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F

F

(d’Hautel, 1808) : Les adjectifs terminés en f pour former leur féminin, changent la plupart cette consonne en ve ; cette règle n’est point observé parmi le peuple, que dit indistinctement au masculin et au féminin : un habit neuf, une robe neuf ; un homme vif, une femme vif ; un homme veuf, une femme veuf, etc.

F (être de F)

(Rigaud, 1881) : Être perdu, ruiné. C’est-à-dire être flambé, frit, fricassé, fichu, foutu, fumé, au choix, l’F étant la première lettre de chacun de ces mots qui expriment la même idée.

Fabe

(La Rue, 1894) : Poche.

(Virmaître, 1894) : Poches (Argot des voleurs). V. Fouilleuse.

Fabes

(Hayard, 1907) : Poches.

Fabricant de tabatières

(Rigaud, 1881) : L’homme, lorsqu’il fait une restitution d’aliments par les voies légales. Allusion délicate aux tabatières en carton dont la vue fait pousser des cris d’horreur aux personnes qui ne croient pas que ça porte bonheur… en imitation. — Fabricant de moutarde, enfant qui opère la même restitution.

Fabrication (passer à la)

(Rigaud, 1881) : Être arrêté. Variantes : Être fabriqué, être ferré, — dans le jargon des voleurs. — Être trompé, être exploité par un maître chiffonnier, — dans le jargon des chiffonniers.

(La Rue, 1894) : Être arrêté. Signifie aussi être volé.

Fabrique

(d’Hautel, 1808) : C’est de la même fabrique. Se dit en mauvaise part de deux personnes qui ne valent pas mieux l’une que l’autre ; et quelquefois dans un bon sens de deux choses de même valeur.

Fabriqué

(Virmaître, 1894) : Fait, cuit, pris. Fabriquer quelqu’un : le prendre dans un piège sans qu’il s’en doute. Fabriquer est synonyme de voler (Argot du peuple). N.

(Hayard, 1907) : Pris, arrêté.

Fabriquer

(Fustier, 1889) : Faire, dans le sens général. Qu’est-ce que tu fabriques là ?

(La Rue, 1894) : Voler. Synonyme de travailler.

(Rossignol, 1901) : Arrêter, prendre. L’agent qui arrête fabrique ; l’arrêté est fabriqué. Fabriquer veut aussi dire voler : on fabrique aux étalages.

(Hayard, 1907) : Dévaliser.

(Hayard, 1907) : Faire.

Façade

(Rigaud, 1881) : Figure, — dans le jargon des voyous. Démolir la façade, porter des coups au visage. — Un coup de tampon à démolir la façade.

Façade (faire sa)

(Rigaud, 1881) : Se maquiller, — dans le jargon des filles. — Quand t’auras fini de faire ta façade.

Face

(d’Hautel, 1808) : Pour dire visage.
Une face réjouie. Une face enluminée. Pour dire un visage riant, enjoué et aimable. Une figure rubiconde, tels qu’on en voit aux fils de Noé.
Face d’homme fait vertu. C’est-à-dire que la présence d’un homme important et bien famé, influe beaucoup dans une affaire.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Monnaie. J’ai des faces, je ne manque pas d’argent.

(Larchey, 1865) : Écu à l’effigie (face) royale.

Je n’ai plus de faces. La drôlesse me chasse.

Decourcelle.

(Delvau, 1867) : s. f. Pièce de cinq centimes, — dans l’argot des faubouriens, qui peuvent ainsi contempler à peu de frais la figure du monarque régnant.

(Virmaître, 1894) : Argent. Allusion à l’effigie des pièces de monnaie.
— As-tu des faces, nous irons voir jouer la misloque (Argot des voleurs).

Facé

(d’Hautel, 1808) : Un homme bien facé. C’est-à-dire qui a le visage plein, une belle figure, une tête à caractère.

Face !

(Delvau, 1867) : Exclamation de l’argot des ouvriers, qui la font entendre lorsqu’au cabaret ou au café quelque chose tombe et se casse.

Face de carême

(Delvau, 1867) : s. f. Mine fatiguée, pâlie par l’étude ou les veilles malsaines. Argot du peuple.

Face du Grand Turc

(Delvau, 1867) : s. f. Un des nombreux pseudonymes de messire Luc, — dans le même argot [du peuple].

Face du grand Turc

(Rigaud, 1881) : Derrière ; par allusion au nez camus des petits chiens dits turquets ; on disait, autrefois : camus comme un turquet.

Faces

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Joues, — dans l’argot des bourgeois.

(Rigaud, 1881) : Argent monnayé et principalement pièces de cinq francs. Il parait qu’il a des faces. Les faces sont les effigies des pièces d’argent.

(Hayard, 1907) : Argent monnayé.

Faces (avoir des)

(Boutmy, 1883) : v. Avoir de l’argent sans doute parce que la monnaie, qu’elle soit d’or ou de billon porte le plus souvent l’effigie, la face d’un souverain.

Fâcher

(d’Hautel, 1808) : S’il se fâche, il aura deux peines, celle de se fâcher et de se défâcher. Équivaut à peu m’importe qu’il soit fâché ou content.
S’il se fâche, qu’il prenne des cartes, qu’il se couche auprès. Pour signifier qu’on n’est pas disposé à satisfaire aux caprices de quelqu’un.
On rit avec toi, tu te fâches. Se dit par raillerie à quelqu’un qui prend au sérieux les plaisanteries qu’on lui fait, et pour lui faire entendre que l’on se moque de sa colère.
Il a l’air d’un chat fâché. Locution triviale ; pour dire qu’un homme paroît de mauvaise humeur, que sa physionomie paroît irritée.

Faciès

(Larchey, 1865) : Figure.

C’est mon épouse… Un assez beau faciès, hein ?

Labiche.

(Delvau, 1867) : s. m. Visage, — dans l’argot du peuple, qui parle sans s’en douter comme Cicéron.

Facile à la détente

(Fustier, 1889) : Généreux.

Mon mari, dit une marquise,
Hier s’est généreusement
Fendu d’une parure exquise.
— C’est fort aimable, assurément,
Dit une comtesse charmante ;
Mon époux, malheureusement,
Est moins facile à la détente.

(Marcellus : Le langage d’aujourd’hui.)

Façon

(d’Hautel, 1808) : Il s’en est donné d’une bonne façon. Se dit de quelqu’un qui s’est bien diverti ; d’un homme qui a mangé avec intempérance, ou qui a perdu beaucoup au jeu.
Il est sans façon. Pour il ne tient pas aux politesses d’usage, il n’aime pas la cérémonie.

Façon (faire une)

(Rossignol, 1901) : Il parait qu’Abélard en était incapable.

Façon à une femme (faire une)

(Delvau, 1864) : La baiser, la remuer du tranchant de la pine, comme le laboureur remue la terre du tranchant de sa charrue — pour la rendre féconde.

Oui, je connais ça : c’est madame
Qui prend son p’tit air polisson :
Elle a besoin, la chère femme,
D’une façon de ma façon.

Jean Du Boys.

Façonner

(d’Hautel, 1808) : Il n’est pas encore façonné. Pour il n’a pas encore acquis les usages du monde ; il est brusque dans ses manières et dans ses procédés.

Façonner une femme

(Delvau, 1864) : La baiser, lui faire une ou plusieurs façons, selon que l’on est bon ou mauvais laboureur.

Quand dans mes bras
Je tiens une nonne,
Je la façonne
Mieux que personne.

Collé.

Façonnier

(d’Hautel, 1808) : Qui affecte de faire des façons, qui est insupportable par ses cérémonies.

Factionnaire

(Larchey, 1865) : Excrément déposé aux abords de certains lieux, et semblant crier aux souliers aventureux : On ne passe pas ici.

Dans les escaliers à chaque instant, Elle vous pose des factionnaires Qui ne Crient pas : Qui vive ! aux passants.

Le Portier, chanson, 1856.

(Delvau, 1867) : s. m. Insurgé de Romilly. (V. ce mot.) Poser un factionnaire. Alvum deponere.

Factionnaire (relever un)

(Rigaud, 1881) : Courir de l’atelier chez le marchand de vin, boire à la hâte un verre de n’importe quoi qu’un camarade a fait verser à votre intention, et retourner au travail.

Factionnaires

(Rigaud, 1881) : File de tabatières naturelles alignées le long des murs de ronde, le long des fossés des fortifications. — Elles semblent monter la garde.

Factionnaires (en relever un)

(Virmaître, 1894) : Aux Halles, les porteurs ne peuvent abandonner leur poste tous à la fois pour aller boire chez le marchand de vin, ils laissent le verre de chaque camarade au comptoir, le bistro donne un jeton ; quand le camarade vient boire son verre, il relève le factionnaire. À la fin de la journée le jeton souvent répété devient une contremarque pour la sorgue car la soulographie est complète (Argot du peuple). N.

Factoton

(Delvau, 1867) : s. m. Valet, homme à tout faire, — (factotum), — dans l’argot du peuple, qui n’emploie jamais cette expression qu’en mauvaise part.

Factotum

(d’Hautel, 1808) : Et plus vulgairement un Michel Morin, entremetteur, celui qui se mêle de tout dans une maison ; et que l’on charge ordinairement de faire les commissions.

Facturier

(Delvau, 1867) : s. m. Vaudevilliste qui a la spécialité des couplets de facture.

Fadage

(Larchey, 1865) : Partage de vol. — Fade : Part de vol. V. Vioque.

Ruffart a son fade chez la gonore, dans la chambre de la pauvre femme.

Balzac.

(Delvau, 1867) : s. m. Partage, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Partage, — dans l’ancien argot.

Fadard

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Élégant.

(un détenu, 1846) : Meilleur, convenable, agréable.

(Delvau, 1867) : adj. et s. Bon, beau, agréable, — dans l’argot des faubouriens.

Fadasse

(Larchey, 1865) : Fade.

Le carnaval est bien fadasse cette année.

1844, Cat. poissard.

(Delvau, 1867) : s. f. Femme trop blonde, — dans l’argot du peuple, qui ne sait pas que ses grand mères, les Gauloises, avaient les cheveux flaves.

Fade

(Delvau, 1867) : s. m. Quote-part de chacun dans une dépense générale ; Écot que l’on paye dans un pique-nique. Mot de l’argot des voleurs qui a passé dans l’argot des ouvriers. Mais, avant d’appartenir au cant, il appartenait à notre vieille langue : « Saciés bien que se je en muir, faide vos en sera demandée », dit Aucassin au vicomte de Beaucaire, qui lui a enlevé Nicolette. Or faide ici signifie compte et ne peut venir que de fœdus, accord particulier, règlement, compte.

(Delvau, 1867) : s. m. Fat, — dans l’argot du peuple, qui trouve que ce mot exprime bien le dégoût que lui causent les gens amoureux de leur personne. Les deux mots ont d’ailleurs la même étymologie, fatuus, insipide.

(Rigaud, 1881) : Part ; paye, — dans le jargon des ouvriers. — Fader, partager, faire la paye, compter. — Toucher son fade, toucher sa paye. C’est un mot de l’ancien argot des voleurs, passé dans le vocabulaire des ouvriers. — M. Fr. Michel veut qu’il vienne indubitablement au fourbesque far de sei, quand il serait si simple et bien plus naturel de voir une apocope de fardeau ; fade, pour farde, charge, part.

(Boutmy, 1883) : s. m. Avoir son fade, c’est, dans une distribution de liqueurs ou de comestibles, être bien servi. Dans d’autres argots le même mot signifie argent. Avoir son fade veut dire alors : recevoir son compte.

(La Rue, 1894) : Part, paye. Écot. Fadage. Partage. Payer le fade, subir sa peine.

(Rossignol, 1901) : Part. Le voleur qui a reçu sa part du produit d’un vol a eu son fade. Fader est partager.

Fadé

(Rossignol, 1901) : Bien servi, avoir largement son compte.

Fadé (être)

(Rigaud, 1881) : Être soûl. Mot à mot : avoir son compte, sa charge de boisson.

Fade, fadard

(Larchey, 1865) : Personne de mine ou de parler prétentieux. — Mot à mot : débitant de fadeurs.

Eh va donc, grand fade !

Ricard.

Est-il devenu fadard ?

Labiche.

Fade, fademuche

(Hayard, 1907) : Partage, part.

Fader

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Partager le butin provenant d’un vol.

(M.D., 1844) : Partager.

(M.D., 1844) : Partager.

(Larchey, 1865) : Partager. — V. Coquer. — De l’ancien verbe fadiar : assigner. V. Roquefort.

(Delvau, 1867) : v. n. et a. Partager des objets volés.

(Rossignol, 1901) : Partager.

Fader ensemble

(Halbert, 1849) : Partager.

Fadeurs

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Mensonges ordinaires de la conversation, — dans l’argot du peuple, payé pour être sceptique. Il n’emploie ordinairement cette expression que pour se moquer, et à propos de n’importe quoi. On lui raconte que le roi d’Araucanie est monté sur son trône « Des fadeurs ! » dit-il. On lui assure que la France va avoir la guerre avec l’Angleterre à propos de Madagascar : « Des fadeurs ! » On lui apprend une mauvaise nouvelle : « Des fadeurs ! » Une bonne : « Des fadeurs ! » etc.

Fadeurs (des)

(Larchey, 1865) : « C’est Anna. — Avec qui est-elle ? — Avec son premier amour, je crois. — Des fadeurs ! » Monselet. — Cet exemple explique le mot. C’est comme si on disait : À d’autres ! Nous savons à quoi nous en tenir sur ces fadeurs.

Faf

(M.D., 1844) : Papier de sureté.

Faffe

(Larchey, 1865) : Papier — Onomatopée. — Faffiot : Papier blanc, billet de banque.

On invente les billets de banque ; le bagne les appelle des fafiots garatés du nom de Garat, le caissier qui les signe. Fafiot ! n’entendez-vous pas le bruissement du papier de soie ? Le billet de mille francs est un fafiot mâle, le billet de cinq cents un fafiot femelle.

Balzac.

Faffiot sec : Bon certificat. — Faffiot lophe : Faux certificat. — Faffioteur : Papetier (Vidocq).

Faffe à la manque

(Hayard, 1907) : Billet faux.

Faffe à roulotter

(Rigaud, 1881) : Papier à cigarette. Mot à mot : papier à rouler. (A. Belot.)

Faffe lof

(Hayard, 1907) : Billets faux.

Faffe ou Fafiot

(Delvau, 1867) : s. m. Papier blanc ou imprimé, — dans argot des voleurs. Fafiot garaté. Billet de banque autrefois signé Garat et aujourd’hui Soleil. Fafiot mâle. Billet de mille francs. Fafiot femelle. Billet de cinq cents francs. Fafiot loff. Faux certificat ou faux passeport. Fafiot sec. Bon certificat ou bon passeport.

Faffe, fafiot

(La Rue, 1894) : Papier. Livret. Fafiot sec, passe-port en règle. Faffe à roulotter, papier à cigarette. Fafiot garaté, billet de banque. Fafiot à piper, mandat d’arrêt.

Faffes

(un détenu, 1846) : Billets de banque.

(Rigaud, 1881) : Faux papiers.

(Hayard, 1907) : Papiers d’identité, billets de banque.

Faffes (des)

(Halbert, 1849) : Des papiers.

Faffes à l’estorgue

(Virmaître, 1894) : Faux papiers. Il faut que les filles aient vingt-et-un ans pour être admises dans les maisons de tolérance ; il existe des fabriques de faux papiers pour maquiller les états civils ; d’une brune on en fait une blonde, d’une Marseillaise on en fait une Lilloise (Argot des souteneurs). V. Lopheur. N.

Fafflard d’emballage

(Virmaître, 1894) : Même signification que fafiot à piper (Argot des voleurs).

Fafio-de-sec

(Halbert, 1849) : Vrai certificat.

Fafio-lophe

(Halbert, 1849) : Faux certificat.

Fafiot

(Rigaud, 1881) : Papier. — Fafiot sec, passe-port en règle.

(Rigaud, 1881) : Soulier d’occasion. (L. Larchey)

Fafiot à piper

(Virmaître, 1894) : Mandat d’amener délivré par le juge d’instruction. Ce sont les agents de la sûreté qui sont chargés du mandat à prendre. Mot à mot : fafiot, papier ; pipé, pris (Argot des voleurs).

Fafiot garaté

(Rigaud, 1881) : Billet de banque, — dans le jargon des voleurs. Mot à mot : papier de Garat, l’un des signataires des billets de banque. — Fafiot mâle, billet de banque de mille francs. — Fafiot femelle, billet de banque de cinq cents francs. — Fafiot en bas âge, billet de banque de cent francs.

Fafiot sec

(Virmaître, 1894) : Livret. Fafiot à roulotter : papier pour circuler. Fafiot à roulotter : papier à cigarettes. Fafiot garaté : billet de banque, quand c’était M. Garat qui les signait. Fafiot du Bourguignon : quand il était signé Soleil (Argot des voleurs). V. Talbin d’altèque.

Fafioteur

(Delvau, 1867) : s. m. Marchand de papiers ; Banquier. Signifie aussi Écrivain.

(Rigaud, 1881) : Papetier. — Nom d’amitié que les savetiers se donnent entre eux. En effet le cuir qui sort de leurs boutiques n’a guère plus de consistance que le fafiot.

(Virmaître, 1894) : Banquier. Allusion aux billets de banque ou à ordre qu’il manie sans cesse (Argot des voleurs).

Fafiots

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Souliers, — dans l’argot des revendeuses du Temple.

(Hayard, 1907) : Papiers divers, billets de banque.

Fafiots à parer

(Virmaître, 1894) : Papiers en règle. Il est à remarquer qu’il n’y a que les gens qui n’ont pas la conscience nette qui sont toujours munis des meilleurs papiers (Argot des voleurs).

Faflard

(Rigaud, 1881) : Passe-port, papiers. — Faflard d’emballage, mandat d’amener, mot à mot : papier d’arrestation, — dans le jargon des voleurs.

Fafs

(Rossignol, 1901) : Papiers, notes, documents. On dit aussi fafiots.

Fagot

(d’Hautel, 1808) : C’est un fagot d’épine, se dit d’une personne qui a l’humeur revêche et acariâtre, que l’on ne sait comment aborder.
Débiter, dire des fagots. Dire des fariboles, des bourdes, des mensonges.
Un philosophe conversant un jour avec une femme de beaucoup d’esprit qui ne partageoit pas ses opinions, et à laquelle néanmoins il vantoit les hauts faits de la philosophie, en s’exprimant ainsi : Nous autres philosophes, nous avons abattu des forêts de préjugés ; la dame ne lui laissa pas le temps d’en dire davantage et, répliqua aussitôt C’est donc pour cela que vous nous débitez tant de fagots.
On dit d’un ami que l’on veut régaler, qu’on lui fera boire une bouteille de vin de derrière les fagots.
Il y la fagots et fagots.
Pour il y a mensonges et mensonges.
Il y a bien de la différence entre une femme et un fagot. Se dit en parlant de deux choses très différentes par leur nature.

(Clémens, 1840) : Forçat.

(un détenu, 1846) : Forçat libéré.

(Halbert, 1849) : Forçat.

(Larchey, 1865) : Aspirant à l’École des eaux et forêts. — C’est dans ces dernières qu’on doit aller chercher la raison de ce sobriquet.

(Larchey, 1865) : Ancien forçat.

Eh ! mais ! je connais cet homme-là. C’est un fagot

V. Hugo.

(Delvau, 1867) : s. m. Forçat, — Homme qui est lié à un autre homme : en liberté, par une complicité de sentiments mauvais ; au bagne, par des manicles. Fagot à perte de vue. Condamné aux travaux forcés à perpétuité. Fagot affranchi. Forçat libéré.

(Delvau, 1867) : s. m. Vieillard, — dans l’argot des marbriers de cimetière, qui savent mieux que personne ce qu’on fait du bois mort.

(Delvau, 1867) : s. m. Élève de l’École des eaux et forêts, — dans l’argot des Polytechniciens.

(Rigaud, 1881) : Vieillard. — Forçat. (Vidocq, F. Michel, Colombey.) — Ancien forçat. (V. Hugo, L. Larchey.) — Élève des eaux et forêts. — Femme habillée sans goût, comme est lié un fagot. Dans la langue régulière fagoter exprime la même idée.

(La Rue, 1894) : Vieillard. Forçat. Camarade. Homme mené en prison.

(Rossignol, 1901) : Forçat.

(Hayard, 1907) : Récidiviste.

Fagot à perte de vue

(Virmaître, 1894) : Condamné aux travaux forcés à perpétuité. Par abréviation on dit : gerbé à perpète (Argot des voleurs).

Fagot affranchi

(Virmaître, 1894) : Forçat libéré. Mot à mot : il est affranchi de ses fers (Argot des voleurs).

Fagoté

(Delvau, 1867) : adj. Habillé, arrangé, — dans l’argot des bourgeois, qui n’emploient jamais ce mot qu’en mauvaise part.

Fagoter

(d’Hautel, 1808) : On dit d’une personne mal faite têtue ou parée d’une manière ridicule et affectée qu’elle est bien fagotée.

(Delvau, 1867) : v. a. Travailler sans soin, sans goût, maladroitement, — dans l’argot des ouvriers.

(Rigaud, 1881) : Travailler sans goût.

Fagoter (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. S’habiller extravagamment, grotesquement. A signifié autrefois Se moquer.

Fagots

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Contes à dormir debout, niaiseries, — dans l’argot du peuple. Débiter des fagots. Dire des fadaises, des sottises.

(Rigaud, 1881) : Niaiseries.

Fagots (en débiter)

(Virmaître, 1894) : Passer son temps à dire des niaiseries, à raconter des histoires de grand’mères (Argot du peuple).

Faiblard

(Rigaud, 1881) : Faible, dans le sens de médiocre.

(Virmaître, 1894) : Un homme en convalescence après une longue maladie, est faiblard. Un article de journal mal conçu, mal écrit, sans conclusion, est faiblard. Faiblard : synonyme de rachitique. On dit aussi quelquefois, pour exprimer la même pensée.
— C’est faiblot (Argot du peuple). N.

Faible

(Delvau, 1867) : s. m. Penchant, tendresse particulière et souvent injuste, — dans l’argot des bourgeois. Prendre quelqu’un par son faible. Caresser sa marotte, flatter son vice dominant.

Faïence, Poterie

(Rigaud, 1881) : Tuile, — dans le jargon des couvreurs.

Faignant

(Rigaud, 1881) : Fainéant, — dans le jargon du peuple.

Il existe dans la musique un poste fort envié, c’est celui de porteur de grosse caisse. Le faignant qui l’obtient espère, etc.

(J. Noriac, Le 101e régiment.)

Faillir

(d’Hautel, 1808) : Il ne s’en faut pas de l’épaisseur d’un cheveu, de la queue d’un i. Pour il s’en faut de moins que rien.

Faillouse

(Delvau, 1867) : s. f. Le jeu de la bloquette, — dans l’argot des écoliers.

Faillousse

(d’Hautel, 1808) : Jouer à la faillousse. Jeu auquel se divertissent les petits enfans, les écoliers, et notamment les petits polissons des rues. Voyez Jouer.

Faim

(d’Hautel, 1808) : Il a faim, comme la rivière a soif. Pour dire qu’un enfant qui demande à manger n’en a aucun besoin.
La faim chasse le loup hors du bois. Signifie que le besoin oblige les plus fainéans à travailler, ou que, la nécessité contraint à faire les choses pour lesquelles on a le plus d’aversion.
C’est la faim et la soif qui s’épousent. Se ironie de deux personnes également indigentes, qui s’unissent par les liens du mariage.

Faine

(La Rue, 1894) : Sou. Fainin, liard.

Faîne

(Delvau, 1867) : s. f. Pièce de cinq centimes, — dans l’argot des ouvriers, qui pour trouver cette analogie, ont dû se reposer sub tegmine fagi.

Fainéant

(d’Hautel, 1808) : Fainéanter, fainéantise. Le peuple dit par altération : faignant, faignante, faignantise.

(La Rue, 1894) : Paletot.

Fainin

(Delvau, 1867) : s. m. Liard, — qui est une petite faîne.

Faire

(d’Hautel, 1808) : Pour tromper, duper, attraper, friponner ; filouter, voler.
Je suis fait. Pour dire attrapé, on m’a trompé.
Faire de l’eau. Pour dire uriner, pisser. Hors de ce cas, c’est un terme de marine qui signifie relâcher en quelqu’endroit pour faire provision d’eau.
Faire de nécessité vertu. Se conformer sans rien dire aux circonstances.
Faire et défaire, c’est toujours travailler. Se dit par ironie à celui qui a mal fait un ouvrage quelconque, et qu’on oblige à le recommencer.
Quand on fait ce qu’on peut, on fait ce qu’on doit. Signifie qu’il faut savoir gré à celui qui marque du zèle et de l’ardeur dans une affaire, lors même qu’elle vient à ne pas réussir.
Paris ne s’est pas fait en un jour. Signifie qu’il faut du temps à un petit établissement pour devenir considérable ; qu’il faut commencer par de petites affaires avant que d’en faire de grandes.
Allez vous faire faire. Pour allez au diable ; allez vous promener, vous m’impatientez. Ce mot couvre un jurement très-grossier.
Le bon oiseau se fait de lui-même. Signifie qu’un bon sujet fait son sort par lui-même.
Faire et dire sont deux. Signifie qu’il est différent de faire les choses en paroles et de les exécuter.
Il n’en fait qu’à sa tête. Se dit d’un homme entier, opiniâtre, qui se dirige absolument d’après sa volonté.
Qui fait le plus fait le moins. Pour dire qu’un homme qui s’adonne à faire de grandes choses, peut sans contredit exécuter les plus petites.
Faire ses orges. S’enrichir aux dépens des autres s’en donner à bride abattue.
Faire le diable à quatre. Signifie faire des siennes, faire des fredaines ; un bruit qui dégénère en tintamare.
Faire les yeux doux. Regarder avec des yeux tendres et passionnés.
Faire son paquet. S’en aller ; sortir précipitamment d’une maison où l’on étoit engagé.
Faire la vie. Mener une vie honteuse et débauchée.
Il en fait métier et marchandise. Se dit en mauvaise part, pour c’est son habitude ; il n’est pas autrement.
Faire la sauce, et plus communément donner une sauce, etc. Signifie faire de vifs reproches à quelqu’un.
Faire d’une mouche un éléphant. Exagérer un malheur ; faire un grand mystère de peu de chose.
L’occasion fait le larron. C’est-à-dire, que l’occasion suffit souvent pour égarer un honnête homme.
Ce qui est fait n’est pas à faire. Signifie que quand on peut faire une chose sur-le-champ, il ne faut pas la remettre au lendemain.
Allez vous faire paître. Pour allez vous promener.
Les première et seconde personnes du pluriel du présent de l’indicatif de ce verbe sont altérées dans le langage du peuple. À la première personne il dit, par une espèce de syncope, nous fons, au lieu de nous faisons ; et à la seconde, vous faisez, au lieu de vous faites.

(Larchey, 1865) : Nouer une intrigue galante.

Est-ce qu’un homme qui a la main large peut prétendre à faire des femmes ?

Ed. Lemoine.

Dans une bouche féminine, le mot faire indique de plus une arrière-pensée de lucre. c’est l’amour uni au commerce.

Et toi, ma petite, où donc as-tu volé les boutons de diamant que tu as aux oreilles ? As-tu fait un prince indien ?

Balzac.

Tu as donc fait ton journaliste ? répondit Florine. — Non, ma chère, je l’aime, répliqua Coralie.

id.

(Larchey, 1865) : Faire la place, commercialement parlant.

De tous les points de Paris, une fille de joie accourait rait faire son Palais-Royal.

Balzac.

Je suis heureux d’avoir pris ce jour-ci pour faire la vallée de l’Oise.

Id.

(Larchey, 1865) : Voler.

Nous sommes arrivés à faire les montres avec la plus grande facilité.

Bertall.

Son fils qui fait le foulard à ses moments perdus.

Commerson.

(Larchey, 1865) : Risquer au jeu.

Nous faisions l’absinthe au piquet à trois.

Noriac.

Faire dans la quincaillerie, l’épicerie, la banque, etc. : Faire des affaires dans la quincaillerie, etc.

(Delvau, 1867) : s. m. Façon d’écrire ou de peindre, — dans l’argot des gens de lettres et des artistes.

(Delvau, 1867) : v. a. Dépecer un animal, — dans l’argot des bouchers, qui font un veau, comme les vaudevillistes un ours.

(Delvau, 1867) : v. a. Visiter tel quartier commerçant, telle ville commerçante, pour y offrir des marchandises, — dans l’argot des commis voyageurs et des petits marchands.

(Delvau, 1867) : v. n. Cacare, — dans l’argot à moitié chaste des bourgeois. Faire dans ses bas. Se conduire en enfant, ou comme un vieillard en enfance ; ne plus savoir ce qu’on fait.

(Delvau, 1867) : v. n. Jouer, — dans l’argot des bohèmes. Faire son absinthe. Jouer son absinthe contre quelqu’un, afin de la boire sans la payer. On fait de même son dîner, son café, le billard, et le reste.

(Delvau, 1867) : v. n. Travailler, être ceci ou cela, — dans l’argot des bourgeois. Faire dans l’épicerie. Être épicier. Faire dans la banque. Travailler chez un banquier.

(Delvau, 1867) : v. a. Voler, et même Tuer, — dans l’argot des prisons. Faire le foulard. Voler des mouchoirs de poche. Faire des poivrots ou des gavés. Voler des gens ivres. Faire une maison entière. En assassiner tous les habitants sans exception et y voler tout ce qui s’y trouve.

(Rigaud, 1881) : Exploiter, duper. — Faire faire, trahir. Il m’a fait faire, — dans le jargon des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Séduire.

La puissante étreinte de la misère qui mordait au sang Valérie, le jour où, selon l’expression de Marneffe, elle avait fait Hulot.

(Balzac, La Cousine Bette.)

L’artiste qui, la veille, avait voulu faire madame Marneffe.

(Idem.)

Faire une femme, c’est mot à mot : faire la conquête d’une femme.

Le temps de faire deux bébés que nous ramènerons souper ; j’ai le sac.

(Jean Rousseau, Paris-Dansant.)

Quand une femme dit qu’elle a fait un homme, cela veut dire qu’elle fonde des espérances pécuniaires sur celui qu’elle a séduit, qu’elle a fait une affaire avec un homme. — Les bals publics sont des lieux où les femmes vont faire des hommes, mot à mot : le commerce des hommes.

(Rigaud, 1881) : Parcourir un quartier au point de vue de la clientèle, — dans l’argot des filles. Elles font le Boulevard, le Bois, les Champs-Elysées, comme les placières font la place.

(Rigaud, 1881) : Dérober. — Faire le mouchoir, faire la montre. L’expression date de loin. M. Ch. Nisard l’a relevée dans Apulée.

Vous êtes de ces discrets voleurs, bons pour les filouteries domestiques, qui se glissent dans les taudis des vieilles femmes pour faire quelque méchante loque. (Scutariam facitis)

(Rigaud, 1881) : Distribuer les cartes, — dans le jargon des joueurs de whist. — Jouer des consommations, soit aux cartes, soit au billard. Faire le café en vingt points, — dans le jargon des piliers de café.

(Rigaud, 1881) : Tuer, — dans le jargon des bouchers : faire un bœuf, tuer un bœuf et le dépecer.

(Rigaud, 1881) : Vaincre, terrasser, — dans l’argot des lutteurs.

Il ajouta qu’en se glorifiant d’avoir fait le Crâne-des-Crânes, certains saltimbanques en avaient menti.

(Cladel, Ompdrailles, Le Tombeau des lutteurs.)

(Rigaud, 1881) : Guillotiner, — dans le langage de l’exécuteur des hautes-œuvres.

M. Roch (le bourreau de Paris) se sert d’une expression très pittoresque pour définir son opération. Les criminels qu’il exécute, il les fait.

(Imbert.)

(Rigaud, 1881) : Faire le commerce de ; être employé dans une branche quelconque du commerce. — Faire les huiles, les cafés, les cotons. Mot à mot : faire le commerce des huiles, des cotons, etc.

(Fustier, 1889) : Arrêter. Argot des voleurs. Être fait, être arrêté.

Le lendemain matin, il questionne la Lie-de-Vin… puis il part. Dans l’après-midi il était fait.

(Gil Blas, juin, 1886.)

(La Rue, 1894) : Exploiter, duper. Arrêter. Jouer. Trahir. Séduire : faire une femme, faire un homme. Raccrocher. Dérober. Tuer. Vaincre, terrasser. Guillotiner.

(Virmaître, 1894) : Les bouchers font un animal à l’abattoir. Faire : tuer, voler. Faire quelqu’un : le lever. Faire : synonyme de fabriquer (Argot du peuple et des voleurs).

Faire (celle-là il ne faut pas me la)

(Rigaud, 1881) : C’est-à-dire mot à mot : cette plaisanterie il ne faut pas me la faire.

Faire (la)

(Rigaud, 1881) : S’applique à une infinité de choses, dans le sens de chercher à en imposer par une attitude, un sentiment, vouloir faire croire à tel sentiment. Ainsi, on la fait à la dignité, à l’insolence, à la vertu, à la modestie, à la tendresse, etc.

Faire (le)

(Delvau, 1864) : Faire l’amour — façon bégueule de parler d’une chose toute naturelle.

Le faire, ma mie, c’est décharger.

Henry Monnier.

Sexe charmant à qui l’on fait
Ce qu’il est si joli de faire,
Je voudrais vous avoir au fait
Pour vous montrer mon savoir-faire ;
Car avec vous quand on le fait,
On a tant de plaisir à faire,
Qu’on voudrait ne pas l’avoir fait
Pour pouvoir encor vous le faire.

(Parnasse satyrique.)

(Delvau, 1867) : v. a. Réussir, — dans l’argot du peuple, qui emploie ordinairement ce verbe avec la négative, quand il veut défier ou se moquer. Ainsi : Tu ne peux pas le faire, signifie : Tu ne me supplanteras pas, — tu ne peux pas lutter de force et d’esprit avec moi, — tu ne te feras jamais aimer de ma femme, — tu ne deviendras jamais riche, ni beau, — etc., etc. Comme quelques autres du même argot, ce verbe, essentiellement parisien, est une selle à tous chevaux.

Faire (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. S’habituer, — dans l’argot des bourgeois. Se faire à quelque chose. Y prendre goût. Se faire à quelqu’un. Perdre de la répugnance qu’on avait eue d’abord à le voir.

(Delvau, 1867) : Se bonifier, — dans l’argot des marchands de vin.

(Rigaud, 1881) : Sebonifier, en parlant du vin, de l’eau-de-vie. Le vin se fait en bouteille, l’eau-de-vie se fait en fût.

Faire à l’œil

(Rossignol, 1901) : À crédit.

Faire à l’oseille (la)

(Delvau, 1867) : v. a. Jouer un tour désagréable à quelqu’un, — dans l’argot des vaudevillistes. L’expression sort d’une petite gargote de cabotins de la rue de Malte, derrière le boulevard du Temple, et n’a que quelques années. La maîtresse de cette gargote servait souvent à ses habitués des œufs à l’oseille, où il y avait souvent plus d’oseille que d’œufs. Un jour elle servit une omelette… sans œufs. — « Ah ! cette fois, tu nous la fais trop à l’oseille, » s’écria un cabotin. Le mot circula dans l’établissement, puis dans le quartier ; il est aujourd’hui dans la circulation générale.

(Rigaud, 1881) : Faire une plaisanterie de mauvais goût, une mauvaise charge, se moquer de quelqu’un.

D’abord les pions sont en vacance, et s’ils ne sont pas contents, on la leur fait à l’oseille.

(Bertall, Les Courses de la saison.)

D’après M. Jules Richard (Journal l’Époque, 1866, cité par M. L. Larchey), cette expression aurait vu le jour dans un gargot du boulevard du Temple, à la suite d’une contestation culinaire entre la patronne et un client. Ce dernier ne trouvant pas assez verte une omelette aux fines herbes, la nymphe du gargot s’écria : « Fallait-il pas vous la faire à Voseille ? » Sans compter qu’il faut accueillir avec beaucoup de réserve les étymologies anecdotiques, l’expression « la faire à l’oseille » ne ferait-elle pas plutôt allusion à l’acidité de l’oseille qui, pour beaucoup de personnes, n’a rien d’agréable au goût.

Faire à la fenêtre (la)

(Rigaud, 1881) : Appeler les hommes par la fenêtre, — dans le monde des filles.

Faire à la main

(Rigaud, 1881) : Pratiquer l’onanisme. Terme de métier des filles de joie.

Faire à la raideur (la)

(Delvau, 1867) : Se montrer raide, exigeant, dédaigneux, — dans l’argot des petites dames. Elles disent de même : La faire à la dignité, ou à la bonhommie, ou à la méchanceté, etc.

Faire accrocher (se)

(Delvau, 1867) : Se faire mettre à la salle de police, — dans l’argot des soldats.

Faire aller

(Delvau, 1867) : v. a. Se moquer de quelqu’un, le berner, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Se moquer, mystifier.

Faire aller en rateau

(Virmaître, 1894) : Trimballer quelqu’un et le remettre toujours au lendemain (Argot du peuple).

Faire au cold-cream (le)

(Rigaud, 1881) : Tromper, séduire quelqu’un en le flattant. (Jargon des filles.) Le mot a un autre sens trop intime pour que nous puissions le préciser.

Faire au même

(Delvau, 1867) : v. a. Tromper, prendre sa revanche de quelque chose, — dans l’argot du peuple. Il dit aussi Refaire au même.

(Rigaud, 1881) : Tromper. — Se faire baiser, se laisser tromper, se faire remettre à sa place.

(La Rue, 1894) : Tromper.

Faire aux cabinets (la)

(Rigaud, 1881) : Certaines habituées des bals publics, dans le but de réaliser une petite recette en dehors de celle que pourront leur procurer leurs charmes, vont de ! un à l’autre en demandant 50 centimes pour un besoin urgent. C’est ce qu’on appelle « la faire aux cabinets. » Il y en a qui récoltent ainsi leur pièce de cinq francs par soirée.

Faire baiser (se)

(Delvau, 1867) : Se faire arrêter ou engueuler, — dans le même argot [du peuple]. On dit aussi Se faire choper.

Faire balai neuf

(Delvau, 1867) : v. n. Montrer un zèle exagéré qui ne pourra pas se soutenir, — dans le même argot [du peuple].

(Boutmy, 1883) : v. Changer de conduite… quand celle qu’on a laisse à désirer. Il est rare que le balai neuf soit bien solide.

Faire ballon

(Rossignol, 1901) : Avoir faim.

Faire belle (la)

(Rigaud, 1881) : Être heureux ; avoir une bonne situation, à n’importe quel degré de l’échelle sociale on appartienne. D’un grec heureux, les grecs disent : Il la fait belle ; d’un souteneur qui nage dans de hautes eaux, les souteneurs disent : Il la fait belle. D’un ouvrier qui gagne de bonnes journées, ses camarades disent : Il la fait belle. C’est une dés locutions les plus répandues pour le moment, et qui s’applique à n’importe qui réussit dans n’importe quoi.

Faire boum

(Rigaud, 1881) : Sacrifier à Vénus, — dans le jargon des ouvrières.

Il n’ignorait certainement pas comment se pratique cette agréable chose que les petites ouvrières appellent : « faire boum. »

(Huysmans, les Sœurs Vatard.)

Faire brûler Moscou

(Delvau, 1867) : Faire un punch monstre, — dans l’argot des soldats, qui connaissent tous, par ouï-dire, les belles flammes qui s’échappaient, le 29 septembre 1812, de l’antique cité des czars, brûlée par Rostopchin.

Faire ça ou cela

(Delvau, 1864) : Faire l’acte vénérien, — le péché dont on n’ose pas prononcer le nom et auquel on fait sans cesse allusion. Cela, c’est l’amour.

Que moyennant vingt écus à la rose
Je fis cela, que chacun bien suppose.

F. Villon.

Veux-tu donc me faire cela ?
Promptement me coucherai là.

Théophile.

Je crois bien qu’ils firent cela,
Puisque les amours qui les virent
Me dirent que le lit branla.

Grécourt.

C’est que les grandes dames font ça par poids et mesures, et que, nous autres, c’est cul par-dessus tête.

La Popelinière.

Tout le monde à peu près, putain et femme honnête,
Ministre ou chiffonier, marquise ou bien grisette,
Dit : faire ça.

Louis Protat.

Ah ! maman, maman, que c’est bon !… Comme tu fais bien ça, mon chéri.

Henry Monnier.

Ça n’t’empechera pas de me faire ça, n’est ce pas ? Aux p’tits oignons, mon infante !

Lemercier de Neuville.

Faire cabriolet

(Delvau, 1867) : Se traîner sur le cul, comme les chiens lorsqu’ils veulent se torcher. Argot du peuple.

Faire cascader la vertu

(Delvau, 1867) : v. a. Obtenir d’une femme l’aveu de son amour et en abuser, — dans l’argot de Breda-Street, d’après la Belle Hélène.

Faire celui qui…

(Delvau, 1867) : Faire semblant de faire une chose, — dans l’argot du peuple.

Faire chanter un Pété

(Clémens, 1840) : Faire donner de l’argent d’autorité à un rivette.

Faire chapelle

(Virmaître, 1894) : Il existe une catégorie d’individus certainement malades du cerveau, car leur passion idiote ne peut autrement s’expliquer. Ils s’arrêtent devant la devanture des magasins ou travaillent les jeunes filles, généralement des modistes, ils entr’ouvrent leur paletot, en tenant un pan de chaque main et font voir ce que contient leur culotte déboutonnée. Ces cochons opèrent également dans les jardins publics ou jouent les petites filles. Ce n’est pas la police correctionnelle qu’il leur faudrait mais bien un cabanon à Charenton. On les nomme aussi des exhibitionnistes, de ce qu’ils font une exhibition (Argot du peuple).

(Virmaître, 1894) : Écarter les jambes et retrousser ses jupes pour se chauffer devant le feu. Une accouplée se chauffe de cette manière, l’autre qui la regarde lui dit :
— Fais-le assez cuire car je ne l’aime pas saignant (Argot des filles). N.

Faire Charlemagne

(Delvau, 1867) : Se retirer du jeu après y avoir gagné, sans vouloir donner de revanche, — dans l’argot des joueurs, qui savent ou ne savent pas leur histoire de France. « Charlemagne (dit Génin en ses Récréations philologiques) garda jusqu’à la fin toutes ses conquêtes, et quitta le jeu de la vie sans avoir rien rendu du fruit de ses victoires ; » le joueur qui se retire les mains pleines fait comme Charlemagne : il fait Charlemagne :
Se non è vero… Je ne demande pas mieux d’en croire Génin, mais jusqu’ici il m’avait semblé que Charlemagne n’avait pas autant fait Charlemagne que le dit le spirituel et regrettable érudit, et qu’il y avait, vers les dernières pages de son histoire, une certaine défaite de Roncevaux qui en avait été le Waterloo. Et puis… Mais le chevalier de Cailly avait raison !

Faire chauffer de l’eau chaude

(Boutmy, 1883) : Expression ironique que l’on adresse au compagnon qui, restant longtemps penché sur le marbre pour corriger une composition chargée, semble y être collé. Un frère charitable lui propose alors de faire chauffer de l’eau chaude. Le plâtre, déjà mécontent de sa situation, gobe alors un bœuf pyramidal. Ce montage manque rarement son but et devient quelquefois l’occasion d’attrapances plus ou moins vives ; la victime en effet réplique souvent : « Imbécile, comment veux-tu faire chauffer de l’eau chaude ? » À cette réponse prévue, les rires augmentent… et le bœuf s’accroît.

Faire chibis

(Rigaud, 1881) : Se sauver de prison.

(Virmaître, 1894) : S’enfuir d’une prison avec le concours d’un camarade, sans prévenir le gardien. C’est brûler la politesse au directeur (Argot des voleurs).

Faire chibis, faire un peigne

(La Rue, 1894) : Se sauver de prison. Faire des yeux de hareng. Crever les yeux.

Faire chou blanc

(Delvau, 1864) : Rater une femme.

Faire compter les solives à une femme

(Delvau, 1864) : La renverser sur le dos et la baiser vivement, — acte pendant lequel, tout en jouissant, elle regarde au plafond et non ailleurs.

Faire comptoir

(Rigaud, 1881) : C’est, dans le jargon des saltimbanques, une forme nouvelle de : faire comtois.

Le soir ensuite vous avez « fait comptoir, » c’est-à-dire que vous entriez dans la loge foraine et en ressortiez encore pour « allumer » les spectateurs récalcitrants.

(Cours d’assises de la Seine, aud. du 29 août 1879, interrog. de M. le Prés, de Vienne.)

Faire corps neuf

(Delvau, 1867) : v. a. Alvum deponere, — et le remplir ensuite de nouveaux aliments.

Faire coucou

(Delvau, 1867) : Jouer à se cacher, — dans l’argot des enfants.

Faire couler un enfant

(Delvau, 1867) : v. a. Prendre un médicament abortif, — dans l’argot des filles.

Faire cuire sa toile

(Delvau, 1867) : v. a. Employer les tons rissolés, les grattages, les ponçages, — dans l’argot des critiques d’art, qui n’ont pas encore digéré la peinture de Decamps.

Faire cuire son homard

(Delvau, 1867) : v. a. Rougir d’émotion ou d’autre chose, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Faire cuire son écrevisse.

(Virmaître, 1894) : Rougir subitement. Synonyme de piquer son fard (Argot du peuple).

Faire danser

(Larchey, 1865) : Battre.

Tu vas me payer l’eau d’aff, ou je te fais danser sans violons.

E. Sue.

(Larchey, 1865) : Dissiper.

Et je me mets à faire danser mes 300 francs. Ça été mon grand tort.

Id.

Faire danser l’anse du panier

(Rossignol, 1901) : Une bonne qui compte 5 francs à ses maîtres ce qui lui coûte 4 fr. 50, fait danser l’anse du panier.

Faire danser la polka

(Larchey, 1865) : Battre.

Ce grand empereur, On lui fera danser la polka.

Layale, Ch.

On a dit un moment à la polka, pour dire très-bien.

Faire danser un homme sur la pelle à feu

(Delvau, 1867) : Exiger sans cesse de l’argent de lui, le ruiner, — dans l’argot des petites dames. On dit aussi Faire danser sur la poêle à frire.

Faire de cent sous quatre francs

(Delvau, 1867) : v. a. Dépenser follement son argent, — dans l’argot des bourgeois, qui ajoutent quelquefois : Et de quatre francs rien.

Faire de l’eau

(Delvau, 1867) : v. a. Meiere, — dans l’argot des bourgeois. Ils disent aussi Épancher de l’eau, Pencher de l’eau et Lâcher de l’eau.

Faire de l’épate

(Boutmy, 1883) : v. Faire des embarras : affecter de grands airs de grandes prétentions. Cette expression fréquemment employée dans l’atelier typographique, vient sans doute du verbe épater, dans le sens de étonner, ébahir.

Faire de l’harmone

(Virmaître, 1894) : Parler bruyamment dans un lieu public. Abréviation d’harmonie (Argot du peuple).

(Hayard, 1907) : Faire du bruit.

Faire de l’œil

(Delvau, 1864) : Provoquer un passant, par un coup d’œil, à monter tirer un coup de cul.

Aussi, je le dis sans orgueil,
Le beau sexe me fait de l’œil.

Jules Moineaux.

(Rossignol, 1901) : On fait de l’œil à une femme pour tâcher de la posséder.

Faire de l’or

(Delvau, 1867) : Gagner beaucoup d’argent. Le peuple, lui, dit Chier de l’or.

Faire de la musique

(Delvau, 1867) : Se livrer à des conversations intempestives sur les coups. Argot des joueurs.

(Rigaud, 1881) : Se gratter au point de se faire saigner, ce qui rend la chair assez semblable à une page de musique. (Argot des hôpitaux).

Faire de la poussière

(Delvau, 1867) : v. a. Faire des embarras, — dans l’argot des petites dames, qui recommandent toujours à leurs cochers d’aller grand train quand il s’agit de couper une rivale sur le boulevard, ou dans l’avenue des Champs-Elysées, ou dans les allées du bois de Boulogne.

Faire de la toile

(Rigaud, 1881) : Perdre la mémoire, oublier le texte et improviser, en attendant le secours du souffleur, — dans le jargon des coulisses. Frédérick Lemaître faisait souvent de la toile, et il faut avouer que, presque toujours, sa version était préférable à celle de l’auteur. Un jour, à la répétition générale d’une pièce de Barrière, comme il faisait de la toile : « Faites attention, lui dit le collaborateur de madame de Prébois, vous marchez dans ma prose. » Frédérick s’arrête, le toise, et avec cette ampleur de geste qui le caractérisait : « On prétend, répond-il, que ça porte bonheur. »

Faire de vieux os (ne pas)

(Delvau, 1867) : v. a. Ne pas demeurer longtemps dans un emploi, dans un logement, etc. Signifie aussi : N’être pas destiné à mourir de vieillesse, par suite de maladie héréditaire ou de santé débile.

Faire dégraisser (se)

(Delvau, 1864) : Faire l’acte vénérien. Les bons coqs sont maigres, en effet.

Faire des affaires

(Delvau, 1867) : v. a. Faire beaucoup de bruit pour rien, exagérer l’importance des gens et la gravité des choses, — dans l’argot du peuple, qui se gausse volontiers des M. Prudomme. On dit aussi Faire des affaires de rien.

Faire des affaires (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. S’attirer des désagréments, des querelles, des embarras.

Faire des choux et des raves

(Delvau, 1867) : v. a. Faire n’importe quoi d’une chose, s’en soucier médiocrement, — dans l’argot des bourgeois.

Faire des cordes

(Delvau, 1867) : v. a. Difficilimè excernere, — dans l’argot du peuple, qui emploie là une expression déjà vieille : Tu funem cacas ? dit à son camarade un personnage d’une comédie grecque traduite en latin.

Faire des crêpes

(Delvau, 1867) : v. a. S’amuser comme il est de tradition de le faire au Mardi-Gras, — dans l’argot des artistes, gouailleurs de leur nature. Se dit volontiers pour retenir quelqu’un : « Restez donc ; nous ferons des crêpes. »

Faire des fonctions

(Rigaud, 1881) : Aider à la mise en pages, — dans le jargon des typographes.

Faire des gaufres

(Delvau, 1867) : S’embrasser entre grêlés, — dans l’argot du peuple.

Faire des grâces

(Delvau, 1867) : v. a. Minauder ridiculement. Signifie aussi : S’étendre paresseusement au lieu de travailler.

Faire des heures en bois

(Boutmy, 1883) : v. n. Faire des heures non rétribuées. Dis donc, compagnon est-ce que tu fais des heures en bois ? est une question que l’on adresse à un camarade qui s’attarde à l’atelier, quand l’heure du départ a sonné.

Faire des horreurs

(Larchey, 1865) : En venir des paroles à l’action.

Puis, sur un lit je la jette, Et nous faisons des horreurs.

Les Amours de Mahieu, chanson, 1832.

Faire des manières, des simagrées

(Delvau, 1864) : Hésiter à prendre le cœur — et le membre — d’un homme ; refuser son bonheur.

Ça fait des manières, et ça a dansé dans les chœurs.

Gavarni.

Et comme elle se vantait d’être pucelle, elle croyait devoir encore faire quelques petites simagrées avant que de se rendre.

Boursault.

Faire des parades

(Boutmy, 1883) : Voir postiche.

Faire des petits pains

(Rigaud, 1881) : Courtiser avec attouchements, genre Tartuffe. — Qu’est-ce que tu faisais avec la bonne du capiston, tu faisais des petits pains ? — Probable.

(Virmaître, 1894) : Faire des manières. Prendre des airs mystérieux pour causer avec quelqu’un, lui dire des riens et avoir l’air de lui parler de choses intéressantes. Faire la cour à une femme c’est faire des petits pains (Argot du peuple). N.

(Rossignol, 1901) : Faire la cour à quelqu’un, c’est lui faire des petits pains.

Faire des poivrots, des gavés

(Rigaud, 1881) : Dévaliser des ivrognes. La variante est : La faire au père François. Les voleurs secouent l’ivrogne endormi sur un banc. Ils l’appellent « père François. » — « Hé ! père François, réveillez-vous. » Et tout en lui parlant, ils le dépouillent.

Faire des postiches

(Boutmy, 1883) : Voir postiche.

Faire des siennes

(Delvau, 1867) : v. a. Faire des folies ou des sottises, — dans l’argot des bourgeois.

Faire des yeux de carpe frite

(Rigaud, 1881) : Contourner les yeux à la manière des gens qui se pâment.

Faire des yeux de hareng

(Delvau, 1867) : v. a. Crever les yeux à quelqu’un, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Crever les yeux à quelqu’un, — dans le jargon des voleurs.

Faire des yeux de harengs

(Virmaître, 1894) : Crever les yeux à quelqu’un au moyen d’un coup bien connu des voleurs. Allusion à l’œil vide du hareng quand il arrive des ports de mer sur nos marchés (Argot du peuple).

Faire descendre le polonais

(Delvau, 1864) : Expression usitée dans les bordels, lorsque les hôtes momentanés, les michés, font trop de vacarme : au lieu de menacer les perturbateurs d’aller chercher la garde, on les menace de faire descendre le Polonais — qui n’est autre, souvent, qu’un pauvre diable sans feu ni lieu recueilli par charité et logé dans les combles de la maison, — et les perturbateurs se taisent, effrayés par cette mystérieuse menace, — par cette épée de Damoclès.

Faire dessous (se)

(Rigaud, 1881) : Tomber en enfance, radoter. — Faire sous soi, même signification.

Faire dodo

(Larchey, 1865) : Dormir.

Faire du bruit

(Rossignol, 1901) : Faire des embarras.

Faire du foin

(Rigaud, 1881) : Faire du bruit ; danser, — dans le jargon des voyous, qui ne sont pas précisément silencieux durant cet exercice.

Faire du genou, faire du pied

(Rigaud, 1881) : Frotter son genou, frotter son pied, contre le genou, contre le pied d’une femme. Petite polissonnerie innocente, quelque chose comme les bagatelles de la porte en espérant le lever du rideau.

Faire du gros

(Rossignol, 1901) : Voir débourrer.

Faire du lard

(Delvau, 1867) : v. a. Dormir ; se prélasser au lit, — dans l’argot du peuple, à qui les exigences du travail ne permettront jamais d’engraisser. Aller faire du lard. Aller se coucher.

Faire du métier

(Larchey, 1865) : Écrire, peindre ou sculpter dans le seul but de gagner de l’argent et non de la gloire.

Faire du papier marbré

(Delvau, 1867) : v. a. Avoir la mauvaise habitude de se réchauffer les pieds avec un gueux, — dans l’argot du peuple, qui a eu maintes fois l’occasion de constater les inconvénients variqueux de cette habitude famimilière aux marchandes en plein vent, aux portières, et généralement à toutes les femmes trop pauvres pour pouvoir employer un autre mode de chauffage que celui-là.

Faire du pet

(Rossignol, 1901) : Se plaindre.

Faire du petit

(Rossignol, 1901) : Uriner.

Faire du plan de couillet

(Rossignol, 1901) : De la prison pour rien ou pour un autre.

Faire du plat

(Rossignol, 1901) : Voir Faire des petits pains.

Faire du potin

(Virmaître, 1894) : Faire du bruit, du tapage (Argot du peuple).

Faire du ressaut

(Rossignol, 1901) : Faire de la résistance, se gendarmer, se fâcher. Le voleur que l’agent arrête, s’il se fâche ou résiste, fait du ressaut. Celui qui se fâche fait du ressaut. Celui qui dit à un créancier qu’il ne le payera jamais, le fait ressauter.

Faire du schproum veut aussi dire être en colère

(Rossignol, 1901) : Crier, parler fort.

Faire du suif

(Rigaud, 1881) : Tricher, — dans le jargon des grecs.

Faire durer le plaisir

(Delvau, 1864) : Branler savamment un homme, et, au moment où l’on devine à ses yeux tournés et à ses spasmes, que le sperme monte dans la colonne et qu’il va se jeter par-dessus le parapet, poser le doigt sur l’ouverture et ne le laisser s’échapper que par petits filets.

Faire éclater le péritoine (s’en)

(Delvau, 1867) : Manger ou boire avec excès, — dans l’argot des étudiants.

Faire en levrette (le)

(Delvau, 1864) : Baiser une femme par derrière, cul contre ventre au lieu de ventre contre ventre, à la façon des chiens et non à la façon des bons chrétiens. — Voir aussi Foutre en levrette.

Des baisers il vint aux attouchements et des attouchements à me mettre le vit au con, et me le fit encore une fois en lévrier, le con derrière.

Mililot.

Pour ne pas voir sa défaite,
Et se cacher au vainqueur,
Elle voulut qu’en levrette
Je lui fisse cet honneur.

Collé

J’ai, lui dit-il, avec un tendre objet
Depuis longtemps une intrigue secrète ;
Ce n’est là tout ; item je suis sujet…
— A quoi ? voyons. — À le faire en levrette.

Piron.

Faire ensemble

(Delvau, 1867) : v. n. Jouer ou manger ensemble, — dans l’argot des écoliers, qui prêtent quelquefois cette expression aux grandes personnes.

Faire éternuer son cyclope

(Virmaître, 1894) : Inscrire cent sous sur son carnet de dépenses sous cette rubrique significative ; On n’est pas de bois ! (Argot du peuple). N.

Faire faux-bond à l’échéance

(Virmaître, 1894) : Manquer à un rendez-vous, ne pas payer une traite (Argot du peuple).

Faire faux-col

(Rigaud, 1881) : Laisser passer un bout du col de la chemise, — en terme de régiment.

Faire femme

(Rigaud, 1881) : Au régiment, le troupier qui a l’habitude de sortir avec la même femme, celui qui, dans une maison de tolérance, consomme habituellement avec la même Dulcinée, « fait femme ». La variante est : Avoir une femme en consigne.

Faire feu

(Delvau, 1867) : v. a. Boire, — dans l’argot des francs-maçons, qui ont des canons pour verres.

Faire feu des dents

(Rigaud, 1881) : Manger gloutonnement. (XVIIe siècle.) Une très pittoresque image dont on ne se sert plus aujourd’hui.

Faire flanelle

(Rossignol, 1901) : Rester des heures dans un débit, devant la même consommation, c’est faire flanelle.

Faire flotter

(Halbert, 1849) : Noyer.

Faire gaffe

(Clémens, 1840) : Faire le guet.

Faire gasfre

(M.D., 1844) : Surveiller.

Faire Godard

(Rigaud, 1881) : Crever de faim, — dans le jargon des voleurs. C’est la variante de s’enlever cher. Allusion au ballon Godard qui s’enlève dans l’air.

(La Rue, 1894) : Mourir de faim. On dit aussi s’enlever (comme un ballon) parce que le corps, vide de nourriture, est léger.

Faire Jacques déloge

(Delvau, 1867) : v. n. Partir précipitamment sans payer son terme ou sans prendre congé de la compagnie, — dans l’argot du peuple.

Faire Jacques Déloge

(Rigaud, 1881) : S’enfuir. — Déménager en oubliant de payer son propriétaire. L’expression est démodée.

Faire l’amour

(Delvau, 1864) : Accomplir le plus impérieux des devoirs et le plus sacré des besoins physiques et intellectuels.

Ferons-nous l’amour, cette nuit ?

Ch. Sorel.

Si tu veux, nous allons faire l’amour… c’est meilleur… Ote ton pantalon.
Il faut s’aimer toujours
Et ne s’épouser guère ;
Il faut faire l’amour
Sans curé ni notaire.

Collé.

Faire l’arçon

(Clémens, 1840) : Avertir.

Faire l’article

(Delvau, 1867) : v. a. Vanter sa marchandise, — dans l’argot des marchands. Parler de ses titres littéraires, — dans l’argot des gens de lettres. Faire étalage de ses vices, — dans l’argot des petites dames.

Faire l’écureuil

(Delvau, 1867) : Faire une besogne inutile, marcher sans avancer, — dans le même argot [du peuple].

Faire l’égard

(Delvau, 1867) : Détourner à son profit partie d’un vol. On disait autrefois Écarter, — ce qui est faire son écart.

(Virmaître, 1894) : Garder la part d’un vol qui revient à un complice. Ce devrait être plutôt faire l’écart, à moins que ce ne soit pris dans le sens de manquer d’égard en ne partageant pas (Argot des voleurs).

Faire l’esque, l’esgard

(Rigaud, 1881) : S’approprier la part de vol d’un complice. C’est manquer de délicatesse entre voleurs.

On disait autrefois escarter, dans le sens de s’approprier le bien d’autrui.

(F. Michel.)

Faire l’harmonie

(Clémens, 1840) : Se fâcher.

Faire l’homme

(Delvau, 1864) : « Parfois la femme aussi veux faire l’homme ; C’est un plaisir que l’on renomme ! Elle monte à cheval sur vous Pour tirer ses deux ou trois coups, Sa motte agit sur votre ventre ; Plus elle pousse, mieux ça rentre ; Et son foutre mouillant les draps, Elle se pâme entre vos bras. »

Marc-Constantin.

Faire l’œil de carpe

(Delvau, 1864) : Jouer de la prunelle d’un air langoureux, pour allumer, soit les hommes quand on est femme, soit les femmes quand on est homme.

Un petit coup d’épée à porter en écharpe,
De quoi traîner la jambe et faire l’œil de carpe.

E. Augier.

(Delvau, 1867) : Rouler les yeux de façon à n’en montrer que le blanc, — dans l’argot des petites dames, qui croient ainsi donner fort à penser aux hommes.

Faire la balle élastique

(Delvau, 1867) : Manquer de vivres, — dans l’argot des voleurs, que cela doit faire bondir.

Faire la barbe

(Delvau, 1867) : v. a. Se moquer de quelqu’un, lui jouer un vilain tour, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Railler ; tromper.

Faire la bête

(Delvau, 1867) : v. a. Faire des façons. On dit aussi Faire l’âne pour avoir du son.

Faire la carpe

(Delvau, 1864) : S’évanouir sous l’homme, dans l’excès de la jouissance qu’il procure au moment de l’introït. Voir faire l’œil de carpe.

Faire la chambre

(Rigaud, 1881) : Faire le compte-rendu des débats de la Chambre dans un journal.

Je fais la Chambre comme adjoint à un vieux rédacteur sténographe nommé Millot.

(Figaro du 8 janvier 1879.)

Faire la culbute

(Rossignol, 1901) : Faire faillite. Un objet quelconque fait la culbute lorsqu’il est vendu le double de son prix d’achat.

Faire la fenêtre

(Rossignol, 1901) : Se dit d’une prostituée qui a son logement donnant sur la rue et qui toute la journée, est derrière le rideau entr’ouvert, faisant signe aux passants de monter chez elle.

Faire la grande soulasse

(Bras-de-Fer, 1829) : Assassiner.

(Delvau, 1867) : v. a. Assassiner, — dans l’argot des voleurs.

(Virmaître, 1894) : Assassiner tous les habitants d’une maison (Argot des voleurs).

Faire la grande soûlasse

(Rigaud, 1881) : Assassiner par profession.

Faire la grasse matinée

(Delvau, 1867) : v. a. Rester longtemps au lit à dormir ou à rêvasser, — dans l’argot des bourgeois, à qui leurs moyens permettent ce luxe.

Faire la manche

(Clémens, 1840) : Demander quelque chose.

(Delvau, 1867) : v. a. Faire la quête, — dans l’argot des saltimbanques.

(Rossignol, 1901) : Mendier, quêter, faire souscription.

Faire la nique

(Virmaître, 1894) : Se moquer de quelqu’un au moyen d’un geste familier aux voyous (Argot du peuple). V. Battre une basane.

Faire la paire

(Rigaud, 1881) : Se sauver, — dans l’argot du peuple. Mot à mot : faire la paire de jambes. — Faire la paire en fringue, se sauver d’une maison de tolérance en emportant les hardes prêtées par la matrone.

(Rossignol, 1901) : S’en aller, se sauver.

(Hayard, 1907) : Se sauver.

Faire la paire (se)

(La Rue, 1894) : Se sauver.

(Virmaître, 1894) : Se sauver à toutes jambes. Ou dit aussi : se tirer des deux (Argot du peuple).

Faire la partie

(Rossignol, 1901) : Se battre.

Faire la place pour les pavés à ressorts

(Delvau, 1867) : Faire semblant de chercher de l’ouvrage et prier le bon Dieu de ne pas en trouver, — dans l’argot des ouvriers, ennemis-nés des paresseux.

Faire la pluie et le beau temps

(Delvau, 1867) : Être le maître quelque part ; avoir une grande influence dans une compagnie, dans un atelier. Argot des bourgeois.

Faire la queue

(Larchey, 1865) : Tromper.

Il faut se contraindre et vous avez un fameux toupet si vous parvenez à lui faire la queue.

Phys. de la Chaumière. 1841.

Faire la queue de cervelas

(Rossignol, 1901) : Le condamné a plus d’une année de prison subit sa peine dans une maison centrale, où pendant les heures de promenade il lui est défendu de s’asseoir et de parler. Ils se suivent à la queue leu leu faisant le tour de la cour : c’est ce qu’ils appellent faire la queue de cervelas.

Faire la retape

(Delvau, 1864) : Aller se promener sur les boulevards, pour y raccrocher des hommes et les amener baiser au bordel.

(Delvau, 1867) : v. a. Aller se promener sur le trottoir des rues ou des boulevards, en toilette tapageuse et voyante, bien retapée en un mot, pour y faire la chasse à l’homme. Argot des filles et des souteneurs.

Faire la révision

(Rossignol, 1901) : Tous les brocanteurs, ou autres marchands, dans les ventes par autorité de justice ou du mont-de-piété, font la révision ; il y en a qui ne font absolument que cela et qui gagnent de l’argent sans avoir de marchandises. Ils sont par groupes de cinq ou six, jamais ils ne poussent les enchères et achètent pour leur compte personnel. Ils sont tellement connus par les commissaires-priseurs que lorsqu’un lot est adjugé à l’un d’eux on ne lui demande pas son nom pour le transcrire sur le procès verbal, La vente terminée, on fait la révision et la marchandise reste au plus enchérisseur d’entre eux ; le surplus qu’a produit la surenchère est à partager entre le groupe. Dans les monts-de-piété, notamment dans la salle de vente des bijoux, il y a plusieurs groupes qui sont toujours les mêmes marchands, qui ont une place attitrée ; chacun prend note de l’objet acheté, du prix et de la valeur approximative. La révision se fait ensuite le plus souvent d’une autre façon que les brocanteurs ; chacun inscrit en cachette, sur un morceau de papier qu’il plie, ce qu’il offre de tout le lot ; chacun dépose son papier, on en fait le dépouillement et le lot reste au plus enchérisseur, et alors chacun touche au prorata de ce qu’il a offert. Cela se passe rarement en présence des commissaires-priseurs qui n’interviennent pas, quoique cela constitue une escroquerie.

Faire la riboule

(Rossignol, 1901) : Vendre a l’époque de la conscription et du conseil de révision des rubans et numéros pour conscrits. Voir Riboulet.

Faire la salle

(Rigaud, 1881) : Chercher, un soir de première représentation, à se rendre le public favorable en semant des billets de faveur au ban et à l’arrière-ban de ses amis et connaissances, de ses fournisseurs, de ses créanciers ; chercher à composer une salle d’amis et de gens bienveillants. Il y a encore des auteurs assez naïfs pour compter sur l’enthousiasme des camarades. Il n’y a encore rien de tel que le zèle et la conviction et l’enthousiasme des créanciers. L’auteur qui pourrait en bonder’une salle obtiendrait un rude succès… le premier soir.

Faire la serre

(La Rue, 1894) : Faire le guet.

Faire la simone

(Rossignol, 1901) : Quêtes faites à l’époque du jour de l’an chez les particuliers par des individus se disant vidangeurs, et qui ne travaillent que rarement ; il y a escroquerie.

Faire la souris

(Delvau, 1867) : v. n. Enlever délicatement et sans bruit son argent à un homme au moment où il doit y penser le moins, — dans l’argot des petites dames qui ne craignent pas d’ajouter le vol au vice.

(Rigaud, 1881) : Dévaliser un client dans le feu de la conversation, — dans le jargon des filles.

(Virmaître, 1894) : Fille qui vole son client pendant qu’il dort (Argot des filles). Albert Glatigny a dit à ce sujet :

En robes plus ou moins pompeuses,
Elles vont comme des souris.
Ce sont les jeunes retapeuses
Qui font la gloire de Paris.

Faire la tortue

(Halbert, 1849) : Jeûner.

(Larchey, 1865) : Jeûner (Vidocq). — On connaît la sobriété de la tortue.

(Delvau, 1867) : Jeûner, — dans l’argot des voleurs et des faubouriens, qui font allusion à l’abstinence volontaire ou forcée à laquelle l’intéressant testudo est astreint pendant des mois entiers.

(Rigaud, 1881) : Jeûner ; imiter, contraint et forcé, la sobriété de la tortue.

(Virmaître, 1894) : Ne rien manger. Jeûner volontairement ou par la force des choses (Argot des voleurs). N.

Faire la vie

(Delvau, 1864) : Mener une vie débauchée, coucher tous les jours avec un nouvel amant lorsqu’on est femme, avec une nouvelle maîtresse lorsqu’on est homme.

(Delvau, 1867) : v. n. Se débaucher, courir les gueuses, ou avoir de nombreux amants, selon le sexe, — dans l’argot des bourgeois, qui pensent peut-être que c’est plutôt défaire sa vie.

(Rigaud, 1881) : Faire de la vie une noce perpétuelle. Racine a dit pour exprimer la même idée :

De fleurs en fleurs, de plaisirs en plaisirs,
Promenons nos désirs.

Faire le balancier

(Rigaud, 1881) : Aller et venir sur un trottoir en attendant quelqu’un.

Faire le benjamin

(M.D., 1844) : Substituer une chose à une autre.

Faire le bon fourrier

(Delvau, 1867) : v. n. C’est, dans un repas, servir ou découper de façon à ne pas s’oublier soi-même. Faire le mauvais fourrier. Servir ou découper de façon à contenter tout le monde excepté soi-même.

(Rigaud, 1881) : Faire les portions égales, dans un repas.

Faire le boulevard

(Delvau, 1864) : Se promener sur le boulevard des Italiens, ou sur le boulevard Montmartre, à l’heure où les hommes abondent, pour en raccrocher un ou plusieurs. — Se dit des lorettes, dans l’intervalle d’un entreteneur à l’autre.

(Delvau, 1867) : v. n. Se promener, en toilette provocante et en tournure exagérée, sur les boulevards élégants, — dans l’argot de Breda-Street, qui est l’écurie d’où sortent chaque soir, vers quatre heures, de si jolis pur-sang, miss Arabella, miss Love, etc. On dit aussi Faire la rue ou Faire le trottoir.

Faire le cas

(Delvau, 1864) : Se masturber.

Lorsque j’y pense, et même encore ici,
Je fais le cas. — Pardieu, lui dit le moine,
Je le crois bien, car je le fais aussi.

Piron.

Faire le chapeau du commissaire

(Delvau, 1864) : Faire jouir un homme en lui suçant la pine et, en même temps, en lui pelotant doucement les couilles.

Tu me f’ras l’chapeau du commissaire ?

Lemercier de Neuville.

En même temps elle peut faire
Aussi chapeau du commissaire.
Ce doux jeux qu’inventa l’amour
Est aussi simple que bonjour !
Tant que sa petite menotte
Avec adresse vous pelote,
Sa bouche vous suce le dard
Pour en obtenir le nectar…

Marc-Constantin.

Faire le con cocu

(Delvau, 1864) : Enculer une femme, ou un homme.

Il déconne et s’adresse au cul,
Puis zeste !… il fait le con cocu,
En et avant merde et foire.

(Parnasse satyrique.)

Faire le cul de poule

(Delvau, 1867) : v. n. Faire la moue en avançant les lèvres et en les pressant, — dans l’argot du peuple.

Faire le dessus

(Delvau, 1864) : Se placer dessus dans le duo amoureux, avec la femme dessous. Quelquefois, c’est la femme qui fait le dessus et l’homme le dessous. Voir la Diligence de Lyon.

Mais cette fille trop pensante
Qu’amour d’innover consumait,
Prit le dessus, tant elle aimait
La philosophie agissante.

Béranger.

Faire le garçon, faire la fille (pour)

(Rigaud, 1881) : Avoir de l’argent mignon pour s’amuser.

Faire le grand

(Delvau, 1867) : v. a. Alvum deponere, — dans l’argot des pensionnaires. Elles disent aussi Faire le grand tour.

Faire le gros

(Rigaud, 1881) : Faire ses nécessités. — Faire le petit, uriner.

Faire le Jacques

(Rigaud, 1881) : Faire l’imbécile, faire quelque chose d’humiliant, de pénible, — dans le jargon du régiment. Jacques exprime la même idée que l’ancien Jeannot. As-tu fini de faire le Jacques ? Pendant trois heures nous avons fait les Jacques dans la cour, nous avons fait l’exercice ; expression surtout employée par les cavaliers pour les classes à pied.

(Virmaître, 1894) : Faire l’imbécile. On fait le Jacques auprès d’une femme pendant qu’elle est la maîtresse d’un autre (Argot du peuple). N.

(Rossignol, 1901) : Faire l’imbécile.

(Hayard, 1907) : Faire l’imbécile.

Faire le jaja

(Rossignol, 1901) : S’en aller, se sauver.

Faire le lézard

(Delvau, 1867) : v. n. S’étendre au soleil et y dormir ou y rêver, — dans l’argot des bohèmes et du peuple.

(Virmaître, 1894) : Battre sa flemme sur l’herbe, le ventre au soleil. On dit aussi : manger une soupe à l’herbe (Argot du peuple). V. Loupeur.

(Rossignol, 1901) : Se coucher sur l’herbe au soleil.

Faire le métier

(Delvau, 1864) : Sous-entendu de putain.

Qu’ils sont jolis tes tétons ! qu’ils sont ronds et fermes ! je vois bien qu’il n’y a pas longtemps que tu fais le métier.

La Popelinière.

Faire le monôme

(Rigaud, 1881) : Marcher dans les rues à la queue-leu-leu et aller prendre des prunes chez la mère Moreau, à l’issue d’un des examens d’admission à l’École polytechnique, — dans le jargon des candidats à cette école.

Hier, à une heure de l’après-midi, a eu lieu la promenade annuelle, le monôme traditionnel, des candidats de l’École polytechnique.

(Petit Journal du 2 juillet 1880.)

La variante est : File indienne.

Faire le monsieur

(Larchey, 1865) : Trancher du maître, du fashionable.

Sa suffisance le fait haïr, il fait le monsieur.

Hilpert.

Faire le mouchoir

(Delvau, 1867) : v. a. Voler une idée de drame, de vaudeville ou de roman, — dans l’argot des gens de lettres.

(Rigaud, 1881) : Voler l’idée d’une pièce de théâtre, d’une œuvre littéraire, sorte de vol trop pratiqué par les gens de lettres sans aucune espèce de scrupule.

Faire le pet

(Clémens, 1840) : Donner l’alerte.

(Rossignol, 1901) : Faire le guet. Pendant qu’un vol se commet, le complice qui regarde s’il ne voit venir personne fait le pet.

Faire le petit

(Delvau, 1867) : v. a. Meiere ; — dans l’argot des pensionnaires. Blés disent aussi Faire le petit tour.

Faire le plongeon

(Delvau, 1867) : v. a. Se confesser in extremis — dans l’argot du peuple, qui a horreur de l’eau. C’est le mot de Condorcet parlant des derniers moments d’Alembert : « Sans moi, dit-il, il faisait le plongeon. »

(Rigaud, 1881) : Faire faillite. — Renier ses principes, se parjurer.

Faire le poil

(Larchey, 1865) : Surpasser. — Mot à mot : raser.

Personne n’a fait le poil à Gaudissart.

Balzac.

Il n’y a pas moyen de me faire le poil.

Vidal, 1833.

Faire le poireau

(Virmaître, 1894) : Attendre longtemps quelqu’ un, si la personne ne vient pas, celui qui attend est planté là pour reverdir. On dit aussi : poiroter. Synonyme de : Attends-moi sous l’orme (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Attendre.

(Hayard, 1907) : Attendre.

Faire le proute

(Clémens, 1840) : Avertir la police, crier à la garde.

Faire le quart

(Rossignol, 1901) : On dit qu’un mac est un entier dont la moitie fait le quart. Ce mot quart vient de ce que les filles des maisons de tolérance de province font, à tour de rôle, une faction d’un quart d’heure à une porte à claire-voie, pour appeler les clients.

Faire le rade

(Rossignol, 1901) : Voler de l’argent dans le tiroir-caisse d’un comptoir.

Faire le saut

(Delvau, 1864) : Se dit d’une femme que l’insistance passionnée d’un homme oblige à se laisser baiser par lui.

De ces brebis à peine la première
A fait le saut, qu’il suit une autre sœur.

La Fontaine.

Faire le serrurier

(Delvau, 1864) : Frotter longtemps son membre contre les parois du vagin d’une femme sans parvenir à éjaculer. Voir limer.

Faire le sert, le serre

(Rigaud, 1881) : Faire le guet. En argot de voleur, sert veut dire « signal. » C’est une abréviation, sans doute, de service. Faire le sert ou le serre, c’est donc faire le service, surveiller.

Faire le singe

(Clémens, 1840) : Attendre.

Faire le tape

(Clémens, 1840) : Être exposé sur l’échafaud.

Faire le trottoir

(Delvau, 1864) : Sa promener, décolletée, dans les rues, à la nuit tombante, en remuant habilement les fesses, pour allumer les hommes et les engager à venir au bordel voisin.

Mon cher, j’descends dans la rue ; a y était qui f’sait l’trottoir.

Henry Monnier.

Commèr’ vaut compère :
Il fait le mouchoir,
Elle le trottoir.

(Chanson anonyme moderne.)

Faire les cabinets

(Rigaud, 1881) : Aller de cabinet en cabinet particulier à la recherche du client, — dans le jargon des soupeuses.

Ça m’amuse ensuite de faire les cabinets.

(Ces Petites dames, 1862.)

Faire les cours

(Rigaud, 1881) : Être parquées par catégories dans des quartiers séparés avec défense de communiquer, — dans le jargon des détenues de Saint-Lazare.

Faire les poches

(Hayard, 1907) : Fouiller quelqu’un.

Faire les yeux en coulisse

(Rossignol, 1901) : Regarder une femme amoureusement comme pour lui dire : Veux-tu ?

Faire lesse (se)

(M.D., 1844) : Se tromper.

Faire mal

(Delvau, 1867) : Faire pitié, — dans l’argot des faubouriens et des filles, qui disent cela avec le plus grand mépris possible. Ah ! tu me fais mal ! est d’une éloquence à nulle autre pareille : on a tout dit quand on a dit cela.

Faire mettre (se le)

(Delvau, 1864) : Sous-entendu : le membre viril dans le vagin ou dans le cul.

Le Florentin lui dit :
Ne m’en fais pas reproche,
Car dans une bamboche
Tu te l’ fais mettre aussi.

Joachim Duflot.

Faire minon minette

(Delvau, 1864) : Branler une femme avec la langue.

— Comment, ma mie, ça s’appelle quand on branle avec sa langue ? — Faire minon-minette.

Henry Monnier.

Elle vous fait minette
Et puis avale tout.

Joachim Duflot.

Faire mouche

(Larchey, 1865) : Tirer assez juste pour que la balle s’applatisse sur un point noir (mouche), au centre de la cible.

Elles font mouche à tout coup et tuent les hirondelles au vol.

Second.

Faire mouiller la fesse (se)

(Delvau, 1864) : Se faire baiser, — parce que dans l’averse de sperme qui tombe tout à coup sur elle, la femme n’a pas le temps d’ouvrir son parapluie et de préserver son ventre et ses fesses de l’inondation.

Par un député ce mac
A fait repasser sa nièce,
Qui s’est fait mouiller la fesse
Pour un bureau de tabac.

Dumoulin.

Faire mourir (s’en)

(Delvau, 1867) : Désirer ardemment une chose, — dans l’argot du peuple. S’emploie d’ordinaire comme formule de refus à une demande indiscrète ou exagérée : Ah ! tu t’en ferais mourir ! C’est le refrain d’une chanson récente qui a fait son tour de Paris comme le drapeau rouge, et qui est en train de faire son tour du monde comme le drapeau tricolore.

Faire mousser

(Larchey, 1865) : Louer immodérément.

Celui-ci commande de longs articles dans lesquels il faut faire mousser les modistes en dix lignes.

Roqueplan.

Mousser : Écumer de rage.

Ne moussez donc pas comme ça.

Labiche.

Mousseux : Faisant de l’effet redondant.

J’estime et j’honore celui qui est un peu mousseux dans sa façon de parler.

La Bédollière.

Faire nonne

(Delvau, 1867) : Prêter la main à un vol, — dans l’argot des prisons.

(Rigaud, 1881) : Être complice d’un vol, faciliter un vol.

(La Rue, 1894) : Être complice d’un vol.

(Virmaître, 1894) : Se rendre le complice d’un vol préparé de longue main par le nonneur lui-même (Argot des voleurs).

Faire pallas

(Rossignol, 1901) : Faire des manières, faire du genre.

Faire pan pan

(Delvau, 1864) : Baiser une femme, imiter avec la queue dans le vagin le bruit sourd du marteau de cordonnier frappant pour l’assouplir sur un morceau de cuir.

Si du paon dépend
Mon plaisir, c’est qu’un paon,
Cet animal pimpant,
A Vénus fit pan pan !

J. Du Boys.

Faire papa, maman

(Rigaud, 1881) : Apprendre à battre du tambour, — dans le jargon des élèves-tambours. Onomatopée des baguettes frappant à tour de rôle la caisse.

Faire passer le goût du pain

(Larchey, 1865) : Tuer. On trouve Perdre le goût du pain (Mourir) dans le Dictionnaire comique de Leroux. V. Claquer.

Tous les jean-f…… qui voulaient faire perdre le goût du pain aux braves montagnards.

1793, Hébert.

V’là la guillotine qui se met à jouer. On enlève le goût du pain au monde.

H. Monnier.

(Delvau, 1867) : Tuer quelqu’un, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Perdre le goût du pain, pour Mourir.

Faire patatro

(Rossignol, 1901) : Se sauver, s’en aller.

Faire patrouille

(Delvau, 1867) : Se débaucher de compagnie, courir les rues après minuit avec des libertins et des ivrognes.

Faire peau neuve

(Delvau, 1867) : S’habiller à neuf.

Faire péter le cylindre (s’en)

(Delvau, 1867) : Se dit, dans l’argot des aubouriens, de toute chose faite avec excès, comme de manger, de boire, etc., et qui pourrait faire éclater un homme, — c’està-dire le tuer. On dit aussi S’en faire péter la sous-ventrière.

Faire petite chapelle

(Delvau, 1867) : v. n. Se chauffer comme ont la pernicieuse habitude de le faire les femmes du peuple, qui s’exposent ainsi à des maladies variqueuses.

Faire pieds neufs

(Delvau, 1867) : v. a. Accoucher d’un enfant, — dans l’argot du peuple, qui se souvient, sans l’avoir lu, du livre Ier, chap. VI, de Gargantua.

Faire piler du poivre

(Larchey, 1865) : Terrasser quelqu’un plusieurs fois en le laissant retomber aussi lourdement qu’un pilon. — Poivre indique la cuisson qu’en ressent la partie contuse.

Faire pisser des lames de rasoir en travers

(Larchey, 1865) : Ennuyer.

Faire plaisir

(Delvau, 1864) : Faire jouir, soit en branlant, soit en baisant une personne.

Ah ! petite bougresse ! que tu me fais de plaisir !… Ahi ! ahi ! je décharge ! je décharge !…

La Popelinière.

C’est un homme qui trop s’ingère
A faire plaisir aux femmes.

(Farces et moralités.)

S’ils font plaisir à nos commères,
Ils aiment ainsi les maris.

F. Villon.

Faire pleurer son aveugle

(Delvau, 1867) : Meiere, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Uriner.

Faire pleurer un simple

(Clémens, 1840) : Escroquer, voler, ou gagner quelqu’un.

Faire postillon

(Delvau, 1864) : Introduire son doigt dans le cul d’un homme, lorsqu’il vous baise, afin de le faire jouir plus vite.

Avec mon nez, bien qu’il soit long,
Je ne puis me fair’ postillon.
Et voilà ce qui me chagrine :
Avant ma mort j’aurais voulu
Foutre mon nez dans l’ trou d’ mon cul.

Dumoulin.

— Rendre le même servira à la femme, lorsqu’elle fait le dessus et vous le dessous, dans le duo vénérien.

L’homme, de sa main droite, ou lui fait postillon,
Ou la glisse en dessous et lui branle le con.

L. Protat.

Faire prier (se)

(Delvau, 1864) : Se dit d’une femme qui refuse, ou fait semblant de refuser l’offre qu’un homme lui fait de son membre, — ce qui est refuser son bonheur.

Dans le siècle où les dames
Ne se font pas prier,
Avoir toutes les femmes
Afin de varier.

Collé.

Faire quatre chiffres

(Fustier, 1889) : Argot de théâtre. Faire une recette d’au moins mille francs.

On se frottait les mains au théâtre, le soir, quand, par hasard, on avait atteint ce qu’on appelait les quatre chiffres. Les quatre chiffres cabalistiques, c’était mille francs.

(F. Sarcey : Temps, 1882.)

Faire ramasser (se)

(Delvau, 1864) : Se faire arrêter par les agents de police pour avoir excité les passants à la débauche ; après onze heures du soir.

Si bien qu’eune nuit, c’était hors barrière, on m’ramasse… De là, au dépôt… Quand j’ai sorti, j’étais putain…

Henry Monnier.

(Delvau, 1867) : Se faire arrêter, — dans l’argot des voleurs et des filles.

Faire relâche

(Delvau, 1864) : Se refuser à toute conjonction, par maladie mensuelle ou par fantaisie pure, — ce qui est assez rare, qui a bu voulant toujours boire.

Il faut que tous les mois l’artiste se repose…
Une affiche à la porte, affiche de couleur,
Sur laquelle en travers, une bande s’attache,
Avertit le public qu’ici l’on fait relâche.

Aug. Roussel.

Faire remplir (se)

(Delvau, 1864) : Se faire faire un enfant.

L’un me remplit, l’autre me bourre…
Que puis-je désirer de plus ?

Marcillac.

Faire river son clou

(Delvau, 1864) : Employé dans un sens obscène pour faire l’acte vénérien.

La petite savequière
Qui demeure en ce carquié,
Va faire river son clou
Tous les dimanches à Saint-Cloud.

(La Comédie des Chansons.)

Faire sa balle

(Delvau, 1867) : v. a. Suivre les instructions ou les conseils de quelqu’un, — dans l’argot des prisons.

Faire sa dame

(Rigaud, 1881) : L’expression était fort en usage parmi le peuple au commencement du XVIIIe siècle, et signifiait comme aujourd’hui : prendre du bon temps, se prélasser, s’amuser.

Faire sa gueule

(Virmaître, 1894) : Faire une figure renfrognée. Être mécontent sans en rien dire (Argot du peuple). N.

Faire sa merde

(Delvau, 1864) : Faire des façons, des cérémonies — en parlant d’une femme qui ne veut pas être baisée.

Mais tu ne l’aimes pas. Avec moi tu veux faire
Ta merde, voilà tout…..

Louis Protat.

(Virmaître, 1894) : Faiseur d’embarras. Les gascons ont ce privilège (Argot du peuple).

Faire sa nouveauté

(Rigaud, 1881) : C’est, dans le jargon des filles, se produire sur un nouveau trottoir, montrer un nouveau visage aux dilettanti de la prostitution.

Faire sa poire

(Delvau, 1864) : Faire des façons, — en parlant d’une femme qui hésite à se laisser baiser.

(Larchey, 1865) : Sa tête, sa Sophie, son Joseph, son étroite, ses embarras, faire suisse. V. ces mots.

(Virmaître, 1894) : Ne jamais rien trouver de bien ; s’imaginer être au-dessus de tout et de tous (Argot du peuple). N.

(Hayard, 1907) : Être difficile.

Faire sa sophie

(Delvau, 1864) : Se dit de toute femme qui fait la sage quand il ne le faut pas.

A quoi ça m’aurait avancé de faire ma Sophie ?

Charles Monselet.

Faire sa Sophie

(Delvau, 1867) : v. n. Se scandaliser à propos d’une conversation un peu libre, montrer plus de sagesse qu’il ne convient. On dit aussi Faire sa poire, Faire sa merde, et Faire son étroite, — dans l’argot des voyous.

(Virmaître, 1894) : Faire le dégoûté, à table ne manger que du bout des lèvres. Mot à mot : faire des manières. Synonyme de chipie (Argot du peuple). N.

Faire sa toilette

(Delvau, 1864) : Se laver après le coït, le cul lorsqu’on est femme, la queue quand on est homme, pour éviter les dangers qui résulteraient infailliblement d’une accumulation de sperme — et par amour de propreté, lorsqu’on s’est habitué des l’enfance à être propre.

N’entre pas, mon chéri ; attends que j’aie fini ma toilette.

Lemercier de Neuville.

Faire saigner

(Rossignol, 1901) : Faire de la peine à quelqu’un.

Faire saluer le polichinelle

(Delvau, 1867) : Réussir, faire mieux que les autres, — dans l’argot des faubouriens. C’est une allusion aux tirs à l’arbalète des fêtes publiques, où, quand on met dans le mille, on voit sortir et saluer une tête de Turc quelconque.

Faire sauter la coupe

(Larchey, 1865) : Battre à l’écarté de façon à retourner le roi, en neutralisant la coupe.

(Delvau, 1867) : Battre les cartes de façon à toujours amener le roi, — dans l’argot des grecs.

Faire sauter le bouchon

(Delvau, 1864) : Branler un homme, ou baiser avec lui, — ce qui, naturellement, provoque l’éjaculation du sperme.

Il se sent déjà des velléités pour cette friponne de Célestine, dont il est voisin, et qui joue avec lui de la prunelle à faire sauter le bouchon.

A. de Nerciat.

Vous êtes gai comme un sermon,
L’abbé, le diable vous conseille ;
Faites sauter votre bouchon
Sans ma bouteille.

H. Cantel.

Faire sauter le système (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Se brûler la cervelle, — dans l’argot des faubouriens.

Faire ses choux gras de quelque chose

(Delvau, 1867) : En faire ses délices, s’en arranger, — dans l’argot des bourgeois.

Faire ses frais

(Delvau, 1867) : v. a. Emmener un homme du Casino, — dans l’argot des petites dames, à qui leur toilette de combat coûterait bien cher si elles étaient forcées de la payer.

(Delvau, 1867) : v. a. Réussir à plaire à une jolie femme un peu légère, — dans l’argot des libertins, qui sèmeraient en vain leur esprit et leur amabilité s’ils ne semaient en même temps quelques gouttes de « boue jaune ».

Faire ses orges

(Delvau, 1867) : v. a. Faire des profits illicites, — dans l’argot du peuple.

(Virmaître, 1894) : Gratter. Faire danser l’anse du panier. Engraisser ses poches aux dépens de celles des autres (Argot du peuple).

Faire ses petites affaires

(Delvau, 1864) : Employé dans un sens obscène pour faire l’acte vénérien.

Ils se firent allumer du feu dans une chambre où ils firent leurs petites affaires.

Tallemant des Réaux.

Faire ses petits paquets

(Delvau, 1867) : v. a. Être à l’agonie, — dans l’argot des infirmiers, qui ont remarqué que les malades ramassent leurs draps, les ramènent vers eux instinctivement, à mesure que le froid de la mort les gagne.

Faire siphon

(Fustier, 1889) : Argot des voyous. Vomir.

Faire soixante-neuf

(Delvau, 1864) : Gamahucher une femme pendant qu’elle vous suce la pine, — ce qui ne peut se faire qu’en intervertissant mutuellement la position ordinaire au coït, c’est-à-dire en faisant d’un 6 un 9. et d’un 9 un 6 : 69.

Soixante-neuf et son vit se redresse !
Soixante-neuf ferait bander un mort !

(Chanson anonyme moderne.)

Faire son beurre

(Virmaître, 1894) : à la même signification. V. Faire ses orges.

(Rossignol, 1901) : Gagner de l’argent. Un domestique fait aussi son beurre lorsqu’il fait danser l’anse du panier.

Faire son Cambronne

(Delvau, 1867) : Cacare, — dans l’argot dédaigneux des duchesses du faubourg Saint-Germain, qui disent cela depuis l’apparition des Misérables de Victor Hugo.

Faire son cheval de corbillard

(Fustier, 1889) : Faire le malin. Poser.

Faire son deuil

(Larchey, 1865) : Se passer.

Tu vas faire ton deuil de me voir avant deux ou trois heures.

L. Reybaud.

Faire son deuil d’une chose

(Delvau, 1867) : La considérer comme perdue, s’en passer, — dans l’argot du peuple.

Faire son devoir

(Delvau, 1864) : Employé dans un sens obscène pour faire l’acte vénérien.

Et si l’époux avait fait son devoir.

Cl. Marot.

Il y vint tout apprêté en chemise pour faire son devoir.

Brantôme.

Quand le mari fut couché et qu’il eut fait son devoir.

Tallemant des Réaux.

Faire son étroite

(Delvau, 1864) : Faire la dégoûtée, en parlant d’une femme à qui un homme propose de la baiser.

…Homme de qui la femme…
Fait l’étroite avec lui, même lorsqu’elle est large.

L. Protat.

Faire son gaz

(Larchey, 1865) : Aller à la garde-robe (Dict. d’Argot, 1827).

Faire son joseph

(Delvau, 1864) : Résister aux avances d’une femme, comme le fils aîné de Jacob à madame Putiphar.

Faire son michaud

(Delvau, 1867) : v. a. Dormir, — dans le même argot [du peuple].

Faire son palais-royal

(Delvau, 1864) : Se promener dans les galeries du Palais-Royal pour y raccrocher des hommes, — ce qui avait lieu surtout lorsque le Palais-Royal était un immense bordel où se donnaient rendez-vous, pour jouir, les membres virils des cinq parties du monde.

De tous les points de Paris une fille de joie accourait faire son Palais-Royal.

H. De Balzac.

Faire son temps

(Delvau, 1867) : v. a. Rester en prison ou au bagne pendant un nombre déterminé de mois ou d’années, à l’expiration duquel on est libre. — Se dit aussi du Service militaire auquel on est astreint lorsqu’on est tombé à la conscription.

Faire suer

(Bras-de-Fer, 1829) : Tuer.

(Larchey, 1865) : Assassiner. — Mot à mot : Faire suer du sang. — V. Chêne.

(Delvau, 1867) : v. a. Tuer. — dans l’argot des escarpes, qui d’un coup de surin, procurent immédiatement à un homme des sueurs de sang. — Faire suer un chêne. Tuer un homme.

(Virmaître, 1894) : Faire suer une affaire, lui faire rendre l’impossible. Faire suer, expression employée par les cuisiniers pour faire revenir certaines viandes très légèrement dans la casserole. Dire à quelqu’un : Vous me faites suer, signifie : Vous m’embêtez (Argot du peuple).

Faire suer le chêne

(Bras-de-Fer, 1829) : Assassiner.

(Virmaître, 1894) : Tuer un homme (Argot des voleurs).

(Hayard, 1907) : Tuer quelqu’un.

Faire suer un chêne

(Clémens, 1840) : Assassiner un homme.

(M.D., 1844) : Assassiner un homme.

Faire suisse

(Virmaître, 1894) : Ouvrier qui boit seul et ne fraternise jamais avec ses camarades (Argot du peuple). V. Ours.

Faire Suisse

(Rossignol, 1901) : Boire seul.

Faire suisse

(Hayard, 1907) : Boire seul.

Faire tête-bêche

(Delvau, 1864) : Se placer mutuellement de façon que la pine de l’homme soit à la hauteur de la bouche de la femme qui la suce, et que le con de la femme soit à la hauteur de la langue de l’homme qui s’y introduit. De même, naturellement, entre tribades qui veulent jouir ensemble.

A leurs côtés j’entends
Des cris intermittents ;
Géraudon et Tautin
Font tête-bêche un repas clandestin.

J. Duflot.

Mais, parfois, quand il trouve une motte bien fraîche,
Ce qu’il aime avant tout, c’est faire tête-bêche.

L. Protat.

Faire tomber le rouge

(Delvau, 1867) : Avoir l’inconvénient de la bouche — dans l’argot des comédiens, à qui l’émotion inséparable donne souvent cette infirmité passagère.

Faire tout

(Delvau, 1864) : Ce qu’une fille qui raccroche un homme dans la rue lui promet de faire quand ils seront seuls dans une chambre du bordel ; cela consiste à se mettre nue, à le branler, à le sucer, etc., etc.

J’te collerai cent sous… Mais tu m’f’ras tout !

Lemercier de Neuville.

Faire trêve du cul

(Delvau, 1864) : S’arrêter dans l’acte vénérien.

Pourquoi fais-tu, dit la garce affolée,
Trêve du cul ?

Régnier.

La garce après maintes secousses,
Lui dit : Faisons trêve du cu.

Théophile.

Faire un cran

(Larchey, 1865) : Tenir bonne note d’une chose.

Faire un dieu de son ventre

(Delvau, 1867) : v. a. Ne songer qu’à bien manger et à bien boire, — dans l’argot des bourgeois.

Faire un homme

(Delvau, 1864) : Jeter son hameçon dans une foule masculine, au Casino ou ailleurs, et le retirer avec un goujon au bout.

Les lorettes ne vont pas dans les réunions publiques pour autre chose que pour faire des hommes.

Seigneurgens.

(Delvau, 1867) : v. n. Se faire emmener du bal par un noble inconnu, coiffeur ou banquier. Argot des petites dames.

(Virmaître, 1894) : Action de lever au bal ou ailleurs un individu à la recherche d’une bonne ou d’une mauvaise fortune, à l’heure, à la course ou à la nuit (Argot des filles).

(Rossignol, 1901) : Une prostituée fait un homme lorsqu’elle va avec lui quelques minutes, soit chez elle, soit en hôtel.

Faire un loup

(Rossignol, 1901) : Un ouvrier qui a mal débité son bois pour fabriquer un meuble a fait un loup.

Faire un miche

(Halbert, 1849) : Attraper un simple.

Faire un peigne, faire le peigne

(Rigaud, 1881) : Prendre la clef des champs, — dans l’ancien jargon du peuple. Peigne ou pigne, signifie clef.

Faire un pli (ne pas)

(Delvau, 1867) : Aller tout seul, — dans l’argot du peuple.

Faire un poulain

(Rigaud, 1881) : Tomber de cheval, — dans le jargon des régiments de cavalerie ; jeu de mot hippique ; c’est-à-dire : mettre bas son cavalier.

Faire un revers

(Rigaud, 1881) : Tricher entre grecs, faute de mieux. La lutte s’engage, ordinairement, dans les villes d’eaux entre grecs du Midi et grecs du Nord qui se détestent et se font une grande concurrence. Naturellement l’un d’eux, le plus souvent un grec de première année, ignore à qui il a affaire. Au lieu d’une dupe facile à plumer, il trouve son maître, un vieux professeur aussi rompu aux tricheries que Mithridate aux poisons.

Faire un rigolo

(Virmaître, 1894) : Vol identique à celui que l’on nomme l’embrassade. L’homme volé n’a guère envie de rigoler et ne trouve pas rigolo le vol dont il est victime (Argot des voleurs).

Faire un serpent

(Rigaud, 1881) : Courir dans la cour de récréation en se tenant à la queue leu-leu, — dans le jargon des collégiens. (L. Larchey)

Faire un tassement

(Delvau, 1867) : v. a. Boire un verre de cognac ou de madère au milieu d’un repas, — dans l’argot des bohèmes. On dit aussi Faire un trou.

Faire un trou

(Larchey, 1865) : Prendre un verre d’eau-de-vie au milieu du repas, pour précipiter la digestion, faire un trou destiné à l’ingestion de nouveaux aliments.

Faire un trou à la lune

(Larchey, 1865) : Décamper par un trou à la clarté de la lune.

Mazarin a fait un trou à la lune, comme font ordinairement les larrons.

Le Ministre fugitif, Paris, 1651.

(Delvau, 1867) : Faire faillite, enlever la caisse de son patron et se réfugier en Belgique. Argot du peuple.

Faire un trou dans la lune

(Virmaître, 1894) : Faire banqueroute (Argot du peuple).

Faire une affaire

(Clémens, 1840) : Commettre un vol.

Faire une belle jambe

(Delvau, 1867) : Ne servir à rien, — dans l’argot du peuple, qui emploie cette expression ironiquement et à propos de n’importe quoi. Ça lui fait une belle jambe ! La « Belle Heaulmière » de François Villon disait dans le même sens : J’en suis bien plus grasse !

Faire une cavalcade

(Delvau, 1864) : La femme sur le dos et le vit dans le con, l’homme, au lieu de rester entre les cuisses de la dame, les serre l’une contre l’autre afin de jouir davantage et passe ses genoux par-dessus elle, comme s’il allait à cheval.

Ça fait des manières, un porte-maillot comme ça !… et qui en a vu, des cavalcades !

Gavarni.

Faire une commission

(Delvau, 1867) : v. a. Levare ventris onus, — dans l’argot des bourgeoises.

Faire une conquête

(Delvau, 1864) : Débaucher une femme, une fille ; l’emmener coucher.

Faire une coquille de Bergerac

(Delvau, 1867) : v. a. Se dit, — dans l’argot des tailleurs, quand un ouvrier a fait une pièce dont les pointes de collet ou de revers, au lieu de se courber en dessous, relèvent le nez en l’air et poignardent le ciel. C’est une plaisanterie de Gascon, maintenant parisiennée.

Faire une entrée de ballet

(Delvau, 1867) : v. a. Entrer quelque part sans saluer, — dans l’argot des bourgeois, amis des bienséances.

Faire une fausse couche

(Delvau, 1864) : Éjaculer en dormant, soit parce qu’on est couché sur le dos et que cette position vous met toujours en érection, soit parce qu’on a un songe libertin dans lequel on croit foutre réellement une femme.

.. Je bandais, et si fort, sur ma couche étendue,
Que j’en fis une fausse…

Louis Protat.

Faire une femme

(Delvau, 1864) : Distinguer parmi la foule, au bal ou au théâtre, une femme quelconque, qui vous porte à la peau, et l’emmener coucher.

En attendant, il a fait une femme superbe, dit un autre en voyant Rodolphe s’enfuir avec la danseuse.

Henry Murger.

— On dit aussi dans le même sens : Lever une femme.

(Delvau, 1867) : v. n. Nouer une intrigue amoureuse avec elle, — dans l’argot des étudiants.

Faire une fin

(Delvau, 1864) : Se marier. — Après avoir bien vécu, bien fait la noce, devenir épicier, maître de bordel et… cocu, comme X, Y et Z, que tout le monde connaît. — Ces dames font également une fin.

Quoique l’état ne manque pas
D’appas,
Foi de Margot, si ça ne reprend pas,
Je m’expatrie.
Ou bien je me marie ;
Il faut enfin
Que je fasse une fin.

F. Seré.

(Delvau, 1867) : v. n. Se marier, — dans l’argot des viveurs, qui finissent par où les gens rangés commencent, et qui ont lieu de s’en repentir.

Faire une grosse dépense

(Delvau, 1864) : Faire de suite un grand nombre de fois l’acte vénérien.

Le duc de Saux avait fait la nuit une grosse dépense avec Louise d’Arquien, fameuse courtisane.

(La France galante.)

Faire une heure

(Rigaud, 1881) : Dormir une heure, — dans le jargon du régiment. Mot à mot : faire une heure de sommeil. — Faire une sacrée heure, dormir longtemps.

Faire une maison entière

(Rigaud, 1881) : Assassiner tous les habitants d’une maison, et faire main basse sur tout ce qui s’y trouve, — dans le jargon des voleurs.

Faire une moulure

(Delvau, 1867) : v. a. Levare ventris onus, — dans l’argot des menuisiers.

Faire une pince au bonnet de grenadier

(Delvau, 1864) : Se dit des femmes qui, lorsqu’on les baise, se placent de façon à rendre l’introduction du membre moins facile et à faire supposer — aux imbéciles — qu’elles sont étroites.

V’là pourtant qu’un jeune vélite,
Malgré sa taille tout’ petite,
Un soir voulut en essayer.
A ses désirs je m’ prête
Mais je n’ perds pas la tête :
Pour qu’il n’y entr’ pas tout entier,
Je fis un’ pince — au bonnet d’ guernadier.

Henri Simon.

Faire une queue

(Rossignol, 1901) : Faire une infidélité à sa femme ou à sa maîtresse est lui faire une queue.

Faire une scène, un air

(Rigaud, 1881) : Faire réussir, souligner par des applaudissements un air, une scène, en terme de théâtre.

On peut faire tous les airs et presque tous les duos des Huguenots.

(Ch. de Boigne.)

Faire une tête (se)

(Delvau, 1867) : Se grimer d’une manière caractéristique, suivant le type du personnage à représenter. Argot des coulisses. Got, Mounet-Sully, Paulin Ménier excellent dans cet art difficile.

Faire une tête dans la filasse

(Halbert, 1849) : Aller se coucher.

Faire valser

(Larchey, 1865) : Accabler de coups.

Nous ferons valser les Prussiens.

Henry, Ch., 1838.

Faire venir l’eau à la bouche

(Delvau, 1864) : Donner soif de fouterie à une vierge où à un puceau, en faisant devant eux un tableau éloquent des béatitudes amoureuses.

Elle lui sait si bien représenter les douceurs de l’amour, avec des instructions et des naïvetés si plaidantes, qu’elle lui en fait venir l’eau à la bouche.

Mililot.

Faire venir le foutre à la bouche

(Delvau, 1864) : Mettre une femme ou un homme en appétit d’amour, en patinant l’une ou en polissonnant avec l’autre.

T’es bien monté… mâtin ! Ça vous fait venir la foutre à la bouche.

Lemercier de Neuville.

Faire vit qui dure

(Delvau, 1864) : Être avare de son sperme, ne le dépenser qu’à bon escient, avec sa propre femme ou avec celles des autres, mais sans furie, sans extravagance, en homme qui tient à jouir jusqu’aux confins extrêmes de l’âge mûr.

Puis sentant le bouillon monter
Et voulant fair’ vit qui dure,
Je me retrouve en posture,
Un’ chandelle où vous savez.

(Parnasse satyrique.)

Faire voir la feuille à l’envers

(Delvau, 1864) : Baiser une femme dans les bois, parce qu’étant sur le dos et levant les yeux au ciel elle ne peut apercevoir que le dessous des feuilles d’arbre.

Bientôt, par un doux badinage,
Il la jette sur le gazon.
— Ne fais pas, dit-il, la sauvage,
Jouis de la belle saison…
Ne faut-il pas, dans le bel âge
Voir un peu la feuille à l’envers ?

Rétif De La Bretonne.

Faire voir la lune

(Delvau, 1864) : Montrer son cul.

Parlez-moi d’une planète
Qu’on examine à l’œil nu
Chaque soir, me dit ma brune,
Si tu veux être discret,
Je te ferai voir la lune
A dada sur mon bidet.

A. Jacquemart.

Faire zague, zague

(Delvau, 1864) : Branler un homme.

Comtesse, empoigne-le par le milieu… La ! là !… à merveille ! Promène ta main d’un bout à l’autre, et serre-le-moi fort, de peur qu’il n’échappe… Fais zague, zague… Ah !…

La Popelinière.

Faire zizi, panpan

(Delvau, 1864) : Faire l’acte vénérien — si plein d’onomatopées.

Près d’Ève, Satan déguisé,
Avec deux mots fit sa conquête ;
En les prononçant, le rusé
Brandillait la queue et la tête.
Voici les deux mots du serpent :
Zizi, panpan.

Louis Festeau.

Faire, refaire au même

(Larchey, 1865) : Tromper.

Je me suis engagé tantôt, et les racoleurs qui croient m’avoir fait me retiennent.

Garde-moi le secret, brûle ma lettre ; je veux faire ces drôles-ci…

Rétif, 1776.

Les soldats s’imaginent toujours que les sergents majors les refont au même.

La Bédollière.

Fais (j’y)

(Rigaud, 1881) : Je le veux bien, — dans le jargon du peuple.

Fais mal (comme tu me) !

(Rigaud, 1881) : Comme tu me fais pitié avec tes raisonnements, comme tu m’agaces !

Faisan

(Fustier, 1889) : On appelle ainsi, dans le commerce parisien, des filous qui ont cette spécialité : exploiter des fonds de commerce qu’ils se repassent entre eux tous les trois mois, au moment de l’échéance des traites, soldant les marchandises qu’ils se sont procurées à crédit. Le faisan est proche parent du fouilleur. (V. ce mot.)

Certains inculpés, tels que Colson, ont joué le rôle de faisans.

(Droit, août, 1886.)

(La Rue, 1894) : Escroc qui solde les marchandises qu’il s’est procurées à crédit.

Faisander (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Vieillir, — dans l’argot des faubouriens, qui ne se font aucun scrupule d’assimiler l’homme au gibier. Ils disent aussi S’avarier.

Faisanderie

(Rossignol, 1901) : Escroquer de la marchandise est faire de la faisanderie.

Faisans

(Rossignol, 1901) : Escrocs qui font venir à crédit des marchandises qu’ils revendent au comptant, à des fusilleurs, meilleur marche que le prix d’achat. Voir Fusilleurs.

Faisant

(Delvau, 1867) : s. m. Camarade, copain, — dans l’argot du collège, où l’on éprouve le besoin d’avoir un second soi-même, un confident des premières joies et des premières douleurs, un ami qui fasse vos thèmes et de qui l’on fasse les billes et les confitures.

Faiseur

(d’Hautel, 1808) : C’est du bon faiseur. Se dit d’un ouvrage ou d’une chose quelconque faite par main de maître.

(Halbert, 1849) : Commerçant.

(Larchey, 1865) : « On entend par faiseur l’homme qui crée trop, qui tente cent affaires sans en réussir une seule, et rend souvent la confiance publique victime de ses entraînements. En général, le faiseur n’est point un malhonnête homme ; la preuve en est facile à déduire ; c’est un homme de travail, d’activité et d’illusions ; il est plus dangereux que coupable, il se trompe le premier en trompant autrui. » — Léo Lespès. On connaît la pièce de balzac, mercadet le faiseur. son succès a été tel, qu’elle a doté le mot faiseur d’un synonyme nouveau. on dit un mercadet. — pour vidocq, le faiseur n’est qu’un escroc et un chevalier d’industrie. — on dit aussi c’est un faiseur, d’un écrivain qui travaille plus pour son profit que pour sa gloire.

(Delvau, 1867) : s. m. Type essentiellement parisien, à double face comme Janus, moitié escroc et moitié brasseur d’affaires, Mercadet en haut et Robert Macaire en bas, justiciable de la police correctionnelle ici et gibier de Clichy là — coquin quand il échoue, et seulement audacieux quand il réussit. Argot des bourgeois.

(Rigaud, 1881) : Terme générique servant à qualifier tout commerçant qui brasse toutes sortes d’affaires, qui se jette à tort et à travers dans toutes sortes d’entreprises. — Exploiteur, banquiste raffiné. Le vrai faiseur trompe en général tout le monde ; il fait argent de tout ; un jour il est à la tête du pavage en guttapercha, le lendemain il a obtenu la concession des chemins de fer sous-marins ou celles des mines de pains à cacheter. Les gogos sont les vaches laitières des faiseurs. Dans la finance, ils sont les saltimbanques de la banque. Ils font des affaires comme au besoin ils feraient le mouchoir. Il existe des faiseurs dans tous les métiers qui touchent au commerce, à l’art, à l’industrie, à la finance.

Il a été dernièrement commandé à Lélioux un roman par un faiseur ; j’y travaille avec lui.

(H. Murger, Lettres.)

On a l’exemple de faiseurs parvenus à la fortune, à une très grande fortune : décorés, administrateurs de chemin de fer, députés, plusieurs fois millionnaires. Féroce alors pour ses anciens confrères, le faiseur les traite comme Je sous-officier qui a obtenu l’épaulette traite le soldat, comme traite ses servantes la domestique qui a épousé son maître.

(La Rue, 1894) : Exploiteur. Escroc.

(Hayard, 1907) : Escroc.

Faiseur d’œil

(Delvau, 1867) : s. m. Lovelace qui jette l’hameçon de son regard amorcé d’amour sur toutes les femmes qu’il suppose appelées à y mordre. L’expression est de Nestor Roqueplan.

Faiseurs

(Rossignol, 1901) : Voir faisans.

Faiseuse d’anges

(Rigaud, 1881) : Femme qui détermine des avortements. — Elle fait des anges pour le ciel.

(Fustier, 1889) : Nourrice qui, de propos délibéré, laisse mourir les enfants qu’on lui confie.

Fait

(d’Hautel, 1808) : C’est son fait. Pour c’est ce qui lui convient.
Prendre fait et cause de quelqu’un. Défendre ses intérêts comme les siens propres.

(Rossignol, 1901) : Arrêté. Celui qui a été arrêté a été fait.

Fait (le)

(Delvau, 1864) : L’acte vénérien.

Un mari goguelu,
Trouva sa femme sur le fait.

G. Coquillart.

Cela ne plut pas au valet,
Qui, les ayant pris sur le fait,
Vendiqua son bien de couchette.

La Fontaine.

Fait pas (ça n’y)

(Rigaud, 1881) : Ça n’y fait rien, — dans le jargon du peuple. — Ça n’y fait pas, nous sommes amis tout de même.

Fait soldat

(Rossignol, 1901) : Ne pas recevoir ce qui vous revient d’un vol. Un voleur est fait soldat lorsqu’il ne touche rien du produit d’un vol auquel il a participé.

Faites-la passer, qu’on la voie !

(Rigaud, 1881) : Locution particulière aux gommeux. — Dans un dîner, au bal, lorsqu’une femme fait sa tête, lorsqu’une femme vient de dire une grosse bêtise, ces messieurs ne manquent pas de s’écrier : Faites-la passer qu’on la voie ! comme s’il s’agissait d’un objet mis en vente sur la table des enchères à l’hôtel Drouot.

Faitré (être)

(Rigaud, 1881) : Être perdu, — dans le jargon des voleurs.

Fallophage

(Fustier, 1889) : Argot des savants. (V. Avale-tout.)

Falot

(Rigaud, 1881) : Képi d’ordonnance.

Falot (passer au)

(Merlin, 1888) : Voyez Tourniquet.

Falot (souffler son)

(Merlin, 1888) : Mourir.

Falourde

(Delvau, 1867) : s. f. Le double-six, — dans l’argot des joueurs de dominos. On l’appelle aussi le Bateau à charbon et l’Ami.

(Rigaud, 1881) : Double six d’un jeu de dominos.

(Rigaud, 1881) : Repris de justice, malfaiteur. — Falourde engourdie, cadavre d’un malfaiteur.

(Fustier, 1889) : Réclusionnaire. Argot des malfaiteurs.

Tous ces filous font partie d’une bande parfaitement organisée, embrigadée ; une véritable association avec ses chefs, ses banquiers, ses professeurs dont le maître suprême est un falourde répondant au surnom de Dragon.

(Temps, 1886.)

(La Rue, 1894) : Malfaiteur. Réclusionnaire. Forçat libéré. Falourde engourdie, cadavre.

(Rossignol, 1901) : Imbécile.

Falourde engourdie

(Clémens, 1840) : Cadavre.

(Delvau, 1867) : s. f. Cadavre, — dans l’argot des voyous.

(Virmaître, 1894) : Un cadavre. Allusion à la rigidité (Argot du peuple).

Falourdes

(d’Hautel, 1808) : Dire des falourdes. Gausser, bourder, débiter des mensonges et des gasconnades.
Cela vaut une falourde. Se dit quand on s’est échauffé par un exercice ou par un travail pénible auquel on n’est pas accoutumé.

Falzar

(Rigaud, 1881) : Cotte, pantalon de travail. Le falzar est le pantalon de toile que l’ouvrier met par-dessus son autre pantalon. Ce dernier est plus ordinairement désigné sous le nom de dalzar.

(Merlin, 1888) : Pantalon.

(Virmaître, 1894) : Pantalon (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Pantalon.

(Hayard, 1907) : Pantalon.

Fameux

(Delvau, 1867) : s. m. Homme solide de bras et de cœur, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Excellent, supérieur. Fameux vin, fameuse soupe.

Fameux, euse

(Delvau, 1867) : adj. Excessif, énorme, dans le sens péjoratif. Un fameux paillard. Un paillard consommé. Une fameuse bévue. Une bévue colossale.
Quelquefois aussi ce mot est employé dans le sens d’Excellent, en parlant des choses et des gens, et il n’est pas rare alors de l’entendre prononcer ainsi : P, h, a, pha, fameux ! C’est le nec plus ultra de l’admiration populaire.

Fanal

(Larchey, 1865) : Estomac. — Comparaison de l’estomac à une lanterne.

Ces deux dames se fourraient par le fanal Petit vin, superbe hareng.

Chansonnier, impr. Stahl.

Se bourrer le fanal de bouillon de rata.

Wado.

On dit de même : Mettre de l’huile dans la lampe.

(Delvau, 1867) : s. m. La gorge, — dans l’argot des faubouriens. S’éclairer le fanal. Boire un verre de vin ou d’eau-de-vie. On dit aussi Fanon, afin qu’aucune injure ne soit épargnée à l’homme par l’homme.

(Virmaître, 1894) : La gorge.
— Viens-tu nous arroser le fanal. L’ivrogne, en buvant son premier verre de vin, s’écrie :
— Place-toi bien, mon vieux, il y aura foule ce soir (Argot du peuple). N.

(Rossignol, 1901) : Ventre. Ne pas avoir de quoi manger est ne rien avoir à se mettre dans le fanal.

Fanal (le)

(Hayard, 1907) : La gorge, l’estomac.

Fanande, del

(Hayard, 1907) : Ami.

Fanandel

(anon., 1827) : Camarade.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Camarade.

(Bras-de-Fer, 1829) : Camarade.

(Delvau, 1867) : s. m. Frère, ami, compagnon, — dans l’argot des prisons. Grands fanandels. Association de malfaiteurs de la haute pègre, formée en 1816, « à la suite d’une paix qui mettait tant d’existences en question », d’après Honoré de Balzac.

(Rigaud, 1881) : Camarade, collègue en vol, — dans l’ancien argot. — Entre eux les voleurs se donnaient du fanandel, comme les hommes de lettres, les notaires, les avocats se traitent de « cher confrère, d’illustre et cher confrère. »

(La Rue, 1894) : Camarade de voleur. Tous les voleurs et les prisonniers sont fanandels.

(Virmaître, 1894) : Ami. Expression usitée dans les prisons (Argot des voleurs).

Fanandel, fanande

(Larchey, 1865) : « Ce mot de fanandel veut dire à la fois frères, amis, camarades. Tous les voleurs, les forçats, les prisonniers sont fanandels. »

Balzac.

Fanaudel

(Halbert, 1849) : Camarade.

Fane (le verre se)

(Rigaud, 1881) : Le verre est vide ; et, par abréviation, il se fane, en désignant un verre vide. Les ivrognes poétiques comparent le verre à une fleur que la sécheresse fane.

Fanfan

(d’Hautel, 1808) : Terme d’amitié que l’on donne aux enfans. On dit aussi ironiquement d’un homme simple, niais, stupide, que c’est un grand fanfan.

(Delvau, 1867) : s. f. Jeune fille, — dans l’argot du peuple, qui a parfois la parole caressante, s’il a la main rude. Se dit aussi d’un enfant quelconque.

Fanfan Benoiton

(Delvau, 1867) : s. m. Petit garçon de manières et d’un langage au-dessus de son âge, — dans l’argot des gens de lettres, par allusion au petit personnage de la comédie de M. Victorien Sardou (1865-1866). C’est le pendant de Fouyou.

Fanfarer

(Delvau, 1867) : v. n. et a. Faire des réclames à une pièce ou à un livre, à une danseuse ou à un chien savant, — dans l’argot des gens de lettres.

Fanfe

(Delvau, 1867) : s. f. Tabatière, — dans l’argot des voleurs. On dit aussi Fonfe.

(La Rue, 1894) : Tabatière.

(Virmaître, 1894) : Tabatière (Argot des voleurs).

Fanfe, Fonfière

(Rigaud, 1881) : Tabatière. — Fanfouiner, priser, fanfouineur, priseur ; fanfouineuse, priseuse.

Fanffe

(Larchey, 1865) : Tabatière (Vidocq). — Fanfouiner : Priser. — Onomatopée qui rend assez bien le bruit produit par l’aspiration du tabac dans les narines. Fanfouineur : Priseur.

Fanfouiner

(Delvau, 1867) : v. n. Priser, — dans l’argot dos voyous.

Fanfouineur

(Delvau, 1867) : s. m. Priseur.

Fanfreluche

(d’Hautel, 1808) : Pretintaille, ornement vain et futile qui servent à la parure des femmes.

Fantaboche

(Virmaître, 1894) : Fantassin (Argot du peuple).

Fantabosse

(Rigaud, 1881) : Dans les régiments, on ne désigne pas autrement les troupiers n’ayant pas d’éperons. Fantabosse ou fente à bosse est un aimable jeu de mots pour dire fantassin : fente à sein, un jeu de mots de la force de quatre hommes et d’un caporal.

(Merlin, 1888) : Fantassin.

(Rossignol, 1901) : Soldat d’infanterie.

Fantaisie

(Delvau, 1867) : s. f. Caprice amoureux, — dans l’argot de Breda-Street, où l’on est très fantaisiste.

Fantaisie (faire)

(Rigaud, 1881) : N’être pas habillé suivant l’ordonnance, — dans le jargon des troupiers.

Fantaisie sur la tringle

(Virmaître, 1894) : V. Bataille des Jésuites. N.

Fantaisien

(Rigaud, 1881) : Commis en nouveautés chargé de la vente de l’article fantaisie.

Fantaisies

(d’Hautel, 1808) : Il a autant de fantaisies qu’un chat a de puces. Se dit d’un enfant, d’un homme ou d’une femme sujets à toutes sortes de caprices.

Fantaisisme

(Delvau, 1867) : s. m. École littéraire antagoniste du Réalisme. C’est le dévergondage à la quinzième puissance, c’est l’extravagance chauffée à une douzaine atmosphères. La littérature d’autrefois a connu cette infirmité de l’esprit, cette maladie de l’imagination, mais à l’état d’exception ; la littérature d’aujourd’hui a moins de santé, mais il faut espérer qu’elle n’en mourra pas.

Fantaisiste

(Delvau, 1867) : s. et adj. Écrivain pyrotechnicien, plus fier de parler aux yeux que de s’adresser à l’esprit, plus amoureux des fulgurants effets de style que bon observateur des règles du bien dire, et, comme tel, destiné à durer autant qu’un feu d’artifice : fusées tombées, fusées mortes !

Fantasboche

(Fustier, 1889) : Fantassin.

Fantasia

(Delvau, 1867) : s. f. Caprice, lubie, fantaisie, — dans l’argot du peuple.

Fantasia (faire)

(Merlin, 1888) : Porter des effets de fantaisie et contraires à l’ordonnance.

Fantasque

(d’Hautel, 1808) : Il est fantasque comme une mule. Pour il a l’humeur inconstante, volage et capricieuse.

Fantassin

(Rigaud, 1881) : Traversin, — dans le jargon des soldats de cavalerie ; par allusion à la petite taille des fantassins.

Fantassin (faire le)

(Merlin, 1888) : Expression familière aux cavaliers pour désigner un camarade qui simule l’ivresse.

Fantôme

(d’Hautel, 1808) : C’est un véritable fantôme. Se dit d’une personne qui a perdu son embonpoint, qui est maigre et décharnée.

Faquin

(d’Hautel, 1808) : Faire le faquin. Faire le fier, l’arrogant, le hautain. On dit aussi d’un homme qui, contre son habitude, est proprement vêtu, qu’il est faquin.

Faquinerie

(d’Hautel, 1808) : Sottise, fanfaronnade, hâblerie ; petitesse d’ame, de jugement et d’esprit.

Far-Far

(Delvau, 1867) : adv. Vite, promptement, — dans l’argot des voleurs.

Faraud

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Monsieur comme il faut.

(Halbert, 1849) : Monsieur.

(Delvau, 1864) : Amant de cœur, maquereau.

Monsieur, il faut vous déclarer
Que c’est une femme effrontée.
Qui fit assassiner son homme
Par son faraud…

dit l’auteur de la chanson sur le supplice de la Lescombat.

(Delvau, 1867) : s. m. Monsieur, — dans l’argot des voleurs et du peuple, qui ont remarqué que les messieurs avaient assez ordinairement l’air fiérot. A signifié aussi, à l’origine, souteneur de filles, comme le prouvent ces vers cités par rancisque Michel :

Monsieur, faut vous déclarer
Que c’est une femme effrontée
Qui fit son homme assassiner
Par son faraud…

Faire son faraud. Se donner des airs de gandin quand on est simple garçon tailleur, ou s’endimancher en bourgeois quand on est ouvrier.

(Rigaud, 1881) : Monsieur, — dans l’ancien argot. — En patois provençal, faraud désigne un homme bien mis. — Faraude, faraudesse, madame. — Faraudette, mademoiselle.

(La Rue, 1894) : Monsieur. Faraudec, mademoiselle. Faraudène, madame.

Faraude

(anon., 1827) : Madame, mademoiselle.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Une dame ou demoiselle.

(Bras-de-Fer, 1829) : Madame, mademoiselle.

(Halbert, 1849) : Madame ou mademoiselle.

Faraudec

(Delvau, 1867) : s. f. Mademoiselle, — dans l’argot des voleurs.

(Virmaître, 1894) : Mademoiselle. Ce mot vient de faraude ; c’est un simple changement de finale (Argot des voleurs).

Faraudene

(Virmaître, 1894) : Madame (Argot des voleurs).

Faraudène

(Delvau, 1867) : s. f. Madame, — dans l’argot des voleurs, qui disaient autrefois faraude.

Farce

(d’Hautel, 1808) : Être le dindon d’une farce. Être dupé dans une affaire, en supporter toutes les charges sans en avoir eu les bénéfices.
Faire ses farces. Se divertir, faire ses fredaines, s’amuser aux dépens de quelqu’un.
Voilà encore de ses farces. Pour voilà un tour de sa façon.
Tirez le rideau, la farce est jouée. Pour dire que le tour que l’on vouloit jouer a réussi ; qu’une affaire est terminée.
On dit aussi d’une personne qui trouve à redire à tout ; d’une chose ridicule ou plaisante : Il est farce celui-là. C’est farce.

(Larchey, 1865) : Comique.

C’est farce ! Mais vous faites de moi ce que vous voulez.

E. Sue.

(Delvau, 1867) : adj. Amusant, grotesque, — dans l’argot du peuple. Chose farce. Chose amusante. Homme farce. Homme grotesque. Être farce. Avoir le caractère joyeux ; être ridicule.

(Delvau, 1867) : s. f. Plaisanterie en paroles ou en action, — dans l’argot du peuple, qui a été souvent la victime de farces sérieuses de la part de farceurs sinistres.

Farces

(Larchey, 1865) : Infidélités galantes.

On ne peut pas faire de farces à sa Nini… v’là ce qui v vous chiffonne.

Gavarni.

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Actions plus ou moins répréhensibles, justiciables de la Morale ou de la Police correctionnelle. Faire des farces. Faire des dupes ; tromper des actionnaires par des dividendes fallacieux. Avoir fait ses farces. Avoir eu beaucoup de maîtresses ou un grand nombre d’amants.

Farceur

(d’Hautel, 1808) : Un farceur. Un gros farceur. Momus sans grace, sans finesse, sans légèreté ; réjoui bontemps ; homme grossièrement badin et folâtre.

(Larchey, 1865) : Homme sur lequel on ne peut compter.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme d’une moralité équivoque, qui jongle avec les choses les plus sacrées et se joue des sentiments les plus respectables ; débiteur qui restera toujours volontairement insolvable ; amant qui exploitera toujours la crédulité — et la bourse — de ses maîtresses, etc., etc.

Farceuse

(Delvau, 1864) : Gourgandine, femme dont, le métier est de faire des farces aux hommes, c’est-à-dire de prendre leur argent et leur queue, et de se foutre d’eux après en avoir été foutue.

(Larchey, 1865) : Femme galante.

Lorsqu’une farceuse voudra me séduire, je lui dirai : Impossible !

Amours de Mahieu, chanson, 1832.

(Delvau, 1867) : s. f. Femme ou fille qui ne prend au sérieux rien ou personne, pas plus l’amour que la vertu, pas plus les hommes que les femmes, et qui se dit, comme Louis XV : « Après moi le déluge ! »

Farcher dans le point

(Halbert, 1849) : Tomber dans un piége.

Farcher dans le pont

(Virmaître, 1894) : Tomber dans un piège tendu par les agents (Argot des voleurs).

Farcher, Faucher dans le pont

(Rigaud, 1881) : Tomber dans un piège. Mot à mot : couper dans le pont.

Farcir

(d’Hautel, 1808) : Il est farci de grec et de latin. Se dit par raillerie d’un homme qui fait à tout moment des citations dans ces langues, devant des personnes qui ne les entendent pas.
Se farcir le ventre. Se remplir le ventre de toutes sortes de bonnes choses. Vivre en franc épicurien.

Farcy (la)

(Delvau, 1864) : Nom d’une maîtresse de bordel très connue à Paris, et qui n’a dans son troupeau que de très belles putains.

Je vous aime ainsi, divine salope
La Farcy n’a pas de telles Vénus.

Anonyme.

Fard

(d’Hautel, 1808) : Le jaune est le fard des brunes. Pour dire que cette couleur convient à leur teint, et les pare agréablement.
Un homme sans fard. Homme franc et sans détour.

(Delvau, 1867) : s. m. Mensonge, broderie ajoutée à un récit, — dans l’argot du peuple. Sans fard. De bonne foi.

(Delvau, 1867) : s. m. Rougeur naturelle du visage. Avoir un coup de fard. Rougir subitement, sous le coup d’une émotion ou de l’ébriété.

Farder

(d’Hautel, 1808) : Déguiser, cacher sa façon de penser.
Temps pommelé, pomme ridée, femme fardée, ne sont pas de longue durée.

Farder (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Se griser, — par allusion aux rougeurs que l’ivresse amène sur le visage en congestionnant le cerveau.

Farfadet

(d’Hautel, 1808) : Nom injurieux que l’on donne à un sot, un petit maître, un fat ; à un homme dont l’humeur est fière et hautaine.

(Delvau, 1864) : Nom qu’on donnait au XVIIIe siècle à une variété de maquereaux ; témoin ce passage du Colporteur de Chevrier :

Croirait-on que quand ce guerluchon ne suffit pas, il est dupé lui-même par une troisième espèce appelée farfadet ?

Voir Milord Pot-au-feu.

Farfouillard pour farfouilleur

(Virmaître, 1894) : Individu obstiné et méticuleux qui cherche sans cesse ce qu’il ne trouve jamais, excepté quand il farfouille les poches d’un homme cossu. On dit également ; il cherche la petite-bête. (Argot du peuple).

Farfouiller

(d’Hautel, 1808) : Éparpiller ; mettre tout en désordre pour chercher quelque chose ; manier avec indiscrétion.

(Delvau, 1867) : v. n. Chercher quelque chose avec la main, remuer tout pour le trouver. Argot du peuple.

(Rossignol, 1901) : Chercher. Celui qui se met le doigt dans les narines se farfouille dans l’nez.

Farfouiller dans le tympan (se le)

(Rigaud, 1881) : Se communiquer quelque chose. — Qu’on se le farfouille dans le tympan, qu’on se le communique.

Farfouiller dans les buissons

(Rigaud, 1881) : Invoquer Vénus polyglotte.

Farfouiller dans ses esgourdes (se)

(Virmaître, 1894) : Nettoyer ses oreilles pour en enlever les mucosités (Argot du peuple).

Farfouiller une femme

(Delvau, 1864) : La baiser, ou quelquefois la peloter seulement.

Il était las de baiser, manier, fouiller et farfouiller.

Mililot.

Comme celle qui disait que Claude lui avait farfouillé dans son cul de devant.

(Moyen de parvenir.)

Farfouilleur

(Delvau, 1867) : adj. et s. Homme qui se plaît, comme Tartufe, à s’approcher plus qu’il ne convient des robes des femmes, afin de s’assurer que l’étoffe en est moelleuse.

Fargné (être)

(La Rue, 1894) : Être muni, pourvu.

Fargue

(Larchey, 1865) : Charge. — Farguer : Charger. V. Escracher. — Fargueur : Témoin à charge.

(Delvau, 1867) : s. f. Charge, poids, — dans l’argot des voleurs, qui doivent avoir emprunté cette expression aux marins.

(Rigaud, 1881) : Charge contre un accusé. — Farguement, témoignage à charge. — Rougeur causée par la honte.

(La Rue, 1894) : Charge contre un accusé.

Fargué

(Clémens, 1840) : Plein.

(M.D., 1844) : Rougir.

(Rossignol, 1901) : Être porteur d’un paquet ou fardeau quelconque.

Fargue (être)

(Halbert, 1849) : Être muni.

Farguement

(Delvau, 1867) : s. m. Chargement.

Farguer

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Devenir rouge.

(un détenu, 1846) : Rougir, rouge qui monte au front.

(Halbert, 1849) : Rougir.

(Delvau, 1867) : v. a. Charger. Signifie aussi Rougir.

(Rigaud, 1881) : Rougir. — Charger devant la justice. Fargueur, témoin à charge.

(La Rue, 1894) : Rougir. Charger devant la justice. Avouer.

(Virmaître, 1894) : Rougir (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Charger. Un témoin à charge qui dépose contre un voleur le fargue. Un voleur est fargué par son complice lorsque celui-ci l’accuse. Le ministère public fargue un accusé, et l’accusé fargue (rougit) en entendant ce dont en l’accuse.

(Rossignol, 1901) : Rougir.

(Hayard, 1907) : Rougir.

Fargueur

(Delvau, 1867) : s. m. Chargeur.

Faribole

(d’Hautel, 1808) : Goguettes, plaisanteries, sornettes.
Un conteur de fariboles. Homme vain, frivole et léger ; qui n’a que des fadaises à la bouche.

(Delvau, 1867) : s. f. Farce, plaisanterie, gaminerie, — dans l’argot du peuple. Signifie aussi : Chose sans importance, objet de peu de valeur. On disait autrefois et on dit encore quelquefois Falibourde.

Faridon

(Rigaud, 1881) : Misère. — Être à la faridon, être sans le sou, — dans le jargon des voyous.

J’peux pas t’camionner à la Reine-Blanche, j’suis c’soir à la faridon.

(Journal des Abrutis, du 10 oct. 1878.)

(La Rue, 1894) : Misère, dénûment.

Faridon (être à la)

(Hayard, 1907) : Être malheureux.

Faridondaine (être à la)

(Virmaître, 1894) : Être dans la purée la plus complète. Par abréviation, on dit être à la faridon (Argot du peuple).

Farine

(d’Hautel, 1808) : Soit en son ou en farine, il faut toujours payer. Signifie que de quelque manière que l’on s’arrange dans un marché, il faut toujours finir par payer.
On dit d’une femme qui, sur le retour, fait la précieuse et la renchérie, qu’après avoir donné la farine, elle veut vendre le son.
Jean farine ; c’est un Jean farine.
Cette manière de parler déguise un mot fort grossier dont l’usage est très fréquent parmi le peuple.

Farineux

(Delvau, 1867) : adj. Excellent parfait, — dans l’argot des faubouriens, pour qui il n’y a rien au-dessus du pain, si ce n’est la brioche.

Farot

(anon., 1827) : Monsieur.

(Bras-de-Fer, 1829) : Monsieur.

Farre

(Larchey, 1865) : Vite.

Farre, farre, la marcandière, car nous serions béquillés.

Vidocq.

Faste-en-poil

(Rigaud, 1881) : Jardin du Luxembourg. Jeu de mots par synonymie. — Faire son petit ourson au faste-en-poil, faire son ourson au faste-en-poil, faire son petit tour, faire son tour au Luxembourg, — dans l’argot des Écoles.

Fatigue

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Travail des forçats.

(Delvau, 1867) : s. f. Le travail du bagne.

Fatiguer

(Delvau, 1867) : v. n. et act. Salir un livre à force de le consulter, — dans l’argot des relieurs.

Faubert

(Rigaud, 1881) : Épaulette, — dans le jargon des soldats d’infanterie de marine. Allusion aux fauberts, paquets de ficelles qui servent à éponger les navires.

Faubourg

(d’Hautel, 1808) : Il est bien de son faubourg, celui-là. Se dit par ironie d’un homme qui ignore les choses les plus naturelles ; qui est d’une grande simplicité, ou qui fait des propositions qu’on ne peut accepter.

(Rigaud, 1881) : Derrière, dans le jargon du peuple. — Détruire le faubourg, donner des coups de pieds au derrière.

Si vous ne me payez pas, je vous ficherai une couleur sur la figure, je vous détruirai le faubourg à coups de botte.

(Huysmans, les Sœurs Vatard.)

Faubourg (le)

(Rigaud, 1881) : Le faubourg Saint-Antoine, et, plus démocratiquement, le faubourg Antoine, le faubourg par excellence. — Le noble faubourg, le faubourg Saint-Germain.

Faubourg souffrant

(Rigaud, 1881) : Arrondissement où réside la population indigente de Paris. Le douzième arrondissement avait primitivement reçu ce surnom.

Faubourien

(Larchey, 1865) : Ouvrier des faubourgs de Palis.

Ces combats que la jeunesse dorée livrait non sans succès aux farouches faubouriens, aux septembriseurs endurcis.

Roqueplan.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme mal élevé, grossier, dans l’argot des bourgeois, qui voudraient bien être un peu plus respectés du peuple qu’ils ne le sont.

Fauchans

(Clémens, 1840) : Paire de ciseaux, on dit aussi un sabre fauchant.

Fauchant un gonce

(Clémens, 1840) : Tuant un homme.

Fauchant, faucheux

(Larchey, 1865) : Ciseaux (Vidocq). — Les ciseaux fauchent. — Fauche-ardent : Mouchettes. — Mot à mot : coupe-lumière.

Fauchante

(Clémens, 1840) : Scie.

Fauchants

(Halbert, 1849) : Ciseaux.

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Ciseaux, — dans l’argot des voleurs. Ils disent aussi Faucheux.

(La Rue, 1894) : Ciseaux.

(Virmaître, 1894) : Les ciseaux (Argot des voleurs).

(Hayard, 1907) : Ciseaux.

Fauchants, Faucheux

(Rigaud, 1881) : Ciseaux, — dans l’ancien argot.

Fauché

(La Rue, 1894) : Pauvre.

(Virmaître, 1894) : Guillotiné. Par allusion au supplicié qui est sans tête, on dit d’un homme sans le sou, qui n’a pas de faces dans ses poches :
— Il est fauché (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Celui qui perd tout son argent au jeu s’est fait faucher. Fauché veut aussi dire ne plus rien posséder.

(Hayard, 1907) : Sans le sou.

Fauché (être)

(Halbert, 1849) : Être mis à mort.

(Delvau, 1867) : Être guillotiné au bagne.

Fauche-ardant

(Rigaud, 1881) : Mouchettes, — dans l’ancien argot.

Fauche-ardent

(Delvau, 1867) : s. m. Mouchettes, — dans l’argot des voleurs.

Fauche-ardents

(Virmaître, 1894) : Les mouchettes. Les mouchettes coupent, en effet, la mèche de la chandelle (Argot des voleurs).

Fauchemann

(Virmaître, 1894) : Fauché.
— Je suis fauchemann (Argot des souteneurs). N.

Faucher

(d’Hautel, 1808) : Faucher le grand pré. Ramer sur les galères ; faire le métier de galérien.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Couper. Être fauché, être guillotiné. Faucher le pré, être aux galères.

(Bras-de-Fer, 1829) : Guillotiner.

(Clémens, 1840) : Couper.

(M.D., 1844) : Guillotiner.

(un détenu, 1846) : Tuer, guillotiner.

(Larchey, 1865) : Couper.

Faucher, dans leur langage veut dire l’exécution de la peine de mort.

Balzac.

V. Colas. Terrer. — Faucher dans le pont : Couper dans le pont. V. ce mot. — Faucheur : Voleur coupant (fauchant) les chaînes de montre. — Faucheur : Bourreau.

(Delvau, 1867) : v. a. Couper, — dans le même argot [des voleurs], où on emploie ce verbe au propre et au figuré. Faucher le colas. Couper le cou. Faucher dans le pont. Donner aveuglément dans un piège. Faucher le grand pré. Être au bagne.

(Rigaud, 1881) : Guillotiner. — Couper. — Faucher le grand pré, être aux galères, — dans l’ancien argot.

(Rigaud, 1881) : Tromper ; voler, — dans l’argot des camelots et des truqueurs. Le mec est fauché, l’individu est dépouillé.

(La Rue, 1894) : Guillotiner. Couper. Tromper, voler. Être au bagne.

(Rossignol, 1901) : Guillotiner. Un supplicié a été fauché.

(Rossignol, 1901) : Voler.

Faucher le colas

(Clémens, 1840) : Couper le col.

Faucher le persil

(Delvau, 1867) : v. a. Se promener, en toilette « esbroufiante », sur les trottoirs les plus et les mieux fréquentés. Argot des filles et de leurs souteneurs. On dit aussi Cueillir le persil, Aller au persil, et Persiller.

Faucher les brèmes

(Clémens, 1840) : Préparer un jeu de cartes propre à tromper.

Faucher les douilles

(Clémens, 1840) : Couper les cheveux.

Faucher une valade

(Clémens, 1840) : Couper une poche.

Faucheur

(Bras-de-Fer, 1829) : Bourreau.

(Halbert, 1849) : Bourreau.

(Delvau, 1867) : s. m. Le bourreau, — dans l’argot des prisons où l’allégorie du Temps est une sinistre réalité.

(Rigaud, 1881) : Bourreau. — Coupe-bourse, — dans l’ancien argot. — La faucheuse, la guillotine, — dans l’argot moderne.

(Fustier, 1889) : Type de l’homme à la mode qui a fleuri en l’an de grâce 1885. Ça a été le successeur du grelotteux.

Paris a eu ses dandys, ses lions, ses gommeux, ses pschutteux. Il a maintenant un type nouveau qui s’appelle le faucheur. Le faucheur est cet individu, situé entre vingt et vingt-cinq ans, que vous rencontrez sur les boulevards une canne à la main et qui représente à vos yeux la quintessence du chic parisien. Le faucheur est ainsi nommé à cause de sa façon de marcher et surtout de porter sa canne. Il la tient par le petit bout, laissant traîner la pomme à terre ; le bras droit qui se balance énergiquement de gauche à droite ou bien du nord-ouest au sud-est, rappelle l’allure des gens de la campagne fauchant les blés murs et les foins odorants. De là le sobriquet.

(Figaro, 1885.)

(Virmaître, 1894) : Le bourreau (Argot des voleurs).

Faucheur (le)

(Hayard, 1907) : Le bourreau.

Faucheux

(d’Hautel, 1808) : Espèce d’araignée qui a le corps petit et les jambes fort grandes.
Beaucoup de personnes croyent bien parler, en appelant cet insecte faucheur, mais c’est à tort ; il faut dire faucheux.
Un faucheur
est l’ouvrier qui fauche, qui coupe les foins.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme à jambes longues et grêles comme les pattes du Phalangium, — dans l’argot du peuple, qui ne laisse passer devant lui aucune infirmité grave ou légère, sans la saluer d’une injure ou tout au moins d’une épigramme.

Faucheux (des)

(M.D., 1844) : Des ciseaux.

Fauchure

(Delvau, 1867) : s. f. Coupure.

Faucille

(d’Hautel, 1808) : Droit comme une faucille. Antithèse, pour dire que quelque chose n’est rien moins que droit.
Avoir les jambes en faucille. C’est-à-dire, être bancal ; avoir les jambes contrefaites

Fauconnier

(Fustier, 1889) : ou mieux Grec Fauconnier. Grec qui taille des banques pour le compte d’un gérant ou d’un président de cercle véreux.

Fauf

(M.D., 1844) : Tabatière.

Fauffe

(Clémens, 1840) : Tabatière.

(Halbert, 1849) : Tabatière.

Faufiler

(d’Hautel, 1808) : Se faufiler dans une compagnie ; dans un entretien ; dans une affaire. S’y glisser finement ; s’y introduire par subtilité, et sans y être appelé ; parvenir dans un emploi, à force de soumissions et de bassesses.

Faussante (une)

(Halbert, 1849) : Un faux nom.

Fausse couche

(Virmaître, 1894) : Homme petit, chétif, qui n’a pas été terminé. Terme de mépris employé dans les ateliers (Argot du peuple). V. Avorton.

Fausse-couche

(Delvau, 1867) : s. f. Homme raté, sans courage, sans vertu, sans talent, sans quoi que ce soit, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Avorton, individu débile, — dans le jargon du peuple.

Fausse-manche

(Rigaud, 1881) : Sorte de blouse en grosse toile bleue que portent à l’étude les élèves de l’école de Saint-Cyr. (Saint-Patrice.)

Faute

(d’Hautel, 1808) : Les pêcheurs, les chasseurs et les preneurs de taupes, feroient de beaux coups sans les fautes.

Fauter

(d’Hautel, 1808) : Manquer ; faire des sottises, des fautes.

(Delvau, 1867) : v. n. Commettre une faute, — dans le même argot [du peuple].

(Rigaud, 1881) : Faire une faute. Le peuple dit d’une fille qui a pris un amant qu’elle « a fauté ».

Fauteuil

(d’Hautel, 1808) : Voici un fauteuil qui vous tend les bras. Se dit à une personne que l’on invite à s’asseoir et en lui présentant un fauteuil.

Fauve

(un détenu, 1846) : Tabatière.

(Halbert, 1849) : Tabatière.

Fauvette

(d’Hautel, 1808) : Un dénicheur de fauvettes. Chevalier d’industrie, qui fait de bonnes découvertes, de bonnes fortunes en amour.

Fauvette à tête noire

(Rigaud, 1881) : Gendarme, — dans l’argot moderne ; allusion aux tricornes noirs des gendarmes. — Être filé par les fauvettes à tète noire, être conduit par les gendarmes.

(Virmaître, 1894) : Gendarme. Allusion au chapeau bicorne (Argot des voleurs). V. Hirondelle de Potence.

Faux

(d’Hautel, 1808) : Faux comme un jeton. Hypocrite, artificieux ; fripon à l’excès.
Faire faux bond. Manquer à sa parole, à son honneur ; faire banqueroute.

Faux (être à la)

(Hayard, 1907) : Même sens — Le bourreau.

Faux pas (faire un)

(Delvau, 1864) : Badiner imprudemment avec un homme, et, au moment où l’on y pense le moins, glisser et tomber, le vagin entr’ouvert, sur sa pine en arrêt.

Je fuis… Ciel ! j’ai fait un faux pas !
Ah ! le juif en profite !
Comment me dérober des bras
De ce chien de lévite ?
L’abbé, de grâce ! holâ ! holâ !
La chose est monstrueuse !
Ah ! malgré moi, que sens-je là ?
Je suis vertueuse !

Collé.

Faux-blaze

(Virmaître, 1894) : Donner un faux numéro (Argot des voleurs).

Faux-bond

(Delvau, 1867) : s. m. Manque de parole, — dans l’argot des bourgeois. Faire faux-bond à l’échéance… N’être pas en mesure de payer.

Faux-col

(Delvau, 1867) : s. m. La mousse d’une chope de bière, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Mousse qui se produit au-dessus d’un verre de bière, lorsque le garçon n’a pas eu la précaution de le remplir doucement. Le faux-col est un trompe-l’œil, moins sale que le soulier de l’Auvergnat, mais qui tient, lui aussi, de la place. Le faux-col fait le désespoir des amateurs de bière. Aussi, dans toutes les brasseries, entend-on cette recommandation plus de cent fois répétée par jour : « Un bock et sans faux-col ! »

Faveurs

(Delvau, 1867) : s. f. pl. La preuve matérielle qu’une femme donne de son amour à un homme, — dans l’argot des bourgeois, qui ne se contenteraient pas, comme les galants d’autrefois, de rubans, de boucles et de nœuds d’épée. Avoir eu les faveurs d’une femme. Avoir été son amant.

Faveurs d’une femme (obtenir les)

(Delvau, 1864) : Être reçu à cuisses ouvertes par elle.

Après cela, on peut bien juger que la dame ne fut pas longtemps sans donner ses dernières faveurs au cavalier.

Bussy-Rabutin.

Ah ! bien, dit-il, n’est-ce donc qu’avec moi
Que vous avez la fureur d’être sage ?
Et vos faveurs seront le seul partage
De l’étourdi qui ravit votre foi ?

Voltaire.

Apprenez qu’en amour, bien souvent le divorce
Naît de la dernière faveur.

Grécourt.

Me faudra-t-il, pour complaire à l’usage,
Du seul devoir attendre les faveurs,
Qui de l’amour doivent être le gage.

Parny.

Céphise est lubrique à la rage.
Et favorise chaque nuit
Gnaton, en qui le sexe est à moitié détruit.

Bruzen De La Martinière.

Judith me fait horreur ;
Je renonce à l’honneur
D’obtenir ses faveurs.

Félix Bovie.

Favori

(Delvau, 1864) : Amant, greluchon ; maquereau, le mâle de toute sultane favorite.

Et les maris, de même
Qu’ messieurs les favoris,
Y sont pris.

Collé.

Favori d’Apollon

(Delvau, 1867) : s. m. Poète estimable, — dans l’argot des académiciens. Ils disent aussi Favori des Muses.

Favori d’Esculape

(Delvau, 1867) : s. m. Médecin heureux en malades, — dans le même argot [des académiciens].

Favori de Mars

(Delvau, 1867) : s. m. Guerrier heureux en batailles, — dans le même argot [des académiciens]. On dit aussi Favori de Bellone.

Fayots

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Légumes en général, haricots, lentilles, ou fèves, fayots, — dans l’argot des ouvriers qui ont servi dans l’infanterie de marine. Le cap Fayot. Moment de la traversée où l’équipage, ayant épuisé les provisions fraîches, est bien forcé d’entamer les légumes secs. C’est ce qu’on appelle alors Naviguer sous le cap Fayot.

(La Rue, 1894) : Haricots.

Fayots (avoir bouffé des)

(Rigaud, 1881) : Être enceinte, — dans l’argot des marins. C’est une locution provençale répandue parmi les matelots. Mot à mot : avoir mangé des haricots. Allusion à la réputation qu’ont les haricots de gonfler celui qui en mange.

Fécalités

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Laideurs sociales, ordures morales, — dans l’argot des gens de lettres. Le mot a été employé pour la première fois par Charles Bataille.

Fédéré dans la casemate (avoir un)

(Fustier, 1889) : Être enceinte.

Fée

(Halbert, 1849) : Amour, maîtresse.

(Delvau, 1867) : s. f. Maîtresse, — dans l’argot des ouvriers, qui ne savent pas dire si vrai en disant si poétiquement.

(Rigaud, 1881) : Jeune fille, demoiselle, — dans le jargon des voleurs. — Ma fée, ma fille.

(La Rue, 1894) : Jeune fille. Amour. Féesant, amoureux.

Fée aux yeux verts (la)

(Virmaître, 1894) : Absinthe. Elle charme les buveurs, qui ne savent se soustraire à son influence (Argot du boulevard).

Fée-bosse

(Delvau, 1867) : s. f. Femme vieille, laide, acariâtre. On dit aussi Fée Carabosse.

Féesant

(Halbert, 1849) : Amoureux.

Féesante

(Halbert, 1849) : Amoureuse.

Feignant

(Delvau, 1867) : s. et adj. Fainéant, — dans l’argot du peuple, qui parle plus correctement qu on ne serait tenté à première vue, de le supposer, feignant venant du verbe feindre, racine de fainéantise, qu’on écrivait autrefois faintise. Signifie aussi Poltron, lâche, et c’est alors une suprême injure, — l’ignavus de Cicéron, Barbarisme nécessaire, car fainéant ne rendrait pas du tout la même idée, parce qu’il n’a pas la même énergie et ne contient pas autant de mépris.

(Virmaître, 1894) : Propre à rien. Lâche, poltron, paresseux.

Descends-donc de ton cheval, eh ! Feignant !

Apostrophe d’un voyou charitable à Henri IV sur le Pont-Neuf pour lui offrir un canon. On dit également feignasse (Argot du peuple).

Feignasse

(Hayard, 1907) : Fainéant.

Feinte

(Boutmy, 1883) : s. f. Défaut qui résulte dans une page de la feuille imprimée d’une touche plus faible qu’elle ne l’est dans le reste de la feuille.

Félé

(Virmaître, 1894) : Toqué, un peu fou.
— Il a le coco fêlé. Allusion à une marmite fêlée, elle fuit ; par la fêlure de la tête, la mémoire s’en va (Argot du peuple).

Fêlé

(d’Hautel, 1808) : Pot fêlé dure long-temps. Se dit pour calmer les inquiétudes d’un valétudinaire ; d’une personne dont la santé est foible et chancelante.
Il a la tête un peu fêlée. Se dit d’un homme qui a la tête mal organisée ; qui est un peu fou.

(Rossignol, 1901) : Toque, fou.

Fêlé (avoir le coco)

(Rigaud, 1881) : Avoir le cerveau dérangé.

Fêler (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Donner des preuves de folie, faire des excentricités, — dans l’argot des faubouriens, qui prennent la boite osseuse pour une faïence. On dit aussi Avoir la tête fêlée.

Felouse

(anon., 1827) : Poche.

(Bras-de-Fer, 1829) : Poche.

(Halbert, 1849) : Poche.

(Delvau, 1867) : s. f. Prairie, — dans l’argot des voleurs, qui ont seulement démarqué la première lettre du mot généralement employé.

Femelle

(d’Hautel, 1808) : Le peuple prononce fumelle.

(Delvau, 1867) : s. f. Femme, épouse, — dans l’argot des ouvriers, qui se considèrent comme des mâles et non comme des hommes. L’expression, — toujours employée péjorativement, — a des chevrons, puisqu’on la retrouve dans Clément Marot, qui, s’adressant à sa maîtresse, la petite lingère du Palais, dit :

Incontinent, desloyalle femelle,
Que j’auray faict et escrit ton libelle,
Entre les mains le mettray d’une femme
Qui appelée est Renommée, ou Fame,
Et qui ne sert qu’à dire par le monde
Le bien on mal de ceux où il abonde.

Féminiser

(Delvau, 1864) : Ôter la virginité.

Allons, Priape, allons, il faut enfin
Féminiser ces onze mille vierges,
Pour qui Cologne a brûlé tant de cierges.

Parny.

Femme

(d’Hautel, 1808) : Le diable bat sa femme. V. Diable.
Ce que femme veut Dieu le veut. Voy. Dieu.
Quant un mari bat sa femme, le diable s’en rit. Voy. Diable.
C’est un appétit de femme grosse. Voy. Appétit.

(Rigaud, 1881) : Fusil, — dans l’argot des soldats d’infanterie de marine.

Le temps de donner un coup d’astiqué à ma femme.

Femme à la mendicité

(Rigaud, 1881) : Femme dont les faveurs sont cotées à bas prix, — dans le jargon des élégantes de la prostitution.

Femme au petit pot

(Fustier, 1889) : Concubine. Argot des chiffonniers.

Femme chaste

(Delvau, 1864) : Le merle blanc du sexe féminin. Casta, quia nemo rogavit, parbleu !

Femme chaude

(Delvau, 1864) : Femme ayant les foies chauds, femme qui aime l’homme, et jouit avec lui, quel qu’il soit, goujat ou roi, homme de peine ou de lettres, pourvu qu’il soit bon fouteur. — Femme qui bande et voudrait être baisée. Cela se dit, à propos du sexe auquel nous devons le jour — et la vérole, — comme à propos des chiennes, auxquelles nous devons des puces ; avec cette différence, cependant, — toute en faveur de la race canine, — que les chiennes, une fois qu’elles ne sont plus en chaleur, ne se laissent plus grimper par les mâles, et que les femmes se font baiser en toute saison.

Femme de carême

(Virmaître, 1894) : Femme outrageusement maigre. Un hareng saur en jupons (Argot du peuple). N.

Femme de l’adjudant

(Rigaud, 1881) : Salle de police, — dans le jargon des soldats de cavalerie. — Coucher avec la femme de l’adjudant, coucher à la salle de police. Les soldats désignent aussi la salle de police sous le sobriquet de la jument de l’adjudant, et ils trouvent qu’elle trotte sec, cette jument.

Femme de la troisième catégorie

(Delvau, 1867) : s. f. Fille de mauvaise vie, — dans l’argot des faubouriens, qui ont saisi avec empressement, il y a quelques années, les analogies que leur offraient les divisions officielles de la viande de boucherie.

Femme de Régiment

(Rigaud, 1881) : Grosse caisse, — dans le jargon des troupiers.

Femme de terrain

(Rigaud, 1881) : Prostituée de dernier ordre.

Les pierreuses ou femmes de terrain sont des créatures repoussantes de laideur ; elles ne sortent que la nuit et rôdent dans les lieux sombres et retirés… Elles pratiquent l’onanisme.

(Paris-vivant, La Fille.)

Femme du quartier

(Delvau, 1867) : s. f. Grisette qui a la spécialité de l’étudiant et qui se garderait bien de frayer avec les bourgeois ou les militaires, de peur de déplaire à Paul de Kock. On dit aussi Femme de l’autre côté (sous-entendu : de la Seine).

Femme du régiment

(Delvau, 1867) : s. f. La grosse caisse, — dans l’argot des soldats.

Femme en carte

(Larchey, 1865) : Femme à laquelle la police impose une carte de fille soumise.

La fille en carte est libre, peut demeurer où bon lui semble, pourvu qu’elle se présente exactement aux visites des médecins.

F. Béraud.

Femme entretenue

(Delvau, 1867) : s. f. Fille ou femme qui croit que la vertu est un « meuble inutile » et qui préfère acheter les siens à tant par amant. Les Belges disent Une entretenue.

Femme étroite

(Delvau, 1864) : Femme dont le vagin a l’étroitesse convenable et désirable pour retenir prisonnier le membre viril qui s’y est aventuré, jusqu’à ce qu’il s’avoue vaincu.

Le lit est imprégné de cette sueur moite
Qui fait toujours trouver large la plus étroite.

L. Protat.

Femme facile

(Delvau, 1864) : Femme qui accueille volontiers les propositions libertines des hommes.

Femme froide

(Delvau, 1864) : Qui, en apparence, n’éprouve pas de plaisir dans la conjonction amoureuse et fait jouir les hommes sans paraître jouir elle-même.

Mais comme elle est naturellement froide, apparemment que le jeune seigneur n’y trouva pas son compte, car Mme Copen ne le revit plus.

La Popelinière.

Femme galante

(Delvau, 1864) : Femme dont le métier est de faire jouir les hommes — qui en ont les moyens.

Femme honnête

(Delvau, 1864) : Femme mariée, — selon toutes les femmes mariées.

La femme honnête la plus folle,
Aujourd’hui, le fait est certain,
N’a plus que six fois la vérole,
Je ne veux plus être catin.

E. Debraux.

Es-tu lass’ d’amourette ?
Enfin, dis-moi, veux-tu,
Pour dev’nir femme honnête,
Épouser un cocu ?
Encore un coup d’cu, Jeannette !

E. Debraux.

Femme inconséquente

(Delvau, 1864) : Façon polie de dire qu’elle est putain.

Lorsque, dans le monde, une jeune dame n’a pas très bien su étendre le voile par lequel une femme honnête ouvre sa conduite, là où nos aïeux auraient rudement tout expliqué par un seul mot, vous, comme une foule de belles dames à réticences, vous vous contentez de dire : — Ah ! oui, elle est fort aimable, mais… — Mais quoi ? — Mais elle est souvent bien inconséquente.

H. De Balzac.

Femme laborieuse

(Delvau, 1864) : Femme qui ne refuse jamais de conduire un miché au bonheur.

Ah ! monsieur, me dit cet homme avec des larmes d’admiration dans la voix, à quelque heure de la nuit qu’on frappe, si nous sommes couchés, elle se lève sans rechigner, va ouvrir au monsieur, reste avec lui le temps qu’il faut et remonte se coucher jusqu’à ce qu’un nouveau coup de sonnette la fasse relever et redescendre : c’est une femme bien laborieuse !

A. François.

Femme large

(Delvau, 1864) : Femme dont le vagin est d’une laxité à faire croire au membre imprudent qui s’y aventure qu’il entre dans une motte de beurre. — Voir Femme étroite.

Femme lascive

(Delvau, 1864) : Qui possède, dans ses regards, dans ses gestes, dans ses mouvements, dans ses paroles, l’art d’allumer les désirs des hommes. — On dit aussi, mais moins fréquemment, homme lascif, parce que la lasciveté est l’apanage spécial de la femme.

Si ces jeunes gens s’offrent à vous, ne les refusez pas : ils sont si beaux, si vifs et si lascifs.

La Popeliniêre.

Femme légère comme chausson

(Delvau, 1864) : Extrêmement putain. — L’expression, très spirituelle et décente, a été employée pour la première fois par M. Aurélien Scholl dans un de ses échos du Figaro.

Femme lubrique

(Delvau, 1864) : Savante en l’art d’aimer — et de faire jouir les hommes.

Voici ce qu’il y avait : Minois de fantaisie ; joli corps, créature lubrique.

La Popelinière.

Femme sage

(Delvau, 1864) : Femme honnête, selon toutes les femmes mariées — qui sont plus ou moins sages.

Il était une dame
Fraîche, ayant des couleurs
Et des mœurs ;
Elle était sage-femme
Et femme sage autant
Qu’à présent
On l’est, Dieu merci !…

Scribe.

Femme sérieuse

(Rigaud, 1881) : Femme galante qui pense à l’avenir, que la pensée de l’hôpital effraye et qui thésaurise.

Femmelette

(d’Hautel, 1808) : C’est une femmelette. Terme de mépris, pour dire une femme qui a l’esprit étroit, qui est foible et délicate. On l’applique aussi à un homme sans moyens, et qui ne peut supporter la fatigue d’un travail pénible.

(Delvau, 1864) : Femme chétive, douillette, délicate, qui a des goûts futiles, etc… !

Que le bout du médium fait tomber en faiblesse,
Qu’un vit fait passer au carmin…
Elle ne jouait que l’ombre, le trictrac et les échecs, parce qu’ils sont savants et sérieux ; tous les autres (jeux) étaient au-dessous d’elle, et ne pouvaient amuser que des femmelettes…

A. de Nerciat.

Fenasse

(Larchey, 1865) : Mou, paresseux. — Du vieux mot fenassil : tas de foin. V. Roquefort.

Fendant

(d’Hautel, 1808) : Faire le fendant. C’est-à-dire, le petit-maître, l’olibrius ; prendre un air capable, tranchant et résolu ; se pavaner ; se carrer.

(Larchey, 1865) : Faiseur d’embarras. V. Fignoler.

Ne fais donc pas tant ta fendante.

1844, Catéch. poissard.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme qui marche d’un air conquérant, le chapeau sur le coin de l’oreille, les moustaches relevées en crocs, la main gauche sur la hanche, et de la droite manœuvrant une canne, — qui n’effraie personne. Il y a longtemps que le peuple emploie cette expression, comme le prouve ce passage de la Macette de Mathurin Régnier :

N’estant passe-volant, soldat ny capitaine,
Depuis les plus chétifs jusques aux plus fendants,
Qu’elle n’ait desconfits et mis dessus les dents.

Faire son fendant. Se donner des allures de matamore. Ou dit aussi Fendart.

Fendante

(Rigaud, 1881) : Porte, — dans le jargon des voleurs.

Entrez ou n’entrez pas, mais refermez la fendante.

(P. Mahalin, Les Monstres de Paris, 1880.)

Fendasse

(Delvau, 1864) : La nature de la femme — à soldats.

Le plus vieux trou ; la plus sale fendasse,
Rien n’échappait à ton vit furieux.

(Parnasse satyrique.)

Fendeur

(d’Hautel, 1808) : Fendeur de nazeaux. Faux brave, fanfaron, homme querelleur et méchant, qui menace continuellement ceux qui lui sont inférieurs en force.

Fendeur de naseaux

(Delvau, 1867) : s. m. Faux brave, qui fait plus de bruit que de besogne. On dit aussi, et plus élégamment, Casse-gueule.

Fendre

(d’Hautel, 1808) : Il fend l’air. Pour, il est orgueilleux, hautain et glorieux ; on ne peut l’approcher ; il est mis sur un ton cruel.
Avoir la gueule fendue jusqu’aux oreilles. Signifie avoir la bouche d’une grandeur extrême.
Fendre la presse ; la foule. Passer à travers la foule.
Fendre un cheveu en quatre. Prendre sa part des moindres choses ; faire des subdivisions subtiles et parcimonieuses.

Fendre (se)

(Larchey, 1865) : Commettre une prodigalité peu habituelle.

Descends huit bouteilles. — Puisque vous vous fendez, dit le peintre, je paie un cent de marrons. — Oh ! oh !

Balzac.

Le mot indique bien un jour de largesses inaccoutumées. Ce n’est pas la bourse de l’avare qui se fend, ce sont ses propres entrailles.

(Delvau, 1867) : v. réfl. Montrer de la générosité, dépenser beaucoup d’argent, s’ouvrir, — dans l’argot des faubouriens. Signifie aussi : Se dévouer. Se fendre à s’écorcher. Pousser à l’excès la prodigalité.

(Rigaud, 1881) : Faire de la dépense en dehors de ses habitudes ; se livrer à une prodigalité inusitée. Les avares se fendent lorsqu’ils offrent quelque chose.

Je vous paye un exemplaire de ce groupe mille écus. Ohl oui, sapristiI mille écus, je me fends.

(Balzac.)

(Rossignol, 1901) : Offrir.

Joseph a fait des largesses, il s’est fendu d’un cigare.

Fendre à s’écorcher (se)

(Virmaître, 1894) : Dépenser tout son argent sans profit.
— Allons fends toi d’une tournée (Argot du peuple).

Fendre l’arche

(Delvau, 1867) : v. a. Importuner, ennuyer, — dans le même argot [des faubouriens]. Tu me fends l’arche ! est une des exclamations que les étrangers sont exposés à entendre le plus fréquemment en allant aux Gobelins.

(Virmaître, 1894) : Quand un homme pressé marche vite, les voyous lui crient :
— Prends garde, tu vas te fendre l’arche.
Couper une carte de son adversaire, c’est lui fendre l’arche (Argot du peuple).

(Hayard, 1907) : Couper une carte avec l’atout.

Fendre l’ergot

(Delvau, 1867) : S’enfuir, — dans l’argot du peuple, fidèle aux vieilles traditions. On dit aussi, mais moins, Bander l’ergot.

Fendre l’oreille

(Rigaud, 1881) : Mettre à la retraite dans le jargon des troupiers.

Dire qu’ils vont lui fendre l’oreille ! un crâne soldat, qui vous vernit un meuble comme un garçon ébéniste.

(Fr. de Reiffenberg, La Vie de garnison, 1863.)

Allusion aux chevaux réformés auxquels on fend l’oreille. — On dit également couper l’oreille.

(Virmaître, 1894) : Mise à la retraite de quelqu’un, fonctionnaire, officier ou employé avant l’âge révolu.
— Sacré nom de Dieu, les cochons m’ont fendu l’oreille : J’ai pourtant encore du sang.
Allusion à la coutume de fendre l’oreille aux chevaux mis à la réforme (Argot des troupiers).

Fendre le cul

(Rigaud, 1881) : Primer une carte, — dans l’argot des joueurs d’écarté. Quand une carte est supérieure à celle de l’adversaire, au lieu de dire : Je la prends, quelques joueurs disent, dans l’intimité, je lui fends le cul.

Fenêtre

(d’Hautel, 1808) : Il a sauté par la fenêtre, peur de salir les escaliers. Manière plaisante de dire qu’une personne que l’on poursuivoit s’est précipitée par la fenêtre ; qu’il n’a pas pris le temps de sortir par la porte.
Quand on le chasse par la porte, il rentre par la fenêtre. Se dit d’un importun dont on ne peut se débarrasser.
Jeter son bien par la fenêtre. Dépenser mal à-propos, faire un mauvais usage de son bien.
Il faut passer par-là, ou par la fenêtre. Pour dire, il faut absolument faire cette chose ; c’est une nécessité absolue.
On dit par raillerie, d’un freluquet, d’un fanfaron qui jette feu et flamme, que si l’on n’y prend garde, il jettera la maison par les fenêtres.

(Rigaud, 1881) : Œil, — dans le jargon des voyous. Boucher une fenêtre, crever un œil.

(Virmaître, 1894) : V. Carreau.

Fenêtre (mettre la tête à la)

(Larchey, 1865) : Être guillotiné. — Allusion au passage de la tête dans la lunette. V. Raccourcir.

(Rigaud, 1881) : Monter à l’échafaud.

Fenêtres

(Rossignol, 1901) : Jeux. On dit d’un borgne qu’il n’a qu’une fenêtre d’ouverte.

Fenêtrière

(Delvau, 1867) : s. f. Fille qui fait le trottoir par sa fenêtre.

Fenin

(Rigaud, 1881) : Centime, — dans l’ancien argot.

Fenouse

(Larchey, 1865) : Prairie (Vidocq). — Du vieux mot fen : foin. V. Roquefort.

(Delvau, 1867) : s. f. Prairie, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Prairie, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Prairie.

Fente

(Delvau, 1864) : La nature de la femme, destinée à être fendue.

Rien ne fut soustrait à mes regards… Lucette, couchée sur lui, les fesses en l’air, les jambes écartées, me laissait apercevoir toute l’ouverture de sa fente, entre deux petites éminences grasses et rebondies.

Mirabeau.

Toutes filles, en cas pareil,
Dérsireraient à leur réveil
Qu’un tel que moi leur fît de rente
Un bon vit pour boucher leur fente.

(Cabinet satyrique.)

Et puis après il se vante
D’avoir bouché votre fente.

Gautier-Garguille.

Pontgibaut se vante
D’avoir vu la fente
De la comtesse d’Alaïs.

Tallemant des Réaux.

Féodec

(Larchey, 1865) : Arbitraire (Vidocq). Corruption de féodal.

Fer

(d’Hautel, 1808) : Le corps n’est pas de fer. Pour dire que l’on ne peut pas toujours travailler ; qu’il faut quelquefois prendre du repos.
Quand on quitte le maréchal, il faut payer les vieux fers. Signifie que quand on renvoye un ouvrier, il faut le payer.
Il faut battre le fer pendant qu’il est chaud. Signifie qu’il faut se hậter de profiter de l’occasion lorsqu’elle se présente.
Mettre les fers au feu. S’occuper sérieusement d’une affaire.
Il a toujours quelque fer qui cloche. Se dit d’une personne maladive, qui se plaint continuellement.
Il s’est étalé les quatre fers en l’air. Au propre, se dit d’un cheval abattu ; au figuré, et en riant, d’une personne qui tombe à la renverse.
Batteur de fer. Terme injurieux qui équivaut â batteur, ferrailleur, batteur de pavés.

Fer à repasser

(Fustier, 1889) : Soulier.

Fer chaud

(Delvau, 1867) : s. m. Le pyrosis, — dans l’argot du peuple, qui, ne connaissant pas le nom grec à donner à cette affection, emploie une expression fort simple et très caractéristique de la douleur cruelle qu’elle occasionne à l’estomac.

Ferblanc (les collets de)

(Merlin, 1888) : Les intendants.

Ferblanc et Ferblanterie

(Merlin, 1888) : Décorations.

Ferblanterie

(Fustier, 1889) : Brochette de décorations.

Ferblantier

(Fustier, 1889) : Commissaire de la marine. Ainsi nommé à cause de ses galons d’argent.

Une amertume gâtait toujours ses satisfactions d’employé : l’accès des commissaires de marine, des ferblantiers, comme on disait à cause de leurs galons d’argent, aux emplois de sous-chef et de chef.

(Guy de Maupassant.)

On désigne aussi de ce nom, depuis la révélation de scandales qu’on n’a point oubliés les individus qui se livrent au trafic des décorations. Pendant que les ferblantiers et les ferblantières continuent à accaparer l’attention publique…

(National, octobre 1887.)

Ferlampier

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Prisonnier habile à couper ses fers.

(Bras-de-Fer, 1829) : Condamné habile à couper ses fers.

(Halbert, 1849) : Bandit.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme à tout faire, excepté le bien, — dans l’argot des voleurs, qui ont emprunté là un des vieux mots du vocabulaire des honnêtes gens, en le dénaturant un peu.

(Delvau, 1867) : s. m. Pauvre diable, misérable. — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Pauvre diable ; misérable à perpétuité. — Voleur du plus bas étage. Le ferlampier est au voleur de la haute pègre ce que la pierreuse est à la cocotte. C’est une altération de frélampier ou frère lampier.

Autrefois, celui qui avait la charge d’entretenir et d’allumer les lampes dans les églises s’appelait frère lampier ; et comme cette charge était dévolue à des hommes de bas étage, quand on voulait parler d’un homme de peu, on disait : C’est un frélampier ou un frère lampier.

(Le Roux de Lincv, Le Livre des Proverbes français.)

(La Rue, 1894) : Voleur de bas étage. Malheureux. Détenu habile à se déferrer.

(Virmaître, 1894) : Homme à qui tous les métiers sont bons. Mendiant, voleur, souteneur (Argot des voleurs).

(Hayard, 1907) : Malfaiteur en tout genres.

Ferlingante

(Larchey, 1865) : Faïence, verre, cristal (Vidocq). — Diminutif du vieux mot frêle : fragile. V. Roquefort.

(Delvau, 1867) : s. f. Verrerie, faïencerie, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Objet en verre ; objet fragile.

Ferloque

(Rigaud, 1881) : Loque dans toute sa dégradation, — dans le jargon des brocanteurs.

Ah ! je ne m’étonne plus à présent que vous m’apportiez des ferloques.

(Champfleury, La Mascarade de la vie parisienne.)

Ferme

(d’Hautel, 1808) : Il est ferme au poste. Voyez Poste.
Soutenir une chose fort et ferme. La soutenir avec hardiesse et assurance.

(Delvau, 1867) : s. f. Décor de fond, dans la composition duquel entre une charpente légère qui permet d’y établir des portes praticables. Argot des machinistes.

(Rigaud, 1881) : Décor de fond, avec portes, — en terme de théâtre.

Ferme ! (la)

(Hayard, 1907) : Tais-toi.

Ferme ça

(Virmaître, 1894) : Ferme ta bouche (Argot du peuple).

Ferme de rogons (être)

(Delvau, 1864) : Être solide au combat amoureux ; faire durer longtemps l’affaire, comme l’Ascyte du Satyricon, dont le membre était si bien bâti.

Fermé son vasistas (avoir)

(Virmaître, 1894) : Mourir (Argot du peuple).

Ferme ta gueule ou je saute dedans

(Virmaître, 1894) : Ou dit cela à un individu qui baille à se démantibuler la mâchoire, ou qui braille à vous assourdir (Argot du peuple). N.

Fermer

(d’Hautel, 1808) : Fermer la bouche à quelqu’un. Lui interdire la parole par des répliques vigoureuses.
Il est bien temps de fermer l’écurie quand les chevaux s’en sont enfuis. Se dit de ceux qui se mettent sur leurs gardes quand un malheur est arrivé.

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Attacher solidement, rendre ferme, — dans l’argot des coulisses, où l’on emploie ce verbe à propos de décors.

Fermer Maillard

(Rigaud, 1881) : Dormir ; avoir envie de dormir.

Fermer son parapluie

(Rigaud, 1881) : Mourir, — dans le jargon des chiffonniers, qui disent encore « ployer son jonc. »

Fermer son plomb

(Fustier, 1889) : Se taire.

Fermeture Maillard

(Rigaud, 1881) : Sommeil. — Être terrassé par Maillard, tomber de sommeil ; par allusion au nom de l’inventeur des fermetures en fer à coulisses.

Féroce

(Larchey, 1865) : Laborieux, capable. — C’est un féroce : C’est un homme tout entier à son devoir, féroce sur l’exactitude avec laquelle il entend le remplir. — Il n’est pas féroce : Il n’est pas capable. V. Méchant.

Ferraille

(Rigaud, 1881) : Monnaie de cuivre. — Faire crosser sa ferraille, faire sonner un régiment de gros sous. — Le peuple désigne encore sous ce nom quelques petites pièces d’argent perdues au milieu d’un tas de sous.

Ferrailler

(d’Hautel, 1808) : Chamailler, disputer sur les moindres choses, avoir continuellement la brette à la main, faire le métier de spadassin.

Ferrailleur

(d’Hautel, 1808) : Homme querelleur, qui cherche toutes les occasions de se battre.

Ferré

(Rossignol, 1901) : Instruit, connaître son affaire.

Ferré (être)

(Fustier, 1889) : Argot des écoles : connaître parfaitement les matières qui figurent au programme d’un examen ; être instruit.

Ferré à glace

(Virmaître, 1894) : Sachant parfaitement ce qu’il doit savoir. A. D. Dans le peuple, cette expression signifie être affranchi, ne rien craindre. C’est la conséquence d’un vieux proverbe :
— Il est ferré à glace, il ne craint ni putain ni garce (Argot du peuple). N.

Ferré à glace (être)

(Delvau, 1867) : Savoir parfaitement son métier ou sa leçon, — dans l’argot des bourgeois.

Ferrer

(d’Hautel, 1808) : Il a la gueule ferrée. Se dit de quelqu’un qui mange très-chaud, sans en être incommodé.
Il est ferré à glace sur cette matière. Pour dire il y est extrêmement versé.
Avaleur de charettes ferrées. Voyez Avaleur.

Fers

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Le forceps, — dans l’argot du peuple, qui ne connaît pas le nom latin de l’instrument inventé par Palfyn.

Fertance

(Hayard, 1907) : Paille.

Fertance ou fertille

(Virmaître, 1894) : La paille.
— Dans mon garno à quatre ronds la sorgue, y a des pégoces dans la fertance (Argot des voleurs).

Fertange

(anon., 1827) : La paille.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Paille.

(Bras-de-Fer, 1829) : Paille.

(Halbert, 1849) : Paille.

Fertange ou Fertille

(Delvau, 1867) : s. f. Paille, — dans l’argot des voleurs.

Ferte (bonne)

(Hayard, 1907) : Bonne aventure.

Fertilé

(un détenu, 1846) : Paille, blé.

Fertillante

(Rigaud, 1881) : Plume, — dans l’ancien argot.

Fertille

(Clémens, 1840) : Paille.

(M.D., 1844) : De la paille.

Fertille, Fertanche

(Rigaud, 1881) : Paille. — Fertanche appartient à l’ancien argot.

Fertille, fertange

(La Rue, 1894) : Paille.

Fertilliante

(Larchey, 1865) : Queue (Vidocq). Allusion à son frétillement.

Fertilliers

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Blés, — les graminées fertiles par excellence.

Fesse

(Delvau, 1867) : s. f. Femme, moitié, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Femme, — dans le jargon des voyous.

(Fustier, 1889) : Argot des voyous. Prostituée.

(Hayard, 1907) : Femme.

Fesse-cahier

(d’Hautel, 1808) : Copiste, celui qui gagne sa vie à faire des écritures.

Fesse-mathieu

(d’Hautel, 1808) : Avare ; égoïste, intéressé.
Cette affaire ne va que d’une fesse. Pour dire va lentement, sans activité.
Il en a eu dans les fesses. Se dit de quel qu’un qui a fait une grosse perte.

Fesse-Mathieu

(Delvau, 1867) : s. m. Avare, usurier, — dans l’argot du penpie.

Fessée

(d’Hautel, 1808) : Coups de la main ou de verges que l’on donne aux enfans sur le derrière, par chatiment.
Il a eu une bonne fessée. Pour il a été fouetté d’importance.

(Delvau, 1867) : s. f. Correction paternelle ou maternelle comme celle dont Jean-Jacques Rousseau avait conservé un si agréable souvenir.

Fesser

(d’Hautel, 1808) : C’est un gaillard qui fesse joliment son vin. Pour c’est un bon buveur qui ne se laisse jamais incommoder par le vin, quoiqu’en en buvant beaucoup.

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Fouetter avec des verges ou avec la main les parties charnues que l’homme a le plus sensibles et sur lesquelles il ne manque jamais de tomber quand il glisse. Le verbe est vieux. On trouve dans les Chansons de Gautier Garguille :

Fessez, fesses, ce dist la mère,
La peau du cul revient toujours.

Signifie aussi, par analogie au peu de durée de cette correction maternelle : Faire promptement une chose. Fesser la messe. La dire promptement.

Fesser la messe

(Virmaître, 1894) : Prêtre qui expédie à la vapeur une messe d’enterrement de dernière classe.
— Le ratichon a fessé sa messe en cinq secs (Argot du peuple).

Fesser le Champagne

(Delvau, 1867) : v. n. Boire des bouteilles de vin de Champagne, — dans l’argot des viveurs. Du temps de Rabelais on disait Fouetter un verre.

Fesses

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Grosses joues, — dans l’argot des faubouriens.

Fesses (les)

(Delvau, 1864) : Les deux hémisphères qui jouent un si grand rôle dans la comédie à deux personnages intitulée : La Fouterie. Ce sont les tétons du derrière, comme les tétons sont les fesses du devant.

Et puis me tournant par derrière, il contemplait tantôt mes épaules, tantôt mes deux fesses.

Mililot.

Langues de chatte et langues de serpent,
Dans un monceau de tétons et de fesses,
Vont se croiser, et derrière, et devant.

Joachim Duflot.

Fesses (s’en battre les)

(Larchey, 1865) : S’en moquer. — V. Miché.

Va, je m’en bats les fesses, et n’en fais pas le fin.

Parodie de Zaïre, dix-huitième siècle.

Fesseur

(d’Hautel, 1808) : Un père fesseur. Nom que l’on donnoit autrefois à celui qui dans les collèges, étoit chargé de donner la correction aux écoliers.

Fessier

(d’Hautel, 1808) : Il s’est laissé tomber sur son fessier. Pour dire sur le derrière.
Un gros fessier. Un derrière gros et rebondi.

(Delvau, 1867) : s. m. Les nates, — dans l’argot du peuple, qui a l’honneur de parler comme Mathurin Régnier :

Dieu sçait comme on le veid et derrière et devant,
Le nez sur les carreaux et le fessier au vent,

a dit le grand satirique.

(Rigaud, 1881) : Derrière, — dans le jargon du peuple.

Celui-là lui gaula le fessier à coups de botte.

(Huysmans, les Sœurs Vatard.)

Fessier (le)

(Delvau, 1864) : Le cul, qui porte des fesses comme le pommier des pommes. Tu es si fraîche que tu as sans doute le corps fort beau, et surtout le fessier.

La Popelinière.

Dans le sapin je plongeai mon regard
Et j’aperçus un fessier magnifique
Qu’il me semblait avoir vu quelque part.

Anonyme.

Fessu

(d’Hautel, 1808) : Qui a un gros derrière, de grosses fesses.

(Delvau, 1867) : adj. Qui a de grosses fesses.

Festillante

(Delvau, 1867) : s. f. Queue d’animal, — par exemple du chien, qui fait fête à son maître en remuant la sienne. Le mot est de l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Queue. Allusion à la queue du chien qui fait fête à son maître.

(Virmaître, 1894) : La queue du chien ; il la remue pour témoigner sa joie à son maître. Elle frétille. Festillante est la corruption de frétillante (Argot des voleurs).

Festin

(d’Hautel, 1808) : Il n’y avoit que cela pour tout festin. Se dit d’un diner-prié auquel on a fait maigre chère.

Festiner

(Delvau, 1867) : v. n. Boire et manger à ventre déboutonné, — dans l’argot du peuple.

Festonnage

(Rigaud, 1881) : Manière de marcher particulière aux ivrognes.

Festonner

(Larchey, 1865) : Avoir une démarche que l’ivresse accidente comme des festons de broderie.

Il va encore, ma foi, très-droit… c’est à peine s’il festonne.

E. Sue.

(Delvau, 1867) : v. n. Être en état d’ivresse et décrire en marchant des zigzags dont s’amusent les gamins, et dont rougissent les hommes au nom de la Raison et de la Dignité humaine outragées.

(Rigaud, 1881) : Marcher en faisant des zigzags, à la manière des ivrognes. — Voir tout tourner autour de soi.

(Virmaître, 1894) : Pochard qui ne tient pas sur ses jambes. Il festonne en marchant pour essayer de maintenir son équilibre (Argot du peuple).

Festoyer

(Delvau, 1864) : Faire l’acte vénérien.

Il s’efforçait de trouver manière de la festoyer, comme il avait fait avant que monseigneur fût sop mari.

(Les Cent Nouvelles nouvelles.)

Il ajoutait que, même à la sourdine,
Plus d’un damné festoyait Proserpine.

Voltaire.

Un cordelier faisait l’œuvre de chair,
Et s’ébattait, en festoyant sa mie.

Piron.

(Delvau, 1867) : v. n. Dîner copieusement en joyeuse compagnie.

Fêtard

(Fustier, 1889) : Le langage populaire qui avait déjà fêteur a trouvé que cela ne suffisait pas. Fêtard, fèteur, qui fait la fête, la noce, en un mot qui passe son temps à s’amuser.

Le fêtard est un être particulier dont toute l’occupation en ce monde est de se divertir. Le fêtard ne se met jamais martel en tête que lorsque le grand H… ou la petite Valérie se font excuser au prochain souper.

(Illustration, nov. 1885.)

Fête

(d’Hautel, 1808) : Ce n’est pas tous les jours fête. Signifie que l’on ne peut pas toujours passer son temps à se divertir, qu’il faut aussi penser à travailler.
Il ne faut point fêter le saint avant la fête. Pour il ne faut point se réjouir d’une chose avant qu’elle n’ait eu lieu.
Il devine que c’est fête, quand les boutiques sont fermées. Se dit par dérision d’un homme simple et borné qui ne voit jamais les choses que lors qu’elles sont arrivées.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Aisance. Je suis de la fête, j’ai beaucoup d’argent.

Fête (être de la)

(Larchey, 1865) : Être riche, avoir les moyens de festoyer.

Moi je suis toujours de la fête, j’ai toujours bogue et bon radin.

Vidocq.

(Rigaud, 1881) : Être en belle humeur. — Fête du boudin, La Noël.

Fête (la), fêter

(Delvau, 1864) : Faire l’acte vénérien. Elle n’eut dit ces mots entre ses dents Que le galant recommence la fête.

La Fontaine.

Je fêtai son milieu,
Nom de Dieu !
Trois fois avant que je n’en sorte.

F. De Calonne.

Fête du boudin

(Delvau, 1867) : s. f. Le 25 décembre, fête de Noël, — dans l’argot du peuple, qui, ce jour-là, fait réveillon à grands renforts de charcuterie.

Fêter la saint-priape

(Delvau, 1864) : Faire l’acte vénérien, qui est faire une œuvre pie.

Or, un jour que Sa Sainteté
Solennisait la Saint-Priape.

B. de Maurice.

Fêteur, Fêteuse

(Rigaud, 1881) : Celui, celle qui fête un anniversaire, qui souhaite une fête.

Et quel spectacle joyeux que tout ce monde de fêteurs pressés, sillonnant le boulevard avec des bouquets éclatants, des joujoux enluminés et des paquets soigneusement ficelés.

(Petit Parisien du 17 août 1877.)

Fétoyer

(d’Hautel, 1808) : Fétoyer ses amis. Leur faire un bon accueil, les bien traiter.

Fétu

(d’Hautel, 1808) : Un cogne fétu. Celui qui se tue en travaillant, et qui ne fait rien qui vaille.
Tirer au court Fétu. C’est-à-dire à la courte paille.
Cela ne vaut pas un fétu. Pour, n’a aucune espèce de valeur.

(Delvau, 1864) : Le membre viril.

De son fétu neuf pouces sont l’aunage.

Piron.

Feu

(d’Hautel, 1808) : Il n’y voit que du feu. Pour il n’y voit goutte, il ne connoit rien dans ce qu’il entreprend, il manque de capacité.
Jeter feu et flamme. Crier, tempêter, s’emporter, se mettre en colère.
Il le craint comme le feu. Se dit d’une personne qui inspire le trouble, la vénération, le respect.
Prendre une poignée de feu. Pour dire se chauffer à la hâte.
Avoir son coup de feu. Être dans les vignes du seigneur, être en gaieté, avoir une pointe de vin.
Un feu de paille, un feu de joie. Plaisir court, de peu de durée.
C’est le feu et l’eau. Se dit de deux personnes qui se détestent, ou qui sont incompatibles.
Un feu à rôtir un bœuf, un feu de reculée. Trop violent, trop vif.
Il n’y a pas de feu sans fumée. Signifie qu’il ne court pas de bruit sans qu’il y ait quelque fondement.
Il court comme s’il avoit le feu au cul. Se dit d’une personne que la peur fait fuir avec précipitation.
Il n’a ni feu ni lieu. Pour, il n’a point de domicile, il est errant et vagabond.
Faire mourir quelqu’un à petit feu. Lui faire éprouver de mauvais traitemens, lui rendre la vie malheureuse.
Jeter de l’huile sur le feu. Exciter la colère, l’animosité de quelqu’un par des rapports indiscrets.
Être dans un coup de feu. Être très-pressé, très-occupé.
Il n’y a ni pot au feu ni écuelles lavées. Se dit d’une maison sans ordre, et où tout est bouleversé.
Il n’a jamais bougé du coin de son feu. Pour faire entendre qu’un homme n’a point voyagé.
Il en mettroit sa main au feu. Signifie il en est très-assuré, il en répond.
Il verra de quel feu je me chauffe. Espèce de menace que l’on fait à quelqu’un.
Il se met au feu pour ses amis. Se dit d’un homme qui remplit avec zèle les devoirs de l’amitié.
Mettre le feu à la cheminée. Signifie manger des alimens trop salés qui mettent le palais, le gosier en feu.
Mettre tout à feu et à sang. Piller, voler, exercer un grand ravage.
Mettre le feu aux étoupes, ou sous le ventre de quelqu’un. Animer sa colère, sa passion.

Feu (avoir du)

(Fustier, 1889) : Argot des enfants qui se servent, dans un sens ironique, de cette locution au jeu dit des quatre-coins. Astu du feu ? signifie : Es-tu prêt à échanger ton coin contre le mien. Voici, je suppose, l’origine de cette expression : on sait que les gamins ne se gênent pas pour fumer. Or, l’un d’eux ayant un jour une cigarette éteinte, voulut prendre du feu à la cigarette allumée d’un des trois autres joueurs et, pendant ce temps se vit prendre sa place par le cinquième, le patient, le pot.

Feu (faire)

(Rigaud, 1881) : Terme de la vieille école au mélodrame et de la tragédie, signifiant et exprimant le geste de l’acteur qui marque la fin de chaque phrase d’un coup de talon vigoureusement frappé sur les planches ; l’acteur qui faisait feu à la plus grande satisfaction du public, fut sans contredit le célèbre Tautin. (Petit dict. des coulisses.)

Feu (n’y voir que du)

(Larchey, 1865) : Être ébloui, aveuglé.

Et tu n’y verras que du feu.

Cogniard, 1831.

Feu à la cheminée (avoir mis le)

(Rigaud, 1881) : S’être mis le gosier en feu pour avoir mangé des viandes trop épicées, pour avoir bu des liqueurs trop fortes.

Feu au cul (avoir le)

(Delvau, 1864) : Être ardent aux exercices vénériens.

C’est plus d’un coup par heure ; il avait donc le feu au cul ?

Mililot.

Feu de paille

(Delvau, 1864) : Fouterie de pauvre ou de poète, qui commence en flambant de façon à faire espérer vingt coups, et qui s’éteint net après le premier.

Feuille

(d’Hautel, 1808) : Monte sur une feuille de papier. Se dit par dérision à un très-petit homme, qui par défaut de taille, ne peut atteindre à quelque chose, ou satisfaire sa curiosité.
Il tremble comme la feuille. Se dit d’un poltron, d’un homme que la peur trouble et agite sensiblement.
Il s’en ira avec les feuilles, ou à la venue des feuilles. Signifie qu’un malade succombera a l’automne ou au commencement du printemps.

(Fustier, 1889) : « Les filles d’Ève ont reçu différents noms, suivant les époques, les règnes et les modes… À Saumur, leur nom ne varie plus. On les appelle des Feuilles. »

(Théo-Critt : Nos farces à Saumur.)

Feuille à l’envers (voir la)

(Larchey, 1865) : « Sitôt, par un doux badinage, Il la jeta sur le gazon. Ne fais pas, dit-il, la sauvage ; Jouis de la belle saison. Ne faut-il pas dans le bel âge Voir un peu la feuille à l’envers ? » — Cet exemple est pris dans la 177e Contemporaine de Rétif (édit. 1783) ; mais la chanson est plus ancienne, car ses auditeurs ajoutent dans le texte : Charmante quoique vieille !.

(Rigaud, 1881) : S’asseoir avec une dame, à la campagne, au pied d’un arbre, et deviser des choses les plus tendres à la manière de Jasion et de Cérès.

Attendez-moi, n’avez-vous jamais vu les feuilles à l’envers ?

(Ane. Théâtre Italien.)

Feuille de chou

(Larchey, 1865) : Guêtre militaire, mauvais journal, titre non valable.

(Delvau, 1867) : s. f. Journal littéraire sans autorité, — dans l’argot des gens de lettres. On dit aussi Carré de papier.

(Delvau, 1867) : s. f. Guêtre de cuir, — dans l’argot des troupiers.

(Rigaud, 1881) : Méchant petit journal, journal sans importance.

(Rigaud, 1881) : Guêtre, — dans le jargon des troupiers.

(Rigaud, 1881) : Oreille, — dans l’argot des rôdeurs de barrière. — Je l’ai pris par ses feuilles de chou et je l’ai sonné.

(Rigaud, 1881) : Surnom donné au marin, par les soldats des autres armes. Allusion aux grands cols des marins.

(Boutmy, 1883) : s. f. Petit journal de peu d’importance.

(Virmaître, 1894) : Mauvais journal qui ne se vend qu’au poids (Argot d’imprimerie).

(Rossignol, 1901) : Journal de petit format. On dit aussi, de celui qui a de grandes oreilles, qu’il a des feuilles de choux.

Feuille de chou, Feuille de platane

(Rigaud, 1881) : Mauvais cigare, cigare d’un sou.

Feuille de rose

(Rigaud, 1881) : « On voit bien que vous n’avez pas accoutumé de parler à des visages. » (Molière, Le Malade imaginaire.)

Feuillées

(Fustier, 1889) : Latrines, Argot du régiment. Allusion aux branches d’arbres que l’on place, au camp, autour des cabinets pour les dissimuler.

Feuilles (bonnes)

(Fustier, 1889) : Les passages les plus remarquables d’un livre, d’une brochure.

Feuilles de chou

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Les oreilles, — dans l’argot des bouchers. On dit aussi Esgourdes et Maquantes.

(Hayard, 1907) : Oreilles, journal sans importance.

Feuilles de choux

(Merlin, 1888) : Guêtres de cuir.

(Virmaître, 1894) : Oreilles (Argot du peuple). V. Esgourdes.

Feuilleton

(Rigaud, 1881) : Supplément écrit à la main que quelques restau-rateurs ajoutent à la liste des plats indiqués sur la carte imprimée. Ce supplément s’appelle on ne sait pourquoi : Feuilleton. (Ch. Monselet, La Cuisinière poétique.)

Feux de file (ne pas s’embêter dans les)

(Larchey, 1865) : Être indépendant. — Mot à mot : faire feu à volonté.

Pour lors ! not’colonel, qui ne s’embête pas dans les feux de file…

Ancien Figno, 1827.

Feux de file (ne pas s’embrouiller dans les)

(Rigaud, 1881) : Conserver son sang-froid.

Fève

(d’Hautel, 1808) : Il donne un pois pour avoir une fève. Se dit d’une personne qui fait de petits présens, dans le dessein d’en recevoir de plus considérables.
Il croit avoir trouvé la fève au gâteau. Pour, il croit avoir fait une belle trouvaille, un bon marché, mais il s’en faut de beaucoup.
Rendre fèves pour pois. Se venger de quel qu’un avec usure ; ou lui rendre avec libéralité ce que l’on a reçu de lui.

Février

(d’Hautel, 1808) : Février le court, le pire de tous. Parce que le temps est ordinairement alors très mauvais et très-rigoureux.

Fia

(Rigaud, 1881) : Une des notes du tambour. Il y a le fia, le ra et le roulement.

Votre fia est si moelleux, si séduisant, si doux ! c’est du miel !

(H. Berlioz, Les Grotesques de la musique.)

Et il n’y en a pas un pour pincer un roulement comme moi. Ce n’est pas moi qui prendrai un ffla pour un rrra.

(Scribe et Poirson, Une Nuit de la Garde nationale, se. 111, 1815.)

Fiacre

(d’Hautel, 1808) : Parler, chanter, danser comme un fiacre. Pour dire fort mal, en dépit du sens commun.

(Rigaud, 1881) : Train de chemin de fer, — dans le jargon des mécaniciens.

Fiacre (jouer comme un)

(Rigaud, 1881) : Aux XVIIe et XVIIIe siècles, fiacre désignait un cocher de carrosse public. Jouer comme un fiacre était donc jouer comme un cocher.

Et les fiacres qui mènent ces carrosses sontla plupart des maquereaux, qui connaissent tous les lieux de débauche de Paris.

(Le Roux, Dict. comique, 1750.)

L’expression jouer comme un fiacre s’est conservée jusqu’à ce jour.

Fiacre (remiser son)

(Rigaud, 1881) : Se ranger ; mener une vie plus régulière.

Fiancer

(d’Hautel, 1808) : Qui fiance n’épouse pas. Signifie qu’après les fiançailles, on voit quelquefois les projets de mariage se rompre sans retour.

Fiasco

(Delvau, 1864) : Insuccès amoureux. — Faire fiasco. Ne pas pouvoir bander au moment où il le faut.

(Delvau, 1867) : s. m. Insuccès, — dans l’argot des coulisses et des petits journaux. Faire fiasco. Échouer dans une entreprise amoureuse ; avoir sa pièce sifflée ; faire un mauvais article. Se dit aussi pour Manquer de parole.

Fiâsses (les)

(Hayard, 1907) : Éux.

Ficelé

(Virmaître, 1894) : Se dit de quelqu’un bien habillé, tiré à quatre épingles (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Celui qui est correctement vêtu est bien ficelé.

Ficelé. Habillé

(Rigaud, 1881) : Bien ficelé, mal ficelé, bien mis, mal mis ; par allusion à la ficelle qui habille les saucissons.

Ficeler

(d’Hautel, 1808) : Pour dire, tromper, duper, attrapper, escroquer, voler avec finesse, et par une affreuse subtilité.

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Faire avec soin, — dans l’argot du peuple. Signifie aussi : S’habiller correctement, « se tirer à quatre épingles ».

(Rigaud, 1881) : Suivre, — dans le jargon des voleurs ; c’est une variante de filer.

(La Rue, 1894) : Suivre, filer. Faire un travail avec soin.

Ficeler (se)

(Larchey, 1865) : Soigner sa tenue. — Les carottes de tabac étaient autrefois ficelées avec beaucoup de soin. V. Chic.

Voilà maman Vauquer belle comme un astre, ficelée comme une carotte.

Balzac.

(Rigaud, 1881) : S’habiller avec soin, se vêtir de ses plus beaux habits. — Suis-je assez proprement ficelé ?

Ficeleuse

(Virmaître, 1894) : La ceinture (Argot du peuple). V. Anguille.

Ficelle

(d’Hautel, 1808) : Être ficelle. Métaphore populaire qui signifie friponner avec adresse.
Un ficelle. Escroc ; homme fort enclin à la rapine. En ce sens, ce mot est toujours masculin.

(Larchey, 1865) : Procédé de convention, acte de charlatanisme. M. Reboux a publié, en 1864, Les Ficelles de Paris.

M. M…, pour animer la statuaire, emprunte a la peinture quelques-uns de ses procédés ; je n’oserais l’en blâmer, si l’austérité naturelle de ce grand art ne repoussait point les ficelles.

Ch. Blanc.

Mais il n’est pas en relation avec les directeurs, et d’ailleurs il n’est pas outillé pour le théâtre ; il ne connaît pas les ficelles de la scène.

Privat d’Anglemont.

Ferdinand lui indiqua plusieurs recettes et ficelles pour différents styles, tant en prose qu’en vers.

Th. Gautier, 1833.

(Larchey, 1865) : Chevalier d’industrie.

Cadet Roussel a trois garçons : L’un est voleur, l’autre est fripon. Le troisième est un peu ficelle.

Cadet Roussel, chanson, 1793, Paris, impr. Daniel.

(Delvau, 1867) : s. f. Secret de métier, procédé particulier pour arriver à tel ou tel résultat, — dans l’argot des artistes et des ouvriers.

(Delvau, 1867) : adj. et s. Malin, rusé, habile à se tirer d’affaire, — dans l’argot du peuple, qui a gardé le souvenir de la chanson de Cadet-Rousselle :

Cadet Rousselle a trois garçons,
L’un est voleur, l’autre est fripon,
Le troisième est un peu ficelle…

Cheval ficelle. Cheval qui « emballe » volontiers son monde, — dans l’argot des maquignons.

(Rigaud, 1881) : Filou prudent. Un homme ficelle se prête à toutes les malhonnêtetés qui échappent à l’action de la loi.

(Rigaud, 1881) : Mensonge transparent, petite ruse. — Ruses d’un métier.

A la ville, ficelle signifie une ruse combinée maladroitement. — Au théâtre, ficelle exprime un moyen déjà employé, connu, usé, qui sert à amener une situation ou un dénoûment quelconque mais prévu.

(J. Noriac, Un Paquet de ficelles.)

Tous les métiers ont leurs ficelles. Connaître toutes les ficelles d’un métier, c’est le connaître à fond, en connaître toutes les ruses, tous les fils qui le font mouvoir.

(La Rue, 1894) : Ruse, malice. Secret de métier.

(Virmaître, 1894) : Être ficelle, malin, rusé, employer toutes sortes de ficelles pour réussir dans une affaire.
— Je la connais, vous êtes trop ficelle pour ma cuisine.
— Vous ne me tromperez pas, je vois la ficelle (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Rusé.

Ficelle (être)

(Hayard, 1907) : Être mâlin, rusé.

Ficelles

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Ruses, imaginations pour tromper, — dans l’argot du peuple.

(Delvau, 1867) : s. f. pl. « Les procédés épuisés et les conventions classiques, » — dans l’argot des gens de lettres.

Ficellier

(Delvau, 1867) : s. m. Homme rusé, retors, qui vit d’expédients.

Fichaise

(d’Hautel, 1808) : Des fichaises. Pour dire des choses de peu d’importance ; des bibus, des riens. Voy. Foutaise.
Des fichaises en manière d’ange. Trivialité bouffonne qui équivaut à gaudrioles, vains ornemens, prétintailles.

(Larchey, 1865) : Niaiserie, chose dont on peut se ficher.

Le passé n’est qu’un songe, Une fichaise, un rien.

Vadé, 1756.

(Delvau, 1867) : s. f. Chose de peu d’importance, — dans l’argot des bourgeois, qui n’osent pas dire Foutaise.

Fichant

(Larchey, 1865) : Navrant.

N’est-ce pas, mon vieux, c’est tout de même fichant de se dire !…

E. Sue.

(Delvau, 1867) : adj. Ennuyeux, désagréable, — en parlant des choses et des gens.

(Rigaud, 1881) : Extrêmement contrariant. (L. Larchey) — Très fâcheux.

Fichard (va-t’en au)

(Rigaud, 1881) : Va te faire fiche.

Fiche de consolation

(Larchey, 1865) : Dédommagement. — Terme de whist.

(Delvau, 1867) : s. f. Compensation, dédommagement.

Ficher

(d’Hautel, 1808) : Met bas et trivial qui est d’un fréquent usage parmi les Parisiens, et qui a un grand nombre d’acceptions.
Fichez le camp d’ici. Manière impérative et malhonnête de renvoyer quelqu’un ; et qui équivaut à, sortez d’ici ; retirez-vous.
Va te faire fiche. Pour, va te promener ; laisse moi tranquille.
Se ficher. Pour, se moquer de quelqu’un ; ne pas craindre ses menaces ; s’embarrasser peu de quelque chose.
Je m’en fiche. Pour, je me moque bien de lui ; je m’embarrasse peu de cette chose.
Je ťen fiche. Expression dubitative, pour cette chose n’est pas vraie ; tu te trompes assurément.
Je m’en fiche comme de Colin-Tampon. C’est-à-dire, comme de rien du tout ; je ne fais aucun cas de sa personne.
C’est bien fichant de n’avoir pas pu parvenir d conclure cette affaire.
C’est fichant d’avoir sacrifié son bien pour un ingrat.
C’est fichant de faire le gros seigneur et de n’avoir pas le sou.
Ces locutions, comme on voit, expriment alternativement le regret, la plainte, le déplaisir, l’ironie.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Donner.

(Bras-de-Fer, 1829) : Donner.

(Larchey, 1865) : Faire. — Il est à remarquer que la finale de cet infinitif s’élide presque toujours.

Mais voyons, Limousin, avec un méchant budget d’une cinquantaine de millions, qu’est-ce que tu peux fiche ?

Gavarni.

(Larchey, 1865) : Donner, flanquer.

Je l’ai fichue à l’eau.

E. Sue,

J’lui fiche un soufflet.

1750, Cailleau.

Fiche-moi la paix.

Jaime.

Dès la fin du quatorzième siècle, ficher se trouve souvent dans le livre des faicts du mareschal de boucicaut (édit. michaud). — à une déroute de sarrasins, il est dit que les jardins favorisèrent beaucoup leur retraite, car s’y fichèrent ceulx qui eschapper peurent (p. 276). — la même année (1399), on nous représente les vénitiens après un combat maritime s’en allant ficher en leur ville de modon (p. 283). — enfin,

quand chateaumorant, avec la compaignée des autres prisonniers feurent arrivez à venise, adonc on les ficha en forte prison.

(édit. petitot, t. II, p. 83).

(Larchey, 1865) : Fourrer.

Ne vas pas te ficher cela dans la cervelle.

Le Rapatriage, parade du dix-huitième siècle.

(Delvau, 1867) : v. n. Faire, convenir, importer. Une remarque en passant : On écrit Ficher, mais on prononce Fiche, à l’infinitif.

(Delvau, 1867) : v. a. Donner. Signifie aussi : Appliquer, envoyer, jeter.

Ficher (se)

(Larchey, 1865) : S’habiller.

Faut-y que ça soit chiche de ne pas se fiche en sauvage.

Gavarni.

(Larchey, 1865) : Se moquer.

Vous vous fichez du monde.

Vadé, 1755.

Ah bah ! je t’en fiche, il m’embrassait toujours.

L. Beauvallet.

(Delvau, 1867) : v. réfl. S’habiller de telle ou telle façon. Se ficher en débardeur. Se costumer en débardeur.

(Delvau, 1867) : v. réfl. Se moquer. Se ficher du monde. N’avoir aucune retenue, aucune pudeur. Je t’en fiche ! Se dit comme pour défier quelqu’un de faire telle ou telle chose.

(Delvau, 1867) : v. réfl. Se mettre dans l’esprit.

Ficher comme de coller un tampon (s’en)

(Rigaud, 1881) : S’en moquer complètement ; c’est la variante de « s’en ficher comme de colin tampon. »

Ficher dans la douane (s’en)

(Fustier, 1889) : S’ennuyer énormément. Argot de ces messieurs de la douane.

Ficher dedans

(Larchey, 1865) : Tromper. V. Dedans.

Ficher la colle

(Halbert, 1849) : Mentir adroitement.

Ficher la colle gourdement

(Halbert, 1849) : Être bon trucheur en perfection.

Ficher la misère par quartiers

(Larchey, 1865) : Être pauvre.

Ficher le camp

(Larchey, 1865) : Décamper.

Mon enfant, fiche moi le camp.

Rétif, 177e Contemporaine, 1783.

(Delvau, 1867) : v. a. S’en aller, s’enfuir. Le peuple dit : Foutre le camp.

Ficher ou deficher

(Halbert, 1849) : Bailler.

Ficher ou déficher

(anon., 1827) : Bailler.

Ficher son billet (en)

(Delvau, 1867) : Donner mieux que sa parole, faire croire qu’on y engagerait même sa signature. Le peuple dit En foutre son billet.

Ficher une colle

(Larchey, 1865) : Conter un mensonge. — V. Colle.

Pour mieux duper les innocents, Être adroit à ficher la colle.

1651, la Juliade.

(Rigaud, 1881) : Débiter un mensonge. — Ficher s’emploie honnêtement à la place du verbe qui commence par la même lettre et dont a tant abusé le père Duchêne.

Fichtre

(d’Hautel, 1808) : Exclamation populaire qui équivaut à diantre ! morbleu.
Fichtre ! il n’y fait pas bon ! Pour dire qu’il y a du danger à séjourner dans un lieu.

Fichtre !

(Delvau, 1867) : Exclamation de l’argot des bourgeois, qui remplace Foutre ! et marque l’étonnement, quand elle ne marque pas la colère.

Fichu

(d’Hautel, 1808) : C’est un fichu polisson ; un fichu menteur. Expressions injurieuses et basses pour dire un polisson avéré ; un audacieux menteur.
C’est autant de fichu. Pour c’est autant de perdu.
Il est fichu. Pour il est ruiné, perdu sans ressource.
Voilà qui est bien fichu. Pour qui est bien tourné. Se dit par dérision d’un ouvrage mal fait.

(Larchey, 1865) : Capable.

Eh ! là-bas… y sont fichus de ne point ouvrir… y faut donc enfoncer la porte…

H. Monnier.

(Larchey, 1865) : Détestable.

Cette fichue traduction l’avait pourtant fait secrétaire interprète de la langue anglaise,

dit Tallemant des Réaux en parlant de Maugars.

C’est là l’éloquence salote et le fichu raisonnement de ce burlesque jugement.

La Juliade, Paris, 1651, in-4.

Un fichu temps comme ça, c’est bon pour une grenouille.

Delange, Chansons.

Toinon, je ne vaux rien quand on m’ostine ; je m’connais ! — Une fichue connaissance que t’as là.

Gavarni.

(Delvau, 1867) : adj. Perdu, en parlant des choses ; à l’agonie, en parlant des gens. Même argot [des bourgeois]. Madame de Sévigné a donné des lettres de noblesse à cette expression trop bourgeoise, en parlant quelque part de « l’esprit fichu de mademoiselle Du Plessis ! »

(Delvau, 1867) : adj. Détestable, archi-mauvais, — en parlant des choses et des gens. Fichu livre. Livre mal écrit. Fichu raisonnement. Raisonnement faux. Fichue connaissance. Triste amant ou désagréable maîtresse.

(Delvau, 1867) : adj. Capable de.

(Delvau, 1867) : adj. Habillé. Être mal fichu. Être habillé sans soin, sans grâce. On dit aussi Être fichu comme un paquet de sottises ou comme un paquet de linge sale. Signifie quelquefois : Être mal fait, mal bâti, et même malade.

Fichu, mal fichu

(Larchey, 1865) : Mal accoutré. — Tallemant des Réaux dit dans son historiette sur Marville :

Le voylà tout aussi fichu que du temps de Richelieu.

Fichumacer

(Larchey, 1865) : Diminutif de ficher.

D’mandez moi donc où c’qu’est Allé c’flaneux d’ Cadet ! C’qu’il peut fichumacer À l’heure qu’il est.

Désaugiers.

Fidibus

(Larchey, 1865) : Longue bande de papier pliée ou roulée tout exprès pour allumer la pipe. Jeu de mots basé sur le pluriel de fides. — Un fidibus sert à plusieurs fois ; il est assez long pour allumer plusieurs pipes.

Un roman de G. Sand dont il fera un fidibus après l’avoir lu.

Ch. Rouget.

Fieffé

(d’Hautel, 1808) : Sans pareil. Ce mot ainsi que le précédent, sert à donner plus de force au substantif qu’il accompagne, et s’employe toujours dans un sens insultant.

Fienter

(Delvau, 1867) : v. n. Cacare, — dans l’argot du peuple, toujours rabelaisien.

Fier

(d’Hautel, 1808) : pour grand, fort, véritable, fougueux.
Il a reçu une fière leçon. Pour une forte leçon.
C’est un fier mauvais sujet. Pour dire un mauvais garnement.
C’est un fier homme. Se dit ironiquement d’un homme médiocre et sans capacité.
Être sur son fier. Pour montrer de la morgue, faire l’entêté.

(Larchey, 1865) : Grand. V. Blagueur.

Ça lui portera un fier coup.

Lubize.

C’est la mère Burette, une fière femme pour les cartes.

E. Sue.

(Delvau, 1867) : adj. Gris, un peu raide, — dans l’argot des faubouriens.

(Delvau, 1867) : adj. Étonnant, inouï, — dans l’argot du peuple, qui prend ce mot plutôt dans le sens virgilien (Sœvus Hector : le redoutable Hector) que dans le sens cicéronien (Superbus).

La véissiés un fier abateis ;
Il n’a el monde païen ne sarasin,
S’il les veist, cui pitié n’en prisist, »

dit un poème du moyen âge. Signifie aussi Habile, malin.

Fier-à-bras

(d’Hautel, 1808) : Bravache, matamore, homme présomptueux qui veut faire quelque chose au-dessus de ses forces, ou qui cherche à en imposer par ses menaces et ses rodomontades.

(Delvau, 1867) : s. m. Fanfaron, bravache, qui menace de tout casser, — et qui est souvent obligé de se la casser.

Fièrement

(d’Hautel, 1808) : Cet adverbe, ainsi que son adjectif, s’emploie d’une manière bannale, et en a toutes les acceptions.
Il est fièrement farce ; il est fièrement drôle. Pour dire qu’un homme est risible, plaisant et bouffon.
On dit d’une chose de prix, qu’elle est fièrement chère : d’un sot au suprême degré, qu’il est fièrement bête.

(Larchey, 1865) : Grandement. — V. Dégoûté, Tomber.

Que demain je lâche ma place, on me tomberait fièrement dessus.

De Goncourt.

Y aura fièrement de monde. Venez-y.

Vadé, 1788.

(Delvau, 1867) : adv. Beaucoup, étonnamment.

Fiérot

(d’Hautel, 1808) : Diminutif de fier ; pour petit fat, petit orgueilleux, hautain, dédaigneux, rodomont.
Il fait te fiérot. Se dit d’un homme qui oublie sa première condition, qui ne daigne plus regarder, qui méprise ses anciens camarades.

(Delvau, 1867) : adj. et s. Homme un peu fier.

Fieu

(d’Hautel, 1808) : Pour fils ; ce mot du vieux langage s’est conservé dans les campagnes.
C’est un bon fieu. Pour un bon enfant.

(Delvau, 1867) : s. m. Enfant, — dans l’argot des nourrices.

Fièvre

(d’Hautel, 1808) : Va te coucher Basile, tu sens la fièvre. Se dit par raillerie à quelqu’un qui tient des discours déraisonnables, qui ne sait ce qu’il veut dire, et dont la conversation ennuye, impatiente. Cette locution est tirée du Barbier de Séville.
Il a la fièvre de veau, il tremble quand il est soûl. Se dit d’un paresseux, d’un poltron, d’un ivrogne.
Tomber de fièvre en chaud mal. Éviter un petit malheur, pour tomber dans un plus grand.

Fièvre cérébrale

(Larchey, 1865) : Accusation entraînant la perte de la tête (Vidocq). — Jeu de mots.

(Delvau, 1867) : s. f. Condamnation à mort, — dans l’argot des assassins, à qui cela doit donner en effet le transport au cerveau, et même le delirium tremens.

(Rigaud, 1881) : Accusation capitale, — dans l’ancien argot. — Aujourd’hui dans le monde des voleurs, fièvre typhoïde et vérole noire ont le même sens. — Redoublement de fièvre cérébrale, nouveau témoignage très grave à la charge de l’accusé.

(La Rue, 1894) : Accusation entraînant la peine capitale.

(Virmaître, 1894) : Condamné à mort. Il meurt en effet subitement (Argot des voleurs).

Fièvrotte

(d’Hautel, 1808) : Diminutif de fièvre ; fièvre légère et peu dangereuse.

Fiferlin

(Rigaud, 1881) : Soldat, — dans le jargon des voyous. — Faire la paire au fiferlin, être tombé au sort.

(Rigaud, 1881) : Canotier novice, — dans le jargon des canotiers.

Fifi

(Delvau, 1867) : s. m. Vidangeur, — dans l’argot ironique du peuple, qui tire aussi bien sur ses propres troupes que sur les autres, le Bourgeois et le Monsieur.

(Rigaud, 1881) : Vidangeur. Le mot a plus d’un siècle de circulation dans la bouche du peuple.

Fifi-lolo

(Delvau, 1867) : s. m. Homme qui fait la bête ou l’enfant, — dans l’argot des faubouriens.

Fifine

(Delvau, 1867) : Réduplication caressante de Joséphine.

Fiflot

(Merlin, 1888) : Fantassin.

Fifre

(d’Hautel, 1808) : Jouer du fifre. Pour dire, croquer le marmot ; se passer d’une chose à laquelle on devoit avoir part. Cette locution burlesque s’emploie à-peu-près dans ce sens.
Et moi, que ferai je pendant ce temps ? Tu joueras du fifre.

(Merlin, 1888) : Terme de mépris. Il joue comme un fifre, c’est-à-dire comme un maladroit.

Fifrelin

(Delvau, 1867) : s. m. Monnaie imaginaire fabriquée par le peuple et valant pour lui cent fois moins que rien.

(La Rue, 1894) : Presque rien. Valeur presque nulle. Signifie aussi soldat.

Figariste

(Rigaud, 1881) : Rédacteur du journal le Figaro, celui qui appartient à la rédaction de ce journal, — dans le jargon des petits journaux que le succès du Figaro empêche de dormir.

Figaro

(Delvau, 1867) : s. m. Coiffeur, — dans l’argot des bourgeois qui ont gardé bon souvenir du Barbier de Séville, le premier coup de pioche de la Révolution.

Figé

(La Rue, 1894) : Juge.

Figer

(d’Hautel, 1808) : Cet homme me fait figer le sang, quand je le vois. Se dit d’un homme importun, ennuyeux, pour lequel on a une redoutable aversion.

Figer (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Avoir froid, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Faire une station prolongée n’importe où, soit chez le marchand de vin, soit sur l’autel de Domange, — dans le jargon des voyous.

(La Rue, 1894) : Avoir froid.

Fignard

(Delvau, 1864) : Le cul (inusité).

Il écouta la vieille et lui laissa tout dire,
Pencha son front rêveur ; puis, avec un sourire,
Lui foutit sa botte au fignard.

Dumoulin.

(Delvau, 1867) : s. m. Le podex, — dans l’argot des voyous.

(Rigaud, 1881) : Le fondement ; c’est troufignard, par abréviation.

(Hayard, 1907) : Postérieur.

Figne

(Virmaître, 1894) : Le podex (Argot des voleurs).

(Hayard, 1907) : Anus.

Figne (le)

(Rossignol, 1901) : Postérieur.

Fignol

(Virmaître, 1894) : Joli (Argot des voleurs).

Fignolade

(Delvau, 1867) : s. f. Roulade à perte de vue, vocalise infiniment prolongée, — dans l’argot des coulisses.

Fignole

(Fustier, 1889) : Joli. (Richepin.) V. Delvau, Fignoler.

Fignoler

(Larchey, 1865) : Exécuter avec fion.

C’est qu’vous fignolait (la contredanse). Dame, il y allait de tête et de queue.

Rétif, 1783.

Quel style ! comme c’est fignolé.

Labiche.

C’est un fignoleux, mais il fait trop le fendant à cause qu’il a du bec.

Vadé, 1788.

(Delvau, 1867) : v. a. Achever avec soin, finir avec amour, — dans l’argot des ouvriers et des artistes. Certain étymologiste veut que ce mot signifie : « Exécuter avec fions. » C’est possible, mais j’ai entendu souvent prononcer Finioler : or, la première personne du verbe finire n’est-elle pas finio ? — V. aussi Fionner.

(Virmaître, 1894) : Polir une pièce d’ouvrage, l’achever avec un soin tout particulier (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Un travail fait avec soin est fignolé.

Fignoleur, Fignoleuse

(Rigaud, 1881) : Celui, celle qui cherche à se distinguer par sa mise, par ses manières.

Fignoton

(Virmaître, 1894) : Derrière (Argot du peuple). N.

Figue

(d’Hautel, 1808) : Moitié figue, moitié raisin. Signifie ni bien, ni mal ; partie de gré, partie de force.
Faire la figue. Braver, défier, mépriser quelqu’un ; s’en moquer.

(Delvau, 1864) : La nature de la femme, qui est de la nature de ce fruit, un peu plissée, un peu mole, — et savoureuse comme lui. — Les Italiens ne jurent que par là : Per la fica ! disent-ils.

De ton figuier mange le fruit,
Et ne va pas durant la nuit
Du voisin grignotter la figue.

Parny.

Figurant à l’huile

(Rossignol, 1901) : Figurant de théâtre qui n’est pas rétribué.

Figurant au beurre

(Rossignol, 1901) : Le contraire de à l’huile.

Figurant de la morgue

(Fustier, 1889) : Cadavre.

Figurants du salon

(Virmaître, 1894) : Certaines maîtresses de maisons de tolérance pour faire croire à une clientèle choisie, paient chaque soir plusieurs individus qui figurent au Salon. Rue Sainte-Appoline, une de ces maisons eut pour figurants pendant plusieurs années deux acteurs devenus très célèbres (Argot du peuple). N.

Figuration

(Delvau, 1867) : s. f. Les figurants, — dans l’argot des coulisses.

Figure

(d’Hautel, 1808) : Faire figure. Avoir de la représentation dans le monde ; y paroître avec éclat.
Faire une triste figure. Pour dire, avoir de l’humeur, faire la moue, bouder.

(Delvau, 1867) : s. f. Tête de mouton, bonne pour le pot-au-feu, — dans l’argot des faubouriens. Demi-figure. Moitié de tête de mouton achetée chez le tripier.

(Rigaud, 1881) : Tête de veau dans le baquet du boucher.

(Rigaud, 1881) : Personne, individu. — Ce n’est pas pour ta figure, ce n’est pas pour toi. — C’est pour ma figure, c’est pour moi.

Figure (ma)

(Delvau, 1867) : pron. pers. Moi, ma personne, — dans le même argot [des faubouriens].

Figure à baignes

(Rossignol, 1901) : Celui qui a une physionomie antipathique a une figure à recevoir des baignes.

Figure à claque

(Merlin, 1888) : L’intendant, à cause de sa coiffure.

Figure à claques

(Virmaître, 1894) : Visage ingrat, pas précisément laid, mais antipathique de prime abord. Dans le peuple, tout individu qui ne vous regarde pas en face, franchement, comme on dit l’œil dans l’œil, est une figure à claques.
— Tiens, tu me dégoûtes, ta gueule appelle la claque (Argot du peuple).

Figure à hommes

(Rigaud, 1881) : Figure qui plaît aux hommes. C’est pour ces dames un excellent capital qui rapporte de bonnes rentes dans le monde de la galanterie.

Figure comme le cul d’un pauvre homme (avoir une)

(Rigaud, 1881) : Montrer un visage rouge, animé, pétillant de graisse et de santé. Des physionomistes ont, paraît-il, été jusqu’à observer que c’était au derrière des pauvres gens que se réfugiait la santé.

Figure d’écumoire

(Virmaître, 1894) : Homme affreusement grêlé (Argot du peuple). V. Poêle à marrons.

Figure de campagne

(Delvau, 1867) : s. f. Celle qu’on ne montre, ou plutôt qu on ne découvre, qu’à la campagne, au coin d’une haie bien fournie, ou à l’ombre d’un hêtre touffu, lorsqu’on se croit bien seul dans la nature. Argot du peuple. (V. Pleine lune et Visage.)

(Virmaître, 1894) : Faire ses nécessités en plein air. On comprend quelle figure est au vent (Argot du peuple).

Figure de culotte

(Rigaud, 1881) : Visage gros et rouge. — Délicate allusion au visage que cache la culotte.

Figure de papier maché

(Virmaître, 1894) : Personne sans couleur, aux joues creuses et à visage pâle. Le peuple, sans pitié, ne manque jamais d’employer cette expression pour un malheureux qui meurt de consomption.
— Il ne tient pas debout avec sa figure de papier mâché (Argot du peuple).

Figure de papier mâché

(Rossignol, 1901) : Avoir mauvaise mine.

Figure de prospérité

(Delvau, 1867) : s. f. Visage qui annonce la santé.

Figure de vesse

(Rigaud, 1881) : Figure pâle et boursouflée ; physionomie de chlorotique.

Figurement

(d’Hautel, 1808) : Pour dire face, visage.
Il a un drôle de figurement. Pour, un visage singulier et bizarre.

Figurer

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Être au carcan.

(Delvau, 1867) : v. n. Paraître comme comparse sur un théâtre, à raison de vingt sous par soirée quand on est homme et pauvre, et pour rien quand on est femme et jolie.

(Delvau, 1867) : v. n. Être exposé au poteau d’infamie, — dans l’argot des voleurs, qui paraissent là comme des figurants sur un théâtre.

Figuristes

(Rossignol, 1901) : Italiens que l’on rencontre sur la voie publique et à la porte des cafés offrant en vente des sujets en plâtre.

Fil

(d’Hautel, 1808) : Avoir le fil. Être fin, adroit et audacieux ; enjôler, duper le mieux du monde.
Il faut prendre ses précautions avec cet homme ; il a un bon fil, un fameux fil, un vieux fil. Se dit d’un homme rusé, d’un fin matois, d’un entremetteur, qui ne se retire jamais d’une affaire les mains nettes.
Des malices cousues de fil blanc. Pièges maladroits, tours mal combinés, attrapes grossières.
De fil en aiguille. Pour, d’un propos à l’autre.
Donner du fil à retordre. Tourmenter, donner de la peine à quelqu’un, le contrecarrer dans ses projets.

(Delvau, 1867) : s. m. Adresse, habileté, — dans l’argot du peuple, qui assimile l’homme à un couteau et l’estime en proportion de son acuité. Avoir le fil. Savoir comment s’y prendre pour conduire une affaire. Connaître le fil. Connaître le truc. On dit aussi d’une personne médisante ou d’un beau parleur : C’est une langue qui a le fil.

(Rigaud, 1881) : Au théâtre, toutes les cordes ont reçu le nom de fils. — Descendre un fil, descendre une corde qui supporte les amours dans les féeries.

(La Rue, 1894) : Cheveu. Fil bis. Cheveu blanc.

Fil (avoir le)

(Larchey, 1865) : Être rompu à tel ou tel exercice. — Allusion au fil qui donne à une arme ou à un outil le dernier degré de perfection.

Voyez comm’elle avait le fil Pour tramer la guerre civile.

Chansons, 1830.

Quand le jean-jean est passé de l’école du soldat à l’école de peloton, il possède ce qu’on appelle le fil.

M. Saint-Hilaire.

Une langue qui a le fil est une langue médisante, acérée comme une lame fraîchement émoulue.

(Rigaud, 1881) : Être adroit, finaud, rusé, — dans le jargon des voyous ; allusion au fil d’un couteau, d’un rasoir.

Je suis nabot, mais j’ai le fil.

(P. Mahalin, Les Monstres de Paris.)

(La Rue, 1894) : Être adroit, rusé.

Fil (prendre un)

(Rigaud, 1881) : Prendre un verre d’eau-de-vie. Mot à mot : un verre de fil-en-quatre.

Fil à couper le beurre (n’avoir pas inventé le)

(Rigaud, 1881) : Être naïf, être niais. Les amis d’une douce plaisanterie disent également : N’avoir pas découvert la mine de pains à cacheter.

Fil à la patte (en avoir un)

(Virmaître, 1894) : Être gêné par quelqu’un. Être entravé dans ses affaires, n’avoir pas ses coudées franches. Une femme crampon est un rude fil à la patte (Argot du peuple).

Fil à retordre (avoir du)

(Virmaître, 1894) : Peiner pour réussir une affaire. Essayer de convenir un incrédule.
— Pas moyen de venir à bout de cette mauvaise tête d’Alfred. En voilà un enfant qui m’a donné du fil à retordre (Argot du peuple).

Fil dans la trousse

(Rossignol, 1901) : Être poilu.

Fil de soie

(La Rue, 1894) : Voleur.

(Virmaître, 1894) : Filou, voleur (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Voleur.

Fil en aiguille (de)

(Delvau, 1867) : adv. De propos en propos, — dans l’argot du peuple, qui a eu l’honneur de prêter cette expression à Mathurin Régnier :

Enfin, comme en caquets ce vieux sexe fourmille,
De propos en propos et de fil en esquille,
Se laissant emporter au flus de ses discours,
Je pense qu’il falloit que le mal eust son cours,

dit le vieux poète en sa Macette.

Fil en double

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Bon vin.

(Larchey, 1865) : Le vin s’appelle du fil en double.

Grandval, 1827.

Fil en quatre

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Eau-de-vie.

(Larchey, 1865) : « Voulez-vous une gorgée de fil en quatre ? — Je veux bien… Elle est bonne, votre eau-de-vie. » — H. Monnier, 1836. — « Allons, Auguste, un petit verre de fil en quatre, histoire de se velouter et de se rebomber le torse. » — Th. Gautier. Fil en quatre signifie plus fort que le vin, car celui ci s’appelle aussi fil en deux.

(La Rue, 1894) : Eau-de-vie.

(Virmaître, 1894) : Eau-de-vie supérieure (Argot du peuple).

Fil sur la bobine

(Rossignol, 1901) : Cheveux sur la tête.

Fil sur la bobine (ne plus avoir de)

(Rigaud, 1881) : Ne plus avoir de cheveux sur la tête.

Fil-en-quatre

(Delvau, 1867) : s. m. Eau-de-vie très forte, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Fil-en-trois.

(Rigaud, 1881) : Apprenti commis mercier.

(Rigaud, 1881) : Eau-de-vie.

Fil-en-trois (du)

(d’Hautel, 1808) : Pour dire de l’eau-de-vie, du roide, du sacré chien tout pur.

Filage

(Rigaud, 1881) : Action, art de filer la carte, de ne pas engager le jeu, à la bouillotte.

Filage, filature

(La Rue, 1894) : Action de suivre quelqu’un.

Filage, File, Filature

(Rigaud, 1881) : Action de suivre quelqu’un, — en terme de police. — Lâcher de la filature, suivre. — Les voleurs disent : Ces messes nous lâchent de la filature, ces messieurs nous suivent.

Filard

(Rigaud, 1881) : Terme de joueur de bouillotte. Celui qui file chaque fois qu’il n’a pas un très beau jeu, comme trente-un en main, ou quarante de face ou vingtun et as premier.

Filasse

(d’Hautel, 1808) : C’est comme de la filasse. Se dit d’une viande dure et filandreuse.

(Larchey, 1865) : Chevelure blonde (Vidocq). — Filasse : Matelas. On y trouve souvent plus de filasse que de crins. — Piquer une tête dans la filasse : Dormir.

(Delvau, 1867) : s. f. Cheveux trop blonds, — dans l’argot des faubouriens. Saint-Simon a employé cette expression à propos des cheveux de la duchesse d’Harcourt, et, avant Saint-Simon, le poète Rutebeuf.

Au deable soit tel filace,
Fet li vallés, comme la vostre !

(Delvau, 1867) : s. f. Matelas, et même lit, — dans l’argot des faubouriens. Se fourrer dans la filasse. Se mettre au lit.

(Rigaud, 1881) : Morceau de bœuf bouilli. — La variante est : Balle élastique.

Filateur, Fileur

(Rigaud, 1881) : Tricheur qui opère au moyen du filage de la carte, c’est-à-dire en distribuant une carte pour une autre.

Filature

(Virmaître, 1894) : Terme employé par les agents de la sûreté pour indiquer qu’ils filent un voleur (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Suivre. Un agent de police fait une filature, lorsqu’il suit un voleur pour savoir ce qu’il fait.

(Hayard, 1907) : Occupation d’un agent qui suit quelqu’un.

Filature (être en)

(Clémens, 1840) : Suivre quelqu’un.

File

(Merlin, 1888) : Mettre une file de gauche en arrière, se moucher avec les doigts.

Filer

(d’Hautel, 1808) : Filer le parfait amour. Rechercher une personne dans le dessein de l’épouser ; l’aimer de bonne foi.
Filer sa corde. Commettre des actions contraires à l’honneur et à la probité.
Filer doux. Devenir souple, se soumettre sans murmurer à des ordres rigoureux.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Suivre, préparer. Filer une affaire, faire les dispositions d’un vol.

(Clémens, 1840) : Suivre, espionner.

(Halbert, 1849) : Suivre un individu.

(Larchey, 1865) : Suivre.

Un voleur se charge de filer la personne.

Vidocq.

Être filé signifie, dans le langage des débiteurs, que le recors vous suit à la piste.

Montépin.

Dans le même vocabulaire, Être fumé signifie être arrêté.

(Delvau, 1867) : v. a. Suivre un malfaiteur, — dans l’argot des agents de police. Suivre un débiteur, — dans l’argot des gardes du commerce.

(Delvau, 1867) : v. a. Voler, — dans l’argot des voyous. Filer une pelure. Voler un paletot.

(Delvau, 1867) : v. n. S’en aller, s’enfuir, — dans l’argot des faubouriens.

(Delvau, 1867) : v. n. Levare ventris onus, — dans le même argot [des faubouriens].

(Rigaud, 1881) : Sacrifier à la compagnie Lesage.

(Rigaud, 1881) : Suivre à la piste. La police file à pied, en voiture et en chemin de fer.

(Rigaud, 1881) : Ne pas engager le jeu, — dans le jargon des joueurs de bouillotte. Faire filer, intimider son adversaire qui, alors, n’engage pas le jeu, ou qui paye son premier engagement.

(Rigaud, 1881) : Faire l’école buissonnière, — dans le jargon des collégiens.

Les elèves de Louis-le-Grand filent, soit aux Ours, (le jardin des Plantes) soit au Luxembourg.

(Albanès, Mystères du collège.)

(Virmaître, 1894) : Suivre. Pour organiser une filature, les agents se mettent deux, l’un devant le filé, l’autre derrière, de façon à ce qu’il ne puisse échapper. Il y a des filatures qui sont extrêmement mouvementées, c’est une véritable chasse où toutes les ruses sont mises en œuvre. Le gibier cherche toutes les occasions de se dérober pour éviter le sapement (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Suivre. Pour suivre un malfaiteur, il y a toujours deux agents de la sûreté, l’un suit le filé et l’autre son collègue. Lorsque le premier agent croit avoir été remarqué par le filé, il change de rôle avec son collègue. Un bon agent, qui fait le service dit de la voie publique, avait dans le temps toujours une blouse enroulée autour du corps, en guise de ceinture et une casquette dessous son gilet. Lorsque le premier agent croyait avoir été remarqué, et qu’il prenait la place de son collègue, il mettait tout en marchant sa blouse par-dessus son vêtement et sa casquette ; dans cette tenue, il pouvait reprendre sa place primitive, sans être reconnu. À une époque, j’avais un binocle sur lequel se trouvait collée une toute petite glace sur chaque verre, ce qui me permettait de voir quelqu’un eh lui tournant le dos.

(Hayard, 1907) : Suivre.

Filer (faire)

(Rigaud, 1881) : Dérober. Mot à mot : faire filer un objet de la poche de quelqu’un.

Filer doux

(Delvau, 1867) : v. n. Ne pas protester, — même lorsqu’il y a lieu ; souffrir ce qu’on ne peut empêcher. Argot des bourgeois.

Comme son lict est feict : que ne vous couchez-vous,
Monsieur n’est-il pas temps ? Et moi, de filer dous,

dit Mathurin Régnier en sa satire XIe.

(Rigaud, 1881) : Se montrer soumis, obéissant.

Filer la carte

(Rigaud, 1881) : « Changer la première carte qui est dessus le jeu, celle qu’on doit donner à son adversaire, contre la deuxième carte. Le filage de carie est une opération très délicate et difficile à exécuter. » (A., de Caston.) Les joueurs honnêtes du baccarat se servent de l’expression filer la carte, filer pour désigner l’action de découvrir par degrés, très lentement, une des deux cartes qu’ils ont en main ; c’est un moyen comme un autre de se procurer une émotion, et l’on sait que le joueur vit d’émotions.

Filer la comète

(Rigaud, 1881) : Coucher en piein air, coucher à la belle étoile, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Être vagabond.

(Virmaître, 1894) : Malheureux qui n’a pas de domicile et qui marche toute la nuit pour éviter d’être emballé par les agents. Quand il n’y a pas de comète il file les étoiles quand il n’est pas filé lui-même (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Celui qui est sans domicile, qui ne sait où coucher, file la comète.

(Hayard, 1907) : Coucher dehors, à la belle étoile.

Filer la pipe

(La Rue, 1894) : Voir Passer à la plume.

Filer le parfait

(Larchey, 1865) : S’abandonner aux chastes douceurs du véritable amour.

Filer le parfait amour

(Delvau, 1867) : v. n. S’abandonner aux douceurs de l’amour platonique, — dans l’argot du peuple, qui a des tendresses particulières pour Estelle et Némorin.

Filer ou Refiler

(un détenu, 1846) : Suivre à la piste, surveiller. Donner de la filature ; suivre quelqu’un, donner, faire passer.

Filer raide

(Rigaud, 1881) : Marcher très vite.

Filer son cable par le bout

(Delvau, 1867) : v. a. S’enfuir, et, par extension, Mourir, — dans l’argot des ouvriers qui ont servi dans l’infanterie de marine.

Filer son nœud

(Delvau, 1867) : v. a. S’en aller, s’enfuir, — dans le même argot [des ouvriers qui ont servi dans l’infanterie de marine].

Filer un mauvais coton

(Delvau, 1867) : Être malade et sur le point de mourir, — dans l’argot du peuple. Signifie aussi : Faire de mauvaises affaires ; mener une vie déréglée.

Filer un sinve

(Delvau, 1867) : v. a. Suivre quelqu’un, — dans l’argot des voleurs. On dit aussi Faire la filature.

(Virmaître, 1894) : Filer, suivre, sinve, homme facile à duper. Mot à mot : le filer jusqu’au moment favorable pour le dévaliser sans danger (Argot des voleurs).

Filer une

(Rigaud, 1881) : Repousser, culbuter, — dans le jargon des voyous. — Y veut m’coller un coup de sorlot dans les accessoires, je l’y file une pousse et l’envoie dinguer sur le trime où il prend un potage à la julienne.

Filer une affaire

(Clémens, 1840) : Combiner un vol.

(La Rue, 1894) : Combiner un vol.

Filer une purge

(Fustier, 1889) : Battre, rouer de coups. Argot des rôdeurs.

Les inculpés reconnaissent qu’ils ont été chargés par l’inconnu de frapper M. L…, de lui filer une purge, dit Baylac (un inculpé).

(Autorité, janvier 1888.)

(La Rue, 1894) : Battre, rouer de coups.

Filer une scène

(Delvau, 1867) : La conduire avec art, — dans l’argot des vaudevillistes. On dit de même Filer une intrigue, une reconnaissance, etc.

Filet

(d’Hautel, 1808) : Il a le filet coupé, ou il n’a pas le filet. Se dit d’un bavard, d’un parleur éternel.
Tomber dans les filets de quelqu’un. Tomber dans les pièges qu’il tend.
D’un seul coup de filet. Pour dire, tout-à-la-fois.
Demeurer au filet. Attendre, demeurer sans rien faire.
Être du filet. Pour, être à table sans avoir de quoi manger.

(Larchey, 1865) : Nuance délicate.

Peut-être aussi y a-t-il un filet de concetti shakspearien, mais c’est peu de chose.

Th. Gautier.

Filet bien coupé (avoir le)

(Rigaud, 1881) : Parler beaucoup. On dit proverbialement, en parlant de quelqu’un qui parle beaucoup :

Celle qui lui a coupé le filet a bien gagné ses cinq sous.

Filet coupé (avoir le)

(Delvau, 1867) : Être extrêmement bavard, — dans l’argot du peuple, qui, en entendant certains avocats, souhaiterait qu’on ne leur eût pas incisé le repli triangulaire de la membrane muqueuse de la bouche. On dit de même : Il n’a pas le filet.

Filet de vinaigre

(Delvau, 1867) : s. m. Voix aigre et fausse, — dans l’argot des coulisses.

Filets (tendre les)

(Rigaud, 1881) : « Cette besogne consiste à étaler sur les comptoirs les pièces (d’étoffe) qui ont de l’œil et qui doivent attirer l’attention, forcer le regard des clientes passant d’un rayon à la caisse. »

(L. Noir, Le Pavé de Paris.)

Fileur

(Delvau, 1867) : s. m., ou Fileuse,s. f. Chevalier dont l’industrie consiste à suivre les floueurs et les emporteurs, et à prélever un impôt de trois francs par chaque louis escroqué à un sinve.

(Rigaud, 1881) : « On nomme fileur, un homme qui, du matin au soir, un pinceau à la main, fait, au moyen d’un tour lancé avec rapidité, ces filets d’or, azur ou chocolat, qui entourent les assiettes, les tasses ou les bols. » (J. Noriac.)

(Rigaud, 1881) : Élève qui a l’habitude de suivre ses classes en jouant aux billes ou en allant faire de petites excursions extra-muros.

(Rossignol, 1901) : Celui qui file, qui suit. Pour être bon fileur, il faut du talent, surtout pour suivre la même personne pendant plusieurs jours, même des mois, sans, se faire remarquer par elle. Il y a eu à une époque, à la Sûreté, une brigade spéciale de fileurs.

Fileur de plato

(Rigaud, 1881) : Second et troisième amoureux, — dans le jargon des coulisses. Mot à mot : fileur d’amour platonique.

Fileuse

(Larchey, 1865) : « Chanteur suivant les voleurs et les prenant en flagrant délit, dans le seul but de faire payer son silence par une remise de 15 p.100. »

Vidocq.

(Rigaud, 1881) : Exploiteur de filous. La fileuse fait chanter le voleur qu’elle a suivi et vu à l’œuvre. Sous menace de révélations, elle se fait remettre soit une petite part du vol, soit une somme correspondante en argent, probablement en vertu de l’axiome qu’il faut que tout le monde vive.

(La Rue, 1894) : Celui qui fait chanter les filous en menaçant de les dénoncer.

Fillasse

(Rigaud, 1881) : Femme qui a vieilli dans la prostitution ; c’est le superlatif de fille de joie.

Fille

(d’Hautel, 1808) : Une fille de joie. Fille de mauvaise vie, d’un commerce débauché ; coureuse, gourgandine.
C’est la fille au vilain, qui en donnera le plus l’aura. Se dit d’une fille que l’on veut marier à celui qui aura plus de fortune ; d’une chose que l’on met à l’enchère.

(Delvau, 1864) : Mot injurieux pour désigner une femme qui fait métier et marchandise de l’amour.

Le mot fille signifie, ad libitum, ce qu’il y a de plus pur, ce qu’il y a de plus doux, ce qu’il y a de plus bas, ce qu’il y a de plus vil dans le sexe féminin. — Il est sage et timide comme une fille. — Il aime tendrement sa fille. — En quittant l’auberge, il a donné quelque chose à la fille. — Il a eu l’imprudence de se montrer au spectacle avec une fille.

E. Jouy.

Prenez les intérêts des filles de Cypris,
Et ne permettez pas qu’on en fasse mépris.

(La France galante.)

Le ramage des filles est cent fois préférable à l’argot des boursiers.

A. Delvau.

Nos ingénues à sentiments,
En fait d’amants,
Ruin’nt plus d’jeun’s gens
En quinze jours,
Qu’une fille en douze ans.

E. Debraux.

(Delvau, 1867) : s. f. Servante, — dans l’argot des bourgeois.

(Delvau, 1867) : s. f. Femme folle de son corps, — dans l’argot du peuple. Fille d’amour. Femme qui exerce par goût et qui n’appartient pas à la maison où elle exerce. Fille en carte. Femme qui, par l’autorisation de la préfecture de police, exerce chez elle ou dans une maison. Fille à parties. Variété de précédente. Fille soumise. Fille en carte. Fille insoumise. Femme qui exerce en fraude, sans s’assujettir aux règlements et aux obligations de police, — une contrebandière galante.

(Delvau, 1867) : s. f. Femme qui vit maritalement avec un homme, — dans l’argot des bourgeoises, implacables pour les fautes qu’elles n’ont pas le droit de commettre.

(Rigaud, 1881) : Dans le jargon des joueurs de rams, ce sont les cartes du talon qui restent sur le tapis à la disposition du premier en cartes. — Quand un ramseur échange son jeu contre celui qui est sur le tapis, il a coutume de dire :

Voyons le cul de la fille ou voyons le derrière de la fille.

(La Rue, 1894) : Bouteille. Fillette, demi-bouteille.

Fille (petite)

(Fustier, 1889) : Demi-bouteille de vin.

Fille à parties

(Delvau, 1864) : « Prostituée en carte ou isolée, mais avec plus de formes. Si elle se fait suivre par sa tournure élégante ou par un coup d’œil furtif, on la voit suivant son chemin, les yeux baissés, le maintien modeste : rien ne décèle sa vie déréglée. Elle s’arrête à la porte d’une maison ordinairement de belle apparence ; là, elle attend son monsieur, elle s’explique ouvertement avec lui ; et, s’il entre dans ses vues, il est introduit dans un appartement élégant ou même riche, où l’on ne rencontre ordinairement que la dame de la maison. »

Béraud.

Fille d’amour

(Delvau, 1864) : Fille de bordel, qui fait de l’amour un métier et de son cul une marchandise.

J’apprends qu’tu veux, monsieur d’Belleyme,
Numéroter les fill’s d’amour.

Béranger.

(La Rue, 1894) : Prostituée.

Fille de joie

(Delvau, 1864) : Femme qui exerce un triste métier, celui qui consiste à être à la disposition du premier venu.

D’une fille de joie
Il fut enfin la proie.

Théophile.

Le major l’avait fait mener au refuge où on enferme les filles de joie.

D’Ouville.

Soupant, couchant chez des filles de joie.

Voltaire.

Mais ce refrain banal rarement apitoie,
Hormis l’adolescent, qui ne peut croire au mal
Et cherche encor l’amour dans la fille de joie,
Ignorant que la rouille a rongé le métal.

Henry Murger.

Fille de maison

(Delvau, 1867) : s. f. Pensionnaire du prostibulum.

Fille de marbre

(Larchey, 1865) : Courtisane. — Une pièce de M. Barrière a consacré les Filles de marbre, comme celle de Dumas fils a créé les Camélias, avec cette différence toutefois que Camélia se prend en meilleure part.

C’est à Paris que les filles de marbre apprennent péniblement le métier qui les fait riches en une heure.

J. Janin.

(Delvau, 1867) : s. f. Petite dame qui a un caillou à la place du cœur, — dans l’argot des gens de lettres, qui emploient cette expression en souvenir de la pièce de Théodore Barrière et de Lambert Thiboust jouée au Vaudeville il y a une trentaine d’années.

Fille de marbre, fille de platre

(Delvau, 1864) : Fille galante, dont le cœur est plus dur que les tétons.

C’est à Paris que les filles de marbre apprennent péniblement le métier qui les fait riches en une heure.

Jules Janin.

Fille de plâtre

(Larchey, 1865) : Lorette. Vient du roman écrit sous ce nom par M. de Montépin, pour servir de contre-partie à la pièce des Filles de Marbre.

Ces femmes ne sont que des filles de plâtre.

1860 les Étudiants du quartier latin.

Fille de tourneur

(Delvau, 1867) : s. f. Femme de mauvaise vie, — dans l’argot du peuple, qui a voulu jouer sur le mot toupie.

Fille insoumise

(Rigaud, 1881) : Fille qui exerce la prostitution sans privilège ni estampille de la police. — On dit, par abréviation : Insoumise.

Fille publique

(Delvau, 1864) : Femme qui livre son corps au premier passant venu, moyennant un salaire qui varie suivant les quartiers dans lesquels elle exerce.

La première ordonnance concernait les filles publiques et imposait à ces malheureuses des heures de sortie et d’autres mesures que la décence publique réclamait depuis longtemps.

H. Raisson.

Renonçant pour toujours à la fille publique,
Vous seule auriez eu part aux faveurs de mon vit.

Louis Protat.

Fille remisée

(Rigaud, 1881) : Fille retirée de la prostitution. Ancienne fille qui a acheté un fonds de commerce.

Fille soumise

(Delvau, 1864) : Fille ou femme à laquelle la préfecture de police impose une carte, dans l’intérêt de la santé publique — que compromettent tant les coureuses insoumises.

Fille, Grande fille

(Rigaud, 1881) : Bouteille de vin.

Allons étrangler une grande fille, ce qui signifie : Allons boire une bouteille.

(Petit Parisien, du 16 août 1877.)

Fillette

(d’Hautel, 1808) : Terme de mépris, dont on se sert pour désigner une demoiselle dont la conduite n’est pas régulière ; qui s’est rendue coupable de quelque légèreté, de quelques actions impudiques.

(Rigaud, 1881) : Petite bouteille de vin cacheté, demi-bouteille.

Fillot

(d’Hautel, 1808) : Pour dire filleul, celui qu’on a tenu sur les fonts de baptême.

Filoche

(Clémens, 1840) : Bourse.

(M.D., 1844) : Une bourse.

(un détenu, 1846) : Bourse d’argent.

(Halbert, 1849) : Bourse.

(Larchey, 1865) : Bourse (Vidocq). — Diminutif de filet.

Si ta filoche est à jeun (si ta bourse est à vide).

E. Sue.

(Delvau, 1867) : s. f. Bourse, — dans l’argot des voleurs, qui devraient bien changer d’expression, aujourd’hui qu’on a remplacé les bourses en filet, à glands et à anneaux, par des porte-monnaie en cuir. Avoir sa filoche à jeun. N’avoir pas un sou en poche.

(Rigaud, 1881) : Bourse. — Filoche à jeun, bourse vide. — Filoche du trêpe, la Bourse de Paris. Mot à mot : bourse de la foule.

(La Rue, 1894) : Bourse.

(Virmaître, 1894) : Bourse. Avoir sa filoche à jeun, c’est être sans le sou (Argot du peuple).

(Hayard, 1907) : Bourse, cravate.

Filoselle

(d’Hautel, 1808) : Vulgairement on mouille les deux derniers ll de ce mot, et on prononce filoseille, comme dans oseille.

Filou

(d’Hautel, 1808) : Coupeur de bourse, escamoteur de montres et de mouchoirs.
Il pleure en filou, il ne verse pas une larme. Se dit d’un hypocrite, d’un enfant qui jette de grands cris sans répandre une larme.

(Delvau, 1867) : s. et adj. Malin, rusé, — dans l’argot du peuple, qui, quoi qu’en dise M. Francisque Michel, continue à employer ce mot avec le même sens qu’au XVIIe siècle.

(Rigaud, 1881) : Rusé, malin.

Filouter

(d’Hautel, 1808) : Voler finement adroitement, à la manière des filous ; surprendre la bonne-foi de quelqu’un ; tricher au jeu.

Fils

(d’Hautel, 1808) : Il est le fils de son père ; il est le fils de sa mère. Pour il ressemble à son père ou à sa mère ; il en a la physionomie, les inclinations, les habitudes.
C’est aussi une réponse bouffonne que l’on fait à un indiscret qui prend des informations minutieuses sur le compte de quelqu’un.

Fils d’Archevêque

(Fustier, 1889) : Argot des élèves des écoles spéciales qui nomment ainsi ceux de leurs camarades qui sont les fils de leur père, c’est-à-dire dont la famille est haut placée et pour lesquels protection et passe-droits ne font pas défaut.

Une promotion (à l’École navale) aussi forte que celle qui était annoncée ne se justifiait… que par le nécessité de faire une position à quelque fils d’archevêque.

(Mot d’ordre, 1887.)

Fils de fer

(Larchey, 1865) : Jambes très-minces.

Fils de l’autre

(Delvau, 1867) : Nom donné par les bonapartistes, sous la Restauration, au duc de Reichstadt, fils de Napoléon, dont il était défendu de parler.

Fils de putain !

(Delvau, 1867) : Injure du vocabulaire populaire que les mères adressent souvent naïvement à leurs propres fils.

Fils-de-fer

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Jambes grêles, — dans l’argot des ouvriers.

(Rigaud, 1881) : Jambes longues et maigres.

Filsange

(Delvau, 1867) : s. f. Filoselle, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Filoselle, — dans le jargon des voleurs.

Fin

(d’Hautel, 1808) : C’est la fin finale. Manière de parier redondante et railleuse, pour dire qu’une chose, qu’une affaire entamée depuis long-temps est absolument terminée.
Plus fin que lui n’est pas bête. Voyez Bête.
Aimer le linge fin. Expression figurée qui signifie aimer les jolies femmes, être grand partisan du beau sexe.
Fin comme l’amble. Se dit d’un homme très-rusé en affaires.
Il est fin comme Gribouille qui se cache dans l’eau peur de la pluie. Phrase équivoque et piquante dont on se sert en parlant d’un nigaud, d’un homme inepte, dont la maladresse et la balourdise font connoître aisément les tours qu’il veut jouer aux autres.
C’est un fin merle, un fin matois, un fin renard, etc.
Fin contre fin n’est pas bon à faire doublure. Signifie qu’il ne faut rien entreprendre contre quelqu’un d’aussi fin que soi.
C’est un gros fin. Se dit par ironie d’un homme d’une grande simplesse. V. Dague.

Fin (faire une)

(Larchey, 1865) : Se ranger, en finir avec la vie de jeune homme.

Cependant il faut absolument faire une fin. — Dame, le siècle est positif, et l’on trouve si difficilement à tailler un homme utile dans la peau d’un vieux lion.

Deriège.

(Rigaud, 1881) : Se marier, en parlant d’un homme. C’est souvent une triste fin.

Fin de la soupe

(Rigaud, 1881) : Guillotine.

Fin-de-siècle

(Virmaître, 1894) : Cette expression nouvelle veut dire bien des choses. Un chapeau excentrique est fin-de-siècle. Une chanteuse comme Yvette, une danseuse comme la Goulue, un livre ou une pièce où les expressions sont ce qu’il y a de plus réaliste, tout cela est fin-de-siècle (Argots divers). N.

Finalement

(d’Hautel, 1808) : Finalement enfin. Expression qui se dit à une personne dont la conversation impatiente, dont les histoires ne finissent pas, et pour la faire venir au résultat.

Finance

(d’Hautel, 1808) : Il est mal dans ses finances. Se dit en plaisantant d’un homme dont les affaires sont dérangées, ou de celui qui a dissipé sa fortune.

(Delvau, 1867) : s. f. Argent, — dans l’argot du peuple.

Financer

(d’Hautel, 1808) : Il faut financer. Pour dire il faut payer ; il faut dépenser de l’argent.
Financer aux appointemens. Fournir de l’argent à quelqu’un.

(Delvau, 1867) : v. n. Payer.

(Rigaud, 1881) : Payer, payer pour un autre. — l’entreteneur finance.

Finasser

(d’Hautel, 1808) : Agir avec petitesse, être minutieux, surprendre la bonne foi de quelqu’un par de petits subterfuges indignes d’un homme franc et loyal.

(Delvau, 1867) : v. n. Ruser, niaiser.

Finasserie

(d’Hautel, 1808) : Mauvaise finesse, défaut de loyauté dans une affaire, petitesse.

(Delvau, 1867) : s. f. Finesse grossière, procédé de mauvaise foi.

Finasseur

(d’Hautel, 1808) : Qui use de petits moyens, qui agit avec petitesse, avec mauvaise foi.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme méticuleux, qui épilogue sur des riens. On dit plutôt Finassier.

Finasseuse

(Delvau, 1867) : s. f. Femme rusée, qui sait faire jouer les fils du pantin-homme.

Finaud

(Delvau, 1867) : adj. et s. Homme trop malin et pas assez loyal.

Fine

(d’Hautel, 1808) : De la plus fine. Pour dire à mot couvers de la matière fécale.
Le peuple dit habituellement de la pufine.

(Larchey, 1865) : Excrément. — Allusion a la fine moutarde.

Un vidangeur de mes amis Nous a chanté la plus fine.

Aubry, Chanson. 1836.

(Rigaud, 1881) : Fine Champagne, par abréviation. — Un verre de fine.

Fine pégrenne

(La Rue, 1894) : Agonie.

Fine pégrenne (être en)

(Rigaud, 1881) : Être au plus mal, — être perdu sans ressources, dans le jargon des voleurs.

Fine-galette

(Rigaud, 1881) : Élève sans galons, — dans le jargon des Saint-Cyriens.

Fine-lame

(Delvau, 1867) : s. f. Homme habile à l’escrime, — dans l’argot des salles d’armes.

Fine-mouche

(Delvau, 1867) : s. f. Femme rusée, experte ; homme « malin », — dans l’argot des bourgeois.

Finesse

(d’Hautel, 1808) : Des finesses cousues de fil blanc. Ruse maladroite dont il est aisé de s’apercevoir.
Il n’y entend point finesse. Se dit en mauvaise part d’un homme borné et peu habile dans son état ; et en bonne part d’un homme simple et loyal, qui met de la bonhomie dans ses discours et de la droiture dans ses actions.

Finesses cousues de fil blanc

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Finesses grossières, farces qui sont facilement devinées, trahisons qui sont facilement éventées.

Fini

(Delvau, 1867) : adj. Qui atteint le plus haut degré en bien ou en mal. Troupier fini. Soldat parfait. Coquin fini. Drôle fieffé.

Fini (homme)

(Rigaud, 1881) : Homme ruiné, perdu moralement ou matériellement.

Moi fini et pleuré de vos beaux yeux, l’ermite, mon père, pourrait bien vous réclamer.

(Maynard de Queilhe, Outre-Mer, 1835.)

Fini, au féminin finie

(d’Hautel, 1808) : Le peuple dit finite, ce barbarisme est très-fréquent.

Finir

(d’Hautel, 1808) : C’est à ne jamais, à n’en plus finir. Se dit d’un ouvrage qui traîne en longueur ; de quelque chose dont les difficultés vont toujours croissant.

Finir en queue de poisson

(Delvau, 1867) : v. n. Finir désagréablement, fâcheusement, tristement, platement, bêtement, — dans l’argot du peuple, qui cependant ne connaît pas le desinat in piscem d’Horace.

(Virmaître, 1894) : Chose qui commence bien et finit mal ou pas du tout. Un livre qui commence en empoignant ses lecteurs et se termine bêtement, c’est finir en queue de poisson (Argot du peuple).

Finir en queue de rat

(Delvau, 1867) : v. n. finir fâcheusement, tristement, bêtement, — dans l’argot des ouvriers qui ont servi dans l’infanterie de marine.

Finition

(Rigaud, 1881) : Achèvement. — Finition du Louvre. (Balzac.)

Finot

(d’Hautel, 1808) : Homme rusé, minutieux, d’un intérêt sordide ; fripon adroit qui tire parti de toute chose, sans se compromettre en rien.

Fiole

(Halbert, 1849) : Figure. On dit aussi fertille.

(Larchey, 1865) : Bouteille de vin.

Nous avons presque entièrement vidé nos fioles.

Frémy.

Fioler, c’est boire avec excès.

d’Hautel, 1808.

C’est un mot de langue romane. V. Roquefort.

(Delvau, 1867) : s. f. Bouteille de vin, — dans l’argot du peuple, qui ne sait pas être si près de la véritable étymologie : φιάλη, (vase à boire).

(Rigaud, 1881) : Tête, figure, — dans le jargon des voleurs. Fiole à cubèbe, à copahu, physionomie malsaine, figure de syphilitique.

(Fustier, 1889) : Souper de la fiole de quelqu’un, en être fatigué, importuné.

(La Rue, 1894) : Physionomie. Fioler, dévisager.

(Rossignol, 1901) : Visage.

Je ne veux plus de toi comme maîtresse, j’ai soupé de ta fiole.

Fiole (souper de la)

(Merlin, 1888) : J’ai soupé de votre fiole. Expression qui signifie : Je sais à quoi m’en tenir sur votre compte, ce que valent vos paroles ou vos actes ; donc, brisons là ! Se ficher de la fiole de quelqu’un, veut dire se moquer de lui.

Fioler

(d’Hautel, 1808) : Pour boire avec excès, s’enivrer ; synonyme de Pinter, siroter, etc.

(Delvau, 1867) : v. a. Boire, vider une ou plusieurs fioles de vin. Fioler le rogome. Boire de l’eau-de-vie.

(Rigaud, 1881) : Envisager. — Qu’est-ce qu’il a ce pante, à me fioler ?

(Rigaud, 1881) : Boire.

(Fustier, 1889) : Dévisager.

Fioleur

(Delvau, 1867) : s. m. Ivrogne.

Fion

(d’Hautel, 1808) : Mot vulgaire dont le sens est fort borné, et qui équivaut à-peu-près à poli, retouche, le dernier soin que l’on donne à un ouvrage, afin de le perfectionner.
Il faut lui donner encore un petit fion. Pour il faut encore ajouter à cet ouvrage, quelqu’ornement, quelqu’embellissement pour qu’il soit parfait ; il faut y mettre la dernière main.

(Larchey, 1865) : Élégance.

Un François enseignoit à des mains royales à faire des boutons, quand le bouton étoit fait, l’artiste disoit : À présent, Sire, il faut lui donner le fion. À quelques mois de là, ce mot revint dans la tête du roi ; il se mit à compulser tous les Dictionnaires françois, Richelet, Trévoux, Furetière, l’Académie françoise, et il n’y trouva pas le mot dont il cherchoit l’explication. Il appela un Neuchatelois qui était alors à sa cour, et lui dit : Dites-moi ce que c’est que le fion dans la langue françoise ? — Sire, reprit le Neuchatelois, le fion c’est la bonne grâce… Graves auteurs, graves penseurs, naturalistes, politiques. historiens, vous n’êtes pas dispensés de donner le fion à vos livres ; sans le fion vous ne serez pas lus. Le fion peut s’imprimer dans une page de métaphysique, comme dans un madrigal à Glycère. Académiciens qui parlez de goût, étudiez le fion, et placez ce mot dans votre Dictionnaire qui ne s’achève point.

Mercier, 1783.

(Delvau, 1867) : s. m. Dernière main mise à un ouvrage, — dans l’argot des ouvriers et des artistes. Coup de fion. Soins de propreté, et même de coquetterie.

(Rigaud, 1881) : Élégance. — Coup de fion, dernier coup de main donné à un ouvrage.

(Hayard, 1907) : Postérieur.

Fionner

(Larchey, 1865) : Faire du fion.

Ça s’fionne, ça se pavane et ça se carre.

Bourget.

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Donner le dernier coup de lime ou de rabot ; mettre la dernière main à une chose ; avoir du fion.

(Rigaud, 1881) : Faire le fat ; être coquet, — dans le jargon du collège.

Depuis qu’Ernest a une paire de bottes, regarde un peu comme il fïonne 1

(Albanès, Mystères du collège, 1845.)

Fionneur

(Larchey, 1865) : Homme recherché dans sa tenue

Le fionneur possède une glace, huile antique, pommade du lion et cire à moustaches.

Bertall.

(Delvau, 1867) : s. m. Ouvrier qui s’habille en monsieur, qui fait le bourgeois.

(Rigaud, 1881) : Ouvrier, collégien endimanché.

Fioritures

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Choses ajoutées à un récit pour l’embellir et souvent pour le dénaturer, — dans l’argot des gens de lettres, qui ont emprunté cette expression aux chanteurs et en font le même abus que ces derniers.

Fiotte

(Delvau, 1867) : s. f. Petite fille, — dans l’argot caressant du peuple. On dit aussi Fillotte.

(Rossignol, 1901) : Voir chatte.

Fiquer

(M.D., 1844) : Donner.

(Delvau, 1867) : v. a. Enfoncer, ficher, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Frapper à coups de poignard, à coups de couteau, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Enfoncer. Frapper à coups de couteau.

(Hayard, 1907) : Prêter.

Firts

(Delvau, 1867) : s. m. Nates, — dans l’argot des faubouriens.

Fiscal

(Larchey, 1865) : Riche. — Allusion aux revenus du fisc ( ?).

À des favoris côt’lettes… À son costume fiscal…

Léonard, parodie, 1863.

Fish

(Rigaud, 1881) : Souteneur. — Un mot qui a passé la Manche et qui veut dire poisson en anglais.

Fiston

(Larchey, 1865) : Terme amical. — Diminutif de fils.

Par ma fé, mon doux ami, mon fiston.

Contes d’Eutrapel, seizième siècle.

(Delvau, 1867) : s. m. Fils, enfant. Signifie aussi Ami.

(Rigaud, 1881) : Pour fils ; terme d’amitié.

Tu t’es laissé embobeliner, voilà tout… tu es jeune, mon fiston.

(A. Theuriet, La Revanche du mari.)

Fistot

(Fustier, 1889) : Élève de première année à l’École navale.

Les anciens attendaient leurs fistots pour les piloter et commencer leur éducation maritime.

(Illustration, octobre 1885.)

Fixé

(Rigaud, 1881) : Assez, — dans le jargon des voyous qui disent aussi : Marré, par abréviation d’amarré.

Flac

(M.D., 1844) : Boni quelconque.

(un détenu, 1846) : Argent.

(Delvau, 1867) : s. m. Sac, — dans l’argot des voleurs, qui ont voulu rendre la flaccidité de cette enveloppe. Flac d’al. Sacoche à argent. Ils disent aussi Flacul.

Flac d’al

(Virmaître, 1894) : Sacoche à argent. Flac sac, d’al argent : abréviation d’altèque. Pour flaquer, on dit anssi je vais à flacdal (Argot du peuple).

Flac, Flacul

(Rigaud, 1881) : Sac. — Lit. — Argent, — dans le jargon des voleurs.

Flac, flacul

(La Rue, 1894) : Lit. Sac. Argent.

Flache

(Halbert, 1849) : Plaisanterie.

Flacon

(Rigaud, 1881) : Botte, et particulièrement botte de vidangeur ou de cureur d’égouts. Des flacons qui renferment « l’essence de chaussette ». — Déboucher ses flacons, ôter ses bottes.

Ça doit rien schelmguer quand il débouche ses flacons.

(Réflexion d’un voyou à la vue d’un cureur d’égouts.)

Flacons

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Souliers, — dans l’argot des faubouriens, qui en font des réservoirs à essences.

Flacu

(Clémens, 1840) : Sac.

Flacul

(Larchey, 1865) : Sac d’argent. — Diminutif du vieux mot Flac : flacon. V. Roquefort. — Il y a ressemblance de forme.

Le vioque a des flaculs pleins de bille ; s’il va à Niort, il faut lui riffauder les paturons.

Vidocq.

(Larchey, 1865) : Lit.

Je raplique au flacul qui m’attend.

Vidocq.

Jeu de mots ; c’est sur le lit qu’on faque son c-l.

Flafla

(Larchey, 1865) : Grand étalage. — Onomatopée.

(Delvau, 1867) : s. m. Étalage pompeux, en paroles ou en actions, — dans l’argot du peuple, très onomatopéique. Car je ne pense pas qu’il faille voir autre chose qu’une onomatopée dans ce mot, qui est une imitation, soit d’une batterie de tambour bien connue, soit du fracas de l’éclair.
Comme Parisien, ayant emboîté le pas aux tapins de mon quartier, lorsque j’étais enfant, je pencherais volontiers pour la première hypothèse ; comme étymologiste, j’inclinerais à croire que la seconde vaut mieux, — d’autant plus que les Anglais emploient le même mot dans le même sens. Flash (éclair), disent-ils ; flash-flash (embarras, manières.)
Faire du fla-fla. Faire des embarras.

(Rigaud, 1881) : Embarras, manières. — Faire du flafla, faire des embarras. — Un objet qui a du flafla, c’est du clinquant.

Flageoler

(Delvau, 1867) : v. n. Trembloter, — dans l’argot du peuple, qui emploie ce verbe à propos clés jambes des ivrognes et des poltrons, et fait sans doute allusion aux trémolos ordinaires du flageolet des aveugles.

Flageolet

(d’Hautel, 1808) : Être monté sur des flageolets. Signifie plaisamment avoir les jambes minces, fluettes et sans molets.

(Delvau, 1864) : Le membre viril, dont les femmes savent si bien jouer et jouir, et dont elles se gardent bien de boucher la patte d’où sort cette précieuse musique qui leur chatouille si agréablement le vagin.

Elle n’est pas musicienne,
Mais elle est foll’ du flageolet
Et veux que chaqu’ jour de la s’maine
Je fredonne au moins un couplet.

E. Debraux.

Je voudrais, ma belle brunette,
Voyant votre sein rondelet,
Jouer dessus de l’épinette
Et au-dessous du flageolet.

Théophile.

Si tu veux danser, dispose
Du flageolet que voilà.

Collé.

Flageolets

(Larchey, 1865) : Longues jambes flageolantes.

Il est monté sur des flageolets.

d’Hautel, 1808.

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Jambes, — dans le même argot [du peuple]. On dit aussi Flûtes.

(Rigaud, 1881) : Jambes maigres. (L. Larchey) Allusion au chétif instrument de musique de ce nom.

Flagorner

(Virmaître, 1894) : Flatter quelqu’un bassement. Trouver une croûte, une œuvre de maître. Comparer un mauvais vaudevilliste à Molière ou à Legouvé. Mot à mot : prodiguer des éloges tarifés ou intéressés (Argot du peuple).

Flagorneur

(Virmaître, 1894) : Flatteur, Race assez commune. Il y en a toujours au moins un dans un atelier. Le flagorneur descend sans vergogne au rôle de mouchard (Argot du peuple).

Flairer

(d’Hautel, 1808) : Sentir par l’odorat, et vulgairement fleurer, ce qui est un barbarisme. Le verbe fleurer, n’est d’usage qu’à la 3e personne et signifie répandre une odeur agréable : cela fleure comme beaume, pour dire sent fort bon.

Flairer au foyer

(Rigaud, 1881) : Se dit indistinctement d’un auteur ou d’un acteur.

L’acteur vient le soir au foyer pour regarder si le tableaud’annoncesporte son nom sur une distribution de rôles. L’auteur vient savoir si on joue le lendemain ou si on répète.

(J. Duflot, Les Secrets des coulisses, 1865.)

Par extension, signifie faire de la diplomatie auprès des directeurs et des artistes pour obtenir des représentations fréquentes ou nouvelles d’un ouvrage. (Petit Dict. des coulisses.)

Flaireur

(d’Hautel, 1808) : Un flaireur de table. Pour dire un écornifleur de diner, un parasite.

Flamand

(Virmaître, 1894) : Amis (Argot des voleurs). V. Aminche.

Flambant

(Clémens, 1840) : Neuf.

(Delvau, 1867) : s. m. Artilleur à cheval, — dans l’argot des troupiers.

(Delvau, 1867) : adj. et s. Propre, net, beau, superbe, — dans l’argot du peuple, qui a eu longtemps les yeux éblouis par les magnificences des costumes des gentilshommes et des nobles dames, lesquels

… Riches en draps de soye, alloient
Faisant flamber toute la voye.

(Rigaud, 1881) : Artilleur à cheval.

(Rigaud, 1881) : Neuf, luisant de propreté.

(Rossignol, 1901) : Beau.

Flambant neuf (être tout)

(Delvau, 1867) : Porter des vêtements neufs. Toute flambante neuve. Pièce de monnaie nouvellement frappée.

Flambant, bard

(Larchey, 1865) : Superbe.

Les caporaux y trouvent une table un peu flambarde.

La Bédollière.

T’es flambante comme une Vénus.

E. Sue.

Flambant : Artilleur à cheval. — Flambard : Matelot.

Eugène Sue est cause que la plupart des canotiers s’appellent flambards.

Roqueplan.

Flambard

(Rigaud, 1881) : Poignard ; couteau-poignard.

Flambarde

(Halbert, 1849) : Chandelle.

(Rigaud, 1881) : Lampe ; chandelle.

(Rigaud, 1881) : « La flambarde est la pipe du canotier. » (Paris-Fumeur.)

Flambards (les)

(Merlin, 1888) : Chasseurs à cheval et hussards.

Flambart

(Delvau, 1867) : s. m. Canotier de la Seine. Par extension : Joyeux compagnon, loustic.

Flambe

(anon., 1827) : Épée.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Épée.

(Larchey, 1865) : Épée (Vidocq) — Allusion au flamboiement de la lame. — Flambart : Poignard.

(Delvau, 1867) : s. f. Epée, — dans l’argot des voleurs, qui connaissent l’archange Michel, ce Préfet de Police de la capitale du ciel. Petite flambe. Couteau.

Flambé

(Larchey, 1865) : Perdu en un moment. — Usité dès 1808. V. Brûlé.

V’là mon mariage flambé.

Cormon.

Flambé (être)

(Delvau, 1867) : Être ruiné ou atteint de maladie mortelle, — dans l’argot des faubouriens. Se dit aussi à propos d’une affaire dont on ne peut plus rien espérer.

(Fustier, 1889) : Être perdu. (V. Delvau.)

Avec votre loi, mes cent écus auraient été flambés !

(Journal officiel, juin 1882.)

Flambe, Flamberge

(Rigaud, 1881) : Épée, sabre de cavalerie.

Flambeau

(Fustier, 1889) : Factionnaire. Argot des soldats.

(La Rue, 1894) : Affaire. Métier. Aventure. Bath flambeau, belle invention. Avoir le flambeau, être habile.

(Rossignol, 1901) : Jeu. — « fait voir ton flambeau, je vais te dire si tu as gagné. » Flambeau veut aussi dire la chose, l’affaire : ce qu’il a fait n’est pas un chouette flambeau.

Flambeau (en avoir un)

(Virmaître, 1894) : — Je connais le flambeau, c’est-à-dire je connais la chose. Faire une belle. invention c’est avoir un chouette flambeau.
— Tu ne me monteras pas le coup, mon vieux, je sais ou est le flambeau.
Être très habile dans un métier c’est avoir le flambeau. Flambeau, dans le peuple, veut dire être supérieur aux gens de sa profession.
Francisque Sarcey, Bouguereau, Ambroise Thomas, Clovis Hugues, sont des flambeaux. Émile de Girardin, Victor Hugo, Lamartine, Diaz, etc., étaient des flambeaux (Argot du peuple). N.

Flambeau, flanche

(Hayard, 1907) : Chose quelconque que l’on connaît.

Flamber

(d’Hautel, 1808) : Il est tout flambant neuf. Se dit d’un objet quelconque qui est dans toute sa fraîcheur, dans toute sa nouveauté.
Être flambé. Tour être, perdu, ruiné sans ressource.

(Larchey, 1865) : Briller entre tous.

Des raretés qu’on offre à des filles qui aiment à flamber.

Balzac.

(Rigaud, 1881) : Jouer la comédie, — dans le jargon des saltimbanques.

De quoi pouvais-tu avoir peur, lui dis-je… tu n’avais jamais mieux flambé.

(E. Sue, Les Misères des Enfants trouvés.)

Briller.

Ces créatures aiment à flamber.

(Balzac, Splendeurs et Misères des courtisanes.)

Flamber (un)

(Halbert, 1849) : Un poignard.

Flamberge

(d’Hautel, 1808) : Épée longue que portent les bretteurs, les spadassins.

(Delvau, 1867) : s. f. Épée, — dans l’argot du peuple, qui a conservé bon souvenir du fameux bran d’acier de Renaud de Montauban. Mettre flamberge au vent. Dégainer. Se dit aussi pour Montrer « la figure de campagne », et pour Jeter au vent l’aniterge dont on vient de se servir.

Flamboter

(Rossignol, 1901) : Jouer.

Flame

(Bras-de-Fer, 1829) : Épée.

Flamme

(d’Hautel, 1808) : Jeter feu et flamme. Être en colère ; faire grand bruit ; pester ; tempêter.

(Delvau, 1867) : s. f. Amour, — dans l’argot des Académiciens. Peindre sa flamme. Déclarer son amour.

Flamsik

(Delvau, 1867) : s. m. Flamand, — dans l’argot des voleurs, qui ne s’éloignent pas trop du vlaemsch des honnêtes gens.

(Virmaître, 1894) : Flamand. C’est une corruption du mot flahut (Argot des voleurs).

Flan (à la)

(Delvau, 1867) : adj. Au hasard, à l’aventure. Même argot [des voleurs].

(La Rue, 1894) : Sans préméditation. Vol à la flan, par occasion. C’est du flan, c’est permis. Donner du flan, jouer au flanc, jouer honnêtement.

(Rossignol, 1901) : Sans chercher, à l’aventure. Un voleur commet un vol à la flan, en montant au hasard dans une maison. Commettre un vol sans qu’il soit étudié c’est un vol à la flan. Celui qui fait l’objet d’une pièce de justice et qui se fait arrêter par l’effet du hasard est arrêté à la flan.

Flan (du)

(Larchey, 1865) : Non.

Si on leur présentait zut, du flan et des navets comme le fonds de la langue des vaudevillistes.

Villemot.

V. Zut. — C’est du flan : C’est bon

J’aime mieux gouêper, c’est du flan.

Vidocq.

À la flan : Sans préméditation. V. Caroubleur. — Abréviation de à la bonne flanquette.

Flan (du) !

(Delvau, 1867) : Expression de l’argot des faubouriens, qu’ils emploient à propos de rien, comme formule de refus ou pour se débarrasser d’un ennuyeux. Ce flan-là est de la même famille que les navets, les emblèmes, et autres zut consacrés par un long usage. Cette expression a signifié quelquefois, au contraire : « C’est du nanan ! » comme le prouve cet extrait d’une chanson publiée par le National de 1835 :

J’dout’qu’à grinchir on s’enrichisse ;
J’aime mieux gouaper : c’est du flan.

(Rigaud, 1881) : Non, jamais. — Exclamation particulière aux gamins qui ajoutent souvent et de la galette. Du flan ! et de la galette ! sans doute en souvenir des pâtisseries populaires mais indigestes de ce nom.

Flan (être à la)

(Rossignol, 1901) : Être bonne nature, sans cérémonie et sans manières.

Flanc

(d’Hautel, 1808) : Il se bat les flancs. Se dit d’un homme oisif ; d’un paresseux, qui ne sait que faire de la journée ; qui est insupportable aux autres et à soi-même.

Flanc (du)

(M.D., 1844) : Donner sa parole.

Flanche

(Clémens, 1840) : Pas.

(un détenu, 1846) : Chose mauvaise, de mauvais goût.

(Larchey, 1865) : Jeu de roulette. — Flancher : Jouer franchement (Vidocq). — Flancher, Flacher : Plaisanter (Bailly). — Flanche : Plaisanterie.

(Delvau, 1867) : s. f. La roulette et le trente-et-un, — dans l’argot des voleurs. Grande flanche. Grand jeu.

(Delvau, 1867) : s. m. Affaire, — dans le même argot [des voleurs]. S’emploie ordinairement avec l’adjectif comparatif mauvais. « C’est un mauvais flanche », pour : C’est une mauvaise affaire.

(Delvau, 1867) : s. m. Truc, secret, ruse, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Jeu ; ruse ; plaisanterie. — Affaire. — Reculade. — Grande flanche, jeu de la roulette, jeu du trente et quarante.

(La Rue, 1894) : Jeu, ruse, plaisanterie. Affaire. Peur, reculade. Pas. Flancher, jouer, se moquer, reculer, s’effrayer, tricher.

(Virmaître, 1894) : Affaire.
— Si tu veux, mon vieil aminche, nous avons un rude flanche en vue ?
— Je le connais ton flanche à la manque (Argot des voleurs).

Flanche (être marlou au)

(Clémens, 1840) : Être adroit au jeu.

Flancher

(un détenu, 1846) : Blaguer, parler, etc.

(Delvau, 1867) : v. n. Jouer franchement.

(Delvau, 1867) : v. n. Se moquer, — dans l’argot des voyous.

(Rigaud, 1881) : Jouer aux cartes.

Est-ce que des pantes à la manque ont flanché au bègue avec ces brèmes ? Est-ce que de faux honnêtes joueurs ont joué au bezi-gue avec ces cartes ?

(A. de Caston, Les Tricheurs.)

(Rigaud, 1881) : Plaisanter. — Parles-tu sérieusement ou flanches-tu ?

(Rigaud, 1881) : Faiblir, reculer, avoir peur.

Tu flanches, pitchou !

(L. Cladel, Ompdrailles.)

(Virmaître, 1894) : Avoir peur (Argot du peuple).

(Virmaître, 1894) : Jouer sur les places publiques au bouchon (radin) on à l’anglaise (monac). En général de tous jeux on dit flancher (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Jouer aux cartes ou à tout autre jeu. Flancher veut aussi dire plaisanter.

Ce que tu me dis est une plaisanterie, tu flanches.

Flancher veut aussi dire : avoir peur, ne pas oser faire une chose.

Tu hésites, tu flanches.

(Hayard, 1907) : Avoir peur.

Flanchet

(d’Hautel, 1808) : Dérivé de flanc, côté.
Il est sur le flanchet. Se dit d’un homme dangereusement blessé.
On dit aussi en terme de boucherie, un morceau de flanchet, pour un morceau pris sur le côté.

(Delvau, 1867) : s. m. Part, lot, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Part, participation, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Part dans une affaire.

(Virmaître, 1894) : Part de vol. Lot qui échoit à un brocanteur. Morceau de viande qui forme la pointe dans l’intérieur du bœuf (Divers Argots).

Flancheur

(Virmaître, 1894) : Qui flanche (Argot du peuple).

Flancheur, Flanchard

(Rigaud, 1881) : Joueur. — Flancheuse, flancharde, joueuse.

Flandrin

(d’Hautel, 1808) : Sobriquet, pour dire niais, sot, ignorant, stupide, fainéant, rôdeur, paresseux.
C’est un grand flandrin. Pour, c’est un rôdeur, un homme qui ne fait œuvre de la journée.

(Halbert, 1849) : Paresseux.

(Delvau, 1867) : s. m. Imbécile ; grand dadais, — dans l’argot du peuple, qui constate ainsi, à son insu, la haute taille des Flamands. Les Anglais disent aussi dans le même sens Lanky fellow.

Flâne. Flâneur

(Rigaud, 1881) : C’est une flâne. — Flânerie. Faire flâne, flâner.

Flanelle

(Larchey, 1865) : Flâneur galant qui se borne, près des femmes dont l’amour se paie, à des frais de conversation.

Lèves-tu ce soir ? — Ah ouiche ! tous rapiats. — Et celui-là qui t’allume ! — Flanelle !

Lem. de Neuville.

(Delvau, 1867) : adj. et s. Flâneur amoureux, — dans l’argot des filles, qui préfèrent les gens sérieux. C’est de la flanelle ! disent-elles en voyant entrer un ou plusieurs de ces platoniciens et en quittant aussitôt le salon. Faire flanelle. Aller de prostibulum en prostibulum, comme un amateur d’atelier en atelier, pour lorgner les modèles.

(Rigaud, 1881) : Flâneur, — dans le jargon des filles de maison. Faire flanelle, perdre son temps à flâner.

(La Rue, 1894) : Flâneur amoureux.

Flanelle (faire)

(Virmaître, 1894) : Entrer dans une maison de tolérance, peloter le personnel sans consommer (Argot des souteneurs).

(Hayard, 1907) : Entrer dans un établissement et en sortir sans rien acheter ni consommer.

Flaner

(d’Hautel, 1808) : Rôder sans motif de côté et d’autre ; fainéantiser ; mener une vie errante et vagabonde.

Flaneur

(d’Hautel, 1808) : Un grand flaneur. Pour dire un grand paresseux ; fainéant, homme d’une oisiveté insupportable, qui ne sait où promener son importunité et son ennui.

Flâneur

(Clémens, 1840) : Fainéant.

Flanger

(un détenu, 1846) : Jouer à n’importe quel jeu.

Flangeur

(un détenu, 1846) : Joueur.

Flanocher

(Delvau, 1867) : v. n. Flâner timidement, sans en avoir le droit, à une heure qui devrait être consacrée au travail. Argot des ouvriers. On dit aussi Flanotter.

Flânocher

(Rigaud, 1881) : Flâner un peu, diminutif de flâner. Flânocheur, celui qui flâne un moment, par instant.

Flanocher, notter

(Larchey, 1865) : Flâner tout doucement.

Il fit la rencontre d’un beau page de Marie-Thérèse qui flanochait en rêvant.

Commerson.

Nous flanottons depuis quinze heures.

M. Michel.

Flanquage à la porte

(Rigaud, 1881) : Congé.

Flanquer

(d’Hautel, 1808) : Appliquer ; donner avec emportement ; jeter quelque chose au nez de quelqu’un ; se placer mal-à-propos dans un lieu.
Je lui ai flanqué un bon souflet ; je lui ai flanqué cela au nez ; il est venu se flanquer au milieu de la compagnie. Pour, je lui ai appliqué un soufflet ; je lui ai jeté cela au nez ; il est venu, se poster, se placer, etc.

(d’Hautel, 1808) : Ce verbe a les mêmes acceptions, et s’emploie absolument dans le même sens que le verbe précédent [Flaquer].

(Halbert, 1849) : Mettre.

(Delvau, 1867) : v. a. Lancer un coup, jeter, — dans l’argot des bourgeois, qui n’osent pas employer le verbe énergique des faubouriens. Se flanquer. Se jeter, s’envoyer. On disait autrefois Flaquer pour Lancer, jeter avec force un liquide.

(La Rue, 1894) : Mentir.

Flaoust

(Rossignol, 1901) : Flamand.

Flaquader

(Delvau, 1867) : v. n. Cacare, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Aller à flaquada.

Flaquadin

(Delvau, 1867) : s. m. Poltron, homme mou, irrésolu, sur lequel on ne peut compter, parce que la peur produit sur lui un effet physique désagréable.

Flaque

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Sac de femme, ridicule.

(Rigaud, 1881) : Sac de femme, — dans l’ancien argot.

Flaquée

(d’Hautel, 1808) : Terme de mépris ; abondance d’une chose quelconque pour laquelle on a de l’aversion ; jatte d’eau que l’on jette sur la tête ou au visage de quelqu’un.

Flaquer

(d’Hautel, 1808) : Jeter avec colère quelque chose au nez de quelqu’un.
Il lui a flaqué une potée d’eau au nez.

(un détenu, 1846) : Mettre bas, déposer.

(Larchey, 1865) : Aller à la selle (Vidocq) — Onomatopée.

(Delvau, 1867) : v. n. Alvum deponere, — dans l’argot des voyous. Se dit aussi pour Accoucher, mettre un enfant au monde.

(Virmaître, 1894) : V. Déballer.

(Hayard, 1907) : Satisfaire ses besoins.

Flaquer, Flasquer

(Rigaud, 1881) : Faire ses nécessités. — Accoucher, dans l’ancien argot. — Flaquer des châsses, pleurer. — Faire flasquer, Synonyme de faire ch…r ; c’est-à-dire ennuyer, horripiler.

Flaquet

(Delvau, 1867) : s. m. Gousset de montre, poche de gilet, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Gousset.

(La Rue, 1894) : Gousset. Plafond.

(Virmaître, 1894) : L’endroit ou le dos change de nom. Dans le peuple on ne prend pas de mitaine pour donner au flaquet son vrai nom (Argot du peuple).

(Virmaître, 1894) : Le gousset du pantalon, ou la poche du gilet. C’est là généralement ou on met son argent. Flac, sac ou argent, de là flaquet (Argot des voleurs).

Flaquin

(Fustier, 1889) : Recherché dans sa mise.

Flasquer

(Rossignol, 1901) : Le contraire du verbe manger.

Flatar

(Halbert, 1849) : Fiacre.

Flauper

(Fustier, 1889) : Battre.

(La Rue, 1894) : Battre.

(Rossignol, 1901) : Donner des coups.

Flèche

(d’Hautel, 1808) : Il ne sait plus de quel bois faire flèche. Pour, il ne sait plus de quel côté tourner la tête.

(Rigaud, 1881) : Sou, dans le jargon des ouvriers. — Deux flèches de semper, deux sous de tabac.

(Boutmy, 1883) : s. f. Ligne droite tracée à l’encre sur une épreuve et conduisant de l’endroit à corriger à l’indication de la faute marquée sur l’une des marges. Les flèches ont pour but de rendre la correction plus claire ; elles produisent souvent le résultat opposé. On fera donc bien de s’en abstenir.

Flèche, flèchard

(La Rue, 1894) : Sou.

Flémard

(Rigaud, 1881) : Paresseux, mou, lâche. — Flémer, paresser ; dérivés de flemme, mot du patois d’Auvergne acclimaté à Paris.

Ce flémard ne viendra pas aujourd’hui, parce qu’il a peur de moi ; c’est un lâche !

(L. Cladel, Ompdrailles.)

(Boutmy, 1883) : adj. Atteint de cette maladie qu’on appelle la flème. Le flémard se distingue du paresseux en ce qu’il n’est atteint du vice de ce dernier que par intermittences.

Flêmard

(Merlin, 1888) : Paresseux.

Flème

(Larchey, 1865) : Paresse invincible. Un jour de flème est un jour où il est impossible de travailler.

Lundi, la flemm’ m’accroche !

A. Cahen, Chansons.

En argot, battre sa flème veut dire flâner.

(Boutmy, 1883) : s. f. Sans doute altération du mot flegme. Paresse passagère. Avoir la flème, c’est ne travailler qu’à contre-cœur. Cet état est fréquent dans tous les ateliers le lendemain des fêtes carillonnées ou non. Le mot — et surtout la chose — ne sont pas particuliers aux typographes.

(Rossignol, 1901) : Ne pas avoir de courage au travail.

J’ai la flème, je ne vais pas à l’atelier.

Flême

(Delvau, 1867) : s. f. Lassitude d’esprit et de corps, — dans l’argot des faubouriens, qui, sans s’en douter, emploient là un des plus vieux mots de notre langue. Qu’est-ce en effet que la flême, si ce n’est une exagération du flegme, sa conséquence même, comme la rêverie celle d’un tempérament lymphatique ? Or, dès le XIIe siècle, flegme s’écrivait flemme. Avoir la flême. Être plus en train de flâner que de travailler. Jour de flême. Où l’on déserte l’atelier pour le cabaret.

(Merlin, 1888) : Paresse, ennui. — C’est aussi la sonnerie annonçant le repos pendant la journée, en été.

Flémer

(Boutmy, 1883) : v. intr. Ne pas travailler ; flâner.

Flemme

(Rigaud, 1881) : Paresse. — Paresseux.

Tas de flemmes ! va ! pas même l’courage d’s’déranger pour venir boire un coup !

(Grévin.)

(La Rue, 1894) : Paresse, flânerie.

(Virmaître, 1894) : Maladie que la plupart des ouvriers ont les lundis. On dit : battre une flemme (Argot du peuple).

Bien souvent la flemme, la flemme.
Bien souvent la flemme me prend.
En hiver comme en été,
Elle ne m’a jamais quitté.

(Hayard, 1907) : Fainéant.

Fleur

(Delvau, 1864) : Pucelage, — que la femme est censée donner à son époux la première nuit des noces.

Qu’au dernier cri de douleur,
Je suis maître de la fleur
Qui pour moi seul est éclose,
Je suppose,
Je suppose,
Irma, je suppose.

L. Festeau.

Cessez donc de pleurer un sort digne d’envie,
Et ne regrettez plus la plus belle des fleurs ;
Si ne la garder pas, c’est faire une folie,
On goûte en la perdant mille et mille douceurs.

Bussy-Rabutin.

Te laisser vierge, c’est te faire sentir de la façon la plus cruelle que ta fleur ne vaut pas la peine qu’on se donnerait pour la cueillir.

Louvet.

Il est bon de garder sa fleur,
Mais pour l’avoir perdue, il ne faut pas se pendre.

La Fontaine.

Cette fleur, qui avait été réservée pour le beau prince de Massa-Carrera, me fut ravie par le capitaine corsaire.

Voltaire.

Pour eux ne brille cette fleur,
Qu’amour, diligent moissonneur,
Sait recueillir avant la fête
Que le tardif hymen s’apprête.

Piron.

Fleur d’oranger

(Delvau, 1864) : Fleurs blanches qu’une fille porte sur la tête le jour de son mariage, pour dire à tout le monde : Je n’ai pas encore été baisée ; j’ai toujours gardé ma fleur et mon fruit… défendu. — Laissons passer et disons avec Commerson :

Le bouquet de fleurs d’oranger est le cynisme de la vertu.

Fleur de connerie

(Virmaître, 1894) : Suprême imbécile, crème de crétin. Mot à mot : le roi des gaffeurs (Argot du peuple). N.

Fleur de macadam

(Fustier, 1889) : Fille galante qui bat le trottoir.

Encore eût-elle (madame de Metternich) éclipsé cette fleur de macadam par la crânerie de sa désinvolture.

(Événement, 1880.)

Fleur de mari

(Delvau, 1867) : s. f. Ce que pleurait sur la montagne la fille de Jephté, — dans l’argot des voleurs, qui ont rarement autant de délicatesse.

(Rigaud, 1881) : Virginité. Mot à mot : fleur dont on fait présent au mari.

Elle gardait sa fleur de mari, très décidée à ne la laisser prendre que pour le bon motif.

(Huysmans, les Sœurs Vatard.)

Fleur de marie

(Halbert, 1849) : Vierge.

(Larchey, 1865) : Virginité (Vidocq). — Allusion a l’Immaculée Conception. — Fleur des pois : Homme à la mode.

Fleur de sacristie

(Virmaître, 1894) : Calotin qui fréquente les églises sans en croire un mot. C’est un commerce comme un autre. On dit aussi : rat de sacristie (Argot du peuple). N.

Fleur des pois

(Delvau, 1867) : s. f. Le plus brillant causeur d’une compagnie, — dans l’argot des gens de lettres. Le plus vaillant compagnon d’un atelier, — dans l’argot des ouvriers. La plus belle fille d’un bal, — dans l’argot des gandins.

Fleur du mal

(Delvau, 1867) : s. f. Femme à propos de laquelle on peut dire ce que, dans une de ses épigrammes, Martial dit d’une nommée Bassa, chez laquelle on ne voyait jamais venir d’hommes : Hic ubi vir non est, ut sit adulterium.
Fleur du mal
est une expression toute moderne ; elle appartient à l’argot des gens de lettres depuis l’apparition du volume de poésies de Charles Baudelaire.

Fleurant

(Halbert, 1849) : Bouquet.

Fleure fesses

(Hayard, 1907) : Mouchard, espion.

Fleure-fesses

(Virmaître, 1894) : Homme qui moucharde ses compagnons d’atelier et est sans cesse derrière le patron (Argot du peuple). V. Lèche-cul.

Fleurer

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Respirer, sentir, — dans l’argot du peuple, qui trouve que flairer n’emporte pas assez avec soi l’idée d’odeurs, de parfums. C’était aussi l’opinion de Mathurin Régnier, qui a dit :

Je sentis à son nez, à ses lèvres décloses,
Qu’il fleuroit bien plus fort mais non pas mieux que roses.

Fleurettes

(Delvau, 1864) : Petites fleurs du langage amoureux, douceurs que les galants débitent aux jeunes personnes qui y prêtent volontiers l’oreille, — faute de prêter autre chose à quelque chose de mieux. On dit aussi : Conter fleurettes, pour : parler d’amour.

Je ne cessais de me retracer mon gentil Belval, allant au fait, et commençant par où les autres me semblaient ne devoir finir d’un siècle. Aussi, leurs fleurettes n’étaient-elles honorées d’aucune attention.

Félicia

Des abbés coquets sont venus ;
Ils m’offraient pour me plaire
Des fleurettes au lieu d’écus,
Je les envoyai faire… vois-tu…

Gallet.

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Galanteries, — dans l’argot des bourgeois. Conter fleurettes. Faire la cour à une femme. Conteur de fleurettes. Libertin.

Fleureur

(d’Hautel, 1808) : Fleureur de cuisine. Parasite écornifleur de diner ; épicurien.

Fleurons de vénus

(Delvau, 1864) : Accidents vénériens qui forment sur le front du malade une sorte d’auréole.

Les fleurons de Vénus te servent d’auréole ;
Comme un vase trop plein tu répands la vérole
Sur tout un peuple frémissant.

Dumoulin.

Fleurs blanches

(Delvau, 1864) : Nom que, par corruption, on donne à un écoulement blanchâtre particulier aux femmes blondes, lymphatiques, chlorotiques, mal nourries, — parisiennes, en un mot. Mulierum vulvæ fluores, stillationes morbosæ, d’où, conséquemment, on devrait dire : flueurs blanches, du verbe latin fluere, couler.

La marquise a bien des appas,
Ses traits sont vifs, ses grâces franches,
Et les fleurs naissent sous ses pas ;
Mais, hélas ! ce sont des fleurs blanches.

Comte De Maurepas.

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Blennorrhée spéciale aux femmes, — dans le même argot [des bourgeois], qui n’est pas la bonne langue. C’est Flueurs (de fluere, couler) qu’on devrait dire, à ce qu’il me semble du moins, — contrairement à l’opinion de Littré.

Fleurs du mal

(Delvau, 1864) : Tribade — qui se fait respirer par une autre femme, qu’elle respire à son tour. — L’expression date de 1856, époque de la publication du livre de poésies de M. Charles Baudelaire, dans lequel les gougnottes sont chantées sur la mode ionien.

Fleurs rouges

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Les menstrues féminines, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Menstrues.

Flibocheuse

(Rigaud, 1881) : Variété de fille publique, fille publique du genre rapace. C’est un dérivé de flibustier.

Les flibocheuses, êtres hybrides, moitié femmes, moitié éponges, qui sont de tous les dîners, de tous les soupers et de tous les réveillons, chipant tout, rinçant tout, lavant tout.

(Paris à vol de canard.)

Flibuster

(Delvau, 1867) : v. a. Filouter, — dans le même argot [du peuple].

Flibustier

(Delvau, 1867) : s. m. Escroc.

Flic à dard

(Virmaître, 1894) : Sergent de ville. Allusion à ce que dans les manifestations, ils mettent sabre au clair, ils lardent les manifestants. Dans le peuple, le mot est soudé, on dit flicadard (Argot du peuple). N.

Flic flac (faire le)

(Rigaud, 1881) : Forcer une serrure.

Flic-à-dard, fliquot

(La Rue, 1894) : Gardien de la paix.

Flic-flaquer

(Rigaud, 1881) : Marcher en savates.

Flic, flac. Flon, flon

(d’Hautel, 1808) : Mots imaginés pour imiter le bruit que produisent les coups de bâton que l’on donne à quelqu’un.
Des Flic flac. On appelle ainsi certains pas de danse.

Flicarts

(Rossignol, 1901) : Gardiens de la paix.

Flick

(Hayard, 1907) : Sergent de ville.

Flics

(Rossignol, 1901) : Gardiens de la paix.

Fligadier

(Delvau, 1867) : s. m. Pièce de cinq centimes, — dans l’argot des voleurs.

Flingart

(Rigaud, 1881) : Soldat d’infanterie de ligne. Il porte le flingot, fusil. Les flingarts sont de bons zigs.

Flingol

(Hayard, 1907) : Fusil.

Flingot

(Delvau, 1867) : s. m. Couteau, — dans l’argot des bouchers. Fusil, — dans l’argot des troupiers.

(Rigaud, 1881) : Fusil de boucher.

(Rigaud, 1881) : Fusil, — dans le jargon des troupiers.

On lui mettait un flingot entre les doigts et là, au soleil, à la pluie, au vent, il devait s’évertuer à jongler avec.

(Huysmans, les Sœurs Vatard.)

Ricornot, navré, faisait l’exercice dans la cour, ayant le sac au dos et le flingot sur l’épaule.

(Vicomte Richard, Les Femmes des autres.)

(Merlin, 1888) : Fusil.

(La Rue, 1894) : Fusil. Couteau, dans l’argot des bouchers. Ventre.

(Virmaître, 1894) : Fusil (Argot des troupiers). V. Bottoche.

(Rossignol, 1901) : Fusil.

Flingot (cinq ans de forcés au)

(Rigaud, 1881) : Cinq ans de service militaire, — dans le jargon du peuple. Et par abréviation : cinq ans de flingot, c’est-à-dire cinq ans de fusil.

Flingue

(Rigaud, 1881) : Fusil. Cette dernière forme est particulière aux marins.

Flippe

(La Rue, 1894) : Fripouille.

Fliquadard

(Delvau, 1867) : s. m. Sergent de ville, — dans l’argot des faubouriens.

Flique ou flick

(Virmaître, 1894) : Sergent de ville (Argot du peuple). V. Bec de gaz.

Flique, Flique à dard

(Rigaud, 1881) : Commissaire de police, agent de police, — dans le jargon des filles.

Flirtation

(Rigaud, 1881) : Action de filer, ou mieux de filtrer le sentiment, de raffiner l’art de faire la cour.

Dans les affaires de cœur, les Françaises ne connaissent pas de milieu entre l’amour et l’indifférence ; elles peuvent avoir des hommes pour amis, mais la flirtation leur est inconnue.

(Lady Morgan, la France, 1817.)

Le mot n’est guère répandu que depuis 1875. C’est M. Sardou qui l’a lancé dans la circulation parisienne :

ROBERT : — Ah !… je la connais maintenant leur flirtation ; mais pour la pratiquer sans s’y brûler… juste Dieu ! ces Américaines… en quoi sont-elles ?

(L’Oncle Sam, acte III, sc. VII.)

Flirter

(Rigaud, 1881) : Filtrer le sentiment ; courtiser avec raffinement ; mot ; d’importation américaine.

On ! commence par flirter avec une jolie fille.

(E. Augier, Les Fours hambault.)

Flome

(Virmaître, 1894) : Femme. Cette expression est nouvelle dans les faubourgs. D’où vient-elle ? Probablement de ce que les femmes d’ouvriers, pendant que leurs maris travaillent, flemment chez les voisines. Flome est une corruption de flemme, comme flemmard pour paresseux, et une adjonction de finale à flemme (Argot du peuple).

Flôme

(Clémens, 1840) : Femme légitime.

(La Rue, 1894) : Femme légitime.

Flonflons

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Chansons, — dans l’argot du peuple. Faiseur de flonflons. Vaudevilliste.

Flopée

(Delvau, 1867) : s. f. Foule, — dans l’argot des faubouriens, qui disent cela à propos des choses comme à propos des gens.

(Delvau, 1867) : s. f. Coups de poing et coups de pieds nombreux.

Flôpée

(Hayard, 1907) : Raclée, volée.

Flopée, Flou

(Rigaud, 1881) : Foule. — Grêle de coups.

Floper

(un détenu, 1846) : Donner une raclée, frapper.

Floppée

(Virmaître, 1894) : En donner une ou la recevoir. Être battu ou battre violemment. Quand la marmite du souteneur ne rapporte pas, elle reçoit une floppée. Allusion au cordonnier qui bat son cuir pour l’assouplir : il le floppe (Argot des souteneurs).

Floppée (une)

(Halbert, 1849) : Une volée.

Floquot

(Rigaud, 1881) : Tiroir, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Tiroir.

Flottant

(Larchey, 1865) : Poisson (Vidocq). — Flotter : Nager. — Faire flotter : Noyer.

(Delvau, 1867) : s. m. Poisson, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Poisson.

(Rigaud, 1881) : Bal de souteneurs.

(La Rue, 1894) : Poisson. Bal de souteneurs.

(Virmaître, 1894) : Bal où se réunissent les souteneurs du quartier. Toute la flotte s’y donne rendez-vous. Les souteneurs n’ont pas de préjugés, une expression même injurieuse glisse sur les oreilles de ces messieurs. Ils savent très bien que le mot flottant vient de flotte, eau, or les poissons sont dans leur élément (Argot des souteneurs). N.

Flottard

(Rigaud, 1881) : Aspirant à l’école navale. (L. Larchey)

Flotte

(Delvau, 1867) : s. f. Argent paternel ou avunculaire, — dans l’argot des étudiants. Recevoir sa flotte. Toucher sa pension.

(Delvau, 1867) : s. f. Grande quantité de monde ou de choses, — dans l’argot du peuple, fidèle à l’étymologie (fluctus, flot, chose abondante) et à la tradition :

As noces vint bien atornée,
Et des autres i ot grand flote,
Et Renart lor chante une note.

dit le Roman du Renard.
Être de la flotte.
Être de la compagnie.

(Rigaud, 1881) : Provision d’argent du mois, du semestre, arrérages.

La flotte est arrivée, pour dire qu’on a reçu de l’argent, après avoir attendu quelque temps. Par allusion aux flottes des Indes.

(Le Roux, Dict. comique.)

Le mot n’est plus guère usité depuis une vingtaine d’années.

(Rigaud, 1881) : Nombreuse société.

(La Rue, 1894) : Argent paternel des étudiants, leur mois. Bain. Réunion d’individus. Grande quantité.

(Virmaître, 1894) : Eau. La rivière flotte. On dit d’une personne mince dans des vêtements trop larges :
— Ses membres flottent.
Toute la flotte (l’atelier en entier) a été manger une friture.
Nous étions une flotte pour nous étions un tas (Argot du peuple). N.

(Rossignol, 1901) : Eau.

(Hayard, 1907) : Eau.

Flotté

(d’Hautel, 1808) : C’est un visage de bois flotté. Voy. Bois.

Flotter

(Delvau, 1867) : v. n. Se baigner, nager.

(Rigaud, 1881) : Nager. — Faire flotter, noyer.

(Rossignol, 1901) : Nager. Celui qui sait flotter sait nager.

Flotteur

(Delvau, 1867) : s. m. Nageur.

Flou

(Larchey, 1865) : Douceur, légèreté (fluidus). — C’est un mot de langue romane. V. Roquefort.

Tu as dans le style on ne saurait dire quel moelleux, quelle grâce, quel flou.

L. Reybaud.

Pris quelquefois adjectivement.

(Delvau, 1867) : s. m. Variété de morbidesse, de douceur de touche, de coloris vaporeux, — dans l’argot des artistes. J’aurais volontiers été tenté de croire ce mot moderne et qu’il n’était qu’une onomatopée de l’œil et de l’oreille, si je n’avais pas lu dans François Villon :

Item je donne à Jean Lelou.
Homme de bien et bon marchant,
Pour ce qu’il est linget et flou,
Un beau petit chiennet couchant.

Flou, c’est flo, et flo, c’est faible.
Faire flou.
Dessiner ou peindre sans arrêter suffisamment les contours, en laissant flotter autour des objets une sorte de brume agréable. Se dit aussi à propos de la sculpture ; car Puget ne craignait pas de faire flou.

(La Rue, 1894) : Rien. Faire le flou, ne rien trouver.

Flou (le)

(Bras-de-Fer, 1829) : Rien.

Flou (le) Floutiere

(Halbert, 1849) : Rien.

Flou (le), floutière

(anon., 1827) : Rien.

Flou-chipe

(Rigaud, 1881) : Floueur-chipeur. On dit flou-chipe, comme on dit : démoc-soc.

Flou, Flotière

(Rigaud, 1881) : Rien, — dans l’ancien argot.

Flou, floutière

(Larchey, 1865) : Rien (Le Bailly).

Flouan

(Hayard, 1907) : Jeu d’argent où l’on vole.

Flouant

(M.D., 1844) : Jeu de hasard.

(Halbert, 1849) : Jeu.

Flouchipe

(Delvau, 1867) : s. m. Filou, macaire, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Monsieur de Flouchipe.

Floue

(Delvau, 1867) : s. f. Foule, — dans l’argot des voleurs, qui peuvent s’y fluer et y flouer à leur aise.

(Virmaître, 1894) : La foule. Quand la foule est nombreuse, les voleurs peuvent travailler à leur aise (Argot des voleurs).

Flouer

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Voler au jeu.

(Clémens, 1840) : Jouer.

(M.D., 1844) : Jouer.

(Halbert, 1849) : Jouer.

(Larchey, 1865) : Flouer n’est pas voler brutalement, c’est plutôt escroquer. On dit Flouer des actionnaires mais on ne dit jamais Flouer un couvert d’argent. — Flouerie : Escroquerie.

Tous les frères flouent plus ou moins leur sœur.

Balzac.

Du vieux mot fluer (couler) pris dans le sens actif. V. Roquefort. — Flouer : Voler au jeu (Vidocq).Flouerie : Escroquerie. — Floueur : Escroc.

Bien que notre époque ait donné naissance à une effrayante quantité de floueurs de toute espèce.

A. Dubuisson.

Floueur : Grec (Vidocq).

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Jouer, — dans le même argot [des voleurs]. Flouer grand flouant. Jouer gros jeu, risquer sa liberté ou sa vie.

(Delvau, 1867) : v. a. Tricher au jeu ; voler, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Jouer, en terme de grecs. — Filouter au jeu.

(La Rue, 1894) : Jouer. Voler au jeu ou autrement.

(Rossignol, 1901) : Voler, tricher au jeu.

Flouerie

(Delvau, 1867) : s. f. Tricherie ; escroquerie, vol pour ainsi dire légal. Signifie aussi dans le sens figuré : Duperie.

(Rigaud, 1881) : Vol adroit ; espièglerie doublée de vol.

Floueur

(anon., 1827) : Escroc aux jeux.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Qui vole au jeu.

(Bras-de-Fer, 1829) : Escroc au jeu.

(Clémens, 1840) : Celui qui tient des jeux défendus.

(Halbert, 1849) : Escroc au jeu.

(Delvau, 1867) : s. m. Tricheur ; escroc ; voleur.

(Rigaud, 1881) : Terme générique servant à désigner tout escroc, tout voleur qui exerce adroitement et sans employer la violence. — Dans le jargon des filles, c’est l’individu qui, après avoir promis beaucoup, ne donne rien.

Floumann

(Virmaître, 1894) : Floueur, filou. Mann, en allemand veut dire homme. Mot à mot, en retournant la finale, cela fait homme floueur. Être floué, est synonyme d’être trompé. Ainsi, un homme épouse une femme qu’il croyait vierge, elle sort de la maternité.
— Il est floué (Argot du peuple). N.

(Rossignol, 1901) : Voleur.

Floume

(Larchey, 1865) : Femme (Vidocq). — Au dix-huitième siècle, on disait Fumelle pour Femelle.

(Delvau, 1867) : s. f. Femme, — dans l’argot des voleurs et des troupiers.

(Hayard, 1907) : Femme.

Floumons

(M.D., 1844) : Un violon.

Floupin

(Virmaître, 1894) : Diminutif de floumann, comme pégriot l’est de pègre. Un floupin est un petit filou qui travaille dans les bas prix.
— Il vole un mouchoir ; le floumann vole des millions (Argot du peuple). N.

Floutière

(Virmaître, 1894) : Rien. Au XVIe siècle on crtiquait les archi-suppôts chargés de réformer le langage (l’argot) en usage dans les cours des Miracles ; on disait d’eux… sans ficher floutière. Le mot est resté en usage (Argot du peuple).

Floutière ou flou

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Rien. J’ai fait le flou, je n’ai rien trouvé à prendre.

Flube

(Hayard, 1907) : Peur.

Flume

(Delvau, 1867) : s. m. Résultat, expectoré ou non, de la pituite, — dans l’argot du peuple, qui parle comme écrivait le poète Eustache Deschamps :

Dieux scet que ma vieillesse endure
De froit et reume jour et nuict,
De fleume, de toux et d’ordure.

Fleume ou flume, c’est tout un. Avoir des flumes. Être d’un tempérament pituiteux. On dit de même Avoir la poitrine grasse.

Flut

(Larchey, 1865) : Non. — Mot à mot : C’est comme si tu flûtais ; — locution dont on use aussi pour refuser quelqu’un.

Flut’ !

(Delvau, 1867) : Expression de l’argot de Breda-Street, où l’on dédaigne d’employer le zut traditionnel, comme trop populaire.

Flûte

(d’Hautel, 1808) : Arranger ses flûtes. Prendre ses mesures, se disposer pour faire quelque chose.
Il est monté sur deux grandes flûtes. Manière ironique de dire que quelqu’un a des jambes longues et maigres ; qu’il est mal bâti, mal tourné.
On dit de deux personnes qui se détestent mutuellement, que leurs flûtes ne s’accordent pas ensemble.
Il y a de l’ordure à ses flûtes.
Pour dire qu’un homme est coupable de ce dont on l’accuse.
Juste et carré comme une flûte. Voy. Carré.
Il a toujours la flûte au derrière. Manière plaisante de dire qu’un homme prend souvent des lavemens, qu’il est toujours dans les drogues.
Il en revient toujours à Robin ses flûtes. C’est à dire, au sujet qui l’intéresse.
Ce qui vient par la flûte, retourne au tambour. Pour dire que le bien mal acquis ne profite jamais.

(Delvau, 1867) : s. f. Bouteille de vin, — dans l’argot des ouvriers.

(Delvau, 1867) : s. f. L’instrument avec lequel les matassins poursuivent M. de Pourceaugnac, — dans l’argot du peuple, Tulou médiocre. Avoir toujours la flûte au cul. Abuser des détersifs.

(Fustier, 1889) : Verre de bière.

Flûte !

(Rigaud, 1881) : Je m’en moque.

Flûte (jouer de la)

(Rigaud, 1881) : Prendre un clystère. — Joueur de flûte, flûtiste, infirmier. C’était autrefois flûtencul, qui avait également le sens d’apothicaire.

Peste du courtaud de boutique et du flûtencul !

(Pièces comiques.)

Flutenc…

(La Rue, 1894) : Pharmacien.

Flûtencu

(d’Hautel, 1808) : Sobriquet que l’on donné à un apprenti droguiste, à un mauvais apothicaire.

Flutencul

(Virmaître, 1894) : Pharmacien (Argot du peuple).

Bonjour Mam’zelle Zirzabelle
J’vous apporte un p’tit lavement,
Ça Vous r’fra le tempérament.
Allons, tournez-vous, mam’zelle.
Fi ! Monsieur, pas tant d’raideur,
Car jamais apothicaire
Ne verra c’que par pudeur
Je n’fais voir qu’à ma chère mère !

Flûtencul

(Delvau, 1867) : s. m. Pharmacien.

Fluter

(Larchey, 1865) : Boire.

C’est un gaillard qui flute joliment, un buveur intrépide.

1808, id.

Allusion au bruit produit par l’aspiration de chaque gorgée.

Flûter

(d’Hautel, 1808) : Boire, s’adonner à la bouteille, ivrogner.
C’est un gaillard qui flûte joliment. C’est-à dire, un buveur intrépide.

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Boire beaucoup.

(Delvau, 1867) : v. n. Parler inutilement. Le peuple n’emploie ordinairement ce verbe que dans cette phrase, qui est une formule de refus : C’est comme si tu flûtais !

Flûter (envoyer)

(Rigaud, 1881) : Envoyer promener.

Ah ! elle envoyait joliment flûter le monde.

(E. Zola.)

Flûter (se faire)

(Delvau, 1867) : Se faire administrer un détersif dans le gros intestin.

Flutes

(Larchey, 1865) : Jambes minces. — Mot à mot : fluettes.

Arranger ses flutes : Se disposer, prendre ses mesures.

1808, d’Hautel.

(Virmaître, 1894) : Jambes. On dit d’une femme maigre : Elle a volé les flutes du boulanger. Flute, synonyme de zut (Je ne veux pas) (Argot du peuple).

Flûtes

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Jambes. Jouer des flûtes. Courir, se sauver. Astiquer ses flûtes. Danser.

(Rigaud, 1881) : Jambes et principalement jambes maigres. — Se tirer des flûtes, se sauver.

Faut s’ tirer des flûtes.

(G. Marot, L’Enfant de la Morgue, 1880.)

(Rossignol, 1901) : Jambes.

(Hayard, 1907) : Jambes.

Flûteur

(d’Hautel, 1808) : C’est un bon flûteur. Pour, un franc buveur, un bon ivrogne.

(Delvau, 1867) : s. m. Ivrogne.

Flûtiez (c’est comme si vous)

(Rigaud, 1881) : C’est comme si vous ne disiez rien. C’est la variante de : C’est comme si vous chantiez.

Flux

(d’Hautel, 1808) : Un flux de paroles. Abondance de paroles ; discours vains et superflus.

Flux (avoir le)

(Rigaud, 1881) : Avoir peur.

Fluxion

(Rigaud, 1881) : Peur, — dans le jargon des voleurs. — Pincer une fluxion, avoir peur.

(La Rue, 1894) : Peur.

Fluxion de pavés

(Virmaître, 1894) : Pochard qui tombe et s’abime la figure : elle enfle comme s’il avait mal aux dents. De là l’expression (Argot du peuple).

Focard

(Hayard, 1907) : Fou.

Fœtus

(Rigaud, 1881) : Élève de première année à l’école de chirurgie militaire. (L. Larchey)

Fogner

(Delvau, 1867) : Alvum deponere,, — dans l’argot des ouvriers, qui parlent comme écrivait Bonaventure Des Périers.

Foi

(d’Hautel, 1808) : Il n’a ni foi ni loi. Se dit d’un méchant homme dont il faut se méfier.
Ma foi non. Manière affirmative de dire que l’on n’a pas fait ou qu’on ne fera pas une chose.

Foible

(d’Hautel, 1808) : Du fort au foible ; le fort portant le foible. Manières de parler adverbiales, et qui équivalent à, toutes choses compensées ; tout bien considéré.

Foie

(d’Hautel, 1808) : Il a bon foie de croire cette histoire. Se dit d’une personne simple, crédule, à laquelle on en compte facilement.
Il a un bon foie de souffrir cela. Pour dire, il est bien bon, il a bien de la patience.
Il faut que vous ayez un bon foie de me tenir de pareils propos. Se dit ironiquement à quel qu’un qui fait des propositions déraisonnables et extravagantes.

Foie blanc

(La Rue, 1894) : Voleur disposé à quitter sa bande on à la dénoncer.

Foies blancs (avoir les)

(Fustier, 1889) : Être timide, manquer de courage, d’audace.

Foin

(d’Hautel, 1808) : Quand il n’y a point de foin au ratelier, les ânes se battent. Voyez Ânes.
Il a du foin dans ses bottes. Pour, il est fortuné, il est riche.
Chercher une aiguille dans une botte de foin. Se mettre à la recherche d’une chose qu’il n’est presque pas possible de trouver.

(Delvau, 1867) : s. m. Synonyme d’argent, — dans l’argot du peuple. Avoir du foin au râtelier. Avoir de la fortune. Mettre du foin dans ses bottes. Amasser de l’argent, faire des économies. On dit aussi Avoir du foin dans ses bottes.

Foin (faire du)

(Rossignol, 1901) : Bruit, crier, faire des épates.

Vous faites tellement de foin qu’on ne s’entend plus.

Foirade, Foire

(Rigaud, 1881) : Peur. — Foirer, avoir peur. — Foireux, foireuse, poltron, poltronne.

Foire

(d’Hautel, 1808) : La foire n’est pas sur le pont. Pour dire rien ne presse.
Ils s’entendent comme larrons en foire. Se dit en mauvaise part de personnes qui ont des intelligences secrètes.
Donner la foire à quelqu’un. Calembourg qui signifie faire présent à quelqu’un de quelque chose venant de la foire. V. Attraper.

(Delvau, 1867) : s. f. Diarrhée, — dans l’argot du people, fidèle à l’étymologie (foria) et à la tradition :

Renart fait comme pute beste :
Quand il li fu desus la teste,
Drece la queüe et aler lesse
Tot contre val une grant lesse
De foire clere a cul overt,
Tout le vilain en a covert,

dit le Roman du Renard.

Foire d’empoigne

(Delvau, 1867) : s. f. Vol. Aller à la foire d’empoigne. Voler. On disait autrefois: Passer à l’île des Gripes.

(La Rue, 1894) : Vol. Acheté à la foire d’empoigne, volé.

(Virmaître, 1894) : Voler à la force du poignet (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Voler.

J’ai acheté mon tabac a la foire d’empoigne.

Foire d’empoigne (acheter à la)

(Rigaud, 1881) : Voler. Revenir de la foire d’empoigne, rentrer les poches pleines d’objets volés.

Foirer

(Larchey, 1865) : Défaillir au moment de l’action. Mot à mot : faire une cacade. On connaît l’action du danger sur les intestins. Une mazarinade nous donne l’équivalent de Foirer dans cet extrait :

On en alloit voir escamper qui, pour rendre un prétexte honneste, auroient dit : J’ay mal à la teste. Que de pisseurs, que de chieurs s’alloient séparer de Messieurs et dont le lendemain l’absence fit voir le crime et la prudence.

Courrier burlesque, 1650, 2e pièce.

Foireux : Poltron. V. Du Cange (d’Hautel, 1808). — Foirou : Derrière (Vidocq).

(Delvau, 1867) : v. n. Avoir peur, — dans l’argot des faubouriens. Par extension, Mourir. On dit aussi Avoir la foire.

(Fustier, 1889) : Avoir la dysenterie. Expression très triviale. (V. Foire au Dictionnaire.)

(Fustier, 1889) : Avoir la foire.

Foireux

(d’Hautel, 1808) : Peureux, poltron. On dit souvent bassement en parlant de quelqu’un qui est pâle, qui est indisposé, qu’il a la mine foireuse.
On dit aussi par mépris à un homme foible, et qui veut faire le fanfaron, qu’il n’est qu’un foireux.

(Delvau, 1867) : s. et adj. Poltron, homme dont le cœur est débilite et l’esprit dévoyé. Foireux comme un geai. Extrêmement poltron. On dit aussi Foirard.

(Virmaître, 1894) : Poltron. On dit aussi : foireux comme un geai. L’ami Mac-Nab nous a laissé une chanson connue, à ce sujet :

Il reste les Napoléon,
Des muff’s qu’a toujours la colique
Et qui foire dans ses pantalons
Pour em… bèter la République.

Allusion à la fuite de Craint-plomb, pendant la guerre de Crimée (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Poltron.

Foiron

(Fustier, 1889) : Derrière.

(Virmaître, 1894) : Le derrière (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Voir foirpette.

Foirpette

(Rossignol, 1901) : Le derrière.

Fois

(d’Hautel, 1808) : Une fois pour toutes. On dit vulgairement, une fois pour tout.
Une fois n’est pas coutume.
V. Coutume.

Foison

(d’Hautel, 1808) : À foison. Pour dire abondamment, en quantité.

Foisonner

(Rigaud, 1881) : Répandre une odeur infecte soit personnellement, soit impersonnellement, — dans le jargon des voyous. Ce doit être quelque fioriture du mot foiré, faire, ou encore une déformation du mot « empoisonner » par le retranchement des deux premières lettres et la substitution de l’F au P.

Fol ou fou

(d’Hautel, 1808) : Il est coiffé comme un chien fou. Se dit de quelqu’un qui est coiffé d’une manière bizarre.
Qui fol envoie fol attend. Pour dire que peut rien attendre de bon, quand on a chargé un fou de la négociation d’une affaire.
Plus on est de fous, plus on rit. Se dit d’une compagnie nombreuse, ou mutuellement on s’excite à la joie ; et aussi pour engager quelqu’un dans une partie joyeuse.
Tête de fou ne blanchit jamais. V. Blanchir.
Il est fou à lier ; Il est fou comme un jeune chien. Pour il est étourdi, écervelé ; il se porte à toutes sortes d’inconséquences.

Foler

(Bras-de-Fer, 1829) : Projeter.

Folichon

(d’Hautel, 1808) : Pantin, homme d’une humeur folâtre, qui fait le farceur et le falot.

(Larchey, 1865) : « Homme d’une humeur folâtre qui fait le farceur et le falot. »

1808, d’Hautel.

(Delvau, 1867) : s. et adj. Homme amusant, chose agréable, — dans l’argot du peuple, qui dit cela depuis plus d’un siècle. Être folichon. Commencer à se griser. Signifie aussi : Dire des gaudrioles aux dames.

Folichon, folichonne, folichonneuse, folichonnette, folichonner, folichonnades, folichonneries

(Delvau, 1864) : Rieurs, bons vivants, folâtreries, gaillardises.

Mariette était si folichonne,
Qu’elle embrassait les cuisiniers.

Martial O…

Je fus épris comme un toqué d’une aimable folichonnette.

J. Kelm.

Une folichonneuse,
Cancane et me plaît mieux.

J.-E. Aubry.

Folichons et folichonnettes,
Rigolons et folichonnons.

F. Vergeron.

M. M…, pour avoir lu des livres entachés de folichonnerie, copiera cent versets de la Bible.

Ch. Joliet.

Folichonnade

(Delvau, 1867) : s. f. Amusement plus ou moins décent ; farce plus ou moins drôle. On dit aussi Folicbonnerie.

Folichonne

(Delvau, 1867) : s. f. Femme qui n’est pas assez bégueule ; bastringueuse. On dit aussi Folichonnette.

Folichonner

(d’Hautel, 1808) : Folâtrer, faire le joli cœur, le petit fou.

(Larchey, 1865) : Folâtrer.

Puis nous irons retrouver Florine et Coralie au Panorama dramatique où nous folichonnerons avec elles dans leurs loges.

Balzac.

(Delvau, 1867) : v. n. Folâtrer avec plus ou moins de décence. Signifie aussi : Courir les bals et les cabarets.

Folichonneuse, nette

(Larchey, 1865) : Fille réjouie et aimant le plaisir.

Je fus épris, comme un toqué, D’une aimable folichonnette.

J. Kelm.

Une folichonnerie cancane et me plaît mieux.

Aubry. 1842.

Folie

(d’Hautel, 1808) : Les plus courtes folies sont les meilleures. Signifie que le temps des folies dure toujours trop.
Aimer quelqu’un à la folie. En être éperdument amoureux ; l’aimer à en perdre la tête.

(Hayard, 1907) : Poche.

Folle du logis

(Rigaud, 1881) : Imagination ; caprice. Le mot est de sainte Thérèse.

Folle-enchère

(d’Hautel, 1808) : C’est lui qui en portera la folle-enchère. Pour c’est lui qui portera toute la peine, tout le désagrément ; qui supportera toutes les charges.

Foncé

(Delvau, 1867) : adj. Riche, en fonds.

Foncée

(Virmaître, 1894) : Une mariée est en blanc le matin, le soir elle change de costume, les loustics disent qu’elle est en foncée (Argot du peuple). N.

Foncer

(d’Hautel, 1808) : Il est foncé. Pour dire, il a beaucoup d’argent, il est fortune ; il peut faire face à cette entreprise.

(Bras-de-Fer, 1829) : Donner.

(M.D., 1844) : Donner.

(Larchey, 1865) : Se précipiter. — Abrév. d’enfoncer.

Trois coquins de railles sur mesigue ont foncé.

Vidocq.

Foncer, foncer à l’appointement : Payer. — Foncer : Donner. V. Dardant. — Foncer un babillard : Adresser une pétition. V. Babillard.

(Delvau, 1867) : v. n. Donner de l’argent, fournir des fonds.

S’il plaist, s’il est beau, il suffit.
S’il est prodigue de ses biens,
Que pour le plaisir et déduit
Il fonce et qu’il n’espargne rien.

trouve-t-on dans G. Coquillard, poète du XVe siècle. Les bourgeois disent, eux : Foncer à l’appointement.

(Delvau, 1867) : v. n. Courir, s’abattre, se précipiter, — dans l’argot des écoliers.

(Rigaud, 1881) : Payer, compter. On disait autrefois pour exprimer la même idée : Foncer à l’appointement.

C’est une coutume fort établie à Paris, où la plupart des femmes coquettes font foncer leurs maris vieux et goutteux à l’appointernent, pour entretenir de jeunes godelureaux qui leur repassent le bufle.

(Le Roux, Dict. comique, 1750.)

(La Rue, 1894) : Payer. Donner.

Foncer (se)

(Delvau, 1867) : Commencer à se griser, — dans l’argot des ouvriers.

Foncer, fouquer

(anon., 1827) : Donner.

(Halbert, 1849) : Donner.

Fonctions (faire des)

(Boutmy, 1883) : v. Distribuer, corriger ; aider spécialement un metteur en pages.

Fond

(d’Hautel, 1808) : Aller au fin fond. Locution usitée parmi le peuple, et qui signifie fouiller une chose dans toutes ses profondeurs ; avoir parcouru un pays d’un bout à l’autre.
Il connoît le fond du sac. Pour il sait le fond des affaires.
Il faut voir le fond du sac. C’est-à-dire, il faut examiner jusqu’aux moindres circonstances ; jusqu’aux plus petits détails, aller jusqu’à la fin.

Fond d’estomac

(Delvau, 1867) : s. m. Potage épais, — dans l’argot du peuple.

Fond de cale (être à)

(Rigaud, 1881) : Ne plus avoir le sou.

Fond de peche

(Virmaître, 1894) : Le nombril (Argot des voleurs). N.

Fond de-pêche

(La Rue, 1894) : Nombril.

Fondant

(Halbert, 1849) : Du beurre.

(Delvau, 1867) : s. m. Beurre, — dans l’argot des voyous.

(Rigaud, 1881) : Beurre, — dans l’ancien argot.

(La Rue, 1894) : Beurre.

Fondant (du)

(M.D., 1844) : Du plomb.

Fondante

(M.D., 1844) : Sir à emprunt.

(Halbert, 1849) : Une beurrée.

Fondants

(Virmaître, 1894) : Des bonbons pustuleux qui suintent sans cesse. On dit : il a des bonbons fondants (Argot du peuple). N.

Fondants (des)

(Rossignol, 1901) : Voir Bonbons à liqueurs.

Fondation

(d’Hautel, 1808) : Il ne manquera pas par les fondations. Se dit par raillerie de quelqu’un qui a des jambes en forme de potaux, et d’une grosseur extraordinaire.

Fondement

(d’Hautel, 1808) : Il veut faire un bon fondement pour bien boire après. Se dit en riant d’un homme qui mange beaucoup de soupe.

(Delvau, 1867) : s. m. Le podex, — dans l’argot des bourgeois, qui parlent comme écrivait Ambroise Paré.

Fondement (le)

(Delvau, 1864) : Les parties sexuelles, dont le fondement n’est cependant qu’une partie.

Craignez, craignez fort la vérole !
Il faut garder son fondement
Propre, avec tout son fourniment,
Pour suivre les cours de l’école.

A. Watripon.

Fondeur

(d’Hautel, 1808) : Étonné comme un fondeur de cloches. C’est-à-dire, surpris, stupéfait au dernier point.

Fondre

(d’Hautel, 1808) : Fondre la cloche. Terminer une affaire, en venir au dernier résultat ; employer ses dernières ressources ; déclarer l’état de ses affaires.
Il fond comme du beurre à la poêle. Se dit d’une personne qui couve une maladie, et dont la figure s’altère chaque jour d’une manière sensible.
Il est fondu. Pour dire qu’un homme est ruiné, qu’un marchand a fermé sa boutique.

(Delvau, 1867) : v. n. Maigrir.

(Rigaud, 1881) : Disparaître, se sauver, — dans le jargon des voyous.

Fondre la cloche

(Delvau, 1867) : Terminer une affaire, en arriver à ce qu’elle a d’essentiel, de difficile. Signifie aussi : Vendre une chose et s’en partager l’argent entre plusieurs.

(Rigaud, 1881) : Vendre un objet dont on partage le prix entre camarades ; avait aux XVIIe et XVIIIe siècles le sens de terminer une affaire en train.

Fondre la trappe (faire)

(Rigaud, 1881) : C’est, en terme de coulisses, ouvrir et baisser une trappe.

Fondrière

(Delvau, 1867) : s. f. Poche, — dans l’argot des voleurs, qui ne craignent pas d’y descendre avec la main.

(Rigaud, 1881) : Poche, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Poche.

Fondrières

(Virmaître, 1894) : Les poches. Allusion à leur profondeur (Argot du peuple).

Fonds

(d’Hautel, 1808) : Il a placé cet argent à fonds perdus. Se dit en plaisantant de l’argent qu’on prête à quelqu’un hors d’état de pouvoir le rendre.

Fonds (être en)

(Delvau, 1867) : Avoir de l’argent dans son porte-monnaie. Les fonds sont bas. N’avoir presque plus d’argent ; être dans la gêne.

Fonds de baptême (se mettre sur les)

(La Rue, 1894) : Avoir l’intention de se retirer d’une affaire dans laquelle on est engagé.

Fonfe

(Delvau, 1867) : s. f. Tabatière, — dans le même argot [des voleurs]. On dit aussi Fonfière.

Fontaine

(d’Hautel, 1808) : Il ne faut jamais dire fontaine je ne boirai pas de ton eau. Se dit lorsqu’il arrive quelque chose à quoi l’on étoit bien éloigné de s’attendre.

(Delvau, 1864) : La nature de la femme, où s’abreuve l’humanité — altérée de jouissance.

Le vin est inventé pour vous :
Il fait rejaillir la fontaine
Qu’on voit tout le long, le long de la bedaine.

(Chanson anonyme moderne.)

Nous fûmes aussitôt tous les trois près d’elle lui faire les caresses qu’elle montrait désirer ; à peine avions-nous posé nos mains sur ses fesses, qu’après deux ou trois mouvements de reins, nous l’aperçûmes tourner de l’œil, et nous vîmes couler la fontaine du plaisir.

Mirabeau.

— On le dit aussi d’une femme qui a des flueurs ou un écoulement vénérien. De là le surnom d’une célèbre habituée de bals, Clara Fontaine :

Coule, coule toujours,
Fontaine des amours.

G. Nadaud.

Fonts de baptême (se mettre sur les)

(Rigaud, 1881) : Être engagé dans une affaire dont on voudrait bien sortir.

Forage (vol au)

(Rigaud, 1881) : Vol qui consiste à enlever une certaine quantité d’or aux bijoux et à la remplacer par du plomb ou du cuivre, en laissant intactes l’enveloppe et les marques du poinçon. — Ce genre de vol est particulier aux chineurs qui lui ont donné le nom de vol à la graisse.

Force

(d’Hautel, 1808) : Tout par amour, rien par force. Proverbe que l’on devroit s’appliquer à ne jamais contredire.
C’est la force du bois. Se dit d’un brutal, qui n’agit que par l’impétuosité de la nature.
C’est le soleil de janvier, il n’a ni force ni vertu. Se dit d’un homme sans moyens, sans énergie, sans capacité.

Forcer la barricade

(Delvau, 1864) : Déchirer la membrane de l’hymen d’une vierge en la dépucelant, la baïonnette en avant.

Il poussa et m’entr’ouvrit avec plus de facilité que devant, et fit tant à la fin, se remuant de cul et de tête, qu’il força la barricade.

Mililot.

Forcer une femme

(Delvau, 1864) : La baiser malgré elle.

Je vous ai forcée, je vous ai violée ; mais je n’ai pu faire autrement, et je vous en demande pardon.

La Popelinière.

Forcir

(Delvau, 1867) : v. n. Engraisser, devenir fort et grand, — dans l’argot des bourgeois, qui disent cela surtout à propos des enfants.

(Rigaud, 1881) : Grandir, se renforcer, — en parlant d’un enfant, — dans le jargon du peuple. Il forcit à vue d’œil.

Foresque

(Rigaud, 1881) : Marchand forain, dans le jargon des voleurs ; changement de la dernière syllabe.

(Hayard, 1907) : Forains.

Forêt humide (la)

(Delvau, 1864) : La motte de la femme, qu’arrosent si fréquemment la sueur, l’urine, les menstrues, le sperme, les ablutions, etc.

Notre morpion se hâta
De gagner la forêt humide
Qui devant lui se présenta.

B. de Maurice.

Forêt noire

(Rigaud, 1881) : Nom d’un des anciens carrés du Temple. On désignait ainsi le quatrième carré affecté aux marchands de savates et aux fripiers. — Les trois autres se nommaient : Le Carré du Palais-Royal, et comprenait les objets de toilette à l’usage des femmes ; le Pavillon de Flore : literie et hardes ; enfin le Pou-Volant : chilfons, vieille ferraille et friperies sans nom.

Forêt-mont-rubin

(Halbert, 1849) : Un cloaque de ville.

Forfante

(Rigaud, 1881) : Charlatan, fourbe, hâbleur. (F. Michel.) C’est un dérivé de forfanterie. Le mot appartient à l’ancien argot.

Forger

(d’Hautel, 1808) : À forger, l’on devient forgeron. Signifie qu’à force de faire une chose on parvient à la bien faire.
Se forger des chimères. Avoir des visions, faire des châteaux en Espagne.

(Rigaud, 1881) : Terme de maréchal-ferrant ; se dit d’un cheval qui, en marchant, frappe les extrémités du fer de devant avec la pointe des pieds de derrière.

Forgerie

(Rigaud, 1881) : Mensonge. — Faux ; faux document ; c’est-à-dire pièce forgée.

Formes

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Les parties saillantes du corps de la femme. Dessiner ses formes. Se serrer dans son corset et à la taille, de façon à accuser davantage les reliefs naturels.

Formiste

(Rigaud, 1881) : Peintre ou sculpteur qui soigne la forme, — dans le jargon des artistes.

Fornicateur

(Delvau, 1864) : Homme qui se plaît à commettre le doux péché de fornication.

Grand gesticulateur,
Hardi fornicateur,
Et dont l’incontinence
S’attaque à l’honneur
De ma sœur.

Collé.

Un jeune capucin,
Qui fornique et qui prie,
Allait passer sa vie
Dans un couvent lointain.

J. Cabassol.

Notre grand’maman Ève elle-même n’a-t-elle pas commencé à mettre la fornication en honneur ?

Pigault-Lebrun.

Puis la virant, preste sur la croupière,
Se huche. Hélas ! quel taon vous a piqué ?
Serrant le cul, s’écria la commère ;
Par là jamais nous n’avons forniqué.

Piron.

Fort

(d’Hautel, 1808) : C’est un peu fort de café. Calembourg, jeu de mot populaire qui se dit pour exprimer que quelque chose passe les bornes de la bienséance, sort des règles sociales.
Fort comme un Turc. C’est-à-dire, vigoureux, très-robuste.
Il est fort comme une puce. Se dit de quelqu’un qui a peu de moyens physiques, que la moindre chose incommode, et qui veut faire plus qu’il ne peut exécuter.
Il est le plus fort, il portera les coups. Se dit d’un homme qu’on est sûr de battre.
Être fort-en gueule. Parler beaucoup, avoir la répartie prompte, injurieuse et impertinente.
Se faire fort. Affirmer, promettre avec assurance ; se vanter.

(Delvau, 1867) : adv. Étonnant, inouï, incroyable, — dans l’argot du peuple, qui dit cela à propos de tout ce qui lui semble amer ou difficile à avaler. On dit aussi Fort de café, fort de moka et fort de chicorée.
C’est plus fort que de jouer au bouchon.
C’est extrêmement étonnant.
L’expression ne date pas d’hier: « Vous m’avouerez que cela est fort, locution de la Cour, » dit de Caillières (1690). Dans un sens ironique : Cela n’est pas fort ! pour Cela n’est pas très spirituel, très gai, très aimable, ou très honnête.

(Rigaud, 1881) : Pour fort de la halle. C’est ainsi qu’on dit par abréviation encore : fort aux poissons, fort aux blés, fort au beurre.

Je descends les barqu’s, j’vends des contre-marques, Et je suis fort au beurre.

(A. Remy, L’homme incomparable, chans.)

Fort en gueule

(Virmaître, 1894) : Crier beaucoup. Les poissardes bavardes et insolentes sont fortes en gueule (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Avoir la parole facile.

Fort pour… (être)

(Delvau, 1867) : Avoir du goût pour une chose ; avoir tendance à faire une chose. Argot des bourgeois.

Fort que de jouer au bouchon (c’est plus)

(Rigaud, 1881) : Se dit ironiquement d’une chose dont l’exécution ne demande ni force ni adresse.

Fort-en-gueule

(Delvau, 1867) : adj. et s. Insolent, bavard ; homme qui crie plus qu’il n’agit. On connait l’apostrophe de madame Pernelle à la soubrette de sa bru :

… Vous êtes, ma mie, une fille suivante
Un peu trop forte en gueule et fort impertinente.

Fort-en-mie

(Delvau, 1867) : s. m. Homme très gras, — dans l’argot des faubouriens, qui prennent les os pour la croûte du corps. Les voyous anglais ont la même expression : Crummy.

Fort-en-thème

(Delvau, 1867) : s. m. Jeune homme qui obtient de brillants succès au collège. Argot des gens de lettres.

Fortanche

(Rigaud, 1881) : Fortune, — dans le jargon des voleurs. — Bonne fortanche, bonne fortune.

(La Rue, 1894) : Fortune.

(Virmaître, 1894) : Fortune. C’est un changement de finale comme boutanche pour boutique, dorancher pour dorer, brodancher pour broder, etc., etc.
— Turbiner, c’est bon pour les pantes, j’ai fait ma fortanche à la foire d’empoigne (Argot des voleurs). N.

(Hayard, 1907) : Fortune.

Forte

(Delvau, 1867) : s. f. Chose inouïe, incroyable. En dire de fortes. Raconter des histoires invraisemblables ; mentir. En faire de fortes. Se rendre coupable d’actions délictueuses.

Fortifes

(Fustier, 1889) : Fortifications.

C’est tout en haut de la rue d’Allemagne, près des fortifes, comme dit le voyou.

(Événement, juillet 1887.)

Fortification

(Rigaud, 1881) : Bande de billard ; allusion de forme. — Être protégé par les fortifications, être collé sous bande.

Fortin

(Halbert, 1849) : Poivre.

(Larchey, 1865) : Poivre (Bailly). — Diminutif de fort. — Vidocq donne Fretin.

(Delvau, 1867) : s. m. Poivre, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Poivre. — Fortinière, poivrière, — dans l’ancien argot.

(La Rue, 1894) : Poivre.

Fortinière

(Halbert, 1849) : Poivrière.

(Delvau, 1867) : s. f. Poivrière.

Fortune

(d’Hautel, 1808) : Faire contre fortune bon cœur. Se soumettre avec résignation à un mauvais sort.

Fortune du pot (à la)

(Delvau, 1867) : adv. Au hasard, au petit bonheur, — perdrix aux choux ou choux sans perdrix.

Fosse

(d’Hautel, 1808) : Pisser sur la fosse de quelqu’un. Phrase triviale, pour dire lui survivre.
Il a un pied sur la fosse et l’autre sur le bord. Se dit de quelqu’un qui est vieux, ou qui est dans un grand péril.
On dit aussi d’une femme enceinte, qu’elle a un pied sur la fosse et l’autre dedans.

Fossé

(d’Hautel, 1808) : Allons toujours ; au bout du fossé la culbute. Pour dire qu’il faut prendre le temps comme il vient, ne pas s’inquiéter de l’avenir.
Les dissipateurs et les gens de mauvaise vie, font souvent usage de cette locution pour s’exciter dans leur dérèglement.

Fosse à Bidel

(Rigaud, 1881) : C’est un endroit assez obscur (à la préfecture de police) où il y a des prisonniers. (Lanterne du 26 janvier 1879.) Allusion aux fauves du dompteur Bidel.

Fosse aux lions

(Delvau, 1867) : s. f. Loge d’avant-scène, à l’Opéra, où se tenaient, il y a une trentaine d’années, les élégants du jour, les lions. On disait aussi La loge infernale.

Fosse commune

(Rigaud, 1881) : Table d’hôte à bon marché, l’arche de Noé du XIXe siècle.

Il sort de la table d’hôte à quarante sous. En gastronomie on appelle cela, en terme de métier, la fosse commune.

(L. Lespès.)

Fossile

(Delvau, 1867) : s. m. Académicien, — dans l’argot des Romantiques, qui prenaient Népomucène Le mercier pour un Megatherium et Andrieux pour un Ichthyosaurus.

Fou

(Virmaître, 1894) : Marteau (Argot du peuple). V. Balançon.

Fou (être)

(Rigaud, 1881) : Être perdu, — dans le jargon des voleurs qui ne se donnent pas la peine de prononcer le tu final.

Fouailler

(d’Hautel, 1808) : Donner souvent des coups de fouet.
Il ne fait que fouailler ses chevaux. Se dit d’un mauvais cocher qui frappe ses chevaux à tort et à travers.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Manquer son coup.

(Delvau, 1867) : v. n. Manquer d’énergie, de courage, — dans l’argot du peuple.

(Delvau, 1867) : v. n. Échapper, éclater, manquer, — en panant des choses. Signifie aussi Faire faillite.

(Rigaud, 1881) : Manquer d’énergie, craindre, manquer son effet.

(Boutmy, 1883) : v. intr. Lâcher, reculer.

(La Rue, 1894) : Manquer d’énergie. Reculer au moment d’agir.

Fouailler une femme

(Delvau, 1864) : La baiser, se servir avec elle du fouet qui cingle si bien.

Elles savent donc qu’il y a des moines qui fouaillent.

(Moyen de parvenir.)

La fille de taverne, dit Auguste Barbier,
…N’a d’amour chaud et libertin
Que pour l’homme hardi qui la bat et la fouaille
Depuis le soir jusqu’au matin.

Fouailleur

(Delvau, 1864) : Coureur de filles, bordelier. — « Un T de plus dans ce mot, et on a son étymologie, » dit l’auteur des Excentricités du langage, M. Lorédan Larchey.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme irrésolu et même lâche.

Fouataison

(Rigaud, 1881) : Canne, — dans le jargon des voleurs. — Fouataison lingrée, canne à épée. — Fouataison mastarée, canne plombée.

(La Rue, 1894) : Canne. Fouataison lingrée, canne à épée. Fouataison mastarée, canne plombée.

Fouatter

(Rigaud, 1881) : Puer. — Fouatter du goulot, sentir mauvais de la bouche.

Foucade

(Delvau, 1867) : s. f. Lubie, envie subite, fougue d’un moment, coup de tête. Travailler par foucades. Irrégulièrement. On prétend qu’il faut dire fougade, et même fougasse. Je le crois aussi, mais le peuple dit foucade, — comme l’écrivait Agrippa d’Aubigné.

(Rigaud, 1881) : Caprice amoureux.

Foudre

(d’Hautel, 1808) : On le craint comme la foudre. Se dit d’un homme violent, qui menace et châtie souvent ; et quelquefois aussi d’un homme qui, à bon droit, sait se faire respecter.

Fouet

(d’Hautel, 1808) : Faire claquer son fouet. Être glorieux de sa fortune et de ses succès ; faire du bruit dans le monde.
Donner un coup de fouet à une affaire. User de son autorité pour faire marcher une affaire ; la pousser avec vigueur, dans le moment où elle se désorganisoit.

Fouette-cul

(Delvau, 1867) : s. m. Magister, maître d’école.

Fouetter

(d’Hautel, 1808) : Il n’y a pas de quoi fouetter un chat. Pour dire qu’une faute est légère, qu’un mal est peu considérable, et qu’il ne mérite pas la punition qu’on y a infligée.
Donner des verges pour se fouetter. Signifie donner des armes contre soi ; donner les moyens de nuire à ses propres intérêts.
J’ai bien d’autres chats à fouetter. Pour, bien d’autres affaires qui m’occupent, pour m’inquiéter de cela.
Il fait cela comme les chiens qu’on fouette. C’est-à-dire à contre cœur ; de mauvaise grace ; en rechignant.

(La Rue, 1894) : Puer.

(Rossignol, 1901) : Puer.

Fouetter du bec

(Virmaître, 1894) : Avoir une haleine fétide qui exhale une odeur d’égout (Argot du peuple).

Fouetter un homme

(Delvau, 1864) : afin d’amener l’érection de son membre.

Si son vit impuissant n’a pas encor bandé…
On saisit le bouquet de verges à deux mains.
On fustige le vieux sur la chute des reins :
La douleur qu’il éprouve est quelquefois bien grande,
Mais il ne se plaint pas, il est heureux… il bande !

Louis Protat.

Fouetteux de chats

(Delvau, 1867) : s. m. Homme-femme, sans énergie sans virilité morale.

Foufière

(Bras-de-Fer, 1829) : Tabatière.

Fougue, fourgat

(Halbert, 1849) : Recéleur.

Fougueux

(d’Hautel, 1808) : Impétueux, violent. Beaucoup prononcent à tort fougeux, comme on dit fangeux.

Fouille

(Fustier, 1889) : Poêle. Delvau donne Fouillouse et Littré fouilleuse.

(Hayard, 1907) : Poche.

Fouille au pot

(d’Hautel, 1808) : Sobriquet que l’on donne à un marmiton, à un mauvais cuisinier, et généralement à tous ceux qui exercent un emploi quelconque dans la cuisine.

(Virmaître, 1894) : Petit cuisinier qui sert les ouvriers dans les gargotes.
— Il fouille au pot pour en retirer les légumes (Argot du peuple).

Fouille merde

(Virmaître, 1894) : Tatillon qui fourre son nez partout (Argot du peuple).

Fouille-au-pot

(Delvau, 1867) : s. m. Homme qui s’occupe plus qu’il ne le devrait des soins du ménage, qui fait la cuisine au lieu de la laisser faire par sa femme. Signifie aussi : Marmiton, cuisinier.

Fouille-m… Iel

(Rossignol, 1901) : Celui qui met son nez partout, qui s’occupe de tout ce que l’on peut dire et faire.

Fouille-merde

(d’Hautel, 1808) : On donne vulgairement ce nom à une espèce de scarabée qui se nourrit d’ordure.

(Delvau, 1867) : s. m. L’escarbot. Se dit aussi des gens qui « travaillent sur le tard », et surtout la nuit, comme les goldfinders.

Fouille-tout

(Merlin, 1888) : Adjudant de service.

Fouiller (se)

(Delvau, 1867) : Chercher inutilement, — dans l’argot des faubouriens, qui n’emploient ce verbe que dans cette phrase : Tu peux te fouiller. C’est-à-dire : Tout ce que tu diras et feras sera inutile.

Fouiller (tu peux te)

(Larchey, 1865) : Tu n’auras rien. — Mot à mot : Si tu veux avoir mon argent, tu peux fouiller dans ta poche et te payer toi-même.

Justement mon propriétaire Vint me réclamer mon loyer. Je lui dis, feignant la colère : Tu peux te fouiller.

Hardy, Chanson.

(Rigaud, 1881) : Tu n’obtiendras rien, il n’y a rien pour toi.

Veux-tu me rendre un service ? — Tu peux te fouiller.

Mot à mot : tu peux regarder dans tes poches pour voir si tu peux te le rendre. — Cette expression est encore prise dans le sens de : tu te trompes ; s’il croit que je l’aime, il peut se fouiller.

Et Champlleury, Sarcey, Scholl, Zola, etc… etc… peuvent se fouiller.

(L’Étrille, janvier 1879.)

(Virmaître, 1894) : Tu n’auras rien, ou il ne reste rien (Argot du peuple).

Fouilles (des)

(Rigaud, 1881) : Des bêtises ! — Non ; jamais.

Fouilles (les)

(Rossignol, 1901) : Poches.

Fouilleuse

(Fustier, 1889) : Argot de police. Femme chargée de fouiller dans les prisons soit les détenues soit les visiteuses qui les viennent voir.

Le soir, la Fouilleuse du Dépôt explore les poches et les vêtements de la femme…

(Gazette des Tribunaux, 1875.)

Fouilleuses

(Virmaître, 1894) : Poches (Argot du peuple).

Fouillis

(d’Hautel, 1808) : Affaires embrouillées dans lesquelles on ne peut se reconnoître ; tout ce qui est pèle-mèle, mal en ordre.

Fouillon

(d’Hautel, 1808) : Sobriquet que l’on donne à quelqu’un qui met tout en désordre ; dont les propres affaires sont sens dessus dessous, ou qui fouille indiscrètement dans celles des autres.

Fouillonner

(d’Hautel, 1808) : Mettre tout en désordre, mettre tout en l’air, pour trouver ce que l’on cherche.

Fouillouse

(anon., 1827) : Poche.

(Bras-de-Fer, 1829) : Poche.

(Halbert, 1849) : Poche.

(Larchey, 1865) : Poche. — Mot à mot : endroit où l’on fouille.

Et vous aurez, sçavez-vous quoy ? force d’aubert en la follouse.

Vie de Saint Christophe, Grenoble, 1530.

(Delvau, 1867) : s. f. Poche, — dans l’argot des voleurs. Le mot est contemporain de François Villon.

(Rigaud, 1881) : Poche. — Bourse. — Vieux mot en usage au XIVe siècle. La poche est l’endroit où l’on fouille.

(Hayard, 1907) : Poche.

Fouillousses

(Rossignol, 1901) : Poches.

Fouinard

(Virmaître, 1894) : Individu qui fouine partout, qui fourre son nez dans les affaires des autres. Fouinard date de la pièce de Lesurques ; c’était l’acteur Alexandre qui jouait le rôle de ce personnage (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Celui qui est chercheur, qui sait aussi se faufiler partout.

(Hayard, 1907) : Chercheur, curieux.

Fouinard, Fouine

(Rigaud, 1881) : Poltron ; fuyard.

Fouiner

(d’Hautel, 1808) : S’échapper, se glisser, s’esquiver.
Ce verbe, fort usité parmi le peuple, doit sans doute son origine à la fouine, espèce de grosse belette. Il exprime, comme on voit, l’action d’une personne qui se retire à dessein, qui s’esquive à bas bruit d’un lieu où elle étoit retenue ; ainsi que le pratique la fouine pour surprendre les oiseaux dans la chasse qu’elle leur fait.

(Larchey, 1865) : S’échapper. — Mot de la langue romane. V. Roquefort.

S’il est pressé, qué qui l’empêche de fouiner ?

Vadé, 1755.

Allons, il faut fouiner, la queue entre les jambes.

P. Lacroix, 1832.

(Delvau, 1867) : v. n. S’occuper de ce qui ne vous regarde pas, — dans l’argot du peuple. Signifie aussi S’enfuir.

(Rigaud, 1881) : Avoir peur ; décamper. — Espionner.

Fouinette

(Virmaître, 1894) : Juge. Diminutif de fouinard, malin, rusé, chercheur (Argot des voleurs). V. Palpeur.

Fouineur ou Fouinard

(Delvau, 1867) : s. m. Homme qui se mêle des affaires des autres, et rapporte chez lui ce qui se passe chez ses voisins. Même argot [du peuple]. Signifie aussi : Malin, et même Lâche.

Fouineur, Fouinard

(Rigaud, 1881) : Rapporteur ; petit espion de collège.

Fouitenard

(La Rue, 1894) : Pantalon.

Foulage

(Delvau, 1867) : s. m. Besogne pressée, — dans l’argot des ouvriers. Il y a du foulage. Les travaux arrivent en foule.

(Rigaud, 1881) : Travail pressé. — Foulage de la rate, ardeur au travail. — Il y a du foulage, la besogne marche.

Foule (faire)

(Fustier, 1889) : Avoir du succès ; attirer la foule.

Fouler

(Delvau, 1864) : Faire l’acte vénérien.

Ne foulez point son mausolée,
La pauvre fut assez foulée
Durant le temps qu’elle a vécu.

(Cabinet Satyrique.)

Fouler (ne pas se la)

(Rigaud, 1881) : En prendre à son aise. C’est mot à mot : ne pas se fouler la rate.

Fouler (ne pas se)

(Virmaître, 1894) : Ouvrier ou employé jamais pressé, plus exact à la soupe qu’au travail.
— Tu vas te fouler la rate.
— Prends garde de te casser. Même signification (Argot du peuple).

Fouler la rate (ne pas se)

(Delvau, 1867) : En prendre à son aise, ne pas se donner beaucoup de mal. On dit aussi absolument : Ne pas se fouler.

Fouletitude

(Delvau, 1867) : s. f. Grande quantité de gens ou de choses.

Foultitude

(Rigaud, 1881) : Multitude ; foule. — Foultitude de monde.

Four

(d’Hautel, 1808) : Ce n’est pas pour vous que le four chauffe. Se dit à quelqu’un que l’on veut désabuser de ses espérances.
Envoyer quelqu’un sur le four. Pour l’envoyer promener, l’envoyer paître.
Vous viendrez cuire à notre four. Espèce de menace que l’on fait à quelqu’un qui a refusé un service qu’on lui demandoit. Voy. Bouche.

(Delvau, 1864) : Employé dans un sens obscène pour désigner la nature de la femme.

Avec sa pâte qui fut levée aussitôt que le four fut chaud.

(Moyen de parvenir.)

S’il vous plaist nous prester vos fours,
Nous sommes à vostre service.
Il est défendu par nos loix
De travailler dans un four large.

(La Fleur des chansons amoureuses.)

(Delvau, 1867) : s. m. L’amphithéâtre, — dans l’argot des coulisses.

(Delvau, 1867) : s. m. « Fausse poche dans laquelle les enquilleuses cachent les produits de leurs vols. » Argot des voleurs.

(Delvau, 1867) : s. m. Insuccès, chute complète, — dans l’argot des coulisses et des petits journaux.
M. Littré dit à ce propos : « Rochefort, dans ses Souvenirs d’un Vaudevilliste, à l’article Théaulon, attribue l’origine de cette expression à ce que cet auteur comique avait voulu faire éclore des poulets dans des fours, à la manière des anciens Égyptiens, et que son père, s’étant chargé de surveiller l’opération, n’avait réussi qu’à avoir des œufs durs. Cette origine n’est pas exacte, puisque l’expression, dans le sens ancien, est antérieure à Théaulon. Il est possible qu’elle ait été remise à la mode depuis quelques années et avec un sens nouveau, qui peut avoir été déterminé par le four de Théaulon ; mais c’est ailleurs qu’il faut en chercher l’explication : les comédiens refusant de jouer et renvoyant les spectateurs (quand la recette ne couvrait pas les frais), c’est là le sens primitif, faisaient four, c’est-à-dire rendaient la salle aussi noire qu’un four. »

(Rigaud, 1881) : Avant-scène des quatrièmes à l’Opéra. Elle est exclusivement réservée aux figurantes et il y fait, chaud comme dans un four.

(Rigaud, 1881) : Gosier. — Chauffer le four, boire.

(Rigaud, 1881) : Omnibus ; parce qu’on y enfourne les gens comme des pains.

(Rigaud, 1881) : Insuccès ; chute d’une pièce de théâtre. — M. J. Duflot écrit fourre, du verbe se fourrer dedans. — Faire four, ne pas réussir, en être pour ses frais. Au théâtre une pièce fait four lorsqu’elle ne réussit pas. — Un homme fait four auprès d’une femme, lorsqu’il en est pour ses frais d’amabilité et même pour ses frais d’argent. Celui qui s’est flatté de raconter une histoire bien amusante et qui ne fait rire personne, fait four.

(Rossignol, 1901) : Ne pas réussir une chose est faire four.

Je croyais trouver telle chose, j’ai fait four. — J’ai demande une avance d’argent à mon patron, j’ai fait four (il me l’a refusée.)

Four (en faire un)

(Virmaître, 1894) : Manquer une affaire (Argot du peuple).

Four (faire)

(Larchey, 1865) : Ne pas réussir. — Se disait autrefois des comédiens qui renvoyaient les spectateurs parce qu’ils n’avaient pas assez de monde pour couvrir leurs frais. La salle, privée de l’éclairage ordinaire, ressemblait à un four.

Nous faisons four, dit Lousteau, en parlant à son compatriote la langue des coulisses.

Balzac.

(Hayard, 1907) : Manquer une affaire.

Four à bachot

(Fustier, 1889) : « Déjà, dès cette époque, il s’était créé à Paris et même en province des établissements spéciaux que l’on connaissait alors sous îe nom pittoresque de fours à bachots ; leur spécialité, c’était de gaver en quelques mois les jeunes gens de toutes les connaissances que comportait un programme qui devait se répartir sur dix années d’études. »

(XIXe siècle, mai 1884.)

Le Four à bachot existe encore aujourd’hui sous cette appellation plaisante et vraie.

Four banal

(Delvau, 1867) : s. m. Omnibus, — dans l’argot des voleurs.

Fouraillis

(La Rue, 1894) : Lieu de recel.

Fourbi

(Clémens, 1840) : Poste, emploi ; on le dit assez aussi quand on a un mauvais jeu : Quel mauvais fourbi !

(Delvau, 1867) : s. m. Piège ; malice, — dans l’argot du peuple, qui ne sait pourtant pas que le fourby (le Trompé) était un des 214 jeux de Gargantua. Connaître le fourbi. Être malin. Connaître son fourbi. Être aguerri contre les malices des hommes et des choses.

(Rigaud, 1881) : Petite filouterie ; peccadille ; maraudage ; pour fourberie. — Connaître le fourbi, connaître une foule de petites ficelles, de trucs à l’usage des militaires peu scrupuleux, — en terme de troupiers.

(Merlin, 1888) : Du vieux mot français fourby, espèce de jeu. Fourbi a deux acceptions : tantôt il veut dire : détournement, gain illicite ; tantôt : choses, travaux, matériel, etc.

(La Rue, 1894) : Piège, malice. Métier. Jeu. Ficelle. Truc. Petit bénéfice plus ou moins licite.

(Virmaître, 1894) : Piège, malice. A. D. C’est une erreur. Cette expression très usitée vient du régiment, où le caporal chargé de l’ordinaire gratte sur la nourriture des hommes. Fourbi signifie bénéfice (Argot du peuple). N.

(Rossignol, 1901) : Ce que l’on possède.

J’ai mis tout mon fourbi dans une malle.

(Hayard, 1907) : Voir flambeau et flanche.

Fourbir une femme

(Delvau, 1864) : La baiser, frotter de la queue les parois de son vagin pour les dérouiller, — ce qui la rend non-seulement polie, mais très contente.

Comme s’il fallait que je lui donnasse du salaire pour avoir fourbi cette gaupe.

Ch. Sorel.

Puis vous fourbit l’agréable femelle
Qui l’occupait.

Grécourt.

Fourbis

(Rigaud, 1881) : Métier. — Jeu.

A c’fourbis-là, mon vieux garçon, — Qu’vous m’direz — on n fait pas fortune, Faut une marmite, — et n’en faut qu’une ; Y a pas d’fix’ pour un paillasson.

(La Muse à Bibi, Le Paillasson.)

Fourbisseur

(d’Hautel, 1808) : Se battre de l’épée qui est chez le fourbisseur. Voy. Épée.
Être tête à tête comme des fourbisseurs. Conférer. Par allusion avec les fourbisseurs qui sont l’un devant l’autre quand ils travaillent.

Fourche

(d’Hautel, 1808) : Être traité à la fourche. Être maltraité.

(Rossignol, 1901) : Pick-pocket.

Fourche à faner

(Rigaud, 1881) : Soldat de cavalerie ; ainsi nommé dans le jargon des voleurs, parce que les soldats de cavalerie marchent ordinairement les jambes écartées par suite de l’habitude du cheval.

Fourcher

(d’Hautel, 1808) : Cette famille n’a point fourché. Pour dire qu’elle n’a point eu de branches collatérales.
La langue lui a fourché. Pour la langue lui a manqué ; ou il a dit un mot l’un pour l’autre.

Fourchette

(d’Hautel, 1808) : La fourchette du père Adam. Pour dire les doigts.
Il se sert de la fourchette du père Adam. Se dit en plaisantant de quelqu’un qui prend la viande avec ses doigts, ce qui est incivil et malpropre.
La fourchette de l’estomac. Pour dire le bréchet.

(Halbert, 1849) : Doigts de la main.

(Larchey, 1865) : Homme de grand appétit, sachant bien jouer de la fourchette.

(Larchey, 1865) : Réunion des doigts de la main (Bailly).

(Delvau, 1867) : s. f. Baïonnette, — dans l’argot des soldats. Travailler à la fourchette. Se battre à l’arme blanche.

(Delvau, 1867) : s. f. Mangeur, — dans l’argot des bourgeois. Belle fourchette ou Joli coup de fourchette. Beau mangeur, homme de grand appétit.

(Rigaud, 1881) : Voleur à la tire.

(Rigaud, 1881) : Baïonnette, — dans le jargon des troupiers. — Fourchette du père Adam, les doigts. — Se servir de la fourchette du père Adam, manger avec les doigts.

(Merlin, 1888) : Voyez Déjeuner.

(La Rue, 1894) : Voleur à la tire. Mangeur. Doigt. Donner le coup de fourchette, crever les yeux avec deux doigts écartés.

(Virmaître, 1894) : Voleur à la tire. Allusion à ce que les voleurs qui ont cette spécialité, ne se servent que des deux doigts de la main droite qui forment fourchette pour extraire les porte-monnaies des poches des badauds (Argot des voleurs). N.

(Rossignol, 1901) : Pick-pocket.

Fourchette (avaler sa)

(Rigaud, 1881) : Mourir, — dans le jargon du peuple.

Et comme on dit vulgairement,
L’pauvre homme avala sa fourchette.

(A. Dalès, Les trois maris de madame Gobillard, chans.)

Fourchette (belle)

(Rigaud, 1881) : Convive de bel appétit.

Belle fourchette !… Mes compliments !

(Sardou. Daniel Rochat, acte III, sc. 1.)

Fourchette (lancer un coup de)

(Fustier, 1889) : Porter à l’adversaire avec lequel on se bat un coup dans les deux yeux à la fois en y enfonçant, d’un mouvement rapide, l’index et le doigt majeur écartés.

Fourchette (marquer à la)

(Rigaud, 1881) : Enfler un compte, comme si on l’inscrivait avec les quatre dents d’une fourchette.

Fourchette d’Adam

(Delvau, 1867) : s. f. Les doigts.

Fourchu

(Larchey, 1865) : Bœuf (Vidocq). — Ses cornes font fourche.

(Delvau, 1867) : s. m. Bœuf, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Bœuf, — dans le jargon des voleurs.

Fourchue

(La Rue, 1894) : Receleuse.

Fourga

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Recéleur. Mettre au fourga, porter chez le recéleur.

Fourgaine

(Halbert, 1849) : Canne en jonc.

Fourgasse

(Halbert, 1849) : Recéleuse.

Fourgat

(Delvau, 1867) : s. m. Receleur, — dans le même argot [des voleurs].

(Virmaître, 1894) : Receleur qui achète les objets volés (Argot des voleurs). V. Meunier.

(Rossignol, 1901) : Recéleur.

Fourgat, Fourgue

(Rigaud, 1881) : Receleur.

Fourgat, fourgue

(La Rue, 1894) : Receleur.

Fourgat, fourgue, fourgasse

(Larchey, 1865) : Recéleur, recéleuse.

Chenàtre fourgat litreras afin de solir surement.

Vidocq.

Fourguer : Vendre à un recéleur. — Du vieux mot fourgager : placer dehors à moitié profit. V. Roquefort.

Fourgature

(Rigaud, 1881) : Objet volé dont on fait de l’argent.

Fourgon

(d’Hautel, 1808) : C’est la pelle qui se moque du fourgon. Se dit de deux personnes également ridicules, qui se moquent l’une de l’autre.

Fourgonner

(d’Hautel, 1808) : Mettre tout en désordre ; tout en l’air pour trouver quelque chose.

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Remuer le feu avec la pelle ou la pincette, comme les ouvriers des forges avec le fourgon. Argot des bourgeois. On n’emploie guère ce verbe que dans un sens péjoratif. Signifie aussi : Remuer les tiroirs d’une commode ou d’une armoire pour y chercher quelque chose.

Fourgonner une femme

(Delvau, 1864) : La baiser, en introduisant dans son petit foyer la pine en guise de poker.

Fourgue

(Clémens, 1840) : Receleur.

(M.D., 1844) : Receleur.

(un détenu, 1846) : Receleur d’objets volés.

(Rossignol, 1901) : Recéleur.

Fourgue, fourgat

(Hayard, 1907) : Recéleur.

Fourguer

(M.D., 1844) : Vendre des obj. vol.

(un détenu, 1846) : Receler.

(Delvau, 1867) : v. a. Vendre à un receleur des objets volés.

(Rigaud, 1881) : Vendre à un recéleur.

(Virmaître, 1894) : Vendre des objets volés (Argot des voleurs).

(Hayard, 1907) : Vendre.

Fourligner

(Delvau, 1867) : v. a. Voler, détourner « tirer hors de la ligne droite ».

Fourline

(Clémens, 1840) : Coupeur de bourses.

(un détenu, 1846) : Voleur qui fouille dans les poches.

(Halbert, 1849) : Filou, fouille-poche.

(Larchey, 1865) : Filou. — Fourliner : Voler (Vidocq). — Du vieux mot fourloignier : écarter. V. Litrer. — Fourlineur : Tireur volant dans les foules (Bailly).

(Delvau, 1867) : s. f. Association de meurtriers, on seulement de voleurs.

(Rigaud, 1881) : Voleur habile. — Association de malfaiteurs.

(La Rue, 1894) : Voleur habile. Meurtrier.

(Virmaître, 1894) : Vient de fourloureur. Ce mot signitie à la fois voleur et asssassin (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Voleuse.

Fourline ou Fourlineur

(Delvau, 1867) : s. m. Meurtrier, — dans l’argot des prisons. Signifie aussi Voleur.

Fourliner

(Rigaud, 1881) : Voler avec adresse.

Fourlines

(Virmaître, 1894) : Voleurs et meurtriers à l’occasion (Argot des voleurs).

Fourlineur

(Halbert, 1849) : Homme qui vole dans les foules.

(Rigaud, 1881) : Voleur à la tire. Ce sont les successeurs des anciens tirelaines. (Canler, 1862.)

Fourlourd

(Delvau, 1867) : s. m. Malade, — dans l’argot des prisons.

(Rigaud, 1881) : Malade, — dans le jargon des forçats. — Ces messieurs appelaient fourlourde l’infirmerie du bagne.

(La Rue, 1894) : Malade.

Fourloure

(Larchey, 1865) : Malade. — Fourloureur : Assassin (Vidocq).

Fourlourer

(Rigaud, 1881) : Assassiner. — Fourloureur, assassin, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Assassiner.

Fourloureur

(Halbert, 1849) : Assassin.

(Delvau, 1867) : s. m. Assassin.

Fourmi

(d’Hautel, 1808) : Il a mangé des œufs de fourmi. Se dit de quelqu’un qui lâche beaucoup de vents.
Il a des œufs de fourmi sous les pieds. Pour exprimer qu’une personne est vive ; qu’elle ne peut demeurer un instant en place.
Le peuple prononce froumi.

Fourmilion

(Rigaud, 1881) : Marché. — Fourmilion à gayets, marché aux chevaux, fourmilion à cabots, marché aux chiens, fourmilion au beurre, la Bourse.

(La Rue, 1894) : Marché.

Fourmillante

(Rigaud, 1881) : Foule. — Fourmiller, marcher dans la foule.

Fourmiller

(Bras-de-Fer, 1829) : Courir.

(Larchey, 1865) : Marcher. — Fourmillon : Marché public. — Mot expressif qui peint bien le fourmillement des vendeurs et des acheteurs. V. Parrain.

Fourmillon

(Delvau, 1867) : s. m. Marché, qui fourmille de monde. Même argot. Fourmillon à gayets. Marché aux chevaux.

(Virmaître, 1894) : Marché. La foule fourmille : endroit propice pour les voleurs.
— Il y a un riche coup à faire sur la placarde du fourmillon (Argot des voleurs).

Fournaise

(Fustier, 1889) : « Ils fabriquaient des pièces de deux francs à l’effigie de la République qu’ils vendaient soixante-quinze centimes à des fournaises ; c’est ainsi qu’on désigne ceux qui écoulent de la fausse monnaie. »

(Figaro, mars 1884.)

(La Rue, 1894) : Celui qui écoule la fausse monnaie.

(Virmaître, 1894) : On sait que les mornifleurs-tarte sont réunis en tierce (par trois). Le mornifleur, le faux monnayeur, le gaffe qui détient la réserve des pièces fausses, et l’émetteur qui écoule les pièces chez les commerçants. L’émetteur se nomme la fournaise. L’allusion est juste, car il est dans le feu, courant à chaque minute le risque d’être pincé. Mot à mot : il est dans la gueule du loup (Argot des voleurs). N.

(Rossignol, 1901) : Émetteur de fausse monnaie.

(Hayard, 1907) : Emetteur de fausse monnaie.

Fournaliste

(Rigaud, 1881) : Ouvrier confiseur qui travaille au fourneau et fabrique pralines, sucres d’orge et sirops.

Fourneau

(Rigaud, 1881) : Imbécile, — dans le jargon des voyous.

(Fustier, 1889) : Vagabond, — dans l’argot des saltimbanques.

(La Rue, 1894) : Vagabond.

(Virmaître, 1894) : Vagabond, mendiant habitué du fourneau de charité. L. L. Fourneau, signifie crétin, imbécile. Quand on imprime dans les journaux que nos ministres et nos députés sont des fourneaux ils ne sont pas je pense habitués des asiles de nuit (Argot du peuple). N.

(Hayard, 1907) : Naïf, imbécile.

Fourneau ou Fourneautin

(Rossignol, 1901) : Bon à rien. Fourneau veut aussi dire : individu malheureux, mal vêtu, sans asile.

Fourneau, Fourneau philanthropique

(Rigaud, 1881) : Misérable, — dans le jargon des voyous, qui ont remarqué que ce n’étaient pas précisément les millionnaires, qui faisaient la queue devant la porte des fourneaux économiques.

Fourneautin

(Virmaître, 1894) : Diminutif de fourneau (Argot du peuple). N.

Fournée

(d’Hautel, 1808) : Nom donné par le peuple aux charretées d’individus condamnés par le tribunal révolutionnaire à subir le supplice de la Guillotine. ACAD. Supplém.
Il n’est pas de cette fournée.
Pour, il n’est pas de ce nombre.
Prendre un pain sur la fournée. Séduire une fille avant le mariage.

(Delvau, 1867) : s. f. Promotions périodiques à des grades on à des distinctions honorifiques. Argot des troupiers. Le mot a deux cents ans de noblesse : Saint-Siméon parle quelque part de « l’étrange fournée » de ducs et pairs de 1663.

Fournier

(Delvau, 1867) : s. m. Garçon chargé de verser le café aux consommateurs. Argot des limonadiers.

(Rigaud, 1881) : Chef de cuisine dans un café.

Il faut savoir bien manipuler le café et faire la cuisine. On est chargé de préparer les déjeuners, d’apprêter et servir le café aux consommateurs.

(Le Livre des métiers faciles, 1855.)

Fournil

(Delvau, 1867) : s. m. Lit, — dans l’argot des faubouriens, par allusion à la chaleur qu’on y trouve ordinairement.

(Rigaud, 1881) : Lit, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Lit.

Fournion

(Delvau, 1867) : s. m. Insecte, de fournil ou d’ailleurs, — dans l’argot des voyous.

Fournir Martin

(Rigaud, 1881) : Porter une grande pèlerine de fourrure à l’usage des cochers et des valets de pied de grandes maisons. — Quand les voyous rencontrent un de ces domestiques ainsi couverts, ils disent : Encore un qui fournit Martin, c’est-à-dire, qui fournit à l’ours Martin sa fourrure.

Fournir sa carrière

(Delvau, 1864) : Achever de jouir en baisant.

Tu aurais été ravie en extase en voyant seulement comme il se tourmentait sur moi dans le temps que nous achevions de fournir notre carrière.

Mililot.

Fourniture

(Delvau, 1867) : s. f. Les fines herbes d’une salade, cerfeuil, estragon, pimprenelle, civette, ciboulette et cresson alénois. Argot des ménagères.

(Virmaître, 1894) : Allusion aux fines herbes que l’on met dans la salade pour lui donner du goût et la parer (Argot du peuple). V. As de pique.

Fourobe

(Delvau, 1867) : s. f. Fouille, — dans l’argot des bagnes.

Fourober

(Delvau, 1867) : v. a. Fouiller les effets des forçats.

(La Rue, 1894) : Fouiller.

Fourrachon

(Virmaître, 1894) : Le lit (Argot des voleurs). V. Juge de paix.

Fourrager

(Delvau, 1864) : Patiner une femme ; essayer d’introduire son membre dans son aimable hiatus.

Eh bien ! eh bien ! ou vas-tu comme ça ?… Qu’est-ce que tu fourrages là-dedans.

Henry Monnier.

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Chiffonner de la main la robe d’une femme, — sa doublure surtout. Argot des bourgeoises.

(Rigaud, 1881) : Chiffonner… la collerette.

Fourrageur

(Delvau, 1867) : adj. et s. Homme qui aime à chiffonner les robes des femmes.

(Rigaud, 1881) : Particulier qui aime à chiffonner… la collerette.

Fourrer

(d’Hautel, 1808) : Fourrer son nez dans tout. S’entremêler dans les affaires des autres ; être curieux, indiscret ; se mêler de ce qu’on n’a que faire.
Il fourre tout dans son ventre. Se dit d’un dissipateur, d’un homme qui fait un dieu de son ventre.
Il ne sait où se fourrer. Se dit de quelqu’un qui a commis quelque faute grave, et qui en a honte.
Il a bien fourré de la paille dans ses souliers. Pour, il s’est bien enrichi.

(Hayard, 1907) : Coïter.

Fourrer (le)

(Delvau, 1864) : Introduire le membre viril dans la nature de la femme.

Je me le figure toujours tel que s’il me le fourrait dedans le con avec force et qu’il eût de la peine à entrer.

Mililot.

Fourrer (s’en)

(Rigaud, 1881) : Se bourrer de nourriture. — S’en fourrer jusqu’au coude, manger outre mesure. — Se fourrer de bons morceaux par le bec, faire bonne chère.

Fourrer dans le gilet (s’en)

(Delvau, 1867) : Boire à tire-larigot. Argot du peuple.

Fourrer le doigt dans l’œil (se)

(Delvau, 1867) : S’illusionner, se faire une fausse idée des choses, des hommes et des femmes. Argot des faubouriens. Superlativement, ils disent aussi Se fourrer le doigt dans l’œil jusqu’au coude. Les faubouriens qui tiennent à se rapprocher de la bonne compagnie par le langage disent, eux ; Se mettre le doigt dans l’œil.

Fourrer son nez

(Delvau, 1867) : v. a. Se mêler de ce qui ne vous regarde pas, — dans l’argot des bourgeois. On dit aussi Fourrer son nez partout.

Fourrer tout dans son ventre

(Delvau, 1867) : Manger sa fortune.

Fourrier

(Larchey, 1865) : Être mauvais fourrier c’est s’acquitter de la distribution de certaines choses de manière à satisfaire tout ayant droit. — Être bon fourrier veut dire le contraire. — On saisit facilement l’ironie de cette locution toute militaire.

(Rigaud, 1881) : Élève reçu dans les premiers numéros à l’École polytechnique.

(Rigaud, 1881) : Garçon de café préposé aux demi-tasses ; ganymède en tablier blanc.

Foutaise

(Delvau, 1867) : s. f. Chose de peu d’importance, morceau de peu de valeur, — dans l’argot du peuple. Dire des foutaises. Dire des niaiseries.

(Virmaître, 1894) : Rien.
— Tu m’offres cent sous d’acomple sur mille francs la la belle foutaise.
— Tu nous en raconte des foutaises. On dit aussi :
— C’est de la fouterie de pauvre (Argot du peuple).

(Hayard, 1907) : Rien.

Foutaise, fichaise

(La Rue, 1894) : Chose de peu d’importance.

Foutaises

(d’Hautel, 1808) : Des foutaises. Pour dire des choses de peu d’importance ; des bagatelles ; des bibus des riens.
On dit moins incivilement des fichaises.
Des foutaises en manière d’ange.
Pour dire des gaudrioles ; des ornemens frivoles ; de petits enjolivemens.

(Larchey, 1865) : « Bagatelles de peu d’importance. On dit moins incivilement fichaise. » — 1808, d’Hautel. pour le verbe d’où dérive ce substantif, voir également ficher, dont il est en tout le synonyme. — quelques exemples suffiront à prouver que son usage est général. Il signifie tour à tour perdre « Et bien, dit-elle, soit !… ce qui est fait est fait, il n’y a point de remède, qui est outu est outu. (Quelques docteurs disent qu’elle adjoucta une F). » — Contes d’Eutrapel (seizième siècle). — « Certes on peut dire que tout est foutu pour eux (les mazarins), puisque dans le festin des princes, le libérateur et les délivrez ont beu, disant : À la santé du Roy et foutre du Mazarin ! » — Les Trois Masques de bouc, ou la Savonette, 1651. se moquer Une des brochures les plus violentes de la révolution de 1789 porte pour titre : Et je m’en fouts. — « Ils ne s’en foutront plus les coquins. » — Hébert, 1793. — « Je me fouts de la guillotine. » — P. Lacroix, 1832. frapper « Nos Parisiens portent moustaches ; Ils te foutront sur la … »

(Rigaud, 1881) : Niaiseries, propos en l’air, objets sans valeur.

Fouterie

(Delvau, 1864) : Action de foutre une femme, ou d’être foutue par un homme, — du verbe futuo, qui a la même signification.

Ceux-la qui sont bien fournis d’instruments à fouterie et qui sont propres à donner un plaisir partout.

Mililot.

Tu brûlais pour moi d’un amour immense
Dans des vers fort beaux — que je n’ai pas lus ;
Notre fouterie à peine commence,
Et déjà, mon cher, tu ne bandes plus !

Anonyme.

Fouterie de pauvre

(Delvau, 1864) : Pauvre fouterie ; mauvais coup.

Fouteur

(Delvau, 1864) : Homme qui satisfait les femmes, au lit ou en fiacre, à pied ou à cheval.

Veuve de son fouteur, la gloire,
La nuit, dans son con souverain,
Enfonce — tirage illusoire !—
Ce grand godemichet d’airain !

(Parnasse satyrique.)

Et mandons à tous nos fouteurs,
Fussent-ils un peu plus à l’aise,
De prendre au con seul leurs ébats.

Collé.

Je veux dire que tu es un crâne fouteur, que tu me chausses comme jamais en effet je n’ai été chaussée.

Lemercier de Neuville.

Fouteuse

(Delvau, 1864) : Femme qui aime à être baisée, ou qui met son art à bien faire jouir les hommes qui la baisent. Tu es une belle fouteuse, ma mie.

La Popelinière.

Car on peut devenir une bonne fouteuse,
Mais on ne devient pas, il faut naître branleuse.

L. Protat.

Homme goulu, femme fouteuse
Ne désirent rien de petit.

Théophile.

Foutimacer

(Rigaud, 1881) : Dire des niaiseries ; ne rien faire qui vaille.

Foutimacier, Foutimasseur

(Rigaud, 1881) : Diseur de niaiseries. Mauvais ouvrier. — Et foutimacière au féminin.

Foutimasser

(d’Hautel, 1808) : Ne faire rien qui vaille ; agir avec nonchalance ; travailler à contre-cœur ; lambiner ; lanterner.

(Delvau, 1864) : Baiser dans un grand con, avec un vit trop petit, ou ne pas assez bander : en somme, ne faire rien qui vaille.

Ton vit plus froid que glace
Reste molasse,
Il foutimasse ;
Quel bougre d’engin !

Piron.

Un ribaud, quelquefois, trop plein de son objet,
Fatigue, échauffe en vain un aimable sujet ;
Sans cesse auprès de lui, le paillard foutimasse
Et sur ses nudités sa main passe et repasse.

(L’Art priapique.)

Loin ces foutimaceurs qui gastent le métier…
Ne foutimacez plus les oreilles des dames.

(Paroles grasses de Caresme-prenant.)

(Larchey, 1865) : Ne faire rien qui vaille.

1808, d’Hautel.

(Delvau, 1867) : v. n. Ne rien faire qui vaille.

(Virmaître, 1894) : S’applatir sur un ouvrage, le faire traîner en longueur. C’est une corruption de deux mots accouplés foutu, mauvais, rnasseur, travailleur (Argot du peuple). N.

Foutimasseur

(Delvau, 1867) : s. m. Homme qui fait semblant de travailler.

Foutoir

(Delvau, 1864) : Nom que les libertins donnent au boudoir, lieu où il ne s’agit pas de bouder, en effet, mais bien de foutre. — (V. Boudoir).

(Fustier, 1889) : Petite maison ou petite chambre réservée et discrète. Se dit aussi d’un lieu public ou d’une maison privée qui admettent une grande licence.

Foutre ! Fichtre ! fouchtra !

(La Rue, 1894) : Juron.

Foutre (se)

(Delvau, 1867) : Se moquer, — dans l’argot du peuple, qui ne mâche pas ses mots, et, d’ailleurs, n’attache pas à celui-ci d’autre sens que les bourgeois au verbe se ficher. D’un autre côté aussi, n’est-il pas autorisé à dire ce que le bibliophile Jacob n’a pas craint d’écrire dans Vertu et tempérament, — un roman fort curieux et fort intéressant sur les mœurs de la Restauration, où on lit : « Quand un lâche nous trahirait, nous nous en foutons ! »

(La Rue, 1894) : Se moquer. Le mot est grossier. Se ficher est une atténuation. Signifie aussi jeter, placer, donner, faire, s’habiller. Ficher au poste (on prononce fich’), ficher sa montre au clou, ficher une gifle, mal fichu (mal habillé), ne rien fiche. Allez vous faire ficher (allez au diable), ficher dedans (tromper) ; ficher la paix (laisser tranquille) ; ficher le camp (partir).

Foutre du peuple (se)

(Delvau, 1867) : Se moquer du public, braver l’opinion du monde.

(Rigaud, 1881) : Se moquer du monde. Quand quelqu’un dit une grosse bêtise avec assurance, ou débite un gros mensonge, quand quelqu’un livre un ouvrage par trop mal fait, il court le risque de s’entendre dire : « Est-ce que vous vous foutez du peuple ? »

Foutre la paix

(Delvau, 1867) : Laisser tranquille.

Foutre le camp

(Delvau, 1867) : Déguerpir, s’enfuir au plus vite. Signifie aussi : Disparaître, — en parlant des choses, « Le torchon blanc a foutu le camp ! » s’écrie le concierge de la comtesse Dorand dans le roman cité plus haut.

Foutre par l’oreille

(Delvau, 1864) : Faire répandre à quelqu’un les pleurs du désir, soit en lui lisant, soit en lui récitant des vers lubriques. L’expression est du poète Maynard.

Gardez-vous de lire ces vers :
Ils foutent les gens par l’oreille.

(Les Priapées.)

Foutre son billet (en)

(Delvau, 1867) : Donner sa parole qu’une chose sera faite, parce qu’on y tient beaucoup. Quand un ouvrier a dit à quelqu’un : Je t’en fous mon billet ! c’est comme s’il avait juré par le Styx.

Foutre un coup (n’en pas)

(Rigaud, 1881) : Fainéanter, ne pas faire œuvre de ses dix doigts, — dans le jargon des ouvriers. Il n’en fout pas un coup depuis deux jours.

Foutre un coup de pied à quelqu’un

(Delvau, 1867) : Lui faire un emprunt, — le taper d’une somme quelconque. On dit aussi Lui foutre un coup de pied dans les jambes, — mais seulement lorsqu’il s’agit d’un emprunt plus important. Une nuance !

Foutreau

(Larchey, 1865) : Combat, action de se foutre des coups.

Oh ! il va y avoir du foutreau, le commandant s’est frotté les mains.

Balzac.

Foutriquet

(Larchey, 1865) : Homme nul.

Tous les foutriquets à culottes serrées et aux habits carrés.

1793, Hébert.

Je serais la première à t’aider de mes conseils maternels… mais correspondre à la passion d’un foutriquet, fi !

Festeau.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme de petite taille. A signifié, il y a soixante-dix ans, Fat, ridicule, intrigant. On dit aussi Foutriot.

(Rigaud, 1881) : Homme nul ; homme de très petite taille. « Petit foutriquet », sobriquet donné par le maréchal Soult en pleine Chambre, à un de nos plus petits hommes d’État, sous le rapport de la taille.

Foutu

(Larchey, 1865) : Mauvais.

À toy, foutu esprit, je fais ces foutus vers.

Paroles grasses de Carême Prenant, 1589.

Chasser cette foutue canaille.

Hébert, 1793.

V. Fichu dont toutes les acceptions sont les mêmes.

(Delvau, 1867) : adj. Mauvais, détestable, exécrable. Foutue besogne. Triste besogne. Foutue canaille. Canaille parfaite.

(Delvau, 1867) : adj. Mal habillé. Foutu comme quatre sous. Habillé sans goût et même grotesquement.

(Rigaud, 1881) : Perdu, ruiné. Mauvais. — Mal foutu, mal fait, mal habillé.

Foutu (être)

(Delvau, 1867) : Être ruiné, ou sur le point de mourir.

Foutue (être bien ou mal)

(Delvau, 1864) : Bonheur, ou malheur.

Non, tu n’es que foutue, et tu l’es bien.

La Popelinière.

Je l’y donne un croc-en-jambe,
All’ tombe sur son cu,
Puis ell’ devint si tendre
Qu’ ça fut autant d’foutu.

Cabassol.

Fouyou

(Delvau, 1867) : s. m. Gamin, — dans l’argot des coulisses, où l’on a gardé le souvenir de la pièce des Variétés (le Maître d’École) où jouait un enfant de ce nom.

Frac

(Rigaud, 1881) : Paletot, redingote, — dans le jargon des voleurs. Tout ce qui n’est pas une blouse est un frac pour eux.

Fracassé

(Rigaud, 1881) : Vêtu d’un paletot, — dans le même jargon.

(La Rue, 1894) : Habillé d’un paletot (d’un frac).

(Virmaître, 1894) : Être vêtu d’un habit, d’un frac. C’est un mauvais calembour.
— J’en ai du frac assez.
Il me rappelle la célèbre scie d’atelier sur le mot Afrique :
— J’ai de la fricassée, du fracandeau, de la fripouille, de la friture, etc., etc. (Argot des ateliers).

Fracturer (se la)

(Delvau, 1867) : S’en aller de quelque part, s’enfuir, — dans l’argot des faubouriens.

Fraîche

(Rigaud, 1881) : Cave, — dans le jargon des voleurs.

Fraiche (aller à la)

(Rigaud, 1881) : Avoir froid, subir une température très froide. — Nous avons été bien à la fraîche l’hiver dernier.

Frairie

(d’Hautel, 1808) : Être en frairie. Faire régal ; se divertir avec ses amis.
Être en frairie. Signifie aussi, être invité à une noce ; à une partie de plaisir.

Frais

(d’Hautel, 1808) : On emploie fréquemment ce mot par ironie, et dans un sens opposé à celui qui lui est propre. Ainsi, pour faire entendre que quelqu’un s’est mis dans un mauvais état ; qu’il s’est enivrer ; qu’il est mal vêtu, ou misérable, on dit qu’il est frais.
Et pour diminuer la valeur d’une chose quel conque, qu’elle est fraîche.
Elle est fraîche.
Se dit aussi d’une femme qui est tombée dans la débauche et l’avilissement, ou à qui il est arrivé quelque grand malheur.
Je serois frais, si je comptois sur lui. Pour dire, je serois mal à mon aise, si je me fiois à ses promesses.
Il est frais, comme l’œil à Picolet. Se dit par dérision d’une personne qui a perdu tous les charmes de la jeunesse.
Frais émoulu. Tout neuf ; homme qui n’a point encore vu le monde ; qui sort des bancs de l’école.
Il s’est mis en frais. Pour dire, qu’un parcimonieux, qu’un avare s’est mis en dépense.

Frais (arrêter les)

(Rigaud, 1881) : Ne pas aller plus loin dans une entreprise, arrêter, réduire ses dépenses. Allusion au terme « d’arrêter les frais » emprunté au langage des huissiers.

Frais (être)

(Delvau, 1867) : Être dans une situation fâcheuse, à ne pas savoir comment s’en tirer. Argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Être dans une mauvaise situation ; craindre un danger.

(La Rue, 1894) : Être dans une situation mauvaise ou dangereuse.

Frais (faire ses)

(Larchey, 1865) : Percevoir le dédommagement qu’on croit dû à des frais d’esprit, d’amabilité ou de toilette.

J’en obtiens un rendez-vous, et quoi qu’il arrive maintenant… j’ai fait mes frais.

E. Sue.

La littérature, primée en ce moment par la peinture, ne fait pas ses frais.

Villemot.

Frais (mettre au)

(Rigaud, 1881) : Emprisonner.

(Fustier, 1889) : Emprisonner. On dit aussi Mettre à l’ombre.

Fraise

(d’Hautel, 1808) : La fraise de veau. On donne populairement ce nom à un tableau de Rubens, qui représente une multitude d’anges grouppés les uns sur les autres.

(Delvau, 1864) : Le bout des tétons d’une femme, à cause de sa couleur.

Fralin ou frangin

(Halbert, 1849) : Frère.

Fralin, fraline

(Larchey, 1865) : Frère, sœur (Vidocq).

Franc

(d’Hautel, 1808) : Il est franc comme l’osier. Pour, il est sans détour d’une sincérité à toute épreuve.
Être franc du collier. Être exempt de payer sa part dans un écot. Cela s’entend aussi d’un homme sans malice ; qui va tout à la bonne.
Prendre ses coudées franches. Se mettre à son aise ; ne se gêner en rien.
Franc et le féminin franche, se joignent souvent à une épithète injurieuse pour lui donner plus de force : c’est un franc libertin, une franche bégueule ; pour dire un libertin avéré, une femme décidément bégueule.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Faux. Franc mitou, faux malade.

(Clémens, 1840) : Celui qui voit tout, et ne dit rien.

(Halbert, 1849) : Bas.

(Delvau, 1867) : s. m. Complice, — dans l’argot des voleurs. Franc bourgeois. Escroc du grand monde. Franc de maison. Receleur d’objets volés — et même de voleurs.

(Rigaud, 1881) : Complice. — Endroit fréquenté par des voleurs. Tapis franc, cabaret fréquenté par des voleurs. — Franc de campagne, affilié à une bande de voleurs et chargé d’aller aux renseignements, à la découverte des affaires.

(Fustier, 1889) : Argot militaire. Bon, agréable. Pas d’exercice, demain ! cest franc ! (Ginisty : Manuel du parfait réserviste.)

(La Rue, 1894) : Bas, sans préjugé. Complice. Mensonge. Voleur sûr, éprouvé ou affilié à une bande. Tapis-franc, lieu hanté par les affranchis (voleurs). C’est franc, c’est silencieux (ce n’est pas suspect).

Franc carreau

(Virmaître, 1894) : Quand un prisonnier est incorrigible il est mis au cachot. On lui enlève sa literie, il couche alors sur le franc carreau (Argot des voleurs). N.

Franc de campagne

(La Rue, 1894) : Affilié de voleur.

Franc de collier

(Virmaître, 1894) : Cheval qui remplit sa besogne en conscience. Homme franc, ouvert, loyal.
— Il est franc du collier (Argot du peuple). N.

Franc de maison

(Rigaud, 1881) : Logeur de voleurs. C’est un recéleur qui tient une sorte de bureau de placement à l’usage des filous et des escarpes. Dans les grandes occasions, il met la main à la pâte et va travailler avec ses pensionnaires.

Franc du collier

(Delvau, 1867) : adj. Homme ouvert, loyal, comme on n’en fait plus assez. Argot du peuple.

Franc-bourgeois

(Rigaud, 1881) : Voleur qui exploite les hautes classes de la société.

Franc-carreau

(Hayard, 1907) : La cellule de correction en prison.

Franc-fileur

(Rigaud, 1881) : Nom donné à celui qui, pour échapper au siège, avait quitté Paris pendant la guerre de 1870. Par opposition à franc-tireur.

Franc-mijou ou mitou

(Halbert, 1849) : Faux malade.

Français

(d’Hautel, 1808) : Parler français comme une vache espagnole. N’avoir aucune idée des élémens de cette langue ; pécher continuellement contre la grammaire et Vaugelas.

France qui pleure (cheveux à la)

(Rigaud, 1881) : Coilfure adoptée par les femmes après la guerre de 1870-71 : cheveux coupés de manière à couvrir presque entièrement le front, en figurant la calotte.

Franche

(Clémens, 1840) : Femme qui se laisser aller.

(Halbert, 1849) : Basse.

Franchie

(La Rue, 1894) : Baiser.

Franchir

(Halbert, 1849) : Baiser.

Francillon

(anon., 1827) : Français.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Français.

(Bras-de-Fer, 1829) : Français.

(Halbert, 1849) : Français.

(Delvau, 1867) : s. m. Français, — dans l’argot des voleurs. Les Belges nous appellent Fransquillons.

(Rigaud, 1881) : Français ; francillonne, française.

Francs mitoux

(anon., 1827) : Faux malades.

Frangeuse

(Fustier, 1889) : Nécromancienne.

Il apprit que le mot frangeuse voulait dire magicienne et que Mme Bailly lisait l’avenir dans le marc de café.

(Gil Blas, juillet 1884.)

Frangin

(M.D., 1844) : Le frère.

(Delvau, 1867) : s. m. Frère, — dans l’argot des voleurs. On dit aussi fralin. Frangin-Dab. Oncle.

(Boutmy, 1883) : s. m. Altération et synonyme du mot frère, pris au sens naturel. Cette expression est usitée dans d’autres argots parisiens.

(Virmaître, 1894) : Frère (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Frère.

Frangin, frangine

(Larchey, 1865) : Frère, sœur. V. Servir, Altèque. — Frangin dabe : Oncle. — Frangine dabusche : Tante. — Mot à mot : frère, père, sœur, mère.

Frangin, Frangine

(Rigaud, 1881) : Frère, sœur. — Frangine, sœur de charité, — dans le jargon des détenues qui les appellent encore : « Nonnes ». — Frangin dab, oncle ; frangine dabesse, dabusche, tante.

(Merlin, 1888) : Frère, camarade, sœur (argot parisien).

Frangin, frangine

(La Rue, 1894) : Frère, sœur. Frangin dabe, oncle.

Frangin, ine

(Hayard, 1907) : Frère, sœur.

Frangine

(Clémens, 1840) : Sœur.

(M.D., 1844) : La sœur.

(Halbert, 1849) : Sœur.

(Delvau, 1867) : s. f. Sœur. Frangine-Dabuche. Tante.

(Virmaître, 1894) : Sœur (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Sœur.

Frangir

(La Rue, 1894) : Casser.

Franjin

(un détenu, 1846) : Frère.

Franjine

(un détenu, 1846) : Sœur.

Franquette (à la bonne)

(d’Hautel, 1808) : Ingénûment ; et non à la bonne flanquette, comme on le dit par corruption.

Franquette (à la)

(Delvau, 1867) : Franchement, tout uniment, loyalement, — dans l’argot du peuple. On dit plutôt À la bonne franquette.

Frappart (pére)

(Rigaud, 1881) : Marteau.

Frappe-devant

(Rigaud, 1881) : Marteau de forgeron.

Bras nus et le frappe-devant à la main, des ouvriers forgent des vélocipèdes.

(Maxime du Camp, Paris, t. III, 1875.)

Frapper

(d’Hautel, 1808) : Frapper comme un sourd. Frapper à coups redoublés ; battre quelqu’un à toute outrance.
Elles sont frappées au même coin. Se dit en mauvaise part de deux personnes qui ont les mêmes habitudes, les mêmes défauts ; qui se ressemblent en toute chose.

Frappeur (esprit)

(Larchey, 1865) : Ce mot sert, depuis 1857 environ, à désigner la cause de certains coups qu’on prétend frappés par des esprits invisibles et qu’on s’est imaginé de traduire en langue vulgaire au moyen d’un alphabet de convention. Les esprits frappeurs ont leurs sociétés, leurs journaux et leurs souscripteurs.

Frasque

(d’Hautel, 1808) : Faire une frasque. Pour jouer un tour ; faire une plaisanterie ; s’amuser aux dépens de quelqu’un.

(Delvau, 1867) : s. f. Folie aimable, coup de tête, — dans l’argot des bourgeois. Faire des frasques. Faire des folies, des escapades.

Frater

(d’Hautel, 1808) : Un frater. Sobriquet donné à un barbier, à un perruquier, et quelquefois aussi à un élève en chirurgie. On se sert plus communément du mot carabin, pour désigner un jeune étudiant en chirurgie.

Fraternellados, Inséparables

(Rigaud, 1881) : Cigares à trois sous les deux. La régie les appelle des esquichados parce qu’ils sont aplatis.

Fraude

(d’Hautel, 1808) : Mourir en fraude. Mourir insolvable ; et, comme Aristide, laisser à peine de quoi se faire enterrer.

Frauder

(d’Hautel, 1808) : Frauder la gabelle. Ne satisfaire en rien, et par mauvaise foi, aux engagemens que l’on a contractés.

Frayer

(Delvau, 1867) : v. n. Convenir, s’accorder, vivre ensemble. Argot du peuple.

Fredaine

(Delvau, 1867) : s. f. Intrigue amoureuse, — dans l’argot des bourgeois. Faire ses fredaines. Aimer « le cotillon ».

Frégate

(Clémens, 1840) : Jeune forçat.

(Rigaud, 1881) : Émigré de Gomorrhe, — dans le jargon des voleurs.

Frégate (une)

(Merlin, 1888) : Chapeau à deux cornes.

Frégate, corvette

(Larchey, 1865) : C’est le jésus de la marine (Vidocq). — Allusion au genre féminin de ces deux substantifs. Le masculin est représenté par un brick, par le vaisseau et par l’aviso.

(La Rue, 1894) : Éphestion de trottoir.

Frein

(d’Hautel, 1808) : Ronger son frein. Dissimuler sa colère, souffrir intérieurement sans mot dire, sans oser éclater.
À vieille mule frein doré. Se dit d’une personne âgée, qui se part des ornemens de la jeunesse.

Frelampier

(d’Hautel, 1808) : Terme de mépris ; homme obscur et de néant.
On donne aussi ce nom à celui qui est chargé du soin d’allumer les lampes dans une communauté.

Frelater

(d’Hautel, 1808) : Mélanger, tripoter, ainsi que le font les marchands de vin, lorsqu’ils coupent et travaillent leurs vins, pour lui donner du montant. Le peuple dit farlatter.

Freloche

(Delvau, 1867) : s. f. Filet à prendre les papillons, — dans l’argot des écoliers.

Freluquet

(Delvau, 1867) : s. m. Jeune homme, gandin, — dans l’argot du peuple, probablement par allusion au parler frelu d’autrefois.

Frémillante

(Halbert, 1849) : Assemblée.

(La Rue, 1894) : Assemblée.

Fremion

(Halbert, 1849) : Violon.

Frémion

(Rigaud, 1881) : Violon, — dans l’ancien argot.

(La Rue, 1894) : Violon.

Frêne

(Rigaud, 1881) : Toupie de deux sous, — dans le jargon des enfants.

Fréquentée

(Fustier, 1889) : Femme galante et à la mode.

Le baccarat, les belles fréquentées, le krack ont réduit à la misère un nombre considérable de viveurs et de boursiers.

(Événement, septembre 1884.)

Fréquenter (se)

(Delvau, 1867) : Avoir avec soi-même des relations habituelles, — condamnées par le livre de Tissot.

(Rigaud, 1881) : Se livrer à l’onanisme.

Frère

(d’Hautel, 1808) : Un bon frère. Bon vivant ; homme qui aime à faire bombance, à se divertir.
Partager en frères. De bon cœur ; partager également.
Frère coupe-chou. Sobriquet que l’on donnoit autrefois dans les communautés au religieux qui étoit chargé des plus bas détails.

(Delvau, 1867) : s. m. Initié, — dans l’argot des francs-maçons. Faux frère. Franc-maçon qui joue de la franc-maçonnerie comme d’un instrument.

(Delvau, 1867) : s. m. Philosophe, — dans l’argot des encyclopédistes. On sait que Diderot était, en religion philosophique, frère Platon, Frédéric II, roi de Prusse, frère Luc, etc.

(Delvau, 1867) : s. m. Citoyen, — dans l’argot des Jacobins de la première révolution.

(Rigaud, 1881) : Typographe qui fait partie de la société typographique.

(Boutmy, 1883) : s. m. Typographe qui fait partie de la Société typographique. Un vrai frère est aussi celui qui ne refuse jamais de prendre une tasse, et qui ne laisse jamais un autre vrai frère dans l’embarras.

Frère de lit

(Delvau, 1867) : s. m. Homme à qui l’on a succédé dans le cœur d’une femme, épouse ou maîtresse. Argot du peuple.
Sœur de lit. Femme qui a succédé à une autre femme dans le cœur d’un homme, amant ou mari.

Frère et ami

(Delvau, 1867) : s. m. Camarade, — dans l’argot des démocrates de 1848.

(Rigaud, 1881) : Coreligionnaire en démocratie. — Faubourien, — dans le jargon des bourgeois réactionnaires.

Quelquefois un frère et ami, possédant déjà un plumet bien senti, s’égare dans un de ces cafés.

(F. d’Urville, Les Ordures de Paris.)

Aussi les frères et amis veulent essayer, le soir, d’y opposer la leur (leur manifestation).

(L’Univers, 1er juillet 1880.)

Frère frappart

(Virmaître, 1894) : Marteau. L’allusion est frappante (Argot des forgerons). V. Balançon.

Frère jacques

(Virmaître, 1894) : Pince (Argot des voleurs). V. Monseigneur.

Frère Jacques, jacobin

(La Rue, 1894) : Pince d’effraction.

Frères (gros)

(Merlin, 1888) : Les cuirassiers.

Frères de la côte

(Rossignol, 1901) : Individus qui se tiennent le matin au coin des boulevards Saint-Germain et Saint-Michel et qui, moyennant quelques sous, aident dans les montées rapides en poussant derrière les voitures à bras trop chargées.

Frérot

(Delvau, 1867) : s. m. Frère, — dans l’argot du peuple, qui parle comme écrivait Bonaventure Des Périers.

Frérot de la caque

(Delvau, 1867) : s. m. Filou, — dans l’argot des prisons.

(Virmaître, 1894) : Filou (Argot des voleurs).

Frérot de la cuque

(Rigaud, 1881) : Frère en vol ; terme d’amitié de voleur à voleur ; frérot est pour petit frère.

Fressure

(Delvau, 1864) : Le siège des désirs amoureux, la nature de la femme.

De ma fressure
Dame Luxure
Ja s’emparait.

La Fontaine.

(Delvau, 1867) : s. f. Le cœur et ses dépendances, siège des désirs, — dans l’argot du peuple, qui parle comme écrivait La fontaine :

Telle censure
Ne fut si sûre
Qu’elle espéroit ;
De ma fressure
Dame Luxure
Ja s’emparoit.

Fretillante

(Bras-de-Fer, 1829) : Queue.

Frétillante

(anon., 1827) : La queue.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Queue.

(Halbert, 1849) : Danse.

(Delvau, 1867) : s. f. Plume, — dans l’argot des voleurs.

Fretille

(Bras-de-Fer, 1829) : Paille.

Frétille

(anon., 1827) : Paille.

(Halbert, 1849) : Paille.

Fretiller

(d’Hautel, 1808) : Se remuer ; s’agiter.
La langue lui fretille ; les pieds lui fretillent. Se dit d’un homme qui a une grande envie de parler, et d’une personne turbulente qui est toujours en mouvement.

(Bras-de-Fer, 1829) : Danser.

Frétiller

(anon., 1827) : Danser.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Danser.

Frétillon

(Delvau, 1867) : s. f. Grisette. bonne fille, amoureuse garantie bon teint par feu Béranger. Argot des bourgeois.

(Virmaître, 1894) : Grisette chantée par Béranger. L’expression est heureuse, rien de plus frétillant en effet qu’une fille du peuple qui s’amuse et aime pour son compte (Argot des bourgeois). V. Grisette.

Fretin

(d’Hautel, 1808) : Un objet de peu de valeur ; bribes, broutilles,
On dit, pour rabaisser la valeur de quelque chose, ce n’est que du fretin.

(Delvau, 1867) : s. m. Poivre, — dans l’argot des voleurs. On dit aussi Fortin.

Friandise

(d’Hautel, 1808) : Avoir les yeux à la friandise. C’est-à-dire avoir les yeux lascifs et luxurieux.
On dit aussi, et à peu-près dans le même sens, avoir le nez, la mine tournés à la friandise.

Friau

(Rossignol, 1901) : Froid.

Friauche

(Delvau, 1867) : s. m. Condamné à mort qui s’est pourvu en cassation. Même argot [des voleurs].

(Rigaud, 1881) : Condamné à mort qui s’est pourvu en cassation.

(La Rue, 1894) : Condamné à mort pourvu en cassation. Assassin.

(Virmaître, 1894) : V. Aller au rebectage.

Fric

(Hayard, 1907) : Argent monnayé.

Fric ou fricot

(Rossignol, 1901) : Argent.

Fric-frac

(Larchey, 1865) : Effraction. — Onomatopée. V. Caroubleur.

(Delvau, 1867) : s. m. Effraction de meuble ou de porte, — dans l’argot des voleurs. Faire fric-frac. Voler avec effraction.

Fric-Frac

(Rigaud, 1881) : Effraction.

Fric-frac

(La Rue, 1894) : Effraction.

(Rossignol, 1901) : Effraction.

(Hayard, 1907) : Effraction.

Fric-frac (vol au)

(Virmaître, 1894) : Ainsi nommé à cause du bruit que produit l’outil en fracturant les portes (Argot des voleurs).

Fricadier

(Virmaître, 1894) : Un sou. C’était l’expression favorite de Pradier, le célèbre bâtonniste qui travaillait devant l’Institut (sur la place) (Argot du peuple).

Fricarelle (la)

(Delvau, 1864) : Le Lesbicus amor, qui tend de plus en plus à faire des ravages parmi les Parisiennes.

Je te verrai…
Poursuivant les Saphos à l’œil cave, au teint noir,
Ivre de fricarelle, et ne pouvant avoir
L’attouchement d’une tribade.

Emm. Des Essarts.

Fricassé

(Rigaud, 1881) : Ruiné, perdu.

(Rossignol, 1901) : Arrêtés.

Ne passons pas de ce côté, je crains d’être reconnu et de me faire fricasser.

Fricassé (être)

(Delvau, 1867) : Être ruiné, perdu, déshonoré, à l’agonie. Argot des faubouriens. Ils disent aussi Être cuit.

Fricasse (on t’en) !

(Delvau, 1867) : Ce n’est pas pour toi ! Terme de refus ironique.

Fricassée

(d’Hautel, 1808) : Une bonne fricassée de pain sec. Ce que l’on peut appeler la bête noire des enfans gâtés ; la punition qu’ils redoutent le plus.
Faire une fricassée. Mêler plusieurs choses qui n’ont aucun rapport entr’elles.
Il est malheureux en fricassée. Figurément pour, il ne réussit en rien de ce qu’il entreprend.
La fricassée. Nom donné à une contredanse.

(Delvau, 1867) : s. f. Coups donnés ou reçus.

(Hayard, 1907) : Volée de coups.

Fricassée de museau

(Virmaître, 1894) : S’embrasser mutuellement. Cela indique bien le frottement de deux visages. Mot à mot : s’embrasser avec effusion (Argot du peuple).

Fricassée de museaux

(Rossignol, 1901) : S’embrasser.

Fricassée, Fricassée de museaux

(Rigaud, 1881) : Embrassade, — dans le jargon des paysans de la banlieue de Paris.

Fricasser

(d’Hautel, 1808) : Perdre, dissiper ; jeter son bien par la fenêtre.
C’est autant de fricassé. Pour dire c’est autant de perdu.
Tout son bien est fricassé. C’est-à-dire entière rement consumé.
Il est fricassé ; il a été fricassé dans cette affaire. Pour, il est mort ; il a été tué, etc.

(Larchey, 1865) : Dépenser, ruiner.

J’ai fricassé ma masse les yeux fermés.

E. Sue.

La ruyne généralle dont le royaume est menacé si Paris estoit fricassé.

Second Courrier françois, Paris, 1649.

(Delvau, 1867) : v. a. Dépenser. Fricasser ses meubles. Les vendre.

(Rigaud, 1881) : Dépenser. — Fricasser tout son argent.

Fricasseur

(Delvau, 1867) : s. m. Dépensier, ivrogne, libertin.

(Rigaud, 1881) : Celui qui mange sa fortune, son patrimoine. Celui qui fricasse sa fortune dans la casserole des plaisirs parisiens.

Fricfrac

(M.D., 1844) : Casser une porte.

Frichbi

(Hayard, 1907) : Froid.

Frichlu

(Hayard, 1907) : Froid.

Frichti

(Larchey, 1865) : Régal. — Corruption du mot allemand frühstück, déjeuner.

Voilà ce que je te conseille ; c’est de payer un petit frichti.

Champfleury.

(Delvau, 1867) : s. m. Ragoût aux pommes de terre, — dans l’argot des ouvriers, qui prononcent à leur manière le frühstück allemand.

(Rigaud, 1881) : Repas de famille. — Ragoût de ménage. Les gens qui n’ont pas d’argot emploient à tort frichti dans le sens de grand dîner.

Fricmart

(M.D., 1844) : Met quelconque.

Fricot

(d’Hautel, 1808) : Mot bas et trivial, qui signifie ragoût, viande fricassée, et qui sert généralement à désigner la bonne chère.
Faire un bon fricot. Ripailler, faire chère lie.

(Delvau, 1867) : s. m. Ragoût ; mets quelconque, — dans l’argot du peuple, qui dit cela depuis plus d’un siècle. Le mot se trouve dans Restif de La Bretonne.

(Hayard, 1907) : Argent monnayé.

Fricoter

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Dépenser de l’argent, le boire ou le manger ; faire la noce ; se régaler.

(Delvau, 1867) : v. n. Se mêler d’affaires véreuses ; pêcher en eau trouble.

(Rigaud, 1881) : S’amuser ; tripoter à la Bourse, dans le commerce. — Dans le jargon des typographes, c’est le synonyme de chiquer des sortes. — Fricoter de l’argent, dépenser de l’argent.

(Boutmy, 1883) : v. a. Prendre des sortes dans la casse de ses compagnons ; synonyme de piller.

(Fustier, 1889) : « Les secrétaires, les commis d’état-major qu’on appelle fricoteurs au régiment, sont assis dans une salle au rezde-chaussée, autour d’une immense table. »

(Constitutionnel, août 1882.)

(Rossignol, 1901) : Tripoter. Celui qui a la conscience élastique, qui fait argent de tout, fricote ; c’est un fricoteur.

Fricoteur

(Larchey, 1865) : Parasite, maraudeur.

Ces mauvais troupiers pillaient tout sur leur passage. On les appelait des fricoteurs.

M. Saint-Hilaire.

Quant a vos écuyers, chambellans et autres fricoteurs de même espèce.

Van der Burch.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme qui aime les bons repas. Signifie aussi Agent d’affaires véreuses.
Le bataillon des fricoteurs. « S’est dit, pendant la retraite de Moscou, d’une agrégation de soldats de toutes armes qui, s’écartant de l’armée, se cantonnaient pour vivre de pillage et fricotaient au lieu de se battre. » (Littré.)

(Rigaud, 1881) : Typographe qui prend des lettres dans la casse des autres.

(Rigaud, 1881) : Soldat qui aime à faire bombance aux dépens des autres, à manger et à boire avec l’argent des camarades, — dans le jargon des troupiers.

(Boutmy, 1883) : s. m. Celui qui fricote, c’est-à-dire qui pille la casse de ses compagnons. Les fricoteurs sont heureusement assez rares.

(Merlin, 1888) : Celui qui cherche à bien vivre, à ne rien faire, à éviter les corvées.

(Virmaître, 1894) : Agent d’affaires, synonyme de tripoteur. Au régiment, les troupiers qui coupent aux exercices, aux corvées, en un mot au service, sont des fricoteurs (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : L’employé qui fait le moins possible de travail et qui évite les corvées est un fricoteur.

Fricotter

(d’Hautel, 1808) : Faire fricot, godailler, faire bombance.

(Hayard, 1907) : Faire, travailler.

Frigousse

(d’Hautel, 1808) : Mot baroque, qui équivaut à fricot, fripe, bonne chère.
Faire la frigousse.
Aprêter le repas habituel.
Faire frigousse. Signifie aussi ripailler, se mettre en débauche.

(Delvau, 1867) : s. m. Cuisine, ou plutôt chose cuisinée, — dans l’argot des faubouriens. Signifie spécialement : Ragoût de pommes de terre.

(Rigaud, 1881) : Fricot ; cuisine ; repas. — Frigousser, faire la cuisine ; manger.

Frigousser

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Cuisiner ; préparer un ragoût quelconque.

Frileux

(Larchey, 1865) : Poltron. — On dit aussi d’un brave qu’il n’a pas froid aux yeux.

Il va sans dire qu’il n’a pas froid aux yeux.

Noriac.

Je suis un ferlampier qui n’est pas frileux.

E. Sue.

(Delvau, 1867) : adj. et s. Poltron, homme qui a froid aux yeux et au cœur, — dans l’argot du peuple. S’emploie surtout avec la négative.

(La Rue, 1894) : Poltron.

Frileux (être)

(M.D., 1844) : Poltron sans courage.

Frileux, Frileuse

(Rigaud, 1881) : Poltron, poltronne.

Frimage

(Halbert, 1849) : Passer devant les autorités.

(Rigaud, 1881) : Confrontation.

Frimager

(La Rue, 1894) : Passer devant les autorités.

Frimas

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Le froid, la neige, l’hiver, — dans l’argot des académiciens.

Frimassard

(Virmaître, 1894) : Le froid (Argot des voleurs). V. Frisbi.

Frime

(d’Hautel, 1808) : C’est pour la frime. Pour dire c’est par feinte, par façon, par plaisanterie, par manière d’acquit.

(Clémens, 1840) : Figure.

(un détenu, 1846) : Figure.

(Larchey, 1865) : Visage. V. Coquer, Altèque.Tomber en frime : Tomber en face de. V. Gouêpeur.

(Delvau, 1867) : s. f. Mensonge, hypocrisie, fausse alerte, — dans l’argot des faubouriens. C’est pour la frime. C’est pour rire. Le mot a quelques siècles de bouteille :

Renart qui scet de toutes frumes
Luy esracha quatre des plumes !

dit le Roman du Renard.

(Delvau, 1867) : s. f. Apocope de Frimousse, — dans l’argot des voyous et des voleurs. Tomber en frime. Se rencontrer nez à nez avec quelqu’un.

Sans paffs, sans lime et plein de crotte
Aussi rupin qu’un plongeur,
Un jour un gouapeur en ribote
Tombe en frime avec un voleur.

(National de 1835.)

(La Rue, 1894) : Physionomie. Mensonge, hypocrisie. Fausse alerte.

(Virmaître, 1894) : La figure. Tomber en frime, se rencontrer face à face avec quelqu’un (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Visage.

Frime (la)

(M.D., 1844) : La figure.

Frime (pour la)

(Virmaître, 1894) : Pour rien. Faire semblant (Argot du peuple). Frimer : Faire de l’embarras.
— Il est bien mis, il frime (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Faire semblant de plaisanter.

Si j’ai fait telle chose, c’était pour la frime. Si on t’a fait cela, c’était pour la frime.

(Hayard, 1907) : Pour donner le change.

Frime, Frimousse

(Rigaud, 1881) : Figure, physionomie. — Frime à la manque, borgne, défiguré.

Frimer

(Larchey, 1865) : Dévisager (Vidocq). — Du vieux mot frume : grimace, air de visage. V. Roquefort.

(Delvau, 1867) : v. a. Envisager et dévisager.

(Rigaud, 1881) : Regarder. — Faire figure. (L. Larchey) Faire frimer, confronter, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Regarder.

(Rossignol, 1901) : Regarder.

Frime a môme, si elle est gironde.

(Rossignol, 1901) : Une chose qui ne vaut rien, et qui a de l’apparence, frime. Un individu bien vêtu, qui représente bien, frime.

Frimion

(anon., 1827) : Le marché.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Marché.

Frimouse

(Halbert, 1849) : Physionomie.

Frimousse

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Visage.

(Larchey, 1865) : Visage. — Diminutif de Frime.

C’est bien là le son du grelot, si ce n’est pas la frimousse.

Balzac.

On a dit aussi firlimousse :

Je voy bien à leur physionomie ou firlimousse, mine et trogne, que l’une est subjecte au vin.

Parlement nouveau, par D. Martin, Strasbourg, 1660.

(Delvau, 1867) : s. f. Visage, — dans l’argot des faubouriens. C’est pour ma frimousse. C’est pour moi. L’expression a des cheveux blancs :

«… De tartes et de talmouses,
On se barbouille les frimouses. »

a écrit l’auteur de la Henriade travestie.

(La Rue, 1894) : Visage (de jeune femme, d’enfant).

(Virmaître, 1894) : Vieille expression qui veut dire visage. On la trouve dans la Henriade travestie (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Visage.

Frimousser

(Larchey, 1865) : Tricher (Vidocq). — Mot à mot : faire des signes de tête révélateurs. — Frimousseur : Tricheur.

(Delvau, 1867) : v. n. Tricher au jeu en se donnant les figures à chaque coup, — dans l’argot des voleurs.

Frimousseur

(Delvau, 1867) : s. m. Tricheur.

(Rigaud, 1881) : Tricheur. — Frimousser, tricher. C’est mot à mot : se donner les figures, « frimousses, » du jeu.

Fringalle

(d’Hautel, 1808) : Avoir la fringalle. Pour avoir besoin, éprouver des défaillances d’estomac.
Le mot fringalle ne se trouve nulle part ; il est présumable qu’il doit son origine à faim-valle, maladie des chevaux dans l’attaque de laquelle ils tombent d’inanition, comme s’ils étoient morts dont on aura fait fringalle par corruption.

Fringue

(Rigaud, 1881) : Toilette, vêtement de luxe, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Toilette. Beau vêtement. Fringué, habillé.

Fringué

(Rossignol, 1901) : Habillé.

Je suis invité à diner, je vais me fringuer.

Fringuer

(Rigaud, 1881) : Habiller. — Se fringuer, s’habiller. — Bien fringué, bien mis. — Lèsebombe bien fringuée, fille publique bien mise, — dans le jargon des voleurs.

(Virmaître, 1894) : S’habiller. Rabelais dans Pantagruel écrit fringuez (Argot du peuple).

Fringuer, fringasser une femme

(Delvau, 1864) : La baiser.

Volontiers je vous fringasse,
Madame, si j’osasse,
Fringue, valet, hardiment ;
Mon mary est à Rouen.

(Chantons folastres.)

Car s’il a prêté son levain,
On fringue votre chambrière.

(Farces et moralités.)

Quand Polidor fringua la dame putassière,
De qui le nom fameux s’appelle Sarprisi.

Théophile.

Fringues

(Rossignol, 1901) : Vêtements.

(Hayard, 1907) : Vêtements.

Fripe

(Delvau, 1867) : s. f. Action de manger ou de cuisiner, — dans l’argot du peuple. Signifie aussi : Dépense, écot de chacun.

(Rigaud, 1881) : Cuisine. — Pique-nique. — Fripe sauce, marmiton. — Faire la fripe, faire la cuisine ; c’est cuisiner dans une poêle ou dans un poêlon.

(Boutmy, 1883) : s. f. Nourriture. Ce mot est aussi employé dans le langage populaire.

(La Rue, 1894) : Cuisine. Pique-nique. Mauvais vêtement.

(Virmaître, 1894) : Nourriture.
— L’heure de la fripe va sonner (Argot d’imprimerie).

(Rossignol, 1901) : Mauvais sujet.

(Hayard, 1907) : Nourriture.

Fripe-sauce

(d’Hautel, 1808) : Goinfre, écornifleur, parasite, épicurien.

(Delvau, 1867) : s. m. Cuisinier, marmiton. Signifie aussi Goinfre.

Friper

(d’Hautel, 1808) : Manger la fripe ; faire un bon repas.

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Manger. L’expression se trouve dans Saint-Amant, un goinfre fameux :

Les dieux du liquide élément,
Conviés chez un de leur troupe,
Sur le point de friper la soupe,
Seront saisis d’étonnement.

S’emploie aussi, au figuré, dans le sens de Dissiper.

(Rigaud, 1881) : Manger. — Dépenser mal à propos.

Friperie

(d’Hautel, 1808) : Pour, corps, épaule, le dos.
Se jeter sur la friperie de quelqu’un. Tomber sur lui ; le battre, lui déchirer ses habits.

(Rigaud, 1881) : L’ensemble des vêtements qui couvrent une personne et, par extension, le corps lui-même.

Gare une irruption sur notre friperie !

(Molière, Dépit amoureux.)

Se jeter sur la friperie de quelqu’un, battre, maltraiter quelqu’un ; particulièrement usité au XVIIe siècle.

Fripes

(Virmaître, 1894) : Mauvais vêtements que revendent les fripiers sur le carreau du Temple (Argot du peuple). V. Loques.

Fripier

(Rigaud, 1881) : Verre. (Fr. Michel.)

Friponneau

(d’Hautel, 1808) : Mot badin, pour dire un petit fripon ; un espiègle.

Fripouille

(Delvau, 1867) : s. f. Homme malhonnête et même canaille. On dit aussi Frapouille.

(Rigaud, 1881) : Vaurien. — C’est de la fripouille, se dit d’un objet sans valeur. — Dérivé de fripe, friperie.

(Virmaître, 1894) : Rien de bon. Dans le peuple, quand on a dit d’un homme c’est une fripouille, c’est tout dire. Fripouille est certainement une corruption de friperie, donc on avait fait fripaille (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Voir fripe.

(Hayard, 1907) : Canaille.

Frippe

(d’Hautel, 1808) : Pour mangeaille ; ce que chaque ouvrier apporte à l’atelier pour dîner.

Friques

(Rigaud, 1881) : Vieilles hardes, — dans l’ancien argot, pour frusques.

Friquet

(Delvau, 1867) : s. m. Mouchard, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Mouchard.

(La Rue, 1894) : Mouchard.

(Virmaître, 1894) : Mouchard. A. D., L. L. C’est une erreur, friquet est un moineau, c’est une variété du pierrot parisien, l’effronté gavroche de la gent ailée (Argot du peuple).

Frire

(d’Hautel, 1808) : Il n’y a pas de quoi frire dans cette maison. Il n’y a plus rien à frire dans cette affaire. Se dit d’une maison ruinée ; d’une mauvaise affaire à laquelle il n’y a ni ressource, ni remède.
Il est frit. Se dit d’un malade, dont on désespère.
Tout est frit. Pour tout est perdu.

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Faire ; Manger, — dans l’argot du peuple, dont la cuisine se fait en plein vent, sur le fourneau portatif des friturières. N’avoir rien à frire. N’avoir pas un sou pour manger ou boire. L’expression est vieille, car elle se trouve en latin et en français dans Mathurin Cordier : Il n’a que frire ; il n’a de quoy se frapper aux dez. Nullam habet rem familiarem. Est pauperio Codro. (qui est le « pauvre comme Job » de Juvénal).

(Rigaud, 1881) : Manger. — Rien à frire, rien à manger.

Frire des œufs

(Rigaud, 1881) : Préparer un méchant tour. (L. Larchey)

Frire des œufs à quelqu’un

(Delvau, 1867) : Lui préparer une mauvaise affaire ; s’apprêter à lui jouer un méchant tour. J’ai souvent entendu : Prends garde, Jean, on te frit des œufs.

Frire un rigolo

(Rigaud, 1881) : Voler à l’accolade, voler à la méprise.

Eh ! ce cher ami, comment va-t-il, que je l’embrasse… Ah ! pardon, monsieur, je vous prenais pour un tel.

A la faveur d’une étreinte bien sentie, la dupe est volée, le rigolo est frit.

(La Rue, 1894) : Voler à l’accolade, à la méprise.

Frisbi

(Virmaître, 1894) : Froid. Ou dit aussi : il fait friot, frisquet, et comme superlatif :
— Nom de Dieu, que ça pince il gèle à pierre fente (pour fendre) (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Froid.

Frisbi, frimasson, friod

(La Rue, 1894) : Froid.

Frischti

(Merlin, 1888) : De l’allemand Frühstück, déjeuner. Mets succulent, friand. Les cuisiniers se font en cachette du frischti.

Frisé

(Larchey, 1865) : Juif (Vidocq). — Allusion à un signe de race.

(Delvau, 1867) : s. m. Juif, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Juif, — dans l’ancien argot. Allusion aux cheveux de la race hébraïque qui frisent naturellement.

(Virmaître, 1894) : Juif (Argot des voleurs).

(Hayard, 1907) : Juif.

Friser

(d’Hautel, 1808) : Friser la corde, pour dire manquer d’être pendu.
Ses cheveux frisent, sa mère l’aime. Dicton badin et vulgaire que l’on applique aux petits enfans.
Ses cheveux frisent comme des chandelles. Pour dire que quelqu’un a les cheveux durs et plats.

(Clémens, 1840) : Briser, casser.

(un détenu, 1846) : Voler. Friser un pègre : Voler un voleur.

(La Rue, 1894) : Briser, casser. Voler.

(Rossignol, 1901) : Passer près.

Friser à plat

(Rigaud, 1881) : Ne pas friser du tout ; porter les cheveux longs et plats.

Friser comme un paquet de chandelles

(Delvau, 1867) : Ne pas friser du tout, en parlant des cheveux. Argot du peuple.

Friser son naz

(Virmaître, 1894) : Être mécontent. Friser son naz est une variante de la vieille expression, même adressée à un chauve :
— Ça te défrise, mon vieux (Argot du peuple). N.

Friser son naze

(La Rue, 1894) : Être mécontent.

Friser un simple

(Clémens, 1840) : Gagner un niais au jeu.

Frises

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Bandes de toiles pendantes qui figurent le haut des décors en scène. Argot des machinistes.

Frises (toucher les)

(Rigaud, 1881) : Déployer un très grand talent dans une scène. C’est le sic itur ad astra. Les frises sont les bandes de toile qui figurent soit des nuages, soit un plafond. Frédérick Lemaître touchait souvent les frises.

Frisons

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Boucles de cheveux frisés à la chien, que les femmes à la mode portent aujourd’hui sur les tempes. Ces cheveux-là au moins leur appartiennent tandis que les frisons en soie qu’elles portent en chignon ne leur ont jamais appartenu.

Frisotter

(d’Hautel, 1808) : Diminutif de friser, crêper. On dit figurément d’un homme qui a bu un petit coup, qui a une pointe de gaîté, et dont les yeux papillottent, qu’il a les yeux frisottés.

Frisquet

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Froid.

(un détenu, 1846) : Avoir froid.

(Delvau, 1867) : s. m. Froid vif. Il fait frisquet. Il fait froid.

(Rossignol, 1901) : Froid.

Cet hiver, il n’a pas fait frisquet.

Frisquette

(Delvau, 1867) : adj. s. f. Fille jeune, fraîche et avenante. Le vieux français avait l’adjectif frisque.

Frisser un glacis

(Clémens, 1840) : Casser un carreau.

Frisser une lourde

(Clémens, 1840) : Casser une porte.

Frit

(Larchey, 1865) : Perdu, condamné — Rien à frire : Rien à manger.

La guerre en tous lieux si amère… tellement que plus rien à frire n’entrèrent à Paris.

La Miliade, 1651.

(Delvau, 1867) : adj. Perdu, compromis, arrêté, atteint d’une maladie mortelle.

Frit (être)

(Rigaud, 1881) : Être condamné. — Être perdu, ruiné. — Allusion aux flammes éternelles dontlesprédicateurs effrayaient le peuple.

Vecy deux dyables qui portent une poëlle, afin que je sois frit dedans en pardurableté.

(La Fleur des commandements de Dieu, extrait d’un sermon de Pierre de Ciuny, cité par Ch. Nisard.)

Frites

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Pommes de terre frites.

(Rigaud, 1881) : Pommes de terre frites. — Pour deux ronds de frites.

Friturer

(Delvau, 1867) : v. a. Manger ; cuisiner.

Friturier, ère

(Delvau, 1867) : s. Marchand, marchande de pommes de terre frites ou de gras-double à la poêle.

Frivoliste

(Delvau, 1867) : s. m. Littérateur léger, écrivain de journal de modes, — dans l’argot des gens de lettres. Ce mot a été créé par Mercier.

Froc

(d’Hautel, 1808) : Jeter le froc aux orties. Renoncer à la vie monacale ; déserter le cloître. On se sert par extension de cette façon de parler proverbiale, pour dire se retirer d’une affaire où l’on s’étoit engagé ; se rétracter.

Frocard

(Rigaud, 1881) : Congréganiste.

Quatre gendarmes pour mettre les frocards dehors et fermer la porte, cela suffit.

(Lanterne du 5 mai 1880.)

Froid

(d’Hautel, 1808) : Froid comme un marbre. Se dit d’un homme réservé, discret et flegmatique.
Battre froid à quelqu’un. Lui faire un mauvais accueil.

Froid aux yeux

(Delvau, 1867) : s. m. Manque de courage, — dans l’argot du peuple. Avoir froid aux yeux. Avoir peur. N’avoir pas froid aux yeux. Être résolu à tout.

Froid aux yeux (ne pas avoir)

(Rigaud, 1881) : Avoir du courage.

Froidureux

(Delvau, 1867) : adj. Sujet à avoir froid.

Froisseux

(Halbert, 1849) : Calomniateur.

Froisseux, Frolland

(Rigaud, 1881) : Médisant, traître.

Frolant

(Halbert, 1849) : Traître.

Froler

(Halbert, 1849) : Médire.

Froler sur la balle

(Halbert, 1849) : Médire de quelqu’un.

Frollant

(anon., 1827) : Traître.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Traître.

Frollau

(Delvau, 1867) : s. m. Traître, médisant, — dans l’argot des voleurs. On dit aussi Froller sur la balle.

Froller

(Larchey, 1865) : Médire. — Du vieux mot froler : frotter. V. Du Cange. — Frollaux : Traître (Vidocq). — De là, le nom donné par Victor Hugo à un personnage de sa Notre-Dame.

Froller sur la balle

(anon., 1827) : Médire de quel qu’un.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Médire de quelqu’un.

Froller, Froller sur la balle

(Rigaud, 1881) : Médire ; maltraiter.

From

(Larchey, 1865) : Fromage. — Abréviation.

Fromage

(d’Hautel, 1808) : Manger du fromage. Éprouver un dépit secret, s’impatienter, être extrêmement contrarié ; sans pouvoir faire éclater son mécontentement.
Entre la poire et le fromage, on parle de mariage. Parce qu’au dessert, on est ordinairement plus gai qu’au commencement du repas.

(Delvau, 1864) : Sperme de l’homme ou de la femme ; caséum produit par les parties basses, ayant l’aspect du caséum produit par les parties hautes. D’où, à propos d’une fille qui s’est laissé dépuceler, l’expression proverbiale : laisser aller son chat au fromage.

Fromage (il nous fera manger du)

(Rigaud, 1881) : Il est à toute extrémité : nous irons à son enterrement. Allusion à lacollation que prend, chez le marchand de vin, le peuple, au sortir du cimetière, collation composée de pain et de fromage arrosés de quelques litres.

Fromage (manger du)

(Rigaud, 1881) : Bisquer, rager. Les enfants disent entre eux en ratissant un de leurs doigts sur l’autre : Tu bisques, tu rages, tu manges du fromage.

Victoire ! foutre ! victoire ! aristocrates, que vous allez manger du fromage !

(Le père Duchêne.)

Fromages (faire des)

(Delvau, 1867) : Se dit — dans l’argot des petites filles, d’un jeu particulier qui consiste à imprimer un mouvement de rotation à leur robe et à se baisser rapidement de façon à former par terre « une bette cloche ».

Frome

(Delvau, 1867) : s. m. Apocope de Fromage, — dans l’argot des voyous.

Fromgi

(Rigaud, 1881) : Fromage, — dans le jargon du peuple.

(Hayard, 1907) : Fromage.

Fromgy

(Virmaître, 1894) : Fromage (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Fromage.

Front

(d’Hautel, 1808) : Il a un front d’airain. Se dit d’un homme impudent, hardi, qui ment avec assurance et audace.
Il faut avoir du front pour faire de pareilles propositions. Se dit à celui qui se permet de faire des offres insultantes à quelqu’un.

(Larchey, 1865) : « Le front, ce n’est point de la hardiesse. C’est la faculté de faire bon visage en tremblant tout bas. L’effronté se force à oser. — Ce qui distinguait M. Burot, c’était le front. »

P. Féval.

Il faut avoir du front pour faire de pareilles propositions.

d’Hautel, 1808.

Front dans le cou (avoir le)

(Rigaud, 1881) : Ne pas avoir de cheveux.

Frontin

(Delvau, 1867) : s. m. Valet habile, fripon, spirituel, — dans l’argot des gens de lettres.

Froteska

(Delvau, 1867) : s. f. Correction, frottée, — dans l’argot du peuple, qui a saisi cette occasion de donner un nom de plus à la danse qu’il a inventée pour son plaisir et pour sa défense.

Froteskant

(Larchey, 1865) : Dansant la froteska.

Mazourkant et froteskant sans trêve ni relâche.

Montépin.

Frotin

(M.D., 1844) : Billard.

(Halbert, 1849) : Billard.

(Delvau, 1867) : s. m. Billard, — dans l’argot des faubouriens. Coup de frotin. Partie de billard.

(Rigaud, 1881) : Billard. — Coup de frotin, partie de billard.

Frottant

(Bras-de-Fer, 1829) : Traître.

Frottant, frollaux

(La Rue, 1894) : Traître.

Frotte (la)

(Delvau, 1867) : La gale, — qu’on guérit en frottant énergiquement le corps.

(Rigaud, 1881) : Traitement de la gale à l’hôpital Saint-Louis où les galeux se frottent mutuellement avec de la pommade soufrée, suivant le précepte de la maison : « Frottez-vous les uns les autres ». Passer à la frotte, suivre le traitement antigaleux.

(Rossignol, 1901) : Gale.

(Hayard, 1907) : Gale.

Frotte-bottes

(Virmaître, 1894) : Domestique (Argot du peuple).

Frottée

(Delvau, 1867) : s. f. Coups donnés ou reçus, — dans l’argot du peuple.

(Virmaître, 1894) : Recevoir une bonne frottée ou la donner. Se battre (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Donner des coups a quelqu’un, c’est lui flanquer une frottée.

Frotter

(d’Hautel, 1808) : Battre, rosser, étriller.
Il a été frotté. Pour on lui a donné sur les doigts, sur les oreilles ; il n’a pas été le plus fort.
Se frotter au pilier, s’associer à une cotterie, à une cabale.
Il ne faut pas s’y frotter. Pour il ne faut pas s’y fier.

(Larchey, 1865) : « Battre, rosser. » — d’Hautel, 1808. — On dit aussi : Donner une frottée.

(Delvau, 1867) : v. a. Battre, donner des coups. On dit aussi Frotter les reins et Frotter le dos.

(Virmaître, 1894) : Faire la cour à une femme.
— Elle est rien raide, faut pas s’y frotter (Argot du peuple). N.

Frotter le lard (se)

(Delvau, 1864) : Faire l’acte copulatif, qui consiste en effet dans le frottement des chairs de ces deux cochons qui s’appellent deux amants.

Toutes les fois qu’on t’a frottée,
Tu ne me l’es pas venu dire.

(Ancien théâtre français.)

Jean, ce frotteur invaincu,
Un soir dans une taverne
Frottait Lise à la moderne,
C’est-à-dire par le cu.

(Cabinet satyrique.)

Joyeusement se frottant leur lard.

Rabelais.

Quand tu voudras, je frotterai ma coine contre ton lard.

(La Comédie des Proverbes.)

Frotter sur la balle

(Bras-de-Fer, 1829) : Médire de quelqu’un.

Frotteur

(Fustier, 1889) : Argot de Police.

Maniaques qui suivent la foule pour se frotter à elle ; pour toucher d’une main frémissante les femmes de toutes catégories qui se pressent autour d’eux.

(Giflard : Les grands bazars.)

Frottin

(un détenu, 1846) : Billard.

(Virmaître, 1894) : Billard.
— Viens-tu faire une partie de frottin ? (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Billard.

(Hayard, 1907) : Billard.

Frou-Frou

(Rigaud, 1881) : Passe-partout, — dans le jargon des voleurs.

Frou-frou

(La Rue, 1894) : Passe-partout. Bruit de la soie frottée.

Froufrou

(Larchey, 1865) : Bruit produit par le froissement d’une robe. — Onomatopée.

Son oreille recueille précieusement le froufrou que fait la soie de sa robe.

Ricard.

(Delvau, 1867) : s. m. Bruissement d’une robe de soie, — dans l’argot des amoureux, à qui cette onomatopée fait toujours bondir le cœur. Au XVIIe siècle, c’était une autre onomatopée, frifilis, mais qui ne valait pas celle-ci, — n’en déplaise à saint François de Sales.

(Delvau, 1867) : s. m. Embarras, manières ; effet de crinoline, — dans l’argot du peuple. Faire du froufrou. Faire de « l’épate ».

(Delvau, 1867) : s. m. Onomatopée par laquelle les voleurs désignent un Passe-partout.

Froussard

(Virmaître, 1894) : Individu qui a peur (Argot du peuple). N.

(Rossignol, 1901) : Peureux.

Frousse

(Larchey, 1865) : Peur, frisson. — Du vieux mot frillouseté : sensibilité au froid. V. Frileux.

(Delvau, 1867) : s. m. Peur, frissonnement, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Peur, — dans l’ancien argot.

(La Rue, 1894) : Peur.

(Virmaître, 1894) : V. Taf.

(Hayard, 1907) : Peur.

Frousse (la)

(Rossignol, 1901) : Peur. Il n’ose y aller, il a la frousse.

Fruche

(Fustier, 1889) : Objet disqualifié. Argot des commis de nouveautés.

Fruges

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Bénéfices plus ou moins licites sur la vente — dans l’argot des commis de nouveautés.

(Rigaud, 1881) : Bénéfices, prélèvements sur la vente, — dans le jargon des employés de commerce.

Fruit

(d’Hautel, 1808) : Cela sent son fruit. Se dit par plaisanterie en parlant des immondices, de quelque chose qui exhale une fort mauvaise odeur ; on se sert aussi de cette locution, pour dire qu’une chose a le goût de l’essence qui la compose.

(Delvau, 1867) : s. m. Enfant nouveau-né, — dans l’argot des faubouriens, qui, tout en gouaillant, font ainsi une allusion philosophique au fameux pommier du Paradis de nos pères.

Fruit sec

(Larchey, 1865) : « Les fruits secs sont ceux qui, après leur examen de sortie, ne sont pas déclarés admissibles dans les services publics. » — La Bédollière. — Le mot s’explique de lui-même. Un fruit sec est un sujet dont les aptitudes n’ont pu mûrir. — L’intermédiaire (mai 1865) le fait remonter au premier polytechnicien déclaré non admissible (1800), et appelé fruit sec parce que sa famille lui envoyait beaucoup de provisions.

(Delvau, 1867) : s. m. Jeune homme qui sort bredouille du lycée ou d’une école spéciale. Se dit aussi, par extension, d’un mauvais écrivain ou d’un artiste médiocre. « Cette appellation, — dit Legoarant, vient de l’École polytechnique, où un jeune homme de Tours qui travaillait peu fut interpellé par ses camarades pour savoir quelles étaient ses intentions s’il n’était pas classé. Il répondit : Je ferai comme mon père le commerce des fruits secs. Et en effet ce fut son lot. »
Les fruits secs de la vie. Les gens qui, malgré leurs efforts ambitieux, n’arrivent à rien, — qu’au cimetière.

(Rigaud, 1881) : Élève d’une école spéciale qui n’a pas réussi à ses derniers examens. — Sortir fruit sec de l’École Polytechnique. — Fruit sec se dit par extension pour désigner celui qui, n’ayant pas réussi dans une profession libérale, en a embrassé une autre, ou qui est allé grossir le bataillon des déclassés.

Fruscqs

(un détenu, 1846) : Effets, habits, etc.

Frusque

(Delvau, 1867) : s. f. Habit ou redingote, — dans l’argot des marchandes du Temple.

Frusque, Frusquin

(Rigaud, 1881) : Vêtement. — Frusques boulinées, vêtements usés, déchirés. — Planquer ses frusques, engager ses effets au Mont-de-Piété.

Frusquer

(La Rue, 1894) : Vêtir.

Frusques

(Clémens, 1840) : Habillement.

(Halbert, 1849) : Habillements.

(Larchey, 1865) : « Les vêtements, en terme générique, sont des frusques ; une pelure est un habit ou une redingote ; le pantalon est un montant. » — Mornand. Vient de l’ancien mot frusquin : bien mobilier. V. Roquefort. — Frusquineur : Tailleur.

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Vêtements en général, — dans l’argot des faubouriens. Frusques boulinées. Habits en mauvais état.

(Boutmy, 1883) : s. f. pl. Vêtements : On a gardé ses frusques au garni. Commun aux autres argots parisiens.

(La Rue, 1894) : Vêtements.

(Virmaître, 1894) : Vêtements. Pour indiquer des habits en mauvais état, on dit des frusques boulinées. Quand ils sont tout à fait effilochés, on dit que l’on pourrait y accrocher toute une batterie de cuisine (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Vêtements.

Passez-moi mes frusques, que je me fringue.

(Hayard, 1907) : Vêtements.

Frusqueur

(La Rue, 1894) : Tailleur.

Frusquin

(d’Hautel, 1808) : Patrimoine, bagage, trousseau ; tout ce que l’on a de vaillant.
Il a emporté tout son saint frusquin. Pour dire tout ce qu’il possédoit, tout son petit bagage.

(anon., 1827) : Habit.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Habit.

(Bras-de-Fer, 1829) : Habit.

(Halbert, 1849) : Coquetterie.

Frusquin (Saint)

(Delvau, 1867) : s. m. Vêtements ; économies serrées dans une armoire, a même le linge et les habits. L’expression n’est pas d’hier :

J’étois parfois trop bête
D’aimer ce libertin,
Qui venait tête-à-tête
Manger mon saint frusquin,

dit Vadé.

Frusquiner

(anon., 1827) : Habiller.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Habiller.

(Bras-de-Fer, 1829) : Habiller.

(Halbert, 1849) : Habiller.

Frusquiner (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. S’habiller.

(Rigaud, 1881) : S’habiller. — Frusquineur, tailleur.

Frusquineur

(Delvau, 1867) : s. m. Tailleur.

Fuir

(d’Hautel, 1808) : Il fuit comme s’il avoit le feu au derrière. Locution triviale, pour dire qu’un homme marche avec vitesse ; qu’il fuit avec promptitude.
Un vendeur de fumée. Un charlatan, un batteleur, comme on en rencontre une multitude innombrable à Paris.
La fumée cherche les beaux. Se dit pour se moquer de ceux qui se plaignent de la fumée.

(Delvau, 1867) : v. n. Mourir, s’en aller, — comme le vin d’un tonneau défoncé.

Fuite de gaz (en avoir une)

(Virmaître, 1894) : Laisser échapper un pet en sourdine ; si on ne l’entend pas, on le sent. Allusion à l’odeur insupportable du gaz, quand un conduit est crevé (Argot du peuple).

Fumante (une)

(Merlin, 1888) : Une cigarette de tabac de cantine.

Fumé

(Larchey, 1865) : Perdu sans ressources. V. Filer.

Trahison ! nous sommes fumés.

Mélesville.

(Delvau, 1867) : adj. Pris, perdu, ruiné, mort.

Fumé (être)

(Rigaud, 1881) : Ne plus rien posséder ; être volé.

Faut pas accorder ta confiance au premier venu ! le second serait fumé.

(Gavarni.)

Fume et qui ne crache pas (un qui)

(Rigaud, 1881) : Tabatière humaine sortant du four.

Fumé une pipe neuve (avoir)

(Rigaud, 1881) : Être malade par suite d’ivresse.

Fumelle

(Delvau, 1867) : s. f. Femme. Les faubouriens parlent comme écrivait Jean Marot.

Le masle n’a la fumelle en mépris,

dit le père du valet de chambre de François Ier.

Fumelle, Fume

(Rigaud, 1881) : Femme ; par altération pour femelle.

Fumer

(d’Hautel, 1808) : Pour, pester, s’impatienter ; se manger les sens, éprouver un mécontentement intérieur.
On dit de quelqu’un qui est de mauvaise humeur, qui éprouve une grande contradiction, qu’il fume sans pipe.

(Delvau, 1867) : v. n. Enrager, s’impatienter, s’ennuyer. On dit aussi Fumer sans pipe et sans tabac.

(Rossignol, 1901) : Être en colère ou mécontent.

Fumer à froid

(Rigaud, 1881) : Aspirer, souffler dans une pipe culottée dont le tabac est absent. — Faire le simulacre de fumer, quand on n’a pas de quoi acheter du tabac.

Fumer sa pipe

(Delvau, 1867) : Se dit, — dans l’argot des infirmiers, — « d’un symptôme qui se présente quelquefois dans les apoplexies : le malade, dont un côté de la face est paralysé, a ce côté gonflé passivement à chaque expiration ; mouvement qui a quelque ressemblance avec celui d’un fumeur. »

Fumer sans tabac

(Rigaud, 1881) : Être en colère ; s’impatienter.

(Virmaître, 1894) : Être furieux, fumer de colère (Argot du peuple). N.

Fumer ses terres

(Delvau, 1867) : Être enterré dans sa propriété. Argot des bourgeois. Voltaire a employé cette expression.

(Delvau, 1867) : Épouser, noble et pauvre, une fille de vilain, riche, — laquelle selon l’expression de Montesquieu, « est comme une espèce de fumier qui engraisse une terre montagneuse et aride ».

(Virmaître, 1894) : Être enterré dans sa propriété. Épouser une fille riche quand on n’a pas le sou. Déposer dans son jardin ce que l’on dépose pour trois sous dans un châlet de nécessité (Argot du peuple). N.

Fumer, fumer sans tabac

(Larchey, 1865) : Bouillir d’impatience. Qui bout fume.

J’ai cent mille fois, étant au bivouac, Fumé sans tabac.

Duverny, 1815.

L’époux dit : Ma femme entêtée À la mod’ va se conformer, Et cela va me faire fumer.

Metay, Chansons.

Fumerie

(Delvau, 1867) : s. f. Science du fumeur, action de fumer.

Fumeron

(Delvau, 1867) : s. m. Fumeur acharné, — dans l’argot des bourgeoises, que la fumée de la pipe incommode et qui ne pardonnent qu’à celle du cigare. Se dit aussi pour Gamin qui s’essaye à fumer.

(Rigaud, 1881) : Hypocrite.

(Fustier, 1889) : Repasseuse.

(La Rue, 1894) : Hypocrite. Jambe. Fumeur. Mulâtre.

(Virmaître, 1894) : Galopin qui fume dans la rue en allant à l’école.
— Comment tu fumes sale crapaud ?
— Mais oui.
— Tu as raison les étrons fument bien ! (Argot du peuple). N.

(Rossignol, 1901) : Jeune fumeur.

Fumerons

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Jambes, — dans l’argot des faubouriens, qui disent cela surtout quand elles sont maigres.

(Rigaud, 1881) : Jambes.

(Virmaître, 1894) : Les jambes.
— Il est à moitié décati, il ne tient plus sur ses fumerons.
Pour exprimer la même idée, on dit aussi :
— Il tremble sur ses fils de fer (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Les jambes.

Fumerons, fuseaux

(Larchey, 1865) : Jambes maigres. — Le fumeron est un gros brin de fagot encore vert et fumant plus qu’il ne chauffe.

Fumeuse

(Fustier, 1889) : Siège où l’on s’assied pour fumer commodément. — Chandelier.

Fumeux

(Fustier, 1889) : Sobriquet donné en 1884 pour désigner les jeunes gens du monde où l’on s’amuse.

Tout le monde pschutteux s’était donné rendez-vous à cette solennité parisienne entre toutes : les petits fumeux et les horizontales de toutes marques s’écrasaient dans le promenoir. » (Événement, juillet 1884.)

Fumier

(Rigaud, 1881) : Sale femme ; horrible créature. Va donc, fumier !

Fumier de lapin

(Virmaître, 1894) : Bon à rien, individu inutile. On dit aussi : il ne vaut pas un pet de lapin (Argot du peuple). N.

Fumion

(Bras-de-Fer, 1829) : Marché.

Fumiste

(Larchey, 1865) : Trompeur, mystificateur, homme qui fait fumer les gens.

(Rigaud, 1881) : Mauvais plaisant. — Farce de fumiste, plaisanterie de mauvais goût.

(Rigaud, 1881) : Tout individu qui ne porte pas un uniforme, — dans l’argot des polytechniciens. — Être en fumiste, être habillé en civil, avoir endossé des habits de ville.

(La Rue, 1894) : Mauvais plaisant.

(Virmaître, 1894) : Farceur, mystificateur, qui cherche toutes les occasions possibles de faire des blagues. Les plus grands fumistes des temps passés furent Romieu et Sapeck. Ils sont remplacés par Lemice-Terrieux. À propos de Sapeck dont la réputation est encore grande au quartier latin ; la fameuse farce des bougies coupées ne lui appartient pas, elle fut faite quarante ans avant lui. on la raconte dans nue brochure intitulée : Les mystères de la Tour de Nesles (Paris 1835). (Argot du peuple). N.

(Hayard, 1907) : Farceur, mystificateur.

Fumister

(Fustier, 1889) : Mentir.

Fumisterie

(Rigaud, 1881) : Mauvaise farce, plaisanterie de fumiste. Les fumistes n’étant pas en général parfaitement éduqués, il s’ensuit que leurs plaisanteries ne sont pas toujours d’un goût très délicat.

(Fustier, 1889) : Mauvaise plaisanterie.

(La Rue, 1894) : Mauvaise plaisanterie.

Funiculé (être)

(Virmaître, 1894) : Refuser de marcher ou de travailler. Allusion au funiculaire de Belleville, qui marche quand il veut. Funiculé remplace le mot capricieux et modifiera le dicton : capricieux comme une jolie femme.
— Cette jolie femme est funiculée (Argot du peuple). N.

Furet

(Fustier, 1889) : « Une des grèves les plus curieuses de Paris est celle qui se tient rue Vaucanson. Les hommes qui la composent se nomment furets. C’est à cette grève que les personnes qui ont besoin d’un individu pour porter un fardeau ou oui désirent faire faire un grossier ouvrage, se rendent et choisissent un de ces malheureux… »

(Rappel, octobre 1884.)

Fureur d’amour

(Delvau, 1864) : La voluptueuse démence que ressentent mutuellement un homme et une femme dans l’accouplement.

Autrement il faudrait dire : ce qui n’a point de nom, un membre viril, le membre génital, et autres telles expressions sottes et longues, que la fureur d’amour ne donne point le temps de prononcer.

Mililot.

Fureur utérine

(Delvau, 1864) : « Outre le terme de nymphomanie que nous adoptons pour exprimer cette maladie, on lui donne encore différentes dénominations. Mosohio, médecin grec, l’appelle satyriasis, d’autres métromanie, d’autres érotomanie, qui signifie manie d’amour ; mais tous ces noms étant arbitraires, nous nous en tiendrons à celui de nymphomanie, toutes les fois qu’il sera question de la fureur utérine. »

Dr De Bienville.

Voir Nymphomanie.

Fusain

(Virmaître, 1894) : Curé. Allusion au vêtement noir (Argot du peuple).

(Hayard, 1907) : Curé.

Fuseau

(Delvau, 1864) : Le vit, qui pour celles qui ont de l’haleine sert à enfiler.

Le fuseau dont filait Hercule,
Noir et tortu…

Piron.

Prends ce fuseau, ma tendre amie.
— Il est si gros, quelle folie !
A peine tient-il dans mes doigts ;
Mon lin va se rompre vingt fois,
Ah ! mon Dieu, que dira ma mère !
Elle est si sévère !
Finissez donc, mon cher Lucas,
De grâce, ne m’enfilez pas !

F. Dauphin.

Fuseaux

(d’Hautel, 1808) : Il est monté sur des fuseaux. Se dit en plaisantant d’une personne maigre, et qui a de grandes jambes sans molets.

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Jambes grêles, — dans l’argot du peuple, qui parle comme a écrit Voltaire.

(Rigaud, 1881) : Jambes de femme, minces du bas et fines du haut.

(Virmaître, 1894) : Jambes minces comme des baguettes de fusil. Dans le peuple, on dit : Minces du bas, fines du haut. On dit également : Mince d’aiguilles à tricoler (Argot du peuple). N.

(Hayard, 1907) : Jambes.

Fusée

(d’Hautel, 1808) : Démêler la fusée. Découvrir une entreprise, une fourberie, une intrigue ; vider une querelle ; terminer une affaire d’honneur.

(Delvau, 1867) : s. f. Jet de vin qui sort de la bouche d’un homme qui en a trop bu. Lâcher une fusée. Vomir.

(Rigaud, 1881) : Résultat de l’indigestion. Violente projection de la nourriture congédiée par l’estomac ; elle part au loin comme une fusée.

(Fustier, 1889) : Argot des gens de Bourse. La fusée est l’enlevée en hausse d’une valeur. On entend dire couramment à la Bourse : Le Trois vient de faire une fusée de quinze sous.

(Rossignol, 1901) : Vomissement. — Celui qui a trop bu lâche une fusée.

(Hayard, 1907) : Déjection d’ivrogne.

Fusée (en lâcher une)

(Virmaître, 1894) : Quand un ivrogne a trop bu, il soulage son estomac en lâchant une fusée. Allusion à ce que la déjection retombe en gerbe. Quand elles se suivent, on dit dans le peuple :
— Quel riche feu d’artifice, voilà le bouquet (Argot du peuple).

Fusée (lâcher une)

(Larchey, 1865) : Vomir. — Mot imagé.

Fuser

(Delvau, 1867) : s. m. Levare ventri onus, — dans l’argot des troupiers.

(Rigaud, 1881) : Restituer un purgatif.

Fuseu

(Virmaître, 1894) : Fusée d’un autre genre qui ne s’envole pas par le même côté.
— Où donc qu’il est, Dumanet ?
— Il est en train de fuser (Argot des troupiers).

Fusil

(Clémens, 1840) : Estomac.

(Delvau, 1867) : s. m. Estomac, — dans l’argot des faubouriens. Se coller quelque chose dans le fusil. Manger ou Boire. Écarter du fusil. Cracher une pluie de salive en parlant à quelqu’un.

(Rigaud, 1881) : Gosier. — Se rincer le fusil, boire. N’avoir rien à se mettre dans le fusil, n’avoir rien à manger.

(Fustier, 1889) : Chasseur.

Ils (les reporters) n’appellent pas un chat, un chat ; ils ne disent pas d’un chasseur, un chasseur, ils disent un fusil. J’ai lu, cette semaine, à propos d’une battue chez une demi-mondaine fort célèbre, cette phrase étonnante : « Invités : douze fusils des deux sexes. »

(Claretie.)

(La Rue, 1894) : Gosier. Estomac. Chasseur.

(Rossignol, 1901) : Estomac.

Je n’ai pas le sou et j’ai faim, je ne peux rien me mettre dans le fusil.

(Hayard, 1907) : Estomac.

Fusil à deux coups

(Merlin, 1888) : Pantalon garni de basane, se tenant raide, droit commis un canon de fusil.

(Fustier, 1889) : Pantalon.

Fusil d’épaule (changer son)

(Rigaud, 1881) : Changer d’opinion politique. — Tenir un langage opposé à celui qu’on avait tenu.

Fusil de toile

(Rigaud, 1881) : Sac à argent. — Aller à la chasse avec un fusil de toile, aller à l’encaissement.

(La Rue, 1894) : Bissac. Aller à la chasse avec un fusil de toile. Mendier.

Fusillé

(Rossignol, 1901) : Lorsque l’on a perdu au jeu tout ce que l’on possédait d’argent, on est fusillé.

Fusiller

(Larchey, 1865) : Donner un mauvais dîner. — Usité dans l’armée.

(Delvau, 1867) : v. n. Donner un mauvais dîner — dans l’argot des troupiers.

(Rigaud, 1881) : Dépenser. Fusiller le fade, dépenser le produit d’un vol, — dans le jargon des voleurs. Fusiller son pèse, dépenser son argent, — dans le jargon des ouvriers.

(Rigaud, 1881) : Faire pleuvoir de petits jets de salive en parlant. — Donner un mauvais dîner. Il a fusillé ses invités.

(La Rue, 1894) : Dépenser.

(Virmaître, 1894) : Donner un mauvais dîner. A. D. Fusiller se dit des soldeurs qui fusillent des marchandises volées. Ils les vendent à n’importe quel prix. On les nomme des fusilleurs (Argot des camelots). N.

Fusiller le pavé

(Rigaud, 1881) : Se moucher en comprimant alternativement l’une et l’autre narine avec l’index.

Fusilleur

(Fustier, 1889) : On appelle ainsi, dans l’argot des commerçants, les filous qui achètent argent comptant, mais à vil prix, des marchandises à des escrocs qui, eux-mêmes, les ont obtenues à crédit avec l’intention de ne jamais les payer.

Les fusilleurs ont été certainement de mauvaise foi, mais les précautions prises par eux pour masquer leurs agissements n’ont point permis de relever contre eux des faits assez précis pour établir leur entière culpabilité.

(Droit, août 1886.)

(Rossignol, 1901) : Celui qui achète aux faisans. Les faisans ou faisandiers se font livrer des marchandises payables à quatre-vingt-dix jours ; arrivées en gare, ils les vendent au comptant meilleur marche que le prix d’achat, et bien au-dessous de la valeur, au fusilleur à qui il est fait une facture dont le montant est plus élevé que la somme donnée. Cela se nomme un coup de fusil ; l’acquéreur, qui est le fusilleur, n’ignore pas la provenance de la marchandise qu’il a achetée et il n’a pas à craindre d’être poursuivi pour complicité d’escroquerie. Il est regrettable que ces sortes d’affaires soient plus souvent du ressort du Tribunal de commerce que de celui de la Correctionnelle.

Fusiu

(Clémens, 1840) : Fusil.

Fustiger

(d’Hautel, 1808) : Fouetter, discipliner ; battre avec un fouet ou des verges.

Futé

(Delvau, 1867) : adj. et s. Malin, rusé, habile, — dans l’argot du peuple qui emploie souvent ce mot en bonne part.

Fûté

(d’Hautel, 1808) : Être fûté. Pour, être fin, rusé, adroit, et madré.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique