un pauvre petit coup de deux liards qui ne vous remue pas autant que le premier baiser de votre première bonne amie.

Gentillesse

(d’Hautel, 1808) : C’est une de ses gentillesses. Se dit en mauvaise part, pour c’est une de ses fredaines, un de ses tours.

Gentleman

(Delvau, 1867) : s. m. Homme d’une correction de langage et de manières à nulle autre pareille, — dans l’argot des gandins. On dit aussi Parfait Gentleman, mais c’est un pléonasme, puisqu’un Gentleman qui ne serait pas parfait ne serait pas gentleman.

Georget

(Halbert, 1849) : Gilet.

Gerbable

(Rigaud, 1881) : Menacé d’une condamnation. — Gerbé, condamné.

Gerbe

(Clémens, 1840) : Condamné.

(Virmaître, 1894) : Prison. Gerbé : condamné. Gerbe à vioc : être condamné aux travaux forcés à perpétuité. Gerbe à la passe : condamné à mort (Argot des voleurs).

(Hayard, 1907) : Prison.

Gerbé

(Rossignol, 1901) : Condamné.

Gerbé (être)

(M.D., 1844) : Être condamné.

(M.D., 1844) : Être condamné.

(Hayard, 1907) : Condamné.

Gerbement

(Delvau, 1867) : s. m. Jugement, condamnation, — dans l’argot des voleurs.

(Rossignol, 1901) : Condamnation.

Gerbement, Gerbe

(Rigaud, 1881) : Jugement. — Gerber, juger ; condamner. — Gerber à la passe, gerber à la faux, condamner à mort. La passe, pour le passage de la vie à la mort. — Gerbier, juge, juré. — Gerberie, tribunal. — Planque du gerbe, cour d’assises.

Gerber

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Emprisonner.

(un détenu, 1846) : Condamner, être gerbé, être condamné.

(Halbert, 1849) : Condamner.

(Larchey, 1865) : Juger (Vidocq). — Mot à mot : réunir tous les actes de la vie passée, en faire une gerbe, un faisceau pour l’accusation. — Gerbement : Jugement. V. Manger. — Gerberie : Tribunal. — Gerbier : Juge.

(Delvau, 1867) : v. a. Condamner. Gerber à vioc. Condamner aux travaux forcés à perpétuité. Gerber à la passe ou à conir. Condamner à mort.

(La Rue, 1894) : Juger, condamner.

Gerber à la grotte

(La Rue, 1894) : Condamner au bagne ; à la vioque, à perpétuité.

Gerber à la passe

(Bras-de-Fer, 1829) : Guillotiner.

(Larchey, 1865) : Condamner à mort. — On dit souvent en parlant de la mort : Il faut la passer.

On va le buter. Il est depuis deux mois gerbé à la passe.

Balzac.

Gerberie

(Delvau, 1867) : s. f. Tribunal, Cour d’assises.

Gerbier

(Clémens, 1840) : Juge.

(un détenu, 1846) : Juge. Meg des gerbiers ; le président d’un tribunal.

(Delvau, 1867) : s. m. Avocat d’office, — dans l’argot des voleurs, qui, certainement à leur insu, donnent à leur défenseur, médiocre porte-toge, le nom du très célèbre avocat au parlement de Paris. Signifie aussi Juge.

(La Rue, 1894) : Juge. Juré. Avocat d’office.

(Virmaître, 1894) : Président de la Cour d’assises (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Juge. Celui qui gerbe.

Gerbierres

(Rigaud, 1881) : Fausses clés.

(La Rue, 1894) : Fausses clés.

Gerce

(Delvau, 1867) : s. f. Maîtresse, — dans l’argot des voyous pour qui, sans doute, c’est la vermine.

(Rigaud, 1881) : Maîtresse, — dans le jargon des voleurs. C’est garce, avec changement d’une lettre.

(Virmaître, 1894) : Femme (Argot du peuple).

(Hayard, 1907) : Femme.

Germinyser

(Virmaître, 1894) : Membre d’un cercle catholique qui cherche à pénétrer dans un centre ouvrier. La condamnation qui frappa un personnage célèbre reconnu coupable d’un délit, qui n’était assurément qu’un acte de folie erotique a donné naissance à cette expression devenue populaire (Argot du peuple).

Gernafle

(Halbert, 1849) : Ferme.

Gérontocratie

(Larchey, 1865) : Puissance de la routine et des anciennes idées, représentées au théâtre par le type de Géronte.

La gérontocratie sous laquelle tout se flétrit en France.

Balzac.

(Delvau, 1867) : s. f. Puissance des préjugés, de la routine et des idées caduques, « sous laquelle tout se flétrit en France ». — où les Gérontes sont encore plus nombreux que les Scapins. L’expression est d’Honoré de Balzac.

(Rigaud, 1881) : Rabâchage, routine, idées surannées. M. Éd. About s’est souvent servi de ce mot.

Gerse

(La Rue, 1894) : Prostituée.

(Rossignol, 1901) : Femme.

Gésier

(d’Hautel, 1808) : Le second ventricule de certains oiseaux qui se nourrissent de grains. Ce mot est absolument défiguré parmi le peuple qui prononce gigier.

(Delvau, 1867) : s. m. Gorge, gosier, — dans l’argot du peuple. Avoir mal au gésier. Avoir une laryngite ou une bronchite.

(Rigaud, 1881) : Gosier. — Se laver le gésier, boire un coup.

Gesseur

(Delvau, 1867) : s. m. Homme qui fait des embarras, — dans l’argot des faubouriens. Signifie aussi Grimacier, excentrique. Je n’ai pas besoin de dire que l’étymologie de ce mot est geste, et que c’est par euphonie qu’on le prononce ainsi que je l’écris.

Gesseuse

(Delvau, 1867) : s. m. Femme minaudière, qui fait sa sucrée — et même « sa Sophie ».

Get, Geti

(Rigaud, 1881) : Jonc, — dans l’ancien argot.

Gi

(Halbert, 1849) : Oui.

(Hayard, 1907) : Oui.

Gibasse

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Gorge qui a peut-être promis, mais qui ne tient pas.

Gibelotte de gouttière

(Delvau, 1867) : s. f. Chat de toits, — dans l’argot du peuple.

(Virmaître, 1894) : Il existe des industriels qui, la nuit, vont chasser les chats ! Ils les fourrent dans un sac de toile, les dépouillent, puis les vendent aux restaurateurs de bas-étage qui les transforment en lapin sauté ou en lapin chasseur. Ils les préparent plus parliculièrement en gibelotte parce que le vin et les épices atténuent un peu l’odeur sauvage du chat-lapin. Dans les portions servies au public, jamais il n’y a de tête ; elle ferait reconnaître facilement la nature du lapin (Argot du peuple).

Giberne

(Delvau, 1864) : Le fessier, d’une femme, qui est, si on le veut, une boîte à cartouches. Allusion à la place ordinaire de la giberne.

Elle a une crâne giberne, ton adorée, faut lui rendre justice. Tout est-il à elle, dis ?

Charles Monselet.

(Delvau, 1867) : s. f. La partie du corps dont les femmes augmentent encore le volume à grand renfort de jupons et de crinolines. Ce mot, — de l’argot des faubouriens, s’explique par la position que les soldats donnaient autrefois à leur cartouchière.

Giberne (avoir, une belle)

(Merlin, 1888) : Avoir les rotondités postérieures proéminentes.

Giberne (enfant de)

(Larchey, 1865) : Enfant de troupe.

Giberne (tailler une)

(La Rue, 1894) : Raconter une histoire ennuyeuse, donner une corvée désagréable.

Giberneur

(Fustier, 1889) : « On appelle vulgairement giberneurs des industriels qui se livrent au commerce des herbes, telles que fougères, pervenches, feuilles de vigne, etc., servant à l’étalage des fruits et à l’ornementation des vitrines des restaurateurs et marchands de comestibles. »

(Journal des Débats, déc. 1882.)

Ils ont aussi reçu le nom d’hommes sauvages, car beaucoup d’entre eux n’ont d’autres moyens de se procurer de la marchandise que les déprédations qu’ils commettent dans les propriétés de la banlieue.

Gibier

(d’Hautel, 1808) : Pour dire femme ou fille de joie ; celui ou celle que l’on peut duper facilement.

Gibier d’amour

(Delvau, 1864) : Jolie fille que l’on chasse — pour mieux la tenir et la posséder.

Vrai gibier d’amour, Colette,
Par moi fut prise au collet.

Vaubertrand.

Gibier de Cayenne

(Delvau, 1867) : s. m. Voleur, ou meurtrier, — dans l’argot du peuple.

Gibier de potence

(Virmaître, 1894) : Filou, voleur, souteneur ; tous ceux qui, en un mot, se mettent en dehors des lois et sont justiciables de la planche à pain ou du carré des petites gerbes (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Tout individu qui se met hors la loi.

Gibier de saint-lazare

(Delvau, 1864) : Fille publique, qui mérite toujours, peu ou prou, d’aller passer quelques jours ou quelques mois dans cette prison.

Giblet

(d’Hautel, 1808) : Il a un coup de giblet. Se dit d’un homme qui a la tête un peu éventée, qui est atteint de folie.

Giboyer

(Delvau, 1867) : s. m. Journaliste d’estaminet, homme de lettres à tout faire, — dans l’argot des gens de lettres, qui consacrent ainsi le souvenir de la comédie d’Émile Augier. Encore un nom d’homme devenu un type.

Gibus

(Rigaud, 1881) : Chapeau, chapeau à claque, du nom du fabricant.

Gicler, Gigler, Giscler, Jicler

(Rigaud, 1881) : Jaillir, rejaillir, couler en jet. — Le sang giscle d’une blessure. — Les gens qui chiquent gisclent en crachant. — Manière de cracher particulière aux gens qui mâchent du tabac.

Puis, v’lan, par je ne sais quels cribles, Par mille pertuis invisibles, Une eau nous jicle sur les pieds.

(A. Pommier, Paris.)

Gicler, giscier

(La Rue, 1894) : Jaillir, couler en jet. Cracher en jet.

Giffe ou Giffle

(Delvau, 1867) : s. f. Soufflet, — dans l’argot du peuple, qui se rappelle sans doute que ce mot signifiait autrefois joue.

Giffle

(d’Hautel, 1808) : Pour mornifle, tape, taloche.
Donner une giffle à quelqu’un. Lui appliquer un soufflet, le battre avec la main.

Giffler

(d’Hautel, 1808) : Souffleter, confirmer quelqu’un, lui donner une mornifle.

(Delvau, 1867) : v. a. Souffleter quelqu’un.

Gigolette

(Delvau, 1864) : Drôlesse de quinze à seize ans qui débute dans la vie en même temps que dans le vice et qui est du bois — pourri — dont on fait les putains.

La gigolette est une adolescente, une muliérocule… qui tient le milieu entre la grisette et la gandine, — moitié ouvrière et moitié-fille.

A. Delvau.

(Delvau, 1867) : s. f. Jeune fille qui a jeté sa pudeur et son bonnet pardessus les moulins, et qui fait consister son bonheur à aller jouer des gigues dans les bals publics, — surtout les bals de barrière.
Je crois avoir été un des premiers, sinon le premier, à employer ce mot, fort en usage dans le peuple depuis une quinzaine d’années. J’en ai dit ailleurs (Les Cythères parisiennes) ; « La gigolette est une adolescente, une muliéricule. Elle tient le milieu entre la grisette et la gandine, — moitié ouvrière et moitié fille. Ignorante comme une carpe, elle n’est pas fâchée de pouvoir babiller tout à son aise avec. le gigolo, tout aussi ignorant qu’elle, sans redouter ses sourires et ses leçons. »

(Rigaud, 1881) : Apprentie ouvrière doublée d’une danseuse de bals publics. Comme son mâle, le gigolo, type éteint, la gigolette est venue à l’époque du succès des Mystères de Paris. C’est Rigolette encanaillée, bastringueuse, avec changement de la première lettre.

(Virmaître, 1894) : Fille des faubourgs qui, à l’âge ou les autres vont encore à l’école, a déjà jeté son bonnet par dessus la Tour Eiffel. La gigolette travaille pour l’amour de l’art. Comme elle fréquente les bals publics où elle gigotte avec frénésie, l’expression gigolette est indiquée (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Femme légère, au point de vue mœurs.

Gigolette et Gigolo

(La Rue, 1894) : Petite ouvrière doublée d’une danseuse des bals publics et son amant de cœur. Récemment le nom de gigolette a été donné abusivement à toute une classe de prostituées.

Gigolo

(Delvau, 1864) : Le mâle de la gigolette — comme le pierrot est celui de Pierrette, comme le maquereau celui de la maquerelle.

Le gigolo est un adolescent, un petit homme… qui tient le milieu entre Chérubin et Don Juan, — moitié nigaud et moitié greluchon.

A. Delvau.

(Delvau, 1867) : s. m. Mâle de la gigolette. C’est un adolescent, un petit homme. Il tient le milieu entre Chérubin et don Juan, — moitié nigaud et moitié greluchon. Type tout à fait moderne, que je laisse à d’autres observateurs le soin d’observer plus en détail.

(Rigaud, 1881) : Petit commis de magasin doublé d’un petit amant de cœur dont le métier, le soir, était de faire danser la gigolette.

Si tu veux être ma gigolette, moi je serai ton gigolo.

(Chanson jadis populaire.)

(Virmaître, 1894) : L’amoureux de la gigolette. Un vieux refrain très populaire, dit :

Si tu veux être ma gigolette
Moi, je serai ton gigolo.

Gigolo s’applique aussi à un individu peu aimable.
— Qu’est-ce qui nous a foutu un gigolo aussi bassinant que toi (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Homme, amant.

J’ai rencontré Julie au bras de son gigolo.

Gigolo, lotte

(Hayard, 1907) : Amant, maîtresse.

Gigon

(Rigaud, 1881) : À l’École Polytechnique toute espèce de supplément a reçu le nom de gigon, en souvenir d’un certain Gigon, le premier admis dans une liste supplémentaire. Ainsi on dit indistinctement : un gigon de frites et un gigon d’argent. (Gaulois du 23 mars 1881.)

Gigot

(d’Hautel, 1808) : Pour jambes.
Étendre ses gigots. Pour étendre ses jambes, les allonger d’une manière peu décente.

(Rigaud, 1881) : Jambe humaine.

Elle n’allait plus que d’un gigot.

(Scarron, Gigantomanie.)

(La Rue, 1894) : Oui ! Compris ! Bravo ! Signifie aussi cuisse et main large.

(Rossignol, 1901) : Oui. Gigots, les cuisses.

Gigot sans manche

(Delvau, 1864) : Les cuisses et les fesses d’une femme, qui n’ont de manche que le vit que l’on peut y mettre.

De Montrouge un noir habitant
Repoussant la jeune Glycère
Qui veut le conduire à Cythère,
Lui dit : — À Sodome on m’attend.
Vous avez la peau fine et blanche ;
Mais un certain défaut vous nuit :
Apprenez qu’un gigot sans manche
A notre four n’a jamais cuit.

Blondel.

Gigoter

(Delvau, 1867) : v. n. Remuer les gigues ; danser.

Gigots

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Cuisses de l’homme, — dans l’argot des faubouriens, toujours contempteurs de l’humanité.

(Rigaud, 1881) : Cuisses. — Mains larges, épaisses et rouges. On dit également pour désigner ce genre de mains : « Des épaules de mouton ».

(Virmaître, 1894) : Les cuisses.
— Mon cher elle a des gigots épastrouillants, c’est de la bidoche première catégorie (Argot du peuple). V. Boudinots.

Gigots (les)

(Hayard, 1907) : Les cuisses.

Gigotter

(Delvau, 1864) : Remuer, saccader, osciller et jouer des reins ; danser la gigue sur les reins, ayant un homme entre les cuisses. — Dans un autre cas, on dit gigotter, pour manger du gigot. D’où cette facétie :

J’aime le lapin ; ma femme préfère le gigot. Or, quand nous dînons dehors, chacun son goût : je prends mon plat de chat, mon lapin et elle son gigot. — Quand je lapine ; ma femme gigotte.

Gigue

(d’Hautel, 1808) : Une grande gigue. Pour une fille grande, maigre, d’un mauvais maintien, et qui ne fait que sautiller.

(d’Hautel, 1808) : Signifie aussi jambe.

(Larchey, 1865) : Jambe. — Gigot est resté. — Au moyen âge, gigue signifiait cuisse.

Je me jette sur tous les deux en empoignant le Maître d’École par une gigue.

E. Suc.

De là gigoter : remuer les jambes.

Ils gigotaient sous l’archet de Musard.

Chauvelot aîné.

(Delvau, 1867) : s. f. Femme maigre et d’une taille élevée. On dit aussi Grande gigue.

(Rigaud, 1881) : Jambe. — Femme grande et maigre, femme toute en jambes. Grande gigue.

(La Rue, 1894) : Jambe. Femme maigre.

Giguer

(Delvau, 1867) : v. n. Danser.

Gigues

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Jambes, — dans l’argot du peuple, qui s’en sert pour danser la gigue ou la faire danser aux gens qui l’ennuient. On disait autrefois gigoteaux.

(Rossignol, 1901) : Les jambes.

Gilbocque

(Halbert, 1849) : Billard.

Gilboque

(Larchey, 1865) : Billard (Bailly). — Onomatopée.

(Rigaud, 1881) : Billard, — dans l’ancien argot.

(La Rue, 1894) : Billard.

Gilet

(Delvau, 1867) : s. m. Estomac ; poitrine. S’emplir le gilet. Boire ou manger. Avoir le gilet doublé de flanelle. Avoir mangé une soupe plantureuse. Gilet à la mode. Belle gorge de femme, où le lard abonde.

(Virmaître, 1894) : La poitrine. On dit d’une femme qui en possède une copieuse :
— La nature à rien été généreuse, pige donc le bath devant de gilet.
On dit également :
— Elle a un rude plastron.
Cela a donné naissance à un jeu de mots que les farceurs ne manquent jamais de faire. À l’époque des élections, ils arrêtent une fille dans la rue et lui demandent :
— Mademoiselle, pour qui vos tétons ?
Une autre plaisanterie est encore commune :
— Mademoiselle qu’avez-vous donc dans votre corset ?
— Du foin pour amuser les ânes ? (Argot du peuple). N.

Gilet (le)

(Hayard, 1907) : La poitrine chez la femme.

Gilet en cœur

(Rigaud, 1881) : Élégant. Le surnom a été donné aux élégants qui portaient, vers 1865-66, des gilets très échancrés dits « gilets en cœur », boutonnés à deux boutons et qui montraient la chemise en grand étalage sur la poitrine. Le mot a passé, mais non la mode. Aujourd’hui les gilets en cœur bâillent sur la poitrine des gommeux.

Gileton

(Hayard, 1907) : Gilet.

Gille

(d’Hautel, 1808) : Un grand Gille. Sobriquet que l’on donne à un niais, à un homme d’un esprit simple et borné.

Gilles

(Delvau, 1867) : s. m. Nom d’homme devenu celui de tous les hommes dont l’esprit et le cœur ne se sont pas développés autant que les jambes. Paire Gilles. S’en aller, — s’enfuir.

Gilmont

(Delvau, 1867) : s. m. Gilet, — dans l’argot des voleurs. On dit aussi Georget.

(Rigaud, 1881) : Gilet, — dans l’ancien argot.

(La Rue, 1894) : Gibet.

Gilquin

(Delvau, 1867) : s. m. Coup de poing, — dans l’argot des artistes et des canotiers. On dit aussi Coup de Gilquin.

(Rigaud, 1881) : Coup de poing.

(La Rue, 1894) : Coup de poing.

Gimblette (faire la)

(Delvau, 1864) : Se donner mutuellement des douceurs, entre pensionnaires : — se masturber. — Dans le tableau de Frago, c’est une jeune fille qui se fait lécher le con par un chien qu’elle attire avec une gimblette (petite patisserie appelée ainsi).

Gin

(Delvau, 1867) : s. m. Genièvre, — dans l’argot des faubouriens, qui s’anglomanisent par moquerie comme les gandins par genre.

Ginginer

(Larchey, 1865) : Faire une œillade.

Elle gingine à mon endroit…

Gavarni.

(Rigaud, 1881) : Cligner des yeux. — Regarder quelqu’un amoureusement.

Ginglard

(Larchey, 1865) : Piquette. — Diminutif du vieux mot ginguet : petit vin fort aigre. V. Roquefort.

Nous avons arrosé le tout avec un petit ginglard à six qui nous a fait éternuer… oh ! mais, c’était ça.

Voizo, Chanson.

Ginglard, guinglet ou reginglard

(Virmaître, 1894) : Petit vin aigre, il faut se cramponner à la table pour le boire. Une vieille chanson dit :

C’est un nectar, un vrai chasselas
Ça vous coupe la gueule à quinze pas.

Ce petit vin tire son nom d’un clos très ancien qui était situe sur les hauteurs du Mesnil-Montant : il appartenait au XVIe siècle à un nommé Guinguet (Argot du peuple). N.

Ginglet, Ginglard, Ginguet

(Rigaud, 1881) : Par altération de guinguet qu’on appelait vulgairement au XVIIe siècle

chasse-cousin

.

En avalant du vin délicieux, tandis que vous ne buvez que du gin-guet.

(P. d’Ablancourt, Dialogues de Lucien, 1637.)

Guinguette est un dérivé de guinguet — Les vins de Suresnes et d’Argenteuil sont les types du ginglard. Au XVIe siècle, on disait ginguet, pour désigner un vin vert ; le dictionnaire de l’Académie donne à ginguet la signification de petit vin faible.

Ginguet

(d’Hautel, 1808) : Pour dire estropié, raccourci, trop court.
Un habit ginguet. Signifie un habit dans lequel il n’y a pas assez d’étoffe.
On dit aussi du vin ginguet, pour de la ripopée ; du vin qui n’est pas potable.

Girafe

(Delvau, 1867) : s. f. Escalier en spirale, — dans l’argot des écoles de natation.

Giries

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Fausse modestie, refus des lèvres et non du cœur, — dans l’argot du peuple, qui a horreur de l’hypocrisie. Faire des giries. Faire semblant de pleurer quand on n’en a pas envie ; refuser ce qu’on meurt d’envie d’accepter. Faiseuse de giries. Fausse Agnès, fausse prude, — et vraie femme.

(Rigaud, 1881) : Manières, embarras. — Faire des giries.

(La Rue, 1894) : Manières, fausse modestie.

Girofflée

(d’Hautel, 1808) : Donner à quelqu’un une girofflée à cinq feuilles. Pour lui donner un soufflet.

Girofle

(Larchey, 1865) : Jolie, aimable, bonne.

Montron drogue à sa largue : Bonnis-moi donc, girofle.

Vidocq.

V. Coquer. — Giroflerie : Amabilité. — De girolle : très-bien.

(Rigaud, 1881) : Beau, belle, joli, aimable. — Largue girofle, belle femme, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Beau, belle, aimable.

Girofle (clous de)

(Rigaud, 1881) : Chicots ; dents noires et cassées.

Eh bien ! qu’as-tu donc à me regarder si j’ai dans la bouche des clous de girofle au lieu de dents ?

(Balzac, Splendeurs et Misères des courtisanes.)

Giroflée

(Rossignol, 1901) : Gifle.

Si tu continues a m’embêter, je vais t’envoyer une giroflée à 5 branches.

Giroflée à cinq feuilles

(Delvau, 1867) : s. f. Soufflet, — dans l’argot des faubouriens, qui savent très bien le nombre des feuilles du cheiranthus, et encore mieux celui des doigts de leur main droite. On dit aussi giroflée à plusieurs feuilles, — autre ravenelle qui pousse sur les visages.

(Rigaud, 1881) : Soufflet.

Oui, qu’on le peut, à preuve que v’là une giroflée à cinq feuilles que j’applique sur ta joue gauche !

(Jacques Arago, Comme on dîne à Paris.)

J’ai appliqué une giroflée à cinq feuilles sur le bec du singe,

sur la figure du patron. (Le Sublime.)

Vers la fin du XVIIIe siècle, l’expression n’était pas moins usitée que de nos jours, parmi le peuple.

(Virmaître, 1894) : Gifle. Allusion aux cinq doigts (Argot du peuple). V. Salsifits.

Giroflerie

(Rigaud, 1881) : Amabilité, galanterie, — dans l’ancien argot.

(La Rue, 1894) : Amabilité, galanterie.

Girofléter

(Delvau, 1867) : v. a. Souffleter. — Verbe créé par Balzac.

Girofletter

(Larchey, 1865) : Souffleter. — De giroflée à plusieurs feuilles : soufflet.

Ah ! l’a-t-elle giroflettée !

Balzac.

Je vous lui donnai une giroflée a cinq feuilles sur le musiau.

Rétif, I783.

(Rigaud, 1881) : Souffleter ; mot créé par Balzac. Je ne l’ai relevé que dans la Cousine Bette.

Girol ou Gy

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Oui.

Girole

(Halbert, 1849) : Soit.

Girole, Gy

(Rigaud, 1881) : Oui, — dans l’ancien argot ; revenu depuis peu dans le courant argotique.

Girole, gy

(La Rue, 1894) : Oui, soit.

Girolle

(Larchey, 1865) : Très-bien. V. Gy.

(Delvau, 1867) : adv. Soit, — dans l’argot des voleurs.

(Virmaître, 1894) : Soit, volontiers, je marche. Par abréviation on dit simplement :
— Gy, mon ange (Argot des voleurs).

(Hayard, 1907) : Entendu, convenu.

Giron

(Delvau, 1867) : s. m. La partie du corps comprise entre la ceinture et les genoux d’une femme assise, — dans l’argot du peuple, qui a conservé précieusement ce mot, en souvenir de ce qu’il représente pour lui, fils reconnaissant.

Girond

(Rigaud, 1881) : Bien mis. Être girond, faire son girond, faire le beau, poser. C’est un diminutif de girondin, dans le sens de beau. (Jargon des voyous.)

(Rossignol, 1901) : Beau, synonyme de chatte. Une belle fille est gironde. Tout ce qui est beau est girond. Dans les régiments de zouaves, on nomme un girond le jeune soldat, beau garçon, qui campe avec un vieux. En route, le vieux a toutes les prévenances pour lui, il lui lave son linge, lui fait ses guêtres, lui porte ses cartouches et lui astique son fourbi. Un jour, un zouave faisait une réclamation parce que l’on voulait que le campement fût par trois et non par deux. « Laissez-les donc, dit le général qui entendait, la réclamation, camper comme bon leur semblera ; on sait bien ce que c’est que les petits ménages. » Voir Chatte.

Girond, gironde

(Hayard, 1907) : Beau, belle.

Gironde

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Belle, jolie.

(Clémens, 1840) : Gentil.

(Halbert, 1849) : Fille perdue, jolie, terme de mépris énergique.

(Larchey, 1865) : Jolie fille. — Terme de mépris (Bailly).

(Delvau, 1867) : adj. f. Se dit de toute fille ou femme agréable, plaisante à voir ou à avoir. Argot des voleurs. On dit aussi Girofle.

(Rigaud, 1881) : Jolie femme, belle femme.

(La Rue, 1894) : Jolie femme.

(Virmaître, 1894) : Belle femme (Argot des souteneurs). Le souteneur qui se lamente lorsqu’elle vieillit, lui chante :

Dans ce temps-là t’étais rien gironde.
Maint’nant tu toquardes de la frime
T’es comme une planche toujours en bombe,
T’es même des mois sans changer de lime.

(Rossignol, 1901) : Belle.

Girondin

(Rigaud, 1881) : Dupe, imbécile, — dans le jargon des camelots et des truqueurs. — Le girondin a donné, l’imbécile s’est laissé plumer.

(La Rue, 1894) : Dupe.

Girondine

(Delvau, 1867) : adj. Femme plus jeune et plus gentille que celle qui n’est que gironde.

Girouette

(d’Hautel, 1808) : C’est une vraie girouette. Se dit par mépris d’une personne légère, que l’on fait tourner à tout vent.

(Larchey, 1865) : Homme politique dont les opinions changent selon le vent de la fortune. — On a publié depuis 1815 quatre ou cinq Dictionnaires de Girouettes.

(Delvau, 1867) : s. f. Homme sans conscience et sans moralité, mais non sans habileté et sans esprit, qui tourne à tous les vents sociaux et politiques : royaliste avec les Bourbons, républicain avec la République, napoléonien avec l’Empire, mouton avec les gens qui bêlent, dogue avec les gens qui mordent, roquet avec les gens qui aboient, enclume avec le peuple et marteau avec le Pouvoir. Argot du peuple.

Gîte

(d’Hautel, 1808) : On dit d’un homme qui vient finir ses jours dans son pays natal, qu’il ressemble à un lièvre, qu’il vient mourir au gîte.

Gîter

(Delvau, 1867) : v. n. Habiter, demeurer.

Gîto (dans le)

(Rigaud, 1881) : Dans le soigné. — Ouvrage fait dans le gîte, ouvrage très bien fait, — dans le jargon des ouvriers qui savent que le morceau du gite-à-la-noix est le morceau le plus délicat du bœuf.

Giton

(Delvau, 1864) : Fils d’Hermès et d’Aphrodite, d’après M. de Chompré — qui avait lu le Satyricon de Pétrone ; nom du jeune homme qui est devenu celui de tous les jeunes hommes — du même sexe que celui qui servait aux plaisirs d’Ascylte et d’Encolpe.

Pour dérouter mon amant
Du gout qui l’attache
De son giton prudemment
Je prends quelquefois la tâche,
Quoiqu’il soit bien dur au con
Qu’on foute son compagnon
Jusque sous sa moustache !

Collé.

Gitre

(anon., 1827) : J’ai.

(Halbert, 1849) : J’ai.

Gitrer

(Larchey, 1865) : Posséder (Vidocq). — Au moyen âge, on trouve gie pour j’ai. V. Roquefort.

(Rigaud, 1881) : Avoir, posséder, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Avoir, posséder. Gitre, j’ai.

Giverner

(Delvau, 1867) : v. n. Passer la nuit à vagabonder, — dans l’argot des cochers de fiacre.

(Rigaud, 1881) : Vagabonder pendant la nuit.

(La Rue, 1894) : Vagabonder. Giverneur, rôdeur.

Giverneur

(Larchey, 1865) : Vagabond couchant dans la rue (Vidocq).

(Delvau, 1867) : s. m. Vagabond, rôdeur de nuit.

(Rigaud, 1881) : Rôdeur de barrière, vagabond nocturne.

(Virmaître, 1894) : Vagabond habitué des refuges municipaux et de la bouchée de pain. Quand le giverneur ne trouve pas à coucher, il file la comète (Argot des voleurs).

(Hayard, 1907) : Vagabond.

Giverneur de refroidis

(Rigaud, 1881) : Cocher de corbillard, — dans le jargon des voleurs.

Givier de bordel

(Delvau, 1864) : Petite drôlesse qui fréquente avec les polissons de son âge, en attendant que les vieux polissons fréquentent avec elle, — ce qui la conduira fatalement au bordel.

Glace

(d’Hautel, 1808) : Être ferré à glace. Être très-habile, très-savant dans une science ou un métier ; être inflexible à toute prière.
Être froid comme une glace. Pour, avoir un abord sérieux, flegmatique ; avoir le frisson, mourir de froid.
Rompre la glace. Vaincre les plus grandes difficultés ; ne plus garder de mesure dans une affaire.

(anon., 1827) : Verre à boire.

(Bras-de-Fer, 1829) : Verre à boire.

(Halbert, 1849) : Verre à boire. On dit aussi glaci.

(Virmaître, 1894) : Verre. On dit également glacis.
— Allons-nous sucer un glacis ? (Argot du peuple).

Glace (passer devant la)

(Rigaud, 1881) : Perdre au jeu des consommations dans un café. Autrefois on annonçait les consommations et on payait soi-même au comptoir. Allusion à la glace qui est derrière la dame de comptoir, et devant laquelle le consommateur était forcé de passer. — C’est à tort, je crois, que dans la Fille Elisa, M. E. de Goncourt a donné à l’expression le sens contraire. D’après lui, passer devant la glace, c’est « une expression qui désigne l’entrée de faveur accordée, par la maîtresse d’une maison, à l’amant d’une fille. » Personne n’ignore que ces demoiselles corrompent bien des choses, mais cette expression n’a pas été corrompue jusqu’ici, même en passant par leur bouche.

(La Rue, 1894) : Passer devant le tribunal. Perdre au jeu dos consommations. Partir sans payer une fille parce qu’on est son amant de cœur.

Glace ou Glacis

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Verre à boire.

Glace, glacis

(Hayard, 1907) : Verre à boire.

Glace, glacis, gobbe

(Larchey, 1865) : Verre à boire (Vidocq). — Le nom de la matière est appliqué à l’objet dans glace. — Glacis est un diminutif. — Gobbe est une abréviation de gobelet.

Glaci

(un détenu, 1846) : Verre à boire.

Glacière pendue

(Rigaud, 1881) : Réverbère, — dans l’ancien argot. Les voleurs disent également glacis refroidi.

Glacière pendue, glacis refroidi

(La Rue, 1894) : Réverbère.

Glacière-pendue

(Halbert, 1849) : Réverbère.

Glacis

(Clémens, 1840) : Carreau en verre.

(M.D., 1844) : Un verre.

(Delvau, 1867) : s. m. Verre, — dans l’argot des voleurs, qui parlent anglais (glass) sans le savoir. Un glacis de lance. Un verre d’eau.

(Delvau, 1867) : s. m. Ton léger et transparent, — dans l’argot des artistes. Se poser un glacis. Boire, — ce qui amène la transpiration sur le visage et le fait reluire en le colorant.

(La Rue, 1894) : Verre à boire. Vitre.

Glacis ou Glace

(Rossignol, 1901) : Le contenu d’un verre. Prendre une consommation est sucer un glacis.

Glacis, Glassis

(Rigaud, 1881) : Verre à boire, — dans l’ancien argot.

Glaçon

(Delvau, 1867) : s. m. Homme d’un abord un peu raide, — dans l’argot du peuple, que la distinction effarouche.

(Rigaud, 1881) : Personne à l’aspect froid et sévère.

Gladiateurs

(La Rue, 1894) : Souliers.

Glaire

(Delvau, 1864) : Sperme qui sort du membre viril, et qui ressemble, en effet, à une spermosité crachée par le trou de la pine. — On dit aussi : Pousser son glaire, pour introduire son membre dans la nature de la femme.

Glaive

(Delvau, 1867) : s. m. Couteau à découper, — dans l’argot des francs-maçons.

(Rigaud, 1881) : Guillotine, — dans le jargon des voleurs. — Passer sa bille au glaive, être guillotiné. La variante est : Être glaivé ; en souvenir du fameux et vieux cliché : « Le glaive de la justice », si prodigué sous les voûtes de la Cour d’assises.

(La Rue, 1894) : Guillotine.

Gland

(d’Hautel, 1808) : Un rossignol à gland. Pour dire un cochon, un pourceau.
Ferme comme un gland. Se dit, en bonne part, de toute chose dont le caractère essentiel est la fermeté et la fraîcheur ; et dans un sens contraire, de quelque chose qui est fort dur.

(Delvau, 1864) : La partie supérieure du membre viril, — ainsi nommée à cause de son exacte ressemblance avec le fruit du chêne et du hêtre. On prend souvent cette partie du membre pour le membre lui-même.

Comme le gland d’un vieux qui baise
Flotte son téton ravagé.

Anonyme.

Glas

(Delvau, 1867) : s. m. Homme ennuyeux, qui répète toujours la même chose, — comme la cloche qui sonne la mort de quelqu’un. Argot du peuple. Les ouvriers anglais ont une expression du même genre : croaker, disent-ils.

Glaude

(Delvau, 1867) : s. m. Innocent, et même niais. Évidemment le Glaude d’ici est un Claude, comme Colas est un Nicolas, et Miché peut être un Michel.

Glaviau

(Rossignol, 1901) : Crachat.

Glaviot

(Larchey, 1865) : Crachat. — Le Dictionnaire d’Hautel dit Claviot. — De gaviau : gosier. V. Du Cange.

(Delvau, 1867) : s. m. Mucosité expectorée, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Crachat très épais.

(Virmaître, 1894) : Crachat. Un poitrinaire qui crache ses poumons lâche son glaviot. Dans les ateliers, par plaisanterie, on compte les glaviots ; arrivés à onze, les ouvriers, sans pitié, disent an malheureux :
— Il n’en faut plus qu’un pour faire la douzaine de Portugaises.
Pas ragoûtant pour les amateurs d’huîtres (Argot du peuple). N.

(Hayard, 1907) : Crachat.

Glavioter

(Rigaud, 1881) : Se livrer à une longue et pénible expectoration matinale.

Glaviotter

(Delvau, 1867) : v. n. Cracher fréquemment et malproprement. Signifie aussi Débiner.

Glaviotteur

(Delvau, 1867) : s. m. Homme qui crache fréquemment et abondamment.

Glier

(Delvau, 1867) : s. m. Le Diable, — dans l’argot des voleurs. C’est une syncope de Sanglier probablement. Le Glier t’enrôle en son pasclin ! Le diable t’emporte en enfer (son pays). Signifie aussi Enfer.

Glier, boulanger ou glinet

(Halbert, 1849) : Diable.

Glier, glinet

(anon., 1827) : Le Diable.

Glier, Glinet

(Rigaud, 1881) : Diable, — dans l’ancien argot.

Glierr

(Virmaître, 1894) : Le diable. Quand quelqu’un vous embête par trop, on dit dans le peuple :
— Va-t’en aux cinq cents diables,
— Que le diable t’emporte.
— Que le diable te patafiole.
Dans le monde des prisons on dit :
— Que le glier t’entôle en son patelin.
Patelin
(l’enfer), le pays du diable (Argot des voleurs).

Glinet

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Le diable.

Glissade

(Delvau, 1867) : s. f. Chute plus déshonorante que dangereuse pour la jeune fille qui la fait : elle ne casse que son sabot, mais il vaudrait mieux qu’elle se fût cassé la jambe. Argot du peuple. Faire des glissades. Changer souvent d’amants.

(Rigaud, 1881) : Faute que commet une demoiselle en glissant dans les bras d’un amoureux. Faire des glissades, se laisser tomber dans une foule de bras tout prêts à vous recevoir simultanément ou les uns après les autres.

Glissant

(Larchey, 1865) : Savon (Vidocq). — Allusion d’effet.

(Delvau, 1867) : s. m. Savon, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Savon, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Savon.

Glisser

(d’Hautel, 1808) : Le pied lui a glissé. Pour dire qu’une personne s’est laissée entraîner dans quel que faute.

(un détenu, 1846) : Mourir, succomber.

(Delvau, 1867) : v. n. Mourir, — dans l’argot des faubouriens.

(Rossignol, 1901) : Mourir.

Glisser (se laisser)

(Rigaud, 1881) : Mourir. Mot à mot : se laisser glisser de ce monde dans l’autre.

(Virmaître, 1894) : Mourir (Argot du peuple).

Glissoire

(Delvau, 1867) : s. f. Ruisseau gelé sur lequel les gamins s’amusent à glisser.

(Rigaud, 1881) : Patinage dans le ruisseau. — Ruisseau gelé sur lequel le voyou se livre au patinage. C’est son lac du Bois de Boulogne.

Globe

(Delvau, 1867) : s. m. Tête, — dans l’argot des faubouriens, qui la laissent souvent osciller sur son axe.

(Virmaître, 1894) : La tête. Allusion de forme (Argot des voleurs).

Globe (s’être fait arrondir le)

(Rigaud, 1881) : Être enceinte, — dans le jargon des voyous.

On s’a fait arrondir el’globe,
On a sa p’tit’ batte, à ce que je vois…
Eh ! ben, ça prouv’ qu’on est pas de bois.

(La Muse à Bibi, Nocturne.)

Globes (les)

(Delvau, 1864) : Les tétons, sur lesquels les lèvres voyagent sans se lasser ; — quelquefois les fesses ou les testicule.

Et sa gorge charmante, au lieu d’être enfermée
Dans un affreux corset qui l’aurait déformée,
Montrant à découvert ses deux globes polis.
Se tenait d’elle-même et sans faire aucuns plis.

L. Protat.

Lequel montrait deux globes faits au tour,
Qu’on aurait pris pour ceux du tendre Amour.

Voltaire.

Deux petits globes au dessous,
Pour fortifier le mystère,
Donnent le contrepoids aux coups,
Et rendent le jeu moins austère.

(Cabinet satyrique.)

Globes arrondis (les)

(Delvau, 1867) : La gorge, — dans l’argot des Académiciens. Quelques-uns ajoutent quelquefois : par la main des Grâces.

Glochette

(Halbert, 1849) : Poche.

Gloria

(Larchey, 1865) : Petit verre d’eau-de-vie versé dans une tasse de café.

À la chaleur d’une demi-tasse de café bénie par un gloria quelconque.

Balzac.

De même que le gloria patri se dit à la fin des psaumes, ce gloria d’un autre genre est la fin obligée d’un régal populaire.

Encyclopédiana.

(Larchey, 1865) : Demi-demi-tasse.

Ne fût-ce qu’une absinthe ou un gloria.

About.

(Delvau, 1867) : s. m. Tasse de café noir avec un petit verre d’eau-de-vie. Argot des limonadiers.

Glorieux

(d’Hautel, 1808) : Il fait bon battre un glorieux, car il ne s’en vante pas. Signifie qu’un homme vain et orgueilleux garde toujours le secret sur les mésaventures qui peuvent lui arriver.
Il n’est pas corps glorieux. Signifie, il est sujet aux infirmités, aux vicissitudes humaines.

Gloriole

(d’Hautel, 1808) : Vanité, orgueil minutieux et mal placé.

Glou-glou

(d’Hautel, 1808) : Cri du dindon ; et imitation du bruit que fait une bouteille en se vidant.

Glouglou

(Hayard, 1907) : Œil poché.

Glouglouter

(Delvau, 1867) : v. n. Boire, faire des glouglous en buvant. Argot des faubouriens.

Gloupine

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Pinte.

Glousser

(Delvau, 1867) : v. n. Parler.

Glu

(Fustier, 1889) : Ce mot a été inspiré par la pièce de M. Richepin, La Glu, jouée au théâtre de l’Ambigu. La Glu, c’est l’ancienne cocotte, la belle petite ou la tendresse d’hier.

Depuis quelques jours, on appelle ces dames des Glus. Le mot fera-t-il fortune ? Une jeune glu… une vieille glu… Parmi les glus à la mode… Cela a le défaut de faire pour l’oreille un peu calembours ; avec les grues. Bis in idem. Cela a l’avantage, par contre, de définir en désignant et surtout de ne pas poétiser le sujet.

(Monde illustré, 1883.)

Gluant

(d’Hautel, 1808) : On dit par raillerie d’un homme qui est enclin à la rapine, qui dérobe tout ce qui lui tombe sous la main, qu’il a les mains gluantes.

(Delvau, 1867) : s. m. Enfant à la mamelle que le lait qu’il tette et qu’il laisse baver sur lui rend tout poisseux et désagréable à toucher pour quiconque n’est ni son père ni sa mère.

(Rigaud, 1881) : Enfant à la mamelle. (A. Delvau) Il est attaché au sein de la mère comme de la glu.

(La Rue, 1894) : Enfant à la mamelle.

Gluau

(Delvau, 1867) : s. m. Expectoration abondante. Lâcher son gluau. Cracher malproprement.

Gluau (en poser un)

(Virmaître, 1894) : Quand les agents tendent un piège pour prendre des voleurs, ils posent un gluau. Allusion au chasseur qui pose des gluaux dans les arbres pour prendre les petits oiseaux.
— Ne va pas rôder avec la Tine, vous allez vous faire poser un gluau.
Mot à mot : ne va pas avec les autres, vous allez vous faire mettre en prison (Argot des voleurs).

Gluau (lâcher son)

(Rigaud, 1881) : Expectorer bruyamment.

(Virmaître, 1894) : Déballer. Pisser son gluau : accoucher. Allusion à l’aspect gélatineux du nouveau-né (Argot du peuple).

Gluau (poser un)

(Rigaud, 1881) : Tendre un piège à un malfaiteur. Se faire poser un gluau, se faire arrêter.

Mes anciens compagnons de vol s’étaient fait poser un gluau.

(Mémoires de Lacenaire, 1836.)

(La Rue, 1894) : Tendre un piège à un malfaiteur.

Glueau

(Rossignol, 1901) : Jeune enfant qui se tient constamment aux jupes de sa mère.

Gnaf

(Merlin, 1888) : Cordonnier, savetier.

Gnaf, Gniaf

(Rigaud, 1881) : Savetier. La corporation des portiers fournit un nombreux contingent de gnafs. — Gnaf du drap, tailleur à façon, tailleur qui fait les raccommodages, autre industrie à la mode parmi MM. les portiers.

Gnafe

(d’Hautel, 1808) : Un gnafe. Sobriquet que l’on donne à un savetier ; à un enfant de Saint-Crépin.

Gnan-gnan

(Larchey, 1865) : Personnage mou, sans consistance. — Redoublement du vieux mot niant : rien. V. Roquefort. — Gnolle et Gnognote sont des diminutifs. — Talma écrivait à Mme Bourgoin, le 19 septembre 1825 :

Vous avez prouvé au public et à vos camarades que vous êtes en état de jouer autre chose que des gnans-gnans.

Gnangnan

(Delvau, 1867) : adj. des deux g. Mou, paresseux, sans courage.

Gnangnan, Gnagne

(Rigaud, 1881) : Mou, molle, sans énergie. Gnangnan est pour fainéant, que le peuple prononce feignant, avec suppression de la première syllabe et redoublement de la dernière.

Gnare, Guenard

(Rigaud, 1881) : Porte-carnier, rabatteur, en terme de chasseur.

Gnasse

(Hayard, 1907) : (Mon) moi, (ton) toi, (son) lui, elle.

Gniaf

(Delvau, 1867) : s. m. Ouvrier, — dans l’argot des cordonniers. Savetier, — dans l’argot des ouvriers.

(La Rue, 1894) : Ouvrier cordonnier. Savetier.

(Virmaître, 1894) : Plusieurs degrés au-dessous du savetier. On appelle gniaf tout individu qui gâte un ouvrage. Se conduire comme un gniaf : commettre des bassesses (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Cordonnier.

(Hayard, 1907) : Cordonnier, savetier.

Gniaffe

(Larchey, 1865) : Cordonnier en vieux.

C’est le cordonnier gniaffe que nous nous sommes proposé surtout de peindre.

P. Borel.

Gniaffer

(Delvau, 1867) : v. a. Travailler mal ; faire une chose sans soin, sans goût, — comme un savetier.

Gniafferie (en faire une)

(Virmaître, 1894) : Faire une malpropreté à un camarade. Mot à mot : se conduire vis à vis de lui comme un goujat.

Gnias ou gniasse

(Virmaître, 1894) : Soi-même.
— Pas mèche de me gerber, il n’y a que nib sur mon gniasse (Argot des voleurs).

Gniasse

(Rossignol, 1901) : Moi, lui. Mon gniasse, moi. Son gniasse, lui.

Gniasse (Mon)

(Fustier, 1889) : Je, moi, me. (Richepin.)

Gnient et bigore

(M.D., 1844) : Rien du tout.

Gniff

(Delvau, 1867) : s. et adj. Clair, dépouillé, — dans l’argot du peuple, qui dit cela spécialement à propos du vin.

Gninte

(Rossignol, 1901) : Rien. Celui qui n’a que gninte, n’a rien.

Gniole

(Fustier, 1889) : V. Delvau. Gnon.

(Rossignol, 1901) : Bête, imbécile, niais.

Gniolle

(Hayard, 1907) : Imbécile.

Gniolle, Gnolle

(Rigaud, 1881) : Taloche. — Propre à rien.

Gnognote

(Larchey, 1865) : Chose sans valeur.

Josepha… c’est de la gnognote.

Balzac.

Gnognotte

(Delvau, 1867) : s. f. Marchandise sans valeur ; chose sans importance. Balzac a employé aussi ce mot à propos des personnes, — et dans un sens péjoratif, naturellement.

(Hayard, 1907) : Rien qui vaille.

Gnognotte (de la)

(Rigaud, 1881) : Pas grand’ ! chose, rien de bon.

Gnole

(d’Hautel, 1808) : Il n’est pas gnole. Pour dire, il est adroit, fin et rusé ; il ne s’endort pas sur ses intérêts ; il est habile à manier les affaires.

(Hayard, 1907) : Coup.

Gnollais

(Delvau, 1867) : s. m. Batignollais, — dans l’argot des voyous.

Gnolle

(Larchey, 1865) : Mou, sans force.

Mais il est si gnole ce gouvernement ! il est si feignant ! si propre à rien.

Montépin.

Pas si gnolle, c’est des gosses

Rousseliana, 1805.

(Delvau, 1867) : adj. des deux g. Paresseux ; niais, — dans l’argot des faubouriens. Quelques lexicographes du ruisseau veulent que l’on écrive et prononce gniole.

Gnolle ou gnole

(Virmaître, 1894) : Imbécile aussi niais qu’il est possible de l’être.
— Si ton point de côté savait que nous pagnotons ensemble, il te carderait le cuir.
— Y a pas de pet, il est trop gnolle, il a de la merde dans les chasses (Argot du peuple).

Gnolles-Ceaux

(Delvau, 1867) : n. de l. Batignolles-Monceaux.

Gnolles-Chy

(Delvau, 1867) : Batignolles-Clichy.

Gnon

(Delvau, 1867) : s. m. Meurtrissure que se fait une toupie ou un sabot, — dans l’argot des enfants ; et par extension, Blessure que se font les hommes en se battant. S’emploie au figuré.

(Rigaud, 1881) : Contusion ; coup qui marque.

(Virmaître, 1894) : Donner un coup ou le recevoir.
— Ce pauvre Léon, il est crapsé du gnon que lui a foutu sa pouffiace (Argot des souteneurs).

(Rossignol, 1901) : Coup. Recevoir un gnon, c’est recevoir un coup.

(Hayard, 1907) : Coup de poing.

Gnougnoutte

(Virmaître, 1894) : Cette expression est employée par les filles dont ce n’est pas la profession d’aimer à crédit. Pas de galette, pas de gnougnoutte. L’expression est claire : pas d’argent, pas de viande (Argot des filles).

Go

(d’Hautel, 1808) : Tout-de-go. Librement, sans façon, brusquement, d’un seul coup, tout droit, tout bonnement.
Il y va tout-de-go. Pour, tout à la bonne, franchement.
Il y entre tout-de-go. C’est-à-dire tout droit, sans aucun effort.
Entrer dans un lieu tout-de-go. Y entrer brusquement et malhonnêtement, sans faire les salutations d’usage aux personnes qui s’y trouvent.

(Rossignol, 1901) : Pou.

Go (de, ou tout de)

(Delvau, 1867) : adv. Librement, sans façon, sans obstacle, — dans l’argot du peuple.

Go (parler en)

(Larchey, 1865) : « Quand les termes qu’il s’agit d’altérer (en argot) sont trop courts pour pouvoir être abrégés, ils reçoivent seulement une terminaison qui en change la physionomie ; là devient lago ; là-bas, labago ; ici, icigo ; Versailles, Versigo. » — Marty Laveau. — (V. Mar, Man, Rama, Lem.)

Goaille

(d’Hautel, 1808) : Persifflage, moquerie ; ton railleur et piquant.

Goailleur

(d’Hautel, 1808) : Persiffleur, railleur, mauvais plaisant.

Gob, Gobin

(Rigaud, 1881) : Bossu. Vieux mot emprunté au patois picard.

Gobage

(Rigaud, 1881) : Amour. Fort gobage, amour passionné.

(La Rue, 1894) : Amour. Gober, aimer.

Gobbe, Gobelot

(Rigaud, 1881) : Calice, — dans le jargon des voleurs.

Gobe mouche

(Virmaître, 1894) : Flâneur qui s’arrête à chaque boutique. Allusion à ce qu’il baille ébahi (Argot du peuple).

Gobe-mouche

(Halbert, 1849) : Espion.

(Rigaud, 1881) : Espion, — dans l’ancien argot.

Gobe-moucherie

(Delvau, 1867) : s. f. La franc-maçonnerie, — dans l’argot des voleurs.

Gobe-mouches

(d’Hautel, 1808) : Oisif, paresseux, badaud qui a toujours le nez en l’air, et qui s’éprend d’une sotte admiration pour les choses les plus simples.

(Delvau, 1867) : s. m. Imbécile, homme qui bée au vent au lieu de regarder à ses côtés, où se trouve parfois un pick-pocket. Argot du peuple.

Gobe-prune

(Rigaud, 1881) : Tailleur.

Gobe-son

(Delvau, 1867) : s. m. Calice, — dans l’argot des voleurs.

(Virmaître, 1894) : Le calice. À l’élévation le prêtre gobe son hostie (Argot des voleurs). V. Baignoire à bondieu.

Gobelet

(d’Hautel, 1808) : Hausser le gobelet. Pour dire aimer à boire, avoir la passion du vin.

Gobelin

(Rigaud, 1881) : Gobelet d’escamoteur. — Petit gobelet dont se servent les robignoleurs pour escamoter la muscade et faire des dupes.

(La Rue, 1894) : Crochet. Dé à coudre.

Gobelius (le docteur)

(Rigaud, 1881) : Recruteur de dupes, pour les maisons de jeu, — dans l’argot des joueurs du XVIIIe siècle. (Fr. Michel.)

Gobeloter

(d’Hautel, 1808) : Boir du matin au soir ; s’établir dans un cabaret ; s’enivrer. Et non Gobeleter, comme on le dit ordinairement.

Gobelottage

(Rigaud, 1881) : Plaisir, amusement.

Gobelotter

(Delvau, 1867) : v. a. Aller de cabaret en cabaret. Signifie aussi, Buvotter, boire à petits coups.

(Rigaud, 1881) : S’amuser, rire, boire et chanter. — Le dictionnaire de l’Académie le donne dans le sens de boire à plusieurs petits coups.

Gobelotter, gobichonner, godailler

(La Rue, 1894) : S’amuser, faire la noce, faire des bons repas. Rire, plaisanter.

Gobelotteur

(Delvau, 1867) : s. m. Ami des franches lippées, et des plantureuses réfections.

(Rigaud, 1881) : Celui qui aime à s’amuser, ami du plaisir.

Gober

(d’Hautel, 1808) : Pour dire manger, prendre de la nourriture.
Gober des mouches. Croquer le marmot, passer une vie oisive et désœuvrée.
Il a gobé le morceau. Se dit de quelqu’un qui dans une bataille ou un duel a été blessé ; d’un homme sur lequel sont tombés tous les frais d’une affaire.
Gober la chèvre. Voyez Chèvre.
Gober. Pour, prendre, se saisir.
On l’a gobé. Pour, on s’en est saisi, on l’a mis en prison.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Attraper. Être gobé, être pris sur le fait.

(un détenu, 1846) : Aimer, affectionner.

(Delvau, 1867) : v. a. Croire légèrement aux choses qu’on dit, avaler les mensonges avec autant de confiance que si c’étaient des vérités.

(Delvau, 1867) : v. a. Avoir de la sympathie pour quelqu’un ; ressentir de l’enthousiasme pour certaines idées. Argot des faubouriens. Éprouver un sentiment subit de tendresse pour un compagnon, — dans l’argot des petites dames.

(Rigaud, 1881) : Trouver bien ; trouver à son goût. Se dit principalement des personnes. Gober quelqu’un. — Ils se gobent, ils s’aiment, ils se plaisent mutuellement. — Se gober, avoir une haute opinion de sa personne, être infatué de soi-même.

(Boutmy, 1883) : v. a. Avoir de la sympathie pour : C’est un bon compagnon, je le gobe. Se gober, être infatué de sa personne.

(Virmaître, 1894) : Aimer quelqu’un. Gober : croire à quelque chose, même à une chose fausse.

(Virmaître, 1894) : la pilule. Gober une aventure extraordinaire. Gober (se) : s’imaginer valoir plus que les autres (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Aimer.

Gober (la)

(Larchey, 1865) : Mourir, avaler une bourde, être victime d’un accident. — V. Esbigner.

Ce poltron-là, c’est lui qui la gobe le premier.

L. Desnoyer

Si bien que j’suis dupé, C’est moi qui la gobe.

Chanson, 1854.

(Delvau, 1867) : Être ruiné pour avoir trop cru aux Mercadets. Par extension : Mourir.

(Rigaud, 1881) : Être dupe ; être victime, ne pas avoir de chance dans une affaire, perdre de l’argent dans une entreprise.

Gober (se)

(Delvau, 1867) : Avoir de la fatuité ; s’écouter parler et se regarder dans une glace en parlant.

Gober la chèvre

(Virmaître, 1894) : Être furieux d’une chose qui va de travers. On dit aussi pour exprimer la même idée : bouffer son bœuf. Ce que font souvent les typographes quand les casses sont embrouillées et que les lettres de différents corps y sont mélangés. Ils gobent aussi la chèvre quand un auteur méticuleux, qui ne connaît pas le métier, se mêle de leur donner des conseils (Argot d’imprimerie).

Gober le merlan

(Delvau, 1864) : Sucer un homme jusqu’à l’éjaculation inclusivement, et boire le sperme qui sort de son membre frémissant, — par allusion au merlan roulé dans la farine et à sa forme allongée.

Gober sa chèvre, son bœuf

(La Rue, 1894) : Être en colère.

Gober son bœuf

(Delvau, 1867) : v. a. Être furieux, d’une chose ou contre quelqu’un, — dans l’argot des ouvriers.

(Rigaud, 1881) : Être furieux d’une chose ou contre quelqu’un. (A. Delvau)

Gober un homme

(Delvau, 1864) : Avoir envie de coucher avec lui.

Mon cher Arthur, Emma te gobe.

A. François.

Goberger

(d’Hautel, 1808) : Se goberger. Prendre ses aises, ses coudées franches, se dorloter.

Goberger (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Se complaire dans un endroit, dans un bon lit, dans un bon fauteuil, auprès d’un bon feu ou d’une bonne table. On sait qu’on appelle goberges les ais du fond sanglé du lit.

Gobeson

(Larchey, 1865) : Calice (Vidocq). — Diminutif de Gobbe.

Gobeson, Gobette

(Rigaud, 1881) : Verre à boire, — dans l’ancien argot.

Gobet

(d’Hautel, 1808) : C’est un bon gobet. Se dit en plaisantant d’un enfant difficile à conduire, d’un petit polisson.
Des gobets de Montmorency. Nom qu’on donne aux cerises qui viennent de la vallée de Montmorency.
Prendre quelqu’un au gobet. Le prendre au collet, au moment où il y pense le moins.

(Delvau, 1867) : s. m. Morceau de viande quelconque. — dans l’argot des bouchers, qui emploient ce mot à propos delà viande non encore détaillée.

(Delvau, 1867) : s. m. Polisson ; ouvrier qui se débauche, — dans l’argot du peuple. Mauvais gobet. Méchant drôle.

(Rigaud, 1881) : Quartier de viande, — dans le jargon des bouchers.

(Rigaud, 1881) : Vaurien. C’est-à-dire individu qui gobe, qui trouve bon… à prendre tout ce qu’il voit.

(Virmaître, 1894) : Morceau de viande, bœuf ou mouton entier.
— Je ne veux pas de cette viande coupée, elle a été tripotée.
— Je vais vous en couper dans un gobet, répond le boucher (Argot des bouchers).

Gobette

(Virmaître, 1894) : Gobelet de fer-blanc qui mesure 33 centilitres. Ce gobelet sert aux détenus dans les prisons pour prendre une ration de vin à la cantine où ils ont droit à trois gobettes par jour, en payant, bien entendu. Passer à la gohelte, c’est prendre une tournée chez le marchand de vin (Argot des voleurs). N.

(Hayard, 1907) : Gobelet.

Gobette (un)

(Halbert, 1849) : Un verre de vin de prison.

Gobeur

(La Rue, 1894) : Crédule.

(Virmaître, 1894) : Individu qui avale tout, même les bourdes les plus impossibles (Argot du peuple).

Gobeur, Gobeuse

(Rigaud, 1881) : Naïf, naïve, crédule. Mot à mot : celui qui gobe, avale tout ce qu’on lui dit.

Gobichonnade

(Delvau, 1867) : s. f. Ripaille.

Gobichonnade, nage

(Larchey, 1865) : Régal, festin. V. Bitture.

En avant la gobichonnade !

Labiche.

Gobichonnage

(Rigaud, 1881) : Amusement, plaisirs variés. — Gobichonner, s’amuser, faire un bon repas. — Gobichonneur, gobichonneuse, celui, celle qui aime à rire ; plaisant, plaisante, gourmand, gourmande.

Gobichonner

(Larchey, 1865) : Se régaler. — Diminutif du vieux mot gobiner qui avait le même sens. V. Roquefort.

Il se sentit capable des plus grandes lâchetés pour continuer à bien vivre… à gobichonner de bons petits plats soignés.

Balzac.

Gobichonneur

(Larchey, 1865) : Gourmand.

Le roi, le triomphateur des gobichonneurs.

La Bédollière.

(Delvau, 1867) : s. m. Ami des franches lippées.

Gobighonner

(Delvau, 1867) : v. n. Courir les cabarets ; faire le lundi toute la semaine. Argot des ouvriers.

Gobilleur

(Halbert, 1849) : Juge d’instruction.

(Rigaud, 1881) : Juge d’instruction, — dans l’ancien argot.

Gobin

(d’Hautel, 1808) : Terme de dérision, pour bossu, contrefait, homme laid et mal bâti.

(Delvau, 1867) : s. m. Bossu.

Goblet (sous le)

(Clémens, 1840) : En prison.

Gobseck

(Rigaud, 1881) : Usurier, avare. Nom d’un des personnages de La Comédie humaine de Balzac. Le nom seul est une trouvaille, surtout venant après l’Harpagon de Molière.

Godaille

(d’Hautel, 1808) : Débauche de bouche, alimens mal apprétés, mauvaises nourriture, mets de fantaisie.

Godaille, Godaillerie

(Rigaud, 1881) : Badinage, badinerie. — Godailler, rire, faire des farces, aimer à plaisanter. — Godailleur, celui qui aime la plaisanterie. — Flâneur. — Godailler, gobelotter, et gobichonner sont de la même famille et ont à peu près la même signification.

Godailler

(d’Hautel, 1808) : Boire et manger avec excès à plusieurs reprises, riboter, faire ripaille.

(Delvau, 1867) : v. n. Courir les cabarets. Ce verbe est un souvenir de l’occupation de Paris par les Anglais, amateurs de good ale.

(Virmaître, 1894) : Courir les cabarets. Ce verbe est un souvenir de l’occupation de Paris par les Anglais, amateurs de good ale. A. D. Godailler est synonyme d’être en patrouille et aussi de flâner. Manquer un travail, c’est le godailler. Godailler, c’est ne jamais se trouver bien nulle part.
— On n’en fera jamais rien, c’est un mauvais ouvrier, il godaille sans cesse (Argot du peuple). N.

(Rossignol, 1901) : Flâner.

Godailleur

(Delvau, 1867) : s. m. Ivrogne, pilier de cabaret.

Godan

(Delvau, 1867) : s. m. Rubrique, mensonge, supercherie, — dans l’argot des faubouriens. Connaître le godan. Savoir de quoi il s’agit ; ne pas se laisser prendre à un mensonge. Tomber dans le godan. Se laisser duper ; tomber dans un piège.

(Rigaud, 1881) : Piège ; mensonge, mensonge inventé pour faire patienter un créancier. — Monteur de godans, menteur. Mercadet de Balzac, est un monteur de godans. C’est un dérivé de goder, se réjouir, gaudere, en latin. Le débiteur qui trompe son créancier se donne la comédie à lui-même, il se réjouit des bonnes plaisanteries qu’il débite sérieusement.

(La Rue, 1894) : Piège, mensonge, tromperie.

Godan (donner dans le)

(Virmaître, 1894) : Croire à un mensonge. Synonyme de couper dans le pont (Argot du peuple).

Godan (le connaître)

(Virmaître, 1894) : Éventer le mensonge et ne pas se laisser tromper (Argot du peuple).

Godancer

(Delvau, 1867) : v. n. Croire à un mensonge ; tomber dans un piège, — dans un godan.

Godant

(Hayard, 1907) : Mensonge.

Godard

(d’Hautel, 1808) : Être godard. Devenir père ; se dit en plaisantant de celui dont la femme est accouchée.

(Rigaud, 1881) : Mari d’une femme qui accouche. (L. Larchey)

Godasse

(Hayard, 1907) : Chaussures.

Goddam

(Delvau, 1867) : s. m. Anglais, — dans l’argot du peuple, qui a trouvé moyen de désigner toute une nation par son juron favori.

Goddem

(Larchey, 1865) : Anglais.

Un gros Auvergnat piqué jusqu’au vif, Au Goddem mettant le poing sous le pif.

Festeau.

M. Fr. Michel trouve godon dans les Poésies de Crétin, 1513.

Cryant qui vive aux godons d’Angleterre.

Mais Godon signifie là glouton et non goddem. V. Du Cange.

Gode-lureau

(d’Hautel, 1808) : Damoiseau, olibrius, fat, pédant.

Godelureau

(Delvau, 1867) : s. m. Jeune homme qui fait l’agréable auprès des « dames » et les réjouit, — dans l’argot des bourgeois qui n’aiment pas les Lovelaces. On écrivait au XVIe siècle gaudelereau, — ce qu’explique l’étymologie gaudere.

Godemichet

(Delvau, 1864) : Phallus de cuir ou de velours avec ou sans ressorts, que les femmes libertines ou pusillanimes substituent au véritable phallus de chair et d’os que la prévoyante nature nous a soudé à tous au bas du ventre pour nous reproduire, et surtout pour jouir. Ce mot vient du latin : Gaude mihi, fais-moi plaisir. Cet engin, aussi singulier qu’ingénieux, — le rival sérieux de l’homme, dont la vigueur est malheureusement limitée, — cet engin est en usage depuis que le monde est monde, c’est-à-dire livré à la corruption. Les dames romaines s’en servaient bien avant les dames françaises, comme l’indique le Satyricon, où l’on voit le pauvre Encolpe-Polyænos étrangement arrangé par Œnathée, la vieille prêtresse. — Une autre preuve, c’est le passage suivant de l’École des Filles, où Suzanne la délurée dit à Fanchon, à peine déniaisée par son ami Robinet :

J’ai leu dans un livre l’histoire d’une fille de roy, qui se servoit d’une plaisante invention, au défaut du véritable masle. Elle avoit une statue d’homme de bronze, peinte en couleur de chair et fournie d’un puissant engin d’une matière moins dure que le reste. Cest engin estoit droit et creux, il avoit la teste rouge et un petit trou par le bout, avec deux pendants en forme de couillons, le tout imité au naturel. Et quand la fille avoit l’imagination eschauffée de la présence de ce corps, elle s’approchoit de cest engin, qu’elle se fourroit dedans le con, elle empoignoit les fesses de cette statue et les trémoussoit vers elle ; et quand ce venoit à descharger elle tournoit un certain ressort qui luy sortoit derrière les fesses, et la statue jettoit incontinent par l’engin une certaine liqueur chaude et espaisse, blanche comme bouillie, dans le con de la fille, dont elle estoit arrosée et satisfaite pour le coup.

Les anciens écrivains gaillards avaient donc raison d’écrire gaudemichi — qui se rapproche plus, étyinologiquement, de gaude mihi que godemichet.

L’une se trouva saisie et accommodée d’un gros godemichet entre les jambes, si gentiment attaché avec de petites bandelettes autour du corps, qu’il semblait un membre naturel.

Brantôme.

Il ne reste plus rien du bien de mon partage
Qu’un seul godemichi, c’est tout mon héritage.

Théophile.

Et feignant de prier en fermant son volet,
Pour un godemichet quitte son chapelet.

Piron.

Goder

(Rossignol, 1901) : (?)

Godet

(Delvau, 1867) : s. m. Verre à boire, — dans l’argot du peuple.

Godets

(Virmaître, 1894) : Les yeux (Argot des voleurs). V. Boule de loto.

Godiche

(Delvau, 1867) : s. et adj. Niais, ou seulement timide. On dit aussi Godichon.

Godiche (être ou n’être pas)

(Delvau, 1864) : Se laisser ou ne pas se laisser facilement duper par les femmes, ces éternelles monteuses de coups.

Ça me rappellera… le temps où j’étais si godiche avec le sexe, où les femmes m’allumaient si facilement.

Lemercier de Neuville.

Godiller

(un détenu, 1846) : Frétiller, être en joie, en plaisirs.

(Larchey, 1865) : Arriver au paroxysme du désir. — Diminutif de gaudir : se réjouir. V. Roquefort. — Louis Festeau a chanté Monsieur Godillard.

(Delvau, 1867) : v. n. Se réjouir, être content.

(Rigaud, 1881) : Donner des preuves de virilité.

(La Rue, 1894) : Se réjouir, s’amuser.

(Virmaître, 1894) : Se réjouir, être content. A. D. Godiller veut dire convoiter une femme. Ce couplet de la célèbre chanson d’Alphonse du Gros Caillou me dispensera d’explication :

Pourtant, des fois, fallait être solide
Le 15 août, fête de l’empereur.
C’était chez nous tout rempli d’invalides,
De fantassins, de dragons, d’artilleurs,
Dame ! Ce jour-là, ce que le soldat godille !
Eh bien tout ça sortait content de chez nous.

Godille vient du mot ancien gaudille (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : (?)

Godiller (faire)

(Delvau, 1864) : Faire jouir une femme ou un homme. — Éprouver un accès de priapisme ; bander.

Je veux qu’on me paie pour me faire godiller, moi !

Lemercier de Neuville.

Godiller ou gaudiller

(Delvau, 1864) : Jouir en baisant. — Cette expression a passé du dictionnaire des matelots dans celui des Parisiens, gens amphibies, moitié canotiers et moitié l’autre chose. Godiller, pour un homme de mer, c’est se servir d’un aviron appelé godille ou goudille, qui placé dans une entaille arrondie sur l’arrière d’une embarcation, lui sert à la diriger.

Puissé-je, en passant l’onde
Du fleuve au roi cornu,
Godiller ferme et dru,
Et cramper dans le cul
De ma blonde.

E. Debraux.

Godilleur

(Rossignol, 1901) : Celui qui godille souvent.

Godillot

(Rigaud, 1881) : Conscrit, — dans le jargon des troupiers.

(Rigaud, 1881) : Soulier. Allusion au nom du fabricant d’habillements militaires.

C’est pas moi qui userais les clous de mes godillots pour une poupée pareille.

(P. Beyle.)

(Merlin, 1888) : Soulier d’ordonnance, — du nom du fabricant. Godillot est aussi un terme de mépris ayant la même signification que bleu, conscrit.

(La Rue, 1894) : Conscrit. Soulier.

Godinette

(d’Hautel, 1808) : Pour amante, maîtresse.
Embrasser quelqu’un en godinette. C’est baiser sur la bouche, en pressant avec les doigts les joues de la personne que l’on veut embrasser, ainsi que le font les enfans entre eux.

(Delvau, 1867) : s. f. Grisette, maîtresse. Baiser en godinette. « Baiser sur la bouche en pinçant les joues de la personne, » — sans doute comme baisent les grisettes des romans de Paul de Kock.

(Virmaître, 1894) : Grisette. Elle gode pour tous les hommes (Argot du peuple).

Goffe

(Delvau, 1867) : adj. Homme mal bâti, ou maladroit, grossier de corps ou d’esprit.

Goffeur

(Rigaud, 1881) : Serrurier, — dans l’ancien argot, du celte goff, forgeron.

(La Rue, 1894) : Serrurier.

Gogaille

(d’Hautel, 1808) : Faire gogaille ; être en gogaille. Signifie faire débauche, faire un repas joyeux ; être en frairie.
De la gogaille. Se dit par mépris du vin de mauvaise qualité.

(Delvau, 1867) : s. f. Repas joyeux et plantureux.

Gogne

(Clémens, 1840) : Boiteux, borgne, manchot, etc.

Gogo

(d’Hautel, 1808) : Avoir de tout à gogo. Pour avoir abondamment tout ce que l’on peut désirer ; être très à son aise ; être à même de se procurer les jouissances de la vie.

(Larchey, 1865) : Dupe, homme crédule, facile à duper. — Abréviation du vieux mot gogoyé : raillé, plaisanté. V. Roquefort. — Villon paraît déjà connaître ce mot dans la ballade où il chante les charmes de la grosse Margot qui…Riant, m’assit le point sur le sommet, Gogo me dit, et me lâche un gros pet.

C’est en encore ces gogos-là qui seront les dindons de la farce.

E. Sue.

Avec le monde des agioteurs, il allèche le gogo par l’espoir du dividende.

F. Deriège.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme crédule, destiné à prendre des actions dans toutes les entreprises industrielles, même et surtout dans les plus véreuses, — chemins de fer de Paris à la lune, mines de café au lait, de charbon de bois, de cassonnade, enfin de toutes les créations les plus fantastiques sorties du cerveau de Mercadet ou de Robert Macaire. À propos de ce mot encore, les étymologistes bien intentionnés sont partis à fond de train vers le passé et se sont égarés en route, — parce qu’ils tournaient le dos au poteau indicateur de la bonne voie. L’un veut que gogo vienne de gogue, expression du moyen âge qui signifie raillerie : l’autre trouve gogo dans François Villon et n’hésite pas un seul instant à lui donner le sens qu’il a aujourd’hui. Pourquoi, au lieu d’aller si loin si inutilement, ne se sont-ils pas baissés pour ramasser une expression qui traîne depuis longtemps dans la langue du peuple, et qui leur eût expliqué à merveille la crédulité des gens à qui l’on promet qu’ils auront tout à gogo ? Ce mot « du moyen âge » date de 1830-1835.

(Rigaud, 1881) : Niais, nigaud ; abréviation et redoublement de la dernière syllabe de nigaud. Gogo pour gaudgaud. — Quelques écrivains l’ont, par raillerie, employé comme synonyme d’actionnaire. C’est le nom d’un actionnaire récalcitrant dans la pièce de Robert-Macaire.

(La Rue, 1894) : Niais, dupe.

Gogo (à)

(Delvau, 1867) : adv. À profusion, en abondance.

Gogoles

(Rossignol, 1901) : Traces scrofuleuses sur le visage.

Gogoter

(Rigaud, 1881) : Puer, — dans le jargon des barrières. — Qu’est-ce qui gogote comme ça ?

Gogotte

(Delvau, 1864) : Le membre viril, lorsqu’il manque de virilité ; vit d’enfant.

Tirez parti de ces tristes gogottes.
Vous en viendrez à pisser dans vos bottes.

(Chanson d’étudiant.)

(Delvau, 1867) : adj. Faible, mou, sans caractère ; malpropre, mauvais, désagréable. Argot des faubouriens. Avoir la vue gogotte. Avoir de mauvais yeux, n’y pas voir clair, ou ne pas voir de loin. Être gogotte. Être un peu niais ; faire l’enfant.

Goguenau

(Rigaud, 1881) : Récipient en fer-blanc remplissant, au régiment, l’office de tinette ; latrines portatives. — Par ironie, les troupiers apellent aussi « goguenaux » leurs gobelets en fer-blanc et leurs marmites de campagne. Par extension, sorte de valet de chambre dans une prison.

Le goguenau est un homme nommé par le concierge pour maintenir la propreté dans le corridor… et porter en certain lieu les objets odorants de la nuit.

(Em. Debraux, Voyage à Sainte-Pélagie, 1823.)

Goguenau, gogsis

(La Rue, 1894) : Tinette. Vase et baquet de nuit.

Goguenaux

(Larchey, 1865) : Lieux d’aisance.

Il fumera dans les goguenaux aux jours de pluie.

La Cassagne.

Gogueneau

(Halbert, 1849) : Pot de nuit.

Goguenot

(Clémens, 1840) : Pot de nuit, baquet.

(Larchey, 1865) : « Grand quart, vase de fer-blanc de la contenance d’un litre dont se munissent les troupiers d’Afrique. Il va au feu, sert à prendre le café, s’utilise comme casserole et comme gobelet. » — De Vauvineux.

(Larchey, 1865) : Baquet servant de latrines portatives.

La meilleure place, la plus éloignée de la porte, des vents coulis et du goguenot ou thomas.

La Bédollière.

(Delvau, 1867) : s. m. Vase de fer-blanc, — dans l’argot des troupiers d’Afrique, qui s’en servent comme casserole et comme gobelet.

(Delvau, 1867) : s. m. Baquet-latrine, — dans l’argot des prisons et des casernes. On dit aussi Goguenaux.

(Merlin, 1888) : Gobelet, marmite en Afrique ; baquet, latrine, en France ; dans l’artillerie, les mortiers.

(Virmaître, 1894) : Pot de chambre. Le locataire de la table de nuit (Argot du peuple).

(Hayard, 1907) : Pot de chambre.

Goguetier

(Rigaud, 1881) : Ami de la goguette, ami de la chanson bachique.

Goguette

(d’Hautel, 1808) : Sornettes, badinerie, mot pour rire.
Faire ses goguettes. Se divertir, faire bonne, chère, mener une joyeuse vie.
Être en goguettes. Pour dire être en joyeuse humeur.
Chanter goguette. Pour gronder, réprimander quelqu’un, lui dire des injures.

(Larchey, 1865) : Société chantante. — Au moyen âge, ce mot signifiait Amusement, réjouissance.

Il y a environ trois cents goguettes à Paris, ayant chacune ses affiliés connus et ses visiteurs. L’entrée de la goguette est libre.

Berthaud.

L’affilié de la goguette est un goguettier.

(Delvau, 1867) : s. f. Société chantante, — dans l’argot du peuple, qui lui aussi a son Caveau.

(Delvau, 1867) : s. f. Chanson joyeuse. Être en goguette. Être de bonne humeur, grâce à des libations réitérées.

(Rigaud, 1881) : Cabaret où l’on, cultive la chanson inter pocula, en dînant et après dîner.

Goguettier

(Delvau, 1867) : s. m. Chanteur de goguettes ; membre d’une société chantante.

Goï

(Delvau, 1867) : s. m. Chrétien, — dans l’argot des voleurs.

Goinfrade

(Delvau, 1867) : s. f. Repas copieux, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Goinfrerie.

Goinfre

(Halbert, 1849) : Chantre.

(Delvau, 1867) : s. m. Chantre, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Chantre. Il ouvre la bouche comme s’il allait avaler tout le monde.

(Virmaître, 1894) : Gourmand qui mange à en crever. On dit aussi : goulaffe (Argot du peuple).

(Virmaître, 1894) : Chantre. Sans doute parce qu’ils ouvrent, pour chanter, des bouches aussi grandes que des fours. On y engamerait un pain de deux livres (Argot des voleurs). N.

(Hayard, 1907) : Gourmand.

Goinfre ou goinfreur

(d’Hautel, 1808) : Glouton, écornifleur, parasite ; homme qui ne vit que pour manger.

Goinfrer

(d’Hautel, 1808) : Rôder de table en table, ne chercher que mangeailles, faire le métier de parasite.

Goinfrer (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Boire et manger avec excès, — comme font les gens qui ne mangent pas tous les jours.

Goinfrerie

(d’Hautel, 1808) : Intempérance, débauche excessive.

Goipeur

(Clémens, 1840) : Malheureux sans asile.

Goitreux

(Rigaud, 1881) : Imbécile.

(La Rue, 1894) : Imbécile.

Goîtreux

(Delvau, 1867) : s. m. Aménité de l’argot des gens de lettres, qui se croient autorisés à l’adresser à leurs rivaux, — qu’ils appellent aussi crétins, pour varier leurs injures.

Golgothe

(Virmaître, 1894) : Martyr imaginaire. Ceux qui sont atteints du délire de la persécution golgothent sans cesse (Argot du peuple).

Golgother

(Delvau, 1867) : v. n. Poser en martyr ; se donner des airs de victime ; faire croire à un Calvaire, à un Golgotha imaginaire. Ce verbe appartient à Alexandre Pothey, graveur et chansonnier — sur bois.

Gomberger

(Delvau, 1867) : v. a. Compter — dans l’argot des prisons.

Gomme (faire de la)

(Rigaud, 1881) : Faire du genre, faire l’élégant.

Si vous allez faire, quand même, de la gomme chez l’ouvrier, au moins ne grognez pas si on vous calotte.

(L’art de se conduire dans la société des pauvres bougres.)

Gomme (la)

(Rigaud, 1881) : Manière d’être, état, genre du gommeux. Classification des élégants surnommés gommeux. Il y a la haute et la petite gomme. Les commis de magasin, les seconds clercs de notaires, les collégiens en rupture de bancs… de collège, qui veulent singer les gommeux du High-Life, font partie de la petite gomme.

Gommeux

(Rigaud, 1881) : Fashionable qui se trouve charmant, et que le bon gros public avec son gros bon sens trouve ridicule. Le Figaro a beaucoup contribué à mettre le mot à la mode.

Le gommeux succède au petit crevé, qui avait succédé au gandin, qui avait succédé au fashionable, qui avait succédé au lion. qui avait succédé au dandy, qui avait succédé au freluquet, qui avait succédé au merveilleux, à l’incroyable, au muscadin, qui avait succédé au petit-maître.

(Bernadille, Esquisses et Croquis parisiens.)

J’ai rencontré tout à l’heure un gommeux de la plus belle pâte, ridiculement prétentieux de ton, de manières, d’allures.

(Maxime Rude.)

Quant à l’étymologie, les opinions sont partagées. Pour les uns, ils sont empesés, gommés dans leur toilette, dans leurs cols, d’où leur surnom. — D’autres veulent que l’état misérable de leur santé, à la suite d’une série d’orgies, en les réduisant à l’usage du sirop de gomme, soit la source du sobriquet. Déjà, avant que le mot eût fait fortune, les étudiants appelaient « amis de la gomme, gommeux », ceux de leurs camarades qui mettaient du sirop de gomme dans leur absinthe.

(Rigaud, 1881) : Pris adjectivement a le sens de joli, agréable. (L. Larchey)

(La Rue, 1894) : Voir Copurchic.

Gonce

(un détenu, 1846) : Un jeune homme, un individu quelconque.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme quelconque du bois dont on fait les dupes, — dans l’argot des voleurs, qui ont remarqué que les bourgeois se parfumaient (concio).

Gonce, goncier

(Virmaître, 1894) : Bourgeois facile à tromper (Argot des voleurs).

(Hayard, 1907) : Individu quelconque.

Gonce, Gonsse

(Rigaud, 1881) : Individu, le premier venu, homme, passant. Avait primitivement le sens d’entreteneur.

Une femme entretenue appelle son entre teneur un gonsse.

(Les Voleurs et les volés, 1840.)

Cette acception de gonsse donnerait à penser que ce mot a été également pris dans le sens d’imbécile.

Goncesse

(un détenu, 1846) : Femme, fille.

Goncier

(un détenu, 1846) : Corps.

(Delvau, 1867) : s. et adj. Homme rusé, malin, qui enfonce le gonce.

Gond

(d’Hautel, 1808) : Sortir des gonds. Pour s’impatienter, se dépiter ; sortir des bornes de son caractère.

Gondole

(Fustier, 1889) : « Gondole est passé dans la langue ; on le dit couramment de l’objet qui a cessé de plaire, de la toilette de la femme et du talent que l’actualité récuse et dont la mode ne veut plus. — Non, trop gondole ! a remplacé le canaille : À Chaillot ! d’autrefois. »

(Événement, mai 1887.)

Gondolé (air)

(Rigaud, 1881) : Mauvaise mine. Avoir l’air gondolé, avoir le visage boursouflé ; allusion au bois gondolé.

Gondoler (se)

(Fustier, 1889) : C’est, dans l’argot courant, l’équivalent exact de notre expression familière : rire à se tordre.

(La Rue, 1894) : Rire avec excès.

(Virmaître, 1894) : Se tordre de rire. Rire à s’en mordre l’œil. C’est gondolant (Argot du peuple). N.

(Rossignol, 1901) : Rire.

Gonfle-bougres

(Rigaud, 1881) : Haricots blancs.

Gonfler (faire) son andouille

(Delvau, 1864) : Se masturber.

Ça m’ trifouille,
Ça m’ gargouille,
Ça fait gonfler mon andouille.

L. L.

Gongonner

(Virmaître, 1894) : Terme employé dans les ménages d’ouvriers lyonnais et aussi par Gnaffron dans les Guignols :
— Ma vieille colombe gongonne toujours quand je liche une chopine.
— Tais-toi donc, vieux gongon.
Gongonner,
synonyme de bougonner et de ronchonner (Argot du peuple). N.

Gonin

(d’Hautel, 1808) : Homme fin et madré, peu délicat dans ses procédés.
C’est un tour de maître Gonin. C’est-à-dire une subtibilité, une escroquerie.

Gons

(M.D., 1844) : Un homme.

Gons de c.

(M.D., 1844) : Une homme com-il faut.

Gonse

(Rossignol, 1901) : Homme, individu dont il s’agit ; le gonse, lui ; une gonsesse est une femme.

Gonsèce

(Clémens, 1840) : Marchande.

Gonsesse

(M.D., 1844) : Une femme.

Gonsesse de c.

(M.D., 1844) : Une femme id. (com-il faut).

Gonsier

(Rossignol, 1901) : Voir gonse.

Gonsier de pain d’épice

(Rossignol, 1901) : Individu sans valeur, bon à rien.

Ma p’tite Suzon, il faut gue j’te bonisse
Que tes manières commencent à m’rendre arnaud ;
J’t’ai démarrée d’un gonsier de pain d’épice
Qui n’savait pas t’arranger comme il faut.

Gonsse

(Clémens, 1840) : Homme.

Gonsse argoté

(Clémens, 1840) : Homme, malin, rusé.

Gonsse huppé

(Clémens, 1840) : Richard, homme comme il faut.

Gonsse, gossier, gonzesse

(La Rue, 1894) : Homme ; femme.

Gonsser

(La Rue, 1894) : Manger.

Gonze

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Niais, dupe.

(Bras-de-Fer, 1829) : Dupe.

(Halbert, 1849) : Homme.

Gonze, gonzesse

(Larchey, 1865) : Homme, femme. V Regout, Raleur. — Pris souvent dans le sens de Bourgeois à dépouiller.

Mais votre orange est fichée. Elle n’a point de queue ? — Allez donc, gonze.

Vadé, 1788.

Gonzesse

(Delvau, 1864) : Fille on femme de mœurs beaucoup trop légères ; fille publique même.

Allumer tous les soirs la chandelle de l’hyménée en faveur d’un tas de gonzesses…

Lemercier de Neuville.

Ils entretienn’nt des gonzesses
Qui loge’ à la Patt’ de Chat.

Guichardet.

(Delvau, 1867) : s. f. Femme en général, et, en particulier, Maîtresse, concubine.

(Rigaud, 1881) : Femme, la première venue. — Amante.

(Merlin, 1888) : Maîtresse, catin, — de l’argot parisien.

(Hayard, 1907) : Femme.

Goret

(d’Hautel, 1808) : Petit cochon.
Sale comme un goret. Comparaison injurieuse que l’on applique à un homme peu soigneux de sa personne, malpropre dans ses vêtemens.

(Delvau, 1867) : s. m. Premier ouvrier, — dans l’argot des cordonniers.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme malpropre, petit cochon, — dans l’argot du peuple, qui a appelé la reine Isabeau la grande gore.

(Rigaud, 1881) : Coupeur de chaussures ; premier ouvrier cordonnier.

Gorge

(d’Hautel, 1808) : Faire grosse gorge. Se pavaner, faire l’orgueilleux, tirer vanité de quelque chose.
Ses ris ne passent pas le nœud de la gorge. Se dit de celui qui rit par complaisance ; d’un homme froid, flegmatique et sérieux, qui ne rit que forcément.
Rire à gorge déployée. Pour dire follement ; de toutes ses forces.
Rendre gorge. Pour vomir, dégobiller.
C’est un bon mâle, il a la gorge noire. Se dit d’un garçon jeune et vigoureux qui a la barbe noire et bien fournie.
Mettre le pied sur la gorge à quelqu’un. Tenir quelqu’un de très-près, l’opprimer ; ne pas lui donner de répit qu’il n’ait satisfait à ce qu’on exige.
Prendre quelqu’un à la gorge. En agir mal avec lui, le traiter de turc à more.
Se couper la gorge. Se battre en duel ; vider un différent à la pointe de l’épée.
Un coupe gorge. Lieu obscur et dangereux, où il ne fait pas bon à se trouver seul pendant la nuit.

(Delvau, 1867) : s. f. Étui, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Étui, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Étui.

Gorge (avoir de la)

(Delvau, 1864) : Posséder de plantureux tétons, — la seule richesse dont les femmes soient fières : c’est comme si elles avaient pignon sur rue.

Dis donc, a-t-elle autant de gorge que moi, ta madame !

Henry Monnier.

Je nuis sûre qu’elle ne se tient pas comme la mienne, sa gorge.

Henry Monnier.

A voir sa gorge toute nue
Son corps tout du long étendu,
L’on jugeait qu’elle avait perdu
Sa pudeur et sa retenue.

Grécourt.

Ma gorge se tient mieux qu’un militaire,
Mon con est boisé comme l’est Meudon,
Afin de cacher l’autel du mystère
Où l’on officie en toute saison.

Anonyme.

Gorge-chaude

(d’Hautel, 1808) : Raillerie, moquerie, per sifflage.
Il fait des gorges chaudes de tout ce qu’il entend. Signifie il tourne tout en plaisanterie, en ridicule.

Gorgniat

(Delvau, 1867) : s. m. Homme malpropre, cochon, — dans l’argot des faubouriens, qui emploient cette expression au propre et au figuré.

(Rigaud, 1881) : Homme malpropre, mal élevé.

Gorinfle

(Hayard, 1907) : Masure de campagne.

Gos (des)

(M.D., 1844) : Des pous.

Gose

(Rigaud, 1881) : Gosier, par apocope.

Gosier

(d’Hautel, 1808) : Il a le gosier sec. Se dit d’un homme toujours disposé à boire ; et notamment d’un musicien.
Avoir le gosier ferré ou pavé. Manger, avaler les alimens quand ils sont bouillans, sans se brûler la gorge.
Un gosier d’éponge. C’est-à-dire, altéré, qui a toujours soif.
Un grand gosier. Pour un grand mangeur.

Gosier pavé

(Larchey, 1865) : Gosier supportant des boissons très-fortes ou très-chaudes.

Gosse

(Clémens, 1840) : Enfant.

(un détenu, 1846) : Enfant.

(Delvau, 1867) : s. f. Bourde, menterie, attrape, — dans l’argot des écoliers et du peuple. Voilà encore un mot fort intéressant, à propos duquel la verve des étymologistes eût pu se donner carrière. On ne sait pas d’où il vient, et, dans le doute, on le fait descendre du verbe français se gausser, venu lui-même du verbe latin gaudere. On aurait pu le faire descendre de moins haut, me semble-t-il. Outre que Noël Du Fail a écrit gosseur et gosseuse, ce qui signifie bien quelque chose, jamais les Parisiens, inventeurs du mot, n’ont prononcé gausse. C’est une onomatopée purement et simplement, — le bruit d’une gousse ou d’une cosse.
Conter des gosses.
Mentir. Monter une gosse. Faire une arce.

(Delvau, 1867) : s. m. Apprenti, — dans l’argot des typographes. Ils disent aussi Attrape-science et Môme.

(Delvau, 1867) : s. m. Enfant, petit garçon, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Enfant, — dans le jargon du peuple, qui dit tantôt le gosse, tantôt la gosse, selon le sexe. — Dans le jargon des voyous, une gosse, une gosseline, c’est une fillette de quinze à seize ans ; sert encore à désigner une amante. Il est à remarquer que mion de gonesse signifiait, autrefois, petit jeune homme. (V. Oudin, Cur. franc.) Gosse pourrait bien être un diminutif de mion de gonesse.

(Rigaud, 1881) : Mensonge, plaisanterie, mauvaise farce.

(Boutmy, 1883) : s. m. Gamin. Dans l’imprimerie, les gosses sont les apprentis ou les receveurs.

(La Rue, 1894) : Femme. Enfant. Mensonge.

Gosse, gosselin

(Larchey, 1865) : Enfant, enfant mort-né. Quelquefois aussi, c’est un synonyme de jésus.

Gosselin

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Petit enfant.

(M.D., 1844) : Petit garçon.

(Delvau, 1867) : s. m. Nouveau-né, — dans l’argot des voleurs.

Gosselin, Gosseline

(Rigaud, 1881) : Nouveau-né, petite-fille au maillot, — dans le jargon du peuple.

Gosselin, ine

(Halbert, 1849) : Jeune garçon, jeune fille.

Gosselinage

(un détenu, 1846) : Enfance — Gosselin. Enfant.

Gosseline

(M.D., 1844) : Petite fille.

(Delvau, 1867) : Petite fille.

Gossemard

(Delvau, 1867) : s. m. Gamin, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Goussemard.

Gosser

(Rigaud, 1881) : Mentir, — dans le jargon des collégiens.

Gosseur

(Delvau, 1867) : adj. et s. Menteur.

(Rigaud, 1881) : Menteur, hâbleur.

Gossier, Gonssier

(Rigaud, 1881) : Homme, individu. C’est une forme nouvelle de gonsse, — dans l’argot des barrières.

Gossinet

(Fustier, 1889) : Petit enfant dans le langage du peuple.

Y a pas classe à la laïque, tantôt ; puisque tu es d’enterrement, emmène donc le gossinet ; ça l’amusera, c’ t’ enfant.

(Petite République française, février 1887.)

Got

(La Rue, 1894) : Certainement.

Goteur

(Halbert, 1849) : Paillard.

(Delvau, 1867) : s. m. Débauché, libertin, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Libertin qui se plaît avec des souillons de cuisine et des souillons de tous genres, vulgo : Gothons.

Gothique

(Delvau, 1867) : adv. Vieux, suranné, — dans l’argot du peuple.

Gothon

(Delvau, 1864) : Abréviation de Margoton, qui signifie fille de mauvaise vie.

(Delvau, 1867) : s. f. Cuisinière malpropre. Signifie aussi Coureuse, — dans l’argot des bourgeois.

(Merlin, 1888) : Maîtresse, catin, comme ci-dessus. — Gothon est un prénom comme Margot.

Gouache

(Rigaud, 1881) : Figure, — dans l’argot des barrières ; les voyous prononcent couache, mais ce doit être une allusion aux portraits à la gouache.

(La Rue, 1894) : Figure.

Goualante

(Delvau, 1867) : s. f. Chanson, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Chanson. Goualer, chanter. Goualeur, goualeuse, chanteur, chanteuse. Vient de gueuler. Goualer à la chienlit, crier au voleur.

(La Rue, 1894) : Chanson. Goualer, gueuliber, chanter. Signifie aussi avouer à la justice.

(Rossignol, 1901) : Chanson.

Goualantes

(Halbert, 1849) : Chansons.

Goualer

(M.D., 1844) : Chanter.

(Halbert, 1849) : Chanter.

(Larchey, 1865) : Chanter. — Vient, comme gueuler, du vieux mot goule (gula) : gosier. — Goualeur, leuse : Chanteur, teuse.

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Chanter. On dit aussi Galouser.

(Virmaître, 1894) : Chanter. On se souvient de la goualeuse des Mystères de Paris. La goualante signifiant chanson, la chanter, goualer, cela va de soi (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Chanter.

(Hayard, 1907) : Chanter.

Goualeur

(un détenu, 1846) : Chanteur des rues.

(Halbert, 1849) : Chanteur.

(Delvau, 1867) : s. m. Chanteur des rues. Goualeuse. Chanteuse.

Goualeur, goualeuse

(La Rue, 1894) : Chanteur, chanteuse.

Goualeuse

(M.D., 1844) : Chanteuse.

(Halbert, 1849) : Chanteuse.

(Rossignol, 1901) : Chanteuse.

Gouape

(Larchey, 1865) : Débauche.

Mes amis, unissons nos voix pour le triomphe de la gouape.

L. Reybaud.

J’aime mieux jouer la poule. — Parce que t’es un gouêpeur, mais ceux qui préfèrent le sentiment la gouape, c’est pas ça.

Monselet.

(Delvau, 1867) : s. f. Vagabondage ; fainéantise, — dans l’argot du peuple.

(Delvau, 1867) : s. f. Filou, — dans l’argot des faubouriens. Faiseur de poufs, — dans l’argot des cabaretiers. On dit aussi Gouapeur. Cependant gouape a quelque chose de plus méprisant.

(La Rue, 1894) : Vagabond, fainéant, débauché, filou.

Gouape (la)

(Rigaud, 1881) : Vagabondage, paresse, débauche et filouterie mêlés. — Vagabond, vaurien : Une gouape.

Gouape, Gouaper

(Merlin, 1888) : Loustic, blagueur. — Ridiculiser quelqu’un, se moquer de lui (argot parisien).

Gouape, peur, peuse

(Larchey, 1865) : Débauché, coureur. — On trouve dans Horace vappa, avec le sens de vaurien. — Vigneul-Marville (dix-septième siècle) dit qu’il y a en Espagne de jeunes seigneurs appelés guaps qui ont rapport à nos petits-maîtres.

Pauvre Depuis, marchand de vin malheureux, que de gouapeurs trompèrent ta confiance !

Monselet.

En 1836, J.-E. Aubry a fait une chanson intitulée : le Gouappeur, très complète comme physiologie.

Gouaper

(M.D., 1844) : Coucher dehors.

(Delvau, 1867) : v. a. Flâner, chercher aventure.

Gouapeur

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Vagabond, homme sans asile.

(M.D., 1844) : Homme sans asile.

(un détenu, 1846) : Individu mal mis, déguenillé.

(Rigaud, 1881) : Vaurien ; gouapeuse, vaurienne.

(Virmaître, 1894) : Individu qui ne travaille jamais (Argot du peuple). V. Loupeur.

Gouapeuse

(Delvau, 1864) : Petite drôlesse qui préfère la rue à l’atelier, le vagabondage au travail, et qui s’amuse avac les quéquettes des polissons de son âge en attendant l’occasion d’amuser les pines des messieurs plus âgés.

Gouapper

(Rossignol, 1901) : Flâner, ne rien faire.

Goudron

(d’Hautel, 1808) : Comme de poix ; et vulgairement Godron. Ce mot, ainsi orthographié, se dit d’une espèce de pli que les femmes faisoient autrefois à leurs fraises.

Gouêper

(Larchey, 1865) : « J’ai comme un brouillard d’avoir gouêpé (vagabondé) dans mon enfance avec un vieux chiffonnier. » — E. Sue.

Gouêpeur

(Larchey, 1865) : Vagabond.

Sans paffes, sans lime, plein de crotte, aussi rupin qu’un plongeur, un soir un gouêpeur en ribotte tombe en frime avec un voleur.

Vidocq.

Quant aux vagabonds adultes qu’on désigne en style d’argot des goêpeurs.

M. Christophe.

Je couchais les bonnes nuits dans les fours à plâtre de Clichy en vrai gouêpeur.

E. Sue.

Gouffre

(d’Hautel, 1808) : C’est un gouffre d’argent. Se dit d’un objet quelconque qui nécessite de grandes dépenses d’argent.

Gouffre secret

(Delvau, 1864) : Grand et vieux con. — Engouffrez-vous, messieurs, voilà l’plaisir !

Ces femmes aident autant qu’elles peuvent à la méprise par les toilettes préparatoires : … elles compriment leurs tétons mollasses et pendants, elles réarent par des locions astringentes les hiatus trop énormes de leurs gouffres secrets.

(Anecd. sur la comtesse du Barry.)

Gouge

(Delvau, 1867) : s. f. Fille ou femme qui vend l’amour au lieu de le donner, — dans l’argot du peuple, qui a déshonoré là un des plus vieux et des plus charmants mots de notre langue. Gouge, comme garce, n’avait pas à l’origine la signification honteuse qu’il a aujourd’hui ; cela voulait dire jeune fille ou jeune femme. « En son aage viril espousa Gargamelle, fille du roy des Parpaillos, belle gouge, » dit Rabelais.

(Rigaud, 1881) : Femme de mauvaise vie, mal élevée. C’est la femelle du goujat.

(Rossignol, 1901) : Femme.

Gouge, gouine

(La Rue, 1894) : Vile prostituée.

Gougniotte

(Rossignol, 1901) : Tribade.

Gougnottage

(Rigaud, 1881) : Honteux commerce, honteuse cohabitation d’une femme avec une autre femme.

Gougnotte

(Delvau, 1864) : « Fille ou femme qui abuse des personnes de son sexe », dit M. Francisque Michel — qui, par pudeur, manque de clarté ; la gougnotte est une fille qui ne jouit qu’avec les filles, qu’elle gamahuche ou qui la branlent ; une gougnotte préfère Sapho à Phaon, le clitoris de sa voisine à la pine de son voisin.

(Delvau, 1867) : s. f. « Femme ou fille qui abuse des personnes de son sexe, — d’où le verbe gougnotter, » dit Francisque Michel. On dit aussi Gusse.

(La Rue, 1894) : Lesbienne, disciple de Sapho. Femme dégradée qui recherche les individus de son sexe. Synonymes : Gusse ou gousse, magnuce, chipette, puce travailleuse ponifle, satin, etc.

(Virmaître, 1894) : Femme qui déteste les hommes et qui a des mœurs à part. On dit aussi gousse (Argot des filles). V. Accouplées.

Gougnotte, Gougne

(Rigaud, 1881) : Tribade ; femme qui joue les travesties à huis clos.

Gougnotte, gousse

(Larchey, 1865) : Tribade. — D’où les verbes gougnotter et gousser.

Gougnotter

(Rigaud, 1881) : Se livrer au dévergondage entre femmes.

Gouille (à la)

(Delvau, 1867) : À la volée, — dans l’argot des enfants, quand ils jouent à jeter des billes. Envoyer à la gouille. Renvoyer quelqu’un qui importune, — dans l’argot des faubouriens.

Gouille (envoyer à la)

(Rigaud, 1881) : Envoyer promener.

Gouillou

(Delvau, 1867) : s. m. Gamin, voyou, — avec cette différence que le premier est le père du second, comme la lorette est la mère de la boule-rouge.

Gouine

(d’Hautel, 1808) : C’est une franche gouine. Nom injurieux que l’on donne à une femme qui s’adonne au vice, à la crapule ; à une prostituée.

(Delvau, 1864) : Nom qu’on donne à toute fille ou femme de mœurs trop légères, et que le Pornographe fait venir de l’anglais queen, reine — de l’immoralité ; mais qui vient plutôt de Nelly Gwinn, célèbre actrice anglaise qui avait commencé par être bouquetière, et qui, d’amant en amant, est devenue la maîtresse favorite de Charles II.

(Delvau, 1867) : s. f. Coureuse, — dans l’argot du peuple, qui a un arsenal d’injures à sa disposition pour foudroyer les drôlesses, ses filles. À qui a-t-il emprunté ce carreau ? A ses ennemis les Anglais, probablement. Il y a eu une Nell Gwynn, maîtresse de je ne sais plus quel Charles II. Il y a aussi la queen, qu’on respecte si fort de l’autre côté du détroit et si peu de ce côté-ci. Choisissez !

(Rigaud, 1881) : Guenon. Méchante femme.

(Rossignol, 1901) : Prostituée.

Goujat

(d’Hautel, 1808) : Terme de mépris qui se dit d’un manœuvre, d’un artisan, d’un rustre, d’un grossier, d’un homme qui semble n’avoir reçu aucune éducation.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme mal élevé, — dans l’argot des bourgeoises.

Goujon

(d’Hautel, 1808) : Faire avaler le goujon à quelqu’un. V. Avaler.

(Delvau, 1864) : Le membre viril, — qui frétille dans le con de la femme comme poisson dans l’eau.

Mais surtout prenez ce goujon,
Et mettez-le dans la fontaine
Qu’on voit tout le long, le long de la bedaine.

(Chanson anonyme moderne.)

(Delvau, 1867) : s. m. Homme facile à duper, — dans l’argot des filles, qui ont pour hameçons leurs sourires et leurs regards ; — ainsi que dans l’argot des faiseurs, qui ont pour hameçons des dividendes invraisemblables.

(Rigaud, 1881) : Jeune voyou qui vit aux crochets d’une pierreuse ou de toute autre prostituée ignoble. « Petit poisson deviendra grand / Pourvu que Dieu lui prête vie. »

(Rigaud, 1881) : Petit morceau de fil de zinc dont les marbriers se servent, en guise de clou, pour ajuster les plaques de marbre.

(La Rue, 1894) : Petit souteneur. Homme facile à duper.

Goujon (avaler le)

(Larchey, 1865) : Mourir.

Quoi qu’on dise et quoi qu’on fasse, il faut avaler le goujon.

1815, Francis.

Se dit aussi pour Tomber dans un piège.

Goujon (lâcher son)

(Rigaud, 1881) : Vomir.

T’as lâché ton goujon
Sur mon baluchon.

(Chans. pop.)

Goujon d’hôpital

(Rigaud, 1881) : Sangsue, — dans le jargon des voyous.

Goujonner

(Delvau, 1867) : v. a. Tromper, duper quelqu’un. On disait autrefois Faire avaler le goujon.

Goule

(d’Hautel, 1808) : La goule. Pour la bouche, le palais.

(Delvau, 1867) : s. f. La gorge, le gosier, — dans l’argot du peuple, qui parle latin sans le savoir (gula).

(Rossignol, 1901) : Gueule (patois normand).

Goulée

(d’Hautel, 1808) : Ce qui peut tenir dans la bouche ; grosse bouchée.
Ce plat ne lui feroit qu’une goulée. Se dit d’un homme qui mange de très-gros morceaux à la fois.

(Delvau, 1867) : s. f. Bouchée de viande ou cuillerée de soupe.

Gouliaffe

(Delvau, 1867) : s. m. Gourmand, ou plutôt goinfre. Le mot est vieux, puisqu’on le trouve dans la langue romane. On dit aussi gouillafre, ou gouillaffe.

Gouliafre

(d’Hautel, 1808) : Celui qui mange sans mesure et sans propreté.

Gouline

(M.D., 1844) : Une valise.

Goulot

(Delvau, 1867) : s. m. Bouche, gosier, — dans l’argot des faubouriens. Trouilloter du goulot. Fetidum halitum habere.

(Rigaud, 1881) : Bouche, gosier. Repousser du goulot, sentir mauvais de la bouche.

Goulu

(d’Hautel, 1808) : Qui fait un dieu de son ventre ; qui aime par-dessus tout, la table et la bonne chère.

(d’Hautel, 1808) : Il en mange comme un goulu. Expression triviale et exagérée, pour dire qu’un homme est fort exercé et très-habile dans un art ou une profession quelconque.

(Halbert, 1849) : Puits.

(Larchey, 1865) : Poêle (Vidocq). Il avale beaucoup de bois.

(Delvau, 1867) : s. m. Poêle, — dans l’argot des voleurs. Se dit aussi pour Puits.

(Rigaud, 1881) : Puits. — Poêle à chauffer.

(La Rue, 1894) : Puits. Poêle.

(Virmaître, 1894) : Dévorer ses aliments (Argot du peuple). V. Baffrer.

Goupillon

(Rigaud, 1881) : Commis au pair, — dans le jargon des employés de la nouveauté. C’est, sans doute, une altération de gouspillon, gouspin.

Goupillon (le)

(Delvau, 1864) : Le membre viril — avec lequel on asperge de sperme les femmes, heureuses d’être ainsi aspergées.

En priant pour la sainte Vierge,
Vous prîtes votre goupillon,
Et le tenant droit comme un cierge,
Il semblait que le cotillon
Vous donnai certain aiguillon.

(Parnasse satyrique.)

Goupillonnard

(Fustier, 1889) : Clérical, religieux.

Il ne pourra faire autrement… pour obtenir du bon Dieu le service dont a besoin le correspondant du journal goupillonnard.

(République anti-cléricale, août 1882.)

Goupine

(Halbert, 1849) : Mise étrange.

(Rigaud, 1881) : Tête, allure de voleur ; mise dans le goût de celle de Robert-Macaire.

Goupiner

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Faire quelque chose.

(Bras-de-Fer, 1829) : Travailler.

(Clémens, 1840) : Travailler.

(un détenu, 1846) : Faire quelque chose. Un objet bien goupiné est un objet bien fait.

(Larchey, 1865) : Voler. V. Estourbir, Butter.

Voilà donc une classe d’individus réduite à la dure extrémité de travailler sur le grand trimar, de goupiner

Cinquante mille voleurs de plus à Paris, Paris, 1830, in-8.

J’ai roulé de vergne en vergne pour apprendre à goupiner.

Vidocq.

(Delvau, 1867) : v. a. Voler, — dans le même argot [des voleurs]. Goupiner les poivriers. Dévaliser les ivrognes endormis sur la voie publique.

(Rigaud, 1881) : Voler, s’ingénier à faire le mal.

En goupinant seul et dans un pays étranger, on n’a à craindre ni les moutons ni les reluqueurs.

(J. Richepin, l’Assassin nu.)

Goupiner les poivriers, voler les ivrognes.

(La Rue, 1894) : Voler. Travailler.

(Virmaître, 1894) : Voler. On applique également ce mot à quelqu’un de mal habillé.
— Est-il goupiné ? (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Travailler.

(Hayard, 1907) : Arranger, apprêter un vol.

Goupineur

(Delvau, 1867) : s. m. Voleur.

Goupineurs

(Virmaître, 1894) : Voleurs qui ont la spécialité de dévaliser les pochards qui s’endorment sur la voie publique. Ils goupinent les profondes (Argot des voleurs).

Goupline

(anon., 1827) : Pinte.

(Bras-de-Fer, 1829) : Pinte.

(Halbert, 1849) : Une pinte.

(Delvau, 1867) : s. f. Litre, — dans le même argot.

(Rigaud, 1881) : Litre de vin, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Litre de vin.

(Virmaître, 1894) : Litre de vin.
— C’est pas malin que nous étions chlasse ; à quatre, nous avons étranglé douze gouplines de ginglard à Charonne, au Petit Bonhomme qui chie (Argot du peuple). N.

Gour

(Delvau, 1867) : s. m. Pot à eau ou à vin, — dans le même argot. Dans la langue des honnêtes gens, le gour est un creux plein d’eau dans un rocher, au pied d’un arbre, etc.

Gour plein de pivois

(Halbert, 1849) : Un pot de vin.

Gourd

(d’Hautel, 1808) : C’est un gaillard qui n’a pas les mains gourdes. C’est-à-dire, c’est un garçon qui travaille avec ardeur ; ou auquel il ne faut pas chercher dispute.
Se prend aussi en mauvaise part, et se dit d’un homme qui aime beaucoup à prendre, et dont il faut se méfier.

(Rigaud, 1881) : Tromperie, mensonge, filouterie. D’où l’ancien verbe gourrer.

Pour gourrer les pauvres gens
Qui leur babil veulent croira.

(Parnasse des Muses.)

(La Rue, 1894) : Pot.

Gourd, de

(Delvau, 1867) : adj. Engourdi par le froid, — dans l’argot du peuple.

Gourde

(d’Hautel, 1808) : Une gourde. Calebasse dans laquelle on met du vin ou des liqueurs pour se réconforter en voyage.
Un gros gourdin. Pour tricot, gros bâton.

(Fustier, 1889) : Niais, imbécile.

(La Rue, 1894) : Boucle d’oreille. Benêt.

(Virmaître, 1894) : Homme pâteux, paysan mal dégrossi. Au superlatif : crème de gourde (Argot du peuple). N.

Gourde ou Gourdée

(Rossignol, 1901) : Bête, imbécile.

Gourde, goudiflot

(Hayard, 1907) : Simple, naïf.

Gourdement

(anon., 1827) : Beaucoup, bien.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Beaucoup.

(Bras-de-Fer, 1829) : Beaucoup, bien.

(Halbert, 1849) : Beaucoup.

(Larchey, 1865) : Bien, beaucoup. V. Pavillonner, Artie.

(Delvau, 1867) : adv. Beaucoup, — dans l’argot des voyous.

(Rigaud, 1881) : Beaucoup, très bien, — dans l’ancien argot.

(La Rue, 1894) : Beaucoup.

Gourdes (les)

(Delvau, 1864) : Les testicules, dans lesquels il y a une provision du cordial qui réchauffe les femmes malades de langueur.

Le troupier : mes roustons, le cocher : mes roupettes ;
Le marchand de coco : des gourdes ; les grisettes :
Des machines…

Louis Protat.

Gourdifflot

(Virmaître, 1894) : Petite gourde (Argot du peuple).

Gourdiflot

(Rossignol, 1901) : Synonyme de gourde.

Gourdin

(Delvau, 1867) : s. m. Gros bâton, — dans l’argot du peuple, qui pour le manœuvrer ne doit pas avoir les mains gourdes.

Gourdiner

(Delvau, 1867) : v. a. Bâtonner quelqu’un.

Gouré, ée

(Halbert, 1849) : Trompé, trompée.

Gourer

(Halbert, 1849) : Tromper.

(Rigaud, 1881) : Duper, filouter.

(La Rue, 1894) : Tromper. Goure, friponnerie.

(Hayard, 1907) : Tromper, se gourer — douter.

Gourer (se)

(Rigaud, 1881) : Ne pas observer la couleur locale, commettre un anachronisme, — dans le jargon des comédiens.

Les actrices de mélodrame se gourent quand elles courent à travers la montagne avec de petits souliers de satin blanc. À Chartres, j’ai vu Abraham mettre le feu au bûcher avec un briquet de M. Fumade.

(Petit Dict. des coulisses.)

(Rossignol, 1901) : Se méfier, se tromper. Celui qui craint d’être suivi par un agent pour le surveiller, se goure.

Tu te goures, si tu crois que c’est Jules qui m’a dit cela.

Goureur

(Larchey, 1865) : « Les goureurs sont de faux marchands qui vendent de mauvaises marchandises sous prétexte de bon marché. — Le faux marin qui vend dix francs des rasoirs anglais de quinze sous… goureur. — Le chasseur d’Afrique qui rapporte d’Alger des cachemires… goureur. — L’ouvrier qui a trouvé une montre d’or et qui veut la vendre aux passants… goureur. »

H. Monnier.

(Rigaud, 1881) : Escroc qui exploite la crédulité ou la bêtise de quelqu’un pour lui vendre fort cher un objet de peu de valeur. — Goureur de la haute, celui qui fait des dupes en émettant des actions d’une entreprise imaginaire, comme, par exemple, les actions de mines de pains à cacheter.

Goureur, euse

(Halbert, 1849) : Trompeur, trompeuse.

Goureurs

(Virmaître, 1894) : Les goureurs sont des individus qui se déguisent en marins étrangers venant des pays lointains. Ils offrent au public des marchandises qu’ils ont soi-disant rapportées de l’Inde ou de la Perse, et qui proviennent tout bonnement d’un bazar quelconque (Argot des voleurs).

Gourgande

(Delvau, 1867) : s. f. Apocope de Gourgandine, — dans l’argot des faubouriens.

Gourgandinage

(Rigaud, 1881) : Débauche, plaisirs crapuleux.

Gourgandine

(d’Hautel, 1808) : Catin, garce, fille perdue par la débauche.

(Delvau, 1864) : Fille ou femme qui se laisse baiser par le premier homme venu, militaire ou pékin, gros ou petit, riche ou pauvre, qui lui offre un dîner, une robe, ou seulement un verre de jaune.

Toujours il a eu le même public mâle et femelle, les mêmes faubouriens et les mêmes faubouriennes, les mêmes voyous et les mêmes petites gourgandines.

A. Delvau.

(Delvau, 1867) : s. f. Fille ou femme qui court plus que ses jambes et la morale le lui permettent, et qui, en courant ainsi, s’expose à faire une infinité de glissades. Argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Femme de mauvaise vie ; coureuse. Au XVe siècle le mot avait le sens qu’il a aujourd’hui. On disait encore gourdine et gourdane. Les gourgandines habitaient l’île de la Gourdaine dans la Cité, anciennement (au XIIIe siècle) l’île aux Vaches. C’est dans l’île aux Vaches que furent brûlés les Templiers. (P. Dufour, Hist. de la prostitution, 1852.)

S’il pouvait devenir cocu
Épousant une gourgandine.

(Scarron, Poésies.)

Et sans sourdines,
Mener joyeuse vie avec des gourgandines.

(V. Hugo, Châtiments.)

(La Rue, 1894) : Coureuse. Fille de mauvaise vie.

Gourgandiner

(Delvau, 1864) : Hanter les mauvais lieux et les drôlesses qui les habitent.

(Delvau, 1867) : v. n. Mener une vie libertine.

(Rigaud, 1881) : Courir les bals, les soupers et les hommes. — Des drôlesses qui ne font que gourgandiner.

Gourganer

(Delvau, 1867) : v. n. Manger de la prison, — dans l’argot des faubouriens.

Gourganes

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Lentilles ou haricots, — dans l’argot des prisons et des ateliers, où les nommes sont nourris comme des bestiaux. Gourganes des prés. Celles qui constituent la nourriture des forçats. Proprement, la gourgane est une petite fève de marais fort douce.

Gourgoussage

(Delvau, 1867) : s. m. Murmure de mécontentement ou de colère, — dans l’argot des typographes.

Gourgousser

(Delvau, 1867) : v. n. Murmurer.

(Rigaud, 1881) : Se plaindre sans cesse, se répandre en jérémiades, — dans le jargon des typographes.

(Boutmy, 1883) : v. intr. Se répandre en jérémiades, en récriminations de toute sorte et à propos de tout.

Gourgousseur

(Rigaud, 1881) : Celui qui se plaint sans cesse et à propos de rien. C’est une allusion au bruit produit par les borborygmes, ces plaintes que font entendre les boyaux incommodés ou en détresse.

(Boutmy, 1883) : s. m. Celui qui gourgousse. Nous avons défini ce type dans la première partie de cette Étude.

Gourmande

(Delvau, 1864) : Femme trop portée sur la queue, et difficile à satisfaire à cause de cela.

(Hayard, 1907) : Bouche.

Gourme

(Delvau, 1867) : s. f. La fougue de la jeunesse, — dans l’argot du peuple, qui sait que cet impetigo finit toujours par disparaître avec les années, — malheureusement ! Jeter sa gourme. Vivre follement, en casse-cou, sans souci des périls, des maladies et de la mort.

Gourpline

(Halbert, 1849) : Plainte.

Gourrer

(d’Hautel, 1808) : Tromper, duper, friponner, escroquer quelqu’un.
Il s’est laissé gourrer. Pour, il s’ est laissé attrapper.
Se gourrer. Se duper soi-même ; se tromper à son préjudice, dans un calcul ou dans une spéculation.

(Delvau, 1867) : v. a. Tromper, duper, — dans l’argot des voleurs, qui se sont approprié là un verbe du langage des honnêtes gens. (Goure, drogue falsifiée ; goureur, qui falsifie les drogues.)

Gourreur

(Delvau, 1867) : s. m. Trompeur.

Gouspin

(Larchey, 1865) : Mauvais gamin. — Diminutif du vieux mot gous : chien.

Quarante ou cinquante jeunes gouspins bruyants et rageurs.

Commerson.

(Delvau, 1867) : s. m. Voyou, jeune apprenti voleur, — dans l’argot des faubouriens, qui se servent de cette expression depuis longtemps.

(Rigaud, 1881) : Petit polisson ; pauvre diable.

(La Rue, 1894) : Voyou. Apprenti voleur.

Gouspiner

(d’Hautel, 1808) : Vagabonder, faire le polisson ; jouer dans les rues à la manière des petits enfans et des écoliers.

(Delvau, 1867) : v. n. Vagabonder au lieu de travailler.

(Rigaud, 1881) : Vagabonder.

Gousse

(Larchey, 1865) : Voir Gougnotte. — Mot à mot chienne.

(Rossignol, 1901) : Tribade. On dit aussi vrille, gougniotte, marchande d’ail.

Gousse (la)

(Delvau, 1867) : Nom donné au banquet mensuel des artistes du Vaudeville. Il a lieu, le premier jeudi de chaque mois, chez Laumonier-Brébant.

Gousse ou goussepin

(d’Hautel, 1808) : Sobriquet que l’on donne ordinairement à un petit polisson, à un enfant d’humeur dissipée, qui ne fait que jouer dans les rues.
On donne aussi ce nom, par mépris, à celui qui dans une maison est chargé de toutes les commissions ; à un homme de fort basse extraction.

Gousse, Gaupe

(Rigaud, 1881) : Fille publique, — dans le jargon des voyous.

Goussepin

(Rossignol, 1901) : Enfant.

Gousset

(Delvau, 1867) : s. m. Aisselle, — dans l’argot du peuple. Sentir du gousset. Puer.

Μασχάλη, axila, aisselle, sale odeur,

dit M. Romain Cornut, expurgateur de Lancelot et continuateur de Port-Royal.

(Rigaud, 1881) : Aisselle. — Rifler du gousset, transpirer de dessous les bras.

(La Rue, 1894) : Aisselle.

Gousset percé (avoir le)

(Larchey, 1865) : N’avoir pas un sou en poche.

Comment faire quand on a le gousset percé

Letellier, Chanson, 1839.

(Rigaud, 1881) : Être prodigue, ne pas savoir garder un sou en poche. — Ne pas avoir d’argent dans sa poche.

Gousset, Gouffier

(Rigaud, 1881) : Manger, — dans le jargon des voleurs.

Goût

(d’Hautel, 1808) : Sentir un goût de renfermé. Exhaler une odeur de moisi.
Des goûts et des couleurs on ne peut disputer. Pour dire, chacun a son goût, ses fantaisies, ses caprices, ses inclinations.
Perdre le goût du pain. Laisser ses os dans une affaire, y mourir.
Le prix en fait perdre le goût. Signifie que l’on se dégoûte facilement d’une chose trop chère.

Goût du pain (faire passer le)

(Rigaud, 1881) : Tuer.

Goût du pain (paire passer le)

(La Rue, 1894) : Tuer.

Gout particulier

(Delvau, 1864) : La pédérastie ou le gougnottisme, selon le sexe ; ainsi nommé parce que c’est un goût presque général chez les filles galantes de Paris.

Ne croyez pas que je contracte
Ce goût, déjà trop répandu ;
C’est bon pour amuser l’entr’acte
Quand le grand acteur est rendu.

Béranger.

Gout pour quelqu’un (avoir du)

(Delvau, 1864) : Avoir envie de coucher avec telle femme plutôt qu’avec telle autre lorsqu’on est homme, ou avec tel homme plutôt qu’avec tel autre lorsqu’on est femme.

Elle en tombera à la renverse si elle a autant de goût pour moi que vous le dites.

La Popelinière.

Dit-on à présent : Je vous aime ?
Non, l’on dit : j’ai du goût pour vous.

Collé.

Goûter

(Delvau, 1867) : v. n. Plaire, faire plaisir.

Gouter les plaisirs, les ébats, les joies, etc.

(Delvau, 1864) : Baiser, ce qui est la félicité suprême.

Mais qu’importe, si l’on goûte
Le doux plaisir de la chair ?
Qu’importe, pourvu qu’on foute ?
Cela vous paraît-il clair ?

Collé.

Eh bien ! mon petit cœur, eh bien ! ma mignonnette,
Ne voulez-vous pas bien vous marier un jour
Pour goûter les ébats du petit dieu d’amour.

Trotterel

Quand elle eut commencé à goûter un peu les joies de ce monde, elle sentit que son mari ne la faisait que mettre en appétit.

Bonaventure Desperriers.

Gouts contre nature (avoir des)

(Delvau, 1864) : Être pédéraste, si l’on est homme, — ou gougnotte, si l’on est femme.

On ne le lui met plus !… On le lui a donc déjà mis ? L’homme que j’ai honoré de mes faveurs aurait donc des goûts contre nature ?

Jean Du Boys.

Gouts lubriques (avoir des)

(Delvau, 1864) : Être très corrompu en amour.

On l’accusa d’avoir des goûts lubriques,
Dont le récit fait dresser les cheveux ;
De dédaîgner Les amours platoniques
Et de boucher des trous incestueux.

Ch. Boyle.

Goutte

(d’Hautel, 1808) : Elles se ressemblent comme deux gouttes d’eau. Se dit par métaphore de deux sœurs, de deux personnes qui ont une ressemblance frappante.
C’est une goutte d’eau dans la mer. C’est-à dire, un point imperceptible dans cette affaire.
Aux fièvres et à la goutte, les médecins ne voient goutte. Pour le malheur du genre humain, ce ne sont pas à ces deux fléaux seuls que se bornent leur ignorance et leurs bévues.

(Delvau, 1864) : Employé dans un sens obscène pour désigner le sperme.

Elle sucerait bien la goutte
De quelque gros vit raboulé,
Mais je veux qu’un goujat la foute
Avecun concombre pelé.

Théophile.

(Larchey, 1865) : Ration d’eau-de-vie que les soldats boivent habituellement le matin avant l’appel, et les ouvriers avant l’heure du travail. — Allusion à la petite dose (goutte) d’alcool qu’on prend ou qu’on est censé prendre.

J’appelis ma mère qui buvait sa goutte au P’tit trou.

Rétif, 1783.

Mais pourvu qu’on paie la goutte aux anciens, N’est-ce pas, colonel ?

Gavarni.

(Delvau, 1867) : adv. Peu ou point. N’y voir goutte. N’y pas voir du tout. On dit aussi N’y entendre goutte.

(Delvau, 1867) : s. f. Petit verre d’eau-de-vie, — dans l’argot des ouvriers et des soldats. Marchand de goutte. Liquoriste.

(Rigaud, 1881) : Mesure d’eau-de-vie de la capacité d’un décilitre. Prendre la goutte, boire un verre d’eau-de-vie. — Bonne goutte, bonne eau-de-vie. — Pour le peuple tout bon cognac, fût-il à vingt francs la bouteille, est de la bonne goutte.

Goutte (donner la)

(Rigaud, 1881) : Donner à téter. — Demander la goutte, demander à téter en piaillant ou à haute et intelligible voix, comme font les enfants qui ne sont pas encore sevrés à deux ans. La mère dont les mamelles sont presque taries, ne peut plus donner qu’une pauvre goutte à son nourrisson.

Goutte militaire

(Delvau, 1864) : Sécrétion gonorrhéique qui vient chaque matin au bout du membre viril qui a été à la guerre amoureuse et qui y a été blessé — sans daigner se guérir.

(Rigaud, 1881) : Souvenir persistant d’un coup de pied de Vénus.

(Rossignol, 1901) : Voir plombé.

Gouttière (lapin de)

(Rigaud, 1881) : Chat, — dans le jargon du peuple qui, chaque fois qu’on lui sert du lapin à la gargote, renouvelle la plaisanterie, parce qu’il faut bien rire un peu.

Gouttière à merde

(Rigaud, 1881) : Derrière, — dans le jargon des voyous. Va donc te laver ta gouttière à merde aura crevé, tu foisonnes trop. — Faudra faire mettre un bèquet à ta gouttière à merde.

Gouverne

(Delvau, 1867) : s. f. Règle de conduite ; façon d’agir.

Gouvernement

(Delvau, 1867) : s. m. Épée d’ordonnance, — dans l’argot des Polytechniciens, qui distinguent entre les armes que leur fournit le gouvernement et celles qu’ils se choisissent eux-mêmes. (V. Spickel.)

(Rigaud, 1881) : Dans la bouche de l’ouvrier, ce mot est synonyme de « ma bourgeoise, mon gendarme. » Quand un ouvrier parle de sa femme, il dit volontiers « mon gouvernement ». — Hier, j’ai pris un fameux bain avec des camaros, je me suis cuité dans le gîte, reuse-ment que mon gouvernement m’a pas entendu rentrer.

(Rigaud, 1881) : Épée d’ordonnance des polytechniciens. Mot à mot : épée fournie par le gouvernement.

(Virmaître, 1894) : Épée à l’École Polytechnique. A. D. Gouvernement : La femme dans les ménages d’ouvriers.
— Mon vieux, pas mèche d’aller gouaper avec toi, mon gouvernement est tellement rosse que je serais engueulé toute la semaine (Argot du peuple). N.

Goy, Goym

(Rigaud, 1881) : Chrétien, — dans le patois des marchands juifs. Râler le goye, tromper le chrétien. — Les marchands forains, mais principalement ceux du Midi, ont donné le nom de goye à l’acheteur doté d’une bonne tête d’imbécile.

Goy, goym

(La Rue, 1894) : Chrétien, dans l’argot des juifs. Râler le goye, tromper le chrétien.

Goye

(Larchey, 1865) : Dupe, niais. — Signifie depuis longtemps Chrétien chez les juifs.

Le goye te mire, le pante te regarde.

Monselet.

(Rigaud, 1881) : Boiteux, — dans le jargon des méridionaux de Paris.

Grabat

(d’Hautel, 1808) : Mauvais lit. Être sur le grabat. Être dans une extrême indigence ; être à l’agonie, sur le point d’expirer, près de rendre l’ame.

Grabuge

(d’Hautel, 1808) : Pour vacarme, désordre, sédition, tumulte, zizanie, querelle.

(Delvau, 1867) : s. m. Trouble, vacarme, — dans l’argot du peuple.

Grace

(d’Hautel, 1808) : Cela lui est venu par la grace de Dieu. Se dit d’un homme qui tout-à-coup est de venu riche, sans que l’on sache comment il a gagné son bien-être.

Gracieuser

(d’Hautel, 1808) : Montrer de la bienveillance, faire un bon accueil à quelqu’un, l’agréer.

Gracieux

(d’Hautel, 1808) : Il est gracieux comme la porte d’une prison. Se dit d’un homme qui a l’abord dur et repoussant, qui réellement est grossier et brutal.

Gradouble

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Plomb. Attrimer du gradouble, voler le plomb des gouttières.

Graffagnade

(Rigaud, 1881) : Commerce de mauvais tableaux. — Tableau de commerce, — dans le jargon des marchands de bric-à-brac.

Graffigner

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Saisir, prendre, — dans l’argot des faubouriens. Signifie aussi Égratigner.

Graffin

(Delvau, 1867) : s. m. Chiffonnier.

Grafin

(Rigaud, 1881) : Chiffonnier ; par allusion au crochet qui agrafe les épaves échouées le long des trottoirs.

Graillon

(d’Hautel, 1808) : Au propre, excrétion de la poitrine ; au figuré, vieux restes de viande ; chiffons ; frivolités.
Sentir le graillon. Répandre une odeur de viande, ou de graisse brûlée.

(Delvau, 1867) : s. f. Servante malpropre, cuisinière peu appétissante. Argot du peuple. On dit aussi Marie-Graillon.

(Virmaître, 1894) : Cuisinière, laveuse de vaisselle. Fille sale qui pue la mauvaise graisse (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Mauvais cuisinier. La ménagère qui lave son linge est aussi un graillon.

Graillonner

(d’Hautel, 1808) : Faire des efforts pour cracher ; expectorer continuellement.

(Larchey, 1865) : Parler (Vidocq). — Diminutif du vieux mot grailler : croasser. V. Roquefort.

(Delvau, 1867) : v. n. Cracher fréquemment.

(Delvau, 1867) : v. n. S’entretenir à haute voix, d’une fenêtre ou d’une cour à l’autre, — dans l’argot des prisons.

(Rigaud, 1881) : Converser à haute voix, d’une cour de prison à l’autre, du dortoir à la cour.

(Rigaud, 1881) : Cracher avec effort, tousser gras.

(La Rue, 1894) : Écrire. Cracher. Parler d’une fenêtre à l’autre, dans une prison.

(Rossignol, 1901) : Mal laver une chose ou un objet, c’est le graillonner.

Graillonneur

(d’Hautel, 1808) : C’est un graillonneur perpétuel. Se dit d’un homme qui graillonne, qui crachotte perpétuellement.

(Larchey, 1865) : Homme qui expectore souvent.

Comme c’est ragoûtant d’avoir affaire avant son déjeuner à un graillonneur pareil !

H. Monnier.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme qui crache à chaque instant.

Graillonneur, Graillonneuse

(Rigaud, 1881) : Celui, celle qui graillonne.

Comme c’est ragoûtant d’avoir affaire avant son déjeuner à un graillonneur pareil !

(H. Monnier, Scènes populaires.)

Graillonneuse

(Delvau, 1867) : s. f. Femme qui vient laver son linge au bateau sans être du métier, — dans l’argot des blanchisseuses.

(Rigaud, 1881) : Blanchisseuse par occasion. C’est le nom que donnent les blanchisseuses de profession aux ménagères qui vont au lavoir laver le linge de leur famille, parce que, ne possédant pas très bien le maniement du battoir, elles éclaboussent tout le monde autour d’elles.

(Virmaître, 1894) : Ménagère qui va laver accidentellement son linge au lavoir (Argot des blanchisseuses). V. Baquet.

Grain

(d’Hautel, 1808) : Un ventre à tout grain. Pour dire un homme peu délicat sur le manger, que les alimens les plus lourds ne peuvent incommoder ; un bélitre, un dissipateur.
Avoir des grains, amasser des grains. Pour avoir ou amasser de l’argent.
Un grain de six balles. Pour dire un écu de six francs.
Être dans le grain. Pour, être en bonne fortune ; avoir le vent en pouppe.
Un Catholique à gros grains. Voyez Catholique.
Il mangeroit cet homme avec un grain de sel. Pour dire, il est bien plus fort que lui ; il lui est infiniment supérieur.

(anon., 1827) : Écu.

(Bras-de-Fer, 1829) : Écu.

(Halbert, 1849) : Écu.

(Delvau, 1867) : s. m. Pièce de cinquante centimes, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Pièce de dix sous, — dans l’argot du Temple.

Grain (avoir un)

(Delvau, 1867) : v. a. Être un peu fou, ou seulement maniaque, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Avoir l’esprit un peu dérangé. Mot à mot : un grain de folie.

Grain (écraser un)

(Larchey, 1865) : Boire la goutte. Plus applicable à l’alcool dans lequel on conserve quelques grains de verjus.

Est-ce que nous n’écrasons pas un grain ?

La Bédollière.

(Boutmy, 1883) : v. Boire, s’enivrer.

Grain de brune, saute-cou, terre-à-terre

(La Rue, 1894) : Foulard. Il sert au voleur, le soir, pour étrangler et terrasser sa victime.

Grain, petit grain

(Rigaud, 1881) : Animation causée par un commencement d’ivresse.

Graine

(d’Hautel, 1808) : C’est de la graine de niais. Pour, c’est une attrape, il ne faut point ajouter foi à ce discours.
Monter en graine. Pour vieillir, se casser.
On dit d’une troupe de petits polissons, que c’est de la graine d’andouille.

Graine d’attrape

(Delvau, 1867) : s. f. Mensonge, moquerie, tromperie.

Graine d’épinards

(Larchey, 1865) : Épaulette d’officier supérieur. — Avant d’avoir quitté la branche, ces graines ressemblent en effet assez aux grosses torsades d’épaulettes.

Les grands qui viennent au monde avec des épinards d’amiral sur l’épaule.

L. Desnoyer.

Graine d’épinards à part, les officiers du 101e sont tous supérieurs.

Noriac.

(Delvau, 1867) : s. f. Épaulettes des officiers supérieurs, — dans l’argot des troupiers, dont ce légume est le desideratum permanent. Porter la graine d’épinards. Avoir des épaulettes d’officier supérieur.

Graine de chou colossal

(Delvau, 1867) : s. f. Amorce pour duper les simples. C’est un souvenir des réclames faites il y a vingt ans par un industriel possesseur d’une variété de brassica oleracea fantastique, « servant à la fois à la nourriture des hommes et des bestiaux, et donnant un ombrage agréable pendant l’été ».

Graisse

(d’Hautel, 1808) : La graisse ne l’étouffe pas, ne l’empêche pas de marcher. Se dit en plaisantant d’une personne très-maigre, qui marche avec vivacité.
Faire de la graisse. Dormir trop long-temps, paresser, se laisser aller à la mollesse.
Ce n’est pas le tout que des choux, il faut encore de la graisse. Se dit lorsque l’on n’a qu’une partie des choses nécessaires à une entreprise.

(Larchey, 1865) : Argent. — Il y a gras, il y a de la graisse : Il y a un bon butin à faire.

Il n’y a pas gras !

Gavarni.

(Delvau, 1867) : s. m. Variété de voleur dont Vidocq donne le signalement et l’industrie (p. 193).

(Delvau, 1867) : s. f. Argent, — dans l’argot du peuple, qui sait que c’est avec cela qu’on enduit les consciences pour les empêcher de crier lorsqu’elles tournent sur leurs gonds.

(Rigaud, 1881) : Argent. L’huile et le beurre ont également eu la même signification ; aujourd’hui ces mots ne sont plus employés que par quelques vieux débris des anciens bagnes.

Graisse (se plaindre de trop de)

(Rigaud, 1881) : Se plaindre mal à propos, se plaindre quand on ne manque de rien. Encore un qui se plaint de trop de graisse.

Graisser

(d’Hautel, 1808) : Graisser la patte à quelqu’un. Le corrompre, le gagner à force d’argent.
Graisser ses bottes. Se disposer à partir ; à voyager dans l’autre monde.

(d’Hautel, 1808) : Graisser le couteau. Manger de la viande au déjeûner, ce que l’on ne fait ordinairement qu’au dîner.
Graisser les épaules, ou la peau à quelqu’un. Le battre, lui donner une volée de coups de bâton.
Graisser le marteau d’une porte. Soudoyer, gagner un portier à force d’argent.
Graissez les bottes d’un vilain, il dira qu’on les lui brûle. Vieux proverbe qui signifie que l’on ne gagne rien à obliger un méchant homme.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Donner, contribuer, fournir, gratifier.

(Halbert, 1849) : Gratter.

(Delvau, 1867) : v. a. Gratter, — dans l’argot des voleurs.

(Virmaître, 1894) : Je vais te graisser, te battre. Graisser les poches de quelqu’un : y mettre de l’argent. Graisser sa femme : allusion au graissage de l’essieu pour que la voiture roule mieux (Argot des souteneurs).

(Rossignol, 1901) : Celui qui, enjouant, arrange les cartes de façon à avoir tout le jeu pour lui, fait de la graisse ; c’est un graisseur. On dit aussi faire du suif. Quand on dit à quelqu’un : J’te vas graisser, c’est lui dire : Je vais te flanquer des coups.

Graisser la marmite

(Larchey, 1865) : Payer sa bienvenue.

À mon régiment, M’fallut graisser la marmite, Et j’n’ai plus d’argent.

Vachelot, Chansons, 1855.

(Rigaud, 1881) : Payer sa bienvenue, — dans le jargon des troupiers. — Battre sa maîtresse, — dans le jargon des souteneurs.

Graisser la patte

(Larchey, 1865) : Remettre une somme de la main à la main, corrompre.

(Delvau, 1867) : v. a. Acheter la discrétion de quelqu’un, principalement des inférieurs, employés, concierges ou valets. On dit aussi graisser le marteau, — mais plus spécialement en parlant des concierges.

Graisser le train

(Rigaud, 1881) : Battre, donner des coups de pied au derrière. Mot à mot : graisser le train de derrière, — dans le jargon des voyous.

Graisser le vagin (se)

(Delvau, 1864) : Se faire baiser, s’oindre le con de sperme.

C’était ma femme au retour d’un voyage,
Et qui devait n’arriver que demain ;
Elle venait consoler mon veuvage,
Et pour cela se graissait le vagin.

Anonyme.

Graisser les bottes

(Delvau, 1867) : v. a. Donner des coups à quelqu’un, — dans l’argot des faubouriens. Signifie aussi : Faire des compliments à quelqu’un, le combler d’aise en nattant sa vanité.

(Virmaître, 1894) : Mourir. L. L. Graisser les bottes : l’extrême-onction. Mot à mot : graisser les bottes pour le voyage lointain (Argot du peuple). N.

Graisser les roues

(Rigaud, 1881) : Boire, — dans le jargon du peuple. Quand on graisse les roues, ça accélère le mouvement… des ivrognes.

Graisser sa punaise

(Delvau, 1864) : Baiser sa maîtresse.

Je lui en veux : il a graissé ma punaise.

A. Pothey.

Graisser ses bottes

(Larchey, 1865) : Se préparer au départ, et au figuré : Être près de mourir.

(Delvau, 1867) : v. a. Recevoir l’Extrême-Onction, être en état de faire le grand voyage d’où l’on ne revient jamais.

(Rigaud, 1881) : Être à l’article de la mort. Mot à mot : graisser ses bottes pour accomplir le grand voyage.

(La Rue, 1894) : Mourir.

Grammaire Benoiton

(Delvau, 1867) : s. f. La grammaire de la langue verte, — dans l’argot des journalistes, qui ont voulu ainsi fixer le passage, dans la littérature française, de la pièce de M. Victorien Sardou, la Famille Benoiton (1865-66). On dit aussi le Dictionnaire Benoiton.

Grand

(d’Hautel, 1808) : Grand de taille et petit de nom. Se dit par raillerie de celui qui n’a pour tout mérite qu’une grande stature, et dont la conduite est repréhensible et généralement méprisée.
Grand comme un chien assis. Se dit par raillerie d’un fort petit homme.
Mettre les petits plats dans les grands. Mettre tout en l’air pour bien recevoir quelqu’un, pour le bien traiter.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Roi.

Grand arroseur

(Delvau, 1867) : s. m. Dieu, — dans l’argot du peuple, qui devrait pourtant savoir (depuis le temps !) comment se forment les nuages et la pluie.

Grand chef

(Rigaud, 1881) : Préfet de police, — dans le jargon des agents de police.

Allons ! allons ! le grand chef a parlé ; filez et plus vite que ça !

(L’Univers du 1er juillet 1880.)

Grand coësre

(La Rue, 1894) : Chef de bande.

Grand court-bouillon

(Delvau, 1867) : s. m. La mer. On dit aussi la Grande tasse, — où tant de gens qui n’avaient pas soif ont bu leur dernier coup.

Grand dabe

(Larchey, 1865) : Roi.

Mais grand dabe qui se fâche dit : Par mon caloquet.

Vidocq.

Grand flanc (du)

(M.D., 1844) : Parole d’honneur.

Grand jeu (le)

(Delvau, 1864) : Toutes les polissonneries qui sont la ressource des filles savantes pour faire jouir les débauchés usés.

J’veux que mes cinq sens soient satisfaits : c’est c’que j’appelle le grand jeu, moi ! Le toucher ? tu m’as branlé. L’odorat ? tu m’as fait une langue à l’absinthe. La vue ? j’ai contemplé ces ordures, et toi. Il ne ne manqué plus que les satisfactions de l’ouïe et du goût.

Lemercier de Neuville.

Grand lumignon

(Delvau, 1867) : s. m. Le soleil, — dans l’argot des voyous.

Grand meg (le)

(M.D., 1844) : Un président.

Grand meg des meg (le)

(M.D., 1844) : Dieu.

Grand pré

(Hayard, 1907) : Le bagne.

Grand pré (le)

(Virmaître, 1894) : Bagne. Les voleurs, autrefois, appelaient ainsi Toulon et Brest ; depuis ils disent la Nouvelle (Argot des voleurs).

Grand ressort

(Delvau, 1867) : s. m. La volonté, le cœur, — dans l’argot du peuple, qui sait quels rouages font mouvoir la machine-homme. Casser le grand ressort. Perdre l’énergie, le courage nécessaires pour se tirer des périls d’une situation, des ennuis d’une affaire, pour rompre une liaison mauvaise, etc., etc.

(Virmaître, 1894) : Le cœur. C’est en effet le grand ressort de la vie. Quand un individu meurt on dit : le grand ressort est cassé (Argot du peuple).

Grand singe

(Fustier, 1889) : Président de la République.

Grand soulasse

(Bras-de-Fer, 1829) : Assassinat.

Grand tour

(Delvau, 1867) : s. m. Résultat de la digestion, — dans l’argot des enfants et des grandes personnes timides.

Grand trimar

(M.D., 1844) : Grand’ route.

Grand trottoir (le)

(Delvau, 1867) : Le répertoire classique, — dans l’argot des coulisses.

Grand turc

(Larchey, 1865) : Le Grand Turc et Le roi de Prusse jouissent d’un égal degré de la faveur d’être employés lorsqu’il s’agit d’une fin de non-recevoir.

Ma chère, il pense à toi comme au Grand Turc.

Balzac.

A qui voulez vous que je le dise donc ? au Grand Turc ?

Murger.

Grand Turc

(Delvau, 1867) : s. m. Personnage imaginaire qui intervient fréquemment dans l’argot des bourgeois. S’en soucier comme du Grand Turc. Ne pas s’en soucier du tout. Travailler pour le Grand Turc. Travailler sans profit. Ce Grand Turc est un peu parent du roi de Prusse, auquel il est fait allusion si souvent.

Grand-bonnet

(Halbert, 1849) : Évêque.

Grand-mecque

(Halbert, 1849) : Président.

Grand-papa

(Rigaud, 1881) : Surnom donné par les élèves de l’École Polytechnique au général commandant l’École.

Grande (la)

(La Rue, 1894) : La prison de la Roquette.

(Hayard, 1907) : La grande Roquette.

Grande boutique

(Delvau, 1867) : s. f. La préfecture de police, — dans l’argot des voleurs, qui voudraient bien dévaliser celle-là de ses sommiers judiciaires.

Grande boutique (la)

(Halbert, 1849) : La préfecture.

Grande confrérie

(Delvau, 1864) : Celle des cocus, qui est, en effet, la plus nombreuse.

Quand Joseph épousa Marie,
Le grand-prêtre lui dit : Mon vieux,
Te voilà de la confrérie
Des époux et des… bienheureux !
Que près du lit de ta poulette
Vienne un ange avec un moineau…
Et qu’il lui mette, mette, mette,
Mette le doigt dans cet anneau.

Béranger.

Grande fille

(Delvau, 1867) : s. f. Bouteille, — dans l’argot des ouvriers. Petite fille. Demi-bouteille.

Grande-sorgue

(Rossignol, 1901) : La mort.

Grandes capotes

(Rossignol, 1901) : Soldats de la ligne, ainsi nommés par les Arabes.

Grandes lèvres

(Delvau, 1864) : Orifice du vagin de la femme ; tentacules s’emparant de tout priape qui vient regarder à l’entrée et ne le rendant à la liberté qu’après en avoir exprimé toute la moelle.

Grandir

(d’Hautel, 1808) : Il grandit, mais c’est en méchanceté. Se dit par plaisanterie d’un enfant qui est opiniâtre, espiègle, lutin, et qui fait peu de progrès en croissance.

Grâne

(Clémens, 1840) : Fameux.

Grange (la)

(Delvau, 1864) : Le con.

Un jour ma Jeannette
Me dit : Robinet
Ma grange est bien nette,
Mets-y ton boquet.

(Chansons folastres.)

Granp dicime condé

(M.D., 1844) : Le maire ou le préfet.

Graoudjem

(Rigaud, 1881) : Charcutier, — dans le jargon des voleurs. — C’est gras-double estropié et doté de la terminaison jem. — Faire un graoudjem à la dure, voler un charcutier, voler du saucisson.

Grapiller

(d’Hautel, 1808) : Faire des petits larcins, amasser en dérobant quelque petite chose.

Grappe

(d’Hautel, 1808) : Mordre à la grappe. Mordre à l’hameçon, se laisser duper, se laisser entrainer par des paroles artificieuses.

Grappin

(Delvau, 1867) : s. m. Main, — dans l’argot du peuple. Poser le grappin sur quelqu’un. L’arrêter. Poser le grappin sur quelque chose. Le prendre.

Grappiner

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Arrêter, — dans l’argot des faubouriens. Signifie aussi Cueillir.

Gras

(d’Hautel, 1808) : Quand on manie le beurre, on a les mains grasses. Signifie que, lorsqu’il passe beaucoup d’argent par les mains, il en reste toujours quelque chose. Le peuple dit par corruption, quand on magne le beurre, etc.

(d’Hautel, 1808) : Jeter ses choux bien gras. Être peu économe, mettre au rebut ce dont on pouvoit encore tirer parti.
Gras comme un moine. Parce que ces religieux sont ordinairement fort gras par le peu d’exercice qu’ils prennent.
Il mourra de gras fondu. Se dit d’un homme dont l’embonpoint est extraordinaire.
Faire ses choux gras. S’en donner à cœur joie ; puiser en eau trouble.

(Delvau, 1867) : adj. Gaillard, grivois, et même obscène, — dans l’argot des bourgeois. Parler gras. Dire des choses destinées à effaroucher les oreilles.

(Delvau, 1867) : s. m. Profit, — dans l’argot des faubouriens. Il y a gras. Il y a de l’argent à gagner. Il n’y a pas gras. Il n’y a rien à faire là-dedans.

(Delvau, 1867) : s. m. Réprimande, correction, — dans l’argot des voyous. C’est le suif des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Semonce, réprimande, — dans le jargon des ouvriers. C’est un frère qu’on a donné au suif et au savon pris dans le même sens. Attraper un gras du contre-coup en aboulant à la boite, recevoir des réprimandes du contre-maître en arrivant à l’atelier.

(Boutmy, 1883) : s. m. Réprimande. Recevoir un gras. Recevoir des reproches de la part du patron, du prote ou du metteur en pages, pour un manquement quelconque. On dit encore dans le même sens savon et suif. L’analogie est visible entre cette dernière expression et gras. Les Allemands emploient un autre terme : Recevoir son hareng hæhring.

(Fustier, 1889) : Latrines. (Richepin.)

(La Rue, 1894) : Argent. Latrines. Avoir son gras, être tué.

(Rossignol, 1901) : Beaucoup. Voilà tout ce qui me revient sur mon mois d’appointements, il n’y a pas gras.

J’ai trouve un porte-monnaie où il y avait gras.

Gras (avoir son)

(Rigaud, 1881) : Être tué. (L. Larchey)

Gras (il y a)

(Larchey, 1865) : Voir Graisse, Train.

Faire tant d’embarras, Quand dans le gousset y n’i a pas gras.

Metay, Chansons.

(Rigaud, 1881) : Il y a de l’argent.

M. Vervelle présentait un diamant de mille écus à sa chemise. Fougères regarda Magus et dit : — Il y a gras !

(Balzac.)

(Virmaître, 1894) : Il y a beaucoup d’argent.
— Nous pouvons nettoyer le gonce, il y a gras dans sa cambrousse.
C’est de cette expression, gras, qu’est née celle de dégraisseur (le garçon de banque), pour exprimer qu’il enlève le gras (Argot des voleurs). N.

Gras (parler)

(Larchey, 1865) : Tenir des propos grivois (1808, d’Hautel).

Gras (recevoir un)

(Rossignol, 1901) : Recevoir des reproches, des réprimandes.

Gras à lard

(Delvau, 1867) : s. et adj. Homme chargé d’embonpoint, — dans l’argot du peuple.

Gras d’huile

(d’Hautel, 1808) : Sobriquet injurieux et de mépris, pour dire un mauvais épicier ; un épicier détaillant.
Gras. On dit d’un homme qui a fait beaucoup d’affaires, sans être parvenu à s’enrichir, qu’il a bien travaillé et qu’il n’en est pas plus gras pour cela.
Parler gras. Tenir des propos grivois, indécens, obscènes.

Gras double

(Clémens, 1840) : Plomb.

(Virmaître, 1894) : Plomb (Argot des voleurs). V. Limousinier.

(Hayard, 1907) : Plomb.

Gras-bœuf

(Rigaud, 1881) : La soupe et le bœuf, l’ordinaire de l’École Polytechnique, — dans le jargon des élèves de cette école.

Gras-double

(Larchey, 1865) : Feuille de plomb (Vidocq). — Allusion à la facilité avec laquelle on la roule. — Gras-doublier : Voleur de plomb. C’est sur les toits qu’il exerce ordinairement. V. Limousineur.

(Delvau, 1867) : s. m. Plomb volé et roulé, — par allusion à la ressemblance qu’il offre ainsi avec les tripes qu’on voit à la devanture des marchands d’abats. Les voleurs anglais, eux, disent moos, trouvant sans doute au plomb une ressemblance avec la mousse.

(Delvau, 1867) : s. m. Gorge trop plantureuse, — dans l’argot des faubouriens. L’analogie, pour être assez exacte, n’est pas trop révérencieuse ; en tout cas elle est consacrée par une comédie de Desforges, connue de tout le monde, le Sourd ou l’Auberge pleine : « Je ne voudrais pas payer madame Legras — double ! » dit Dasnières en parlant de l’aubergiste, femme aux robustes appas. Castigat ridendo mores, le théâtre ! C’est pour cela que les plaisanteries obscènes nous viennent de lui.

(Rigaud, 1881) : Feuille de plomb, — dans le jargon des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Seins aussi vastes que fugitifs, — dans le jargon des voyous.

(La Rue, 1894) : Plomb en feuille volé sur les toits. Le voleur l’enroule autour de lui.

(Rossignol, 1901) : Plomb.

Gras-double (déjeuner du)

(Rigaud, 1881) : Déjeuner de charcuterie institué le vendredi-saint par les libres-penseurs, ou mieux panseurs, qui regrettent qu’il n’y ait pas de gras-triple, pour mieux protester.

Gras-doublier

(Delvau, 1867) : s. m. Plombier, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Voleur de plomb.

Grashou

(Rossignol, 1901) : Charcutier.

Grasse

(Rigaud, 1881) : Coffre-fort, — dans le jargon des voleurs. Esquinter, estourbir la grasse, forcer un coffre-fort.

(La Rue, 1894) : Coffre-fort.

Grate

(Rigaud, 1881) : Gratification obtenue pour travail supplémentaire, — dans le jargon des typographes.

(Boutmy, 1883) : s. f. Abréviation de gratification. La journée des typographes, dans les ateliers de Paris, est de dix heures. Quand un ouvrage est pressé, le prote fait quelquefois travailler un ou plusieurs ouvriers en dehors des heures réglementaires ou les jours fériés. Ces heures supplémentaires donnent droit à une gratification que le Tarif fixe à 25 centimes par heure. C’est ce qu’on appelle la grate. Elle a été établie surtout en vue de provoquer le maître imprimeur à occuper le plus possible d’ouvriers. Il a, on le comprend, un moyen facile d’échapper à la gratification : c’est de mettre sur le même ouvrage un nombre d’hommes suffisant pour qu’il ne soit pas nécessaire d’avoir recours aux heures supplémentaires. Tous le feraient assurément, si trop souvent l’espace ne leur manquait.

(Fustier, 1889) : Le bénéfice accordé aux commis de nouveautés sur la vente de certains articles.

Grate, gratouille

(La Rue, 1894) : Gale.

Grater les pavés

(Bras-de-Fer, 1829) : Vivre dans la misère.

Gratias

(d’Hautel, 1808) : Deo gratias les moines sont soûls. Se dit en plaisantant lorsque quelqu’un rote en compagnie.

Gratin

(Fustier, 1889) : Le gratin, c’est dans l’argot boulevardier l’ensemble du monde élégant ou soi-disant tel.

Les échotiers mondains ont trouvé un mot assez pittoresque, mais par trop irrespectueusement culinaire, pour désigner ce que nos pères — non moins pittoresques, mais plus fleuris dans leur langage — appelaient le dessus du panier. Le mot des échotiers sus-mentionnés, c’est le gratin du gratin. Elles (les jolies femmes) essaiment comme des papillons. Plus de thés au coin du feu, plus de raoûts intimes où elles ne reçoivent que le gratin.

(Du Boisgobey : Le Billet rouge.)

De gratin, on a forgé le verbe gratiner, suivre la mode, être à la mode et l’adjectif gratinant, signifiant beau, joli, distingué.

La toquade pour l’instant, c’est la fête de Neuilly, c’est là qu’on gratine. Ce qui veut dire en français moins gommeux : c’est là que le caprice du chic amène tous les soirs hommes et femmes à la mode.

(Monde illustré, juillet 1882.)

Grand raoût chez la comtesse S…, un des plus gatinants de la saison. Tout le faubourg y est convié.

(Figaro, mars 1884.)

(La Rue, 1894) : L’ensemble du monde à la mode.

(Virmaître, 1894) : Il y a du gratin, il y a de quoi. Il est gratin : il est à la mode. Pour un homme du monde, on dit : C’est un homme du gratin. On traduit dans le peuple : personna grata par personne gratinée, du gratin. Les moutards préfèrent manger le gratin qui s’attache à la casserole, quand la mère prépare la bouillie du petit frère (Argot du peuple). N.

Gratin (du)

(Rigaud, 1881) : Des coups, — dans le jargon du peuple.

Un grand sec, en bras de chemise, ouvre la porte, saute sur l’homme et lui fout un gratin à le tuer.

(La petite Lune, 1879.)

Refiler un gratin, donner une gifle formidable.

Gratis

(Delvau, 1867) : s. m. Crédit, — dans l’argot des marchands de vin.

(Rigaud, 1881) : Crédit, — dans l’argot des marchands de vin. Pour eux, faire crédit, c’est, souvent, donner la marchandise gratis.

Gratou

(Halbert, 1849) : Rasoir.

(Delvau, 1867) : s. m. Rasoir, — dans l’argot des voleurs.

Gratouille

(Delvau, 1867) : s. f. Gale, — dans le même argot [des voleurs].

(Virmaître, 1894) : La gale (Argot du peuple). V. Charmante.

(Hayard, 1907) : La gale.

Gratouse

(anon., 1827) : Dentelle.

(Bras-de-Fer, 1829) : Dentelle.

(Clémens, 1840) : Gale.

(Halbert, 1849) : Dentelle.

(Delvau, 1867) : s. f. Dentelle, — dans le même argot [des voleurs].

(Rigaud, 1881) : Dentelle, — dans l’ancien argot.

(La Rue, 1894) : Dentelle.

Gratouze

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Dentelle.

Gratte

(Larchey, 1865) : Abus de confiance.

Il y a de la gratte là-dessous.

la Correctionnelle.

(Delvau, 1867) : s. f. Dîme illicite prélevée sur une étoffe, — dans l’argot des couturières, qui en prélèvent tant et si fréquemment qu’elles arrivent à s’habiller de soie toute l’année sans dépenser un sou pour cela. C’est un vol non puni, mais très punissable. Les tailleurs ont le même mot pour désigner la même chose, — car eux aussi ont la conscience large.

(Rigaud, 1881) : Gale. — Avoir pincé la gratte, avoir attrapé la gale.

(Rigaud, 1881) : Excédant d’une marchandise confiée à un ouvrier à façon, et qu’il croit devoir s’approprier.

(Rossignol, 1901) : Bénéfice. Faire danser l’anse du panier, c’est faire de la gratte. Lorsqu’un patron donne à un ouvrier la matière première pour confectionner douze objets, et que l’ouvrier en tire quatorze, s’il garde le surplus, il fait de la gratte. Aucun ne se doute que cela constitue un vol.

Gratte (en faire)

(Virmaître, 1894) : Chiper sa patronne en majorant les achats (Argot du peuple). V. Gratter.

Gratte (faire de la)

(Hayard, 1907) : Bénéfice malhonnête.

Gratte (la)

(Delvau, 1867) : La gale, — dans l’argot des faubouriens.

(Hayard, 1907) : La gale.

Gratte-couenne

(Halbert, 1849) : Perruquier.

(Larchey, 1865) : Barbier. — Mot à mot : gratte-peau.

(Rigaud, 1881) : Barbier.

Gratte-cu

(d’Hautel, 1808) : Il n’y a point de si belle rose qui ne devienne gratte-cu. Pour dire que quel que belle que soit une femme, ses charmes ne sont point à l’abri de l’outrage des ans.
Ce proverbe est exprimé avec beaucoup de noblesse dans ces vers d’Horace :

Non semper idem floribus est honos
Vernis. . . . . . . . . .

Gratte-cul

(Delvau, 1864) : Femme qui n’est plus bonne au service amoureux.

Dans c’ siècle-ci, plus d’un mauvais sujet
Change en gratte-cul la rose la plus belle.

E. Debraux.

(Delvau, 1867) : s. m. Femme qui a été jolie comme une rose et n’a rien conservé de sa fraîcheur et de son parfum, — dans l’argot du peuple, qui ne sait pas que.

Si la jeunesse est une fleur,
le souvenir en est l’odeur.

(Virmaître, 1894) : Vieille femme repoussante, laide à faire peur.
— Elle est laide comme un cul gratté à deux mains (Argot du peuple).

Gratte-papier

(Larchey, 1865) : Fourrier. — Allusion à ses fonctions de scribe. V. Rogneur.

(Delvau, 1867) : s. m. Employé, clerc d’huissier, expéditionnaire etc., — tous les scribes enfin.

(Merlin, 1888) : Fourrier.

(Virmaître, 1894) : Employé aux écritures (Argot du peuple). V. Chieur d’encre.

Gratte-poux

(Rossignol, 1901) : Coiffeur.

Grattée

(Delvau, 1867) : s. f. Coups donnés ou reçus. Se donner une grattée. Se battre à coups de poing.

Gratter

(d’Hautel, 1808) : S’il n’a pas de quoi, qu’il en gratte. Se dit de celui à qui on refuse des secours ; que l’on éconduit impitoyablement.
Qui se sent galeux se gratte. Se dit de ceux qui prennent pour eux personnellement les reproches que l’on fait en général.
J’aimerois mieux gratter la terre. Sert à exprimer l’aversion que l’on a pour une chose.
Un âne gratte l’autre. Se dit deux personnes de peu de mérite qui se louent réciproquement. Asinus asinum fricat, dit Phèdre.
Gratter quelqu’un où cela lui démange. Lui parler d’une chose qu’elle prend plaisir à entendre, qui la flatte.
Trop gratter cuit, trop parler nuit. V. Cuire.

(Halbert, 1849) : Raser.

(Larchey, 1865) : Voler.

Au diable la gloire ! il n’y a plus rien à gratter.

M. Saint-Hilaire.

(Larchey, 1865) : Arrêter (Vidocq). V. Raclette.

(Delvau, 1867) : v. n. et a. Prélever un morceau plus ou moins considérable sur une pièce d’étoffe, — de façon à pouvoir trouver un gilet dans une redingote et un tablier dans une robe.

(Rigaud, 1881) : Arrêter, — dans l’ancien argot. — Garder l’excédant d’une marchandise confiée pour un travail à façon. — Chiper, retirer un profit illicite. — Il n’y a rien a gratter dans cette baraque, il n’y a pas de bénéfices à faire dans cette maison.

(La Rue, 1894) : Rouer de coups. Gratter le pavé, vivre misérablement.

(Virmaître, 1894) : Battre quelqu’un.
— Je vais te gratter.
Gratter : prendre, grapiller sur tout pour grossir son lopin (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Raser.

J’ai la barbe longue, je vais me faire gratter.

(Rossignol, 1901) : Donner des coups à quelqu’un, c’est le gratter.

(Rossignol, 1901) : Prendre.

Je lui ai gratté son tabac.

Gratter (se faire)

(Hayard, 1907) : Se faire raser, se faire battre ; travailler.

Gratter (se)

(Rossignol, 1901) : Ne rien recevoir est se gratter. — « Tu as pris tout le fricot, moi, je me gratte. » On dit aussi : je me tape.

Gratter à la corbeille

(Rigaud, 1881) : Dans le jargon de la Bourse, c’est ne plus pouvoir jouer sur les fonds publics, parce qu’on est dans l’impossibilité de fournir une couverture (provisions) à l’agent de change.

Gratter au foyer

(Rigaud, 1881) : En terme de théâtre, c’est, pour un auteur, attendre le tour de sa pièce ; pour un acteur, c’est attendre un rôle.

Gratter dans la main

(Delvau, 1864) : Déclaration muette. Sorte de pantomime, qui se joue discrètement dans le monde des filles. — Qu’un homme désire une femme ou… vice-versa, il lui suffit, profitant de la poignée de main d’adieu, de gratter légèrement du médium la paume de la main qu’il presse. Si la réponse a lieu de la même manière, l’affaire est dans le sac, — demande et réponse affranchie.

Gratter la couenne (se faire)

(Virmaître, 1894) : Se faire raser (Argot du peuple).

Gratter les pavés

(Rigaud, 1881) : Vivre dans une grande misère.

Gratter son devant

(Delvau, 1864) : Se masturber.

Si j’eusse pensé que ma fille eût été si vite en besogne, je lui eusse laissé gratter son devant jusqu’à l’âge de vingt-quatre ans.

(Les Caquets de l’accouchée.)

Grattoir

(Larchey, 1865) : Rasoir (Vidocq). — Il gratte l’épiderme. — Grattouse : Dentelle. — Elle gratte aussi légèrement la peau.

(Delvau, 1867) : s. m. Rasoir, — dans l’argot du peuple. Se passer au grattoir. Se raser.

(Rigaud, 1881) : Rasoir, — Passer au grattoir, se faire raser.

Grattou (un)

(M.D., 1844) : Un rasoir.

Grattouse

(Hayard, 1907) : La gale.

Gravelures

(Delvau, 1864) : Obscénités dites ou chantées, comme il s’en dit et chante — principalement dans les réunions bourgeoises, chez les gens honnêtes, devant les grands parents et les petites filles.

Si j’ n’ons point d’gravelures,
C’n’est point, sur notre honneur,
Par pudeur.

Collé.

Graver

(d’Hautel, 1808) : Gravé de petite vérole. Pour, marqué de petite vérole.

Graveur en cuir

(Rigaud, 1881) : Savetier.

Graveur sur cuir

(Delvau, 1867) : s. m. Cordonnier, — dans l’argot des faubouriens, qui prennent le tranchet pour un burin.

Gravonner

(Delvau, 1864) : Patiner les testicules de l’homme pendant qu’il baise.

Afin que la femme pût lui toucher, mettre la main dessus, gravonner pendant le temps de la conjonction.

Mililot.

Gravoter

(d’Hautel, 1808) : Bousiller en gravure ; n’être pas habile dans l’art des Audrans et des Edelinck.

Grebige ou Grebiche

(Boutmy, 1883) : s. f. Cette expression, usitée seulement dans quelques ateliers, au Moniteur universel, par exemple, désigne la ligne de pied qui contient le nom d’imprimerie suivi ou précédé d’un numéro d’ordre ; c’est sans doute le nom même de celui qui fit cette petite innovation. Ex. : PARIS, IMP. LAROUSSE. — 1872.

Grec

(d’Hautel, 1808) : Être grec. Signifie être avare, être lâdre et chiche ; tenir de trop près à ses intérêts ; être égoïste, sans pitié pour les maux d’autrui.
C’est du grec pour lui. Se dit d’une personne ignorante, simple et bornée, pour laquelle les plus petites choses sont des montagnes.
Ce n’est pas un grand grec. Pour dire, c’est un ignorant ; un homme peu industrieux.

(Delvau, 1867) : s. m. Filou, homme qui triche au jeu, — dans l’argot des ennemis des Hellènes. Le mot a une centaine d’années de bouteille.

(Rigaud, 1881) : Tricheur. — Dans le jargon des cochers de fiacre, un grec est un bourgeois, un voyageur qui manque de générosité ou qui ne donne pas de pourboire. Il floue le cocher.

(La Rue, 1894) : Tricheur au jeu.

Grèce (la)

(Rigaud, 1881) : Classification des tricheurs, art de tricher. — Tomber dans la Grèce, devenir tricheur après avoir été dupe au jeu.

Grécer, Graisser

(Rigaud, 1881) : Tricher. Être grécé, être volé au jeu.

Grécité

(d’Hautel, 1808) : Villenie ; intérêt vil et bas, avarice sordide.

Grecque

(Rigaud, 1881) : La femelle du grec.

Il y a également à Paris beaucoup de grecques qui fréquentent certains tripots clandestins.

(L. Paillet.)

Grecque (vol à la)

(La Rue, 1894) : Il consiste à offrir un gros bénéfice pour change de monnaie, de l’or contre de l’argent, par exemple. Au cours de l’opération, on substitue du plomb au rouleau d’or.

Grecquer

(Fustier, 1889) : Tricher au jeu. Se faire grecquer, se faire voler au jeu.

J’ai rencontré mon vieux camarade Mavernot qui venait de se faire grecquer dans un tripot clandestin.

(Gil Blas, juillet 1884.)

Grecquerie

(Delvau, 1867) : s. f. Tricherie, art ou science des grecs. Le mot a été créé par Robert Houdin.

Grecs

(Rossignol, 1901) : Individus qui ne vivent que d’escroqueries aux jeux de cartes, soit dans les cercles soit aux villes d’eaux.

Gredin

(d’Hautel, 1808) : Nom injurieux qu’on donne à un homme sans foi, sans probité ; à un vagabond, à un vaurien.
On dit aussi gredine, en parlant d’une femme de mœurs déréglées.

Gréer (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. S’habiller, — dans l’argot des ouvriers qui ont servi dans l’infanterie de marine.

Greffe

(d’Hautel, 1808) : Tout cela est passé dans son greffe. Se dit lorsqu’un homme retient injustement le salaire d’un autre pour en faire son profit.
Il a pris cela dans son greffe. Signifie, il a inventé, il a forgé ce qu’il débite.

Greffer

(Halbert, 1849) : Manquer de nourriture.

(Delvau, 1867) : v. n. Mourir de faim, — dans l’argot des voyous.

(Rigaud, 1881) : Souffrir de la faim.

(La Rue, 1894) : Souffrir de la faim.

(Virmaître, 1894) : Attendre (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Jeûner faute d’argent.

(Hayard, 1907) : Ne pas manger.

Greffer un tendron

(Delvau, 1864) : Prendre une jeune fille pour un arbre, la grimper et lui faire un enfant.

Lorsque la charmille pousse,
D’une main légère et douce
Je lui donne une façon
Souvent je plante et je sème,
Mais, mon plaisir est extrême,
Lorsque je greffe un tendron.

(Vieille chanson anonyme.)

Greffier

(d’Hautel, 1808) : Il est comme le greffier de Vaugirard, il ne peut écrire quand on le regarde.
Ce proverbe vient de ce que le greffier de Vaugirard tenoit son gref dans un lieu obscur, qui n’étoit éclairé que par un œil de bœuf, de sorte qu’on ne pouvoit le regarder sans lui intercepter tout le jour.

(un détenu, 1846) : Chat.

(Halbert, 1849) : Chat.

(Delvau, 1867) : s. m. Chat, — dans l’argot des faubouriens, qui n’aiment pas les gens à robe noire, et emploient à dessein ce mot à double compartiment où l’on sent la griffe.

(Virmaître, 1894) : Chat (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Chat.

(Hayard, 1907) : Chat.

Greffier, Griffard

(Rigaud, 1881) : Chat, — dans le jargon des voleurs.

Greffier, griffard

(La Rue, 1894) : Chat.

Greffier, griffon

(Larchey, 1865) : Chat. — Mot à mot : qui griffe.

Greffiers (les)

(Merlin, 1888) : Les fantassins, — par allusion à la cartouchière comparée à la sacoche en cuir que portaient autrefois tous les hommes de justice et de plume et qui renfermait ce qu’il faut pour écrire.

Greffir

(anon., 1827) : Dérober finement.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Voler adroitement, escamoter.

(Bras-de-Fer, 1829) : Dérober finement.

(Halbert, 1849) : Dérober finement.

Greffir, Griffer

(Rigaud, 1881) : Dérober adroitement, comme fait le chat.

Grègue

(d’Hautel, 1808) : Espèce de haut-de-chausses.
Il a mis de l’argent dans ses grègues. Pour, il s’est bien enrichi.
Tirer ses grègues. Pour dire, s’enfuir. Voyez Guêtres.
Il en a dans les grègues. Se dit en parlant d’un homme qui a éprouvé quelque perte ou quelqu’accident fâcheux. ACAD.

Grêle

(Larchey, 1865) : Tapage (Bailly) — Allusion au bruit de la grêle.

(Delvau, 1867) : s. f. Petite vérole, — dans l’argot du peuple. On dit d’un homme dont le visage porte des traces de virus variolique : Il a grêlé sur lui.

(Delvau, 1867) : s. m. Patron, maître, — dans l’argot des tailleurs. Le grêle d’en haut. Dieu. Grélesse. Patronne.

(Rigaud, 1881) : Marques de petite vérole. — Ne s’être pas fait assurer contre la grêle, être marqué de la petite vérole.

(La Rue, 1894) : Patron, dans l’argot des tailleurs.

(Virmaître, 1894) : Patron. Il tombe souvent sur le dos des ouvriers comme la grêle sur les vignes.
— Attention, gare la grêle.
Signal pour prévenir les camarades (Argot du peuple). N.

Grêle (de la)

(Halbert, 1849) : Du tapage.

Grêle, Grelesse

(Rigaud, 1881) : Patron, patronne d’une petite maison de tailleur, — dans le jargon des tailleurs. — Grelasson, patron d’une maison de dernier ordre.

Grelot

(Delvau, 1867) : s. m. La voix humaine, — dans l’argot des faubouriens. Faire entendre son grelot. Parler.

(Rigaud, 1881) : Langue bien affilée. — Beau parleur dans les réunions publiques.

(Virmaître, 1894) : La voix (Argot du peuple). V. Affaler son grelot.

(Rossignol, 1901) : La parole. Celui qui parle beaucoup a le grelot bien attaché. On dit aussi : Il fait claquer son fouet.

Grelot (faire péter son)

(Rigaud, 1881) : Parler. Autrefois, c’était « faire péter la goule » (la gueule).

Car avant que le jour s’écoule
Nous en ferons péler la goule
Peut-être à monsieur l’avocat.

(Poisson, Zig-Zag.)

Grelot (mettre une sourdine à son)

(Rigaud, 1881) : Se taire.

Grelotter

(d’Hautel, 1808) : Et vulgairement gueurlotter ; avoir le frisson ; trembler de froid.

Grelotteux, grelotteuse

(Fustier, 1889) : Homme, femme à la mode. Le grelotteux et sa compagne la grelotteuse ont succédé en 1884 au gommeux et à la gommeuse. Et maintenant pourquoi grelotteux ? Sans doute parce que le plus souvent, épuisés par les orgies, énervés par la vie qu’ils mènent, grelotteux et grelotteuses n’ont plus qu’un sang appauvri, une santé délabrée qui les font trembler à la moindre intempérie.

On rencontre des grelotteux (c’est, je crois, le dernier terme en usage) avec l’habit noir et la cravate blanche chez Bidel…

(Moniteur universel, juillet 1884.)

La baraque à Marseille (un lutteur) continue à être chaque soir le rendez-vous du gratin de nos horizontales et de nos grelotteuses.

(Écho de Paris, juillet 1884.)

Aujourd’hui le dubman est remplacé par le grelotteux qui dîne au bouillon Duval.

(Gil Blas, octobre 1885.)

Grelu

(Delvau, 1867) : s. m. Blé, — dans l’argot des voleurs, qui font sans doute allusion à la gracilité de cette graminée.

Greluchon

(d’Hautel, 1808) : Terme de mépris ; nom que l’on donne à un homme qui se laisse entretenir par une femme qui a plusieurs amans.

(Delvau, 1864) : Homme qui tient le milieu entre l’amant de cœur et le monsieur, entre celui qui paie et celui qui est payé.

(Delvau, 1867) : s. m. Amant de cœur, — dans l’argot des gens de lettres qui ont lu le Colporteur de Chevrier, et connaissent un peu les mœurs parisiennes du XVIIIe siècle.

(Rigaud, 1881) : Jeune niais, oisif ne s’occupant que de toilette et de plaisirs (1855).

Ces créatures attirent nécessairement une nuée de jeunes lions, de greluchons aimables, etc.

(Paris-Faublas.)

Autrefois greluchon avait le sens de souteneur, jeune souteneur.

Greluchonner

(Delvau, 1864) : Synonyme de Paillassonner. Appliqué à un homme, signifierait : faire le greluchon. — Ce verbe s’applique plus logiquement à une femme galante, qui, lorsqu’elle ne travaille pas avec le miché sérieux, s’amuse avec un ami : elle greluchonne.

(Delvau, 1867) : v. n. Se conduire en greluchon, comme se conduisent beaucoup de jeunes gens à qui leur famille a coupé les vivres et qui font de petits articles de petite littérature dans de petits journaux.

(Rigaud, 1881) : Faire le métier de greluchon.

Grenadier

(Larchey, 1865) : Pou. V. Négresse.

(Delvau, 1867) : s. m. Pediculus, — dans l’argot des enfants, dont les mères assurent que c’est « la santé », et qui tous pourraient servir de modèles au fameux tableau de Murillo.

(Rigaud, 1881) : Pou de forte taille.

(La Rue, 1894) : Pou.

(Virmaître, 1894) : Pou énorme. Allusion à l’expression populaire qui dit d’un enfant pouilleux : il a une rude garnison. Grenadier : pou d’élite. (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Pou.

Grenadier (tirer au)

(Merlin, 1888) : Découcher.

Grenadiers (tirer aux)

(Larchey, 1865) : Voir tirer.

Grenafe

(Delvau, 1867) : s. f. Grange, — dans l’argot des voleurs.

(Virmaître, 1894) : Grange. Les mendiants qui voyagent couchent dans les grenafes. Cela vient de ce que la grange abrite les grenailles (Argot des voleurs).

(Hayard, 1907) : Grange.

Grenasse

(anon., 1827) : Grange.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Grange.

(Bras-de-Fer, 1829) : Grange.

(Halbert, 1849) : Grange.

(Larchey, 1865) : Grenier. — Grenu : Blé. — Grenuche : Avoine. — Grenuse : Farine (Vidocq). — Tous ces mots dérivent de grain, comme les mots usuels de grenier, grenaille, etc. Le choix des désinences est remarquable par une sorte d’harmonie imitative. Grenuche indique bien les petites aspérités de l’avoine, et grenuse fait sentir la douceur de la farine.

(Rigaud, 1881) : Grange, — dans l’ancien argot.

Grenier

(d’Hautel, 1808) : Un grenier à coups de poing. On appelle ainsi un enfant que l’on maltraite, que l’on frappe continuellement, et dont on fait un véritable martyr.
Il va de la cave au grenier. Au propre, se dit d’un enfant qui écrit de travers ; au figuré, d’une personne qui a l’humeur bizarre, inégale, qui est d’un fort mauvais caractère.

Grenier à coups de poing

(Delvau, 1867) : s. m. Femme d’ivrogne, — dans l’argot du peuple.

Grenier à coups de sabre

(Delvau, 1867) : s. m. Fille à soldats.

(Rigaud, 1881) : Fille à soldats.

Grenier à lentilles

(Delvau, 1867) : s. m. Homme dont le visage est marqué de la petite vérole.

(Rigaud, 1881) : Visage marqué de petite vérole.

Grenier à sel

(Delvau, 1867) : s. m. La tête, siège de l’esprit.

Grenouillard

(Delvau, 1867) : s. m. Buveur d’eau.

(Rigaud, 1881) : Grand amateur de bains froids.

A Paris, durant tout l’été, le grenouillard se voit dans les écoles de natation.

(Ph. Audebrand.)

Grenouille

(d’Hautel, 1808) : C’est un bon enfant, il n’est pas cause si les grenouilles manquent de queue. Se dit ironiquement pour exprimer qu’un homme est simple et très-borné ; qu’il n’entend malice en rien.
Grenouille. Apostrophe injurieuse que l’on adresse à une femme perdue de mœurs et de réputation.

(Larchey, 1865) : Caisse, trésor.

Il tenait la grenouille.

Vidal, 1833.

(Delvau, 1867) : s. f. Prêt de la compagnie, — dans l’argot des troupiers. Manger la grenouille. Dissiper le prêt de la compagnie. S’emploie aussi, dans l’argot du peuple, pour signifier: Dépenser l’argent d’une société, en dissiper la caisse.

(Delvau, 1867) : s. f. Femme, — dans l’argot des faubouriens, qui emploient cette expression injurieuse, probablement à cause du ramage assourdissant que font les femmes en échangeant des caquets.

(Rigaud, 1881) : Femme stupide et bavarde, — dans le jargon du peuple.

Des propres à rien Qui ne savent faire que courir la grenouille.

(Le Sans-Culotte, 1879.)

(Rigaud, 1881) : Somme d’argent d’une certaine importance. — Manger la grenouille, dépenser l’argent confié, soustraire un dépôt d’argent. On a tant mangé de grenouilles, il y a tant eu de mangeurs de grenouilles depuis une vingtaine d’années, que l’expression, toute militaire, d’abord, s’est généralisée. Elle s’applique à tous ceux qui s’approprient un dépôt, et principalement aux caissiers infidèles.

(La Rue, 1894) : La caisse. Prostituée vulgaire, coureuse de bals publics. Grenouillage, vol de caissier. Manger la grenouille, voler la caisse.

(Virmaître, 1894) : Femme de rien (Argot du peuple).

(Hayard, 1907) : Femme.

Grenouille (manger la)

(Merlin, 1888) : Enlever la fin. caisse ; dissiper l’argent qui vous est confié.

Grenouiller

(d’Hautel, 1808) : Boire de cabaret en cabaret, vivre crapuleusement, à la manière des ivrognes.

(Larchey, 1865) : Boire beaucoup d’eau.

(Delvau, 1867) : v. n. Boire de l’eau.

(Rigaud, 1881) : Boire de l’eau.

(La Rue, 1894) : Boire de l’eau.

Grenouillère

(Delvau, 1867) : s. f. Établissement de bains.

(Rigaud, 1881) : Bains froids dans l’île de Croissy. La Grenouillère a été très fréquentée par les grandes pécheresses qui y allaient laver leurs péchés.

Grenouse

(M.D., 1844) : De l’avoine.

Grenu

(anon., 1827) : Blé.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Blé.

(Bras-de-Fer, 1829) : Blé.

(Halbert, 1849) : Blé.

(Rigaud, 1881) : Blé. — Grenuche, avoine. — Grenue farine, — dans le jargon des voleurs.

Grenuche

(anon., 1827) : Avoine.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Avoine.

(Bras-de-Fer, 1829) : Avoine.

(Halbert, 1849) : Avoine.

(La Rue, 1894) : Avoine.

Grenue

(anon., 1827) : Farine.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Farine.

(Bras-de-Fer, 1829) : Farine.

(Halbert, 1849) : Farine.

Grès

(Rigaud, 1881) : Cheval, — dans l’ancien argot.

(La Rue, 1894) : Cheval.

Gressier

(Halbert, 1849) : Synonyme de greffier.

Grève

(Delvau, 1867) : s. f. Cessation de travail, — dans l’argot des ouvriers, qui avaient, il y a quelques années encore, l’habitude de se réunir sur la place de l’Hôtel-de-Ville. Faire grève. Cesser de travailler et se réunir pour se concerter sur les moyens d’augmenter le salaire. On dit aussi Se mettre en grève.

(Fustier, 1889) : Lieu d’embauchage pour les ouvriers. Pris dans ce sens, le mot n’a point la consécration du Dictionnaire de l’Académie et ne se trouve pas davantage dans le Dictionnaire de Littré. C’est d’ailleurs moins un ternie d’argot qu’un néologisme employé aussi bien par le peuple que par l’Administration qui s’en sert dans ses avis officiels, ainsi qu’en témoignent les Ordonnances de Police.

Une des grèves les plus curieuses de Paris (ici le mot grève est pris dans le sens de lieu d’embauchage où se réunissent les ouvriers), est celle qui se tient rue Vaucanson, au coin de la rue Réaumur.

(Rappel, octobre 1884.)

Grève (prendre un ouvrier à la)

(Rigaud, 1881) : Prendre le premier venu.

Grézillon

(Rigaud, 1881) : Prise de tabac. (A. Belot.) Les synonymes sont : nasée, muffetée.

Griaches

(Rigaud, 1881) : Baquet aux excréments, — dans le jargon des prisons. (Hist. des prisons, 1797.)

(La Rue, 1894) : La tinette, dans les prisons.

(Virmaître, 1894) : Seaux qui étaient dans les cellules des prisonniers et dans lesquels ils faisaient leurs ordures. Ce terme était employé dans les prisons vers 1790 ; on le trouve dans un rapport sur la Conciergerie, adressé au roi, qui voulait détruire l’horrible infection qui empoisonnait les malheureux (Argot des prisons).

Grib’loge

(Virmaître, 1894) : Individu qui se plaint lorsqu’il est battu (Argot des voleurs).

Gribier

(Hayard, 1907) : Soldat.

Griblage

(Delvau, 1867) : s. m. Plainte, cri, reproche, — dans l’argot des voleurs. Ils disent aussi Gourpline.

Gribouillage

(d’Hautel, 1808) : Écriture indéchiffrable, discours, paroles inintelligibles.

(Delvau, 1867) : s. m. Écriture mal formée ; dessin confus, incohérent. Argot du peuple. On dit aussi Gribouillis.

Gribouille

(d’Hautel, 1808) : Il est fin comme gribouille qui se cache dans l’eau peur de la pluie. Voyez Fin.

Gribouiller

(d’Hautel, 1808) : Écrire d’une manière illisible, gâter du papier ; faire de mauvais ouvrages.

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Écrire illisiblement, dessiner incorrectement.

Gribouillette

(d’Hautel, 1808) : Gribouillette, gribouillette. Mot dont on amuse les enfans, en faisant mouvoir les doigts sous leurs mentons, et en les chatouillant.
Jeter quelque chose à la gribouillette. Le jeter au hasard parmi une troupe d’enfans qui cherchent chacun à s’en saisir.

(Delvau, 1867) : s. f. Objet quelconque lancé au milieu d’enfants, — dans l’argot des écoliers, qui se bousculent alors pour s’en -emparer. Cela constitue un jeu. Jeter une chose à la gribouillette. La lancer un peu au hasard, — dans l’argot du peuple.

Gribouilleur

(d’Hautel, 1808) : Mauvais auteur ; celui dont on ne peut déchiffrer l’écriture.

Grie, gris

(La Rue, 1894) : Froid. Vent.

Grif

(Delvau, 1867) : adj. Froid, — dans l’argot des voleurs. Grielle. Froide.

Griffard

(anon., 1827) : Chat.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Chat.

(Bras-de-Fer, 1829) : Chat.

Griffarde

(La Rue, 1894) : Plume.

Griffarde, Griffonnante

(Rigaud, 1881) : Plume à écrire, — dans le jargon des voleurs.

Griffarder

(M.D., 1844) : Écrire.

Griffe

(d’Hautel, 1808) : Pour, mains, doigts.
On dit figurément. Il s’est fait donner sur les griffes. Pour, on l’a réprimé, il a trouvé son maitre.
Être sous la griffe de quelqu’un. Être soumis à son autorité, dépendre entièrement de lui.

(Hayard, 1907) : Plume.

Griffer

(anon., 1827) : Prendre.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Prendre.

(Bras-de-Fer, 1829) : Prendre.

(Delvau, 1867) : v. a. Saisir, prendre, dérober, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Agriffer.

(La Rue, 1894) : Voler. Prendre. Saisir.

Griffeton

(Rigaud, 1881) : Soldat ; pour griveton, — dans le jargon des voyous.

Griffeton, grivier

(La Rue, 1894) : Soldat.

Griffleur

(Halbert, 1849) : Brigadier de prison.

Griffon

(Clémens, 1840) : Chat.

(M.D., 1844) : Chat.

Griffonier

(d’Hautel, 1808) : Celui qui griffonne, qui écrit d’une manière indéchiffrable.

Griffonner

(d’Hautel, 1808) : Ecrire vite, à la hâte, et d’une manière illisible.

(Halbert, 1849) : Jurer.

(Rigaud, 1881) : Jurer, — dans l’ancien argot.

Griffonneur

(Halbert, 1849) : Jureur.

Grigne

(Rigaud, 1881) : Grimace. C’est un dérivé de grigner. On dit qu’un chien grigne, quand les dents de la mâchoire inférieure font saillie.

Grignon

(d’Hautel, 1808) : Un grignon de pain. Pour une croûte, une bribe de pain.

(Delvau, 1867) : s. m. Morceau, de pain spécialement.

Grignoter

(d’Hautel, 1808) : Manger sans faim, sans appétit.
Il y a à peine de quoi grignoter dans cette affaire. Se dit d’une affaire qui ne présente pas de grands bénéfices, mais où il y a cependant quelque petits profits à faire.

Grignotter

(Delvau, 1867) : v. n. Faire de maigres profits, et surtout des profits illicites.

Grignou

(Rigaud, 1881) : Juge, — dans le jargon des voleurs. La physionomie du juge n’a rien d’aimable pour ces messieurs.

Grigou

(d’Hautel, 1808) : Terme de mépris, homme obscur et de néant ; sauvage, qu’une humeur noire et atrabilaire éloigne du commerce des hommes.
Vivre comme un grigou. Pour dire d’une manière vile et sordide, se retirer entièrement de la société.

(Delvau, 1867) : s. m. Avare, homme qui vit sordidement.

Ce grigou, d’un air renfrogné
Lui dit : Malgré ton joli nez…

a écrit l’abbé de Lattaignant.

Gril

(d’Hautel, 1808) : Être sur le gril. Pour dire être sur les épines, dans une grande anxiété ; souffrir du corps et de l’esprit.

(Delvau, 1867) : s. m. Charpente légère et à jour qui s’étend au-dessus de la scène et où s’accrochent les frises. Argot des coulisses.

(Rigaud, 1881) : Premier plancher général au-dessus de la scène, après les corridors du cintre. Son nom vient de ce qu’il est fait effectivement comme un gril. (A. Bouchard.)

Grillade

(Rigaud, 1881) : Infidélité conjugale, — dans le jargon des ouvriers.

Grillante

(Fustier, 1889) : Cigarette. Argot du peuple.

Grillante (une)

(Merlin, 1888) : Cigarette de tabac.

Grille

(d’Hautel, 1808) : Épouser une grille. Pour se renfermer dans un cloître, se faire religieux ou religieuse.

Grillé

(Virmaître, 1894) : Une affaire est grillée quand on n’en peut plus rien tirer. Un agent est grillé quand il est démasqué par ceux qu’il est chaîné de poursuivre (Argot des voleurs). V. Brûlé.

(Rossignol, 1901) : Voir brûlé.

Grillé (être)

(Rigaud, 1881) : Être en prison. Allusion à la grille de la prison. Jadis on disait d’une femme qui prenait le voile : Elle a épousé la grille.

Vous souhaitez qu’elle épouse une grille.

(Hauteroche, Crispin musicien.)

(Hayard, 1907) : Être devancé par un autre.

Grille (jeter de la)

(Virmaître, 1894) : Arrêter un individu au nom de la loi.
— Il n’y a pas de grille (il n’y a pas de danger) (Argot du peuple).

Griller

(d’Hautel, 1808) : Griller dans sa peau. Bouillir d’impatience, se dépiter d’attendre ; être exposé à l’intempérie de la chaleur.

(Rigaud, 1881) : Faire une infidélité conjugale. — C’est moi qui ai grillé la bourgeoise hier soir.

(La Rue, 1894) : Fumer. Dénoncer.

Griller (se faire)

(Fustier, 1889) : Se faire arrêter, se faire mettre en prison. Les fenêtres du poste de la prison sont garnies de grilles.

Griller une (en)

(Larchey, 1865) : Fumer une cigarette.

Passe-moi du tabac que j’en grille une.

Lem. de Neuville.

(Delvau, 1867) : v. a. Fumer une pipe ou une cigarette, — dans l’argot des artistes et des ouvriers.

(Rigaud, 1881) : Fumer une pipe. — Griller une sèche, fumer une cigarette.

Grilleuse de blanc

(Rigaud, 1881) : Repasseuse.

(La Rue, 1894) : Repasseuse.

Grilleuses de blanc

(Virmaître, 1894) : Les repasseuses sont souvent distraites par les passants qui admirent leurs bras blancs ; alors, si le fer est trop chaud, tant pis pour la chemise elle est grillée (Argot du peuple).

Grillou

(M.D., 1844) : Un étameur.

Grimace

(Fustier, 1889) : Petite boîte en usage dans les administrations publiques et qui renferme des pains à cacheter. Le dessus de la boite sert de pelote à épingles.

Grimaudin

(d’Hautel, 1808) : Petit homme vieux et rabougri ; d’une humeur morose et caustique.

Grime

(d’Hautel, 1808) : Terme d’écolier. Avare, mesquin ; qui annonce des inclinations sordides.

(Halbert, 1849) : Arrêté, ou qui a la figure noircie.

(Delvau, 1867) : s. m. Rôle de vieux, — dans l’argot des coulisses.

Grimé

(La Rue, 1894) : Arrêté.

Grimelin

(d’Hautel, 1808) : Nom injurieux que l’on donne à un homme intéressé, à un lâdre qui joue mesquinement, et dont tout dénote l’avarice.

Grimelinage

(d’Hautel, 1808) : Petit jeu ; tripot où l’on ne joue que très-peu à la fois.

Grimeliner

(d’Hautel, 1808) : Jouer mesquinement ; faire à la dérobée quelque petit gain ; se ménager un petit bénéfice dans une affaire.

Grimer

(Clémens, 1840) : Prendre.

Grimer (se)

(Rigaud, 1881) : Se griser ; avec changement d’une lettre.

Grimoire

(d’Hautel, 1808) : Il a mis çà sur son grimoire. Pour, il se souviendra-de cette action quand l’occasion s’en présentera.

(Delvau, 1867) : s. m. Le Code pénal, — dans l’argot des voleurs. Grimoire mouchique. Les sommiers judiciaires.

Grimoire mouchique

(Rigaud, 1881) : Code pénal. — Dossier judiciaire.

(La Rue, 1894) : Code pénal. Dossier judiciaire.

Grimpant

(Rigaud, 1881) : Pantalon.

Mon grimpant se détraque et mes bottes sont blettes.

(Huysmans, Marthe.)

(Merlin, 1888) : Pantalon.

(Virmaître, 1894) : Pantalon (Argot du peuple). V. Falzar.

(Rossignol, 1901) : Pantalon.

(Hayard, 1907) : Pantalon.

Grimpart (le)

(M.D., 1844) : L’escalier.

Grimper

(Delvau, 1864) : Baiser une femme, monter sur la cavale qui doit conduire au bonheur.

Neptune au fond des eaux y grimpe
Nymphes, sirènes et tritons.

Piron.

Tu t’es laissé grimper avant que… j’t’aie donné tes gants.

Lemercier de Neuville.

Les uns vont au bordel. Les autres
Grimpent les femmes des voisins,
Et de Priape heureux apôtres,
Vendangent les divins raisins.

(Parnasse satyrique.)

Grinchage

(Rigaud, 1881) : Vol, friponnerie ; pour grinchissage.

Un journal racontait hier que T’Kindt était, du reste, un vrai artiste en matière de grinchage, appliqué au high-life.

(Pierre Yéron, Événement du 9 novembre 1878.)

Grinchage, grinchissage

(La Rue, 1894) : Vol.

Grinche

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Voleur. Grinche de la haute pègre, voleur de distinction qui ne fait que de grands vols.

(Clémens, 1840) : Voleur.

(un détenu, 1846) : Petit voleur.

(Halbert, 1849) : Voleur, escroc.

(Delvau, 1867) : s. m. Voleur. On dit aussi Grinchisseur.

(Rigaud, 1881) : Filou. C’est le terme générique des voleurs adroits.

(La Rue, 1894) : Voleur. Grinchir, voler. La grinche, le monde des voleurs.

(Virmaître, 1894) : Voler (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Voleur. Une femme est une grincheuse ; c’est aussi une grincheuse lorsqu’elle a mauvais caractère.

(Hayard, 1907) : Voleur.

Grinche de la haute pègre

(Bras-de-Fer, 1829) : Voleur de distinction.

Grinche, chisseur

(Larchey, 1865) : Voleur.

Après avoir choisi l’écrin, Le grinche paie le joaillier.

Paillet.

Grinche, grinchisseur

(Bras-de-Fer, 1829) : Voleur.

Grincher

(anon., 1827) : Voler.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Voler.

(Halbert, 1849) : Voler.

Grincher, Grinchir

(Rigaud, 1881) : Voler. — Grinchir au prix courant, voler à l’étalage. Les variantes sont : Grinchir en plein trèpe, piocher dans le tas.

Grincheur

(Rigaud, 1881) : Petit filou, apprenti voleur.

Grincheux

(Delvau, 1867) : s. et adj. Homme difficile à vivre, — dans l’argot du peuple et des gens de lettres.

Grinchir

(Bras-de-Fer, 1829) : Voler, prendre.

(un détenu, 1846) : Voler à l’étalage.

(Larchey, 1865) : Voler (Vidocq). V. Turbinement, Plan, Douille, Affranchir. — Grinchissage, Vol. V. Parrain.

(Delvau, 1867) : v. a. Voler quelque chose. On dit aussi Grincher. Grinchir à la cire. Voler des couverts d’argent par un procédé que décrit Vidocq (p. 205).

Grinchire

(M.D., 1844) : Voler.

Grinchissage

(Clémens, 1840) : Voler.

(Delvau, 1867) : s. m. Vol. (V. Vidocq, p. 205-220, pour les nombreuses variétés de grinchissage : à la limonade, à la desserte, au voisin, aux deux lourdes, etc.)

(Rigaud, 1881) : Filouterie. — Art de filouter ; métier du voleur, pratique du vol. — Maronner un grinchissage, manquer un vol. (Colombey.)

Grinchisseur

(Virmaître, 1894) : Voleur (Argot des voleurs).

Grinchisseur à la chicane

(Delvau, 1867) : s. m. Voleur adroit, qui travaille sans compère.

Grinchisseuse

(Clémens, 1840) : Voleuse.

Grinchisseuse à la mitaine

(Virmaître, 1894) : Voler avec les pieds. La voleuse laisse tomber un objet qu’elle cache prestement dans son soulier sans empeigne (Argot des voleurs).

Gringal

(Rossignol, 1901) : Pain.

Gringale

(Virmaître, 1894) : Pain (Argot des voleurs). V. Bricheton.

Gringalet

(Delvau, 1867) : s. m. Gamin, homme d’apparence chétive, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Individu chétif.

(Virmaître, 1894) : Mièvre, malingre, enfant pas réussi (Argot du peuple). V. Avorton.

Gringotter

(d’Hautel, 1808) : Il nous a gringotté un air. Et plus communément, il nous a saboulé un air. Se dit d’un homme qui chante mal et qui a la manie de toujours vouloir fredonner.

Gringue

(Rigaud, 1881) : Pain, — dans le jargon des ouvriers.

(La Rue, 1894) : Pain.

(Rossignol, 1901) : Pain.

Gringuenaude

(d’Hautel, 1808) : Mot sale et déshonnête, espèce de petites boules ou crottes qui se forment au derrière d’une personne malpropre.

Gringuenaudes

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Ordures des environs du podex, — dans l’argot du peuple qui sent souvent le faguenat à cause de cela.

Grinte

(Rigaud, 1881) : Figure désagréable. — Italianisme : de grinta, ride.

Gripard

(Clémens, 1840) : Soldat.

Gripis

(anon., 1827) : Meunier.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Meûnier.

(Bras-de-Fer, 1829) : Meunier.

(La Rue, 1894) : Meunier.

Grippard

(Virmaître, 1894) : (et non Griffard) Chat (Argot du peuple). V. Greffier.

(Rossignol, 1901) : Chat.

Grippard (?)

(Rossignol, 1901) : Si vous dites à un ami qui n’est pas poli : « Les gens mal élevés sont ceux de Tarascon », c’est une façon moins grossière que de l’appeler du qualificatif que l’on entend journellement dans les rues et qui est synonyme de grippard.

Grippart

(Fustier, 1889) : Chat. (Richepin.)

Grippe

(d’Hautel, 1808) : Filouterie, friponnerie, fantaisie, caprice.
La grippe. Espèce de rhume fort commun à Paris pendant l’hiver ; comme dans cette grande capitale tout est de mode, il a été un temps où il étoit du bon ton d’avoir la grippe.

(Delvau, 1867) : s. f. Caprice, mauvaise humeur contre quelqu’un, — dans l’argot des bourgeois. Avoir en grippe. Ne pas pouvoir supporter quelqu’un ou quelque chose. Prendre en grippe. Avoir de l’aversion pour quelqu’un ou quelque chose.

Grippe-jésus

(Larchey, 1865) : Gendarmes. — Le jésus n’est ici qu’un homme garrotté comme le Christ, lorsqu’il fut conduit devant Pilate.

Grippe-Jésus

(Delvau, 1867) : s. m. Gendarme, dans — l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Gendarme. — Mot à mot : celui qui prend un innocent. À l’entendre, le malfaiteur est toujours une victime, un petit saint, un petit Jésus.

(La Rue, 1894) : Gendarme.

Grippe-saucisses

(Virmaître, 1894) : Apprenti qui va chercher le déjeuner des ouvriers et qui en chemin égratigne un petit morceau de chaque saucisse (Argot du peuple). N.

Grippe-sou

(d’Hautel, 1808) : Celui qui reçoit les rentes pour des particuliers, et à qui on donnoit autrefois deux liards par livre, et maintenant un sou. On donne aussi ce nom aux gens de chicane.

Grippe-sous

(Delvau, 1867) : s. m. Usurier, avare, — dans l’argot du peuple.

(Virmaître, 1894) : Avare qui pousse sa passion jusqu’à se relover la nuit pour mettre un bouchon dans la douille de son soufflet pour en économiser le vent (Argot du peuple). N.

Gripper

(d’Hautel, 1808) : Voler, filouter.
Être grippé. Avoir la grippe.
On lui a grippe sa montre, son argent, son. mouchoir. Pour, on lui a volé, etc.

(Delvau, 1867) : v. a. Chiper, et même voler, — dans l’argot du peuple.

Gripperie

(d’Hautel, 1808) : Pour, volerie, filouterie, exactions.

Grippette

(Rossignol, 1901) : Plus jeune que grippard.

Gris

(d’Hautel, 1808) : À la nuit tous chats sont gris. Voyez Chat.
Gris. Pour, ivre ; qui a trop bu d’un coup.

(Larchey, 1865) : Vent froid (Bailly). — Mot de la langue romane. V. Roquefort. — La bise est la sœur du gris. On dit encore souvent : un froid noir.

(Delvau, 1867) : adj. Cher, précieux, — dans l’argot des voleurs. Grise. Chère, aimable.

Gris (du)

(Rossignol, 1901) : Étain.

Gris (le)

(anon., 1827) : Le vent, le froid.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Le vent.

(Bras-de-Fer, 1829) : Vent, froid.

(Halbert, 1849) : Le vent, le froid.

(Rigaud, 1881) : Le vent, — dans le jargon des voleurs.

Gris comme un cordelier

(Virmaître, 1894) : Saoul à n’en plus pouvoir, incapable de retrouver sa maison et être obligé de s’asseoir sur une borne pour attendre qu’elle passe. Gris, allusion à la couleur de la robe de ces religieux (Argot du peuple).

Gris d’officier

(Rigaud, 1881) : Légère ivresse. (Dr Danet, Moniteur universel, 10 août 1868.)

Gris jusqu’à la troisième capucine (être)

(Delvau, 1867) : Être en complet état d’ivresse, à en déborder, — dans l’argot des troupiers, gui savent que la troisième capucine est près de la bouche du fusil.

Gris, Grise

(Rigaud, 1881) : Cher, chère, aimable.

Gris, grise

(La Rue, 1894) : Cher, chère. Aimable.

Grisaille

(Delvau, 1867) : s. f. Sœur de charité, — dans l’argot des faubouriens qui savent qu’on appelle ces saintes filles des sœurs grises.

(La Rue, 1894) : Sœur de charité.

(Virmaître, 1894) : Sœur de charité (Argot des voleurs). V. Pampine.

Grisaille, la Grise

(Rigaud, 1881) : Sœur grise, sœur de charité ; par allusion à la couleur de la robe.

Grise

(Delvau, 1867) : s. f. Chose extraordinaire et désagréable, — dans l’argot du peuple. En voir de grises. Peiner, pàtir. En faire voir de grises. Jouer des tours désagréables à quelqu’un.

(Rossignol, 1901) : Patrouille, soldat. Avant l’annexion des barrières de Paris, vers 1860, il y avait, à presque toutes les portes, un poste de militaires, même un place de la Bastille, ou se trouve actuellement le bureau des tramways de Charenton. Celui qui voulait du secours criait à la garde, et un caporal venait avec quatre hommes : c’était la grise.

Griser

(d’Hautel, 1808) : Une vesse de vigneron suffit pour le griser. Se dit en riant d’un mauvais buveur qui se grise au premier verre de vin.
Se griser. Se souler, s’enivrer.

Griserie

(Delvau, 1867) : s. f. Ivresse légère, — dans l’argot des bourgeois.

Grises (en faire voir de)

(Larchey, 1865) : Se jouer de quelqu’un, lui faire voir des choses qu’il ne peut démêler.

Ma tante Aurélie qui disait l’autre jour à maman qu’elle t’en ferait voir des grises…

Gavarni.

Grisette

(d’Hautel, 1808) : Terme injurieux et de mépris. Petite ouvrière à mise simple et bourgeoise. Fille de moyenne vertu, qui prête l’oreille aux discours des garçons.

(Virmaître, 1894) : Jeune fille, ouvrière plumassière, fleuriste, modiste ou polisseuse qui fit la joie de nos pères et le désespoir des leurs. Depuis qu’elle a passé les ponts, ce n’est plus qu’une vulgaire cocotte.

Type charmant, grisette sémilliante,
Au frais minois, sous un piquant bonnet
Où donc es-tu, genlille étudiante
Reine sans fard de nos bals sans apprêts.

Ainsi s’exprime la chanson en vogue autrefois au quartier latin (Argot du peuple).

Grison

(d’Hautel, 1808) : Un grison. Pour dire un âne. On donne aussi ce nom à celui qui fait le métier d’espion.

Grisotter (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Se griser légèrement, honnêtement, pour ainsi dire, — dans l’argot des bourgeois, ennemis des excès parce qu ils sont amis de la vie.

Grispin

(Halbert, 1849) : Meunier.

Grispis

(Larchey, 1865) : Meunier. — Du vieux mot griper : prendre. — Les meuniers ont souvent passé pour des accapareurs.

Grive

(d’Hautel, 1808) : Soûl comme une grive. Abruti par le vin, qui a perdu tout équilibre.

(un détenu, 1846) : Troupe, soldats, police.

(Halbert, 1849) : La garde, la guerre.

(Larchey, 1865) : Garde, patrouille (Bailly). — Grivier : Soldat. — Dans le vieil argot, grive signifiait armée comme on le voit ici.

Les drilles ou les narquois, en revenant de la grive, en trimardant, quelquefois basourdissent les ornies.

Vidocq.

Grive est donné par Roquefort comme synonyme de méchante, fâcheuse (on dit encore Griève). — Mot à mot, un grivier est donc pour les voleurs un vrai fâcheux. V. Cigogne.

(Delvau, 1867) : s. f. La garde, — dans l’argot des voleurs, qui se rappellent peut-être que les soldats s’appelaient autrefois des grivois. Corps de grive. Corps de garde. Harnais de grive. Uniforme.

(Rigaud, 1881) : Guerre. — Patrouille. — Garde républicaine.

(La Rue, 1894) : La garde. La guerre. Cribler à la grive, crier à la garde.

Grive (la)

(anon., 1827) : La guerre.

(Bras-de-Fer, 1829) : Guerre.

Grivelée

(d’Hautel, 1808) : Gain, profit illicite, concussion.

Griveler

(d’Hautel, 1808) : Faire des gains, des profits illicites dans un emploi.

Grivelerie

(d’Hautel, 1808) : Action de griveler.

Griveleur

(d’Hautel, 1808) : Qui se permet des gains illicites, des tours de bâton.

Grivier

(anon., 1827) : Soldat.

(Bras-de-Fer, 1829) : Soldat.

(un détenu, 1846) : Soldat municipal.

(Halbert, 1849) : Soldat.

(Delvau, 1867) : s. m. Soldat.

(Rigaud, 1881) : Soldat. — Grivier de gaffe, sentinelle, soldat en faction.

(Virmaître, 1894) : Soldat de la ligne (Argot du peuple). V. Lignard.

(Rossignol, 1901) : Soldat d’infanterie.

Grivier de parquois

(Bras-de-Fer, 1829) : Soldat déserteur.

Grivière

(M.D., 1844) : Soldat.

Grivois

(d’Hautel, 1808) : Un bon grivois. Un compagnon gaillard, éveillé et libertin, qui ne pense qu’à se donner du plaisir ; qui se moque de tout, pourvu qu’il ait de quoi satisfaire ses passions.

(Delvau, 1864) : Libertin en paroles ou en actions ; peloteur et, conséquemment, fouteur.

Mon grivois ne voit pas plus tôt un couillon mettre un pied dans sa chambre que, s’élançant par la ligne droite et franchissant la table, il me joint, me saisit avant que j’aie le temps d’ouvrir la bouche.

A. de Nerciat.

(Delvau, 1867) : s. m. Libertin, — dans l’argot du peuple.

Grivoise

(d’Hautel, 1808) : Vivandière, femme de joyeuse vie ; aventurière.

(Delvau, 1867) : s. f. Fille ou femme qui se plaît dans le commerce des hommes riches.

Grofin

(La Rue, 1894) : Chiffonnier.

Grognard

(d’Hautel, 1808) : Homme de mauvais caractère, qui trouve à redire à tout, qui murmure sur toutes choses.

(Larchey, 1865) : « Le grognard d’aujourd’hui et le vieux grognard d’autrefois, ce vieux de la vieille, comme on dit encore en parlant des nestors de la garde impériale. » — M. Saint-Hilaire. — Allusion à l’humeur grognonne des vétérans.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme chagrin, mécontent, qui gronde sans cesse. L’expression (qui vient de grundire, grogner) ne date pas de l’empire, comme on serait tenté de le croire : elle se trouve dans le Dictionnaire de Richelet, édition de 1709. On dit aussi grognon.

Grognard (vieux)

(Merlin, 1888) : Vieux soldat.

Grogne

(Delvau, 1867) : s. f. Mauvaise humeur, chagrin.

Grognement

(d’Hautel, 1808) : Murmure, mécontentement.

Grogner

(d’Hautel, 1808) : Murmurer entre ses dents, grommeler à la manière des cochons.

(Delvau, 1867) : v. n. Se plaindre ; gronder sans raison.

Grogneur, grogneuse

(d’Hautel, 1808) : Qui murmure continuellement, qui est toujours à marmonner.

Grogou

(Delvau, 1864) : Signifiait autrefois : lépreux, vieux grec. — Aujourd’hui, ce mot veut, dire : époux vieux, laid, avare et jaloux : — Othello et Bartholo réunis.

Il était un femme,
Femme d’un vieux grigou,
Toujours fermant porte et verrou.
Quand il allait en ville,
Pour plus de sureté,
Il emportait la clé.

(Vieille chanson anonyme.)

Groin

(d’Hautel, 1808) : Pour bouche, menton, visage. Le peuple dit, d’après l’ancien usage, grouin.
Lécher le groin à quelqu’un. Pour baiser continuellement ; fatiguer par ses caresses, ses flatteries.
Donner un coup de groin. Pour dire un baiser.

Groller

(Delvau, 1867) : v. n. Murmurer d’une façon désagréable, gronder, faire un bruit semblable à celui que fait en criant le freux, ou plutôt la grolle, une corneille. Signifie aussi : Remuer des tiroirs, ouvrir et fermer des portes, — et alors c’est un verbe actif.

Gromiau

(Delvau, 1867) : s. m. Enfant, gamin, — dans l’argot des faubouriens.

Grommeler

(Clémens, 1840) : Se fâcher.

Grondin

(Rigaud, 1881) : Porc, — dans le jargon des voleurs.

Groom

(Larchey, 1865) : Petit valet.

Savez-vous ce que c’est qu’un petit groom ? Eh bien ! c’est un petit bas des reins qu’est pas plus haut que ma botte, et qui trotte comme une ablette.

Festeau.

Gros

(d’Hautel, 1808) : Gros comme une tour. Se dit figurément d’un homme qui a beaucoup d’embonpoint.
On dit, dans un sens opposé, d’un homme fluet et délicat, qu’Il est gros comme pour deux liards de beurre. Voy. Beurre.
Les gros mangent les petits. Pour dire que, dans tout, les plus forts l’emportent.
Il a plus coûté d’or et d’argent qu’il n’est gros. Se dit d’un enfant à qui on n’a rien épargné, dont l’éducation a été très-soignée.
Gros-Guillaume. Mot paysan, qui signifie pain de ménage, pain bis.

(Delvau, 1867) : adv. Beaucoup, — dans l’argot du peuple. Coucher gros. Dire quelque chose d’énorme. Gagner gros. Avoir de grands bénéfices. Il y a gros à parier. Il y a de nombreuses chances pour que… Tout en gros. Seulement.

Gros (le)

(Rigaud, 1881) : Le point de neuf au jeu de baccarat, — dans le jargon des joueurs.

Gros (mon)

(Rigaud, 1881) : Nom d’amitié qu’une femme mal élevée donne à son amant. C’est-à-dire mon gros chéri.

Gros (tout en)

(d’Hautel, 1808) : Il a fait cela tout en gros. Manière ironique de dire que quelqu’un n’a presque rien fait ; qu’un ouvrier a mal employé sa journée.

Gros cul

(Fustier, 1889) : Chiffonnier aisé.

Gros frère

(Rossignol, 1901) : Cuirassier.

Gros joufflu

(Rigaud, 1881) : Le second visage d’une personne chargée d’embonpoint.

Gros légume

(Rigaud, 1881) : Officier supérieur.

Gros légumes

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Les officiers supérieurs, — dans l’argot des troupiers.

Gros lolo

(Rigaud, 1881) : Cuirassier, carabinier.

Gros lot

(Delvau, 1867) : s. m. Mal de Naples.

(La Rue, 1894) : Syphilis.

Gros lot (avoir, donner ou gagner le)

(Delvau, 1864) : Avoir, donner la vérole, — le plus gros lot qu’on puisse gagner à la loterie de l’amour.

Gros numéro

(Delvau, 1864) : Bordel.

(Delvau, 1867) : s. m. Prostibulum.

(Rigaud, 1881) : Maison de tolérance.

Gros papa

(Delvau, 1867) : s. m. Homme bon enfant, rond de caractère comme de ventre, ayant ou non des enfants. On dit aussi Gros père.

Gros pointu

(Rigaud, 1881) : Archevêque, — dans le jargon des voleurs.

Gros-cul

(Rigaud, 1881) : Chiffonnier à son aise. Les gros-culs possèdent un âne et une petite voiture pour les besoins de leur industrie. Ils habitent en grande partie le passage Saint-Charles à Levallois.

Gros, grosse

(d’Hautel, 1808) : Il y a gros. Locution populaire et affirmative qui équivaut à certainement, assurément, il n’y a pas de doute.
Gros a été fort à la mode pendant long-temps à Paris, et les gens de qualité, et à la cour même, on disoit : Je suis gros de vous voir, je suis gros de vous connoître, pour je suis honoré, je suis heureux, satisfait, etc. Ces sortes d’acceptions ne sont plus en usage.
Il est du gros mur. Se dit d’un rustre, d’un grossier ; d’un homme de la lie du peuple.
Mon gros. Mot d’amitié que l’on donne à un petit garçon ; comme on appelle une jeune demoiselle ma petite.
Faire le gros. Se pavaner, s’enfler de vanité, d’orgueil.
Parler des grosses dents. Faire ses grosses dents. Voy. Dent.

Groseille de vidangeur

(Rossignol, 1901) : Demi-setier. Le contenu d’un verre de vin rouge de 25 centilitres est une groseille de vidangeur.

Grosse caisse

(Rigaud, 1881) : Prison, — dans le jargon du régiment.

Grosse cavalerie

(Delvau, 1867) : s. f. Cureurs d’égout, — dans l’argot des faubouriens, qui font allusion aux grosses bottes de ces ouvriers troglodytes.

(Delvau, 1867) : s. f. Figurantes du corps de ballet qu’on ne fait jamais donner, — dans l’argot des gandins, à qui cette grosse cavalerie fait toujours donner.

(Rigaud, 1881) : Égoutiers. — Figurantes de la danse à l’Opéra. — L’élite, le dessus du panier des bagnes, la fleur des scélérats en villégiature à Cayenne. Ainsi nommés parce qu’ils chargent à fond de train sur leurs victimes.

(La Rue, 1894) : Les plus grands scélérats.

Grosse culotte

(Rigaud, 1881) : Ouvrier ivrogne et beau parleur. Ouvrier qui pérore chez le marchand de vin.

(Virmaître, 1894) : Ivrogne, beau parleur. L. L. Grosse culotte est encore en usage dans les ateliers de forgerons. C’est une expression connue. Chez les compagnons forgerons depuis la création du compagnonnage, on l’applique à l’ouvrier le plus habile de la partie, à celui qui était appelé à tenir les grosses pièces avant l’invention des marteaux pilons. Deux d’entre eux furent célèbres, on s’en souvient, encore dans les ateliers ; ils se nommaient Dany et Pierre Virmaître, dit Bourguignon. Grosse culotte est toujours un terme consacré (Argot des ouvriers). N.

Grosse tôle

(Rigaud, 1881) : Prison, — dans l’argot des marins.

Grosses légumes

(Virmaître, 1894) : Gens millionnaires, magistrats élevés, généraux, etc. Quand, sous la Commune, un voyou demandait à être nommé général, à entrer dans les grosses légumes, il donnait pour raison qu’une de plus ou de moins dans le tas ça ne paraîtrait pas (Argot du peuple). N.

Grosses lèvres

(Virmaître, 1894) : La tinette. Allusion aux rebords (Argot des voleurs). N.

Grossier comme du pain d’orge

(Delvau, 1867) : adj. Extrêmement brutal, dans l’argot des bourgeois amis du pain blanc et des discours amènes.

Grotte

(Virmaître, 1894) : Prison (Argot des voleurs). V. Gerbe.

Grouchy

(Delvau, 1867) : s. m. Retardataire, flâneur, — dans l’argot du peuple. Passé de mode.

(Delvau, 1867) : s. m. Article qui arrive trop tard à l’imprimerie. — dans l’argot des journalistes. L’expression est d’H. de Balzac. On dit aussi Rappel de Waterloo.

Grouchy (petit)

(Larchey, 1865) : « Article arrivé en retard à l’imprimerie. » — Balzac. — Allusion à la tradition populaire, mais contestable, qui impute à Grouchy le retard de sa marche sur Waterloo.

Grouiller

(d’Hautel, 1808) : Se mouvoir, se remuer, fourmiller.
Il a six enfans tout grouillans. C’est-à-dire, vivans. Cette locution ne s’emploie ordinairement qu’en parlant d’un homme indigent, et pour faire entendre qu’il ne peut suffire aux besoins de sa famille.
Il est tout grouillant de vers. Se dit d’un fromage, d’un morceau de viande dans lequel les vers fourmillent.
Que je te voie grouiller de-là. Se dit par menace à un enfant, pour, que je te voie remuer, broncher de-là.
La tête lui grouille. Pour, la tête lui remue, lui tremble.
Tout grouillant de vermine. Pour dire rempli, rongé de vermine.

(Delvau, 1867) : v. n. Remuer, s’agiter, — dans l’argot du peuple.

Grouiller (se)

(La Rue, 1894) : Se dépêcher.

Grouillis-Grouillot

(Delvau, 1867) : s. m. Foule de gens ou d’animaux, — par allusion à leurs mouvements vermiculaires. Ce mot fait image et mérite d’être conservé, malgré sa trivialité.

Grouin

(Delvau, 1867) : s. m. Visage, — dans l’argot des faubouriens, qui n’ont pas le moindre respect pour le « miroir de l’âme ».

Groule, Groulasse

(Rigaud, 1881) : Vaurienne ; petite fille malpropre. Les marchandes à la toilette, les revendeuses, appellent leurs apprenties « des groules ».

(La Rue, 1894) : Apprentie, souillon.

Groumer

(Delvau, 1867) : v. n. Gronder, murmurer, — dans l’argot des ouvriers qui ont servi dans l’infanterie de marine.

(Rossignol, 1901) : Ne pas être content. Être fâché, c’est groumer.

Grouper

(Rigaud, 1881) : Arrêter, saisir, — dans le jargon des voleurs. — Se faire grouper, se faire arrêter.

Gru

(Clémens, 1840) : Pot.

Grubler

(Fustier, 1889) : Grogner. (Richepin.)

Grue

(d’Hautel, 1808) : Faire le pied de grue. S’humilier ; faire des soumissions devant quelqu’un ; monter la garde dans les antichambres d’un homme puissant.
Avoir un cou de grue. Avoir le cou long.
Il est planté là comme une grue. Pour, il ne sait quelle contenance tenir ; il croque le marmot.

(Delvau, 1864) : Fille entretenue, parce que les filles de cette espèce sont souvent plus bêtes que belles — ce qui fait qu’on ne s’explique pas les folies que les gandins font pour elles.

Dans certains théâtres, on voit de jeunes aspirantes qui se font des yeux jusqu’aux oreilles et des veines d’azur du corset jusqu’aux tempes ; ce ne sont pas des femmes, ce sont des pastels ; cette première catégorie de grues s’appelle les maquillées.

Joachim Duflot.

(Larchey, 1865) : « Pour qualifier une fille aux jambes maigres aux gros yeux à fleur de tête, à l’intelligence épaisse, on dit : C’est une grue. » — Scholl. — « Mme Croquoison : Nous sommes tous des grues. » — Le Rapatriage, parade du dix-huitième siècle.

(Delvau, 1867) : s. f. Femme entretenue, que la Nature a douée d’autant de bêtise que de beauté, et qui abuse de celle-ci pour faire accepter celle-là. C’est un mot heureux que les gens de lettres ont trouvé là pour répondre à l’insolence des filles envers les honnêtes femmes. Bécasses ! disaient-elles. Grues ! leur répond-on. Mais ce mot, dans ce sens péjoratif, n’est pas né d’hier, il y a longtemps que le peuple l’emploie pour désigner un niais, un sot, un prétentieux.

(Rigaud, 1881) : Femme sotte et prétentieuse. — Dans le dictionnaire de l’Académie, grue est donné dans le sens de niais. — Dans le jargon des comédiens, c’est une demoiselle qui possède de la beauté, de l’argent et des toilettes en quantité suffisante pour obtenir un bout de rôle où elle montre ses épaules, ses diamants et sa bêtise. Elle lève les gentilshommes de l’orchestre, comme la grue lève les fardeaux ; d’où son surnom.

(La Rue, 1894) : Bête. Femme entretenue. V. Biche.

(Virmaître, 1894) : Fille publique, jolie mais bête à manger du foin. De cette allusion est né un mauvais calembourg : Les camelots crient : Demandez l’Indicateur des grues de Paris pour rues (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Fille de bas étage.

(Hayard, 1907) : Fille publique.

Gruerie

(Delvau, 1867) : s. f. Bêtise rare, — comme il en sort tant de tant de jolies bouches.

Grugeon

(d’Hautel, 1808) : Dépensier, prodigue ; monopoleur qui vit sur le bien d’autrui ; qui s’engraisse des malheurs publics.

Gruger

(d’Hautel, 1808) : Pour, rapiner, voler, manger ; être aux crocs de quelqu’un ; lui soutirer de l’argent.
Il le gruge d’une belle manière. Pour, il le vole, il le ruine secrètement.

(Delvau, 1867) : v. a. Manger le bien de quelqu’un, — dans l’argot du peuple. Les gens de lettres écrivent grue-ger, par allusion aux mœurs des grues, — ces Ruine-maison !

Grugeur

(d’Hautel, 1808) : Dépensier, mangeur de tout bien ; dissipateur ; fripon qui vit de ce qu’il escroque.

(Delvau, 1867) : s. m. Parasite, faux ami qui vous aide à vous ruiner, comme si on avait besoin d’être aidé dans cette agréable besogne.

(Rigaud, 1881) : Parasite. Celui qui vit aux dépens de quelqu’un ou de plusieurs.

Grumeau

(d’Hautel, 1808) : Petites portions de lait qui se tournent et se caillent ; mot défiguré par le peuple, qui dit gromelot.

Guadeloupe

(Rigaud, 1881) : Bouche, — dans l’argot des barrières. Le mot « guadeloupe » rappelle vaguement le mot « gueule ». Charger pour la Guadeloupe, manger.

Guano

(Delvau, 1867) : s. m. Fèces, non pas des phénicoptères des mers du Sud, mais de l’homme, — dans l’argot des faubouriens, qui aiment les facéties grasses et remuent volontiers la lie de l’esprit pour en dégager les parfums nauséabonds au nez des autres et même à leur propre nez.

Gué

(d’Hautel, 1808) : Sonder le gué. Prendre ses précautions, ses informations, ayant de s’engager dans une affaire.

Guédouze

(Rigaud, 1881) : La mort, — dans l’ancien argot. — Du celte guenn-du, blanche-noire. (V. Hugo.)

Guelte

(Delvau, 1867) : s. f. Bénéfice (geld) qu’on abandonne aux commis d’un magasin qui sont parvenus à vendre un objet jugé invendable. Grâce à la faconde des gaudissards modernes, il est rare qu’un rossignol reste sur les rayons, et leur guelte s’en accroît d’autant.

(Rigaud, 1881) : Bénéfice accordé à un placier, à un commis en nouveautés sur la vente d’un article.

Carpentier a touché ses deux mille cinq cents balles de guelte

(P. Mahalin.)

Guelter

(Rigaud, 1881) : Réaliser un bénéfice sur une vente, — dans le jargon des employés de commerce.

Guenaud

(Halbert, 1849) : Sorcier.

Guenaude

(Halbert, 1849) : Sorcière.

Guenille

(d’Hautel, 1808) : Lambeau, vieil habit, vêtement déchiré.
Trousser ses guenilles. Pour, s’enfuir, plier bagage ; s’en aller au plus vite, et sans bruit.
Une vieille guenille. Nom injurieux que l’on donne à une personne vieille, sale et mal habillée.

Guenilles (les)

(Delvau, 1864) : Les testicules de l’homme, que dédaignent les femmes — qui ne peuvent plus s’en servir.

Guenillon

(d’Hautel, 1808) : Petite guenille. Se dit par mépris d’une petite fille malpropre.

(Delvau, 1867) : s. m. Fille ou femme mal habillée, — dans l’argot des bourgeoises, qui ne tolèrent pas les infractions à la mode.

(Virmaître, 1894) : Femme mal habillée. Traîneuse des rues. On dit aussi : vieille guenipe (Argot du peuple).

Guenipe

(d’Hautel, 1808) : Terme bas et insultant, qui équivaut à gourgandine, vile prostituée.

Guenippe

(Delvau, 1864) : Femme de mauvaise vie ; guenon.

Mais présentement que l’on grippe,
Et Lise, et toute autre guenippe.

(La France Galante.)

Sus donc, gentilles guenippes,
Prenez vos plus belles nippes,
Sans vos attiffets laisser…
Et vous faites enchâsser.

Le Sr de Sygognes.

Guenon

(d’Hautel, 1808) : Une vieille guenon. Épithète outrageante, pour dire une vieille femme laide et difforme.

(Delvau, 1864) : Femme de mauvaise vie, qui sa trousse et écarte les jambes au profit du premier orang-outang venu.

Le temps où les femmes m’allumaient si facilement que la première guenon venue qui me mettait la main dessus me f’sait faire bâton pendant quinze jours.

Lemercier de Neuville.

(Delvau, 1867) : s. f. Femme laide ou corrompue, — dans l’argot du peuple. C’est la trot des Anglais. On dit aussi Guenippe et Guenuche.

(Rigaud, 1881) : Femme du patron, — dans le jargon des ouvriers quand ils ne l’appellent pas« la singesse ».

Guenuche

(d’Hautel, 1808) : Petite guenon ; femme laide, qui se pare ridiculement.

(Delvau, 1864) : Variété de guenon.

Elle est sèche comme une criche,
Mal faite comme une guenuche,
Éloquente comme un Gascon, etc.

(Cabinet satyrique.)

Guères

(d’Hautel, 1808) : Je t’entends bien, mais je ne t’écoute guères. Locution triviale et populaire qui équivaut à, tout ce que tu dis et rien, c’est la même chose ; tu parles en vain.

Guérets

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Les blés mûrs, — dans l’argot des Académiciens.

Guérie

(d’Hautel, 1808) : Participe féminin du verbe Guérir. Les personnes sans éducation disent d’une femme qui est relevée de maladie, qu’elle est guérite au lieu de guérie.

Guérite

(d’Hautel, 1808) : Gagner la guérite. Pour, s’esquiver, s’enfuir à bas bruit.

(Delvau, 1867) : s. f. Chapelle, — dans l’argot des marbriers de cimetière, qui s’y réfugient au moment des averses.

Guérite à calotins

(Rigaud, 1881) : Confessionnal, — dans le jargon du peuple. Elle est toujours fourrée dans les guérites à calotins. — Moi, j’y ficherais des calottes à ta place.

Guerre

(d’Hautel, 1808) : À la guerre comme à la guerre. Manière de parler adverbiale qui équivaut à il faut prendre le temps comme il vient ; se donner du plaisir quand on en trouve l’occasion, et supporter patiemment les disgraces et les contrariétés quand elles se présentent.
Qui terre a, guerre a. Signifie que l’on ne peut posséder de bien sans avoir quelque procès.
Un nom de guerre. Sobriquet, surnom que l’on prend.
Faire la guerre au pain. Pour, être affamé, manger beaucoup de pain.

Guerroyer

(d’Hautel, 1808) : Se battre en duel, se quereller, se disputer, se chicaner continuellement.

Guet

(d’Hautel, 1808) : Fonction d’un soldat qui est en sentinelle.
Ce mot est toujours masculin ; mais une habitude vicieuse et presque généralement consacrée, fait dire en parlant d’un chien : Ce chien est d’une bonne guette, au lieu de, est d’un bon guet.

Guet-à-pens

(d’Hautel, 1808) : Voleur, assassin, filou ; homme sans aveu.
Être au guet. Pour être aux écoutes, sur les épines. Espionner.

Guêtre

(d’Hautel, 1808) : Tirer ses guêtres. Pour s’enfuir.
Tirez vos guêtres. Pour troussez bagage ; allez-vous-en au plus vite.

Guêtres (tirer ses)

(Larchey, 1865) : Détaler.

Cadet, tire au loin tes guêtres, au lieu de m’approcher.

Cabassol.

Fuyons, tirons nos guêtres.

Le Rapatriage.

Guette

(Delvau, 1867) : s. f. Gardien, — dans l’argot du peuple, qui dit cela à propos des chiens. Bonne guette. Chien qui aboie quand il faut, pour avertir son maître. Être de guette. Aboyer aux voleurs, ou aux étrangers.

Guette (bonne)

(Rigaud, 1881) : Bonne garde, en parlant d’un chien. Cabot rup pour la guette, bon chien de garde.

Guette au trou

(Virmaître, 1894) : Sage-femme (Argot du peuple).

Guette-au-trou

(Hayard, 1907) : Sage-femme.

Gueulard

(d’Hautel, 1808) : Sobriquet fort incivil qui équivaut à gourmand, glouton, homme qui est fort sur sa bouche. On le donne aussi à celui qui se plaint continuellement, qui crie pour les plus petites choses.

(anon., 1827) : Bissac.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Sac.

(Bras-de-Fer, 1829) : Bissac.

(M.D., 1844) : Un sac.

(Larchey, 1865) : Braillard. — Gueulard : Gourmand.

La gourmandise a aussi une place d’honneur dans le cœur de l’écolier ; mais comme c’est un vice réclamé par les moutards, la honte de paraître gueulard comme eux en arrête la manifestation.

H. Rolland.

Gueulardise : Friandise. — Gueulard : poêle (Vidocq). V. Goulu. — Gueulard : Sac (id.). — Du vieux mot gueulle : gibecière, bourse (Roquefort). — Ce dernier sens confirme encore ce que nous avançons pour chanter. V. ce mot. L’homme qui chante ouvre sa gueule.

(Delvau, 1867) : s. m. Gourmand. Signifie aussi Homme qui parle trop haut, ou qui gronde toujours à propos de rien.

(Delvau, 1867) : s. m. Poêle, — dans l’argot des voleurs. Signifie aussi Bissac.

(Rigaud, 1881) : Poêle. — Bissac.

(Fustier, 1889) : Argot du peuple, de celui surtout oui, par métier, fréquente les Halles. Le gueulard est un individu à la voix claire et forte que louent certains marchands des quatre-saisons pour annoncer le contenu de leurs petites voitures. Ce n’est point une profession à dédaigner que celle de gueulard, et je sais de ces industriels qui gagnent plus de trois francs par jour. Ce sont, il est vrai, les forts ténors de la partie !

… Les autres s’emploient comme gueulards, profession non classée dans le Bottin…

(Français, nov. 1884.)

(La Rue, 1894) : Poêle. Bissac. Poche.

Gueulard, de

(Halbert, 1849) : Bissac, poche.

Gueularde

(Delvau, 1867) : s. f. Poche, — dans le même argot [des voleurs].

(Rigaud, 1881) : Poche, — dans le jargon des voleurs. La poche est la gueule, la bouche du paletot.

Gueulardise

(Delvau, 1867) : s. f. Gourmandise, — dans l’argot du peuple.

Gueule

(d’Hautel, 1808) : Pour bouche.
Il feroit tout pour la gueule. Se dit d’un homme qui aime excessivement la bonne chère.
Se prendre de gueule. S’injurier, se quereller à la manière des gens du port, des poissardes.
Avoir la gueule morte. Être confondu, ne savoir plus que dire.
Il n’a que de la gueule. Pour, c’est un hâbleur qui ne fait que parler, qui n’en vient jamais au fait quand il s’agit de se battre.
Mots de gueule. Pour, paroles impures, mots sales et injurieux.
La gueule du juge en pétera. Pour dire qu’une affaire amènera un procès considérable.
Il est venu la gueule enfarinée. Voyez Enfariner.
Gueule fraîche. Parasite, grand mangeur, toujours disposé à faire bombance.
Il a toujours la gueule ouverte. Se dit d’un bavard, d’un parleur éternel.
Gueule ferrée ; fort en gueule. Homme qui n’a que des injures dans la bouche.

(Larchey, 1865) : Bouche.

Il faudrait avoir une gueule de fer-blanc pour prononcer ce mot.

P. Borel, 1833.

Gueule fine : Palais délicat.

Un régime diététique tellement en horreur avec sa gueule fine.

Balzac.

Fort en gueule : Insulteur. — Sur sa gueule : Friand.

L’on est beaucoup sur sa gueule.

Ricard.

Faire sa gueule : Faire le dédaigneux. — Casser, crever la gueule : Frapper à la tête.

Tu me fais aller, je te vas crever la gueule.

Alph. Karr.

Gueuler : Crier.

Leurs femmes laborieuses, De vieux chapeaux fières crieuses, En gueulant arpentent Paris.

Vadé, 1788.

(Delvau, 1867) : s. f. Visage. Bonne gueule. Visage sympathique. Casser la gueule à quelqu’un. Lui donner des coups de poing en pleine figure. Gueule en pantoufle. Visage emmitouflé.

(Delvau, 1867) : s. f. Appétit énorme. Être porté sur sa gueule. Aimer les bons repas et les plantureuses ripailles. Donner un bon coup de gueule. Manger avec appétit.

(Delvau, 1867) : s. f. Bouche. Bonne gueule. Bouche fraîche, saine, garnie de toutes ses dents.

(Rigaud, 1881) : Bouche. — Fine gueule, gourmet. — Porté sur la gueule, amateur de bonne chère. — Fort, forte en gueule, celui, celle qui crie des injures. — Gueule de travers, mauvais visage, mine allongée. — Gueule de raie, visage affreux. — Gueule d’empeigne, palais habitué aux liqueurs fortes et aux mets épicés ; laideur repoussante, bouche de travers, dans le jargon des dames de la halle au XVIIIe siècle, qui, pour donner plus de brio à l’image, ajoutaient : garnie de clous de girofle enchâssés dans du pain d’épice. — Gueule de bois, ivresse. — Roulement de la gueule, signal du repas, — dans le jargon du troupier. — Taire sa gueule, se taire. — Faire sa gueule, être de mauvaise humeur, bouder. Se chiquer la gueule, se battre à coups de poing sur le visage. — Crever la gueule à quelqu’un, lui mettre le visage en sang. — La gueule lui en pète, il a la bouche en feu pour avoir mangé trop épicé.

Gueule d’empeigne

(Delvau, 1867) : s. f. Homme qui a une voix de stentor ou qui mange très chaud ou très épicé. Avoir une gueule d’empeigne. Avoir le palais assuré contre l’irritation que causerait à tout autre l’absorption de certains liquides frelatés. On dit aussi Avoir la gueule ferrée.

(Virmaître, 1894) : Palais habitué aux liqueurs fortes. L. L. Dans tous les ateliers de de France, gueule d’empeigne signifie bavard intarissable qui a le verbe haut, qui gueule constamment. C’est un sobriquet généralement donné aux Parisiens qui font partie du compagnonnage (Argot du peuple). K.

(Rossignol, 1901) : Celui qui parle beaucoup et qui a la repartie facile a une gueule d’empeigne. On dit aussi de celui qui mange sa soupe bouillante ou qui avale des liqueurs fortes sans sourciller, qu’il a une gueule d’empeigne.

Gueule de bois

(Delvau, 1867) : s. f. Ivresse, — dans l’argot des faubouriens, qui ont voulu exprimer son résultat le plus ordinaire. Se sculpter une gueule de bois. Commencer à se griser.

(La Rue, 1894) : Malaise spécial des lendemains d’ivresse. Va de pair avec le mal aux cheveux.

(Hayard, 1907) : Malaise à la suite d’excès de boisson.

Gueule en coup de sabre

(Virmaître, 1894) : Bouche fendue jusqu’aux oreilles.
— Il peut manger la soupe avec une cuiller à pot (Argot du peuple).

Gueule en cul de poule

(Virmaître, 1894) : Individu mâle ou femelle qui en faisant la moue serre les lèvres (Argot du peuple).

Gueule enfarinée (avoir la)

(Delvau, 1867) : Être alléché par quelque chose, par une promesse de dîner ou d’amour et se créer par avance une indigestion ou une félicité sans pareilles.

Gueule fine

(Delvau, 1867) : s. f. Gourmet.

Gueulée

(Delvau, 1867) : s. f. Repas. Chercher la gueulée. Piquer l’assiette. Signifie aussi une grosse bouchée.

Gueulées

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Paroles fescennines, et même ordurières.

Gueulent (les soupapes)

(Rigaud, 1881) : Terme des ouvriers du fer, des mécaniciens, lorsqu’ils veulent dire que la vapeur s’échappe par les soupapes. Au figuré, c’est lorsqu’un ivrogne donne congé aux flots de liquide qu’il a absorbés.

Gueuler

(d’Hautel, 1808) : Crier à tue-tête, hurler à la manière des bêtes.

(Delvau, 1867) : v. n. Crier, gronder. Signifie aussi Parler.

Gueuleton

(Larchey, 1865) : Repas plantureux, dont on a plein la gueule. — Gueuletonner : Faire un gueuleton.

Je ne vous parle pas des bons gueuletons qu’elle se permet, car elle n’est pas grasse à lécher les murs.

Vidal, 1833.

Chacun d’eux suivi de sa femme, À l’Image de Notre-Dame, firent un ample gueuleton.

Vadé, 1788.

(Delvau, 1867) : s. m. Repas plantureux, ou simplement Repas. Fin gueuleton. Ripaille où tout est en abondance, le vin et la viande.

(Rigaud, 1881) : Dîner fin, dîner de fines gueules.

De temps en temps, je me donne la fantaisie d’un petit gueuleton.

(Cogniard frères, La Chatte blanche.)

Gueuleton à chier partout, dîner succulent et copieux.

(Hayard, 1907) : Bon repas.

Gueuletonner

(Delvau, 1867) : v. n. Faire un gueuleton.

Gueusaille

(d’Hautel, 1808) : Canaille, multitude de misérables et de gueux. On donne aussi ce nom en plaisantant à un rassemblement de petits enfans.

(Delvau, 1867) : s. f. La canaille.

Gueusailler

(d’Hautel, 1808) : Passer son temps dans de mauvais lieux ; mener une vie paresseuse et libertine.

(Delvau, 1867) : v. n. Vagabonder, mendier, — dans l’argot des bourgeois.

Gueusard

(d’Hautel, 1808) : Nom que l’on donne à un petit polisson, à un vaurien ; et généralement aux escrocs et aux filous.

(Larchey, 1865) : Petit gueux, amicalement parlant.

Appelle-moi gueusard, scélérat, lui dis-je.

Amours de Mathieu, chanson, 1832.

Et vous flânez souvent, gueusard

E. Sue.

Pris aussi en mauvaise part :

Les gueusards ! ils n’ont pas seulement le courage de faire leurs mauvais coups.

E. Sue.

(Delvau, 1867) : s. m. Polisson.

(Virmaître, 1894) : Rideau (Argot des voleurs). N.

Gueusards

(Rossignol, 1901) : Seins.

Gueuse

(d’Hautel, 1808) : Guenipe, canaille, vile prostituée.
Courir la gueuse. S’adonner à la crapule ; à de sales débauches.

(Delvau, 1864) : Femme de mœurs beaucoup trop légères, qui n’est pas la femelle du gueux, — au contraire.

Quand d’un air tout de franchise
Une gueuse m’aborda

Piron.

(Delvau, 1867) : s. f. Drôlesse qui exploite le plus pur, le plus exquis des sentiments humains, l’amour, et « s’en fait des tapis de pieds », — pour employer l’abominable expression que j’ai entendu un jour sortir, comme un crapaud visqueux, de la bouche de l’une d’elles. Courir les gueuses. Fréquenter le monde interlope de Breda-Street. En 1808 on disait : Courir la gueuse.

(Rigaud, 1881) : Fille publique, maîtresse qui vous trompe avec tous vos amis et même avec vos ennemis.

Monsieur est encore ennuyé à cause de sa gueuse.

(G. Lafosse.)

Courir la gueuse, courir les filles.

(La Rue, 1894) : Fille publique. Drôlesse sans cœur.

(Rossignol, 1901) : Voir chatte.

Gueuserie

(d’Hautel, 1808) : Subtilité, friponnerie, exaction.
Gueuserie. Se prend aussi pour misère, indigence, pauvreté.
C’est de la gueuserie toute pure. Pour, c’est un tour de misérable.

(Delvau, 1867) : s. f. Action vile, honteuse, comme les coquins en peuvent seuls commettre.

Gueux

(d’Hautel, 1808) : Gueux comme un rat d’église. Réduit à la dernière indigence.
C’est un gueux revêtu. Se dit d’un homme pauvre qui, devenu riche, oublie son premier état.
C’est un gueux fieffé. Pour dire un fripon dans toute la force du terme.

(Larchey, 1865) : « Que j’en ai gagné de c’te gueuse d’argent ! » — H. Monnier. — Pris en bonne part.

(Larchey, 1865) : « Les dames des halles se servent toutes de chaufferettes et de ces horribles petits pots en grès qu’on nomme des gueux. Elles les posent sur leurs genoux pour se réchauffer les doigts. » — Privat d’Anglemont.

(Delvau, 1867) : s. m. Petit pot de terre qu’on emplit de cendres rouges et que les marchandes en plein vent et les bonnes femmes pauvres placent sous leurs pieds pour se chauffer.

(Delvau, 1867) : s. m. Coquin, — dans l’argot du peuple, qui, d’un seul mot, prouve ainsi éloquemment que le Vice est le fils naturel de la Misère.

(Rigaud, 1881) : Chaufferette en grès ; la chaufferette des pauvres femmes.

(La Rue, 1894) : Coquin. Malheureux. Le froid.

(Virmaître, 1894) : Misérable (Argot du peuple). Tout le monde connaît la chanson de Béranger :

Les gueux, les gueux
Sont des gens heureux,
Ils s’aident entre eux,
Vivent les gueux !

(Virmaître, 1894) : Coquin, canaille, gredin.
— Vous êtes un gueux d’avoir commis une aussi mauvaise action (Argot du peuple).

(Virmaître, 1894) : Petit vase en argile qui sert de chaufferette aux portières ou aux marchandes des halles. C’est la chaufferette primitive. Le gueux a donné naissance à une plaisanterie assez drôle. À la foire de Saint-Romain, qui a lieu à Rouen tous les ans le ler novembre, une marchande, pour utiliser son feu, fait cuire des harengs ; elle a son gueux sous ses jupons, un gamin lui crie :
— Hé ? la mère, tes harengs vont brûler.
— A pas peur, petit, j’ai l’œil dessus (Argot du peuple).

Gueux (le)

(Rigaud, 1881) : Le froid, — dans le jargon du peuple. Le gueux pince dur ; le gueux pince comme un crabe.

Gueux d’argent !

(Delvau, 1867) : Expression du même argot [du peuple], qui équivaut à l’argentum sceleratum (c’est-à-dire causa omnium scelerum) de l’argot des convives de Trimaldon, dans Pétrone. C’est un cri que poussent depuis longtemps les misérables et qui retentira longtemps encore à travers les âges.

Guibe, guibolle, guiche

(La Rue, 1894) : Jambe.

Guibe, Guibon, Guibolle

(Rigaud, 1881) : Jambe. — Guibe de satou, jambe de bois. — Guibe à la manque, boiteux. — Jouer des guibolles, décamper.

Guibes

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Jambes, — dans l’argot des voyous.

Guibes (les)

(M.D., 1844) : Les jambes.

Guibolle

(Clémens, 1840) : Jambe.

Guibolle de sabri

(Clémens, 1840) : Jambe de bois.

Guibolle, guibbe

(Larchey, 1865) : « Guibolles, c’est ce que vous nommez jambettes, petites jambes. » — Mélesville. — Du vieux mot guiber : se débattre des pieds.

Guibolles

(un détenu, 1846) : Jambes.

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Jambes, — dans l’argot des faubouriens. Jouer des guibolles. Courir, s’enfuir.

(Virmaître, 1894) : Jambes (Argot du peuple). V. Brancards.

(Rossignol, 1901) : Jambes.

(Hayard, 1907) : Jambes.

Guibolles italiques

(Rigaud, 1881) : Jambes tordues. Se dit des jambes d’un bancal, — dans le jargon des typographes. Le caractère dit italique est un caractère penché, d’où guibolles italiques pour désigner des jambes qui ne sont pas droites.

Guibons

(anon., 1827) : Jambes.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Jambes. Guibons de satou, jambes de bois.

(Bras-de-Fer, 1829) : Jambes.

Guibons de satou

(anon., 1827) : Jambes de bois.

(Bras-de-Fer, 1829) : Jambes de bois.

(Halbert, 1849) : Jambes de bois.

Guibons ou guibes

(Halbert, 1849) : Jambes.

Guiche

(La Rue, 1894) : Souteneur. Bal.

Guichemar

(Larchey, 1865) : Guichetier (Vidocq). V. Mar.

(Delvau, 1867) : s. m. Guichetier, — dans l’argot des voyous.

Guichemard

(Rigaud, 1881) : Guichetier. Et les variantes inévitables : Guichemuche, guichemince et guichemincemar, et guichemincemuche.

Guiches

(Rigaud, 1881) : Cheveux, — dans le jargon des voleurs, et principalement cheveux collés sur les tempes. — De là le surnom de « mecs de la guiche » ou simplement de « guiches » donné aux souteneurs. — « Ohé ! la guiche ! tu fais rien tongirond ! T’as passé aux épinards ? Ohé, le souteneur ! tu fais bien des embarras ! tu as reçu de l’argent de ta maîtresse ? » — Trifouiller les guiches, peigner.

(La Rue, 1894) : Cheveux. Accroche-cœurs.

(Virmaître, 1894) : Les cheveux que les souteneurs ramènent sur les tempes. On dit aussi roufflaquettes (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Mèches de cheveux ramenées en pointes ou en crocs sur les tempes. Dans le temps, on disait des accroche-cœurs ; il n’y avait guère que les souteneurs ou rôdeurs de bals de barrière qui se coiffaient de la sorte.

(Hayard, 1907) : Accroche-cœurs.

Guignard

(Rigaud, 1881) : Voué au guignon, au malheur.

Et semblait, entre les deux tableaux d’une taille, choisir toujours le plus guignard.

(Vast-Ricouard, Le Tripot.)

Guigne

(Delvau, 1867) : s. f. Mauvaise chance, — dans l’argot des cochers qui ne veulent pas dire guignon. Porter la guigne. Porter malheur.

(Rigaud, 1881) : Guignon. — Guignasse, guignonénorme. — Guignolant, guignolante, désespérant, désespérante.

(Rossignol, 1901) : Avoir la guigne est ne pas avoir de réussite. Il est né sous une mauvaise étoile, il a une guigne insensée : tout ce qu’il entreprend ne lui réussit pas.

Guigne à gauche

(Delvau, 1867) : s. m. Homme qui louche, — dans l’argot des faubouriens.

(La Rue, 1894) : Borgne.

(Virmaître, 1894) : Se dit d’une personne qui louche. Dans le peuple, on dit de celui qui est affligé d’une semblable infirmité, qu’il trempe la soupe et renverse les légumes dans les cendres, ou bien qu’il regarde en Bourgogne si la Champagne brûle (Argot du peuple). N.

(Rossignol, 1901) : Celui qui louche.

Guigner

(Delvau, 1867) : v. a. Viser, convoiter, attendre, — dans l’argot du peuple.

(Rossignol, 1901) : Regarder.

Guigner les vits

(Delvau, 1864) : Porter souvent des regards à l’endroit du pantalon où se trahit le mieux le sexe de l’homme et par lequel on sait ainsi ce qu’il pense — des femmes présentes.

J’ai des cheveux roux comme des carottes,
Des yeux de faunesse, émerillonés,
Qui guignent les vits au fond des culottes
Et des pantalons les mieux boutonnés.

Anonyme.

Guignes

(Delvau, 1864) : Les testicules — à cause de leur forme.

Ma cousine… empoigne-le bien fort… Tu sais si bien frotter, frotte-moi de l’autre main mes guignes.

Guignol

(Fustier, 1889) : Gendarme. Argot des voleurs.

Survient-il dans une foire quelque figure rébarbative, le teneur flaire un gaff (un gardien de la paix en bourgeois), ou un guignol (un gendarme en civil)…

Petit Journal, mai 1886.

Guignolant

(Larchey, 1865) : Malheureux.

Ce n’est t’y pas guignolant, Rien qu’en balais Je me ruine en frais.

Ch. Voizo, Chanson.

Vient de Guignon.

Guignon

(d’Hautel, 1808) : Avoir du guignon. Pour, être malheureux, n’avoir de succès en rien.
Jouer de guignon. Jouer de malheur ; perdre tout son argent au jeu.

(Delvau, 1867) : s. m. Pseudonyme moderne du vieux Fatum. Avoir du guignon. Jouer de malheur, ne réussir à rien de ce qu’on entreprend.

Guignonnant

(Delvau, 1867) : adj. Désagréable. C’est guignonnant ! C’est une fatalité ! On dit aussi — à tort — guignolant.

Guignonné (être)

(Delvau, 1867) : Être poursuivi par la déveine au jeu, par l’insuccès dans ce qu’on entreprend.

Guigui

(Delvau, 1864) : Le membre viril.

Ah ! petit coquin ! tu t’en vas… tu me quittes… ta pauvre guigui n’a ni force ni vertu.

La Popelinière.

Guiguitte

(Delvau, 1864) : Priape enfant.

Guilledou

(d’Hautel, 1808) : Courir le guilledou. Pour, chercher les aventures ; fréquenter de mauvais lieux.

(Delvau, 1864) : Vieux mot hors d’usage signifiant un mauvais lieu.

Je suis bien fait, car j’ai des cornes,
Puisque tu cours le guilledou.

La Fontaine.

Car Pallas, bien que la déesse
Du bons sens et de la sagesse,
Courait partout le guilledou.

Chapelle.

Guiller

(d’Hautel, 1808) : Vieux mot qui signifie tromper.
Qui croit de guiller Guillot, Guillot le guille. Pour dire qu’un trompeur trouve quelquefois plus fin que lui.

Guillochis

(d’Hautel, 1808) : Compartimens faits pour orner différens ouvrages.
Les ouvriers qui travaillent dans ce métier disent guillochage.

Guimbard

(Rigaud, 1881) : Voiture cellulaire ; synonyme de panier à salade.

Guimbarde

(Larchey, 1865) : Vieille voiture, grosse voiture a quatre roues.

Monsieur, pourquoi votre guimbarde n’est-elle pas prête ?

Cormon.

(Delvau, 1867) : s. f. Voiture mal suspendue, comme les coucous d’il y a cinquante ans, — dans l’argot des faubouriens, qui emploient aussi cette expression à propos de n’importe quelle voiture. L’expression se trouve dans Restif de la Bretonne, qui l’emploie à propos d’une « grande voiture à quatre roues chargée de marchandises ». Se dit aussi en parlant d’une vieille guitare.

(Rigaud, 1881) : Voix, parole, — dans le jargon des halles. — Couper la guimbarde, imposer silence.

Mon gesse et surtout mon n’harangue
Coupent la guimbarde aux plus forts.

(L. Festeau, Le Tapageur.)

(Rigaud, 1881) : Horloge, — dans le jargon des voyous.

Au moment juste où douze plombes se sont décrochées à la guimbarde de la tôle.

(Le Père Duchêne, 1879.)

(Rigaud, 1881) : Porte, — dans le jargon des ouvriers. — Bousculer la guimbarde, faire claquer la porte.

(La Rue, 1894) : Porte. Guitare.

(La Rue, 1894) : Mauvaise ou vieille voiture.

(Rossignol, 1901) : Fiacre.

Guinal

(Bras-de-Fer, 1829) : Juif.

(Larchey, 1865) : Juif (Vidocq). — Mot à mot : circoncis. — Guinaliser : Circoncir. — Du latin inguen, inguinis : partie située entre les deux aines. — Allusion à l’opération de la circoncision.

(Delvau, 1867) : s. m. Juif, — dans l’argot des voleurs. Grand-guinal. Le Mont-de-Piété.

(La Rue, 1894) : Juif. Usurier. Le Grand-Guinal, le Mont-de-piété.

(Virmaître, 1894) : Juif (Argot des voleurs). V. Bout coupé.

(Rossignol, 1901) : Juif. On dit plutôt le mot hébreu yite, ou alors youtre.

(Hayard, 1907) : Juif.

Guinal, Guignal

(Rigaud, 1881) : Juif ; usurier. — Le grand guinal, le Mont-de-Piété. — Les chiffonniers appellent guinal, guignal, le marchand de chiffons en gros ou encore ogre, Abraham, Jouarez.

Guinaliser, Guignaliser

(Rigaud, 1881) : Faire l’usure. — Acheter à vil prix, — dans le jargon des chiffonniers. — Dans l’ancien argot guinaliser, avait le sens de circoncire.

Guinche

(Halbert, 1849) : Barrière.

(Delvau, 1867) : s. f. Grisette de bas étage, habituée de bastringues mal famés.

(Delvau, 1867) : s. f. Bal de barrière, — dans l’argot des voyous, qui appellent de ce nom la Belle Moissonneuse, Aux Deux Moulins, le Vieux chêne, rue Mouffetard, le Salon de la Victoire, à Grenelle, etc.

(Rigaud, 1881) : Bal public, — Cabaret mal famé, — dans le jargon des voyous.

A la porte de cette guinche, un municipal se dressait sur ses ergots de cuir.

(Huysmans, les Sœurs Vatard.)

Guinche est une altération de guinguette. Le mot n’est pas moderne, mais il est très usité depuis quelque temps.

(La Rue, 1894) : Bal public mal famé. Guincher, danser.

(Virmaître, 1894) : Bal de barrière (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Bal.

Guincher

(Delvau, 1867) : v. n. Danser.

(Rigaud, 1881) : Danser dans un bal public. Guinche, guincharde, danseuse de bals publics.

(Virmaître, 1894) : (et non Guinguer) Danser, fréquenter la guinche (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Danser.

(Hayard, 1907) : Danser.

Guincher (se)

(Delvau, 1867) : S’habiller à la hâte, — et mal.

Guincheur

(Delvau, 1867) : s. m. Habitué des bastringues.

Guindal

(Delvau, 1867) : s. m. Verre, — dans l’argot des bouchers. Siffler le guindal. Boire.

(Rigaud, 1881) : Verre, — dans l’ancien argot.

(La Rue, 1894) : Verre.

(Hayard, 1907) : Verre.

Guinder les portes

(Fustier, 1889) : Argot théâtral. En attacher les deux battants à l’aide de cordes dites fils de façon à pouvoir aisément manœuvrer les décors.

Guingois

(d’Hautel, 1808) : Cela va tout de guingois. Pour, tout de travers.

Guingois (de)

(Delvau, 1867) : adv. De travers, — dans l’argot du peuple.

Guinguette

(d’Hautel, 1808) : Il a les jambes en pieds de banc de guinguette. Se dit par dérision d’un homme qui a les jambes torses et contrefaites.

(Delvau, 1867) : s. f. Grisette, — parce qu’elle hante les bals de barrière.

Guise

(d’Hautel, 1808) : Chacun fait à sa guise. Pour dire agit d’après sa volonté, ou son goût particulier.

Guitare

(Larchey, 1865) : Rengaine. — Terme inventé par les Romantiques qui voulurent réagir contre l’école des Troubadours classiques de 1820. Chaque volume de vers était alors précédé du portrait de l’auteur drapé dans un manteau à grand collet et faisant vibrer son luth (guitare classique) au milieu de ruines éclairées par la lune.

On désigne au théâtre sous le nom de guitare une sorte de plainte incessante, revenant comme une mélopée, le son monotone d’une guitare modulant un rhythme triste et sans fin

Duflot.

(Delvau, 1867) : s. f. Rengaine ; plainte banale, blague sentimentale, — dans l’argot des artistes et des gens de lettres, reconnaissants à leur manière envers les beaux vers des Orientales de Victor Hugo.

(Rigaud, 1881) : Redite, rabâchage, doléances. — Jouer de la guitare, rabâcher. — Pincer, jouer de la guitare, être en prison.

(Virmaître, 1894) : Soufflet dont se servent les plombiers. Allusion de forme (Argot du peuple).

Guitare (avoir une sauterelle dans la)

(Boutmy, 1883) : v. Avoir le cerveau un peu détraqué. V. hanneton.

Guitariste

(Rigaud, 1881) : Rabâcheur ; importun.

Guitoune

(Rossignol, 1901) : Mot arabe qui veut dire la tente. En argot, guitoune signifie maison. « Où vas-tu ? — Je rentre à la guitoune. » Ce mot a certainement été rapporté par les zéphirs.

Gy

(Delvau, 1867) : adv. Oui, — dans l’argot des voleurs.

(Rossignol, 1901) : Oui, ça va.

Gy, girolle

(anon., 1827) : Oui.

(Bras-de-Fer, 1829) : Oui.

(Halbert, 1849) : Oui.

(Larchey, 1865) : Oui, bien, très-bien (Vidocq). — Il est à noter qu’autrefois giz voulait dire non. V. Roquefort.

Gyries

(d’Hautel, 1808) : Farces, tours de batteleurs, tournoiement perpétuel ; peut-être du latin gyrus, tour, tournoiement.
Gyries signifie aussi grimace, douleur feinte et hypocrite.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique